‹ Histoire de la Gascogne (volume 2)Chapitre 27 sur 44 · partie des compagnies · texte numérisé non relu

partie des compagnies

Toutes les troupes se reposèrent à Pampelane jus*

ju au dimanche suivant. Les compagnies n avaient pas

oublié leur ancien métier , et quoiqu'elles trouvassent feo abondance auiour dalles toutes sortes de vivres»

elles ne pouvaient s'abstenir de piller et de dérober ce

qui se trouvait sous leur main. Elles tx>mmirent ainsi

Ide nombreux dcgats, non -seulement k Pampelune, mais encore sur toute leur route» Le roi de Navarre eu lut très-irritë et se repentit plusieurs fois d'avoir fourni ke passage. Chaqtie jour il recevait de nouvelles plainloode $m sujets. Ces plaintes^ mouk fortes ^engnmaieni ^i e^traignaient mn cœw\, mais il ne pouvait y apporter Aucun remède.

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Après quelques actions sans ëclat , les deux armées ennemies se trouvèrent en présence dans les plaines de Navarret, non loin de Victoria. Elles étaient conduites par les deux plus grands capitaines de ce siècle ; cette fois encore la valeur gasconne devait triompher. Le prince de X Galles conserva les dispositions adoptées au passage des Pyrénées {*). Henri partagea aussi son armée en trois corps. Duguesclin commandait le premier et avait en tète le duc de Lancastre. Dom Telles, frère du Bâtard, menait le second et était àinsi*opposé au prince de Galles et à dom Pèdre. Henri s'était réservé le troisième; il se trouvait avoir en face le roi de Majorque, le comte d'Ârmagnac , le sire d'Albret , le captai de Buch et la plus grande partie des seigneurs Gascons.

Comme Faction allait s'engager, le prince de Galles, non moins pieux que brave, leva les yeux vers le ciel 7 et joignant ses mains (1) il s'écria : u Vrai Dieu , père de J.-C. , qui m'avez fait et formé , consentez , par votre

(*) Les mémoires de Duguesclin donnent un autre ordre de bataille. D'après eux, Tavant-garde était placée sous le commUndement du duc de Lancastre. Chandos conduisait Tarrière-garde, et le capul de Bach commandait le corps d*armée. Celui-ci avait arec lui, nous citons la collection Petilot,* tom. 4, page 210, celui ci avait avec lai les seigneurs les plus aguerris, Aymerion, le sénéchal àe Bordeani, Gamier d'Anbecote et Othon son frère, le comte de M ontleiun, le comte de Flsle, le sire de Pont, le sire de Mucidan, Foucant d'Arsiar et quatre mille hommes d'armes, qui. lui furent tous d'un grand secours. Le prince de Galles essaya de l'encourager de son mieui à bien faire, lui disant qu'il se promettait tout de sa valeur et de son expérience. Le captai assura qu'il n'avait jamais eu plus de démanffeaison de jouer des mains que dans cette journée. Le héros anglais voulut commander le corps de réserve. Il avait auprès de lui le comte d'Armagnac, le sire d'Albret, le comte de Pembrocke et beaucoup d'autres chevaliers de marque et de distinction qui faisaient tous fort bonne contenance.

(1) Chapitre 241.

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GÂSCQCKE.

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rd*hui soit

)oarnee d ânjouru iwoi et pour mes gens. Vous savez que je ti ai pris les amies que pour soutenir la jiisiice et rendre le irAnea roi trattreusement dépouillé, n  ces tnotSj il s*avers dom Pèdre, et le prenant par la main il lui

1 « Aujourd'hui vous saurez si vous a tires j aimais rieîi dans le royaume de Gis tille. *> Eu même temps il crtâ ; baunîères , avducea^ au nom de Dieu et de St- Georges (*).

Le premier cboc fut terrible. l)om Telles put d^autatit moins le soutenir que le captai de Buch, se détachaot avec les siens du corps que commandait le oomte d'Ârma^aCT prit sa division en flanc et en fit une horrible boncberie. Le jeune Gisiillatif voyant ses lignes rompues , n essaya pas de défendre pitis longtemps la victoire, et s'enfuit avec ce qui lui restait de cavaliers.

Le prince de Galles , ne trouvant plus d^ennemîs devant lui , se contenta de former une légère réserve de quatre mille Iiomm^ qu*il plaça sous les ordres de C3wido6, et du reste de sa division il fit deuK parts. Il

