‹ Histoire de la Garde républicaineChapitre 7 sur 14 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Géhéreuses pah)les du éolônel de Vernon. — Lé lieutenant Oubert. — Âdjaûrable sang-froid. — Valtat. — Un chevron d*hônneur. — Famine. — Le lieutenant Durand. — Tambour improvisé. — Le capitaine Mathieu à la ^cherche d^un médecin. — Un insurgé apothicaire. — Une balle égâxiée. ;— Le tambour-mai Lre Prévost. — Le tambour Chàtel. — Courage antique. — Lé capitaine Zehier rallie des mobiles. — Le sergent Percepie.

— Le commandant Lebris. — Le sergent Brusil^. — Assassine-moi, si tu l'itees ! — Julienne Danjou. — Un arbre de la liberté transformé en pottnce. — Elle est (bile, — Cinq minutes de présidence. — Sang-froid. — Lebloi^d, sous-officier. — Poste élevé. — Moulin, lieutenant d*artillerie. Coup de canon tiré à blanc. — Un garde réj3ublicain Sauvé pair ûtt etgarde municipal. — Dévouement de Taide-major Menessier. — Admirable résolution du colonel de Vernon. — Le tambour Bontalgal adx barricades. — Un bain de pavés* — Souscription. — Une pipe consolatrice.

— n passera! il ne passefa pas! il a passé! •>— tJne canlinière. — Citation d'honneur. — Braves de la garde républicaine.

Parmi les grandes et belles actions, j^armi les faits de courage, de dévouement et dé rare intrépidité dont ht garde républicaine a donné de si nombreux exemples pendant les 23 , 24 , 25 et 26 juin , nous citerons avec bonheur tous ceux que nous avons pu recueillir.

L'éloge historique d'une grande vertu est au cœur ce que le ruban d'honneur esta la boutonnière. Il est moins éclatant, mais il est plus solide ; les couleurs dû ruban se déflorent sur là poitrine , le souvenir à*m^ grande action arrive embautté dans l'histoire et

survit à Toubli de la tombe. Là garde républicaine, réorganisée dans les premiers jours de juin, sera décorée tout entière aux yeux de la postérité , car elle a été grande, belle, sublime et digne de la patrie.

Nommons en première ligne le colonel de Vemon, intrépide enfant de la Bretagne. Nous Tavons vu dans le premier chapitre de ce livre, nous l'avons vu magnifique de courage et de valeur, quand au cri de vive la France ! il s'élançait contre les Arabes à la tête de sa brillante cavalerie ; nous le retrouvons aux dernières pages de cette histoire toujours le même , toujours digne de lui et de Tarmée. Le véritable honneur ne faillit jamais.

Quelques officiers de la garde républicaine allaient être renvoyés au moment où l'on se trouvait déjà pour ainsi dire en présence de l'insurrection. C'était autant d'ennemis et d'adversaires que l'on se créait, la prudence exigeait peut-être l'ajournement de cette mesui'e.

Le colonel de Vernon , à qui l'on s'en ouvrit , répondit avec une remarquable animation : « Il répugne à l'honneur militaire de recourir à l'épée des hommes que l'on doit désarmer le lendemain de la bataille , la bataille serait pour eux un baptême , sinon une expiation. Quoi qu'il en advienne, qu'ils sachent la vérité , et ne commettons jamais de lâcheté, w

Sur une tombe récemment fermée, gravons en lettres d'or le nom de l'héroïque Oubert. Lieutenant au l^** escadron, Oubert était un de ces hommes

rares pour lesquels la peur est un mot sans expression , et la lutte un jeu.

Sous - officier démissionnaire, il s'était engagé comme volontaire aux chasseurs d'Afrique, qu'il avait quittés pour passer aux spahis de Gonstantine. La croix des braves avait bientôt récompensé son brillant courage.

C'était un cœur d'or, sans alliage , franc, dévoué ; il avait un seul défaut , mais ce défaut qui , dans les épreuves difficiles de la vie, devient une vertu, mit un instant en question son avenir militaire.

C'était une exaltation souvent irréfléchie toujours nuisible sous l'uniforme du soldat. Cette exaltation était du reste une conséquence de ses qualités. La vie monotone de la garnison ne convenait nullement à sa nature fougueuse. Gagner une épaulette comme au collège on gagne un prix de sagesse , lui paraissait une chose impossible.

Le 24 juin, au moment d'attaquer la barricade Baudoyer, il dit à Valtat : « Je vais aller ramasser mon brevet d'officier sur les pavés des barricades. » C'est à cette même barricade qu'il fit preuve d'un courage à froid qui rappelle les prodiges chevaleresques du moyen-âge. Il lança son cheval contre le rempart anarchique de la révolte, et se mit tranquillement à observer ce qui se passait de l'autre côté , dans le camp retranché des insurgés. Ceux-ci , qui avaient reculé devant l'incroyable audace d'Oubert ,

r^ven^nt de leur première surprise , diFÎgèr0nt c^tre lui une décharge générale qu'il essuya sans soiinHl^ 1er ; «on heure n'était pas eucore venue, une ]ifi^ lui mit seulement une oreille en sang.

Dans |a soirée du n^èpie jour » le géuéral Hay TayiEHlt désigné ainsi que Valt^t pour ^Uer occuper d^s piaisons qui, situées sur la rive opposée à r{Iôtel-4<^ Ville f inquiétaient par la fusillade les troupes échelonnées sur le quai : <( Allons! s'écria Oubert, allpqs demander un billet de logen^nt à messieurs les iur surgésy je suis curieux de connaître la réception qu'ils nous préparent; a et» suivi d'un petif; UQinbre d'hpinmes, il s'avança avec son sang-froid baj^iftiiel k travers les balles qui tombaient à ses cotés.

