‹ Histoire de la Gascogne (volume 2)Chapitre 7 sur 44 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Reniri VI , e«te d'Araapie , perd Isibetle d'Albrel u prenière fenie et se mim itee G^e de Rhodez. — fiistoi , Tiemle de Fezenufoet m (rère , épense falpvfi itor de Géeile. ^ TniuetieB eatre l'ireheTèqie Amim , le eonle d'Anagiie et les beirieels d'Aiek. — Goodles d'Aneh et de No|ire. ^ Mort de Rifer Bemrd, eenle de Feii. — Gutoi soi fils lai succède. ^ Cécile , centcsse d^Amapae , hérite du conté de Rhodez. — Philippe-le-Bel reod do irrèt sor les différeiti eitre les miisons de Foii et d*Ami{iuc. — Seigneurs Giseons tjipelés iU |ime de FIndre. — Bertnid de Goth, pape sou le non de Glâoeit V,^ Soi éloctin, — Soi ceuoneBeit. — ûrdiunx Giscois. — La tfeoité de Loiafie pisso à la laisoi do Goth.

Bernard comte d'Armagnac, dont le nom ne se trouve mêlé à aucun par^ge, venait de perdre sa femme Isabelle (*) fille unique de Bernard Elie I" sire d'Albret et de Jeanne de Luzignan-La-Marche. Veuf et sans enfants il rechercha une alliance qui pût ajouter son poids dans la lutte quil soutenait (1). H obtint la main de Cécile fille du comte de Rhodez, et pour que Funiou des maisons de Rhodez et d'Armagnac fût plus étroite,

(*) Isabelle rendit à Gaston et Roger d'Armagnac ses locaux-frères, peur le prii de soixante mille livres, les villes et châteaux de Casteljaloai , Yaires , Estussan , Àndiran et Xaintrailles. Bernard ratifia cette vente le 22 septembre 1294 en présence de l'archevêque d'Auch, d'Anger da Tillet, officiai métropolitain, de Bernard de Condom, sénéchal d'Armagnac et de Vital de Mont Deux jours après Isabelle fit son tesOment, élut sa sépulture dans la métropole d'Auch et légua U terre d'Ailhas à Jeanne de La Marche sa mère. Du reste la vente n'est que simulée. L'année suivante les deux frères cédèrent à Bernard leur nouvelle propriété.

(1) L'Art de vérifier les Dates. Grands Officiers de la Couronne.

il demanda et obtint Valpurge sœur de Cëcile pour Gaston vicomte de Fezensaguet son frère. Henri, comte de Rhodez leur père , un des plus braves et des plus puissants seigneurs du Midi, avait été lui-même marié trois fois. Marquèse de Beaux sa première femme lui laissa une 611e promise d'abord à un prince espagnol et mariée plus tard à Gerfroi de Pons et de Riberac. Anne de Poitiers la troisième fut stérile. Mascarose de Comminges la seconde, plus féconde que les deux autres lui donna trois filles; Béatrix Tainée dut épouser d'abord Robert quatrième fils de St-Louis et chdf de la branche d^ Bourbons; mais ce mariage ayant été rompu, elle fut unie à Bernard de Latour-d'Auvergne, vicomte de Turenne. Après Béatrix vinrent Cécile et Valpurge; celles-ci avaient ainsi deux sœurs aînées. L'acte de leur mariage fut passé à Villefranche (4) diocèse de Toulouse, le 10 mai 1298. Le comte de Rhodez donna à Cécile dix mille livres Tournois et cinq mille seulement k sa sœur avec promesse d'augmenter de trois mille livres la dot de la première et de deux mille celle de la seconde si elles avaient des enfants mâles. Il fournit pour garants de ses engagements Raymond Pelet de Caumont, Gui d'Estain, Pierre de Panât et cinq autres seigneurs ses vassaux. Bernard ne se contenta pas de cette alliance; il en contracta une autre plus intime peut-être avec le jeune Bernard VÎI fils aîné et héritier présomptif du comte de Comminges; et pour gage des sentiments qui les unissaient, il lui donna en mariage sa sœur Capsuelle. Ainsi nos contrées se partageaient entre les deux concurrents; mais les ordres

(1) Grands OfGciers de la Couronne. Hist. des Comtes de Rhodez, par Bosc, tom. 2.

DE LÀ GASGOGITE. 85

Umjocm plus impérieax da roi de France ajournèrent la qoef^Ue.

Peadantcette pain forcée, Bernard, sans cesse dévore par cette fièvre des combats qui agitait toute la noblesse, ne se nût noUement ea peine des avantages que son absence et surtout ses revers, s'il en éprouvait, pouvuent donner à Gaston et résolut d'aller demander à ritalie ce qu'on lui refusait en France; il voulait acoompagner le duc de Valois frère de Philippe-le-Bel queBotiifaeeAvaitnommévicaire-généràl duSaint-Siége et cliArgé de défendre ses ii^téréts d^ms la Péninsule. Avant de passer 1^ monts il fit son testament. Il assignait (1) pour âcfù&tte à sa jeune épouse le chÂteau de Lavardens, Poû^dègur, Hoquelaiire , la bastide de BarrafCi et ce qu'il possédait à Anch^ /actum nostrum autôUanum , ^nsqu'à la conctirr^nce de mille livres de rentes Mais ttt Éttoment où il allait s'éloigner, des irùû-^ U(es s^ûefèreat dans ses domaines H surtout dans la ville d^Aucb. Les habitatrts se plaignaient du comte et de rarchevéque. Des dégâts furent commis sur des propriétés seigneuriales, des bois arrachés, des fermes incendiées : le peuple n'a point d'autre justice. La violence répondit à la violence. Après les coups , de la part des oo-sèigneurs vinrent les amendes et les emprisonne-

ffientAt néanmoins on entra en composition (2), et Odo& de Massas ou Masses chevalier, et Amaud-Cuilliiune Avione bourgeois, furent choisis pour arbitres par magnifique et puissant personnage ntonseigneur Bernard par la grâce de Dieu comte d'/if7nagnac et

(1) GoBaetiorf Doat, tom. 13. — (2) Paréège d'Auch. Hôtel-detiUe d'Ancfa. Chartier du Séminaire. Maniucrit de M. d'Aignan.

