‹ Histoire de la Gascogne (volume 2)Chapitre 19 sur 44 · Î0 HISTOIRE · texte numérisé non relu

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troupes et alla camper à une heure de la ville. Sa présence n'arrêta pas les jouteurs. A Theure de vêpres le roi descendit dans la lice suivi de plusieurs gentilshommes de sa cour. Il rompit onze lances , six avec un chevalier du comte d'Armagnac et les autres avec le seigneur de Barthelenne. Le comte d'Armagnac (1) jouta aussi avec le lieutenant du roi, et quand les conàbats furent finis, Jacques II fit proclamer dans Farène qu^ib recommenceraient le lendemain.

Le comte de Valentinois , piqué de cette désobéissance, alla le soir même s'en plaindre au prince; mais Jacques, loin d'écouter ses représentations , fit puhlier en sa présence qu'il y aurait de^nouvelles joutes le lendemain 12 mars. Les troupes françaises s'avancèrent pour y mettre obstacle, e\^ le sang eût coulé si le comte de Foix n'eût interposé sa médiation. Le roi de Majorque promit que les joutes n'auraient pas lieu, et au mépris de sa parole , le soir même il rentra en lice et jouta six fois. Le comte d'Armagnac et quelques autres seigneurs rompirent aussi des lances en présence de {Jus de six mille spectateurs. Une insubordination aussi audacieuse eût été punie dans un autre temps ; mais alors on avait besoin des bras des coupables.. Ils ob- ' tinrent tous sans peine des lettres de rémission.

Cette querelle avait servi à rapprocher encore davantage le comte de Foix dii gouverneur du Languedoc. Il en obtint peu de jours après une nouvelle pension qui lui fut adjugée dans la ville de Rabastens; mais en attendant que la France réclamât ses services, il voulut venger ses querelles particulières et résolut

(i) Dom Vaisselle, tom. I, page 235. .

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d'allaquer Bernaixl Esi, sire d'AIbrét son ennemi. Le roi d'Angleterre, instruit de son dessein, ordonna (<) à son lieutenant-général de Guyenne et au sénéchal de Gascogne de se porter au secours de Berftard son allié. •Cet ordre intimida Gaston ; il n'osa pas se commettre avec r Angleterre et Tattaque n'eut point lien. Néanmoins le sire d'Albret ne se reposa pais entièrement sur la protection dont le couvrait Edouard. Il se transporta à Bordeaux, et, le 21 mars 1342, il y fit (2), avec Jean d^Armagnac son beau-frère , un traité de ligue contre le comte de Foix.

La trêve expirait alors entre la France et l'Angleterre ; les hostilités recommencèrent en Gascogne , et Robert de Marigni y assiégea les châteaux de Damazan et de Ste-Baseille , dans le Bazadois. Ce dernier appartenait à Alexandre de Caumont, un des seigneurs les plus puissants du pays, dont la sœur Marie venait d'épouser Pierre de Gallard. Alexandre essaya de le défendre contre les Français. Le sire d'Albret s'y était renfermé avec lui. Us furent faits prisonniers l'un et l'autre. On ignore , dit l'Art de vérifier (i) les dates , conibien dura la captivité de Bernard Esi, et on ne voit pas qu'il ait désormais pris part aux événements de son époque; mais le Père Clément et ses doctes collaborateurs se trompent. Nous allons voir Bernard Esi rendu bientôt à la liber.té, et nous le retrouverons plusieurs fois sûr le champ de bataille. Dans sa prison, il se tourna vers la France et s'attacha à sa cause. Phihppe-de- Valois lui

(t) Dom Vaisselle, tom. 4 , page 236. Rymcr, lom. 2, pars quarta. —(2) Dom Vaissctte, ibid. Inventaire du château de Pau. — (3) Tom. 2, page 262.

fit alors restituer les places quHl lui avait enlevées pour le puuir de s'être déclaré contre lui (1). **"

