CHAPITRE JII
Ci«m k Cucipc. — leUm d*B(l«iri l*-'^ roi d*Aigleterre m prdils et lu seipmi k 11 pnTiiee. — Pri» de Biyone et de St-Serer pir les Aigtliit. — lei Pmfiîi repreiMrtIi plipirt dei plim. — FoiéitiM k Miraie. — Disfriee k ùnàui k lifeiae su ruditev. — Fnditmi de Flaiiaieé. — Piréi|e de Si- ■orreT- de Si-SeTer jde Rnssu. — Fesditiei de Tenrniy -:- de Trie— de Bireeienie— de Cizèm — de Meitréil— de CiiaiboD.
Philippe-le-Bel, en suspendant la q.uereUe entre les comtes de Foix et d^ Armagnac espérait attacher les deux rivaux à son parti. La guerre venait de s'allumer avec TAngleterre. Le sujet en est raconté avec tant de partialité par les historiens des deux nations , qu^il serait difficile d'en assigner la cause véritable : ou plutôt elle est toute entière dans cette soif du vol et du pillage qui semblait alors dévorer tous les cœurs. Le silence des lois presque toujours réduites à se taire devant la force encourageait la licence. Aussi la faiblesse ne trouvaitsûreté nulle part La mer n'était pas moins infestée que la terre. Les matelots et les commerçants poursuivaient avec autant d'ardeur que le baron ou lliomme d'armes la proie que pouvait conquérir la violence. L'église seule au milieu de ces scènes déplorables, prenant en main les intérêts de la justice, élevait une voix souvent méconnue, mais quelquefois écoutée; à elle, k son influence salutaire , à la crainte de ses foudres était du le peu de sûreté et de bonne foi que présentaient les relations sociales de Tépoque. Maintenant nous expliquerons sans pAne la guerre qui s ouvre.
Bayonne et les côtes de Gascogne rivalisaient d'activité et dMndustrie avec Honfleur, Calais et les villes maritimes de la Normandie. Cette rivalité amena des déprédations suivies de représailles. Bientôt les pertes mutuelles furent si grandes que Philippe se prétendant le plus lésé crut devoir en dema^nder réparation à Edouard. Celui-ci, occupé alors à soumettre TÉcosse, offrit quelques satisfactions, mais le monarque français loin de s^en contenter fit citer son vassal à comparaître au parlement peu de jours après Noël (1292). En même temps il se disposa k se faire rendre justice les armes à la main et publia un ban général pouf avertir la noblesse du royaume de se tenir prête à marcher à son service. Pour rendre la lutte plus solennelle, il fit défendre toute joute ou tournois sous peine de confiscation de Ëiens. Edouard refusa d'obéir à la citation, toutefois il députa en France Edmond comte de Lancastre son frère marié à la reine douairière de Navarre, mère de la princesse Jeanne épouse de Philippe. Un traité secret parait avoir été signé; mais au milieu de la négociation Philippe avait fait partir le connétable de Nesle avec ordre de se saisir de l'Aquitaine et de toutes les possessions anglaises en deçà de la mer. Le connétable arriva à Toulousé(i) dans les premiers jours de janvier 1294 et y assembla une armée nombreuse. Pour subvenir aux frais de cet armement, il imposa un subside de dix sols Tournois par feu. Plusieurs seigneurs de nos contrées et enlr autres les comtes de Foix et d'Armagnac réclamèrent une exception. A 'travers l'obscurité du document qui nous sert de çuide , on dirait que leurs réclamations furent écoutées. Dès (|ue l'orage avait com-
(1) Dom VnisscUe, tom. f. •
mencé de se former, léroi d'Angleterre avait fait* passer en Aquitaine un des plus vaillants chevaliers de sa cour, John de St-John (1 ) avec le titre de sénéchal de la province. Avant d^employer la force Te connétable de Nesle envoya au nouveau gouverneur une députation composée de quelques chevaliers ayant à leur tête les abbés de Grand-Selve et de Belleperche pour le sommer de remettre le pays entre ses mains , et sur son refVis il fit avancer ses troupes. Cependant un ordre arrivait de France émané du prince Edmond (2 février 1334), cominandant à John de St-John, à tous les gouverneurs des places, aux maires et aux baillis des villes de ne pas opposer de résistance et de tout livrer aux Français dès qu'ils se présenteraient Grâce à cet ordre la saisie fut facile. Edmond et le roi d'Angleterre espéraient qu'elle serait promptement levée comme portait une des clauses du traité; mais nul prince ne fut moins scrupuleux que Philîppe-le-Bel. Loin de restituer ce qn^on lui avait abandonné, il se rendit au parlement, fit condamner Edouard comme contumace et le fit citer à comparaître de nouveau en personne pour répondre tantsur le passé que sur quelques méfaits nouveaux (2), comme d'avoir maltraité le châtelain de Castel-Sarrazin et d'avoir pris , pillé et détruit le château de Buzet , placé sous la sauve-garde de la couronne de France.
Outré d'une pareille conduite, le roi d'Angleterre résolut de tout employer pour recouvrer les places que sa crédulité avait livrées â son ennemi. Pour exciter l'esprit national contre la France, il demanda des prières publiques à son église et lui recommanda la
(1) Rjmer, toro. 1"^, part tertia. — (2) Rymer, tom, Ur^ par, tmà^fMg. 129.
justice de sa cause. Deux jours plus tard, jl fit un appd à tous les barons pour qu'ils eussent à se tenir prêts à passer avec lui la mer. En même temps il écrivit aux prélats et aux seigneurs de Gascogne pour s'excuser d'avoir traité sans eux avec un ennemi dont il ne soupçonnait pas la perfidie, et leur avoua tristement que s'ils avaient été trompés , il Pavait été lui-même plus que personne, comme pourraient le leur raconter de sa par( Hugues de Yère et Raymond de Ferières chargés de négocier le traité à la cour de France. Cette lettre collective fut suivie de près d'une foule de lettres spéciales dont deux nous ont été conservées. La première adressée à l'archevêque d'Auch est ainsi conçue (1):
Au vénérable Père en Jésus-Christ Amanieu archevêque d'Auch, salut.
Ayant été, comme vous le savez bien méchamment trompé et chassé de notre terre de Gascogne par le roi de France et par ses gens nos ennemis, nous requérons affectueusement votre ]paternité et nous la conjurons de vouloir venir en aide à nous et aux nôtres pour nous aider à la recouvrer. Nous la conjurons encore de requérir et de presser les gens de cette province de nous prêter assistance dans cette entreprise, et de les sommer de vouloir rentrer et demeurer dans l'ancien état et souveraineté dans lesquels vécurent eux et leurs ancêtres. Nous espérons que vous vous rendrez si bien à nos instances , que nous vous serons spécialement obligé comme vous l'avez toujours mérité et comme vous le mériterez toujours avec la grâce de Dieu.
.'1) Rymcr, tom. i*^. par» lertia. paj;. 133.