de Fezensac^ et par vénérables et discrètes personne» Guillaume Arnaud de Montaut et Bernard de Mauriet ou Manciet, archidiacres de Pardiac et duSompuy, pnor cureurs fondés du révérend père Amanieu, par la miséricorde divine, archevêque d'Âuch, et par Pierre de Baulat chanoine et archidiacre de Savanes an nom da chapitre métropolitain d'une part , et de Tautre par Raymond de Fabrique (defabrica) bourgeois et syndic de la communauté d'Auch au nom et de Tassentiment de la communauté entière. Les arbitres pronon-» cèrent leur sentence le lendemain de TAscension, 1 301 9 et arrêtèrent les dispositions suivantes. Le comte ei Tarchevéque co-seigneurs de la ville et la communauté auront un hôtel-de-ville (*) commun servant aux besoins collectifs ou séparés des deux parties ; ils auront encore une prison commune dont le geôlier révocable tous les ans sera nommé alternativement par les co-seigneurs et les consuls sur une double présentation de la partie adverse; mais les consuls désigneront seuls, le secrétaire de Thôtel-de-ville. On nommera huit consuls qui prêteront serment entre les mains des co-seigneurs et de leurs baillis, et ces huit consuls se donneront des successeurs tous les ans la veille de la St-Jean.

(*) La communauté d'Auch avait déjà un hôtel-de-TÎHe particulier. 11 étaitsitué où s'éleva depuis la halle aux herbes. L'emplacement trait été acheté de Guillaume de Bctesta au prix de mille deui cent cin> quante sols par le consul Arnaud Ducos et ses collègues. Après que le projet de vente eut été publié trois fois à l'église de Ste-Marie, l'acte fut passé le vendredi avant la «fêle de St-Piorre-aui-Liena (fin d*août 1299). L'année suivante, Bcniard comte d'Armagnac ayantété attaqué par le comte de Foix, les habitants d'Auch se portèrent en armes jusqu'aux frontières du comté pour repousser raggre88ion,.et Bernard donna des lettres par lesquelles il reconnaissait qu'ils l'avaient fait de leur propre volonté et sans y être tenus. (Tiré de rh6te1-de-ville d'Auch).

DE LA GASœGNE. 87

Tons les crimes et délits commis danis la cité ou ses appartenances seront punis par les baillis et les consuls réanis, et s^il s^ëlève entr'enx quelcpie dissentiment sur la sentence & porter, ils choisiiont à Tamiable des assesseairs qoi jureront de juger selon Téquitë. Les baillis et les consuls auront chacun de leur côté le droit de £iire arrêter les coupables , mais ils ne pourront les jnger que réunis. Le coupable arrêté qui ne sera pas prévenu d^un crime capital pourra être^ relaxé sur caution. Le pillage des marchands étrangers, le vol des dioses saintes, on seulement commis dans les églises, le meurtre prémédité et la trahison à Tégard des co-seignenis on de la communauté seront punis de mort et de la confiscation de tous les biens. Tout autre meurtre fera puni de mort et de la perte de la sixième partie des biens dévolue aux co-seigneurs. Le meurtre commis dans une légitime défense ne sera passible d'aucune peine; enfin le tiers des amendes appartiendra aux oo-seîgnenrB et les deux autres tiers à la ville. Â la flûte de ces dispositions on renouvela et on sanctionna de nouveau les anciennes coutumes d^ Auch : trop longues pour être insérées ici, car elles ne renferment pas moins de cent deux articles, nous les rejetons aux pièces justificatives : en les parcourant on verra combien étaient laides et sages nos franchises urbaines dans ces temps qui n^apparaissent à l'imagination trompée de tant de nos lecteurs que comme des jours d*étroit esdavage et d^épaisse barbarie. Des améliorations bien grandeset bien nombreuses ont sans doute été conquises depuis. Néanmoins, il est vrai de le dire aussi^ les lois municipales actuelles pourraient envier aux ancienne coutumes plus d'un article.

Pour éteindre toute trace et ressentiment, il fut déclaré que tout procès commencé et toute amende prononcée à Toccasion de ces troubles seraient annulés ; Toubli le plus complet devait couvrir le passé. Âinâ se termina une qu«*elle qui servît à fixer d'une manière stable les drcnts de k Ville d'Auch. L'aeaxrd fui signé par Bernard de Montegut abbé de Faget, par Genses de Montesquiou damoiseau , Bernard de Bàlarin chevalier, Bernard de Pardailïan, Arnaud de Podenas, Hugues d^Arbeissan damoiseau , Pierre d^Arros chevalier , frères Arnaud Duprat et Raymond de Baulens dominicains , Jean Ihibouyg , Bernard de Sariac , Guillaume de Sedittac chevalier, Auger dé Thil officiai métropolitain, Maurin de Biran recteur de Téglise de Barran et Pictavin de Bfcmtesqukm alor» simple clerc, mais qui devak plus tard porter avec honneur la pourpre romaine.

L'année précédente Amanieu avait assemblé à Auch même (4) un Concile provincial où Ton fit treize règlements qui regardaient tous la discipline ecclésiastique et les immunitiés de Féglise. Philippe poursuivait alors sa querelle avec Boniface YIII , hnte déplbrabl^ où d^ esprits prévenus n'ont vu longtemps qu'un duel éphémère entre un pontife allier et un prince ombrageux et jaloux, mais on une triste expérience a mont^ diepuis les commencements d^nne guerre longue et dé»streuse entre l'église et l-état et, dans laquelle Ib royauté triomphante a perdu peut-être encore plus que là papauté vaincue, puisque son triomphe l'a dépouillée de ce qui la rendait populaire et sacrée, et l'a livrée sans contrôle et sans contrepoids aux oscilhitions du

(1) Dom Brugellcs. M. d'Aignan.

despotisme d'un seul ou de romnipotence des masses. Amanieunoa seulement refusa de s'associer à rirritatioa du monarque , mais encore il osa braver ses défenses» en se rendant à la tête de presque tous ses suffragant» au célèbre Qmcilede Rome qui s'ouvrit le 30 octobre *302.

 peine rentré dans l'Aquitaine, le métropotitain convoqua à Nogaro (1 ) une nouvelle assemblée provinciale où Ton fit dix-neuf Canons. Outre les évéques d'Aire, de Ihxj de Lescar , d'Oleron , de Lectoure, de GommiDges et de Bazas qui l'avaient suivi en Italie, on y vit Arnaud évéque éla et confirmé de Couserans et l'évéque de Bayonne éhi d'une voix unanime et ixm encore confirmé, il s'y trouva aussi un grand nombre d'aUpés, de prieurs et de membres du second ordre d» dergë. Le père Cossard, docte Jésuite, soupçonne que ces constituions •&! peut-être été faites à Marciae en 1 31& JDa moins elles y furent en grande partie renouvelées comme nous le verrons. La présence de l'évéque de G>nd0m dont le siège n'était pas encore créé et qtii n'appartint jatiiais » la province ecclésiastique d^Aucb, nous étonne au«i.