{*) Kaif<î le* bniiille*, apporu m<*ssirc Jcbiu Ctiandoi sa banDÎéret Ile encore n'avait iiullem«Dt bouté hùT% de tùu c«tui. Bi \i pré^ icmti? au (ifince : Auquel il ditainii. Uonsi! teneur véçï c| ma b«ïinière. Je ta vouft bailic t«r lellfi njauièrc qa'ïl vous plaise h développer, et qu*aujourd'hiii je lu puisse lever, car, Dieu merci, j'«i bien de qam tn lerre et hériiaice pour (enir estât dosi connue a^^rtient à ce. Aîmi priDl te prince et k roy dom Ftètre (qui lA eitAÎl) k iMimiàre caU^kitri maÎDs.âi la développèrent et U lui rçudîn^ut p«r khâOHS «n dimit ainsi. Bles^irc Jehan^ véez e; votre bannièn*. Dieu vûmen liif«a toftlfc prcuï Mk. tors se partit mesîire Jelian Chtndôf tl reporta entre ses gens la bauttîère et dit ainit. Seigneurs féeï cj nii * '* ! *lla vostre. SI k gardez aïasi qu'il apjiartient. A.donc la Il le» compaigoonsel en furent tous réjouis et dirent gçe l'il lit à pieu et à St-Geerffftf , ils k garderoyent bien cl *>n acifui* tero jeni en leur pouvoir. ( FroHurL même chip )

tomba avec Tune sur le corps que commandait Duguesclin ; dom Pèdre mena Vautre contre Henri aux prises avec le roi de Majorque et le comte d^Armagnac. Le Bâtard , bien différent de son frère , se défendait avec courage. Il avait cT excellents gens éP armes d^Espagne, d'Aragon et de Portugal , qui remplirent leurs devoirs moult vaillemment. Ils furent rompus trois fois et trois fois le Bâtard les ramena au combat ; mais enfin une dernière décharge les dispersa et la déroute fut complète. Henri ne pouvait se résoudre à abandonner le champ de bataille; il appelle à lui quelques escadrons plus fidèles ou plus courageux et court se, joindre à la division de Duguesclîn qui défendait encore le terrain quand tout avait fui. Il se jette aussitôt au milieu des rangs, abat, renverse, égorge tout ce que rencontre son épée. Il cherchait la mort; mais Bertrand (i) le force à se réserver pour des jours meilleurs.

Resté presque seul avec le Basque de Vilaines et le maréchal d'Andreneham , le héros breton oonriiattait toujours. Il s'éuit adossé (2) â un mur, et de sa hadie d'armes il repoussait les traits qui pleuvaient sur lui. Le prince de Galles sut qu'il é^t ainsi debout résistait à Tarmée entière. Il alla â lui. « Bertrand Untôt le cogneust et envers lui s'inclina à un genoil et dit: à vous, monseigneur le prince de Galles me rends et non à aultrCj'car de Piètre ne seroy point prisonnier ainoois , mourroye en moi déffendant o Le priiioe reçut aoa épée déboQuairement et la bailla au captai de Buch. Les plus vaillants de ses frères d'armes le suivirent dans sa captivité. Pierre demandait qu'on les mit tous

(1) Mémoires de Duguesclîn , ch. 23. — (2) Grandes chroiriiiiies citées par M. Laurentie^ tom. %, page 21 .

DÉ LÀ QA&eOQfiE, 389

9^%â mâîm. Le prince de Galles les refusa : il suivait ç|u il en Te rail auUDt de viclim^ de sa craautë*

tt Sire Bertrand, dit le captai de Buclii^ ^Q recevant DilglieicliTi prisonnier, or le temps e&t eliange; vous me

ils devant Cocherel et je vous tiens maintenant.

oui ne m'avez pas pris, répondit sire Bertrand (1)j ne

COiu|ui& k Tépee, ainsi comme je fis vous ; pourquoi j'ai

un point plus avanL Là dessus les deux chevaliers

s'embrassèrent et vinrent se reposer sous la même lente.

Cette victoire mil le sceau à la gloire du prince de Galles et le plaça a la tiâte des plus grands généraux de son siècle* Ce n'était point comme à Crécy ou à Poitiers une bataille courte et rapide, due eu grande partie à riienrcux clioix du poste, un avantage remporté sur des princes bouillants et téméraires. Le théâtre du combat avait été accepté d^ deux partis^ et le succès longtemps disputé. Enfin , si le Bâtard ne remportait pus en bravoure personnelle sur Pbilippe-de- Valois et sur le roi Jean ^ ses troupes du moins étaient corn mandées par Duguesclin, Tout pouvait donc entier le cceur du prince anglais. Dom Pédre œurut à lui et voulut se |eterà ses pieds pour le remercier \ mais Edouard s'empressa de le saisir par la main et Tem pécha ainsi de s'agetiouîUer. Du moins, cher et beau cousjd, lui dit le tiionan|ue espagnol, je vous dois bien des actions de gimces et des louanges pour cette journée* Vous vous trcniipe!£, lui répondit le modeste vainqueur (2), rendezeu grâces à Dieu et toutes louoftgcs » car la victoire vient toute dé lui et non de moi*

(IJ M. L9uri!tvttr, |uigi> tl, u Utémaïim tir tlagueicUn. cb. 23 — |I)rraiMari, chnp. 242.

