‹ Histoire de la Gascogne (volume 2)Chapitre 9 sur 44 · HIS1Ï)IRE · texte numérisé non relu

HIS1Ï)IRE

au comte de Foixen nantissement d'une pareille som me* Gaston s'étayait de cette circonstance pour ne pas s^en dessaisir. II n'en fallait pas autant poiir réveiller les troubles. Philippe^ voulant les étouffer à leur naissance, enjoignit au sénéchal de Gascogne pour le duc d^Aquitaine ou à son défaut à son propre sénéclial de Toulouse de faifc délivrer le Gavardan au comte d'Armagnac et abandonna à Gaston de Foix cinq mille livres sur une somme desix mille qu'il lui devait (1). Mais, avant que cette sentence fût exécutée, un nouvel incident vint raviver la querelle.

Guillemetté de Moncade, la dernière des quatre filles du vicomte de Béarn, s'était attachée à Matheet à ses enfants, comme Constance s'était dévouée à Marguerite. Le vicomte de Fezensaguet fut l'objet de sa prédilection. Elle lui donna d'abord le château de Castelviel, et à sa mort elle l'établit son héritier universel. Gaston de Foix et sa mère prétendirent que, cette disposition faisant rentrer tous les biens de Guillemetté dans la maison d'Armagnac , le Gavardan devait leur rester, suivant les dispositions solennelles de Gaston de Réarn. D'un autre côté , désolés de voir la succession de Guillemetté leur échapper , ils intriguèrent sous main et empêchèrent Gaston de Fezensaguet d'en prendre possession. Ils l'amenèrent ainsi à sigper une transaction (2) par laquelle il leur abandonnait les terres objet de leurs regrets, et il recevait en échange la^terre, *de Capsius, mille livres de rente sur le Ginca^sès el quatre mille livres payables en quatre termes. Gaston de Foix s'obligeait encore à abandonner à son cousin

(1) Marca, livre 8, cb. 30. Invcnl.iirc du châtcAU de Pau. ^ '2) Lps m^mcs et Dom Vaisselle.

DE LA GASGOGAE. \ 17

dans trois ans, à la place de Capsius , le Gavardan, si mieox il Taiinait. Cet échange fat signé le 7 septembre 1310 et ratifié à Toulouse dans le couvent des Dominiqiiiis, le 6 mars suivant, par les deux Gaslons et par Jeanne d* Artois épouse du comte de Foix ; mais quand il fallut en venir à Texécutiôn, Caston de Foix, tOQÎoius anasi avide, fit naître des difficultés qui obligèrent le vicomte de Fezensaguet à se pourvoir à la conr dn roi. Il en obtint un arrêt vers la fin de juin 13 H. La transaction confirmée par cet arrêt fut enfin exécutée avec quelques légères modifications ; mais le Cavardan resta en litige entre les deux maisons rivales.

Cette année et la suivante sont marquées en cafcctères bien tristes dans les annales de notre patrie. Les [^es presque coùtinuelles qui tombèrent, tout le printemps et tout Tété, détruisirent les rQCX>ltes\ Le blé s^âeva à un prix excessif et le peuple fut réduit (i) k disptiter aux animaux Therbe des champs. ()a prétend même, et pour Thonneur de Tespèce humaine nous nonis abstiendrons de le croire , que des hommes dévorèrent le corps de leurs semblables et même des pères ceux de leurs enfants. La famine fut suivie delà pesto sa oompagpe ordinaire. Sous le double fléau, quehiucs localités furent entièrement dépeuplées , mais presque tontes perdirent le quart de leui^ liubitaiils.

L^nrope suivait alors avec anxiété le procès iiiUMiié aux Templiers. Cet ordre était né en Asie vers Tan H 18 , peu après la conquête de la Palestine. Bcaudonin II roi de Jérusalem avait abandonné à ses fondateurs une maison voisine du temple de Salomon, ce qui

(I) Dom VaUscUe. Linjçard, règne d'Edou«ird, tom. 1. |i. isf.

leur avait fail donner le nom quils devaient rendre si célèbre. Aux vœux ordinaires de religion, ils ajoutaient celui de défendre les pèlerins de la Terre-Sainte contre les attaques des Infidèles. Ils étaient ainsi k la fois moines et soldats. C'était associer deux professions presqu'insociables ,' mais très-grandement prisées dans le moyen âge. La licence des armes, la vie des camps, le contact des Sarrasins et le soleil énervant de FAsie ne pouvaient qu^amener les dérèglements. Les richesses achevèrent la corruption. A la licence vinrent bientôt s'ajouter d'affreuses doctrines et des pratiques plus affreuses encore, empruntées , on le dirait du moins, a\M sectes manichéennes ou gnostiques.