L'année suivante sdon les cartulaires d'Auch ou cinq ans plus tard selon le père Labbe, Amanieu réunit uuautve concile (2) à Auch le 27 mai. On n'y fit que six GuMms tous^ purement ecclésiastiques. Cette môme année les habitants de Rbimbez rendirent hommage à Amanieu enle qualifiant de redoutable père en Dieu, siflgiilier titoe pouv un archevêque.

(1) €oll. Gon. tom 11., paré seeunda. Nous donncroas ces divers Cuioiis dans notre 6« volume. — {'2) Le Père Labbe, tom. 11, p. 1500.

Pendant que Tarchevéque convoquait ainsi ses suffragants, le roi de France réunissait (mars i 303) autour de son trône les prélats et les barons du royaume pour les opposer à la fols, et aux foudres de Rome et aux plaintes.de s^ peuples auxquels il allait demander de nouveaux sacrifices. Philippe était le roi fiscal : nul de nos souverains ne pressura comme Itii la France. Ses trésors suffisaient à peine à ses prodigalités, et il avait encore sur les bras sa double guerre contre TÂngleterre et contre la Flandre. La bataille de G)urtrai avait été perdue (juillet < 302).I1 fallait venger Thonneurdes armes françaises. Une nouvelle expédition fut résolue, et pour fournir aux frais de Tarmement, on établit dans tout le royaume un subside qu'on éleva jusqu'au cinquième du revenu et au vingtième de la valeur des meubles. Moyennant ce subside les communes furent dispensées d'envoyer leur contingent de scrgenU à pied. Les nobles eux-mêmes pouvaient à prix d'argent s'exempter du service personnel. L'église fut appelée à fournir sa part. Une dime générale lui fut imposée. Rien n'écbappait à la rapacité du roi de France. L'évéque de Béziers et Sicard de Vaire furent chargés de- lever le nouvel impôt dans les sénéchaussées de Toulouse, de Rouergue, d'Agen et d'Auch (<).

Il ne parut à l'assemblée de Paris ni le comte de Foix, ni le comtç d'Armagnac. Le premier venait de succéder à son père mort à Tarascon le 2 mars 1302. Roger Bernard, outre ce fils , avait laissé les quatre filles dont nous avons parlé , Constance , Mathe , Marguerite et Brunissinde, une des plus belles princesses de son siècle. Gaston, ainsi se nommait le jeune comte

(1) Dom VaisscUe, (om. 4. L'arl de vérifier les Dates.

DE LA «ASCOGNE. 91

de Foix n avait que 13 ans.. KéanmoiDS il éuitdéjà nuirié avec Jeanne d^Artois (1) petite-fiUe de Robert comte d^ Artois. Roger Bernard avait conclu ce mariage k la cour de Frsnce dans le mois d'octobre précédent. L'acte en fut passé à Senlis en présence de Philippele-Bel, et à cette occasion le vieux comte émancipa son fils et Ini donna le pays de Foix , le Beam et toutes les terres de sa maison. Il ne s'en réserva que la jouissance , mais la mort vint presqu'aussitôt la lui ravir. Uévéqne de Garcassonne présida à ses obsèques qui attirèrent plusieurs ^bés, une foule d'ecd^astiques et une multitude immense de peuple dont il emportait les regrets. Il fut inhumé à Fabbaye de Bolbone à côté de ses anc^étres dans la chapelle que Roger son père avait fait élever pour servir de sépulture à sa famille; mais peu de jours après, Marguerite de Béam sa veuve et Gaston son fils firent transporter son tombeau avec tons les autres devant le maltre^utel de la grande ^lise. Gaston, en même temps qu'il s'occupait de ce soin pieux , confirmait les privilèges que ses prédécesseurs avaient accordés aux Juifs de Pamiers, sauf, ajoutait-il , le respect dû à la religion chrétienne et les cens particuliers que la race maudite était obligée de payer.

Le comte d'Armagnac était vraisemblablement occupé à recueillir la succession de son beau-père. Henri, dernier comte de Rhodez , mourut vers cette époque , car les auteurs varient sur cette mort. Les uns la placent à la fin de 1 303 , les autres au commencement de 1 302. Dom Vaissette (2) le fait survivre à l'arrivée

(i) IKnii Vaîsseltc, ion. 4. L'an de vérifier les Dates.— (2) Tome I,p.geia4.

de Philippe-le-6el dans le Langaedoc et le nomme parmi les seigneurs chargés de présider au recouvrement des impôts. Mais tous conviennent qu'il rendit le dernier soupir au château de Gages qu'il avait fait bâtir , et fut enterré à Bonneval avec la plus grande magnificence. Le convoi était composé du Clergé de toutes les paroisses de cinq lieues à la ronde, de la plupart des gentilshommes delà province et d'un peuple immense {}).

Henri avait fait son testament le 1 5 août i 304 à Villers près d'Aubigny , et non au château de Gages, comme portent les Grandd Officiers de la couronne ; . mais ils ne se trompent point quand ils lui atuibuent l'inscription gravée sur les murs du cloître dé Bonneval, où l'on dit que neuf cents prêtres assistèrent à ses ftmérailles, que onze cent deux torches éclairèrent son convoi et que cent quarante pièces de drap d'or ou de soie tapissèrent l'église. C'est à tort qu^elle porte le nom du connétable d'Armagnac, arrière petit-fils d'Henri. Celui-ci instituait pour son héritière Cécile (2) sa fiUe bicn-*aimée, mariée à Bernard, comte d'Armagnac. Il léguait à Isabeau la vicomte de Cariât , à Béatri^ les baronies de StChristophe et de Scorailles en Auvergne, avec deux cents livres de rente sur le comté de Rkodez , et à Yalbui^e, vicomtesse de Fezensaguet^ la viccmité de Cresseik avec la baronie de Roquefeoil et de Mejrujs , et stipulait une substitution en faveur de Cécile et de ses enfants , ce qui replaça les vicomtes de Cariât et de Cresseils dans la maison cT Armagnac H gouvernait le Rouergue depuis près de 30 ans. En lui

(1) Histoire du Rouergue, par Bosc, tom. S. — <2) Bo6c , lom. 2. Inventaire de Pau. L*Art de vérifier les Dates. Grands Officiers.