Mais après avoir payé au jeune Edouard un juste tribut d^éloges, qu^il nous soit permis de le remarquer: à Navarret encore ce prince ne triompha qu^avec Tépëe des Gascons. Ils formaient ici comme k Poitiers les deux tiers de son armée. Parmi les mieux combattants de cette journée à jamais mémorable dans les fastes de FAngleterre , de TEspagne et de la France , Froissart signale le captai de Buch, le comte d^Ârmagnac, le sire d'Albret, les trois frères Pommiers, les comtes de Périgord, deG)mminges, de PardiaceldeTIsle, les vicomtes de Girmain, les sires de Rozan, de Gironde, le Soudic de Lestrade, Perducas d'Albret, Ajmeric de Lateste et Garsis du Chatel. Nous les avons presque tous déjà nommés; mais les oreilles françaises ne se lassent jamais d'efntendre redire des noms consacrés par la gloire.

La reconnaissance s'usa vite dans le eosur de Pierrele-Cruel. Il ménagea peu ses libérateurs et tint encore moins les promesses qu'il avait scellées de son serment Le prince de Galles, après avoir attendu qudques mois une partie des sommes qu^il avait cautionnées, repassa enfin les monts chargé de lauriers, mais épuisé d^argent Sa présence commençait à devenir nécessaire dansTAquitaine. Henri-le-Bâtard s^était réfugié auprès du roi d'Aragon qu'il quitta bientôt pour passer k la cour de Foix. Gaston, quoique partisan de rAiigleterre, compatit à ses infortunes et le traita avec honneur. On a cru toutefois qu^il se repentit plus tard de ne Tavoir pas fait arrêter. Henri du moins ne se fia pas trop k ses démonstrations. Il s'éloigna plus promptement encore qu'il ne s'était éloigné de l'Aragon, et entra enfin dans le Languedoc dont le duc d'Anjou , l'ennemi implacable du nom anglais, était gouverneur.

OE LA r.ASCOCl^lî* 391

Secrctcmeut protégé par ce duc, Henri s'établit au 1 château de Roque maure ^ attira sous ses ban nier es des Irbevaliers bretons et français , et 6t des courses sur les 1 possessions du prince de Gall^. La princesse s'en plai- ^gnit au roi Charles V qui feignit d^ordooner u Henri de cesser ses courses. Pour paraître obéir & ses ordres , le Bâtard abandonna Rocjueinaure et se rapprocha des Pyrénte, Il prit en piissaiit Miélan (*) et Tournay qu'il fie contenta de rançonner et alla s'emparer de Bagnèresde-Bigorre* Sa troupe s'était accrue dans sa marche. Bagnères il insulta quelque temps toute la plaine laux portes de Tarbes, Une nouvelle défense de Charles V et plus encore le retour du jeune Edouard le forcèrent à licencier ses troupe et à se retirer à Toulouse , d où il ne tarda pas à reprendre le chemin de r Espagne.

lie comte d'Armagnac, rentré dans ses foyers arec le prince de Galles , ne goûta pas longiemp le repos que

I semblait demander cette longue et rude campagne. A cet homme toujours armé , il fallait toujours des combats, cl quand les ennemis de la patrie Itii refusaient la guerre, il la trou^^ait chez ses voisins ; mais autant son ^tle brillait contre les premiers , autant elle pàhssait devant les seconds. Ici elle s^ëclîpsa totalement, du moins s'il faut en croire un récit fait à Froiss^Tt et que celui-ci nous a transmis. Jean ne pardoimait point au comte de Foix la victoire qu il avait remportée sur lui ^ Launac et surtout la manière dont il en avait aboié pour lui arracher une rançon presque royale* Sachant son rnnemi occupé à élever le château de Pau, il crut pouvoir se permettre un rapide coup de main (\) sur If

(•} Vuti natc 12 Â k On du >i>ï. ^( 1) KrotsMTt^ tom, 3. ch, 1^

392 HisTOiaE

ville de Cazères dans le pays de Foix. Il espérait se rédimer par un riche butin de tout ce que lui avait coûté sa captivité. Le comte de G>n[iminges ci le sire d^Âlbret, ses fidèles alliés, approuvèrent ce projet. Le dernier lui offrit même Tappui de son épée , que Jean accepta avec empressement, Ils chevauchèrent ensemble à la tète de deux cents lances, surprirent la ville et s'en emparèrent par escalade. La nouvelle en parvint bientôt au comte de Foix qui prépara aussitôt une vengeance {dus cruelle peut-être que s'il eût employé les tortures. Il appela deux de ses frères naturels, Arnaud Guillaume et Pierre de Béarn , et leur dit : partez en toute hâte pour Cazères. Je vais vous donner des soldats, et dans trois jours je serai moi-même auprès de vous. Quand tous serez arriva sous les remparts de la ville , prenez bien garde que personne ne sVn échappe; mais faites apporter par les gens du pajrs de nombreux madriers^ ]|>lantez-le5 contre les portes et assurez-les par de grosses barres, car je veux que tous ceux qui j sont renfermés sortent par une autre voie que par les portes. Les deux bâtards exécutèrent ponctuellement ses ordres. Jean et les siens s'en mirent peu en peine. Ils ne se.donlaîeBt pas qu'on leur fermait toutes les issues.

