‹ Histoire de la FrondeChapitre 80 sur 155 · TOME I. i · texte numérisé non relu

TOME I. i

ment de la France devenait une nionarcliie teinpén'e par Tinfluence légale des corps judiciaires érigés en pouvoirs politiques.

D^autres articles moins importans réglèrent la justice , les finances et toutes les parties du service public ', Tarticle 24 rétablit la liberté

gislnits, ajoutait beaucoup à la valeur vc^nale des charges héréditaires dans leurs familles; cette valeur 11e pouvait manquer de diminuer, si les privilèges politiques de la compagnie étaient infirmés. Chaque magistrat avait donc ù défendre, à la fois , son patrimoine et la constitution du pays. Il arriva en effet que , dans les premières années du règne de Louis XIV, les charges de conseillers au parlement de Paris, se vendirent au prix excessif ^e doc, 000 francs ( monnaie actuelle ) ; elles tombèrent au jirix de Go,ooo quand le despotisme fut consolidé. (Voir les pièces justificatives à la fin du troisième volume.) Je ne prétends pas soutenir cependant que le gouvernement, dont les articles délibérés dans la chambre de Saint-Louis semblaient poser les bases, fût bon en soi, propre à assurer le repos et la prospérité de la France. Il me suffit d'établir que cette tentative ne manquait ni de sens, ni d'ensemble, qu'elle était un symptôme de la tendance générale vers les gouvernemens représentatifs qui devaient succéder au régime féodal, de même »]ue les progrès de la civilisation devaient substituer l'esprii d'association, caractère propre de la bourgeoisie, à la confiance en son droit et en son épée, cri de guerre des chevaliers du moyen âge.

CHAPITKE IV. 1648. igS

du commerce et supprima tous monopoles et privilèges accordés aux courtisans et à leurs protégés pour acheter et vendre seuls certaines marchandises. A côté de ces mesures pleines de sagesse, d^autres moins honorables soumirent à d^odieuses rigueurs ' les partisans et les financiers; une chambre de justice fut autorisée à prononcer contre eux des amendes et des confiscations arbitraires. Le travail de la chambre de Saint-Louis portait ainsi Tempreinte des passions et des préjugés du temps; mais considéré dans son ensemble il témoignait un grand amour pour le bien public et une haine généreuse contre le despotisme. .

La suppression des intendans fut d^abord soumise à la délibération du Parlement. Quelques conseillers scrupuleux voulaient, suivant la coutume , procéder par remontrances , mais leur timidité fut méprisée : « on leur re- » procha de se ressentir encore de Fancienne M tyrannie. Tant de remontrances demeurées )» sans effet avaient assez fait voir ce qu'on

' Voir les articles 5 , 8 , 11, 12, 20 , 22 , aux pièces jusitficalives.

M pouvait obtenir par cette voie; les articles « délibérés en la chambre de Saint-Louis » avaient d'ailleurs une plus grande autorité » que les actes ordinaires de la compagnie et » pourraient au besoin se passer de la sanc- » tion royale. »

Cet avis ajant prévalu, le Parlement donna arrêt pour la suppression de toutes commissions non vérifiées dans les Cours souveraines, et ajouta Tordre au procureur-général d'informer des concussions et malversations des intendans et autres commissaires. Les maîtres des requêtes furent des plus ardens à solliciter cet arrêt qui les privait de gros émolumens : tant les intérêts personnels 1 étaient alors étrangers à la conduite des magistrats!

« La cour se sentit toucher à la prunelle de M TœiJpar la suppression des intendances '. » Mais n'espérant plus intimider le Parlement par des menaces, elle essaya de le fléchir par la déférence. Le duc d'Orléans, éloquent et populaire, se rendit au Palais; messieurs d'El-

' Les intendans étaient ordinairement choisis parmi les maîtres des requêtes.

* Mémoires du cardinal de Retz.

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