— « PressQUs le pas , si vous le voulez bien, lui dit un garde qui vient de recevoir une balle ^ims sop f^épi; il fait chaud ici.

— Ils croiraient que nous avons peur, répond Qubert, et il conserve la même allure à sa n^arche.

— Vous voyez bien que leurs balles sont polica^, ajoute-t-il un instant après ; elles ne font que nous saluer. )>

Ce jour-là les balles le saluèrent en effet jujs^'^ l'heure de la nuit qui vint séparer les comb^tjtt^ts ; mais le lendemain , à l'attaque des barricades lifi la rue de l'Hôtel-de-Ville, une baîle, qui ne rassemblait point à celles de la veille , l'atteignit en pleine poitrine; son sabre s'échappa de ses mains, il le i*a?-

lit

aiad^a sap^ proférer une aeule plainte, puis, soutem par Valtat, soa digne frère d'armes, il se rendit à THôtel-Dieu pour en sortir quelques jours après... dans un cercueil.

A Tattaque de la rue de rHôtel-de-Yille , une balle, faisant ricochet, vint frapper à la cuisse droite le vétérinaire en chef Valtat; il n'en continua pas moins sa course , et s'élança un des premiers sur la formidable barricade qui défendait Tentrée de cette rue. Une seconde balle l'atteint légèrement à la jambe gauche sans Farrèter davantage ; il arrive assez à temps danjs la rue Saint-Antoine pour prendre part à la prise des premières barricades.

Parvenu à la hauteur de la rue Saint-Paul , il tombe frappé d'une troisièioe balle à la rotule du geQou, On lie relève et Ton veut Le transporter à l'ambulance , mais il s'y refuse disant t « Tant que j'aurai la force de Qiarcher j'irai en avant , et il reste sur le cbanop de bataille. »

Un garde républicain , vieux soldat d'Afrique , reçoit un coup de baïonnette qui lui lézarde la figure ; il tue son adversaire, et s'essuie tjranquillement en 4isant :

« Voilà up chevron de plus.

— Un chevron qui compte double , lui répond un de ses camarades , car c*est un chevron d'honneur. »

Trois compagnies de la garde républicaine y les 3^, 5® et 6® du 2® bataillon , commandées par Tun des meilleurs officiers, le commandant Tricotel, se sont trouvées au milieu du feu des insurgés , et exposées trente-six heures aux angoisses de la faim , malgré les efforts des volontaires du 4^ bataillon de la garde mobile qui cherchèrent en vain à leur faire passer des vivres.

Ces braves soldats ont éprouvé réellement les horreurs de la famine , et pas un d'eux n'a proféré une plainte. . . Souffrir de la soif et de la faim à Paris ! . . .

Dans la rue Geoffroy-Lasnier, le jeune Durand, lieutenant de la 4® compagnie du 2* bataillon , s'empara d'une caisse et battit lui-même la charge au milieu de la rue criblée de balles. C'est ainsi qu'animant du geste et de la voix ses soldats, il s'en* gagea bravement dans la rue Saint-Antoine regardée comme inabordable. Ce vaillant officier avait eu sa capote traversée d'une balle et jeçu dans le genou droit un coup de feu qui l'avait jeté à terre.

Malgré cette blessure et les accidents d'une grave contusion , il ne coopéra pas moins à la prise d'une partie des barricades de la rue Saint-Antoine et arriva

jusqu'à celle que l'insurrection avait élevée devant l'église Saint-PauU

Dans la matinée du 24 juin, plusieurs blessés trans* portés au quartier des Célestins souffraient horriblement, et pas un médecin ne se trouvait là pour leur appliquer un premier appareil.

« Je vais en chercher un » , s'écria le capitaine Mathieu ; et franchissant le mur de la rue du Petit-Musc, il s'engage bravement en uniforme, mais sans armes, à travers les nombreuses barricades qu'il trouve sur son passage et qu'il franchit les unes après les autres.

Il arrive ainsi à la rue Saint-Antoine et s'informe de la demeure d'un médecin , on lui indique une maison , il s'y rend et se trouve tout à coup entouré d'une masse d'insurgés qui s'y trouvaient enfermés.

H Je viens chercher un médecin , leur dit-il.

— Un médecin, lui répondentnils, nous allons te f..... une médecine.

— Non, non, point de meurtre inutile, s'écrie l'un de leurs chefs. »

Le capitaine Mathieu lui prenant la main ajoute : «Vous avez raison, on n'assassine pas un brave

comme moi, on le fusille quand il l'a mérité, voilà

tout. )>

Un instant après , échappé comme par miracle à ce

nouveau danger, il rentre au quartier des Célestins ,

mais seul et sans médecin.

Tout est grave et sérieux dans Thistoire de la garde républicaine. •

Cependant nous trouvons quelquefois dans la bouche de ces vieux soldats qu*on pourrait appeler les grognards de Tarmée française, nous trouvons des saillies qu'on croirait échappées aux lèvres rieuses des jeunes soldats de la garde mobile.

L'un d'eux, frappé d'une balle tirée par une fenêtre et s'arrêtant dans une partie du corps qu'un brave iie montre jamais à l'ennemi , s'écria en riant î

« Ces b d'insurgés ont donc des apothicaires

parmi eux. w

Un garde à cheval, rentrant au quartier après avoir rempli une mission d'estafette , trouve une balle perdue dans son uniforme.

