CHAPITRE m
GkiriiilbilcitirletriMiefiiUai. — Ueirilei tmamee li^iHrttoMpanCtsMi.— TiMMa il PeRBMiMt.— Fluiein i\\\H fumH i U FriM. — BiTiia éi PriiM Nmt. — ùuHa ù risl^Jiirdaii. — Gai^pi ^ ^ é*A4N ei il eméUble Di|i6ielii. — le mte d'Anufiae.— Armé é*Ailirl MU U tnr ée Bummi. —Le coite de Feix. — lert de Jeu I^' eiite d'AnifiK.— Jeu II M neeMe. — Le die d'Aqei attifM le chiteu de Hiiieni diBliKcim.
Les seigneurs Gascons trompés par les longues tergiversations du roi , le pressaient tous les jours plus rivement de se décider. Ses propres conseillers joignirent publiquement leurs Toix à ces instances réitëréçs. Char-: les eut Fair de se laisser vaincre par tant de sollicitations et prit enfin la résolution d'ajourner le prince de Galles à eomparaltre en personne à la chambre des pairs. Il chargea (1) de cette mission Bernard Pelot, juge crimind à Toulouse, clerc habile et bien enbmgagé. On lui adjoignit un chevalier de la Bausse nommé Caponal. Arrivés dans la cité da Bordeaux, 4es deux envoyés se retirèrent d'abord dans une hôtellerie, car la journée baissait. Ils y attendirent jusqu'au lendemain. Ils vinrent alors à Tabbaye de St-André où logeait le prince. Lesécuyers, qui remplissaient les avenues de Tabbaye de StrAndré, les accueillirent mauh doucement par re»p^t pour le roi de France dont ils se réclamaient. Le prinoe de Galles, informé aussitôt de leur venue, s'empressa de les admettre en sa présence.
0}Froiw«rt,chap. 247.
Dès que les messagers parurent devant lui , ik s'inclinèrent profondément et le saluèrent en grande révérence ainsi combien lui appartenait et bien ils le savaient faire. Puis ils lui baillèrent leurs lettres de créance. Le prince les prit et les lut mot à mot. Il leur dit ensuite : soyez les très-bien venus et racontez-nous toutce que vous avez à nous dire. Très<;her sire, dit Pelot, voici des lettres qui nous furent données à Paris par notre sire le roi de France et que nous promîmes, sur notre foi , de publier en votre présence , car elles vous regardent. Le prince changea aussitôt de couleur, non m*oins étonné de ce que ce pouvait être que les barons ef les chevaliers qui Tentouraient. Néanmoins, il se réprima aussitôt et s'écria : dites , bonnes nouvelles nous entendrons volontiers. Pelot prit aussitôt la lettre et la lut tout entière ; elle était* ainsi conçue(i).
, (( Charles , par la grâce de Dieu , roi de France , i notre npveu le prince de Galles et d'Aquitaine , salut Plusieurs prélats , barons , chevaliers , communautés', collèges et universités du pays de Gascogne , ainsi que plusieurs autres du pays et du duché d'Aquitaine s'étanC retirés divers nous en notre cour pour avoir droit deoer^ tains griefs et injures que vous, par faible conseil et simples informations, avez proposé deleur faire, ce dont nous sommes étonnés, donc pour obvier à ces choses, nous nous sommes associé et nous nous associons à eux ; et par notre ma j esté royale et seigneurie, nous vous commandons que vous veniez en notre cité de Paris en propre personne et vous présentiez devant nous en notre chambre des pairs pour ouir droit sur les dites complaintes et à ce n'ayc2 point de faute, et que ce soit le plus hâtivement que vous
(I) Froissarl, chap. 247.
DE lA GASCOGNE. 40i>
pourrez. En Umoigoagé de laquelle chose uous avons à ces présentes mis notre sceL Donné à Paris, le 25' jour de janvier i 369. »
Le prince de Galles, jdus étonné que, jamais à la lecture de cette lettre , secoua la tête et jeta un long regard surles messagers. Puis, après quelques moments de réflexion, il répondit : nousârons volontiers à Paris puisque nous y sommes mandé par le roi de France ; mais ce cera le casque à la tête et suivi de soixante mille hommes. A ces mots, les deux Français tombèrent à ses genoux et s'écrièrent : cher sire, grâce, au nom de Dieu l ne prenez pas ceft appel en trop grand courroux. Nous sommes des messagers envoyés par notre sire le roi de France, à qui nous devons toute obéissance comme les vôtres vous doivent faire. Nous avons rempli une mission obligée ; mais toiit ce dont vous voudrez nous charger, nous le dirons à notre maître. Non, dit le prince , vous vous trompez, ce n'est pas à vous que je sais mauvais gré , mais à ceux qui vous envoient ; et votre roi nest pas bien conseillé de se joindre à nos sujets et de 86 faire juge de ce dont il ne lui appartient pas de connaître. Or lui sera montré que, lorsqu'il mit en possession de toute l'Aquitaine monseigneur mon père ou ses délégués, il en abandonna tous les ressorts ; et tocis ceux qui ont formé leur appel , ne peuvent s'adresser qu à la cour d'Angleterre. Avant qu'il en soit autrement, il en coûtera cent mille vies. A ces mots , le prince les quitta et entra dans un appartement voisin. Quelques chevaliers Anglais arrivèrent aussitôt , et dirent aux Français: seigneurs, partez et retournez à votre hôtel. Vous avez rempli votre mission, vous n'emporterez poi nt d^autre réponse* que celle que vous avez déjà eue.
410 HiSTOiaE
Le chevalier et le clerc rentrèrent à letir hôtel où ils dînèrent; et ausntôt après dîner, ils troussèrent-bagages et s'éloignèrent de Bordeaux ; mais ils furent arrêtés (1} en chemin et confinés dans une étroite prison k Agen, sous prétexte qu'ils étaient moins les messagers du roi de France que les envoyés des seigneurs Gascons, traités de rebelles à la cour d'Aquitaine.