Le troisième jdur, le comte de Foix parut acccympagné de dnq cents lances. Il fit construire de nouvelles barrières autour de la ville et fit retrancher son camp pour qu'on ne pût l'attaquer de nuit. Il tint ainsi ses ennemis bloqués sans les assaillir, et laissa au temps le soin d'amener la famine. Jean avait du vin en quantité, mais les autres vivres manquèrent bientôt. Il ne pouvait songer h fuir par la rivière, car elle était trop profonde. II résista quelques jours , mais enfin il pensa lui-même

DE LA G\5CDGNE»

valait se rendr

pnson nier que moiinr uoniçus^ment de faini' Le comte de Foix conseiitit i^i une eipitulâtion; mais il y mil pour condition absolue que ni lean ni ^ucun des siens ne ^ortirRient |irir itucuTte pi>rie de hi villes qu'on fer^tti un trou au mur etqu^ils descendraicnl par Ih un h un et sans armes. It fallut nt'cepter la loi qiioitjiie dure,

PlKcbus lit |>ercer le mur: encore observa -l- il que lotiverture ne fût pas trop grande, L^ malheureux Armagnacs sortaieTtt tristement un à un. Le comte de Fofx était au pied du mur, couvert de ses armes et entoura de âes soldats en ordre de bataille. A mej^ure qu'ils sortaient t ils ëtaient saisis et amenés devant le romte* Celui-ci, après s'en être assuré, les sepam et les envoya dans plusieurs eliàteaux. Il garda le comte d'Âruiaguac f Bernard d^Àlbret, messires Arnaud de Ikrba^fiani Raymond de Benac, ïîenoîi de Corneillan et environ vingt des plus nolableSt et les mena avec lui k Ortheï, d'oii il ne les laissa t^chapper qu après en avoir tiré plus de deux cent mille francs.

Cet éekec ne guérit pas le comte d'Armagnac, Sa rançon payée ^ il recommença se,^ courses, et les lieui Toisins de Casères furent encore le triste théâtre d'une lutte de jour en jour plus désastreuse, Enfunt de la Gascogne, dans Tardeur etlenthousiasme de notre ten* dresse filiale, nous pouvons bien quelquefois nous surprendre a regretter qu'elle ait dispru, notre belle Novempopulame, pour aller se j^erdre dans le vaste empire fninçais; mais rîmpssible histoire est U , qui nous apprend vlie à bénir la providence d avoir, en reculaui nos frontières . reculé nos rivalités et ébigi nos sympathies rt notre <*mour. Et:outons cnctire Frois-

sart : a Entre ces villes (1), dit au chroniqueur le chevalier qui avait raconté la défaite de Cazères, et qui alors lui montrait Montrejeau et Monclar , entre ces villes, messire Jean, j^ai vu ici de belles scarmouchë^ et de dures rencontres entre les gens de Foix et d'Armagnac. Il n y avait ni ville ni château qui ne f àt pourvu de gens d^armes , et là ils couraient et chassaient les uns sur les autres ; vous voyez les ruines quUls ont laissées. Les Armagnacs élevèrent à Tencontre de ces deux châteaux une bastide ; ils y placèrent des gens d^armes, et de là ils se répandaient en deçà de la rivière sur les terres de Foix, mais ils payèrent de leur vie leur brigandage. Le comte de Foix y envoya une nuit son frère Pierre de Béarn , à la tête de deux cents lances. Pierre ^ amenait encore avec lui quatre cents vilains ; il mit le

t* feu à la bastide et la brûla avec tous ceux qu^elle ren-

fermait sans vouloir en prendre aucun à merci, et de- ^ puis , nul n^osa relever les murs. »

Nous emprunterons à Froissart un autre récit qui nous révèle tout ce qu'il y avait de malheurs pour les peuples dans ces guerres seigneuriales. Nous avertirons toutefois nos lecteurs qu'ils doivent se tenir en garde contre le narrateur messire Espaing du Lyon, chevalier du comte de Foix, et contre Froissart lui-même qui , dans sa chronique, se rappelle trop Taocueil qu'il avait reçu à la cour de Gaston.

Le comte d'Armagnac et le sire d^Albret, son compagnon inséparable, vinrent à la tête de cinq cents hommes insulter les environs de Pamiers (2). Celait dans les premiers jours du mois d'août La moisson, plus re-

(1) Froissart, même chapitre. — (2) Idem.

niS LA GASCOCJil*

tardée aux pieds des Pyrénées que dans le reste de la Gascogne, s'achevait j cL les raiâms mûrissaient encore. Les deuK seigneurs alLaquèrent d^aliord Saverdun à une petite lieue de Pamiers et remportèrent d assaut. Après ce facile exploit^ ils mandèrent aux liabiiants de Pamiers que, sUU ne rachetaient leurs bleuet leurs vins^ ils Ii%Teraient le pays aux flammes et au pillage. Les habitanis craignirent ces menaces; car leur maUre , habitant alors le Bcaru, élnh lrès*ëloignë. Après une courte délibération , ils consentirent à payer cent mille livres i Siais ils demandèrent quinze jours pour recueillir cette sommes et le délai leur fut accordé.

