‹ Histoire de la Gascogne (volume 2)Chapitre 6 sur 44 · DE LA <>A$CX>GME · texte numérisé non relu

DE LA <>A$CX>GME

ils promirent de s'entr'aider eux ei leurs successeurs et tous leurs amis av^ec armes et sans armes ^ en cour et hors de oour contre Bernard d- Armagnac et ses associés, et de ne jamais conclure avec lui paix ou trêve sans le consentement des uns et des autres. L^acte est daté du 20 janvier 1297. Roger rechercha aussi Palliance du roi de Castille et promit (1 ) ses deux filles G>nstance et Brunissînde aux infants Alphonse et Ferdinand petits-fils du roi. Mais le pape ayant refusé la dispense nécessaire à cause d'une parenté éloignée, 0)nstance Tatnée fut mariée depuis avec Guy de Lévi seigneur de Mîrepoix', et Brunissinde la cadette épousa Elie comte de Périgord veuf de Philippe de Lomagne et père de Marquèse. Pendant quMl donnait ninsi de nouveaux soutiens à sa cause, Roger levait des subsides , armait ses vassaux, fortifiait les places les plus exposées aux incursions de son ennemi. La grandeur, de ses préparatifs ne servit qu'à les rendre inutiles. Informé de ce qui se tramait,. Ouichard lui signifia au nom du roi son maître qu'il eût à exécuter sous peine d'encourir son indignation l'ordonnance qui défendait tout différend armé entre des su j ets de quelque condition qu'ils fussent, durant la guerre de Gascogne, et même un an après» Le comte de Foix refusa de se soumettre à cette défense; ce qui obligea le sénéchal à la lui notifier dans les formes le 2 juin suivant. Roger-Bernard ne se montra pas plus soumis. Il protesta que rien ne l'empêcherait de poursuivre ses ennemis partout où il les rencontrerait, ei finit par en appeler au roi lui-même. Néanmoins, il n'osa pas se commettre (2) avec la France, tourna ses^ âmes contre un seigneur espagnol placé sur le versant

' (1) Dom Vaissette. -* (2) Le même, tom. 4.

occidental des Pyrénées et conquit presque tout son comté. Au milieu de cette lutte la trêve entre les rois de France et d'Angleterre fut changée en paix définitive. Guichard profita des loisirs qu'çlle lui donnait pour laisser un monument durable de sa courte administration.

A l'extrémité du Pardiac, non loin de La Case-Dieu et de Tantique manoir de Monlezun , s'étendait une vaste (1) forêt marécageux, devenue le repaire d'une foule de brigands ou de gens sans aveu si nombreux dans ces temps de licence parmi des cond>ats sans cesse renaissants. Protégés contre la vindicte publique , par la profondeur du bois et par le marécage, ces brigands sortaient de leur repaire pour rançonner le pays ou pour détrousser les voyageurs qui se dirigeaient vers le Moutier ou vers le Gastel. lie comte et l'abbé voulant éloigner des voisins aussi fâcheux , ne trouvèrent pas d'autres moyens que d'abattre la forêt et d'élçver sur son emplacement un bourg ou bastide comme on l'appelait alors. Le premier abandonna la justice qu il possédait toute entière; le second donna le terrain; mais comment élever les murs ? Dans leur impuissance ils s'adressèrent au sénéchal Marciac qui en sa qualité de gouverneur de l'Aquitaine disposait des revenus de la province , et offrirent d'admettre le roi au paréage. Guichard accepta l'offre au nom de son maître. L'acte fut passé à Toulouse le \" août 1298, et signé par le sénéchal, par Arnaud-Guillem seigneur de Pardiac et par le prieur Guillem de Maubourguet , le sous-prieur Raymond de Gistelnau , et par frère Sans de Montesquiou , tant au nom de l'abbé que de la communauté

(1) Dom firugelles. Manuscrit. Paré«ge de Marciac.

«ntière. Le terrain fut choisi par Tabbé en personne, par noble Bernard de Tlsle sénéchal de Pardiac et par Hugues de Marciac frère du sénéchal. Ils le prirent dans les appartenances des granges d^Audenac et de Feuga; et lui donnèrent cinq cents arpents d'étendue. La nouvelle bastide, tirée au cordeau comme tout ce qui date de cette époque, fut entourée d'une très-haute muraille et d'un large fossé flanqué lui-même d'un second mur moins élevé que le premier, et qui a disparu depuis longtemps. Les premières murailles étaient percées dé huit portes surmontées de guérites , et dans leur en^ ceinte s'élevait une maison commune assise au milieu d'une large place. Pour y attirer des habitants, le sénéchal leur octroya des coutumes ou franchises au mois de décembre 1298 (1). Philippe-le-Bel les confirma au mois de juillet 1 300, et afin d'honorer son sénéchal et lai témoigner combien il agréait ses soins, il voulut que le nouveau bourg portât le nom de Marciac. Ces franchises eurent leur effet. Marciac compta bientôt des citoyens nombreux.

