CHAPITRE III
reçurent avec une extrême hauteur le duc d'Orléans et le prince de Conti , envoyés par la Reine pour solliciter Tenregistrenient de Fédit, refusé par le Parlement. Les harangues de M. de Nicolaï , premier président de la Chambre des comptes, et de M. Amelot , premier président de la Cour des aides , témoignaient que leurs compagnies ne trahiraient point la cause commune de la magistrature. En eflét, peu de jours après la venue des princes, elles convinrent entre elles d'unir leurs forces et leur autorité pour travailler de concert à une réformation générale de FEtat. Le grand conseil et FHôtel-de-Ville de Paris s'associèrent à leur entreprise , et quand par Faccession de ces corps la réunion présenta déjà une masse imposante, le Parlement fut invité à venir occuper le rang qui lui appartenait à la tète de la magistrature, dont il faisait la force et Fornement.
Avant d'accéder à cette invitation, le Parlement arrêta d'envoyer deux commissaires pour s'informer plus particulièrement du but et des desseins de l'assemblée. Les commissaires ayant fait rapport « que la jonction » des compagnies n'allait qu'à servir le public
» et le particulier , et à réformer les abus de » rÉtat, » un arrêt * prononça Tunion du Parlement avec la Chambre des comptes, la Cour des aides , le grand conseil , et en exécution de cet arrêt , les députés du Parlement vinrent se joindre aux autres magistrats déjà réunis dans la chambre de Saint-Louis. Une coalition si formidable par sa force et par le but de son entreprise épouvanta la cour. Mazarin espérait cependant la rompre par la puissance des intérêts privés ; diverses mesures fiscales ayant retranché les gages des magistrats et suspendu le droit annuel ' , il affecta de croire que la réu-
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' hc droit annuel était une certaine somme payée annuellement à l'épargne par chaque magistrat, au moyen duquel paiement l'office, en cas de mort du titulaire, appartenait à sa veuve ou à ses héritiers, qui pouvaient en disposer comme de leur chose propre. Le droit annuel , autrement nommé la Paulette, avait été établi sous le ministère du duc de Sully , par le chancelier Paulet ; la somme à payer annuellement avait été calculée au soixantième du prix des offices évalués en i6i5. Depuis celte époque la valeur des offices était devenue vingt fois plus considérable, de sorte que chaque titulaire regardait comme un fort grand avantage l'hérédité assurée à sa