Le eomte de Foix , ayant été ioslruit de Tirruption faite sur ses domaines et de la eonveutiou qui Tavait arrêtée , vola à Pamiers avec le peu de gens d'armes qu*il avait avec lui; le reste le suivit de prés^ et bientôt il se trouva à la liJtc de plus de dou^e cents lances, Jeuin et son albé n attendirent pas son appro4?he. Us s empressèrent de gagner le Comminges sans s'auinser a réclamer Targent qui leur avait été promis. Mais dans

siècle, les vassaux ne trouvaient guère leurs seirs moins rapaces que les ennemis. Phœbus prétendit tvoir gagné li^ cent mille livr^^ eu venant tenir )a

■ journée et en chassant le comte d'Armagnac et le sire d'Albrçl. Il fallut les lui compter* Gaston en pya les gens d*armeset ne quitta Pamiers que lorsque i<?s bonnes gcFis eurent recueilli leur vendange et mis leurs biens en sûreté*

y Quoiqu'il en soit de Texactitude de tous ces récits, il est certain que la lutte profita peu au comte d'Armagnac, il fut plus heureux du coté de la France. Le roi Cluirles V lui donna^ le G mars iiGQ^ la chatellenie

de St-Jeugon aveo cinq mille livres de reDle sur le trésor et uae pareille somme en biens fonds. Il y ajouta, quelque temps après, dix mille livres de pension pour la garde de ses doBoaines ; enfin il lui assura trois cent mille livres en échange du comté de Gaure dont le prince de Galles avait été mis en possession. Par toutes ces gmtificàtions, le monarque français avait sans doute voulu récompenser le comte de ses anciens services ; mais il avait encore plus cherché à le détacher de TAngleterre. Le mécontentement croissait : la rupture devenait de plus en plus iné vi teble. Nos Gascons gais et vifs ne s'étaient jamais bien accommodés des mœurs lentes et graves des Anglais. A cette'antipathie se joignit bientôt la douleur de voir toutes les sénéchaussées et les capitaineries importantes données aux hommes d^outremer. Enfin, un mal secret , qui rongeait lentement la constitution naturellement robuste du prince anglais ayant aigri son caractère, on ne vit dans ce changement que Torgueil de la domination ou Tenivrement de la victoire. Avec de pareils sentimenis, le joug étranger devint pesant. Un nouveau péage qu'Edouard voulait établir acheva de le rendre intolérable.

La brillante cour, qui se pressait autour de lui, et les sommes que lui avaient coûtées son expédition' d'Espagne, avaient épuisé son épargne. On lui conseilla d'*im* poser sur toute l'Aquitaine un franc par feu , d^autres disent dix sols; mais tous portent le subside à un million deux cent mille livres. Il le proposa dans une grande assemblée composée des hauts barons et des députés des bonnes villes de la province (1). Les barons

(1) Froisearl, ch. 244.

lîl LA GASCOOlïK, 397

des Marohps de Li Gascogne y acquies^

quelques dilficultt% , mais les seigneurs

[votsîus des Pyrénées S€ mouirèreiitpeu di$posé§ à Tac-

[cepier- Wosaut pas néanmoins le rejeter ouvertement,

ils demandèrent d^en conférer avec les prélats et les

barons de leur ressort. Le prince ne put vaincre leur

■ résistance et fui forcé de les la issex partir, non sans leur avoir donné un second reude^'vous. A la tête des tné« contents étaient les comtes d'Âruiagnac, de Fexensaguet

H et de Cotnmiuges , le sire d'Albrei et le seigneur de

^ Labarthe*

En s^éloignant, tousces seigneurs se promirent de n» plus reparaître dans la Haute- Aquitaine que pour j cumbaitr*? le prince. Ils s empressèrent de réunir les étals de leurs oorolési leur fir^^'iil parUiger leur niéi^ontentement, et après eu avoir obtenu une prfJtesUilion formelle contre la tentative qui se prép^rnit , ils en appelèrent au roi de France et se transjxîrtèrent à Pnris pour lui demander justice* Charles sentait qu accueillir leur demande, c'était vouloir la guerre. Aussi, avec OÊlie prndcncequi le caractérisait, il se contenta dabofd de leur donner quelques paroles pleines de courtoisie^ mais évasives* En même temps il prétextait quelque scntpu les sur les droits que lui biissait le traité de BrétignÏT et assemblait Iréquem ment son ci>nseil qui, tnnios ficrtîpuleus^ ou moins timide, admit la plainte d'une voix unanime*

. D^autrc part les Qascoii^ disaient sans cesse au roi : cher $ire, nous tenons avoir ressort dans votre cour. Nous vous supplions comme le plus droituricr du u)onde de nous faire droit et loi contre les extorsions que le prince de Iles el ses gens veulent nous inipcjser; si vous vous

y refusez , nous nous pourchasserons ailleurs et nous transporterons notre hommage à un seigneur assez puissant pour nous faire rendre justice, et vous perdrez votre seigneurie ; ils ajoutaient quelquefois: qu il n'était mie\ en l'ordonnance et puissance du roi de France^ nionques nelefut^ qu'il les ait pus acquitter tlu ressort sans le consentement des prélats j des barons^ des cités et des bonnes villes de Gascogne: quUls ne Vouaient jamais souffert ni ne le souffriraient (<).