DE lA GÀSGOGNE. 93

s'éteignii la ligne masculine de Richard de Milhau , une des plus anciennes et des plus illustres familles de nos temps féodaux , et qui avait possédé le comté de Rhodez pendant plus de deux siècles.

Cécile devait s'attendre à voir son héritage contesté par ses sœurs à qui elle était préférée quoique la plus jeune. Aussi à peine en eut-elle pris possession qu'Isabeau présenta requête au roi Philippe pour être admise à prêter hommage du comté de Rhodez comme lui étant dû par droit d'aînesse. Cécile lui opposa le testament de leur père. Le roi renvoya cette affaire devant le Parlement de Paris, débouta Isabeau de ses prétentions sans néanmoins prononcer sur Tordre de succession en ligne féminine. Ce silence amena après la mort de Cécile un nouveau procès qui ne fut terminé qu'en 1 399. Bernard VII, plus connu sous le nom de connétable d'Armagnac , et Renaud sire de Pons , petit-fik dlsabeau, transigèrent alors moyennant la somme de cinq mille sols pour lesquels le connétable donna à son cousin la jouissance du château de Cabrespine.

Béatrix , marchant sur les traces de sa scmir aînée , a|^a aussi Cécile devant le Parlement de Paris. Elle réclamait une augmenution de dot et voulait qu'on lui assignât des terres pour les deux cents livres qui lui avaient été léguées par son père. Ce procès se prolongea au delà de la mort de Cécile. Après de longs débats, le Parlement commit, en 1325, Amauri de Narbonoe et Arnaud de Castelnau, qui adjugèrent pour cette rente le château de Ville-Comtal en Rouergue. Anne de Poitiers , la troisième femme d'Henri, fit elle aussi à l'occasion de son douaire des réclamations qui , ré"-

poussées d'abord et admises ensuite, ne furent éteintes qu'en <308 (1). Le comte et la comtesse d'Àrmagnac n'attendirent pas la fin de ces débats. Dès que le Parlement eut repoussé les prétentions d'Isabeau , ils partirent pour Paris avec une suite digne de leur rang et de leur naissance , et allèrent en personne rendre au roi rhommage qu'ils lui devaient pour leurs nouvelles possessions.

Gaston, malgré son jeune âge, essaya de profiter de ces embarras. A peine eut-il fait connaître son autorité et reçu le serment de fidélité de ses nombreux vassaux , qu il déclara (2) la guerre à Bernard et au comte de Comminges son allié. La nouvelle en parvint bientôt à la cour de France. Philippe s'acheminait alors vers le Languedoc pour y appaiser par sa présence les mouvements que faisait naître la levée du nouveau subside. Il n'avait pas trop de toutes les forces de la France pour résister aux nombreux ennemis de l'État. Aus$i s'empressa-t-il d'éteindre une querelle qui divisait toute la Gascogne. Il ordonna au jeune comte de suspendre les hostilités et de venir le joindre à Toulouse. Gaston méprisa cet ordre et porta le ravage dans le Comminges. Le roi, ayant appris dans sa route cette désobéissance , se contenta de réitérer ses défenses et d'ajourner de nouveau Gaston à Toulouse pour la fête de Noël.

Ce jour-là en effet, Philippe fit son entrée solennelle dans cette ville accompagné de Jeanne de Navarre,Jsa femme, et de ses fils Louis, Philippe et Charles , qui tous les trois s'assirent successivement sur le

(1) Voir, pour tous ce» détails, M. Bosc, p. 126 cl 9uiv.— (2) Dom Vaissette, lom. 4.

DE LA GASGOGHE. 95

trône. Il y avait convoqué, avec le comte de Foix, Margaerite sa mère , et Constance sa tante d^un côte , et Bernard d'Armagnac et M alhe sa mère , de Fautre. Durant son séjour, il s'employa à ramener la paix entre les deux familles et parla en suzerain et en arbitre commun. Voyant sa voix méconnue , il employa des prélats et des barons également jaloux de Thonneur des deux maisons et dévoués à leurs intérêts ; mais représentations, instances, prières, tout fut inutile. Alors Philippe , qui se souvenait facilement qu'il était roi , rendit de sa pleine autorité Tarrét suivant que nous empruntons tout entier à Marca (1) :

Nous ordonnons et voidons d'autorité royale, et décernons de la plénitude de nostre puissance qu'il y ait entré les parties une ferme et stable paix , et prononçons cette paix entre elles. Item nous ordonnons , pour le bien de la paix, que Mathe, comtesse d'Armagnac , troisième fille de Gaston , ait pour son droit et portion héréditaire , sur les biens et hérédité de Gaston , les vicomtes de Bmilhois et de Gavardan et le lieu <}e Capsius qui est des appartenances de Gavardan; et les terres et tenements d'Euse et d^Eusan auec tous leurs droicts, seigneuries et appartenances , et tous leurs honnetu^ et charges; et qu'elle soit contente de cela, ensorte que la dite Mathe ne puisse rien demander contre Constance, en la terre et succession de Marsan , ni prétendre rien aussi des biens de Gaston , sur la portion des autres sœtu^, non plus que Constance et Marguerite ne pourront rien demander sur les dites vicom tés, sauf que s'il arriuait que Guillelme, dernière fille de Gaston, vint à décéaer sans enfants engendrés en légitime mariage.

(1) Liv. 8, chap. 29, pag. 704.