Cette violation du droit des gens irrita le roi Charles et j^us encore les Gascons. La guerre fut aussitôt ouvertement déclarée. En la commençant , le monarque français ordonna à ses sénéchaux de Languedoc de protéger et de mettre sous la sauvé-garde royale (2) les personnes et les biens du comte d^ Armagnac , du* vicomte d^ Fezensaguet , du sire d^Albret , de Jean de Labarthe, seigneur d'Aure, d'Othon de Lomagne, seigneur de Fimarcon , de leurs adhérents et de tous les appelants de Gnienne. Outre cette sauve-garde donti^ au comte d'Armagnac , le roi le choisit pour un de ses commissaires dans le Languedoc, et le duc d'Anjou, qui commandait dans cette province, le retint au service de la France avec quatre cents honunes d'armes (*). Ce duc enrôla encore Roger de Comminges avec cinquantehuit hommes de sa suite ; Arnaud Guilhem , comte de Pardiac, avec soixante hommes d'armes ; le comte de l'Isl esJourdain avec quinze cents chevaliers et quatrevingt quinze écuyers de sa compagnie.
(1) Froissart, chap. 218. —(2) Dom Vaisselle, lom. 4 , pag. 337.
(*) Parmi les seigneurs qui servirent dans celle guerre sous k comle d'Armagnac, nous trouvons les noms suivants : Grastes, Ligardes, PardaiUan, FEscoul, Aumensan, Yerduian, Ferrabonc, SéaîUes» Rambos, d'Anlras, Sansac , Mansencomme^ Biran, Bliran, Magnaut, Pessan, Bezolles, Lavardac, Podenas, d*Arribère, Bascous, Guilhemde-Sl-Mariin, Hugues de Roques, Bernard vicomle de Ritière, Gense» de Montesquiou, Odon el Galin de Montaul, Arnaud de Laffille.
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DE LA GASCOGNE, lit
Le CDmle de Pardiac u avait pas attendu ce inomeni pour s'attacher à la EVanœ, Deux aos auparavant ^ 2 2 juillet 1367 (1), méprisant les avances et bravaut les menaces du jeune Edoua rd qu î ^ pa r le Bigorre, louchait i ses po6sessions , il avait renouvelé racle de vasselage fait par $on graud-père à PluUppe-le-Bel en 1275, avait soumis de nouveau son comté à Charles V et s'était fait sou hotnme lige* Quelques jours plus tard , le duc d'Anjou arrha Bertrand de Terride , uu des capi* taioes des terribles compagniest avec cinq ce ut- cinq hocDmes d'armes qu'il pourrait prendre dans le corps qn^l eammandait; il 1 établit aussi capiuine^ënérat du comte de Gaure (2) et lui eu commit la garde. Enfin il r«^ni le vicomte de Fezeusaguet avec deux cents hointu^B'armeset aux gages de trois cents francs dor par 10 is pour luj^ et de quinze franco par mois pour cha^ que homme d'armes^ et lui assigna sur- te-champ dçux mille sept cents francs dor sur les sénéchaussées de Beâucaire et de Nimes, quoiqu'il n>ÙL pas encore fait ta montre de ses troupes^ ce qui eut lieu quatre jours après. On y vit avec le vicomte, un autre chevalier bannerei et cent quatre-vingt-six écuyers, parmi lesquels ou eomptaitdeux desesbàtards. Le duc d'Anjou lui donna, le 12 du moissuivani,quatre-yiugtslivresd or destinées i acheter dcsarmes dont utie partie devait être distribuée ttUit soldats de sa compagnie, et dont Vautre devait être laissée dans divers châteaux et servir k leur défense. Par d'autres ordonnances du même prince, nous apprc* nom que ce seigneur servit sous ses ordres duranl toute 1 aimée , k la tête de trois cents hommes d'armes.
(I) Cîurlier du âéfuiuâire. — {%) Voir, pour KniA Kct ûétmh, ikim
i\2 HISTOIRE
La maison de Fezpusaguet s'était entièrement laissé éclipser par celle d^ Armagnac son aînée. Le vicomte, que nous trouvons ici et que nous avons déjà entrevu deux ou trois fois , était Jean P" , fils de Géraud (1). Celui-ci avait gouverné le Fezensaguet pendant plus de vingt ans, et de cette longue administration , à part les faits si rares que nous avons recueillis, nous ne connaissons qu'un procès qui amena une sentence assez singulière pour que nous croyons devoir la mentionner (2). Un liabitant de G>logne ayant été tué (1326) sur les terresi du vicomte, les consuls, de leur autorité, le firent enlever de force et ensevelir dans le cimetière de leur ville. C'était une violation d'un territoire indépendant. Trente ans auparavant, le vicomte fut allé demander réparation les armes à la main. Mais dq>yis Philippe-le-Bel , les violences ne profitaient guère que lorsqu'on était assez puissant pour se faire craindre ou pardonner delà couronne. Géraud fut réduit à en appeler au sénéchal de Toulouse. Le sénéchal condamiyi les consuls et ordonna que le cadavre serait exhumé et rapporté à la place d'où il avait été arraché ; mais comme la putréfaction ne permettait pas ce déplacement, il décida qu'an lieu du cadavre on prendrait sur la tombe un mannequin de. paille, et que le mannequin serait reconduit par les consuls et les habiunts.
Géraud fit son testament le i'i avril 4339. Il survécut à cet acte suprême, car le 3 juillet suivant , il transigea à M ilhau , dans le Rouergue , au sujet des droits Seigneuriaux avec Philippe-de- Valois et les chevaliers de St-Jean de Jérusalem. Il dut mourir vers la
(1) L'Art de vérifier lès dates, tom. 2. Grands Officiers, tom. 2. — (2) Coll. Doal. Inventaire du trésor de Lectoure.