Le roi de France, qui lesieût vus avec un grand regret s'adresser ailleurs, car il y eût eu blâme et préjudice pour lui et pour^sa couronne , leur répondit avec bienveillance que ce ne serait jamais par faute de loi ni de conseil de sa part qu'ils se trairaient en autre cour que la sienne ; mais que dans une affaire aussi délicate, il fallait réfléchir mûrement. Il les traîna (2) ainsi dix mois, les retenant à Paris, payant leurs dépenses et les comblant de bienfaits. Il leur demandait souvent si, dans le cas où la paix serait rompue, ils le soutiendraient contre TAngleterre; et les seigneurs répondirent constamment que de la guerre Une dei^ait s'inquiéter; car ils étaient assez forts pour combattre le prince et toutes ses forces.

Charles s'attachait surtout à gagner le comte d'Armagnac et le sire d'Albret , les plus puissants de ces seigneurs, soit par eux-mêmes, soit par leiurs alliances. Le premier ^tait , par Béatrix de Bourbon sa femme, le grand onde de la reine Jeanne. Charles ménagea au second la main de Marguerite , (3) sœur de Jeanne et fille, comme elle, de Pierre duc de Bourbon. Ce mariage, qui plaçait si haut le sire d'AIbret, fut célébré le 4 mai

(1) Froissart, tom. 1 , cb. 146. — (2) Le même. — (3) Grands OfGcien, tom. 6. L*Art de vérifier les dates, tom. 2.

DE LA GASCOG»E. 399

1368. Le prince de Galles en fut vivement piqué; mais la politique le força à comprimer son courroux. Amanieii ne tarda pas à le braver entièrement ( 1*' juin). Il se fit publiquement Thomme lige du roi de France (1) et s'engagea à le servir contre tous. Charles paya cet hommage d'une somme de dix mille livres et d'une pension de quatre mille. Il s'engagea en outre à lui payer une rente de mille livres sterling que lui faisait l'Angleterre. Peu de jours aprài (30 juin), il signa avec les deux parents un traité secret dont aucun historien que nous sachions n'a parlé, quoiqu'on le trouve tout entier dans les manuscrits (2) de la bibliothèque royale de Paris. Voici les clauses principales. 1° Le roi reçoilleur appel. 2'' Il ne les renverra point sans leur consentement sous la juridiction du prince de Galles , lors même que le prince menacerait de déclarer ou même déclarerait la guerre à la France pour la punir d'avoir reçu cet appel. 3" Il confirmera les coutumes et franchises des lieux qu'il conquerra en Guyenne. 4** Il ne lèvera de dix ans aucun fouage extraordinaire sur leurs domaines sans leur consentement. Le comte d'Armagnac et le sire d'Albret s'obligeaient de leur côté , 1** à ne jamais rentrer sous le vasselage de l'Angleterre sans le consentement du roi ; 2** à soutenir la France si la guerre s'élevait à leur sujet; 3** à ne conclure aucun traité sans Tautorisation du roi, et enfin s'il n'y avait point guerre en Guyenne, à servir dans les sénéchaussées de Toulouse et de Beaucaire.

* Charles, pour donner aux deux seigneurs un gage de sa sincérité , fit en leur présence jurer ses frères et ses

(.1) Col Doaty lom. 32. — (S) Idem.

400 HISTOIRB

ministres qu ils ne lui conseilleraient jamais d'enfreindre aucune clause de ce traite. Le lendemain il gratifia le comte d'Armagnac plus largement encore qu'il n'avait gratifié Âmaaieu, et lui donna (1) les comtés de Bîgorre et de Gaure, les villes de Montréal, Mézin, FranoetQaSf Astafort, Lavardac, Fougueroles, Giuderon, Gprdes, Castets, Mas-d' Agenais, Lias, Montagnac, Monguilhem, la moitié de la vicomte de Juillac , les hommages 4e Gizaubon , de Poudenas , de Foui^ et de Villeneuve avec les appellations et le ressort de la ville et cité de Lectoure. Tous ces actes durent demeurer caché^. Vers la fin du mois, le comte ayant écrit au roi, celui-^ci lui répondit la lettre suivante (2), aassi mystérieuse i^ la négociation*

Très cher et féal cousin ,

Nous avons reçue vos lettres et vu ce que vous nous avez escrit. Si sachiez qu'au partir de ces lettres nous estions Dieu mercy en bon estât du corps et à l'aide de Dieu pensons estre brièvement en meilleur et j^ns affermi de notre santé; et que nous vous «avons très grand gré de la bonne amour et affection que vous avez à nous et nos besognes de par delà et vous prions bien à certes que vous continués et qu'en nos dites besognes vous faites toujours le mieux que vous pourrei^ car nous en avons en vous spécial fiance et avons aussi bonne affection à vous et à votre fait, et, de toutes vos nouvelles nousescrivés souvent et, quand est des lettres que vous nous avez enyoyé, sachiez bien que nons en avons bien considéré le contenu en ioelles et pour cer-

(1) Col. Doaty tom. 33. —'(2) Idem, tom. 32.