En ces cas Maihe et ses enfants suruivants auront et deuront auoir, sans opposition de G)nstance et de Marguerite, les baronies, chasteaux, villes et terres , et lieux que Gaston avait dans la Catalogne , sçauoir de Moncade et de Castelviel , de Rozanes et autres lieux qui appartiennent à Cuillelme des biens du dit Gaston avec toutes les iundictions , rentes et appartenances , et tout Thonneur et la charge. Et au cas que Mathe aura ou ses héritiers les dites baronies, chasteaux, villes et lieux de la Catalogne , après le décès de Guillelme sans enfants , ou bien qu il tienne à Mathe qu'elle ne les ait pas, nous ordonnons que la vicomte et terres de Gaïuirdan avec ses appartenances , retourne aux dites Constance et Marguerite , ou à Tune d'elles , si elles sont en vie, ou à leurs enfants. Pour la terre Rivière, elle appartiendra à Guillelme sauf le droict de celui auquel on dit qu'elle en a fait donation entre vifs. Et nous ostons toutes les lois contraires à cette ordonnance, décernons et voulons que les dites sœurs jurent de garder nostre présente ordonnance. Et nous quitons et remetons entièrement de nostre grâce spéciale aux dites parties, ou à celle qui se mettra en peine d'obéir, tous les excès , fautes , peines et amendes à nous acquises, sauf le droict des particuliers intéressés : afin que cela soit ferme et stable , nous avons fait mettre nostre scel à ces présentes. Fait à Tolose Tan mil trois cent trois , le jeudi après la feste de St- Vincent au mois de Janvier.

Cet arrêt mécontenta les deux parties. Néanmoins le comte d'Ârmagnac , qui était intéressé à ménager le roi de France à cause du litige du comté de Khodez, ne fit point entendre de réclamation. Mais Gaston,

IIE Lk GÀSOOGIfE. 97

plus libre ou plus hardi, osa se prononcer. Philippe n aTsit pu voir comment était accueillie sa sentence; il s'éloigna presqu'aussitôt et rentra à Paris d'où il repartit bîeolôt pour ouvrir la campagne contre les Flamands. En quittant la capitale, il écrivit de nouveau à la plupart des seigneurs de son royaume pour hâter leur marche et presser leur contingent Les comtes d'Astarac , d'Armagnac , de Foix , de Gomminges , de Pardiac-Monlezun, Jourdain de Lisle, Othon de N'oé, Obert de Montaut furent spécialement appelés. Le reodea-vous élait fixé à Ârras vers la fin de juin (*) (1 ).

(*) Toici la kttre écrite à ces teîgnenrs avec la liste de leur MMiiiieieiit.

Plufelppe» par la grâce de Dieu, nn de FrMCe, à notre ^paé féal le comte d'Armagnac, salât et amour. Comme nous ayons entendu que naos par les ennemis de nous et de nostre royaume, y estre plus forifmoil approehiés que nous ne fonlîei et que nous n'entendons, savoir foai£riioiiBqafliKKisàgrantpouer de ban et arrière-ban en nosire persame serons à huitaine de la mi-aoust à Arras pour aller outre à oostres grans effbru , sans delay à nostre secours et à nostre deli- Tmce al à la destràctioB de nos ennemis; et tous prions et reque- . nms sar l'amour que tous aTez à noof el au dit royaume que vous si Tigereosement el loiaument tous manderez en gardant ce que nous avons commis en Tostre garde que dommage ne empeschement ne daie Tenir par déûnl de garde et nostre fait Donné à St- GermaincB-Laie, le 5 jynr d'aoost l'an de grâce 1903. Les seigaeurs devaient fournir :

Le comte de Foiz, le comte de Comminges , le comte d'Armagnac, cfaacaa 400 hommes d'armes et 1,000 servans ou serjans.

Le comta d'Astaiac, 40 hommes d'armes et 000 serjans.

Le seigneur de Monlezun, 30 hommes d'armes et 300 serjans.

Hr Jehan de Montant de Noé, un des ancêtres des Noé de Lisie, 20 hommes d'armes et 200 serjans. .

M' Jourdain de Liste, 40 hoomies d'armes et 200 serjans.

Rager de Commingei, 20 hommes d'armes et 300 serjans.

Le seigneur de NoaîUes, 20 hommes d'armes et 200 serjans.

Le seigneur de Caumont, 20 hoounes d'armes et 200 serjans.

(1) Larroqne, Traité de ban et d'arrièrc-ban, page 95 et 08. Jir. 7

Cette guerre suspendit encore la lutte, et quand la paix accordée aux Flamands eut renvoyé la noblesse dans se^ foyers , un événement que la France et surtout les provinces méridionales saluèrent avec enthousiasme , et qui, hélas! devait avoir des suites si déplorables pour relise, ne permit pas d'abord de courir aux armes. Bertrand de Goth , ou Gouth (de Agathis) , un enfant de notre Gascogne, venait d'être élevé i la papauté.

Il naquit au château de Villandraut (4), près de Ba- • zas, d'une famille dont les titres nobiliaires remontent à 1 100. Il éuit le troisième fils de Beraut de Goth et d'Ide de Blanquefort. Il étudia successivement dans les universités de Bologne et d'Orléans , fut d'abord chanoine et puis prévôt de St-Martin de Tours , et enfin chanoine et sacristain de Bordeaux. Beraut de Goth , son frère aîné , avait embrassé comme lui la carrière ecclésiastique et l'avait précédé dans la voie des honneurs; car il obtint en 1290 l'archevêché de Lyon où le pape Gélestin V alla le chercher pour l'élever au cardinalat. Boniface VIII , successeur de Gélestin , le commit avec le cardinal de Beaulieu pour rétablir la paix entre la France et l'Angleterre , mais il échoua dans cette négociation difficile et mourut en Italie le 27 juillet 1297. Beraud avait produit son firère à la Cour de Rome. Boniface le choisit pour un de ses cha-

Raymont de Béam, labomnet d'armes et 900 seijana. Le Boori de Foii , 10 bommei d'armes et 900 sefjans. Bertrand de Lappé, 10 hommes d'^irmes et 900 serjans. M' -Obert de Montant , 10 hommes d'armes. Le vicomte de Tartas , 90 hommes d*armes.

Somme 1,460 hommes d*armes et tf,800 serjans. (1) Duche»ne. Histoire de l'Église Gallicane.

DE LA QkSCOGVE, 99

pelainset lui donna, en 1295., Tévéché de G)mmin|;és. Beitand de Miramont était mort en 1286 (1). Après loi ce siëge vacpia plusieurs années sans qu on puisse en assigner la raison. Arnaud de M ascaron , chanoin% de St-Etienne de Toulouse, fut enfin élu pour le remplir; mais le pape ne voulut pas reconnaître son élection, et nomma de sa pleine autorité Bertrand de Goth. BerlFsind put à peine réparer les maux qu'avaient entraînés une longue vacance. Il fut transféré vers la fin de 1299 à Tarchevéché de Bordeaux qu'il ne devait guère occuper plus longtemps.

