‹ Histoire de la Garde républicaineChapitre 5 sur 14 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Paris dans la matinée du 24. — Calemnie. — \oble réfutation. — Un parlementaire. — Coups de canon. — Prise de barricade. — Capitulation. — Nouvelle perfidie. — Un fusil à vent. — Expiation. — Un huissier. — Un verre d'eau. — Généreuse hospitalité. — Proclamation. — Curieux dialogue. — Le capitaine Zehler. — Prodiges de valeur. — Caserne des Minimes. — Girard de la Perrotière. — Résistance. — Héroïsme d*un officier dMnfanterie. — Belles paroles. — Dos coups de feu pour récompense.

Le ciel , hier chargé de nuages , s'ouvrant à de courts intervalles devant de larges raffales de pluie, est pur aujourd'hui; ses tempêtes ont fait place à celles de la terre. Il est deux heures, le soleil se lève, et Paris assoupi se réveille tout à coup au bruit sourd du canon qui tonne sur plusieurs points à la fois. La lutte a recommencé avec l'acharnement du désespoir du côté des insurgés, avec le courage du devoir du côté des défenseurs de l'ordre. Les combats, interrompus par la nuit, ont retrouvé de nouvelles forces et recruté de nouveaux renforts. Cinquante mille insurgés sont sous les armes , abondamment pourvus d'argent et de munitions; ils ne s'inquiètent nullement des régiments qui, d'heure en heure, arrivent à marches forcées pour prendre part à la bataille ; la résolution des hommes qu'ils appellent bourgeois , la dé-

termination de la garde nationale qui se rend plus nombreuse qu'hier au rappel du tambour, ne font qu'exciter et raffermir l'intention dans laquelle ils sont de vaincre ou de mourir. Ils sont braves aussi ces hommes là, il faut l'avouer, braves comme on l'est en France , lors même qu'on s'est dévoué à une mauvaiscn cause. Leur courage n'est pas toujours celui des barricades , qui consiste à tirer à l'abri son coup de feu et à se cacher ensuite derrière un massif de pierres pour recharger son arme, c'est quelquefois le courage du soldat qui se découvre et montre sa poitrine. En effet, on le verra souvent , dédaigneux de la vie , l'exposer franchement sur le sommet des barricades pour Fçcevoir la mort qu'il n'aura pu donner.

Le jour donc est levé.... Brûlant du désir de s» mesurer de nouveau avec les rebelles et de veqger Ibq frères qu'elle a perdus la veille, la garde républicame, fièrement appuyée sur ses armes , attend avec impa-<> tience les ordres qui doivent la conduire au combat. Un autre motif non moins puissant que la soif de gloire dont elle est embrasée excite son ardeur. Des bruite sinistres, propagés par la calomnie, qui s'attacha toujours aux intentions les plus pures , sont parvenu^ pendant la nuit à sa connaissance. On a mis fausse-r ment en doute son esprit de véritable patriotisme. Les niots de défection se sont gUssés perfidement à travers ce doute. On a dit qu'elle entretenait des intelrligences secrètes avec les insurgés, et qu'elle attei^

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(îardo Héimblicaim», juin 4Si8.

(lait l'heure propice pour faire cause commune avec eux. On a dit que sur divers points elle avait livré aux mains de l'insurrection ses armes et ses cartouches ; on a dit qu'elle avait , au mépris de l'honneur , vendu lâchement le mot d'ordre; on a dit que plus d'une de ses balles avait frappé les rangs des soldats qui défendaient la cause sainte du droit , de la volonté nationale et de la loi. On a dit que plus d'un uniforme, adopté par elle , s'était trouvé mêlé aux blouses de la rébellion. On a été jusqu'à dire que plus d'une compagnie entière avait passé avec armes et bagages dans les lignes des malheureux entraînés fatalement contre la société.

Elle brûle donc de répondre à ces calomnies par des actes irrécusables de dévouement à la patrie et de fidélité au drapeau. Son héroïque conduite de la veille est déjà une éclatante réfutation ; celle du lendemain sera un sanglant démenti. Courage ! noble garde , courage ! on peut médire de toi , on peut te calomnier.

mais t'avilir , jamais! J'en prends à témoin le chef

du pouvoir exécutif qui est monté à la tribune pour te justifier par ces belles paroles : La garde républicaine vient de se conduire admirablement.