Edouard au contraire, piqué de cette infidélité, ooufiaqua deux âe ses terres et les donna an sénéchal des Landes (2). Il n'en fallait pas autant pour ramener Tancien lieutenant de TAngleterre. En général, durant toute cette lutte, les seigneurs Gascons ne se piquèrent guère de constance. On dirait qu'ils ne prenaient presque jamais conseil que de leurs intérêts. Malgré tous les beaux sentiments que Ton prête trop souvent à la féodalité , elle agit presque toujours ainsi k toutes les époques. Avouons toutefois que dans la Gascogne il j avait souvent nécessité. Placés entre deux ennemis puissants, tour à tour maîtres du pays, que pouvaient de faibles gentilshommes devant les droits de la victoire? La résistance eut amené leur mine. Ils ne se conservaient qu'en cédant aux événements, et céder aiix événements c'était passer successivement «dans les oamps opposés, puisque la guerre était l'élément obligé de toute la noblesse.

Ce changement fut payé par de nombreuses faveurs. Edouard, pour dédommager Bernard Esi de sa prison, lui donna Sauvetèrre, Blasenot et quelques autres lieux. Il y ajouta ensuite le château de Blanquefort , dont le sénéchal de Gascogne avait sans son autorisation gratifie Gaillard de St-Symphorien ; et comme le nouveau serment du sire d'Albret l'exposait au courroux de Philippe, il lui promit les châteaux de St-Macaire, de Blaye et de Bourg, reconquis depuis peu sur les Fran-

(1) Inveotaîre du château de Pau déposé aui archifes du Séminaire d'Auch. Cesi celui que nous citons toujours. — (2) Idem, pour tous les faits suivants.

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Bertuird E^i lui th alors hommage pour les châfVlbrel, (ieCâSieljaluuXfde Meilhan et d^AilIa^.

JoAttne de Perigord ^ dame de [.avardac et Sans Aner de Pins son imtrij lui ron testaient quelques dnHis sur Nénie, Lavardflc. 1k)rdeâ et df?ux ou tmis villes voîsi> n«5. Lu querelle ëlait di^jâ vieille. A ma m eu père d'Ëiti ftfatt eh^rché à les termiuer les aroies à la main (!}. Pliiiietifs personnes périrent dans cette affaire, mais leur aan^ pro6tii peu à sa eâuse> Les prétentions des deux familles étaient toujours les métnes. Est recourut à des Mïies plus douces. Bertuird d'Escoussens et Arnaud de Santon, qu'il choisit pottr arbitres, reudireut une sentence ngréée de tous , et le sire d'Albrel, remplbiiiit les derniers vœux de son père mourant, pariaget vingt-cinq livres entre les proches parents des victime dm cette triste dissension.

1m guerre entre la France et l'Angleterre no tarda pâN k s*ai!ioupir. Au premier hruit des armes , le pape H le Micré-<!ollége s'entremirent auprès des deux rivaux, et à fortte de sollicitations ils les amenèrent à conclure uftie nouvelle trêve. Benoit XI! n'était plus alors. Il avtii terminé le 25 avril 1342, après sept ans de pontifical, une %îe pure et sainte à k()uelle il ne manqua que le courag^e nécessaire pour ramener la cour pontificale dans la ville éternelle. 11 ne fit que ù% cardinaux parmi lesquels nous signalerons Pierre de Rofjerson suc c^e^seur ei Quillanoie d'Aure f'2) fils d'Anian<l 4", vi* ^xmitede rArhoustci de Brunissiude de Lave dan. Wmé iD cloître dès sa naissance, Guillaume d'Aure prit riiahit rrligieu^ dans Tabbaye de Lésât, doù Benoit Xll le

I l,i Invrniairr du (thâtrAii ûe P.iij . — (t) lïiidïHaf. ilatfia pur-

tira ou commenceuient de son pontificat pçkir le placer k la tête du monastère de Montolieu dans le diocèse de Carcassonne. Le pape, qui raffectionnait, Tappela bientôt auprès de lui et le décora de la pourpre le 1 8 décembre <338. Guillaume d'Aure survécut à son bienfaiteur. Il mourut en 1346 à Avignon où il avait fixé son séjour; mais il conserva toujours le souvenir de Tabbaye qui avait accueilli son en&nce et où s*était écoulée presque toute sa vie , et il n attendit pas ses derniers moments pour lui donner des preuves éclatantes de sa munificence.