Les cardinaux, réunis à Pérouse, faisaient attendre depuis nettf mois le successeur de Benoit XI. Deux factions à peu près égales se partageaient le Sacré-Collége. Tune Italienne et l'autre Française. La première fidèle h la mémoire de Boniface , la seconde dévouée à Philippe. On résolut alors d'appeler sur la chaire de St-Pierre un prélat étranger et les voix s'arrêtèrent sur Bertrand de Golh^ créature de Boniface VIII, et dont la iamille constamment dévouée à l'Angleterre avtiit eu grandement à se plaindre du comte de Valois durant la guerre de Gascogne. La plupart des historiens racontent que les deux factions se partageant et par là s'annulant , on s'arrêta enfin à un compromis qiii donnait au parti français le djoit de présenter trois candidats parmi lesquels le parti italien choisirait A la tête des candidats était Bertrand de Goth et les sympathies des électeurs penchaient vers lui. Le cardinal di Prato, chef du parti français, se hâta d'en instruire le roi. Le courrier arriva en onze jours. Philippe ne perdit pas un

(1) Gallia Chriitiana.

instant. Il écrivit à l'archevêque qu'il avait à rcntrclenir d'une affaire de la dernière importance et lai donna rendez-vous dans une abbaye au milieu de la forêt de 9l-Jean-d'Angely. Le monarque et le prélat s'y trouvèrent le sixième jour. Ici écoutons Yillani (1).

Ils entendirent la mes^ et se jurèrent le secret. Alors le roi commença à parlementer en belles paroles pour le récondlilET avec Charles de Valois. Ensuite il lui dit : (( vois, archevêque , j'ai en mon pouvoir de te faire pape, si je veux; c'est pour cela que je suis venu vers toi ; car , si tu me promets de me faire six grâces que je te demanderai, je t'assurerai cette dignité, et voici ce qui te prouvera que j'en ai le pouvoir. » Alors il lui montra les lettres et délégations de l'un et de l'autre G>llége. Le Gascon plein de convoitise, vçyant ainsi tout-à-coup qu'il dépendait entièrement du roi de le faire pape, se jeta comme éperdu de joie aux pieds de Philippe, et dit : u Monseigneur, c'est à présent que je vois que tu m'aimes plus qu'homme qui vive, et que tu me rends le bien pour le mal. Tu dois commander; moi, obéir, et toujours j'y serai disposé. » Le roi le releva, le baisa à la bouche, et lui dit : u les six grâces spéciales que je te demandé sont les suivantes : la première que tu me réconcilies parfaitement avec l'église , et me fasses pardonner le méfait que j'ai commis en arrêtant le pape Boniface ; la seconde que tu rendes la communion à moi et à tous les miens; la troisième que tu m'accordes .les dîmes du clergé dans mon royaume pour cinq ans, afin d'aider aux dépenses faites en la guerre de Flandre ; la quatrième , que lu

(1) Villani, liv. 8, cb. 80 et suiv. Nous empruntons Ui traduction do M Ultchelet dans son Histoire de France, tom. 3, p. 116.

DE LA GASCOGJNE. iO\

détruises et annulles la mémoire du pape Boaiface; la dnqaiëme , que tu rendes la dignité de cardinal à Messer Jaoobo et Messer Piero de la Colonne , que tu les remettes en leur état, et qu'avec eux tu fasses cardinaux certains miens amis. Pour la sixième grâce et promesse, }e me réserve d'en parler en temps et lieu : car c^est chose grande et secrète. )» L'archevêque promit tout par serment sur le corps de Notre-Seigneur , et de plus, il donna pour otages son frère et deux de ses neveux, he roi, de son côté, promit et jura qu'il le ferait élire pape, n Philippe-le-Bel écrivit au cardinal di Prato le succès de son entrevue. Lp courrier rentra à Pérouïe trente-cinq jours après son départ, et comme la négociation avait été aussi secrète que prompte, l'électioa ne se fit pas attendre ; les deux partis étaient satisfaits, Philippe seul avait triomphé.

Ce récit n'a diantre garant que l'historien de Florence dont la partialité contre les papes d'Avignon n'est méconnue de personne; mais comme l'observent le docte Mansi et plusieurs autorités graves de cette époque, il présente des difficultés qui le rendent bien suspect O* n 7 ^ jius, nous avons le décret d'élection (1 ) adressé en forme de lettre à Bertrand : or ce décret dément l'assertion de Yillani. Les cardinaux y disent

(*) Le roi demande qu'on le réconcilie avec TËglise et qu*on lève Texcooimunication qui pesait sur lui; mais Benoit XI Tarait déjà Tait. Toat le récit repoce aor le oompramis des cardinaui, mais nous avons quatre vies de Clément écrites par des contemporains, et aucune n'en fait mention ; de plus aucun historien de l'époque no le rapporte. Enfin en supposant ce compromis admis par les cardinaux, pourquoi ce long dâai jofqii'À Félection ?

(i) Labbe, ColUet. Con.y tom. Il, p. Ii96. Duchesn^, Histoire des Cardlnani, lom. 2, p. 244.

102 liiSTOitti:

que sur quinze cardinaux dont se composait le Sacré' Collège, dix lui ont donné leurs voix , et que les dnq autres se sont rangés à leur avis. Ainsi croule par sa base un récit que du reste la conduite deQément Y n^a rendu que trop plausible. Assez de griefs réels pèsent sur k mémoire de ce pontife sans lui en imputer d'au* très qui très-probablement sont imaginaires.