« Tiens , dit-il , voilà une prune égarée.

— Dis plutôt d'égarés y reprend uii de ses camarades. ))

Le tambour Prévost, vieux soldat faisant les fonctions de tambour maître , combattait sans autres ormes que sa caisse ; il faut avouer qu'il s'ett servait admirablement pour exciter ses braves camarades > qui du reste n'en avaient pas besoin , lorsqu'une malheureuse balle retendit par terre ; mais se ramassant sous

lui à la manière des tailleurs, il continua de battre la charge en criant :

« Courage, camarades, en avant! en avant! Dieu veille sur la France ! »

Transporté plus tard à Hiôpital , il y est mort dans le délire et en demandant une croix que méritaient ses vingt-sept années de service et qu'il avait payée de son sang.

Puisqu^on n'a pu la mettre sur sa poitrine , on aurait dû la poser sur sa tombe.

Un autre tambour, un enfant nommé Chatel , engagé dans la garde républicaine , battait également la charge au pied d'une barricade qui vomissait une pluie de feu. IJne balle lui brise la main droite, il l'entoure de son mouchoir et continue tranquillement de la main gauche. La barricade est enlevée, les gardes républicains la franchissent, Chatel les suit tambour battant; un combat à l'arme blanche s'engage. Chatel, qui se trouve engagé dans la mêlée , a la main gauche coupée d'un coup de sabre; il chancelle; mais se redressant aussitôt sans proférer un cri , il frappe la caisse de son Oioignon ensanglanté jusqu'au moment où ses forces trahissant son courage il est porté sans connaissance à l'hôpital.

L'histoire antique n'a rien de plus beau. Cet enfant,

ce héros , veux-je dire , méritait aussi la croix d'honneur... Une croix de bois seule abrite sa tombe.

En débouchant avec sa compagnie sur le parvis de Notre-Dame , le capitaine Zehler aperçut un fort détachement de gardes mobiles rompu par la fusillade et opérant un mouvement de retraite. Il marcha droit à eux.

c( Enfants de Paris , s'écrie-t-il , braves gardes mobiles, ne vous repliez pas davantage, car trois pas de plus et la honte serait derrière vous ; ne démentez pas votre réputation de bravoure par un moment de retraite , ne faites pas dire que les enfants de Paris ont eu peur. Allons enfants, en avant! »

Alors la garde mobile, électrisée par ces nobles paroles, s*élança comme une volée d'alouettes sur la barricade.

Dans la soirée du 25, au moment où, les cartouches et les capsules manquant aux braves défenseurs de Tordre, le feu se ralentissait, un sergent de la garde républicaine, le nommé Percepied, se présente seul et noir de poudre à la Préfecture, devant le citoyen Guyon :

(( Citoyen, lui dit-il, je viens du Panthéon où mes camarades sont aux prises avec les insurgés ; je viens

VOUS demander des capsules , car elles nous feront bientôt défaut. »

II en remplit les poches de sa tunique , partit se battant en guérillero chemin faisant, et recommença trois fois de suite la même opération.

A la quatrième fois, le citoyen Guyon ne put s'empêcher de lui serrer la main et de lui dire :

a II parait que la mort ne veut pas de toi; tu es un brave. »

L'attaque de la barricade du Temple fut l'une des plus terribles. Le pavé était Uttéralement rouge de sang et jonché de cadavres. Les projectiles sifflaient avec une telle rapidité qu'ils produisaient dans l'air une agitation, un véritable vent de balles. A cette affaire, qui coûta plus de trois cents hommes tués à l'armée, le commandant Lebris fut subhme de sangfroid, effrayant de courage.

Un certain nombre de gardes nationaux combattant dans les rangs de la garde républicaine occupaient la droite, et se ti*ouvaient par conséquent les plus exposés au feu de l'insurrection ; le brave Lebris leur fit prendre la gauche malgré leur résistance :

a Vous êtes des pères de famille, leur dit-il, nous sommes des soldats ; c'est nous qui devons mourir les premiers. »

Dans la matinée du 23, Brusik, sergent à k 1*^ compagnie du 3^ bataillon, désirant reconnaître la po^ sition des insurgés retranchés dans la rue du Golomhier, arrive jusqu'au milieu d'eux malgré une vive fusillade » et les engage à suspendre leur feu :

a Votre sang est le nôtre, leur dit-il; mettons Ifin à ces luttes sanglantes qui désolent la patrie. Combattez avec nous ; venez, nos rangs vous sont ouverts. »

Aussitôt un homme en blouse l'apostrophe :

« Qui es-tu? lui demande-t-il.

— Je suis républicain. »

Peu satisfait de cette réponse, l'insurgé le met en joue; mais Brusik le désarme par ces seules paroles :

<i Assassine-moi donc, si tu l'oses! w

Une femme, une jeune fille âgée de vingt-deux ans, JuHenne Danjou, native de Gien, département de la Loire, s'est particulièrement distinguée dans les rangs de la garde républicaine.

Pendant les quatre journées, elle n'a pas quitté un seul instant les champs de bataille, enlevant les morts, pansant les blessés, et traversant les pluies de balles avec un courage tellement héroïque que le premier jour le commandant Tricotel la prit pour une femme ivre, et le second pour une folle; mais le troisième jour, Julienne parut à ses yeux comme le type le plus

avancé de Tintrépidité , la personnUication du plus saint dévouement.

