‹ Histoire de la garde nationale; récit complet de tous les faits qui l'ont distinguée depuis son origine jusqu'en 1848Chapitre 10 sur 21 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Désaffection de la garde nationale. — Son esprit de corps et son moral. — Revue de la sixième division. — Alerte du 25 juin. — Pétition des vingt mille. — Dénonciation contre l'état-major. — Arrivée des fédérés. — Repas à Charenton. —Avis du département de la police. — 14 juillet 1792. — Pétition des fédérés. — La patrie en danger.

Le trône était perdu. La garde nationale se retirait de lui; les bataillons des Filles Saint-Thomas, de Saint-Roch, de l'Oratoire, des Petits-Pères, restaient encore fidèles à la monarchie, mais ils étaient désavoués par la majorité. Dans la soirée du 21 juin, les grenadiers de garde aux Tuileries malmenèrent Pétion et Sergent ; celui-ci fut même frappé et renversé. Il reçut presque aussitôt les excuses des officiers de la garde nationale, qui le prièrent de désigner le coupable, afin qu'on en fit bonne et prompte justice. Le lendemain, des citoyens de toutes les légions vinrent en foule of-

Ifrir leurs bras au maire contre quiconque oserait fin-

ni HISTOIRE

sulter,etplus de cinquante volontaires se présentèrent, les jours suivants, pour garder la mairie, dont le poste n'était que de vingt hommes.

Louis XVI se préoccupait vivement de ce qui se passait dans les légions. Il s'était fait remettre un mémoire intitulé Etat de la garde nationale jiarisieniWf sa composition^ sa force, son esj)rit de corps et sonmoral (1 ). Suivant l'auteur anonyme, le nombre des citoyens enregistrés était de soixante mille, dont vingt-cinq mille habillés et armés. «Beaucoup de gardes nationaux se faisaient remplacer, et les remplaçants, pris dans la classe des pauvî^es gens f négligents et malpropres ^ éloignaient des corps de garde les autres volontaires.

«Les grenadiers sont des gens fermes et instruits au service; les canonniers sont des jeunes gens bouillants, pleins de feu, et trop patriotes. En général, iln'y a pas d'ensemble dans le corps de la garde nationale. En cas d'une attaque à Paris, le service se fera pendant huit jours ou quinze jours au plus. La garde nationale peut tenir tête à douze mille Allemands ; mais elle n'est pas en état de faire mettre bas les armes à l'armée de Burgoyne (2).

« Le quartier Saint-Antoine et toute la première légion se composent de têtes échauffées. Santerre, commandant du bataillon des Enfants-Trouvés, est

(1) Révolutions de Paris, n. 162, p, 294.

(2) Général anglais qui, envoyé conlre les États-Unis d'Amérique, fut obligé de capituler.

exalté ; on doit le craindre. Les bataillons des quartiers Saint-Denis et Saint-Martin sont républicains. Ceux qui avoisinent les places Vendôme et des Victoires sont bien disposés, étant composés de riches propriétaires et financiers. Les faubourgs Saint-Marceau et Saint-Jacques sont remplis de gros entrepreneurs, ayant du crédit sur l'esprit des ouvriers qu'ils employent, ou qui les remplacent. La sixième légion, celle de la Cité, est la mieux exercée et la plus patriotique ; on peut tout exiger du chef. Lachenaye, et les commandants sont attachés au château. »

Cette division fut passée en revue par le roi, le 24 juin, aux Champs-Elysées. Il y parut avec un panache tricolore à son chapeau ; la reine l'accompagnait, parée de plumes et de falbalas aux trois couleurs, et tenant par la main le dauphin ^en uniforme national. Les bravo , les vivats , accueillirent la famille royale ; mais l'esprit révolutionnaire attaquait même les zélés défenseurs de la couronne. Quelques gardes nationaux, • s'approchant de Louis XVI, lui dirent : « Sire, la nation vous verrait avec plaisir porter l'uniforme de la Révolution. — Je le désire depuis longtemps, répliqua-t-il ; mais j'ignore si la Constitution ne s'y oppose pas. » Réponse vague , dont l'effet fut de refroidir l'enthousiasm.e qu'il inspirait.