A trois heures, la garde républicaine, qui avait bivouaqué toute la nuit près du Pont-Marie, reçut deux pièces de canon pour battre en brèche une barricade qui avait résisté sur ce point à tous les efforts dirigés la veille contre ses défenseurs,

Avant (l'ouvrir le feu, un garde républicain se présente en parlementaire devant la barricade, et engage un colloque avec les insurgés :

« Rendez-vous, leur dit-il, déposez les armes; votre résistance d'hier était une erreur, celle d'aujourd'hui serait une folie, plus encore, un crime.

— Nous rendre ? jamais ! répondent les insurgés ; nous voulons la République, nous l'aurons...

— Mais. vous l'avez, nous l'avons tous, réplique le parlementaire.

— Nous la voulons démocratique.

— Mais nous l'avons ainsi ; où donc voyez-vous aujourd'hui des aristocrates ?

— Partout, excepté dans le peuple.

— Mes amis, on vous égare; croyez-nous, ouvrez les yeux à la vérité, repoussez le mensonge des hommes qui vous exploitent; creusez au fond de leurs intentions, et vous trouverez, même dans leurs paroles, des vues d'intérêt personnel et d'ambition ; encore une fois, mes frères, déposez vos armes et donnez-nous la main.

— Déposer nos armes? jamais... Nous les conserverons tant que nos droits seront méconnus, et que justice n'aura pas été rendue à nos griefs.

— Eh bien ! que votre volonté soit faite, et que le sang versé retombe sur vos têtes. Quant à moi, je m'en lave les mains. »

Disant ainsi, le parlementaire, qui était un vieux

soldat de l'armée d'Afrique, rejoignit ses camarades ; les pièces d'artillerie s'avancèrent, et le feu s'ouvrit aussitôt.

Les pièces, habilement servies, eurent bientôt pratiqué une brèche; alors, deux compagnies de la garde répubUcaine, soutenues par un détachement du 34® régiment de ligne, s'élancent au pas de course et enlèvent la barricade que les insurgés essayent vainement de défendre.

Dans cette affaire, le sous-lieutenant Massieu est blessé d'une balle dans les reins ; il tombe en criant : vive la République ! Un garde a la mâchoire traversée d'une balle, qui effleure sa langue en passant. D'autres gardes sont atteints plus ou moins grièvement; tous supportent avec courage et résignation les épreuves du combat, tous se consolent en pensant à la patrie.

A neuf heures du matin, une colonne d'insurgés débouche de la rue Geoffrov-Lasnier, demandant à capituler; ils portent la crosse de leurs fusils en l'air, le drapeau de la 9® légion de la garde nationale flotte au milieu d'eux ; ils s'en parent comme d'un trophée ; cependant ils avouent l'avoir pris à la mairie sans résistance de la part du poste.

Pendant qu'on les conduisait à l'Hôtel-de-Ville, ils remarquent le petit nombre d'hommes que le com^ mandant Tricotel a sous ses ordres ; leur force est supérieure; ils veulent en profiter; au même instant,

le cri de : aux armes ! se fait entendre^ et bieil loin de Youloir se rendre, ils songent à rétablir les chancei^ d'un nouveau combat.

Une nouvelle barricade s'élève immédiatement dans la rue Geoffroy-Lasnier; la garde républicaine, trop peu nombreuse pour s'opposer à sa construction, se contente d'assurer sa position, position difficile ^ de laquelle dépend le sort de l'Hôtel-de-Villei

Le commandant Tricotel, reconnaissant l'importance du poste qui lui est confié, se hâte de demander du renfort; on lui envoie presque ausl^itôt iln détachement de cent hommes du 52® régimeiit de ligne;

