‹ Histoire de la FrondeChapitre 68 sur 155 · CHAPITRE ni · texte numérisé non relu

CHAPITRE ni

toute réponse à la question de la Reine sur les limites de Fautorité royale, le Parlement eût demandé à son tour à quelle époque cette autorité avait existé en France sans limite, le conseil eût sans doute été embarrassé de lui répondre.

Dans le fait, l'autorité royale avait tou-\ jours été balancée, tantôt par les grands vassaux , tantôt par les princes et les cbefs de la noblesse, dans tous les temps par des institutions plus ou moins en harmonie avec Fétat de la société. Le cours des siècles avait emporté les institutions du moyen âge , et sur les débris de Pancien état social le cardinal de ' Richelieu venait d''établir un gouvernement central et régulier, qui devait aux libertés publiques quelque garantie en échange des privilèges aristocratiques. Les princes et les chefs delà noblesse n'ayant plus aucune part de la puissance politique , les Parlemens se présentaient pour recueillir cet héritage, et leur droit se fondait sur Phorreur que le despotisme inspirait à toutes les classes de la so- j ciété.

Considérées de ce point de vue , les prétentions du Parlement pouvaient devenir légiti- // mes et raisonnables; elles étaient, il faut en |

convenir, insoutenables, en les jugeant seulement sous le rapport de la critique historique. Les magistrats cependant ne comprirent pas ainsi leurs droits. Ils feuilletaient de vieux registres et attachaient bien plus de prix à quelques Chartres surannées , qu'à toutes les bonnes raisons prises dansTintérêt du temps présent. Mais lorsqu'une discussion théorique eut mis à nu la base du gouvernement ; lorsqu'après de vaines recherches pour trouver et expliquer les lois fondamentales , on demeura convaincu qu'il n'en existait plus ' en France, chacun conclut qu'il en fallait faire. La transition était naturelle. Aussi depuis ce jour le mot de réformation fut-il dans toutes les bouches; chacun voulut prendre part à cette œuvre glorieuse et nécessaire , et le Parlement se vit même devancer dans la carrière par les autres compagnies souveraines jusqu'alors plus soumises que lui.

La Chambre des comptes et la Cour des aides

' « .... On chercha en s'éveillant comme à tâtons les lois du royaume ; on ne les trouva plus , l'on s'effara , l'on cria , l'on se les demanda.... Le peuple entra dans le sanctuaire.... »

( Mémoires du cardinal de Retz. )

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