Les mains noires de poudre, les vêtements en désordre, imprégnés de sang, les bras nus et les cheveux jetés au vent, elle était belle à voir remplissant sa mission d'infirmière jusque sous le feu des barricades. La nuit, elle dormait au milieu des soldats étendus sur la paille du bivouac, après avoir partagé avec eux les &ibles ressources qu'elle avait pu recueillir dans la journée.

Nous avons voulu voir cette jeune femme et lui parler; elle nous a raconté avec modestie, sans se douter qu'elle eût fait de belles et de grandes choses, toutes les particularités de sa vie pendant ces quatre journées fatales de juin. Elle nous a fait éproti-' ver un frisson en nous racontant les détails de l'épisode suivant. Écoutons-la, c'est elle qui parie :

« Surprise par quatre insurgés au moment où je pansais un grenacUer blessé sur la place de la Bastille, ils m'entraînèrent derrière une barricade pour délibérer sur mon sort.

— Qu'en ferons-nous? dît l'un.

— Il faut lafouetter et la renvoyer nue kses bons amis de la ligne, de la mobile et de la garde républicaine.

— Non ! répliqua vivement un Hutr e, il £jLut la fusiller.

— La g. . . . ne vaut pas un eoup de fusil ; la poudre est rare, il faut ménager notre poudre.

au

— Il faut la pendre!

— Pendons-la.

— A l'arbre de la liberté, ce sera drôle!

« Pas déjà tant, pensais-je en moi-même. En les entendant discuter sur le genre de mort que je devais subir, j'avais grand'peur; mais ils auraient été trop heureux si je le leur avais montré, je fis tous mes efforts pour rester calme, impassible.

— Tu n'as donc pas peur, b....? me dirent-ils.

— De quoi? répondis-je.

— De la mort?

— De la mort! non, mais de vos figures! oui, il faut avouer qu'elles ne sont pas belles.

— La gredine se f.... de nous, dit l'un; et s'approchant de moi, il ajouta: la b.... n'est pas trop mal; elle a des yeux bleus et des cheveux noirs ; il faut la jouer avant de la pendre.

— Ça va, répondirent les autres; jouons à celui qui l'aura le premier, le second, et ainsi de jsuite. Jusqu'à ce que la corvée soit faite. »

c( Et ils allaient effectivement me jouer ainsi, lorsque celui qui semblait leur chef fit observer que le temps leur manquerait peutrêtre. Alors, sans plus de retard, ils m'attachèrent au cou une mauvaise cravate longue, et m'enlevant dans leurs bras, ils me pendirent à un clou planté dans l'arbre de la liberté.

« Je serais morte là, sans un détachement de la garde mobile qui, me voyant suspendue, vint aussitôt au

pas de course à mon secours. Il était temps; car j'avais déjà perdu connaissance. »

Julienne Danjou portera toute sa vie les traces de cette aventure, car elle a conservé de la strangulation une extinction de voix que les médecins ont déclarée incurable.

Plusieurs journaux ont parlé de Julienne Danjou ; tous ont rendu hommage à sa belle conduite, et Font désignée aux récompenses nationales. Mais jusqu'à ce jour, elle n'a reçu encore que celle de sa conscience. Julienne, sans travail, sans ressources, est tombée dans un état voisin de la misère.

Oh ! si le pouvoir exécutif le savait ! . .

Elle demeure rue Saint-Paul, n® 27.

Autre épisode qui peut faire pendant à celui-ci : Nous avons raconté le généreux dévouement du brave de la Perrotière, chargé de la défense du quartier des Minimes , et pansant indistinctement les blessés des deux partis. Appelé le 24 juin dans une maison, il s'y rendit en toute hâte. Là, un spectacle affreux se présenta à ses regards. Une jeune femme tenait embrassé dans ses bras le corps sanglant de son mari, garde national, qu'on venait de lui rapporter mort. Son front était pâle, ses yeux secs et hagards; un mouvement nerveux crispait ses lèvres, et ses mains étaient glacées.

<i Regardez-le bien, disaitrelle, c^est mon mari, mais ne le dites pas, car ils vont venir, et ils me le tueraient. Âh! je savais bien que la Seine Be rougirait de sang! mon porteur d'eau me Ta dit il y a plus d'un mois... Je savais bien que la mort se promènerait à Paris 9 qu'elle viendrait s'asseoir à nos tables et se coucher dans nos lits d'épouses ; je savais bien que. . . Silence ! entendez*-vous? c'est le bruit du canon, la fusillade se rapproche; sentez-vous la poudre?... Ne t'en vas... ne t'en vas pas, te dis^e?... ils te tueraient, les misérables, et s'ils te tuaient, que deviendrais-je, moi, pauvre et faible femme? »

Disant ainsi, la pauvre femme posait ses lèvres sur les lèvres glacées de son man mort...

La malheureuse était folle !

Nous avons raconté comment le brave Yaltat avait été arraché des mains des insurgés de la rue Charonne.

Perdrieux, marchand de vin, n^ 102, après l'avoir déUvré, le conduisit dans sa boutique, pas assez précipitamment cependant pour qu'une douzaine des plus exaltés ne les y suivissent. Yaltat n'avait échappé à un danger que pour tomber dans un autre. On Le fit asseoir dans le fauteuil rouge du maître de la maison, et l'on déUbéra sur son sort.

Joignant la railleiûe à la menace, un des rebeUes l'apostrophant, lui dit :

c( Eh bieni qu'en dis-tu, citoyen, te voici président?