Sans doute tous les membres ne furent pas coupables; et comment croire que les exceptions ne fussent pas très-nombreuses quand on ^nge que Tordre se recrutait presqu exclusivement dans les hauts rangs delà société, et qu'il plaçait ainsi ses prescriptions sous la double sauve-garde de la religion et de l'honneur; mais la masse avait besoin de réforme. On le pressentait dans tout le monde catholique. Tout-a-coup, sur l'obscure déposition de deux chevaliers, l'un Gascon et l'autre Italien, tous les membres qui se trouvaient dans les possessions du roi de France' sont saisis et incarcérés par ordre de Philippe-le-Bel ( M octobre 1309). Qément , aiïligé de cette violence, évoqua l'affaire à son tribunal. Bientôt, étonné des aveux qu'il entendit luimême sortir de la bouche de soix|inte-dix accusés, il ordonna quatre commissions iuquisitoriales, dont l'une . devait siéger en France, l'autre en Italie, la troisième eu Allemagne et la quatrième en Elspagne.

PeiidxilUque Tenquéte se poiirsuivaUT le p^}>é dUit veUtamé à Bordeaux d'au il iMiparlil bientèt pour aller visiter son ancien diocèse de Comminges et déposer 1^ homms^es publittset solermels de la pîipauté, près des UiipouïUes sacrées d'un saint donblemeni cher à ïion r, puisqu'il portait son nom, et qu'il s^ëtait assis sur li chaire pont} G cal G. Il passa à Ageu^ arriva à Toulouse vers la fin de décembre i 3Û8 , y célébra le* fCdos de Notil et de TÉpiphanie ei fit son entrée à St- Bertrand le 7 janvier (il II était accompagué de quatre c;irdjnaiix, des archevêques de Rouen et d'Aucli , des évê- (faes de Toulouse.^ d'Albi, de Magueloune, d^Aire, de Tarbefl et de Com/ninges et de-s abbés de Simorre^ dé Foiifrède, de La Cnse-Dieu^ de Boiinefond et de Nisors.

Quoi<iue St-Hertraod fût depuis longiemps Uonoré d'un t:uJie public, son tombeau n'était encore surmonté que d une seule pierre tumulaire(2)* Clément V voulut relu ver les saints ossements* La cérémonie fui li\ée au 46 janvier. Le concours du peuple fut immense et frappa tellement le^ esprits que le souvenir s'en est œtfâfîrvé a travers les siècles dans toutes les Pyrénées» Le pape entra daas la cathédrale , alla sagcuouiller pfès de la tombe et j pria longtemps. Ayant ensuite fait iolever la pierre tnmuljtire ^ il prit entre se^ mains le eorps sacré et lexposa k la vénération df^ fidèles. Ou le porta enfin en triomphe autour de Té^lise et du doltre , et le soir on le déposa dans une riclie iH précieose chasse dont il fit don* Eu séloigmnii, il laissa encore à G^mminges sa chapelle et ses ornernenu pontificaux ei y accorda un grand jubilé chaque fois que

(1) Doni Viiiwite. — v2 ' Vie manuscrite do St^lfcrlraiil, kriÈhU ves du SémiUAfff dVAin^h.

la fête de Tlnvention de la Sainte*Crotx serait célébrée un vendredi. Cest , nous le croyons du moins, la pre*mière faveur de cette espèce octroyée à une église particulière.