Dans la soirée, on pressentit un nouveau mouvement des faubourgs. Pétion s'y transportant, les trouva paisibles, et écrivit au ministre de l'intérieur : « Les bruits alarmants sont dénués de tout fondement ; rien

ne m'annonce des troubles; ils ne pourraient être excités que par l'exagération des mesures de précaution qu'on affecte de prendre. Elles ne sont, pour ainsi dire, qu'un tocsin d'alarme. Annoncer ainsi le péril lorsqu'il n'existe pas, c'est agiter inutilement les esprits, fatiguer la garde nationale, et faire croire que Paris est dans un état de crise. » Malgré ces assurances de paix, le rappel battit à plusieurs reprises, pendant la journée du 25 juin ; mais les gardes nationaux qui y répondirent furent en petit nombre. Dans presque tous les bataillons, les canonniers refusèrent de marcher. Le Moniteur disait à ce propos, le 26 juin : a La garde nationale, contre l'espoir de nos colomniateurs, ne fait qu'un avec le peuple. Le citoyen laborieux, en sortant de son atelier, en quittant son travail, ne cesse pas d'être patriote ; en prenant les armes, il ne revêt pas avec son uniforme un esprit incivique et meurtrier. Sous cet babit, comme sans cet babit, liberté, union, égalité, sont le vœu de son cœur et la règle de sa conduite.

« Ce qu'on fait, depuis le 20 juin, pour corrompre Yexcellent esprit qui anime la grande majorité de la garde nationale, est et sera sans succès. Les tarabourinades d'bier, sans nécessité, sans réquisition, comme sans fruit, sont une leçon dont il faut croire que ceux pour qui se faisait tout ce train, voudront bien enfin profiter. »

Un autre journal-affiche, la Sentinelle, rédigée par Louvet de Couvray, prêtait ce langage aux gardes

nationaux : « Ehl malheureux tambour, que me veuxtu? Irai-je, sous le commandement d'un état-major gangrené d'aristocratie, m'exposer à combattre pour la contre -révolution? Ces armes, que la liberté m'a mises à la main, m'en servirai-je pour appuyer les complots d'une cour qui me prépare la servitude? Les tournerai-je au détriment de la première autorité qui fait de bons décreis, en faveur de la seconde qui les paralyse, et contre un peuple souverain dont on a lassé la patience? Non, quelques intrigues que i'étatmajor prépare, on n'étouffera point les sentiments de la justice et de la nature. Ils parleront toujours au cœur de la grande majorité de la garde nationale parisienne. Oui, de la grande majorité, car hier, malgré vos fréquents rappels, vous n'avez pu rassembler sous vos drapeaux qu'un petit nombre de volontaires, dont je parierais encore que la portion la plus considérable n'était pas disposée à servir vos projets de sang. »

Les constitutionnels tentèrent un dernier effort. Guillaume, avoué au tribunal de cassation, ex-constituant, rédigea une adresse, qui fut déposée chez les notaires, et reçut sept mille quatre cent onze signatures (1). On y dénonçait les attentats du 20 juin ; on s'y plaignait du zèle passif auquel les soldats citoyens avaient été réduits pendant celte triste journée. «La garde nationale, tant celle qui était au château que

(1) Moniteur du 3 juillet 1792, n. 188.

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celle qui fornjait la réserve de chaque quartier, a eu a douleur, qui approche du désespoir, d'être dénuée de tout ordre du commandant, et de ne pouvoir y suppléer elle-même sans violer toutes les lois de la discipline, dont elle doit et a toujours donné l'exemple. Dans cette privation absolue d'ordres militaires, es passages ont été ouverts, et le courage de la garde nationale enchaîné au château même, sur les réquisitions multipliées de plusieurs ofticiers municipaux en écharpe, et parlant, disaient-ils, au nom de la loi . »

La pétition fut soumise au corps législatif comme émanée de vingt mille citoyens, mais elle n'obtint aucun succès. Les rumeurs des tribunes et de la gauche étouffèrent à plusieurs reprises la voix de l'orateur. Une autre adresse, présentée par la section de Bonne-Nouvelle, et qui inculpait l'état-major, fut au contraire couverte d'applaudissements. «Nous demandons, dit l'orateur, le licenciement de l' état-major de la garde nationale parisienne. C'est cette corporation aristocratique qui est l'une des sources de nos troubles et de nos divisions. Cet état-major est une; espèce de corps de réserve aristocratique, qui fait circuler à l'ordre le poison de ses opinions, pour provoquer contre les plus sages de vos décrets des veto soidisant suspensifs.» Une seconde députation de citoyens de toutes les sections parut à la barre, le 2 juillet, et dit: «Nous dénonçons l'incivisme de l'étatmajor; que tardez- vous à en ordonner le licencie-

ment? » Sur la motion de ïhuriot , l'Assemblée entra sur-le-champ en délibération, et, aux acclamations des tribunes, adopta, sauf rédaction, le principe du licenciement.