DE IJi GASCOGNE. 4i3
iiQ de 1342 et fut enterré dans Téglise de Thôpiul de Maavenif où il avait élu sa sépulture. Il laissait de Jeanne de G)mminges ( \ ), 611e de Pierre Raymond II comte de G>mminges, Matfae mariée à Centule, cdmte d'Aslarac, et Jean qui lui succéda, et qui à cause de sa jeunesse fut placé sous la tutelle du comte d'Armagnac. Les idées d ordre*et de gestion régulière commençaient à s'établir. Le comte d^Armagnac fit dire un inventaire des biens de son pupille. L'acte en fut dressé (2) à Auch, le 10 décembre, en présence de Guillaume de Labarthe et de Raymond de Monteils. Le jeune vicomte ne se maria que onze ans après; il épousa Marguerite d'Euse, fille d'Arnaud, vicomte de Carmain et de Marguerite de risleJourdain. Il servit sous le duc deBerri; et quand la guerre éclata entre Gaston de Foix et Jean d'Armagnac , il prit parti pour son cousin , joignit ses armes aux siennes et fut battu à la journée de Launac. Resté prisonnier, il fut condamné à payer pour sa rançon treize cent trente florins d'or pour lesquels il donna en otage son fils aine. Dcfvenu libre, il s'arma de nouveau pour la France, et prit sa cause si vivement à cœur qu'il n'épargna pas même pour elle ses propres vassaux. Les officiers de la sénéchaussée de Carcassonne voulant soustraire le pays à la rapacité des grandes compagnies, ordonnèrent aux habitants des châteaux d'Alleyrac et de Preissas^ qui appartenaient au vicomte, de se fortifier et de détruire leurs faubourgs ; mais cet ordre ne fut pas exécuté. Le vicomte, outré de cette n^ligence, n'écouta que sa colère (3) et mit lui-même le feu aux deux
(1) UArt de vériGer les dates^ lom. 2. Grands Officiers, Und. 3. ~ (S) Coll. Doat, tom. 22. — (3) Dom Vaissette. L*Art de vérifier les dates, tom. 2.
châteaux (jui furent entièrement consumés. Le roi lui en accorda des lettres de rémission Au mois de septembre suivant.
Le duc d'Anjou, en attendant le moment .d'entrer en campagne, s*adressa par lui-même ou par ses énrfs* saires à plusieurs seigneurs et k un grand nombre de communautés de la Gascogne, et les exhoru i se soustraire au joug de TAngleterre. Ses exhortations furent écoutées. Plusieurs villes rentrèrent d*elles-mémes90us les lois de la France : d'autres n'attendirent qu'une occasion pour se déclarer. Vir-Fezensac, Astafort, Fleurance et Lassauvetat (1 ) chassèrent eUes-mémes les garnisons anglaises. S'il faut en croire Scipion Dupleix {*), Condom leur avait donné l'exemple. Les citoyens s'ar^ mèrent sous prétexte de donner phis d'éclat à leur fêle patronale, et se portant rapidement vers les portes delà ville et vers le château, ils en délogèrent les Anglais, qui
(1) Dom Vaisselle, tom. â, pag. 340.
(*) Il De nous a pas été possible de vérifier Texactitude de ce fait. Ni Rymer , ni les rôles Gascons , ni dom Vaisselle , ni la collection Doal n'en disent rien. Le volume de la collection Brequigny relatif à celle époque avait été prêté el il ne rentra pas à la bibliothèque royale durant noire séjour à Paris. Du reste, M. de Lascabanes, un des conservateurs de la bibliothèque, prépare un ouvrage sur le traité de Brequlgny et tout ce qui s'y ratlacbe. D'après quelques renseignements et quelques inductions, nous croirions le récit de Dupleix Inexact on peut-être même erroné, surtout pour la date. L'accusation qu'il porte contre Mézin ne nous parait avoir d'autre fondement qu'une de ces étroites rivalités de clocber si fréquentes dans la Gascogne. Loin que Mézin fût anglaise, comme le dit Dupleix, nous croyons qu'elle était passée à la France avant Condom. La montre en armes le jour de Si- Pierre s'explique assez par la piété du moyen Age qui déployait toutes ses pompes pour fêter le patron, ou, si on veut la rattacher à la délivrance de la ville, elle aura été renvoyée à ce jour comme à lâfète la plus voisine ou la plus particulière à la Communauté. Nous avons eiposé nos doutes- que d'autres jugent, et affirment.
arem obliges de se réfugier h Mczin où leur dominnlioïi éuJt aimée el où ils furent reçus. Condom célébra depuis celle victoire par une fête publique que notre époque^ amie des vieux souvenirs, vient de ressusciter Après une longue dessuétudei Pierre de Galard ^ qui occupait âjors le siège de Condom, survécut peu à cette déUvranee, Il mourut le 2i octobre 1370 et fut enterré dans sa cathédrale,, à la gauche 4u maître-autel. Le pape lui donna de sa pleine autorité Bernard d'Allemand pour successeur, et sacra à Rome de sa propre m0iii le nouveau prélat
Jean d' Aux (1 ) attaché à rAngletcVro et chargé de défendre une partie du Condomojs, cr^iguit que Larrouitiieu et le pays environnant ne suivissent le torrent» Il ^s^embla les diverses Communautifs cotibées k ses !>oins^ et par ses discours cl plus encore par sa vigilance, il les maintint sctus la dépendauve du prince de Gnlles, Le com te d* Armagnac, chargé des |>ouvoirs dclaFraut-e, Cl rarclievéque de Toulouse qui lui avait été associé ^
ppcoururent dans les villes qui avaient fait leur soumission, et après avoir reçu leur serment de fidélité, ils réctiïîi pensèrent leur patriotisme par foctroi de nombreux privilèges que le duc d'Anjou s'empressa* de confirmer.