Il y avait près de là, dans une maison de la rue de l'Étoile^ n® 2, un insurgé invisible qui, caché dans une retraite inaccessible, profitait de l'avantage de sa position pour tirer sans relâche sur les hommei^ du commandant, exposés en plein à sa cible. Chaque coup portait, sans explosion, car l'insurgé était ariiié d'un fusil à vent ; l'oti ne pouvait même reconnaître l'endroit d'où le coup partait, car la balle homicide ne laissait aucune trace sur son passage. Déjà tme dou-^ zaine de gardes répubhcains avaient été frappés; le heutenant Pichon avait été également atteint^ lors(pie le colonel commandant une batterie d'artillerie vint à passer sur ce point. Le commandant Tricotel lui fit part du péril dans lequel sa troupe se trouvait exposée ainsi sans défense à un ennemi invisible. « Mon

colonel, lui dit-il, quelques coups de canoti poUt^roht seuls nous en délivrer. . . » Mais le colonel, appelé eh toute hâte sur un autre point, lui répondit qu'on aviserait plus tard... « Plus tard^ colonel, i*époridit lé commandant, il ne sera peut-être plus temps} nltrtporte^ nous attendrons, et vous nous retrouverez toujours là, sinon vivants, du moins... w

Dans le moment même^ et avant qu'il n'eût terminé sa phrase, une balle vint frapper l'ordonnattee du colonel, jeune officier qui portait l'uniforitie de la niarine. «Vous le voyez, mon colonel ^ » ajouta le commtindant Tricotel.

c( Canonniers, à vos pièces, >» s'écria le colonel. Et sept boulets firent voler en éclats la porte de la lioiôisoh signalée.

Aussitôt, le commandant Tricotel, à la tête de la garde républicaine et du détachemeiit du 34*^ de Hgne, se précipite à travers les escaliers ; la maison est visitée de fond en comble j l'insurgé découvert blotti dans un coin près de son fusil à vent, est fusillé sans rémission sur la place même.

Alorsj plus libre de ses mouvements. Tricote^ suivi de quelques gardes républicains, pénétré dâné lés maisons voisines et parvient à s'emparer de quatre cents fusils, qu'il fait diriger sur l'Hôtel-de-Ville, avec trente-neuf cadavres d'insurgés ramassés dans un coin de la rue.

Quelques heures après, cet intrépide officier occu-

pait le Pont-Marie, et déployait une partie de sa petite colonne sur le quai des Ormes...

On entendait toujours distinctement le feu de la fusillade qui retentissait dans les divers quartiers occupés encore par l'insurrection.

Les rues et les quais étaient déserts , les maisons et les boutiques étaient partout fermées, lorsqu'un des gardes, quittant les rangs, s'approcha d'une maison et frappa à la porte d'un huissier :

« Que faites-vous donc là, lui cria Tricotel?

— Ne faites pas attention , répondit pour lui un de ses camarades , il va prier le citoyen huissier de lui donner une assignation de déménagement pour les insurgés que nous irons trouver chez eux... »

Cette plaisanterie dite avec le plus grand sang-froid dans une situation si critique peint admirablement le caractère français.

(( Ce n'est pas une assignation que je viens chercher, répliqua vivement le garde, en frappant une seconde fois , c'est un verre d'eau pour étancher la soif qui me dévore. » Au même instant la porte s'ouvrit et le commandant reconnut une de ses connaissances dans la personne du propriétaire. Ce brave huissier voulut à toute force recevoir dans sa demeure , pour les rafraîchir et restaurer, ces héroïques défenseurs de la patrie, ces malheureux soldats qui mouraient effectivement de faim et de soiï*. Il a fait plus encore. Il a laissé pendant quarante-huit heures à la disposition de douze

officiers son appartement complet qui servait déjà d'ambulance aux blessés et de dépôt aux morts.

Pendant que le colonel de Vernon , étendu sur son lit de douleur, regrette de ne pouvoir partager le péril de ses compagnons d'armes , le capitaine Zehler quitte la position du pont Notre-Dame pour se mettre sous les ordres immédiats du colonel Raymond , commandant supérieur des troupes réunies dans la Cité. Immédiatement après il va prendre possession de la ligne de défense dans les rues Colbert, du Petit-Pont et de Bièvre d'où il repousse les insurgés.