C'était un triomphe pour le parti démocratique ; l'arrivée des fédérés lui donna de nouvelles forces. Ils étaient en petit nombre, deux mille neuf cent soixante seulement, ce dont Pétion expliquait ainsi les causes (i). «L'es départements de nos frontières menacées ont gardé dans leur sein beaucoup de gardes nationales pour leur défense particulière. Un grand nombre de braves gardes nationales se trouvent dans nos armées, et enfin les habitants des campagnes sont occupés de leurs moissons. » En outre, sans organiser une fédération générale, le corps législatif avait simplement décrété que les volontaires qui se trouveraient à Paris le I4 juillet, assisteraient à la célébralion de l'anniversaire de la prise de la Bastille ; qu'ils se réuniraient, pour le serment fédératif, aux compagn-ies de la garde nationale parisienne, dans l'arrondissement desquelles ils auraient obtenu des logements ; qu'ils iraient ensuite former une réserve à SoisSons.

Les fédérés ne donnaient donc point aux patriotes une puissance numérique ; mais c'étaient presque tous deshommesd'action, prêts à tout entreprendre contre la cour . Marseille, Brest, Nantes, Angers, Dijon, Grenoble,

(1) Lettre à l'Assemblée législative.

Besançon, Chalon-sur-Saône, avaient fourni des contingents, et ces villes s'étaient signalées parleurs tendances républicaines et leur fougue révolutionnaire. Le peuple pouvait compter sur les fédérés ; aussi Sanlerre les accabla t-il de prévenances. Il en réunit douze cents dans un banquet, à Charenton, à l'hôtel du Cadran bleu, et échauffa leurs têtes à force de harangues et de libations. La faction royaliste leur lit également des avances ; elle leur proposa les projets les plus horribles (i). Les agents de Coblentz, qui affluaient au Palais-Royal , cherchèrent à les entraîner dans les tripots clandestins des rues adjacentes. La municipalité les prévint du danger par un avis écrit en style de mélodrame, l'une des pièces les plus curieuses qui soient jamais émanées d'une autorité constituée (2) :

« Français , que le patriotisme conduit dans cette ville pour renouveler avec nous le serment de vivre libres ou mourir ; qui venez, en môlant vos armes aux nôtres, faire trembler les traîtres et goûter dans nos bras les douceurs d'une fraternité inconnue aux esclaves et aux conspirateurs; amis, craignez aussi les pièges qui seront tendus sous vos pas.

c( Au Palais-Royal, dans ce lieu qui fut le berceau de la révolution, le rendez-vous constant des patriotes pendant longtemps; dans ce lieu charmant, où le

(1) Lettre à l'Assemblée législative, MonUeitr, n. 206. ( 2) Courrier frar.çaù du 14 juillet 1792, n. U7, p. 119.

plaisir va vous attirer, il existe des repaires affreux , où , sous l'espoir d'une fortune incertaine et balancée par la ruse, des brigands vous attirent ; où des femmes, se prostituant pour mieux servir leurs complices, vous enchaînent sous les verroux de trois épaisses grilles de fer, au milieu des poignards; à chaque porte de ces tripots, où les malheureux étrangers, heureux encore de n'y pas perdre la vie, laissent sur une table , à la merci des fripons qui Tentourent , leur fortune, des hommes gagés pour ce métier infâme se promènent, et vous invitent à monter pour une jolie société. On vous distribuera des caries pour des concerts, pour des clubs ou des festins agréables. Rejetez, repoussez loin de vous ces appels dangereux.

a Vos parents, vos épouses, vous ont envoyés au milieu de nous pour célébrer la fête de la liberté conquise , pour nous préparer encore à la défendre ; que ces jours ne soient point empoisonnés par des regrets. « Si les magistrats du peuple, malgré leurs efforts, ne peuvent détruire complètement ces cavernes affreuses, au moins ils auront rempli un devoir en vous Iles indiquant.

« Les administrateurs de la police , « Perron, Vigner, Sergent, Panis. »

Les fédérés restèrent insensibles aux séductions dont les environnait le parti aristocratique; et, à la fête du 14 juillet, ils ne manifestèrent, à Fégard du château, que des sentiments hostiles.