— Je dis que ce ne sera pas pour longtemps, répondit Valtat; mais, puisque je suis président, j'ai le droit de vous demander à boire ; apportez-moi un verre de vin, j'ai soif : je mourrai du moins comme je suis né, en buvant. »

Pendant qu'on lui apportait le verre demandé, la femme de Perdrieux qui se trouvait dans une pièce voisine , lui fit signe de la rejoindre , il se rendit aussitôt près d'elle , le marchand de vin et un insurgé le suivirent :

« Déjà, dit Valtat.

— Pas encore > répondit l'insurgé , nous avons servi ensemble en Afrique, tu es un brave soldat, je veux te sauver. »

Disant cela , il lui arrache son uniforme , Perdrieux le remplace par une blouse , le fait échapper par une porte de derrière , et l'accompagne ; il traverse une cour qui donne dans un pensionnat, et de ce pensionnat il gagne la maison de M. Tancé, fabricant de produits chimiques. Mais averti qu'on le poursuivait, il monte sur un toit, du toit il gagne un mur et se laisse tomber dans un jardin.

Quelques instants après il était délivré , et un colo ne! d'état-major l'embrassait.

Leblond (César- Joseph), sous -officier à la 6® compagnie du 2^ bataillon, qui avait assisté à la prise des barricades de la rue Saint-Antoine et relevé le général Perrot qui avait glissé dans les débris de ces forteresses de granit , se rend avec dix-buit hommes dans la rue Geofiroy-Lasnier. Son uniforme est percé de balles , son fusil est brisé dans ses mains ; il ramasse celui d'un garde mobile tué à ses côtés et s'élance de nouveau au combat.

Une Jécharge lui tue six hommes , il pénètre alors dans une maison et s'embusque aux fenêtres pour ouvrir le feu sur les insurgés qui sont à leur tour décimés. Puis quand il a brûlé toutes ses cartouches, il monte sur le toit et fait tomber de là une pluie de tuiles sur la tète des rebelles qui se retirent en désordre.

Un jeune lieutenant d'artillerie, M. Moulin, officier d'une rare intrépidité et d'un bel avenir, commandait les pièces de canon qui appuyaient la colonne du colonel de Vernon. Il reçoit l'ordre de tirer le premier coup à blanc et de laisser écouler un certain laps de temps entre le second coup qui, cette fois, devait être à boulet.

Le colonel veut que le canon qui était la dernière raison des rois soit le dernier argument de la république mise en état de légitime défense.

<( Le boulet, dit-il j n'atteindra que les malheureux qui , après avoir été avertis , persisteraient à l'attendre derrière leur barricade. »

Ces magnifiques paroles resteront dans l'histoire de la garde républicaine comme un exemple de générosité.

Deschamps, adjudant de cavalerie de la garde républicaine , portant une dépêche des plus importantes aux membres du pouvoir exécutif réunis au palais de l'Assemblée nationale , est entouré d'un groupe d'insurgés qui veulent le jeter dans la Seine. Deschamps parvient à fuir ce danger. Arrêté une seconde fois , il est forcé d'abandonner son cheval aux mains des rebelles et se réfugie dans une maison voisine.

Il monte un premier étage et se trouve tout à coup en présence d'un homme jeune encore qui lui dit :

a Je vous sauverai , je connais la position afireuse dans laquelle vous vous trouvez et qui fut la mienne au mois de février. Je suis un ancien garde municipal. »

Un instant après, Deschamps, vêtu d'une blouse d^ouvrier, le front couvert d'une mauvaise casquette , traversait l'insurrection et se rendait à l'Assemblée nationale pour s'acquitter de sa mission.

Cet adjudant a fait preuve en cette circonstance d'un grand courage rehaussé par une étonnante présence d'esprit.

L'aide-major Menessier a fait preuve, pendant les quatre journées, d'un dévouement et d'un courage complets. On Fa vu constamment panser au milieu du feu les malheureux blessés et les évacuer sur les ambulances. Il n'aurait pas eu plus de sang«-froid dans la salle d'opération d'un hôpital.

Menessier a bien mérité de l'armée !

Des représentants du peuple visitèrent les blessés transportés à l'Hôtel-de-Ville au moment où l'issue de la bataille était incertaine encore. Les insurgés pouvaient devenir maîtres de l'Hôtel-de-Ville , on devait prévoir les conséquences de cette prise de possession opérée à des conditions de colère et de surexcitation. On devait se demander si le sentiment de la vengeance ne l'emporterait pas sur celui de l'humanité.

Dans le doute le docteur Menessier reçut Tordre de faire évacuer le général Bedeau et le colonel de Ver^ non.

Instruit du motif qui présidait à sa translation, celui-ci demanda si des soldats de la garde républicaine se trouvaient à l*Hôtel-de-Vine.

« Oui, mon colonel, lui répondît-on.

— Eh bien! je reste, ajouta-t-il, je veux partager jusqu'à la fin le sort de mes soldats. )>

Il ne voulut même pas que l'on fit disparaître les

insignes de son grade et son uniforme d'officier de la garde républicaine.

Les cadres des officiers et sous-offîciers de la garde républicaine sont composés d un grand nombre de vieux soldats d'Afrique. Parmi les premiers nous devons citer le capitaine Bidon , capitaine de la 4® compagnie du 2® bataillon ; nous devons le citer comme Tun des meilleurs officiers de l'armée.

