CHAPITRE IV
foule innombrable. Les barricades s'ouvraient devant eux; les cris de vive le Roi! vive le Parlement! retentissaient sur leur passage; chacun les assurait « d''un dévouement et » d'une obéissance sans bornes ; ils pouvaient » ordonner avec confiance ce qu'ils juge- » raient expédient pour le bien de l'Etat; il » se trouverait assez de bras pour exécuter ce » qu'ils auraient résolu. »
Arrivés au Palais-Royal, la Reine les reçut, entourée des princes, des ministres et des officiers de sa maison. Sa contenance était triste et sévère. Elle interrompit brusquement la harangue du premier président. « Elle » savait bien qu'il y avait du bruit dans )) la ville; mais ce bruit n'était pas si grand 1) qu'on le voulait prétendre. Le peuple, qui » ne s'était point ému quand, sous le der- » nier règne, on avait arrêté M. le Prince, >i ne ferait pas pire, sans doute, parce qu'on ); avait arrêté un conseiller. C'était, au reste, » au Parlement à calmer l'émotion qu'il avait » causée; et, s'il en mésarrivait, eux, leurs » femmes et leurs enfans en répondraient » sur leurs têtes à elle et au Roi son fils. »
Mathieu Mole répondit à la Reine « qu'elle
» était mal infonnée, sans doute, de Pétat » de Paris; que toutes les forces du Roi, n unies à celles du Parlement, seraient im- » puissantes pour calmer la sédition. Il con- » jurait Sa Majesté de se laisser fléchir, et de » rendre les prisonniers; sa justice le voulait, » sa bonté Vy conviait, et cent mille hommes ») appuyaient celte demande les ai*mes à la » main. » La Reine sortit de son cabinet , fermant la porte avec violence. Les instances du duc d^Orléans, du cardinal Mazarin lui-même, n^eurent pas d^abord plus de succès que celles du premier président. Elle se laissa enfin arracher la promesse de rendre les prisonniers , si le Parlement voulait s''engager à cesser ses assemblées.
Ne pouvant obtenir d^autre satisfaction Mole proposa à ses confrères de délibérer sur I9 réponse de la Reine. Une salle avait été préparée au Palais-Royal; mais la compagnie, jugeant contre sa dignité de délibérer ailleurs que dans la grand''Chambre ', se mit en route pour retourner au Palais. A la première barricade, le peuple demanda aux
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