Kévéque de Gomminges qui reçut la cour romaine se nommait Bozon de Salignac (1). Il était archidiacre de Médoc lorsque Bertrand de Goth fut>transféré à Bordeaux , et il dut sans doute k son nouvel archevêque d^étre appelé sur Iç siège de St- Bertrand. Il signala son épiscopat par une ordonnance qui réduisit à treize le nombre des chanoines qui jusque là étaif.de vingtquatre. Les évéques de Tarbes et d^Aire qui accompagnaient le souverain pontife appartenaient à la province. Jean de Doùcpt ou d'Osset (2), Tévêque de .Tarbes , d^abord chanoine et précenteur de la cathédrale de Lectoure, venait de succéder k Raymond Arnaud de Coarrase, et il mourut deux ou trois ans après. Bernard de Bats avait été tiré du chapitre d'Agen pour remplacer en 1305 ou 1307 sur le siège d'Aire, Martin de Fosses ou de Laffosse successeur de Pierre III (3).

Martin était prielir d'Ephaise dans le diocèse de Bordeaux. II avait gagné. l'estime d'un cardinal italien dont le crédit le fit peut-être élire. Boniface VIII confirma t^e choix. Martin était digne de l'épiscopat par son zèle pour, la discipline. Le 6 octobre 1299, il réunit son clergé dans l'église deVilleneuve et y publia les premiers statuts synodaux qu'ait possédés le diocèse d^Aire. ' L'année suivante il donna en fief la dime de Vadigos k Seguin d'Estang moyennant un arciut et une paire de gants blancs, Pierre son prédécesseur, à la fin de son

(1) Gallia Chriitiana. — (2) idem. — (3) Mauusorii d'Aire. Gaifia Chriitiana.

épiscx>pat(18 mars 1294), avait reçu la dimede Luysson, d'Ajmeric de 'Ravignan et dé na Naubie son épouse. Arnaud <le Lacaussade de Ladous, juge des terres, de Tévéque, stipulait pour le prélat, et selon les instructions dont il était pourvu , il rendit la dlme à Aymeric de Ravignan, à condition qu'il raierait annuellement trente sols d^arciut.

Bernard de Bats le successeur de ces deux prélats eut des démêlés avec le commandeur et les religieux de^li6pital de Golonin au sujet de quelques granges et du gouvernement de lliôpital. L'abbé de St- Antoine de Vienne , d'où dépendait l'hôpital, s'aboucha à 6imont avec l'évéqUe d'Aire. Ils«choisirent pour arbitre rarchevéqued'Auch qui prononça sa sentence, le 1 3 mai 1310, en présence de Bernard abbé de Flaran et de Roger d'Armagnac vicomte de Fezensaguet. Une partie des biens fut adjugée à Tévéque ; mais en revanche les religieux ne durent à Tévéque pour toute dlme que trente sols Morlas. Enfin l'abbé de St-Antoine put gouverner k son gré la communauté et ses possessions. . Tout se préparait alors pour le G>ncile de Vienne en Dauphiné où devait se juger l'ordre des Templiers et la mémoire de Boniface VIII, les deux grandes affaires qui préoccupaient les esprits. Le pape y préluda en nommant cinq autres cardinaux (1), dont deux, Raymond de Farges et Bernard de Caure furent empruntés à sa famille; Arnaud de Faltier le troisième était né dans ta Gascogne : quelques-uns ajoutent dans un lieu qu'ils d^gnent sous le nom vague de Miramont. Bertrand de Bordes était frère de Pierre seigneur dç Ijaunac que

(i) Duchesnc, Frison.

PluUppe4e-Bel ennoblit, en 1 31 4 , et de Guillaume de Bordes snocesseur de Raymond sur le. siège de Lectoure, en 1311. Bertrand avait d'abord pc^sédé un caoonicat dans cette église; il devint bientôt après camérier du pape qui lui donna, en 1308,rëvéçhé d'Albi et le revêtit enfin de la pourpre, en 1310; mais il )ouit bien peu de cftte suprême dignité, car il mourut le 21 septembre de Tannée suivante.