wL IjCS courses comnienccrent enfin dès les premiers |Ours de Farinée 1369. Le prince de Galles, pour résister à des ennemis qui se déclaraient de toutes paris,
ftrait divisé ses forces en trois corps (2)* L'un, sous les ordres deChandos, défendait Montauban et ses environs. Le second, commandé par Hue de Giu reliée, s etjiîl porté contre TArmagnac et le fwiys d*Albret Le iroisit^me. plus considérable ipieles autres, olH^issait an
f (t) Iiin*nlalre du cbâtwu Je l*m». — : 2) Froîfwri^ ehflp. 2.'iO,
4i6 HISTOIRE
comte de Cambridge et combattait dans le Périgord. La fortune se montra d^abord favorable aux seigneurs Gascons qui remportèrent quelques avantages sur les Anglais surtout dans le Rouergue. Mais la guerre, et surtout la guerre de partisans, la seule à peu près que connut le moyen âge, a ses chances et ses revers. Chandos sétàh renfermé à Montauban : le captai de Buch, le Soudic de Lestrade , les deux frères Pommiers commandaient sous lui quelques corps détachés. Ils avaient de fréquentes rencontres avec les gens du comte d^Armagnac et des autres prtisans de la France. Si gagnaient une fois tes uns {i) et puis ks autres; ainsi que tettes ai^entures viennent en fait d'armes. Hue de Giurellée fut plus heureux que Chandos. Sa division était composée 4e routiers que conduisaient des noms connus : Robert Briquet, Gaillard de Lamothe, Nodon de Bragerac, les bàtâl'ds de Camus et de Lesparre. Elle signala sa présence par les atrocités qui marquaient partout les pas des compagnies. Froissart nous dit dans son langage énergique, que Hue et les siens faisaient grande guerre (2), et que bientôt ils eurent ors (brûlé) et détruit la terre du comte d^ Armagnac et du sire . d'Albret.
Le duc d'Anjou ne prit aucune part directe à ces diverses actions. Les ordres formels du roi son frère hii interdisaient absolument de paraître parmi les combattants. Il employa ce repos forcé à continuer ses négociations souvent plus fructueuses que les combats. Pour s'attacher toujours davantage la maison d'Armagnac , il conclut un traité spécial avec Jean et son fils, et dont Charles V ratifia successivement les clauses le
(1) Froissart, cbap. 250. —(2) Idem, chap. 253.
nE LA GASCOGNE. 417
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c de les protéger dans le cas où ils ile nouveau par lès Anglais. Enfin il i^fus traiter sans eux avec Edouard et de lure de paix sans qu'ils y soient compris, ut que le roi confirmait ainsi les assurances os au comte d'Armagnac, le duc d'Anjou (mai o9) admettait Bertrand (2) comte de TlsleJourdain au nombre des capitaines généraux destinés à commander dans cette guerre; et Charles, pour récompenser ses services et surtout ceux de son père et de son aïeul, lui restitua les terres de Pibrac, de Lévignac et de St- Etienne (jue Tiburge de Tlsle comtesse d'Astarac avait jadis substituées à Bertrand I"*' et qui étaient passées à la couronne. Bertrand II venait d'épouser Elléonore fille de Pierre-Raymond comte de G)mminges; mais à peine eut-il paru sur le théâtre de la guerre où il déployait le courage de son aïeul , qu'il fut enlevé par une maladie rapide. A ses derniers moments (juin 1369) il fit un tesument par lequel il instituait (3) pour héritier Tenfant posthume qui naîtrait de sa femme, s'il en survenait, et à son défaut, Jean Jourdain son grand oncle
(1) Dom Yaiiselte, page 341. —(2) Idem, page 340. — (3) Idem et Grands Officiers , tom. 2, page 709.
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comte de Cambridge et combattait dans le Përigord. La fortune se montra d'abord favorable aux seigneurs Gascons qui remportèrent quelques avantages sur les Anglais surtout dans le Rouergue. Mais la guerre, et surtout la guerre de partisans, la seule à peu près qiie connût le moyen âge, a ses chances et ses revers. Chandos s'était renfermé à Montauban : le captai de Buch, le Soudic de Lestrade , les deux frères Pommiers commandaient sous lui quelques corps détachés. Ils avaient de fréquentes rencontres avec les gens du comte d'Armagnac et des autres partisans de la France. St gagnaient une /bis les uns (i) et pids les autres; ainsi que telles ai^entures viennent en fait d'armes. Hue de Giurellée fut plus heureux que Chandos. Sa division était composée 4e routiers que conduisaient des noms connus : Robert Briquet, Gaillard de Lamothe, Nodon de Bragerac, les bàtâl'ds de Camus et de Lesparre. Elle signala sa présence par tes atrocités qui marquaient partout les pas des compagnies. Froissart nous dit dans son langage énergique, que Hue et les siens faisaient grande guerre (2), et que bientôt ils eurent ar.ç (brûlé) et détruit la terre du conite d'Armagnac et du sire . crAlbret.
Le duc d'Anjou ne prit aucune part directe à ces diverses actions. Les ordres formels du roi son frère lui interdisaient absolument de paraître parmi les combattants. 11 employa ce repos forcé à continuer ses négociations souvent plus fructueuses que les combats. Pour s'attacher toujours davantage la maison d'Armagnac , il conclut un traité spécial avec Jean et son fils, et dont Charles V ratifia successivement les clauses le
1) Froissart, chap. 230. —(2) Idem, chap. 253.