Les points sur lesquels l'insurrection avait concentré, ce jour-là, ses plus grands efforts, étaient les faubourgs Saint-Marceau, Saint-Antoine et Poissonnière, le Panthéon et une petite partie du quartier Saint-Méry. On se battait sur toute la ligne avec l'acharnement du désespoir. Les insurgés avaient appris dans la matinée le décret par lequel l'Assemblée nationale, se déclarant en permanence, mettait Paris en état de siège, et confiait au général Cavaignac tous les pouvoirs exécutifs. Mais loin de s'effrayer de ces mesures qui révélaient le danger de la position et les intentions d'y parer avec l'énergie d'une quasi-dictature, ils y puisèrent des espérances et un redoublement d'audace. Repoussés de leurs premières lignes, ils ne dominaient pas la situation, mais ils la maintenaient dans des conditions à peu près égales... La victoire énergiquement disputée était douteuse encore. Le cou-

fàgë de la garde mobile et surtout Titltrépide iilitiative de la garde républicaine purent seules faire perlcher là balance du côté des défenseurs de l'ordre*

Âpres avoir repoussé les insurgés de la rue de 6iè^ Vre, le capitaine Zehler, accompagné du sergent Bra-^ ziky se rendit Tépée dans le fourreau dans la rue des Bernardins où la révolte comptait un grand nombre de combattants. A sa vue, les rebelles, qui le prennent {)our un parlementaire, cessent le feu et montent sut leurs barricades qu'ils franchissent pour se trouver plus près du capitaine Zehler. Celui-ci > sans témoigner la moindre expression de crainte à la vue d'uti ihour irement qui peut cependant compromettre sa sécurité , leur lit d'une voix parfaitement calme et exempte d'é- Èiotioù cette proclamation adressée par le général Cavaignac aux ouvriers.

« Citoyens ,

« Vous croyez vous battre dans l'intérêt des ouvriers ; c'est contre eux que vous combattez ; c'est sur eux seuls que retombera tant de sang versé : si une pareille lutte pouvait se prolonger, il faudrait désespé* rer de l'avenir de la république , dont nous voulons tous assurer le triomphe irrévocable.

f( Au nom de la patrie ensanglantée, au nom de la république que vous allez perdre , au nom du travail que vous demandez et qu'on ne vous a jamais refosé , trompez les espérance» de nos ennemis communs;

mettez bas vos armes fratricides , et comptez que le gouvernement, s'il n'ignore pas que dans vos rangs il y a des instigateurs criminels , sait aussi qu'il s'y trouve des frères qui ne. sont qu'égarés et qu'il rappelle dans les bras de la patrie.

<( Le chef du pouvoir exécutif, (( Cavaignac. »

Cette lecture fut d'abord favorableifnent accueillie, et le Capitaine était en droit d'en attendre d'heureux résultats , lorsque les plus exaltés excitant leurs camarades , les têtes se montèrent , et le dialogue suivant s'établit aussitôt entre les deux parties.

« De quel corps es-tu?

— De la garde républicaine.

— Qui t'a chargé de la mission que tu viens de remplir auprès de nous?

— Mon amour pour le peuple et le désir de le sauver-

— Si tu aimes vraiment le peuple et si tu veux le sauver, viens daiis nos rangs pour combattre les hommes qui nous ont trompés et qui ont failli à leurs promesses de février.

— J'aime le peuple, et c'est pour cela que je rie combattrai pas avec vous, mes frères qu'on égare.... Oui, l'on vous a trompés, mais ce n'est pas ceux contre lesquels vous levez aujourd'hui l'étendard de la révolte.

— Qui donc nous a trompés, le sais-tu?

— Oui.

— Elî bien parle...

— Ceux qui sont dans vos rangs avec des pai*oles de fraternité sur les lèvres et des pensées de Gain dans le cœur. Ceux qui vous ont promis pour le présent ce que l'avenir pouvait seul tenir. Ceux qui vous promettent encore une victoire impossible... Une victoire dont vous serez vous-mêmes embarrassés de— niain si le malheur de la France voulait que vous triomphassiez aujourd'hui. Citoyens, mes frères, ne persistez pas dans la voie fatale où l'on vous a jetés , c'est une voie de perdition pour vous d'abord et pour le pays ensuite ; revenez à de meilleurs sentiments , imitez vos camarades qui, partout sensibles à la voix de la raison, sont rentrés dan^ l'ordre et le devoir.