La fédération de 1792 offrit un aspect que les précédentes n'avaient pas présenté. Les habits de toutes couleurs étaient mêlés aux uniformes, les piques étincelaient auprès des fusils , et les gardes nationaux des départements étaient confondus avec ceux de Paris. Les six légions, convoquées dès cinq heures du matin, occupaient les boulevards depuis la place de la Bastille jusqu'à la porte St-Martin. Entre les bataillons étaient des groupes d'hommes, de femmes et d^enfants, portant des branches d'arbres, des instruments aratoires, des faisceaux d'armes , des statues symboliques. Le cortège n'entra au Champ de Mars qu'entre quatre et cinq heures du soir. Louis XVI y était depuis midi , escorté de quatre compagnies de suisses et du fidèle bataillon des Filies-Saint-Thomas. Telle était son inquiétude, qu'avant de partir, il avait endossé une espèce de cuirasse, à l'épreuve du poignard et des balles (l). On fit à peine attention à lui , quoiqu'il eût consenti à quitter l'École Militaire pour venir prêter serment sur l'autel de la patrie. Plusieurs commandants arrêtèrent leurs bataillons devant la famille royale, dans l'espoir qu'elle serait saluée par des vivats ; mais les gardes nationaux ne crièrent que Vive la nation! Vive la liberté! Vivent nos bons députés! Vive Pétion ! Le maire fut le héros de la cérémonie. Suspendu par le Directoire du département pour sa conduite au 20 juin, rétabli par un décret de l'Assem-

(1) Mémoires de madame Campah, t. II, p. 256.

blée , il avait conquis la popularité. La plupart des gardes nationaux avaient écrit à la craie sur leurs chapeaux : Vive Pétion ! Il s'enivrait d'autant d'hommages qu'en avait reçus La Fayette à la fédération précédente. Quant à Tancien commandant de la garde nationale , les soldats n'avaient plus pour lui que du dédain. Ses efforts en faveur de Louis XVI, ses déclamations contre les clubs, l'avaient perdu dans l'opinion publique, 11 avait achevé de se déconsidérer en quittant l'armée, le 28 juin, pour venir à la barre accuser le peuple de Paris. Le héros des deux mondes , rémule de Washington, n'était plus a qu'un intrigant, un lâche, un factieux, un faux protecteur du peuple, un audacieux, un ennemi de la Constitution, un hypocrite, l'agent dupé d'une faction dont il croyait être le chef, et dont il n'était que l'instrument (1). » On l'avait brûlé en effigie au Palais-Royal ; on le pendit à Marseille. Pendant la fête du 14 juillet, des rangs qu'il avait commandés sortait le cri de : Au diable La Fayette! Ses armoiries étaient placées en évidence au haut d'un peuplier chargé de blasons, qu'on brûla à la fm de la cérémonie ; et un malheureux canonnier, qui hasarda un Vive La Fayette ! fut assommé plus qu'à moitié.

Au serment fédératif , les volontaires des départements ajoutèrent celui de ne se séparer qu'après avoir

(1) Dénonciation des sections de Grenelle et du théâtre Frauùs, séance du 1*' juillet.

obtenu la punition des traîtres et éternisé le règne de la liberté (l). lis organisèrent un comité de fédération., dont l'esprit se révèle principalement dans la pétition du 17 juillet. Il disait au corps législatif : a Nous avons laissé dans nos départements des millions de citoyens qui nous ressemblent ; mais, quelque événement qui arrive, ne serions-nous que dix contre cent, comme nous sommes cent contre dix, la victoire de la liberté n'en serait pas moins certaine. Nous voulons triompher ou mourir ; mais nous ne voulons point combattre sous les ordres des courtisans et des complices des tyrans. On nous parle de faire la guerre à l'Autriche, et l'Autriche est dans nos camps, et dans le conseil du roi, et l'Autriche est à la tète de nos armées... Les défenseurs de la patrie demandent des chefs sous lesquels ils puissent exterminer ses ennemis ; mais pour avoir des chefs, il faut commencer par destituer les traîtres et les conspirateurs. »

Les événements donnaient raison aux pétitionnaires. Cinquante deux mille Prussiens marchaient sur la Lorraine ; les Autrichiens menaçaient la Flandre, l'armée était désorganisée ; et les ministres la laissaient sans armes, sans habits, et même sans pain. Le corps législatif déclara que la patrie était en danger. Tous les citoyens en état de porter les armes, et ayant déjà fait le service des gardes nationales, furent mis en état d'activité permanente. Toutes les municipalités

(1) Jvvnial des Jacobins, il. 232.

furent autorisées à faire fabriquer, aux frais du trésor public, des piques de six à dix pieds, connues sous le nom dépiques du maréchal de Saxe. Ou créa des compagnies de chasseurs volontaires , et Ton ajouta une réserve de quarante deux bataillons de gardes nationaux volontaires aux cent quatre-vingt-sept qui s'étaient déjà formés (l). Un décret du 17 juillet nt en outre appel aux hommes de bonne volonté.