21 et le 25 mai. Dans ces actes qui nous ont été conservés (1), Charles déclare que, depuis Tâppel interjeté par les seigneurs Gascons , le monarque anglais et le prince de Galles avaient chevauché en armes sur les terres de France et sur les domaines du comte, robant et pillant le pays^ rançonnant^ mettant sièges et tuant gens : que pour ces motifs il enjoint au comte et à son fils de faire la guerre au prince de Galles et leur promet de les secourir et de les protéger dans le cas où ils seraient attaqués de nouveau par lès Anglais. Enfin il s^engage à ne pas traiter sans eux avec Edouard et de ne pas conclture de paix sans qu^'ls y soient compris.
Pendant que le roi confirmait ainsi les assurances données au comte d^Ârmagnac, le duc d^ Anjou (mai 1369) admettait Bertrand (2) comte de TlsleJourdain au nombre des capitaines généraux destinés^ commander dans cette guerre; et Charles, pour récompenser ses services et surtout ceux de son père et de son aïeul, lui restitua les terres de Pibrac, de Lévignac et de St- Etienne que Tiburge de Tlsle comtesse d^Astarac avait jadis substituées à Bertrand P" et qui étaient passées à la couronne. Bertrand II venait d^épouser Elléonorc fille de Pierre-Raymond comte de Conuninges; mais à peine eut-il paru sur le théâtre de la guerre où il déployait le courage de son aïeul , qu il fut enlevé par une maladie rapide. A ses derniers moments (juin 1369) il fit un testament par lequel il instituait (3) pour héritier Penfant posthume qui naîtrait de sa femme, s'il en survenait, et à son défaut, Jean Jourdain son grand oncle
(1) Dom Vaitsette, page 341. ~(3) Idem, page 340. — (3) Idem et Grands Officiers , tom. 2, page 709.
et son tuteur. Ëléonore n'était point enceinte. Jourdain se mit en possession du comté et des aulres biens de son neveu , mais il trouva de vives et longues oppositions. Plusieurs concurrents se présentèrent pour rédamer à divers litres une portion deThéritage. On n'en a})pelait plus aux armes. Les légistes avaient succédé aux chevaliers, et ce changement n'avait pas peu contribué à affermir la prééminence de la couronne et à abattre la puissance seigneuriale ou du moins à consacrer le vasselage plus nominal que réel des grandes maisons qui se parUigeaient la Gascogne. Durant le procès, deux conseillers furent nommés pour informer surleslicux et faire desenquétes. Jourdain, s accommodant peu de leurs manières^ les fit arrêter et jeter en prison ; mais se ravisant bientôt et craignant les suites de son emportement, il s'adressa au roi qui lui pardonna, pour ne pas punir* un seigneur qui s'était levé des premiers contre le fouage imposé parle prince de Galles et en appeler à la cour de France. La justice reprît son cours; mais $es lenteurs et les soucis qu'elle lui avaient causés dégoûtèrent tellement Jourdain, qu'il céda son comté au vicomte de Turenne. Néanmoins pour des motifs que nous ignorons et qui tenaient sans doute a des substitutions, la cession n'eut point lieu, et Jean Jourdain fut condamné à lutter quelques années contre ses compétiteurs.
Le duc d'Anjou continuait à distribuer des troupes dans divers endroits. Il plaça James Isalguier chevalier bachelier à Gimont (i) avec quatre-vingt-dix-huit écuyers de sa suite; mais l'élan était donné. La soumission volontaire des places se multipliait. Milhau,
( 1 ; Dom Vaisselle pape 3i I .
capitale du Rouergue, ouvrit ses portes aux Français dans le mois de mars i 370. Sauveterre imita cet exemple à la persuasion du comte d'Armagnac qui dut sans dbcite acheter quelques bourgeois, car sous prétexte de le récompeuser , le duc d'Anjou lui Ct compter cinq cents francs d'or. Ce prince quitta le Languedoc peu après et alla à Paris se concerter avec le roi Charles V sur les plans d'une nouvelle campagne. Ils convinrent de mettre deux armées sur pied pour combattre en Guyenne. L*une devait agir sous ses ordres et attaquer les Anglais par TAgenais et le Périgord ; l'autre commandée par le duc de Berry devait s'avancer à travers TAuvergne, le Limouzin et le Quercy. Lies deux frères devaient ensuite se réunir sous les murs d'Angouléme, résidence ordinaire du prince de Galles.
Le duc d'Anjou rentra le H juillet à Toulouse où il avait donné rendez-vous à toute la noblesse du pays (*), Il y attendit quelques jours Duguesclin, que Charles V rappelait d'Espagne pour lui confier Tépée de connétable. A peine délivré des fers où le prince de Galles Tavait longtemps retenu, et qu'il n'avait brisés que lorsque le sire d'Albret eut déclaré hardiment qu'on attribuait cette longue captivité à la crainte que lui inspirait le héros breton , Bertrand éuit allé rejoindre au àdk des monts Henri de Transtamare et replacer sur sa tête la couronne de Castille. Ce triomphe avait mis le sceau à sa renommée. Partout , sur son pssage , on s'empressait autour de lui. Le comte de Foix dont il traversait les états , s'avança à sa rencontre à la tête de
(*) Bernard et Bertrand de Mauléon, écoyers bannereU suîy» de trente-huit autres écuyers 6rent leur montre à Montrejeau, pays de Ririrre, le 7 êodx. Dmn VaisseUe, page 341 .
ses principaux barons et le combla d^honneui:s. Il se plaignit toutefois à lui d^Olivier Duguesclin, frère'puiné de Bertrand, qui s'était attaché au comte d^ArmagnaCi et faisait des courses sur les domaines de Gaston. Bertrimd nVut pas de peine à j ustifier son frère^ il fit plus : ayant été accepté pour médiateur , il amena sans peine un rapprochement entre les deux maisons. Leduc d^ Anjou Faccueillit avec le plus vif empressement et ^ui remit le commandement de Tarmée. On y comptait les oom- • tes d'Armagnac, de Périgord, de G>mininges, de Tlsle, de Pardiac , le sire d^Albret , les vicomtes de Caimain, de Bruniquel , de Narbonne et de Labarthe. La force de cette armée et surtout Thabileté et le courage de son général hautement reconnus la rendaient formidable. Tout le pays trembla à son approche-, nulle ville , nul château n'osa tenter une sérieuse résistance. Moissac, que Duguesclin alla attaquer la première, s^empressa de se rendre.