^— Nos frères insurgés ont rendu leurs armes?

— Et renversé de leurs propres mains les barricades qu'ils avaient construites eux-mêmes.

— C'est impossible.

— Rien n'est plus vrai, tout est rentré dans le calme. »

Dans ce moment, une horrible décharge d'artillerie et de mousqueterie se fit entendre dans la direction de l'île Saint-Louis.

« Misérable traître, s'écrièrent les insurgés en cernant de plus près le capitaine Zehler, tu oses nous apporter des paroles de paix quand on égorge nos

frères ! Le canon que nous venons d'entendre est sans doute le canon de la réjouissance, n'est-ce pas ? Tu es un espion ; malheur à toi, et que justice soit faite ! »

La moindre hésitation, le plus petit signe de faiblesse pouvaient perdre le capitaine ; mais son âme était trop bien trempée pour être accessible à la menace...

<c Citoyens, répondit-il d'une voix assurée, je certifie que les détonations que nous venons d'entendre sont les dernières, je ne sais même comment les expliquer. Vous. désirez ma vie, prenez-la, je vous la donne ; je l'ai souvent et longtemps offerte aux Arabes de l'Afrique, ils Font respectée... Un zouave n'a jamais craint la mort. Fusillez-moi donc, mais je vous jure sur l'honneur que je serai vengé. »

Surpris et saisis d'admiration devant l'impassible courage de ce jeune officier, les révoltés relevèrent les canons de leurs fusils déjà abaissés sur sa poitrine, et lui dirent :

« Comme toi, nous avons été soldats, mais jamais assassins ; te tuer aujourd'hui serait un crime , et de plus, une lâcheté; retire-toi... >»

Plus heureux que l'infortuné général Bréa, le capitaine Zehler et le sergent Brusik purent regagner sains et saufs leurs camarades qui, les croyant perdus, s'apprêtaient à les venger.

De la rue des Bernardins , le capitaine Zehler se porta sur la place Maubert, où la lutte s'engagea immédiatement. Trop faible en nombre pour emporter

la barricade 9 mais trop braye pour reculer, la garde républicaine cooserve fièrement ses positions en attendant que quelque renfort lui permette de reprendre Toifensive. Mais bientôt après, l'arrivée d un détachement des 14^ et 18° légers change subitement la face du combat. Les gardes républicains s'élancent au pas de course et baïonnette en avant, sur les barricades ; les insurgés sont refoulés, et les barricades Sainte- Geneviève et Saint-Victor enlevées.

Dans ces dernières affaires, la compagnie engagée perd deux hommes tués et une dizaine de blessés, parmi lesquels se trouve le sergent-major Bourquin. Mais ces braves soldats sont promptement vengés par leurs camarades qui font des prodiges de valeur ; c'est le simple garde Viennes qui se précipite à travers une grêle de balles sur la barricade de la place Maubert et enlève le drapeau qui la couronnait ; c'est le lieutenant Dagouin qui fait preuve d'un sang-froid uni à une bravoure admirable ; c'est le sergent-major Mey qui ne veut se laisser devancer au feu par personne, on dirait qu'il est jaloux des balles ennemies qui sifflent autour d'eux ; c'est encore Feuillet , Brusik et Gallianni qui combattent comme des lions sous les yeux de leur capitaine, qui lui-même paye bravement de sa per* sonne.

Partout où le canon gronde, partout où h fusillade se fait entendre, partout où une barriçacle croule ou s'enlève, on voit briller pur et sans tache, mais

imprégné de sang et de pûpdre» l'imiforme de cett^ garde, victime hier encore de l'opinion publique^, qui la rendait injustement responsable des antécédents dei» bpmïnes repoussés par elle-inême de son sein, victiine aujourd'hui et martyre de son dévouement ^ l'ordre, de sa fidélité au drapeau de la France,

Aux gardes républicains qui combattant et meurent sur la pl^ce Maubert, le lieutenant Antoine appprte la concours d'une section de la quatriènîe compagnie, et il contribue puissamment à Tenlèvement des barrjrçades construites dans les rues Saint-Victor et Sainte- Geneviève. Plus tard il reçoit l'ordre de conduira à rHôtel-de-Ville les nombreux prisonniers faits pendant Ip coniba); ; il s'acquitte de cette mission dangereuse avec un zèle égal à son intelligence.