Le comte de Pardiac jaloux de cette prospérité se repentit de sa concession et tâcha de ressaisir tous ses droits. La communauté et sçs consuls protestèrent contre une pareille tentative. Bientôt intervint une sentence arbitrale du 1 2 juin 1 307 qui débouta Arnaud- Guillem de ses prétentions. Philippe ratifia l'année suivante la décision des arbitres, et pour punir le comte» il lui enleva la justice, le condamna à se contenter du tiers du domaine utile et démembra Marciac de son comté. Il l'unit à la judicature de Rivière où elle s^est

(1) Manuscrit de Tarbes. Coutumes de Marciac entre les mains de plusieurs particuliers.

toujours maintenue depuis. Quelques différends s'élevèrent aussi entre les habitants de Mardac et Thibaud de Peyrusse seigneur de Tourdun et Géraud d'Esparros seigneur de Juillac. Il y eut des violepces de part et d'autre , mais enfin la paix se fit. Les deux seigneurs accédèrent au paréage et retinrent seulement quelques droits. Cet accord fut passé en présence de Pierre de Faget, d'Arnaud de Las, de Guillaume-Raymond de Gerderest et de Héraut de Ponsan.

Le sénéchal dont la nouvelle ville portait le nom ne )Ouit pas longtemps du plaisir de la voir s'agrandir. Des plaintes (1) s'élevèrent contre son administration. L'archidiacre d'Âuch et le vidame d'Amiens chargés de vérifier les faits le jugèrent coupable. Ils le destituèrent de sa charge et le condamnèrent à verser au trésor de grosses amendes. Biaise de Luppé sénéchal d'Agenais, lui avait déjà succédé. au mois de juin dans la sénéchaussée de Toulouse. Le 4 décembre 1301 Philippe, dans un premier moment d'exaspération , manda au bailli de Mâcon de saisir tous les biens de Guichard et de ses deux frères dont il avait fait ses lieutenants dans ces contrées. Cependant l'infortuné protestait de son innocence. Il en appela au roi de la procédure. Sa voix fut longtemps méconnue; mais au mois d'avril 1312 Philippe, étant passé par Lyon, cassa la sentence tant i la prière du pape qui s'intéressait à l'accusé, qu^à cause des services que le chevalier lui avait rendus. Il le rétabUtdans son honneur et lui rendit ses biens, mais non pas sa dignité de sénéchal.

Le comte de Pardiac se plaignait des violjences et des usurpations que se permettait Bernard comte d'Arma-

(1) Dom Vaîssetie ,toiii. 4.

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gnac Pour opposer à son rival une puissance qu'il n'osât braver, il vendit (1)au roi mille arpents de terre sur les con6ns de leurs possessions : Philippe s'engageait mm seulement a j bâtir une ville dont il céderait le paréage à Amaud-Guillem ^ mais encore à défendre le Pardiac contre toute incursion. Cet acte fut négocié et signé par Eustacbe de Beanmarchès en 'l 290, et ratifié la même année à Paris par Philippe-le-Bel qui voulut que la bastide nouvelle portât le nom du négociateur.

L'abbé de La Case-Dieu qui avait concouru avec Arnaud-Guillem à la fondation de Marciac , se nommait Etienne de Luppé et appartenait à la famiUe de St' Jean-Pou tg& Il acheta, 15 marsi, 1299 {*), de Jean de Rive-Haute chevalier seigneur de Ladevexe, la terre dont il portait le nom, pour le prix de trois mille sols Toulousains et une rente annuelle de dix livres Tournois noirs. Il s'engageait en même temps à ne jamais inféoder la moindre parcelle de cette terre à aucun habitant de Beanmarchès, et se chargeait d'obtenir la ratification de la vente de Roger-Bernard de Foix ou de Guillemette sa belle-soeur, de qui dépendait alors le pays de Rivière. Etienne voulant donner un nouveau protecteur à son monastère, appela à son aide le comte d'Armagnac, Jean fils de Bernard, encore sous la tutelle de Roger son oncle ; mais il mourut peu après et on profita de cette mort pour susciter à Sans de Canet- Montesquiou son successeur quelques difficultés sur les> limites du terrain vendu. Sans en appela h Jean de Rive-Haute qui vint montrer loyalement au bailli de

(1) Bf anascrit de rb^tel-de- fille de Tarbes. Dom Brugelles. (*) Voir, pour tout ce qui regarde Plaisance, les maDuscrits de Tarbes et surtout les toro. 4 et tf.