Arnaud Nouveau (1) ou Novelli le dernier est plus connu. Il naquit à Saverdun dans le pays de Foi^iT. Il se livra à Tétude dès ses jeunes années, et y fit tant de progrès qu'il devint prdTesseur dans tun et lauti^ droit k l'université de Toulouse , et officiai du diocèse. Il renonça ensuite à cette dignité pour prendre Thabit de Gteaux dans Tabbaye de Bolbone où les moines de Fonfrède allèrent le chercher pour le placer à leur* tête, lie pape, connaissant son mérite, l'appela à sa cour, le nomma d'abord vice-cbancelier de l'église romaine et l'éleva enfin au cardinalat. Il se montra tou}ou(s très-dévoué aux -comtes de Foix qui l'employèrent dans leurs affaires les plus importante^ Roger-Bernard liy donna une preuve de son estime en le mettant au nombre de ses exécuteurs testamentaires. Ce cardinal mourut à Avignon en 1 3 1 7 , mais son corps fut rapporté à Fabbayè de Fonfrède et inhumé sous le marche-pied du maltre-autel.

Pendant que le pape augmentait sa cour, le roi convoquait ses barons pour aller dompter la ville de Lyon. Le comte de G>mminges , Bertrand Jourdain de l'Isle- Jourdain, Gaston de Lomagne-Fimarcon, Bertrand de

(1) Duchesne, Frison, Dom Vaisselle, tom. 4.

Noë, Guillaume de Maarens, Marrens ou Merens, Beftrmd de Barosse ou Burosse , Bertrand de Marestàng et une foule de seigneurs Gascons répondirent (1 ) I Tappd. L'expédition confiée au fils aîné du roi fut promptement terminée, et la grande cité chrétienne, qui mérite chaque jour davantage d'être appelée la Rome des Gaules, retourna à la monardiie d'où elle était détachée dépuis près de dnq cents ans.

Les comtes de Foix et d'Armagnac ne parurent pfts dans Wrangs de l'armée royale. Le premier était alors en guerre ouverte avec sa illère (2 j à laquelle il réda» mait la vicomte de Béam ; il l'accusait encore d'avoir biti son préjudice, durant sa minorité, plusieurs aliénations qu'il révoqua par un acte public Marguerite se prétendît offensée et voulut maintenir ses actes. Elle appela à elle les seigneurs du Béam qui s'onpressèrent de répondre à sa voix. Mais pendant qu'elle préparait une vive résistance, son fils parut en armes, menaçant de porter le ravage dans tout le pays contesté, n attendit quelques jours; mais voyant que ses menaces ne lui soumettaient pas les cœurs, il alla assiéger le diâteau de Sauveterre et s'en empara ainsi que d'un château voisin. Il se repentit cependant bientôt d'avoir ainsi bravé et poursuivi sa mère. Il lui fit demander la paix, et l'obtint sans peine.

Marguerite et Gaston eurent, le 21 septembre 13H , une entrevue qui fut suivie d'un traité solennd (3). Gaston promit de ne rien entreprendre au préjudice de sa mère , de ses alliés et de ses principaux officiers à la tête desquels on comptait Guillaume Othon

(1) Dom Vaisselle. — (2j Idem, tom. 4. — (3) Col. Doal, iom. 16.

d'Andouins , Aroaud-Guillaume de Béarn seigneur de Lescun, Raymond Arnaud de Gerderest, Othon de Miossens et Bernard de Gayrosse, et permit à Marguerite de disposer à sa mort de quatre mille sols Morlas de rente en bien fonds. Il s'engagea à lui payer durant sa vie six cents petits Tournois de rente; enfin, il s'obligea ^ sHl transgressait la première clause, à se soumettre à une amende de dix mille marcs d'argent, dont la moitié çippartiendrait aux rois de France et d'Angleterre, et l'autre moitié reviendrait à Marguerite et ses alliés. Ce tiaité termina toutes les divisions. Il eut pour témoins Bernard de Burosse, Odon de Serillac, Bernard-Guillaume d'Abadie chevaliers, Randulphe de Drouillet et Vital Sabathier, bourgeois de St-Sever.

L'année précédente (< 0 avril 4 3 < 0), G)Bstance avait disposé de tous ses biens en faveur de Marguerite sa sœur. Elle lui avait donné (1 ) avec la vicomte de Marsan, Roquefort, Villeneuve , Renung et St- Justin, tout ce qui lui appartenait à Aire et dans le Béarn, et enfin dans la vicomte de Montaner, Pontac, Egon, Asspn et Monet. Cet acte suprême fut passé à Mont-de-Mar-r san , en présence de Pierre de Fêrbeaux et Arnaud de Besauduu. Malgré les dispc^itions formelles , Constance craignit que sa succession n'augmentât les divisions déjà si vives entre les maisons die Foix et d'Armagnac, et dans cette crainte elle voulut faire reconnaître elle-même Marguerite pour son héritière. .Les deux sœurs se transportèrent au Mont-de Marsan le dimanche de Pà£[ues fleuries , et là en présence et sur l'exprès commandement de leur ancienne Dame^ les états prêtèrent serment de fidélité à Marguerite (2).