L^élection eut lieu le 5 juin 1305 veille de la Pentecôte. Bertrand en reçut la nouvelle k Lusignan dans le Poitou durant la visite provinciale qu'il avait commencée. Il se hâta de rentrer à Bordeaux où il fut reçu avec les plus grands honneurs et au milieu de la plus vive allégresse. Toutefois il ne parut encore qu>n archevêque. Mais le décret lui ayant été juridiquement notifié par les délégués du Sacré-Q)llége, le 21 juillet , d'autres disent le 23 , d^ le lendemain il le fit publier dans son église métropolitaine, prit solennellement possession de la chaire de St- Pierre en présence des prélats et des barons du pays, et changea son nom en celui de Qément Peu de jours après il publia une constitution par laquelle il réservait à sa collation tous les bénéfices qui vaqueraient à Bordeaux et dans les autres villes de son diocèse. Cétait enlever à son successeur une des plus belles prérogatives de sa charge. Après un mois d'hésitation ou de silence il déclara qu'il voulait être couronné à Lyon.(l) et y appela les cardinaux. Ceux-ci comprirent alors mais trop tard ce qu'ils avaient fait. Vous voilà venu à bout de vos desseins, dit au cardinal

(1) Voir, pour tous ces détails, THistoire de TËglise Gallicane « l'Histoire de TÉglise, par Fleury, Rohrbacher et toutes les Histoires de France.

di Prato le vieux Matthieu Rosso des Ursins, chef du parti opposé. La cour romaine a passé les moûts; elle ne retournera pas de longtemps en Italie. Je connais les Gascons. La prévision était juste, mais il fallut obéir. Clément avait convoqué encore à son couronnement les rois de France et d^ Angleterre et tous les seigneurs de deçà (les Alpes. Lui cependant s'avançait à petites journées parmi les fêtes et les bénédictions publiques. n s^arréta successivement à Agen, à Toulouse , à Montpellier et à Nîmes, et n'arriva à Lyon qu'au commencement d'octobre. Les rois de France et d'Angleterre Vj avaient pr&édé à la tête de la plus grande partie de leur noblesse. Outre les fils de Philippe-le-Bel et les princes du sang , on y voyait plusieurs des grands vassanx de la couronne et un grand nombre de princes souverains d'Allemagne. Les seigneurs Gascons n'a- Yaient pas été des moins empressés. On y comptait les comtes de Foix , d'Armagnac , d' Astarac et de Pardiac et une foule de barons. Aussitôt que le pontife entra dans la ville, les deux frères du roi saisirent les rênes de sa haquenée et le conduisirent ainsi jusqu'au palais qui l'attendait. La cérémonie se fit dans l'église de St-Just la plus vaste, de Lyon. Ce fut Matthieu des Ursins qui mit sur la tête du pape la couronne pontificale. Jamais peut-être le vicaire de J.-C. ne s'éuit montré aux peuples avec Unt d'éclat La pompe et tous les respects de Lyon réparaient les ignominies et les violences d'Anagni; mais ici encore la solennité devait être empreinte de u*istesse. La papauté, malgré les signes trompeurs qui Tentouraient , s'était abaissée dans Tapprëciation publique et ce n'était ps Clémenl V cjui pouvait la relever.

104 HlSTOniK

Après la cérémonie le pontife reprit le chemin de son palais. Il marchait en cavalcade, entoure d'une cour nombreuse. Le roi Pliilippe-le-Bel parut quelque temps à pied tenant la bride du cheval sur lequel Clément était monté ; les autres princes , qui étaient en grand nombre à cette fête, rendirent le même honneur an pontife. On arriva le long d'un vieux mur mal édmfaudé et surchargé de peuple. Il s'écroula tout-à-coup, et, dans sa chute, il écrasa, étoufia ou blessa quantité de ■ personnes. Jean II duc de Bretagne, qui tenait les rênes y périt. Le comte de Valois frère du roi qui les tenait avec lui fut grièvement blessé; le pape renversé de cheval vit sa couronne détachée de sa tête rouler à terre et perdit son frère Gaillard de Goth, qui fut écrasé. Plusieurs autres personnes de qualité eurent le même sort; présage funeste que les chroniques ont recueilli avec une sorte de terreur, ajoute un historien moderne (1), notre compatriote dont nous empruntons quelquefois la pensée si religieuse et si pleine de sens. Les cardinaux espéraient ramener avec eux Qément en Italie , mais le pape fit connaître sa résolution de rester en deçà des Alpes. Jusque là on avait ru des hommes 4e toutes les nations s'asseoir sur la chaire de St-Pierre , mais en prenant en main la. houlette du vicaire de J.-C. ils oubliaient leur patrie pour se son* venir qu'ils étaient les pasteurs de tous les peuples. Leur famille disparaissait à leurs yeux ;^ ils ne voyaient que Rome et le monde entier. Avec Clément commença une série de pontifes qui ne semblèrent que trop penser difTéremment. hçiS décembre le pape fit une pro-

(1) M. Laurenlie, Histoire de France^ tom. 3.

motion de dix cardinaux (\) dont un anglais, Thomas de Jora et les antres français, savoir : Pierre de Lachapdle, Béninger de Frédol, Arnaud de Chanteloup, Nicolas de Fréaaville, E|ienne de Snisi, Guillaume de Rnilat, Arnaud de Pell^rue, Raymond de Goth et Pierre Arnaud de Pqjanne. L'anglais était provincial des Dominionns dans sa patrie et confesseur du roi Edouard. Fréâuville et Suisi ëuient deux créatures de Pliîlippe4e-Bel ; le premier son confesseur, le second son ancien garde des sceaux. #

Les sept autres appartenaient à la famille ou aux affedioBS^lu souvmiin pontife: Pierre de Lachapelle avait ëté son professeur de droit à Funiversité d'Orléans. Sa science et son mérite l'avaient successivement placé d'abord à la tète du Parlement de Toulouse, puis sur le siège de Carcassonne, et enfin sur celui de Toulouse. Sa promotion rendant cet évéché vacant, car alors la pourpre ne s'alliait qu'avec les sièges suburbicaires de Rome, Clément j nomma Gaillard de Pressac son neveu. Arnaud de Chanteloup était son parent; il l'avait nommé à sa place archevêque de Bordeaux; mais avant qu'il fût sacré, il le décora de la pourpre et donna Tarchevéché à un autre Arnaud de C3ianteloup neveu da cardinal. Notis ne connaissons de Guillaume de Ruffiit et de Béranger de Fredol que leur parenté avec Clément et leur nom : encore celui-ci est^U désigné différemment par les auteurs contemporains. Pellegrae était né au château de Lamothe dans le Bazadois. Il posséda d'abord l'archidiaconé de Chartres. En 1 305 Qément V, dont on le fait généralement parent ou

(1) Duchesoe, H'sl. des cardinaux français. Frison, Gallia purpurata.

allié 9 réleva au cardinalat. Il remplit avec honneur une légation en Italie et y sacra dans Téglise de Latran Henri VII empereur d'Allemagne. Raymond de Gocfa était le fils du frère aîné de ^Clément. Son onde , en Tadmettant dans le Sacré-CoUége, lui donna part aux affaires. Enfin Pierre Arnaud appartenait à Tillustre famiUe de Poyanne. Il fut d'abord religieux à St-Sever {*) (Landes) puis abbé de Ste-Croix. Le pape qui Tavait connu Sans son dernier monastère le nomma cardinal et vice-chancelier de TÉglise Romaine (4); mais il mourut l'année même 'de sa promotion.