Il a été admirable de courage et de sang-froid pendant les journées de juin. Ce n'était pas la première fois qu'il faisait ses preuves et gagnait ses épaulettes de vaillant soldat. Au premier siège de Constantine, il eut un fusil brisé dans ses mains par une balle arabe au moment où il le mettait en travers pour retenir ses camarades et les arrêter sur le chemin d'une retraite trop précipitée.

Les tambours de la garde républicaine se sont généralement distingués. Le nommé Bonnigal (Louis- Désiré) , blessé d'un lingot de fer à la région plantaire au moment où il franchissait la barricade du Petit- Pont ^ dépose tranquillement sa caisse, prend un fhsil d'un garde renversé mort à ses pieds, ajuste un homme dont chaque coup de feu portait, le tue, reprend sa caisse, et continue de battre la charge tout le temps, au milieu de la plus vive fusillade.

Ce brave Bonnigal souffre encore de sa blessure. Le pouvoir exécutif a payé la dette du sang de ses camarades en posant sur sa poitrine la croix des braves qu'ils avaient si bien méritée.

Lacoste (Timothée), ex -brigadier au ¥ régiment de chasseurs 9 et actuellement engagé dans la garde républicaine , remplissait le 25 juin les fonctions de maréchal-des-logis. Porteur d'une dépêche importante » il passait au gi*and galop dans la rue Saint-Denis lorsqu'il tomba renversé de son cheval sous une pluie de pierres lancées du haut des maisons voisines.

Un détachement de la garde nationale le relève.

« Où êtes-vous blessé? lui demande-t-on.

— Partout, répond-il, car les b viennent de

me faire prendre un bain de pavés. »

Admirable de courage , la garde républicaine fut sublime de générosité; terrible pendant le combat, elle a été magnanime de modération dans la victoire. En ses ennemis vaincus elle n'a plus vu que des frères égarés et malheureux qu'elle a secourus et protégés. Dans ses rangs les cris de la miséricorde ont toujours étouffé la voix de la vengeance.

Le véritable héroïsme est généreux.

La garde républicaine en masse vient de souscrire

à raison de 50 centimes par homme une somme de 15,000 francs qu elle a offerte à la veuve d'un garde mort aux barricades. Cette malheureuse femme est enceinte et sur le point de mettre au monde l'enfant d'un brave.

Benner, sergent dans la garde républicaine après l'avoir été aux zouaves , reçoit à l'assaut d'une barricade , dans la rue Saint-Antoine , un coup de feu qui lui fait une horrible blessure à travers le visage.

a Cré coquin, dit-il, je n'étais pas déjà beau, me voici maintenant joK garçon; et il ajouta en riant : Ce qui me console, c'est que la balle de ces j... f.....-là m'a laissé assez de place dans la gueule pour fumer ma pipe. )»

Labarre, ex-chasseur d'Afrique, reçoit l'ordre de porter une dépèche importante à Vincennes ; il lance immédiatement son cheval qui fait jaillir du feu, mais à moitié chemin un groupe d'insurgés l'arrête.

« Où vas-tu , lui crient-ils?

— Où m'appelle mon devoir.

— Tu ne passeras pas.

— Je passerai.

— Il ne passera pas. . .

— Il passera, s'écrie Labarre, il passera. » Et le

sabt^e à là main , il s'ouvre d'festôc et de talllfe iiii làt^gte passage à travers lés rahgs dîes ihsùrgés.

Le jeune Gustave de Vernon et son camarade Mbiidear, faits prisonniers à la barricade du Petit-Pont, sur laquelle ils s'étaient bravement élancés , durent Iteur salut à une fetnme dd peuple qui les fit ieacher dans un cabinet sombre et retiré de sa maison, t\ih du Petit-Pont, n° 4.

Arrêtés plus tard dans cet asile par les troupes de la ligne qui venaient d'ertiporter la barricade, ils n'échapj)èrent îi la mort que pour être jetés partni les insurgés dans les prisons de la Prélecture. Ils eh sortirent pleinement justifiés au bout de vingt-qùâtré heures. Gustave de Vernon fut très-beau quand il répondit au magistrat qui, l'interrogeant sur sa présence dans les quartiers occupés par l'insuiTection, lui demandait s'il avait été forcé de tirer suk» ses camarades :

(( Garde républicain, tireriez-Vous sur vos câftiâràdes; si votre oncle était le lieutenant-colonel de la garde réjpublicaine? »

Il faudrait un volume pour écrire tôûâ les traits d'héroïsme de la garde républicaine , il en faudrait un second pour stéréotyper les noms de tous les vaillants gardes , officiers et soldats qui ont bien mérité de la

patrie, comme le capitaine -adjudant Peitavin qui, chargé de missions difficiles et d'arrestations impor^ tantes , au milieu de la fusillade et d une populace soulevée , s'en est acquitté avec la plus rare intelligence.

L'adjudant sous-officier Pontis, qui a combattu comme un lion dans tous les engagements du fau^ bourg du Temple.

Le sous-4ieutenant Feneau qui, sm* le même point, a fait des prodiges de valeur.

Le sergent-major Orgi , frappé d'une balle à la clavicule droite au moment où il s'élançait à l'assaut de la barricade de la rue du Delta.

Le sous-lieutenant Gaubert, remarquable de courage à l'attaque de la barricade du Petit-Pont.

Le sergent-major Cordier qui, blessé d'un coup de feu au Marché-Neuf, a eu deux fusils brisés dans ses mains.