Rivière et à Tabbé ainsi qu'à Fortaner de Baulat seignenr de Goûts et à Arnaud de Bëon seigneur de Béon-, jurats de la cour de R ivière (*) Vendomenjadure et toute la terre comme il en avait joui et comme en avaient joui avant lui ceux de son lignage. Ce témoignage fut donné en présence des seigneurs qui confrontaient à Rive- Haute , d'Ârnaud-Guillaume du Mont, d'Arnaud de Lartigue, et de Raymond Arnaud d'Astugue Donzels et de quelques habitants des lieux voisins (5 juillet 1302). Guillemette de son coté, à la prière de Tabbé Sans, ratifia la vente en demandant pour toute récompense d'être admise ea participation des bonnes œuvres du monastère (IVfaubourguet \9 juillet 1306). Tous les obstacles étant ainsi levés , le comte d'Armagnac commit Guillaume de Labarthe sénéchal d'Armagnac et Jean d'Armagnac seigneur de Thermes, pour planter le poteau et pour jeter les fondements de la viUe que son heureuse position au miUeu d'une plaine vaste et fertile fit nommer Plaisance. Quand les murs furent construits, il fut passé à Lamothe-Ando près de Fleurance, le 20 février 1322, entre le jeune comte et lé syndic du monastère un paréage plus explicite que le premier (**). Nous le donnetons dans le 6* volume.

(*) La cour de Rivière se composait de Tabbé de Tasque, des prieurs de*Madica.n et de Maubourguet et de trois gentilsbommes élus par les éuts.

(**) La communauté se composait alors de Vital de Lagarde, successeur de Sansde Montesquiou abbé, Arnaud du Bosc prieur, Guillaume Darech sous-prieur, Sans de St^Saturnin ou Semin, pitancier, Guillaume de Maubourguet, Dominique d'Angalin, sacristain^ Guillaume de Doat, Vital de Melhon, vestiaire, Bernard de Tasque, Bernard du Poirier, Guillaume de St-Justin ^ Guillaume de Panassac,

Bernard de St-Estier abbé de Simorre (1) était encore moins paisible dans ses domaines que le comte de Pardiac. Il souteniût depuis longtemps, ainsi que nous TaTons déjà vu , une lutte inégale contre Bernard IV etCentule III comtes d'Astarac, qui non contents d'avoir promené le fer et la flamme sur presque toutes . les possessions du monastère, avaient soulevé contré les moines les habitants de Simorre. Ne pouvant se défendre seul, Tabbé appela le roi en paréage et lui abandonna la moitié de la justice dans Simorre, Ste-Dode et dans trois ou quatre autres paroisses de TAstarac. Bernard tenta de s'y opposer, et comme il se prétendait seul haut justicier dans tout son comté, le roi démembra de TAstarac Simorre et les paroisses ou son autorité avait été établie, et les incorpora au pays de Rivière.

L'élan était donné. Presque* tous les monastères le suivirent. Pierre de Saman abbé de St-Sever de Rustan appela (2) Philippe-le-Bel en paréage dans Séméac et dans le village qui s'élait formé autour du monastère (1297). Le sénéchal de Toulouse agissant au nom de son maître admit à son tour Tabbé en paréage de GieUes. Les habitants de St-Sever s'obligèrent à donner au roi ce qu'on lui donnait dans la plupart des bastides nouvelles , six deniers par feu , et le roi leur promit d'ériger leur village en ville et s'engagea à les

Jean de Yidallan, Raymond de Sarran , proviseur, Arnaud de Mon lemn, Dominique d'Angafs , Guillaume de Ponsan , Guillaume de Casani, Dominique de Lomagne , Bernard de Béon , Jean d'Armagnac, Gufllaamede Fabrique, ou peut-être Labric, Bernard de LaGue, Ci Pierre de Pérès, syndic.