Pj^ns le n)ême temps, le lieutenant Pasturel, qui vient dp prendre part aux glorieux con^bats de3 rn^ 4e 1^ Cité} Saint-Jacques et Galande, conduit la ^^ compagnie du 3^ bataillon sur le quai aux Fleurs, et dirige d'))abiles perquisitions qui n^ettent en son pouvoir un grand nombre de fusils transportés aus$itpt à l'Hotel-de-Ville. Ensuite, il parcourt les rues Saint-- Victor, des Fossés-Saint-Bernard, de Pontoise, Traversière, SaintrNicolas-du-Cbardonn^t, de Pièvre et le Marché-aux-Veaux. Plus tard encore il reçoit du ei»lonel Raymond l'ordre de repartir avec sa conipagnie, et de procéder à l'arrestation du sieur Chabanne, marpl^and de yin rue Saint-Nicolas-du-flbardonne)^»

et désigné comme l'un des principaux chefs de Tinsuprection.

Ainsi que tous leurs frères d'armes des autres bataillons , les gardes républicains de la 5® se font remarquer par leur admirable conduite; invincibles pendant le combat, ils sont humains et généreux dans la victoire. Aux actes féroces des insurgés ils opposent la plus grande modération ; seuls ils se rappellent qu'ils ont des Français pour adversaires... Et voilà les hommes qu'on a calomniés d'abord et négligés ensuite ! . . Consolez-vous, braves soldats, la patrie vous prépare une magnifique réparation.

Parmi les hommes de la 5^ compagnie du 3® bataillon qui se sont le plus distingués, citons les caporaux Schisler, Fournier, Dusurieux, Frérejean et Sabremann ; les gardes Lesage, Bahié, Neuville, Buis, Ligeret, Simonet Michel, Pommery, Bunel, Thevenin, Lagnien, Breton, Gorju, Caudegare, Manceau, Coudrier et Saint-Germain.

Citons encore en passant la belle conduite des cavaliers de la garde républicaine : isolés du feu par la nature même du combat, ils trouvent encore le moyen de rendre service au pays. Affectés au service des estafettes, ces intrépides cavaliers se précipitent à travers les balles pour porteries dépèches et les ordres qu'ils reçoivent : rien ne les arrête, ils se jouent des obstacles et bravent le danger ; leur fidélité seule s'élève à la hauteur de leur courage. Honneur à eux!

Reprenons le cours des événements.

Lorsque les troupes de la garde républicaine caser* nées au quartier des Minimes reçurent l'ordre d'aller combattre l'insurrection, il se trouvait à la caserne un jeune sous-officier de cavalerie, ex-chirurgien de marine, grand et vigoureux; du cœur plein la poitrine, du courage à la hauteur de toutes les positions, d'une expérience mûrie par deux voyages autour du monde, des. états de service les plus beaux qu'un jeune homme de son âge puisse avoir, trois blessures pour décoration, et d'immenses services rendus au pays et à ses semblables pour titres et pour brevet d'honneur ; enfin la conscience d'une vie pleine de bonnes actions pour unique récompense nationale. Girard de la Perrotière méritait sous tous les rapports les marques de confiance que le chef de bataillon Blainville lui accorda en lui donnant le commandement du quartier et le soin de sa défense.

De la Perrotière s'occupa immédiatement de trouver des moyens de défense qui pussent suppléer au petit nombre d'hommes qu'il avait sous ses ordres, ainsi qu'à la pénurie des munitions de guerre. Peu de temps après le départ de la colonne, il aperçut une barricade que les insurgés venaient de construire à l'extrémité de la rue Saint-Gilles. Cette barricade pouvant servir de point d'appui à l'attaque probable de la caserne, il résolut de l'enlever. En effet, prenant quelques hommes avec lui et assisté de quelques

gardes nationaux, il marcha résolument aur la b^uri* i^de» qu'il emporta et détruisit. Beptré m quartier» il surveilla avec le plus grand zèle |e service de p^Uo^ et de sûreté de la caserne, empêchant lea iusurgén de prendre position dans les maisons voisines.