« L'Assemblée nationale, convaincue que la défense de la patrie ne sera pas seulement pour les Français un devoir que la loi commande, mais un honneur qu'ils seront tous jaloux d'obtenir;

a Voulant leur laisser la gloire de manifester leur patriotisme par des mouvements spontanés ;

c( Décrète ce qui suit :

« Toutes les communes qui, indépendamment du

contingent demandé, fourniront subitement un ou

plusieurs bataillons, une ou plusieurs compagnies, et

même une ou plusieurs escouades de gardes nationaux

rmés et équippés, auront bien mérité de la patrie. »

La proclamation du danger de la patrie se fit le dimanche 22 juillet, avec des rites sévères et imposants.

(1) Année de Luckncr, 42 bataillons, 21,000 hommes; armée de La Fayette, 44 bataillons, 22,000 hommes ; armée de Lamorlière, 32 bataillons, 26,000 hommes ; armée de Montcsquiou, 50 bataillons, 25,000 hommes ; dans l'intérieur, 7 bataillons, 3,500 hommes ; aux colonies, 10 bataillons, 5,000 hommes; réserve, 42 bataillons, :'»3,600 hommes. Total, 229 bataillons, 126,100 hommes.

Les batteries du Pont-Neuf grondèrent d'heure en heure, pendant toute la journée. A une heure, deux cortèges partirent de la place de Grève, précédés de compagnies des six légions. Dans chacun d'eux, quatre huissiers de la municipalité à cheval tenaient des guidons sur lesquels on lisait : liberté^ égalité^ constitution, patrie, et au-dessous: publicité ^ responsabilité. Suivaient douze municipaux et des notables, tous à cheval ; puis un garde national à cheval, montrant ces mots écrits sur une bannière tricolore : citoyens, la patrie est en danger. Des détachements d'artillerie, de cavalerie et de garde nationale fermaient la marche (i). Sur des places désignées (2), un municipal lisait à haute voix l'acte de l'Assemblée qui proclamait la patrie en danger. Des amphithéâtres avaient été élevés place Royale, place du théâtre des Italiens, carré Saint-Martin, Parvis Notre-Dame, place Dauphine, place de l'Estrapade, place Maubert, place du Théâtre Français. Sur chacun d'eux était une tente ornée de

(1) L'ordre, la marche et le cérémonial, suivi de VActe du Corps législatif sur les dangers de la patrie. Paris, chez Dubosquel, quai des Auguslius, 21 ; in-8.

(2) Stations. Partie sud: pont de la Tournellc, place Haubert, place Saint-Michel, Croix-Rouge, rue de Bourgogne, pont Royal, pont Neuf, pont Saint-Michel, pont au Change, la Grève. Partie nord : place de la Bastille, au coin de la rue de l'Oseille; rue Pastourelle, rue Saint-Martin, rue aux Ours, rue des Prouvaires, rue Saint-Honoré, place Louis XIV (des Victoires), place Vendôme, Carrousel, pont Neuf, pont Notre-Dame.

guirlandes de chêne, et flanquée de deux flammes tricolores. Là six notables et trois officiers municipaux, debout devant une planche posée sur deux caisses de tambours , recevaient les enrôlements volontaires. En une seule semaine, on enregistra 9,793 citoyens de Paris, et 922 des départements. L'appel nominal en fut fait le dimanche suivant, sur la place de Grève, en présence de la municipalité et de quatre députés de chaque compagnie de la garde nationale. « Braves citoyens, leur dit Pétion, vous vous enrôlez sous les drapeaux de la liberté ; c'est pour la défendre, c'est pour combattre la tyrannie. Votre famille est maintenant au milieu des camps ; votre famille est la patrie ! Nous devons tout sacrifier à cette mère commune. Toutes nos affections particulières doivent se fondre dans ce grand intérêt général. Périssons plutôt que de souffrir que notre sol soit souillé par l'esclavage. Mais non, les despotes seront vaincus. Volez à la victoire ! La postérité vous désignera comme les premiers soutiens de nos droits. Recevez, avant votre glorieux départ, les témoignages d'amitié et les bénédictions de vos concitoyens, de vos amis, de vos frères, et les félicitations des magistrats du pleuple. »

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