DE LA GASœCNE. 401

taine cause nous ne vous en pouvons faire a présent plaine response , mais nous vous la ferons bientôt par certain message. (Chanaille en Gâtinois, le 21 juillet 1368). • •

Pendant que Charles V, s*entourant des mystères d^une politique que le succès devait couronner, amusait lés Gascons et tenait en échec la colère ou le ressentiment du prince de Galles, Urbain VI, pontife pieyx et zélé , essaya de porter remède aux maux qui désolaient régljsexle France. Il ordonna la célébration des Conciles provinciaux qu^ la guerre et le peu de sécurité des routes avaient forcé d'interrompre. L'archevêque de Narbonne invita les métropolitains d'Âuch et de Toulouse à se joindre à lui , et à leurs voix les prélats des trois provinces se réunirent à Lavaur (1) le 27 mai, veille de la Pentecôte. On y décréta cent trentetrois Canons. Musieurs attestent les plaies profondes faites à la discipline.*

Le Concile se termina le 6 juin. On y vit avec quelques évéques des deux autres provinces, Bertrand de Comminges, Bernard de Tarbes, Guillaume de Bazas, Pierre d'Oleron et Odon de Lescar. L'archevêque d'Auch , retenu à Avignon où Urbain VI son oncle Tavait établi son vicaire, s'y fit représenter par Philippe, abbé de Sorèze qui siégea à côté des deux métropolitains. Les évéquesdeDax,deLectoure, deCouserans, deBayonne et d'Aire se contentèrent aussi d'y envoyer leurs députés. Bertrand de Comminges avait succédé à Hugues de Chàtillon à la fin de 1 352. Il appartenait à la noble

et ancienne famille de Cosnac d^ns le Limousin. Gré*

(i) CoLlêctio Conriliorum, tom. 11, pan secunda.

goire XI le revêtit de la pourpre en 1372, mais il jouit peu de cette dignité, car il mourut à Avignon en 1374. Il fut enterré chez les Dominicains.

Bernard siégeait à Tarbes'(l) depuis six ans. Il aTait remplacé Raymond II mort peu après son sacre. Bernard, quoique sujet du prince de Galles, aimait la France et ne craignit pas de se déclarer pour elle. Nous verrons bientôt combien son concours aida à soumettre le Bigorre. Pierre d^Oleron, différent de tous ces prélatsqui passèrent rapidement, occupait son siège depuis 1347. Il mourut Tannée sui^nte et ne fut remplacé qu^en 1371. Guillaume de Bazas survécut encore moÎDS au G)ncile. Raymond, qui vint ensuite, était déjà remplacé en 1 369 par Géraud ou Guillaume de Monlaur. Odon de Lescar venait d'être sacré. 11 était encore assez jeune, du moins il prolongea sa carrière au delà de ce siède.

L'évêque de Dax était Jean II ou Jean III. Le premier était né à Evreux. Gharles-le- Mauvais, dont il avait la confiance, le chai^ea de plusieurs n^ociations et le transféra à Huesca en Espagne. Il fut remplacé à Dax pa( Jean Guitard qui eut de grandes contestations avec le Chapitre de la cathédrale. Kévêque de Lectoure nous est presqu'inconnu. Nous savons setdement qu'il se nommait Pierre, qu'il avait succédé à son prédécesseur en 1364 et qu'il fut remplacé en 1365 par Hugues II, et en 1370^ par Bernard III prélats aussi inconnus que lui. Kévêque de Bayonne, Guillaume Vital de St Jean, mourut l'année suivante. On lui donne quelquefois pour successeur Milon de Dormans qui s'assit sur le siège de Rayeux. La similitude des noms a

(I) Voir pour tous ces prélats la Gallia Chrittiana, lom 1.

ftii naître celle erreur Jean avait succédé à Bernaïd sur le siège d*A ire et calmé les prétentions de T Angleterre. Son épiâcopat plus paisible que celui de ses àenu réfléeesseurs, se poursuivit bien longtemps. Enfin 1 evéqué de Couserans qui se fit représenter Lavatir ^e^oniinâit Pons de ViUemur; t1 avait gouverné r abbaye de Ijézat pendant quarante-cinq ans, ^yftl9C|u'il lut appelé au siège de Couserans ( 1 0 décem- ^■kre 1362). L'âge n'avait nullement afT^tibli son zèle. On le vit s employer activement à rétablir la discipline

PÊontre les adoucissements que la corruption des mœurs, la faibl^^ et la courte vie de ses prédécesseurs avaient introduis dans tous les rangs du clergé. Ces réformes crièrent des résistances^ on en appela au saint-Siége qui soutint le pieux évéque et sanctionna se* décreB, Une maladie grave, dont il était atteiot, fempécha d'assister au Concile, Croyant toucher au terme de ses jours , il se Ct construire â Léz-it une tombe qu'on admirait dans cette abbaye avant 1789. Cette tombe u^attendit pas bBgtenips la dépouille qui lui était promise; mais on

I ignore la date précise de sa mort. Quelques prélals «'étaient succédés sur le siège de Couserans depuis Durtti; celui-ci avait été remplacé par Cogna rd.clianoi ne de Lombe». On le blâma de ?i'étre trop prêté au% ejtîgeiioei de son Chapitre, et dVn avoir trop facilemeni Àwpiensé}e$ membres de la résidence assidue. Il mourut le î" décembre 1658 et fut enterré dans laeathëdrak fie Lombexoù s était passée prfôïque t#ute sa vie, et qui dirait conservé toutes ses afiections* Apres Cognard TÎnretit Jean de Larochochouardqu Innocent VI trans* fera en 1360 à St-Pons dcThomières. et Béranger qui motinii le 17 décembre 1.^62.

