‹ Histoire de la FrondeChapitre 67 sur 155 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

leur reprocha le procédé de la compagnie, « comme un exemple extraordinaire et inoui. » Revenir sur des édits vérifiés par ordre » du Roi , séant en son lit de justice ; pro- » noncer par forme dVrrêt sur une mesure de » gouvernement, telle que la création de » douze maîtres des requêtes, c^était élever >» un combat dVutorité contre autorité, de )i puissance contre puissance , et changer la M forme de la monarchie. » Le duc d'*Orléans protesta « qu'il n'omettrait rien pour défen- » dre la royauté menacée. » Le prince de Condé tint le même langage, et la Reine se laissa emporter aux plus violentes menaces. « Elle avait un grand mépris pour la robe, et » s'indignait que cette canaille s'ingérât de )) réformer l'Etat '. » Espérant que le Parlement n'oserait avouer un tel dessein , elle le somma * de répondre nettement , et par arrêt, à cette question : « Le Parlement, se a croit-il en droit de limiter l'autorité du » Roi ? »

La délibération étant ouverte conformément

* Mémoires de madame de Motteville.

* i5 février i648.

à Tordre de la Reine , les anciens magistrats , tout étourdis d^être jetés si loin de leurs voies, ne savaient comment opiner. Quelquesuns demandaient « que Leurs Majestés en- )) voyassent quelque déclaration par laquelle » tous messieurs du Parlement pourraient » opiner avec liberté, suivant leur conscience, » sur la proposition qui leur était faite , » sans crainte de la perte de leurs biens ou M de leur liberté. » DVutres en plus grand nombre proposaient « de passer outre, et de » se considérer comme étant en possession. » Enfin, après de longs débats , la Reine obtint pour toute concession quHl serait ajouté ces mots : Sous le bon plaisir du Roi^ aux arrêts rendus pour casser les édits vérifiés en lit de justice.

Cette discussion, imprudemment provoquée par la Reine , eut de grandes conséquences. « Elle levait le voile qui doit toujours cou- » vrir tout ce que Ton peut dire et tout ce que » Ton peut croire du droit des peuples et de » celui des rois , qui ne s'accordent j,amais si » bien ensemble que dans le silence. La salle w du Palais profana les mystères '. » Si pour

* Mémoires du cardinal de Retz.

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