(1) Dom Brugelles. Manuscrit du Séminaire. — (2) Manuscrit de St-Serer de Rustan.

faire jouir des mêmes privilèges qu^il avait accordés à Gimont. Malgré des promesses aussi formelles et surtout malgré son site vraiment enchanteur , St-Sever ne fut jamais qu^un petit bourg à peine égal à Tournay, qui à la même époque fut fondé dans son voisinage.

Boémond d'Astarac (\) à qui appartenait ce lieu appelé alors Ransou, s'adressa au sénéchal de Toulouse, Fagent ordinaire du roi de France, et lui offrit remplacement. Le sénéchal Taccepta aux mêmes conditions qu il avait accepté celui de Gimont (août 1307). Il bâtit la ville, et trois ou quatre mois après (5 décembre) il lui octroya des coutumes particulières.

Trie qui s'éleva (2) alors dans la même contrée devait éclipser 5t-Sever et Tournay. Le roi lui donna le nom d'un de ses capitaines, Jean de Trie, frère de Guillaume de Trie archevêque de Rheims et de Matthieu de Trie maréchal de France. Le prieur de St-Gilles s'associa aussi avec Philippe-le-Bel pour construire aux portes d'Aire la bastide de Cosset (3) qui changea bientôt ce nom contre celui de Barcelonne (^ 3i6). Divers autres paréages (4) avaient établi en 1277 et. 1279 l'autorité royale à Boulogne, à Ste-Foi, à St-Lys. Eldouard le concurrent de Philippe fut appelé par le seigneur de Toujouse à la construction et au paréage de Monguilhem (5) (1319), tandis que l'abbé de La Castelle et Marguerite .vicomtesse de Béarn s'associaient pour fonder Cazères (6). L'abbé donna la plus grande partie d[u terrain. Marguerite qui n'y ajouta qu'une faible

(1) Grands Officiers de la Couronne, tom. 2, page 621.— (3) Manuscrit de M. d'Aignan. — (3) Uanuscrit de la bibliothèque royale* de Paris. — (4; Idem du Séminaire d'Auch. — (tf ) Idem de Monguilhem transmis à rarchevèché d'Auch. — (6) Collection Doat, tom. 16.

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portion de terre -promit de dédommager le monastère, et sons cette promesse il y eut partage de tous les droits et de tous les revenus.

Nous avons devancé un peu Tordre des temps pour mmitrer Fimmense développement que prit la société vers la fin du xtii* siècle. Nous n'avons guère pu suivre ce dévdoppement que dans ce qui forme aujourd'hui le département du Gers. Les documents nous ont manqué pour les trois autres départements. Toutes les villes que nous avons mentionnées naquirent en moins de cinquante ans, de 1280 à 1320 ou 1325. En jetant les yeux sur leur position topographique, on n'est que plus porté à croire qu'une pensée d'envahissement ou, si on l'aime mieux, une pensée politique présida à leur naissance. Quoique la Gascogne fût placée aux extrémités du royaume , par ces fondations l'autorité royale enfermait comme dans un réseau tous ces comtés jadis presque indépendants. Par Gimont et Solomiac Philippe surveillait à la fois le comté de l'Isle, la Lomagne, le Fezensac et le Fezensaguet. Par Fleurance, il s'établissait aux pblrtes de Lectoure, de Mauvezin et d'Auch. Par Pavie et par Mirande, il tenait encore Âuch et le comté d'Astarac. Marciac, Beaumarchès et*Plaisance le rendaient maître du Pardiac et d'une partie de l'Armagnac. Montréal qui fut bâti sous Alphonse de Poitiers et Jeanne sa femme et qui parvint à la couronne avec le comté de Toulouse, et Cazaubon dont nous n'avons pu retrouver la fondation, mais qui appartient aussi a cette époque, lui assuraient le bas Armagnac et le Gavardan. Trie , Tournay et St-Sever de Kustan le plaçaient à côté du Bigorre.

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L'empressement des abbés à s'associer à son action nous fait aussi soupçonner qu'ils n'obéirent pas uniquement à Timpulsion religieuse , mais* qu'avant tout ils cberchèrent dans cette alliance une protection devenue tous les jours plus nécessaire. Le paréage de Simorre l'indique assez ouvertement. Quoiqu'il en soit des motifs qui poussèrent à ces fondations, dès-lors c^en fut à jamais fait du servage. Avec elles la liberté s'inâltraît de toutes parts (*).

(*) Voir Note 3 à la fin du roluine.

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