(1) CoL Doal, tom. 15. —(2) Inventaire du château de Pau.

DE LA GARCOaiTE. 12^

Gniîitaïice iralnîi criieore deuv fins un<* sântc afffiiblîé | pr TAge. les mallieur^ et les itrtirmiiës. Elle inounit^ ver$ le milieu de 1312.

3îïir^iente sVmpressa aa^ïsitôt tTe r<?iourner drtîis le Mars» 11. Elle y rcunit la cour del Sers{i), et a prêt] avoir jure de conserver les coutumes et les privilèges de \n vicomte, elle reçut T hommage des sejgïieurs préseus. On y coraptiiit Vital- Amaneu de Bergo^an, Bernard sei^eur de Toujouse , Gêraulde de Gontaut tutrice «les huiliers de Jean de St-Germain, Bernard de Car* nisset^ Pierre de Ferbeaux^ (iuillaume de Poiiy , Ar* naud seigneur d* Augnoas ^ Bernard de Besle , Bernard lie Brtich, Othon Bcigneur de Clnrac , Fortané de Gorderon, Raymond de Meje-Carrère et Bertrand Du mont Cet liommage ent pour témoins Arnand-Gulllem cosei^nieur de Bocjucfort , Arnaud d'Abos , Bernard de Bnrosse clievaUers , Guillaume tHhon d'Andouins damoifean ei Pierre de Mt^je-Carrère arcUi prêtre de Mon l-de- Marsan*

Agrès ces arrangements qui devraient augmenter sa puissance , Gaston s*achemina vers la vîlle de Vienne, ou le Concile gênerai, convoqué d'abord pour la fêle delà Toussaint O10 et prorogé ensuite, ne s'aâsembla que le {*' octobre 1 3 H. Clément V y présidu lui-même,* L assemblée secomjxjsaii de cent quatorze prélats mitres, dit le coiilinuatcnr de Nangis, ou même de plus de trois cents évêques, suivant Villani. Kairhevêque Ama* nieu et les évêtpies de Bazas^ de Dax et de Comroioges V représentèrent la province ecclésiastique d'Aucb (2)* On y purgea de toute accusation la mémoire de Boni-

(i) Charte tiré«du diAlcûu cli; Pnu. Si^ m inaire d'Aucrh.-^2 )ral/. r tom H; Itom Vaîsscno, Galha ChriiUnna.

face, mais on y abolit par provision TOrdre des Templiers^ dont plusieurs membres furent brûlés et entr'autres le commandeur de Normandie et le grand-maltre Jacques Molay, qui, en face du bûcher, protestèrent avec énergie de leur innocence et de celle de Tordre entier. Ils avaient avoué dans les tortures; ils nièrent dans les supplices. Ces expressions de Bossuet résument tout ce qui a été écrit sur cette ténébreuse affaire. On ne saurait nier qu^on s'y écarta tzop souvent des règles protectrices de la vérité. En appelant la passion et la violence k s'asseoir sur le siège de la justice, on expose la postérité à prendre des criminels pour des victimes.

Clément ne se prêta que malgré lui à ces violences. Philippe au contraire se montra dur , inhumain , haineux, vindicatif, prêt à tout employer pour obtenir une condamnation que le pontife chercha vainement à éluder. Mais du moins, malgi^'é ce qu'en ont écrit plusieurs historiens, ni Clément, ni même Philippe ne paraissent avoir profité des richesses de l'Ordre. Le roi ne prit que ce qu'il lui fallait pour se couvrir des frais immenses de ce vaste procès , les deux tiers des meubles et de l'argent comptant Tous les immeubles furent attribués aux hdspitaUers de St-Jean, plus connus depuis sous le nom de chevaliers de Rhodes ou de Malte. L'Angleterreimita cet exemple. L'Allemagne partagea entre les chevaliers de Rhodes et l'Ordre Teutonique- Il n'en fut pas de même dans les Espagnes. L'Aragon réunit tous ces biens à l'Ordre de Calatrava , le Portugal à l'Ordre du Christ et la Castille au domaine royal.