Le prince , pour reconnaître cet empressement et provoquer de nouvelles soumissions, confirma les privilèges de la ville et en jura l'observation. Il la fit jurer après lui (1 ) par les comtes d'Armagnac , de Pàrdiac et de risleJourdain, et par quelques autres seigneurs de sa suite. Les habitants du Bigorre n^attendirent pas qu'il s'avançât vers eux. Au moment où Forage se formait, le vieil Edouard avait donné ce comté an captai de Buch, (2) soit qu'il voulut récompenser ses services , soit qu'il crut ne pouvoir pas garder un pays placé à l'extrémité des possessions anglaises. Les états du Bigorre avaient subi tour -à -tour le joug de la
(1) Dom Vaissette, page 345. Froissart, chap. 2S2. — (2) Rymet) tom. 3 , pan $ecunda , page 189.
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Varit'f* et de TÂnglelerr^ , mab il$ se crureat humiliés passant sous les lois de b maison de Crailly, et ne roQ lurent point reton naître le captai pour leur maître, arbes, secrètement gagnée par sou ëvècjue, ouvrit ses rtcs aux barons d'Antin et de Barbazan^ et se déclara ur la France- La pluprt des autres villes suivirent t exemple. 11 ne resta guère aux Anglais que quelles cbîUeaux fortifiés. Le duc d'Anjou était encore k loissac lorsqu^on lui apporta les defs dé Tarbes et la umtjïsion des citoyens. Il traita la ville comme il avait iîé Moîssac et confirma ses privilèges. Il paya peu de lurs après la rançon de Pierre Raymond de Rabiksiens, née bal de Toulouse, que les Anglais avaient fait pritntiier avec Jean Joui^dain II, fils du comte de Tlsle. De Moissac ^ Tarmée marcba sur Agfïu (1) qui n es* y a pas de se défendre. Duguescliu se dirigea alors vers Touneins en cètoyaut la Garonne , sVmpara en [lasî^nt du Port Ste-Marie, et fut reçu à Tonneins. Il piinit enfin devant Aiguillon. Us étaient alors bien loin ces jours où une poignée d'Anglais arrêtèrent plus de iliil mois an pied de ses remparts Théritier de la cou- Idmie de France et larmée innombrable quil traînait a sa suite. Les rôles avaient cbangé. La &ayeur avait passe chez les ennemis. Ni la force de la garnison, ni la lidite de ses remparts, ni Tavantage admirable de sou jette , rien ne put rassurer le gouverneur. Il se rendit aprt*s quelques jours de siège.
Pendant que le duc d'Anjou ou plutôt Duguescliu , mjircbant de conquête en conquête , arrivait ^linsi aux portes de Bergerac , le duc de Berry , suivi de trois prince» du sang , de Jean, fils du comte d* Armagnac et
(t) F riissart d dora V«î^etli!.
d^une foule de seigaeurs (1), savauçait eu armes dans le Limousin et assiégeait la ville de Limoges dont il ne tarda pas à se rendra maître. Le duc d'Aujou fut moins heureux à Bergerac. Le duc de Lancastre faisait des levées considérables à Bordeaux. Le comte de Pimbrok venait de débarquer d'Angleterre avec un nombre considérable d'archers : enfin le prince de Galles rassemblait tous les hommes d'armes dévoués à sa cause dans la haute Aquitaine. Le comte d'Armagnac, le sire d'Albret et les autres seigneurs Gascons craignaient pour leurs domaines et voulurent aller les défendre en personne; ils ramenèrent avec eux tout ce qui suivait leurs bannières. Il fallut donc terminer la campagne , sans avoir emporté la place et quoique la saison fût encore peu avancée. Toutefois, dans cette courte expédition, les Français avaient pris environ quarante villes plus ou moins fortes et poussé des reconnaissances jusqu'aux faubourgs de Bordeaux , la capitale des possessions anglaises sur le continent.
Le duc de Berry était à la tête de forces supérieures; néanmoins il n'osa pas attendre le prince de Galles, tant l'auréole de gloire dont les journées de Poitiers et de Crécy îivaient entouré son front , jetait encore d'éclat. A la nouvelle de son approche , il prit incontinent ses quartiers d'hiver, abandonnant sa nouvelle conquête à la vengeance d'un ennemi justement irrité. Cette vengeance fut terrible (2). On frémit au récit de toutes les horreurs qui accompagnèrent et qui suivirent la reprise de cette ville infortunée. Les revers et plus ee- (îore la maladie cruelle qui rongeait le prince Anglais et devait l'emporter dans la force de Tâgc. avaient aigri ce
(1) Froissart, chap. 283. —(2) Idem, chap. 89.
caractère si noUc cl si grand , ou plutôt n'accusons ici que les mœurs de Tépoque. Ces héros de la féodalité, si Beaux, si élevés surnotre scène et peut-être aussi dans notre imagination, connurent peu Thumanité, au moins pour le peuple. Phœbus et le captai traitèrent Meaux comme le jeune Eklouard traita Limoges. Les chevaliers étaient magnanimes à regard des autres chevaliers. Ils s'épargnaient entr'eux, mais le populaire trouvait rarement grâce à leurs yeux et pyait pont* ses maîtres. Le sang du vilain n'était point apprécié.