Pons eut pour successeur Amélius de Lautrec, de Fancienne famille de ce nom dans FAlbigeois. Amélius avait été élevé à Toulouse avec deux de ses frères par les soins de Ratier de Lautrec, son onde, d^abord abbé de Moissac où il compta sous lui jusqu'à cent vingt religieux, et transféré depuis à St- Victor 4e Marseille. Il embrassa dans sa jeunesse la vie canoniale, professa avec éclat le droit canon et devint chancelier de Funiversité de Toulouse (*). 11 dressa en cette qualité des statuts à peu près semblables à ceux de Tuniversité de Paris. Ses talents et ses vertus rappelèrent sur le siège de Couserans. Il en prit possession dans le mois de janvier 1371, passa dix ans après sur la chaire épîscopale de G)mminges et parvint enfin au cardinalat ; on fixe sa mort au 5 juillet 1390.

Parmi les suffragants de Toulouse qui parurent à Lavaur ,• nous trouvons Guillaume de Lombez. Plusieurs prélats s'étaient assis sur ce siège depuis sa création (1). Arnaud-Roger de C!omminges, le premier de tous, avait été transféré à Clermont à la fin de 1 328 et avaitété remplacé par Jacques G>lonne fils d'Etienne G)lonne, né durant Texil prononcé contre sa famille par Boniface VIII. Jacques s'était de bonne heure consolé au sein des lettres, des rigueurs de 4a fortune. Il parcourut Tltalie et la France, et visita leurs universités. Pendant que l'empereur Louis de Bavière, maître

C) L'université de Toulouse comptait alors neuf professeurs de théologie tous régulim, dont quatre Franciscains , un Carme , trois Jacobins et un Augustin. Il y avait en outre trois docteurs ès-lois dont Tun était recteur, un maître et professeur ès-droits et deux professeurs de grammaire.

(1) Gallia Christiana, première édition, en 4 vol. tom 2, p. 677.

de Rome, y déchaînait sa rage contre Jean XXII, Jac- <jues (1), assez jeune encore, s'introduisit secrètement dans la ville, rassembla le peuple dans Téglise de St- Marcel et il lui lut la sentence d'excommunication que le pontife avait portée contre son ennemi et, que personne n avait encore osé promulguer. Il proclama ensuite que Louis était déchu de Tempire, et les sénateursdeRome, ainsi que tous ses autres adhérens, d^ vrais hérétiques, n ajouta enfin qu'il était prêt à soutenir ses paroles de son épée. En même temps il afficha la bulle d'excommunication à la porte de l'église, et s'élançant à cheval, il courut, suivi seulement *de quatre des siens , se renfermer dans le château de Préneste qui appartenait à son père, échappant par la célérité de sa fuite aux soldats que l'empereur avait envoyés pour se saisir de sa personne.

Cet acte de hardiesse lui valut l'évéché de Lombez dont ses vertus d'ailleurs le rendaient digne. Le pape lui accorda volontiers une dispense d'âge. Le nouveau pontife se hâta (2) de se dérober aux charmes de l'Italie pour aller prendre possession de son siège. Pétrarque qui l'accompagna et à qui il donna un cauonicat dans sa cathédrale, loue sa douceur, son humilité et la gravité de ses mœurs. Forcé bientôt de retourner à Rome, il refusa le patriarchat d'Aquilée et revint à Lombez après une absence de sept ans. Sa \ie fut plus exemplaire que jamais , mais elle devait se terminer bientôt. Un an ne s'était pas écoulé ei son âge à peine mûr lui promettait encore un long avenir, lorsque Dieu l'arrachant aux tempAes de ce monde , Tappela au repos,

(1) Sponde. JnnaUs crit. ad. 1328. —(2) Lettres de Pétrarque, tom. 4, lettre 6.

4Û6 HisntoïKE

éternel (4338). Le clergé de IxMabei^ élut pour lui succéder Antoine , abbé de Fonfroide, mort en 1348. Le pape donna a\ors Yé^îché à Biettrand son trésorier, qui ne tint le siège que quatre ans et fut remplacé en 4353 par Roger 11^ en 4360 pttr Guillaume I*' et eu 4363 par Jean I^, trois prélats dont on ne connaît que les npms. Guillaume II qui succéda i ce dernier est plus connu; il appartenait à la famille de Durfort; il prolongea sa carrière jusqu^en 4375 et fut enterré le 4 4 avril dans sa cathédrale où sa tombe se voit encore

à Feutrée de la chapelle de Si- Jean (4).

(f ) GalUa Christûma.

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