Jamais souverain pontife n'avait ainsi prodigué la pourpre romaine à sa famille. Mais comme si Qément n'avait pas encore assez fait pour les siens, il transféra à Langres Bertrand de Goth son oncle, depuis longtemps évéque d'Agen et donna ce dernier évéché à Bernard de Farges son neveu, jeune archidiacre de Beauvais qui n'avait pas 25 ans et à qui il fallut une dispense d'âge. L'archevêque de Rouen Guillaume de Flayacour étant mort le 6 avril suivant, le pontife plaça à Rouen Bernard de Farges, ramena à Agen Bertrand de Goth et nomma à Langres Guillaume abbé de Moissaç. En même temps il s'occupait de satisfaire Philippe-le-Bel. Deux bulles avaient surtout irrité le monarque français : l'une avait commencé sa ' querelle avec Boniface , et l'autre l'avait consommée. Qément les révoqua l'une et l'autre avant de s'éloigner de Lyon. Il quitta cette ville dès que le printemps s'ouvrit et retourna à Bordeaux marchant à petites jour-

(*) Il faut le distinguer de Pierre Raymond que nous verrons bientôt élevé au cardinalat.

(1) Voir, pour tou» ces cardinaux, Duchesnc et Frison.

nées et s'arréiant dans les villes et les monastères. Sa snite était si brillante et si nombreuse qu'il fallut des frais inunenses pour le recevoir. Des plaintes s'élevèrent de toutes parts. Philippe à qui on les déféra en écrivit au pontife. Celui-ci répondit aussitôt et chargea Arnaud d'Alix alors chanoine de G)utances et Tabbé de Moissac de lui porter sa réponse. Qément s'étonnait de ces plaintes, mais il s'étonnait encore davantage de ce que les évéques se^ amis ne les lui eussent pas adressées directement II ajouuit pour toute justification qu^il n^avait rien à se reprocher, comme s'il n'avait pas dû prévoir que tant d'ostentation et dé &ste ne pouvait que grever les populations. Il passa à Bordeaux ou dans les environs un an entier et profita de ses loisirs pour bâtir les châteaux de Villandraut et de Budos, sur la petite rivière de Ciron. A son exemple les cardinaux de sa suite signalèrent leur séjour dans le Bordelais par quelques constructions dont les unes ont été dévorées par le temps ou sont tombées sous la hache des soldats durant les guerres de religion , mais dont les - autres plus heureuses sont encore un des ornements du pays. Ainsi s'élevèrent (1) les châteaux de Roquetaillade, de Gistets, deLandiran, deLatran et de Labrède. Le pontife et le monarque ne s'étaient aboucha qu'à Lyon. Ils désiraient également l'un et l'autre une seconde entrevue. Qément proposa Toulouse ou Poitiers; Philippe de son côté offrait Tours, mais enfin il agréa Poitiers où il se rendit vers la Pentecôte i 307. Le pape l'y avait précédé de quelques mois. On s'y occupa d'abord de Boniface VIII que poursuivait toujours la

(1) Ducheine, Hist. des Papes, p. 1699.

108 histoihe

haiae implacable de Philippe , mais qu'un souverain pontife ne pouvait sacrifier sans se dégrader entière* ment. On y traita ensuite de quelques affaires im* portantes (1), entr'autres de la réconciliation de la France et de FAngleterre. Pour Tamener, Philij^ donna sa fille Isabelle déjà célèbre par sa beauté au jeune prince de Galles, et restitua à Edouard non seulement ce qu'il lui avait enlevé dans TAquitaine, mais encore tout ce qu'avait jadis abandonné S^IiOui5. On parla enfin, dit-on, dans cette entrevue, de la destruction des Templiers, drame sanglant et obscur qui après plus de six cents ans éveille encore la curiosité publique, mais que l'histoire n'a pu jusquUd et ^e pourra sans doute jamais éclaircir. Clément confirma à Poitiers les transactions qui avaient porté la vicomte de Lomagne dans sa famille.

Philippe, second fils de Phiiippe-le-Bel l'avait possédée trois ans, mais au couronnement du pape, le jeune prince la rendit à son père et'celui-ci en disposa sur-lechamp en faveur d'Arnaud Garsie frère aîné du pontife. Le monarque (2), disait l'acte de donation, voulait récompenser ce seigneur et Bertrand son fils aine des services qu'ils avaient rendus à l'état, et des terres qu^ils avaient délaissées dans le duché d'Aquitaine. Son fils écrivit lui-même aux barons et aux communautés de la Lomagne qu'il ratifiait la donation faite par son père et qu'il abandonnait spécialement à Garsie Arnaud et à Bertrand le château d' Auvillars et tout ce qu'il possédait à Lectoure (3). En même temps il ordonnait de les

(1) Voir, poar tous ces actes de Clément V, toutes les Histoire des Papes et de FËglise, et la plupart des Histoires de France.?- (2) Buchesnc, Uist. des Cardinaui^ toro. 2. — (3) Inventaire de Pau.

DE LA GASCOGKE. • 109

reconnaître pour seigneurs. On s^empressa d'obéir à cette injonction, et trois jours après la date de la lettre (23 décembre 1305) la noblesse et les consuls commençaient à prêter le serment de fidélité. Arnaud Garsie craignit les prétentions de Marquèse fille de Talayran et de la vicomtesse Philippe. On lui fit ratifier la renonciation qu'elle avait déjà faite sous son père. L'abbcMe et les religieuses de Ste-CIaire de Périgueux parmi lesquelles Marquèse avait pris le voile s^engagèrent avec leur compagne; et le pape lui-même ratifia la convention et la {Jaça sous les anathèmes de Téglise*

no HISTOIRE

liimi: IL.

Page 1