Le 24 au matin, il apprit çivec douleur que plusieurs compagnies du 18^ léger venaient de rendre leurs ^rmes sur la place des Vosges ; il y courut et paryisf; » recueillir 186 soldats désarmés; ils étaient p^e9 et tristes, et leurs visages contrastaient avec celui d'itn héroïque et jeune officier qui seul gvait conservé son eabre*

a Le sabre est l'honneur du soldat, avait-il dit m^ insurgés, vous ne raure;s jamais... Vous me prendrez la vie, mais vous me laisserez rhpnneur !.. »

Les insurgés, admirant la noblesse de ^es paroles, ne lui prirent ni Tun ni l'autre... Nous regf^tton» de ne pouvoir citer le nom de ce digne t)f)5cier, qui p^ r^issait sortir récemment de l'école de Saint-Cyr*

Non loin de là» et sur la même place, nn de ses p^.marades sortant également de l'école de SaJnHCl^r» mais moins heureux que lui, recevait Ig mort à^ mains dm insurgés auxquels il refusait se$ armi^^

Pendant ce temps» le nouveau command(^t û^s Minimes» mettant à profit ses connaissance^ médî/s»-r les, formait une ambulance dans jLe double bu); âfi seeourir les blessés et de mettre la caserne sous )a prol^eçtîon de l'bumgnité, lorg^que tout k c^up MQ$ ç^

lonnede fumée, dépassant les maisons voisines, s'éleva dans la direction de la place des Vosges. De la Perrotière détacha, pour aller aux informations, un émissaire en blouse qui revint aussitôt lui apprendre que les insurgés avaient mis le feu à la caserne des Tournelles pour s'emparer de la mairie du VHP arrondissement. Ils en étaient les maîtres et conservaient en otages les autorités.

De la Perrotière courut à la mairie ; mais il fut ar-^ rêté à la porte par les insurgés qui la gardaient :

c( Que viens-tu faire ici? lui disent-ils.

— Parler au citoyen maire.

— Que lui veux-tu ?

— Accomplir un devoir d'humanité.

— Lequel?

— Lui demander les moyens de former une ambulance pour les blessés. .

— Pour les assassins de nos frères, sans doute?

— Les assassins ne sont pas parmi nous, répondit fièrement de la Perrotière.

— Où sont-ils donc?

— Je ne suis pas venu ici pour vous le dire. . . ConduisezHonoi chez le maire.

• — Soignes-tu indistinctement les blessés des deux partis?

— Indistinctement ; car la politique s'efface devant le malheur, et la fraternité oublie ses vengeances devant l'égalité de la mort. Vos blessés seront mes frères.

— Nous pouvons y compter?

— Je vous le promets.

— Quelle garantie nous donneras-tu?

— Ma parole d'honneur de médecin et de soldat.

— Il suffit ; suis-nous. >»

Admis immédiatement en présence de M. Maréchal» adjoint du maire, et dont la conduite fut admirable, de la Perrotière ne put concerter avec lui les moyens de le délivrer, car ils étaient observés; il parvint tourtefois à obtenir Tautorisation de se faire donner des médicaments et des vivres ^u moyen de bons qui lui furent remis aussitôt.

Le quartier des Minimes, ainsi mis à l'abri d'un coup de main et sous la protection de l'humanité, de la Perrotière put dès lors se livrer tout entier au soulagement des malheureux blessés qu'on apportait de toutes parts. Admirable de dévouement, on le voit seul et sans armes s'avancer vers le théâtre de la destruction, et disputer à la mort qui le menaçait lui-même les malheureux qui tombaient sous les feux de la fusillade. On le vit dans les rues Saint-Louis, Saint- Antoine, marchant en silence auprès des civières chargées de victimes, leur adressant des paroles d'espoir et de consolation. C'est dans ces courses périlleuses qu'il eut le bonheur de sauver plusieurs gardes mobi* les et un garde national, exposés sans défense à la fureur de l'insurrection. Rien ne put l'arrêter dans l'exercice de cette sainte mission.

ï.e colonol do Vornon.

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