Après cet exploit qui devait terminer sa carrière mi1ita.ire et ternir sa gloire, le prince de Galles licemna SCS troupes. Quelques coureurs sillonnèrent seuls la province. Le duc d'Anjou , pour mettre ses nouvelles conquêtes à Tabri de leurs attaques , nomma Pierre Raymond de Rabastens (1) , sénéchal de Toulouse . gouverneur d'Agen, et confia la garde du Higorre au comte de Comniinges. Menant de Rarbaz<ni fut établi maréchal du Languedoc et capitaine du Poitou , de la Saintonge et de TAngounidis avec trois cents francs d'or par mois. Le comte d'Armagnac, toujours infatigable malgré son âge, prit l'offensive dans le Martin, y enleva aux Anglais un château assez fort dont la défense lai fut laissée et reçut une gratification. A part cette conquête, l'année entière se passii en préparatifs. Ia:^ deux partis également épuisés d'hommes et d'argent . avaient besoin de retremper leurs forces.
Au moment oii ils posaient les armes, l'église d'Aurli perdit son premier pasteur (*). Témoin des ravages que la licence multipliait autour de lui, il voulut, avanl sa
(1) Voir, pour tous ces détails, dom VaisMtte, pa^rt* 346. (^/Ariuiud d'Aubert portail ; de gueules au lion d'or Tascé et bandé d*azur au chef cousu de gueules chargé de trois coquilles d'argent.
mort mettre la ville de Bassoues a Tabri d'un coup de main. Il y bâtit (1) un château fortifia qu'il flanqua d'une tour octogone, la plus belle vraisemblablement qu'ait jamais possédée notre département. Le château après avoir subi à diverses époques plusieurs dégradations, a été vendu et partagé ; la tour seule s'élève encore dans toute sa majestueuse hauteur, et montre avec orgueil les gracieux créneaux dont elle est courcmnée. Arnaud Âubert.jeta aussi les fondements d'une nouvelle église de Ste-Marie. Ce travail nai^^t à peine , lorsque la mort le frappa, leH juin |37 1 , à Bolbonne, village du diocèse d'Avignon. Son corps fut inhumé dans la chartreuse de Villeneuve. Urbain VI le décora (*) de la pourpre en 1 363. Néanmoins Arnaud, en recevant cette faveur, ne renonça poiçt à son siège, comme le faisaient alors presque tous les cardinaux. Grégoire XI qui venait de succéder à Urbain VI, lui donna pour successeur son propre frère / Jean du Roger (2), né au château de Malemort, dans le Limousin. Jean était frère du conue de Beaufort et neveu de Clément VI. Oihénart veut que Grégoire XI l'ait ausn décoré dé la pourpre, mais cette assertion est fausse. Ou moins n'en est-il pas fait mention dans les fastes du Vatican. Du reste, il devait s'asseoir à peiiïe sur le si^e d'Auch, car en 1374 il fut transféré à Narbonne (**). Les combats allaient renaître avec l'année 1372. Le duc d'Anjou, après avoir obtenu des états du Langue-
(1) nom Brugelles, M. d'Aignan.
(*) Quelques écrivains croient qu'il ne fut jamais cardinal, et que la pourpre Tut donnée à un de ses parents nommé Etienne.
(2) Galiia Christiana cl les précédents.
(**) Jean Du Roger portait pour armes, d'argent à la bande d'aïur accompagnée de six roses de gueules.
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doc un nouveau subside , convoqua toute la noblesse pour le 8 février. Au moment où il allait ouvrir la campagne , il reçut un message du roi son frère. Le comte de Foix n'avait pris aucune part ostensible à la grande lutte qui armait toute la Gaso^ne, et quoique ses sympathies fussent toutes pour F Angleterre , il sut néanmoins se ménager assez pour forcer les Français à respecter ses domaines. Il semblait attendre que la fortun'e eût prononcé pour se déclarer. Cette conduite, dictée par la prudence était sans aucun doute la plus habile > mais les seigneurs du moyen âge la connaissaient peu. D^ailleurs, quand au milieu des partis on a embrassé la neutralité, il faut être assez fort pour la faire respecter, et cette force leur manquait presque toujours. En s^isolant, ils se seraient attiré sur les bras les deux ennemis. Mais Phœbus, maître de vastes possessions, entouré d^une nombreuse chevalerie, illustré par plusieurs combats honorables , ne pouvait , dans Tépuisement où se trouvaient également la France et TAngleterre, que faire désirer son alliance des deux côtés. Le duc d'Anjou parut la rechercher ; il fit dans cette vue quelques concessions qui alarmèrent la susceptibilité du comte d'Armagnac. Celui-ci s'en plaignit à Charles V.
Le monarque français, écoutant à la fois la justice et la reconnaissance, obtint de son frère (1) qu'il s'engagerait par serment , 1° à favoriser le comte de tout son pouvoir; 2° à lui payer la pension de cinq mille francs d'or qui lui était allouée outre soixante mille francs d'or qui lui étaient encore dûs ; S"" à mettre dans les comt& de Bigorre, de Gaure, et dans les villes de Condom, de Montréal, de Mézin, d'Agen, de Moissac, de Puymirol,
(I ) Dom VaiMcUe, page 330, et PreuTe* 31«.