Pierre de Roger (i ) étlait né dans le Limousin et avait d'abord revêtu Fhabit de Sfe-Benolt ainsi que Guillaume d'Aure. Conduit à la cour de Jean XXII par le cardinal Pierre de Mortemer son compatriote , qui Taima comme son fils, il devint successivement abbé de Fécamp, évéque d'Arras, archevêque de Roueo, cardinal et enfin pape sous le nom de Clément VI. Le conclave ne dura que deux jours. Tous les suffrages se réunirent presque aussitôt pour le porter sur la chaire de St-Pierre où il devait faire briller les moeurs élégantes et faciles d'un grand seigneur nourri à la cour des rois, ou plutôt la pompe etréclatd'im prince séculier. A la place de ces qualités, si louées par nos anciens historiens ecclésiastiques toujours prévenus en faveur des papes d'Avignon , nous aimerions mieux trouver la bienveillante dignité d'un pontife ou la grave et austère paternité d'un vicaire de Jésus-Christ. La papauté était mal placée sur les bords de la Duranœ. Il est rare qu'on se tienne dignement dans une fausse position.

(i) Buchesne, GalUa purptirata.

 peine celte trêve fut-elle signée que le comte de Foix songea à recommencer sa lutte contre le comte d^ Armagnac (1). Il manda à tous ses vassaux de le venir joindre en toute diligence; et comme plusieurs ne se montraient pas assez empres^ , il nomma le 3 mars 1347 des commissaires pour mettre leurs fiefs sous sa main. Alphonse , roi de Castille , Tayant sur ces entrefaites appelé à* son secours contre les Maures , il oublia le comte d'Armagnac et s'achemina vers TEspagne à la tète d'une partie de ses vassaux. Une foule de seigneurs Gascons, impatients de repos, accompagnèrent ses pas. Ils allaient chercher sous un ciel étranger des lauriers et des aventures que leur refusait leur patrie. Cette expédition fut funeste à Gaston (2); il tomba malade au siège d'Algésiras et alla mourir à Séville (septembre 1343) dans un âge peu avancé. Il ne laissait qu'un fils que sa mâle beauté fit surnommer Phœbus et qui porta plus loin qu'aucun de ses prédécesseurs le nom et la gloire du Béam.

Le corps de Gaston fut rapporté d'Elspagne et enterré à Bolbone près des cendres de ses ayeux. Il l'avait demandé dans un testament qu'il fit au château d'Orlhez le. 17 avril au moment où il allait s'acheminer vers las Pyrénées. Il votdut même y être enterré avec l'habit monastique sous lequel il désirait rendre le dernier soupir. Il avait ép^sé Eléonore, fille de Bernard VIII, comte de Comminges. Eléonore ét^rit beaucoup plus âgée que son mari, et malgré la disparité d'âge, rien ne troubla leur bonheur domestique. La comtesse aimait surtout tendrement Gaston. Elle avait refusé la main

(1) Dom Vaisselle, toin. 4, v. 41.^2) L*Art de vérîGerles dates tom. 2. Grands Officiers, lom. 2.

de plusieurs prétendants dans Tespoir de devenir son épouse, et plus tard, au souvenir d'un époux adoré, elle disait souvent, à ce que Ton raconte, qu'elle Teut volontiers attendu lors même qu'il ne fut pas encore né. A sa mort , Gaston lui légua , en usufruit , la vicomte de Lautrec avec le pays d'Andorre et de Doasan , et lai confia la tutelle de son fils.. A son défaut , il lui substituait Gaston et Thibaut de Levis, Pons*de Villemur, Raymond-Arnaud de Gerderest, qui avait épousé une de ses sœurs naturelles, Bernard de Béarn et eafin Raymond Arnaud , le même que nous avons vu assiéger . Févéque d'Aire et qui fut bientôt après massacré par les Toulousains dans le château de Miremont.

