CHAPITRE III
vernement de Bourgogne. Il mourut peu de mois après *, et le duc d''Enghien , qui porta depuis lors le titre de prince de Condé ' , réunit au gouvernement de Champagne ceux de Bourgogne , de la Bresse , du Berry , et la charge de grand-maître , qui lui donnait autorité dans Fintérieur des maisons royales, et sur tous les officiers attachés au service personnel de Leurs Majestés.
Loin que son ambition se montrât satisfaite de tant de richesses et d*'honneurs , le nouveau prince de Condé demanda à conduire une armée en Franche-Comté pour faire la conquête de la province , à condition de la garder pour son compte en toute souveraineté. Le succès de cette entreprise eût recommencé la maison de Bourgogne; Mazarin refusa; et le jeune prince, se plaignant amèrement de Tingratitude du ministre, menaça de lui retirer sa protection.
Le génie, la valeur, le caractère impétueux du prince de Condé Pavaient rendu Pidole de la noblesse française, dont il partageait les
* A la cour on l'appelait M. le Prince.
* 25 décembre 1646.
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vices et les vertus, et dont il semblait appelé à défendre les droits contre Fancienne politique de la cour et contre la jalousie de la piagistrature. Un grand nombre de jeunes seigneurs, compagnons de sa gloire et de ses plaisirs , sVttachèrent intimement à sa personne. Ils formèrent un parti qu\)n nomma celui des Petiis-Mai'trt.s y à cause île leurs prétentions impérieuses et de leurs manières fri^- Yoles. Si les Petits-Maîtres n'étaient pas enneniis déclarés du ministre , ils se montraient au moins pour lui des alliés incommodes et peu sûrs.
4.U moment où les compagnies souveraines s'assemblèrent dans la s^lle de Saint-Louis pour travaillera la réfornjation de TEtat, un incident inallendu vint mettre le comble aux emballas de la Keine et de son ministre. Le duc de Beaufort s'échappa de la prison où depuis j643 il restait enfermé sou» Ig garde de Chavigny, gouverneur du château de Vincennes et ancien ennenn' de la maison de V^endùmc. A la cour cependant les haines sont mobiles comme les amitiés; Chavigny ne pensait plus guère k de vieilles querelles, et Tingratitude de Mazarin qui l'avait aban-
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donné', lui tenait au cœur bien davantage. Le duc de Beaufort , surveillé avec moins d'exactitude, parvint à gagner un de ses gardiens, et descendit dans les fossés de Vincennes : cinquante domestiques Tattendaient de l'autre côté. Des relais disposés sur la route le transportèrent rapidement à son chAteau d'Anet, où, sous la garde d'un grand nombre de gentilshommes, amis et serviteurs des maisons de Vendôme et de Lorraine, il vivait à l'abri de l'insulte , recevant de nombreuses visites de Paris, et bravant la colère impuissante de la cour,
La noblesse ainsi divisée comme au commencement de la régence, entrs, la maison de Condé et celles de Vendôme et de Lorraine, n'ottrait d'aucun côté des secours sf Mazarin dans sa lutte contre la magistrature. En butte à tous les partis , objet de la haine personnelle de la plupart des hommes puissans , l'habile ministre prévoyait cependant des ressources dans l'avenir. Ses ennemis devaient bientôt se diviser ; rien de plus opposé , de plus incompatible que les prétentions, les
' Voir la page 1^4 Jt-cc volume.
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vices et les vertus des grands seigneurs et des magistrats. Au moment où ceux-ci , travaillant à réformer TEtat , allaient proclamer leurs principes et s'emparer des droits politiques , la jalousie de leurs anciens rivaux promettait des alliés au défenseur de Tautorité absolue. Cette espérance ne pouvait manquer de se réaliser un jour , mais il fallait savoir attendre, et Fimpatience de la Reine la menaçait de plus grands dangers que les desseins mêmes de ses adversaires.