Le sergent-major Bourquin, blessé à la tête le 25 juin à la prise de la barricade Maubert, témoin de son brillant courage.

Le sergent Clément, entré le premier dans la grande barricade du faubourg Poissonnière.

Le sergent Leplanquais qui , après s'être distingué à différai tes affaires-, a pris un drapeau aux insurgés du faubourg Saint-Antoine.

Le sergent Mongazon, aussi dévoué que ferme, aussi intelligent que brave.

Le caporal Gulliani , qui s'est particulièrement dis-

tingué dans la rue Rambuteau» où il a pris un drapeau à Tennemi.

Le sous-lieutenant Melchior, qui a escaladé un des premiers la barricade du Marché-Neuf.

Les sergents Jacquat et Lebrousillet, tous deux remarquables de sang-froid et de courage.

Le fourrier Schlister et le caporal Dufour, qui ont rivalisé tous deux de zèle et de dévouement.

Les caporaux Michel, Huette, Martial, Barbier, Yvert , qui ont su provoquer par leur belle conduite l'admiration de leurs chefs dans les combats des rues Phelippeaux et des Gravifliers.

Les gardes à pied Jacquerot, Labrois , Gorgeaud , Legendre, Gente, Tisserant, Capon, Vienne, Vannieux.

Les gardes à cheval Sinclair et Parmentier, qui tous deux ont rendu à la patrie des services dont elle doit se montrer reconnaissante.

Tant d'autres encore que nous pourrions citer à l'ordre du jour de l'histoire militaire de la garde républicaine, et qui, non moins braves que leurs vaillants camarades, n'ont pas eu la chance d'être placés en relief par la faveur des circonstances.

Qu'ils se consolent ceux-là et qu'ils soient fiers, car ainsi que nous l'avons dit aux jeunes héros de la garde mobile :

c( La gloire entre frères est solidaire! >»

Percepié qui, dans les premiers jours de la révolution , prit à THôtel-de-Ville le commandement du poste de rOrangerie , contribua par son énergique et généreuse intervention à sauver une trentaine de gardes municipaux livrés sans défense à l'exaspération populaire.

Parmi ces malheureux soldats restés fidèles à leur drapeau, se trouvaient deux officiers qui voulurent quelques jours après témoigner leur reconnaissance à leur libérateur. Ils lui offrirent donc une somme de iOO francs; Percepié refuse, on double la somme, on la triple , de 300 francs on la porte à 400 , puis enfin à 500 francs. Percepié refuse toujours; vainement les officiers lui expriment la peine qu'ils éprouvent de son incroyable persistance , Percepié n'accepte point encore.

« Je ne vous ai pas sauvé pour de l'argent, diWl, votre noble vie est au-dessus de toute estimation , car vous êtes de braves soldats ; conservez la somme que vous m'offrez , ou si vous tenez absolument à reconnaître ce que j'ai dû faire pour vous , partagez-la entre les veuves et les orphelins. »

Quel désintéressement!

A la barricade de l'Hôtel-Dieu , dite la barricade du Petit-Pont, Cordier, sergent-major de la 2® compagnie, reçoit une balle qui perce son fusil; il le met

aussitôt en bandoulière et ramasse celui d'un hooirne tué à ses côtés.

Invité par le lieutenant Lacoste à déposer une hpiqa qui nuit à la liberté de ses mouvements, à la justesM de son tir, il s v refuse en disant :

« J'ai encore assez de force pour porter deux fuâUs et pour ne pas en abandonner un seul à ces hoaimes qui trouveraient le moyen de s'en servir pour nous ai^ sassiner. »

Et il continua bravement le feu jusqu'au moment où, blessé grièvement, il roula sur le pavé déjà rougi par le sang de ses camarades.

Une lacune existerait dans l'histoire de la garde ré— publicaine si nous ne racontions celle du brave Barricade.

Barricade est un gros chien griffon, blanc, tadieté de roux. Fier et superbe, il porte la tête comme certain républicain de la veille, et la moustache hérissée comme celle d'un grenadier hongrois.

Les premiers gardes républicains l'ont généreuse— ment recueilli dans les barricades de février où il gisait sanglant auprès de son maître qui gisait, lui, pour ne plus se relever.

Conduit à l'Hôtel-de- Ville , il fut parfaitement soigné par ses maîtres adoptifs, et bientôt rétabli de trois blessures plus ou moins dangereuses. Alors on le vit

Li» commandant Lobris.

chaque jour précéder en éclaireur les détachements qui sortaient de l'Hôtel-de-Ville pour un service quelconque , ou bien les accornpagner en serre-file , marchant au pas à la manière d'Alexandre-le-Grand , et prévenant par 3es aboiements l'approche d'une patrouille de nuit.

Barricade y aimé, choyé, fêté, rendit amour pour amour, caresses pour caresses; l'ingrat avait oublié son maître.

Le 21 avril , jour de la distribution des drapeaux à l'armée, notre griffon, magnifiquement paré pour un chien, blanchi, peigné et remis à neuf, suivit comme de coutume le détachement de la garde républicaine qui se rendait à l'Arc de l'Étoile ; arrivé là, il gravit majestueusement les gradins élevés pour les membres du gouvernement provisoire, et vint se coucher sans façon à leurs pieds ; il y resta tout le temps que dura la cérémonie.

L'un d'eux, touché d'un pareil acte d'adhésion, lui fit décerner dans la soirée un saucisson d'honneur.