de Lozerqûc, de Monieclî, de Villencuvc-d'Ageii„/e/5 gens d'atmes et capitaines comme Iç comte vaudrait , et à ne les changer qu'avec son conscntemenl; 4** à ne pas se déclarer pour le comte de. Foix contre le comte d'Armagnac, et a n^'accorder au premier aucune faveur qui pût nuire au second. Enfin le duc d'Anjou devait s'engager à prendre parti contre le comte de Foix , si celui-ci ne voulait pas s'en rapporter à ce que le roi statuerait touchant la guerre qui s'était renouvelée entre les deux rivaux. Le roi fit expédier le 24 février des lettres qui contenaient toutes ces promesses. Quatre jours après, le comte d'Armagnac déclara que pour être mieux en état de servir le roi dans ses guerres, il s'en référait volontiers à ses décisions au sujet des hoslihtés que le comte de Foix avait exercées contre lui depuis le dernier traité. En même temps il fit hommage à Charles V de toutes les terres qu'il possédait dans lo duché de Guyenne et lui céda tous les droits qu'il pouvait prétendre sur le Bigorre moyennant les quatre grandes chàtellenies du Rouergue, savoir : Su-Geniezde-Rive d'Ost, Larroque-Balzergues, LagujoUe et Cassaignes. Des qu il en fut maître, il les incorpora à son comté de Rhodez dont elles n'ont jamais été démembrées depuis.
Gaston soupçonna la partialité du roi de Frafnce et récusa son jugement. Dès lors , la guerre se poursuivit avec une nouvelle fureur. Le Juc d'Anjou, jaloux de ses promesses , s'engagea à soutenir le comte d'Armagnac par un traité dont ils convinrent à Narbonne le 8 avril de celte année. Nous ignorons les détails de cette guerre. Nous savons seulement que le 7 janvier précédent , le comte d'Armagnac avait renouvelé dans
le chàtean de Lavardens (1) son alliance offensive el défensive avec Arnaud Amapieu , sire d'Albret. Nous connaissons (2) aussi les princfpaux seigneurs qui marchèrent avec lui contre le comte de Foix (*) : ce furent Jean d'Armagnac son fils, le comte de Pardiac, Bernard d'Albret. Jean de Labarthe, seigneur d'Aure , Odon de Lomagne, seigneur de Fimarcon, ses neveux , Orlac de Caumont , Raymond d'Albret , Guillaume Arnaud , bâtard d'Armagnac, Arnaud Guillaume de Monlezun, Raimfroid et Amanieu de Montpezat , Menaud de Barbazan , Genses de Montesquiou , Vital Ducos , Arnaud du Brouil et une foule dTautres (**). Malgré Ten- Demi qu'il avait sur les bras, le comte d'Armagnac alla joindre le duc d'Anjou qui assiégeait le château de Penne en Agenais. Jean son filscombattait dans le Rouergue. Il racheta de Perducas d'Albret et de Bernard deLassalle, la ville de Figeac que ces deux chefs de compagnies avaient surprise, et obtint d'eux pour cent vingt mille francs , qu ils feraient rentrer sous l'obéissance du roi de France toutes les places occupées par les Anglais entre la rivière du Lot et la Dordogne.
Dii reste, cette fois encore , la guerre entre les maisons de Foix et d'Armagnac ne dura pas longtem(>s.
(1 ) Dom Vaissette , page 350. — (2} Noies du Séminaire tirées des reinstres de M ontauban.
(*} VoirDOtc13àlaGn du volume.
{**) Dans un manuscrit copié sur les anciens registres de Montauban nous trouvons mentionnées comme ayant combattu pour le comte d'Armaiarnac les familles suivantes outre celles que nous avoift désignées: Beméde, Gelas, Mercier, Tcrride, Landorre, Labarthe, Sali«. Merens, Dessens, Leaumont, Bezolles , Galard, Orbessan, Auf^ier. Montesquiou, Montant, Marabat, Podenas, Caussade, Basordan, Faudouas , Montlezun , Jussaa , De Lau , Caslelnau d'Arbieu , Despiens . Montant d'Arbieu, Seailles, Lalanne, d'Aumensan, Lagraulct, Pardiac. Faussât, Magnaul, Lafitte, Beaufort, Bascolos.
Grégoire XI, pieux et vénérable pontife, avait succédé (30 décembre 1370) à Ui:baiu Y. Un de ses premiers soins fut d'imiter ses prédécesseurs et de tenter (1} comme eux de mettre fin à une lutte qui affligeait Téglise presque autant qu'elle d^lait nos contrées. Dans cette vue, il députa vers les deux rivaux Tévéque d'Autun , Gaufrid , personnage doux et insinuant L'habile négociateur sut gagner ces esprits intraitaUes et les amener à choisir pour arbitre de leurs mutuelles prétentioil^ le père conunun des fidèles. Le succès détermina le pape à envoyer sur les lieux un nouveau nonce. Jean, évéque de Sanlat, qu'il revêtit de ce titrer devait entendre les plaintes , prendre des infoxmatîoiis et mettre ainsi l'auguste arbitre à portée de rendre un jugement équitable. En attendant ce jugement û devait solliciter une trêve qui fut accordée par les deux livanix. Le compromis du 'comte de Foix est du 18 avril 1373. Celui du comte d'Armagnac, daté de Beaumont de Lomagne, ne fut signé que dix jours plus tard (28).
Jean (2) était sans doute alors atteint de la maladie qui le conduisit au tombeau , car il mourut dans cette ville le plus tard à la fin de juin. Il avait fait dès le 1 3 juin 1333 un premier testament qu'il renouvela en présence de Genses de Montesquieu et de Bertrand de Morlhon,le 25 décembre 1344, suivant les Grands Officiers de la couronne, ou plutôt le 18 février 1346 suivant l'Inventaire de Pau et la Collection Dôat (3). Mais, enfin, le 25 avril 1373, senunt approcher le terme de ses jours, il dicta encore ses dernières volonté. De ces testaments , deux se sont égarés depuis 1 789.
(1) Dom Vaissetlc, page 352. — (2) Voir TArt de vérifier Ici Dates, Grand? Officiers, tom. 2, et M. d^Aignan.— (3) tom. 23.