‹ Histoire de la FrondeChapitre 86 sur 155 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

harangues du président Mole et de Pavocatgénéral Talon % prouvèrent qu"'ils étaient aussi

• Pour bien comprendre la politique du Parlement pendant la Fronde, il importe d'étudier les harangues de Mathieu Mole et d'Orner Talon. Ces deux austères magistrats aimaient le Roi et le Parlement : loin d'encourager les factieux qui s'agitaient en dedans et en dehors de leur compagnie , ils s'appliquaient au contraire à déjouer leurs projets; mais aussi ils n'avaient point un dévouement servile et se croyaient d'autres devoirs que ceux de l'obéissance. Leur conduite et leurs discours marquent le point auquel ils croyaient pouvoir porter légitimement l'entreprise de limiter l'autorité du Roi par celle du Parlement. En cette circonstance, leur langage prouve que les procédés de la chambre de Saint-Louis leur semblaient légitimes , et qu'ils voulaient , aussi fermement qu'aucun de leurs collègues , résister au pouvoir absolu.

Harangue de M- le premier président.

« Sl&E,

» Le superbe appareil qui marche à votresuite, et celle n pompe avec laquelle Votre Majesté vient ici , n'impri- » ment pas tant le respect de votre puissance royale au » cœur des peuples que les lois et les réglemens. Les lois , » seuls fondemens du bonheur des Etats et de la soumis- » sion des sujets , ne sont point l'ouvrage des rois , c'est » Dieu même qui en est l'auteur, et les l'ois, comme des TOME 1 . 1 4

disposés qu^aucuns de leurs confrères h résister au pouvoir absolu; et quand le chancelier

» riches canaux, les versent entre les mains des juges pour

» en faire (a distribution aux hommes.

» C'est par l'observation des ordonnances que les

» royaumes se maintiennent dans une police rt'glée , qui

> ne fait pas moins la sûreté que la gloire et l'ornement

• des monarques; et l'expérience a trop fait voir depuis

• quelque temps les maux qu'apporte le mépris des lois » dans la mauvaise administration de ceux qui ont eu » le gouvernement de l'Etat, et en ont fait un si mauvais » usage.

» Votre Majesté , Sire, ne peut trouver mauvais que » son Parlement lui fasse voir les maux que souffrent ses

• sujets, et qu'il tende la main pour relever l'Etat de » sa chute prochaine. Les passagers donnent bien avis

• au patron quand ils voient le vaisseau courir risque du » naufrage. Votre Majesté, quelque jour, nous ferait un » juste reproche , si , nous ayant commis pour employer » toutes nos veilles au salut de vos peuples , nous » dissimulions les maux de l'Etat, l'oppression des offi- •> ciers, la dissipation des finances, le désespoir du pau- " vre peuple. Nous espérons. Sire, de la divine bonté » qu'elle vous fera la grdce d'ouvrir les yeux sur les dé- » sordres de la France, d'écouter la voix de vos sujets et » d'agréer la continuation de nos assemblées, dans les- » quelles Votre Majesté trouvera le moyen de redresser >• les plis qui se sont faits dans le bon ordre de l'Etat, » par l'inobservation des lois. »

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