Un autre jour, un loustic du bataillon lui donna les galons de sergent-major qu'il porta cousus à ses pattes de devant; mais Barricade qui, en véritable répubUcain, est sans ambition , déposa bientôt ces insignes insolites.

Une autre fois, entraîné on ne sait où par quelque

appât secret, pour fraterniser peut-être, Barricade prit sous ses pattes blanches la permission de dix heures et ne rentra pas au quartier.

Était-ce une désertion ou une simple escapade? C'est ce qu'on ne put établir. La garde répubhcaine se met aussitôt à sa recherche , promettant une récompense honnête au citoyen qui le ramènerait. Ce ne fut qu'au bout de quelques jours que le chien prodigue revint au logis, l'oreille basse, sans se douter qu'il avait eu l'illustration des journaux.

Barricade regardait l'Hôtel-de-Ville comme sa propriété, malheur au caniche qui osait s'y aventurer sans sa permission. Cependant il ne se servait de ses avantages physiques que contre les chiens qu'il crojait dignes de sa force et de son courage ; un geste bien connu chez la race canine suffisait à le venger des agaceries hargneuses des roquets. ,

Depuis que la garde républicaine a quitté l'Hôtelde-Ville pour se disséminer dans les divers quartiers du corps , notre héros a choisi la caserne des Célestins pour sa résidence. C'est là qu'on peut le voir toute la journée se reposant sur ses lauriers et partageant ses loisirs entre les chambrées et les cantines.

Le dernier exploit de Barricade mérite d'être cité à l'ordre du jour des chiens vaillants.

Le 23 juin , il avait suivi ses maîtres à l'attaque des barricades de la rue Planche-Mibray. Un insurgé qui se trouvait derrière , avec un chien d'une taille

itli égale au moins à celle de notre griffon , le lança sur celui-ci qui accepta le combat; il fut long, acharné, cependant la victoire resta à la bonne cause, le champion des insurgés resta sur place , étranglé comme un chien, ni plus ni moins.

Le 23 , Barrière fut nommé chef de poste de la caserne du Petit-Musc (vingt-cinq hommes), il le commandait les 23, 24 et 25; il fit barricader la porte qui était brisée.

Le 24 , les insurgés vinrent demander des armes avec de la poudre ; non-seulement Barrière fit bonne contenance, mais il les força à prendre la fuite. Alors il plaça des hommes armés à toutes les fenêtres qui donnent sur la rue du Petit-Musc , et les v laissa toute la nuit; mais le lendemain à six heures du matin, les insurgés revinrent en plus grand nombre pour enfoncer la porte. Ils allaient pénétrer dans la caserne lorsque Barrière, accourant avec tous ses hommes auxquels il fit croiser la baïonnette, les arrêta de nouveau.

Les insurgés se retirèrent et la caserne fut encore préservée du pillage.

Le 25 , à huit heures du matin , la même scène se renouvela; alors Barrière craignant de ne pouvoir préserver avec sa faible troupe la caserne de la dévastation , ou de résister aux insurgés qui étaient au

nombre de plusieurs mille, conçut Theureuse idée de faire inscrire sur la porte :

Ambulance civile et militaire.

Cette inscription arrêta les insurgés.

En effet, déjà Barrière, aidé par madame Enoch, cantinière, avait établi une ambulance et donné les premiers soins. Il envoya à rHôtel-de-Ville pour avjoir des chirurgiens , puis au Val-de-Grâce pour avoir des médicaments ; il alla lui-même à la Salpétrière pour s'y procurer du linge ; il fut puissamment aidé par le cantinier Enoch qui a été admirable de dévouement et de générosité.

Barrière est de bonne race. Son père est le doyen des grenadiers français. U y a trente-deux ans qu'il porte les épaulettes de laine rôuge dans le 42^ de ligne, au premier rang de la V^ compagnie du l®"" bataillon. En attendant la croix qu'on lui promet depuis si longtemps , la belle conduite de son fils sera pour lui un nouveau brevet d'honneur.

Parmi les officiers et les gardes qm se sont diguement comportés sous le cratère de3 b^ricades , citons encore quelques braves :

Le lieutenant Kobus, attaché comme officier d'ordonnance au colonel de Vernon, a assisté avec lui pendant la journée du 23 au premier rappel de l'en-

lèvement des barricades Planche-Mibray , rue de la Cité, pont HôtelrDieu et de la rue Saintr-Jacques ; il ne s'est retiré qu'après avoir vu blesser le colonel de Vernon et le général Bedeau , qui lui donna l'ordre de prévenir le colonel du 48^ de serrer sa colonne en masse et de fermer sa gauche.

Le 24 , il a été attaché à la personne du général Duvivier et à celle du général Rey , qui le chargea de conduire deux bataillons de gardes pationaux pour renforcer la colonne manœuvrant au faubourg Saint- Antoine.

Le 25 , il fiit chargé par le maire de Paris , près le général Lamoricière, au clos Saiqt-Lazare , d'une missix)n qui avait pour but de faire communiquer la colonne Saint-Antoine avec celle du faubourg du Temple.

Le 26 , il a assisté avec M. Adam » adjoint au maire de Paris , à l'enlèvement du faubourg Saint- Antoioe , où le général Lebreton l'employa comme officier d'xjrdonnance , et lui donna des détachements de troupes pour occuper au fur et à mesure toutes les issues xle gauche jusqu'à la barrière du Trône.

Pendant ces quatre journées , le lieutenant Jlobus a donné constamment des preuves d'intelligepce , de courjag« et de dévouement.

N'oublions pas les sergents Sellier (Charles), et

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