Ëléonore s'empressa de faire reconnaître son fils dans les divers domaines que possédait la maison de Foix. Elle se présenta aveclui le 23 février i 344 devant la cour des Sers , et après que la mère comme tutrice et le fils comme seigneur du Marsan , eurent juré de garder inviolablement les coutumes de la vicomte, ils reçurent le serment de la cour. On y voyait l'abbé de La Castelle, En Fortaner d'Esgarabaque. En Gaillard de Preissac , seigneur d'Estang, Bos, seigneur de La Mieussaus , Arnaud , seigneur de Classum, Raymond- Arnaud, seigneur de Magnos, Pey (Pierre) Arnaud de Monlezun, seignenr de Vignaux, Miramonde deGistel-Pujo , Dauna , seigneuresse de FeugaroUes , Bernard de Pouy, Pey de Ferbeaux, Pierre Arnaud de Lasssus , Raymond de M icarrère et Pey Arnaud de- Crabère, co-seîgneur de Martyens (*).

(*) On avait convoqué à cette cour la Dauna de Ifontaulieu, le seigneur de Campet , la Dauna de Lezuru^ Laubit , co-seigneur de Garem , H seigneurs de Cazaui , de Maysaens , de Lacassaigne , de

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Les nobles de Gavardan ne prt^lèrent leur serment de fidélité que Tan née suivante. Leur assemblée &e çompDsaU ( 1} de Pt*5 (Pierre) de La vielle ^ Beroard de Lados wu LadouKi riaston de Barboian, Not de Lassus, llayinandCuilbem Du Four^ Arnaud de Luebon^ Arnaud- Ciiilhetn de Bourronillan, P^ d'Rseolas cl Arnaud de Prul.

Peu de mois après^ 2 août 4345, Gasioa ou plutôt Kléonore de Conimingessa mère acheta (2) cTe Gémud d*Aii% la ville de Lanemesaii et s^ dépendances pour la somme de mille sept cents livres* Les habitants ren* dirent hommage à leur nouveau maître le 2 novembre suivant, mais il y eut quelque difficulté sur cette transtfii^iûo, et Gaston ne fut mis en pleine possession de la j % 1 1 le que le 2^ février 1343.

Jeanne d* Artois, lancienne comtesse douai Hère, ba-

issait loujoursdans le château qui lui servait de prt- Koberi de Foix, ce dis que ses parents avaient presque déshérite, et qulls avaient voué k Vég\îsc dès

naissance, niab qui nen aimajl pas moins sa mère, ipéra briser ses fers el solbciia en sa faveur le roi de Trance. Philippe (3), prenant en pitié les malheurs d'une princesse du sang rojal^ ordonna qu elle lui serait remise et se chargea de la faire garder par des personnes qu'il noDUuerait. Il exigea pour ses soins deux mille livres Tournois et adjugea au jeune Gaston

Cène, do Sl-Âvil, de Carrerûn, de Cafiltndct , de Ljdoui, de Boeile, ée PtreitUe» ei de GAillirc , ViUl de Campet , Ajutolea de Caïaui j Peï de F«rbeaut, G u il hem Sans de Cfls.tel, Vivian de Coiiss«l , For-^ uner de Garderon> Je^n de Gontaud et Arnaud dfi tjrle|,

(1) Col. Doai, toïD. 23. — :;2) Idem cl Chrtriief ilu Sémiii4ir«« —» (3) hnm VaitAetie, tnm. I. paf^ 2ti et 2i:i

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