‹ Histoire de la FrondeChapitre 70 sur 155 · CHAPITRE ITI · texte numérisé non relu

CHAPITRE ITI

nion des compagnies n'avait pas d'autre objet , et offrit (le leur donner satisfaction : ces appâts grossiers furent dédaignés. Toutes les ouvertures publiques et particulières obtinrent la même réponse. « Il ne s'agissait pas )> d'intérêts privés, mais de choses bien plus )> importantes, delà réformation de l'État, de » la mauvaise administration des finances , des » dilapidations des courtisans. »

L'indignation d'Anne d'Autriche parvint alors à son comble. Depuis long-temps elle voulait recourir aux moyens extrêmes , et s'irritait contre les temporisations de son ministre. « Il est beaucoup trop bon , disait-elle.

famille au moyen du paiement d'une somme modique. Mais le droit annuel lors de son institution n'avait pas été établi pour toujours ; cette espèce d'abonnement entre le Roi et ses officiers avait été limitée à neuf années. A l'expiration de ce terme il devait être renouvelé ; les renouvellemens avaient eu lieu jusqu'alors sans difficulté. Le terme du dernier expirait le i*"" janvier i648.

Dans la pénurie du trésor, le surintendant d'Emery imagina comme une ressource d'accorder le renouvellement du droit annuel , sous la condition que les titulaires perdraient quatre années de leurs gages. Les membres du parlement de Paris furent affranchis de cette retenue par une disposition particulière.

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»» Il gâtera tout pour vouloir toujours mé- ») nager ses ennemis. » Mazarin lui répondait : « Vous êtes vaillante comme un soldat » qui ne connaît pas le danger. » Enfin le ressentiment de la Reine ne put être contenu plus long-temps. Deux conseillers de la Cour des aides et deux du grand conseil furent enlevés de leurs maisons et envoyés en exil. L'irritation en devint plus vive. Un arrêt du conseil d'en haut, signé de la Reine, du duc d'Orléans et des ministres, défendit en termes injurieux au Parlement d'envoyer ses députés en la chambre de Saint-Louis; le Parlement ordonna en réponse : « Que très-humbles re- » montrances seraient faites à la Reine pour » se plaindre du peu d'égards qu'elle témoi- » firnait à son Parlement.» Un second arrêt du conseil ayant renouvelé les mêmes défenses en termes plus injurieux encore, le Parlement répondit : « Que cependant et no- » nobstant toutes défenses, les assemblées de » la chambre de Saint-Louis seraient conti- » nuées. »

Mathieu Mole fut chargé de notifier à la Reine cette espèce de manifeste. Son vœu personnel était de modérer le mouvement de

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sa compagnie , mais il se montrait toujours organe digne et fidèle des opinions qui avaient prévalu contre son sentiment. Cette fois il parla avec plus d^énergie encore que de coutume. Le courage de la Reine l'abandonna à ce dernier coup. Elle écouta en silence la harangue du premier président. Le lendemain, après une nuit passée dans les larmes , elle donna sa réponse aux gens du Roi *. « Assu- » rée de la fidélité des compagnies , elle » trouvait bon qu'acnés continuassent leurs )) assemblées ; elle les priait seulement de »» hâter leur travail en considération des be- )» soins du trésor qui devenaient plus pressans )» chaque jour et auxquels elle espérait , pour » prix de sa complaisance, qu'on ne refuse- » rait pas de pourvoir. »

La Reine , avant de se résoudre à céder, avait cherché tous les moyens de résister encore. Elle consulta Fancien garde-des-sceaux, Châteauneuf, et lui offrit une place dans son conseil. Il paraît même qu'elle eût sacrifié Mazarin, si Châteauneuf eût voulu s'engager à défendre l'autorité royale; mais il conseilla

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de se soumettre, et IVlat des atlaires ne laissait guère d\nutre ressource. Le Parlement était Tidole des peuples ; toute la bourgeoisie de France se montrait disposée à soutenir sa cause à main armée; et loin que les grands et la noblesse promissent quelque secours à la Reine, d'autres dangers la menaçaient encore de ce côté. Il convient de rappeler ici succinctement ce qui sViait passé à la cour , depuis la prison du duc de Beaufort et l'exil de ses principaux amis.

Les largesses, au moyen desquelles Ma/arin espérait s'attacber les courtisans, eurent bien- " tôt épuisé le trésor. Pour défrayer la table du Roi et ses autres dépenses domestiques, il fallut mettre en gage les pierreries de la couronne, et recourir à d'autres expédiens désespérés. Le décbaînement contre le ministre devint alors général; sa personne et sa famille furent tournées en ridicule, les actes de son administration censurés sans ménagement. Une ordonnance royale défendit aux gens de cour de parler d'alfaires d'Étal , et ce remède bizarre ne servit qu'à envenimer le mal. Trois capitaines des gardes fureni cas-

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