‹ Histoire de la FrondeChapitre 88 sur 155 · CHAPITRE IV. 1648. 2l · texte numérisé non relu

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daht à délibérer comme de coutume tant sur les articles proposés par la chambre de Saint- Louis que sur la déclaration enregistrée la veille. Le duc d^Orléans essaya de calmer les esprits et de les disposer à Fobéissance : « Il » fit valoir les concessions accordées aux li- » bertés publiques; si quelque chose restait » encore à obtenir de la Reine, elle y serait » mieux disposée quand le Parlement lui au- )) rait témoigné un peu de soumission. Il ne » restait plus que six semaines avant Fépoque » ordinaire des vacations , et ce temps serait » utilement employé à rendre la justice aux » particuliers, qui depuis si long-temps soufj) fraient d'en être privés; enfin lui, duc d'Or- » léans, qui toujours s'était montré Tami delà » compagnie, demandait instamment cette » marque de déférence , et promettait de la )) reconnaître par tous les bons olïices qui se- » raient en son pouvoir. »

Pendant trois jours que dura la délibération, Gaston revint cinq fois à la charge. Il s'attendrit, puis menaça , feignit de vouloir se retirer; en dépit de tous ces efforts Broussel entraîna la majorité. Il avait proposé « de nom- » mer des commissaires pour examiner la dé-

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n claratiou royale et en faire leur rapport à la » compagnie; et que cependant la délibération » continuât sans désemparer sur les articles » de la chambre de Saint-Louis , jusqu^à Ten- )» tier achèvement du travail entrepris pour la >) réformation de TEtat. >»

Au moment de compter les voix pour former Tarrèt, le duc d'Orléans se réunit à Ta vis de Broussel, et demanda seulement « que les » assemblées générales demeurassent suspen- M dues pendant que les commissaires chargés » de faire un rapport au Parlement, sur la M déclaration royale, allaient préparer leur )» travail. » Chacun témoigna volontiers cette complaisance à un prince que la compagnie avait intérêt à ménager; rassemblée générale fut remise au lendemain de la - Notre-Dame d^août,etles magistrats se retirèrent dans leurs chambres particulières, pour y vaquer jusquelà au jugement des procès.

La Reine ne perdit pas le temps qu'on lui laissait. Il lui fallait encore quelques jours pour prendre ses dernières mesures , et c'était pour ce motif que le duc d'Orléans avait voulu, à tout prix , obtenir un délai. Le prince de Condé , mandé à Paris, devait di-

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riger le mouvement projeté; mais à peine avait-il quitté son armée, que des nouvelles qu'il en reçut Fobligèrent à y retourner précipitamment. L'Archiduc, espérant profiter de l'absence du général français , faisait des dispositions d'attaque. Le prince de Condé revint à temps * pour retenir la victoire. La journée de Lens , glorieuse pour nos armes, sembla promettre aussi un plein succès aux projets de la Reine. L'armée espagnole dispersée permettait de dégarnir la frontière et de rapprocher les troupes de Paris.

Les premières paroles du jeune Roi , en apprenant cette nouvelle, furent : « Ah! que le » Parlement va être fâché ! » Triste disposition de Louis XIV, à laquelle il ne demeura que trop fidèle; les contradicteurs de l'autorité absolue lui parurent toute sa vie les ennemis les plus dangereux de l'Etat, et leur humiliation le plus beau prix de ses victoires.

Un Te Deum solennel fut annoncé à Notre- Dame ** pour remercier Dieu de la bataille de Lens. Le Parlement en corps y assista; le

20 août.

*' 26 août.

régiment des gardes formait la haie sur \e passage de Leurs Majestés, depuis le Palais- Royal jusqu^à Téglise; les gens d''armes et les gardes - du - corps furent distribués par pelotons sur divers points de la Cité. M. de Comminges *, lieutenant des gardes de laReine , avait ordre de faire enlever , aussitôt après la cérémonie, le conseiller Broussel , les présidens Blancménil et Chartron, les conseillers Laine , Benoît et Loysel ; les trois premiers pour être enfermés dans des chàteaux-forts, les autres envoyés en exil.

Au sortir de Téglise , la Reine , passant devant Comminges, lui dit à Toreille : « Allez, et que n Dieu veuille vous assister! w Comminges attendit encore un peu pour laisser à la cour le temps de rentrer au Palais-Royal , et comme il suivait ordinairement la Reine, cette circonstance donna Talarme aux magistrats. Ces hommes, si intrépides sur leurs bancs, lors-

' Gaston de Comminges, né en i6i3, mort «îhevalier des ordres en 1760 ; capitaine des gardes de la Reine après son oncle M. de Guitant. Il épousa Sibelle d'Amalby , fille d'un conseiller au parlement de Bordeaux. La maison de Comminges descendait des anciens ducs de Gascogne.

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