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Mouza ( Louis ) , qui tous deux se sont avancés hardiment sur la barricade de la rue des Nonandières , où les insurgés, manifestant le désir de se rendre, avaient levé en Tair la crosse de leurs fusils.
Ils allaient effectivement déposer leurs armes, lorsque deux hommes qui paraissaient des chefs, désignèrent les sergents de la garde républicaine à la vengeance des révoltés.
— Nous ne pouvons traiter avec les assassins de nos frères , il faut les tuer, s'écrièrent-ils.
— Nous n'avons tué personne, répondit SelUer, voyez nos mains , elles sont blanches , tandis que les vôtres sont déjà noires de la poudre que vous avez brûlée contre nous ; voyez nos armes, elles sont vierges encore, tandis que les vôtres sont tachées de sang.
— Puisqu'il en est ainsi , nous vous faisons grâce de la vie , mais vous resterez avec nous derrière cette barricade, et de là vous ferez feu au premier rang contre vos anciens camarades.
— C'est un crime affreux que vous nous proposez?
— C'est le salut.
— C'est une lâcheté.
— C'est votre conservation.
-r- Nous n'en voulons point au prix du déshonneur, plutôt cent fois la mort; fusillez-nous , nous ne tirerons jamais sur nos frères.
Les insurgés , insensibles à ce que ces nobles pa-
rôles avaient d'héroïsme , s'apprêtaient à fusiller Sellier et Mouza , lorsqu'une jeune fille , nommée Eléonore, et demeurant rue de Jouy , n*^ 5, s'élança entre les victimes et leurs bourreaux, en criant : « Grâce ! grâce pour eux! grâce, grâce pour vous! ne vous souillez pas de meurtres inutiles ; fille du peuple , je ne veux pas que le peuple soit lâchement assassin ; encore une fois , grâce pour ces soldats , ou bien tuez-moi avec eux. » Au même instant une vive fusillade partie des rangs de la garde républicaine et de la garde nationale enveloppa la barricade d'un nuage de fumée : quelques insurgés tombèrent , les autres éprouvèrent un mouvement d'indécision qui permit aux deux sergents faits prisonniers de se retirer dans la demeure d'un citoyen nommé François , aidé dans cette œuvre de délivrance par un nommé Thirouin , lieutenant dans la 9® légion de la garde nationale. Ils restèrent abrités dans cette retraite jusqu'au moment où la barricade fut emportée d'assaut. Alors ils purent se croire sauvés , il n'en fut rien ; au contraire , leur position n'en devint que plus critique , car pris pour des transfuges , ils auraient été massacrés sans la généreuse intervention du lieutenant Gareau.
Braves soldats de la garde républicaine ,
Me voici arrivé au terme de la mission que je m'étais
Ii!r6 imposée. Heureux serais-je, si ce livre peut devetiir un jbur la première pierre du monument qUe l'histoire élèvera à votre mémoire ! C'est le vœu que je forme en tournant là dernière page de mon livre ; serat-elle la dernière pour vous? Non, mes braves > car l'avenir vous est réservé. Le sang précieux que vous avez versé sur le sinistre champ de bataille de juin est la semence glorieuse des héros , elle sera féconde pour la patrie qui a les yeux fix^ sur vous.
Braves soldats ! quelques jours vous ont suffi pour grandir à la taille de ces géants qui lassaient la victoire sur les champs de l'empire. Comme eux vous avez porté haut et droit votre drapeau > comme eux vous l'avez défendu au péril de votre vie , à travers les défdés sanglants des barricades; inaccessibles à la peur pendant la bataille, vous l'avez été à la vengeance après la victoire.
Vous avez épargné ceux qui, debout encore dans leur erreur, vous bravaient de leurs menaces ; vous avez tendu la main à ceux qui, tombés, se disaient toujours vos ennemis; vous leur avez offert le baiser de paix , vous leur avez dit : Frères ! C'est bien , trèsbien, c'est digne de vous, soldats républicains.
Maintenant, essuyez la poussière ensanglantée de vos tuniques, car le soleil de la réconciliation va rayonner au ciel de la France. Fourbissez vos armes ternies par la poudre du combat, car le rameau d'olivier a fleuri parmi les cyprès des funérailles ; revêtez vos
plus brillants uniformes, bar le jour de là reconnaissance est arrivé; allez, montez au Capitole du monde chrétien, allez rendre grâces à Dieu qui vous a choisis pour sauvegarder l'arche sainte de la patrie ; allez , la prière des héros est agréable au Seigneur... Seigneur, veillez sur eux et sauvez la France !