Après les Templiers ou s'occupa à Vienne de la Terre-Sainte qu'une assemblée chrétienne ne pouvait oublier et de la réformation dés mœurs, objet principal

de tous les Conciles. Enfin, on y dëcréta renseignemeni des langues orientales pour lesquelles on créa des chaires dans les quatre grandes universités catholiques, Bologne, Paris, Salamanque et Oxfort et dans tons les lieftx où résiderait le souverain pontife. Le Concile se termina le 7 mai. Il avait duré environ sept mois. Le 23 juin le pape adressa quatre brefs (!) à Tarchevéque d^Auch pour liii accorder quelques privilèges et entr'autres celui de créer dans sa province deux tabèlKons ou notaires. Les quatre suflragants qui Tavaient accompagné participèrent à ses faveurs. Le prévôt de St-Justin et Tardiidiacre du St-Puy , qui étaient aussi de sa suite , reçurent quelque grâce. Clément rï^était pas avare de concessions. Dès le premier jour de son pontificat, il donna k Amànieu par un induis spécial le droit de mettre un religieux dans chaque abbaye de son diocèse; mais le prélat trouva autour d#lui une vive résistance. Simorre surtout ne voulut jamais s'y son> mettre. Ses deux successeurs ne furent pas plus heureux , et il fallut enfin renoncer à la concession. Une autre bulle postérieure ne fut pas mieux accueillie. Par celle-ci , Clément voulait que les ecclésiastiques ^t les abbés du diocèse qui possédaient des fiefs nobles et ne relevaient de personne, reconnussent Tarchevéque pour leur seigneur et lui prétassent foi et hommage. Quelques abbés obéirent à la bulle, mais la plupart la repoussèrent et Taffaire n'eut point de suite. ^

Durant le Concile, le comte de Fôix (2) conclut un traité avec Philippe prince de Tarente et s'engagea k marcher au secours rfu roi dé Sicile frère de Philippe.

(1) Colkct. Con. tom. li, p. IMS et sutv. —(2) Doro Vaisselle, lom. 4.

Ces deux seigneurs quittèrent Vienne avec Philippele-Bel qui avait paru au jConcile entouré de ses trois fils* et raccompagnèrent à Paris , où ils renouvelèrent leur traité. Gaston séjourna quelque temps à la cour de France. Sa mère alla Vy joindre. Rien n avait plus troublé leur harmonie depuis le dernier traité. Marguerite voulut lui donner une preuve de son entière réconciliation. En quittant le Béam, ellcS lui abandonna les vicomtes de Marsan et de Gavardan avec la ville de Gavarret. Elle se réserva seulement durant sa vie le bailliage de Mont-de-Marsan. L'acte est daté de Pontac le 40 mai i'Hi. Marguerite le ratifia le 27 juin à Pontoise , çn présence des rois de France et d'Angleterre qui le confirmèrent deux jours après.

La nièce de Mai^uerite, Cécile de Rhodez, comtesse d'Armagnac, avait comme sa t;»nte pris en main Tadministration de# nombreux domaines que lui avait légués son père; mais plus heureuse que la vicomtesse de Béam, non seulement elle avait vécu en paix avec les siens, mais elle avait fait bénir son nom par des ordonnances pleines de sagesse et par divers établissements de piété (1). Sa carrière devait être courte. Elle mourut danç les premiers mois de Tan 1313, laissant le comté de Rhodez à Jean son fils unique, à condition toutefois qu il en prendrait les armes ; mais elle lui permettait de les écarteler d'Armagnac quand il aurait succédé à ^n père. C'est ainsi que les léopards se sont accolés à nos lions. Cécile, selon Tusage du temps, fonda diverses chapelles et fit d'abondantes aumônes aux pauvres et aux monastères. Elle ckpisit pour ses exécu-

(1) Bosc, Mémoire sur le Rouergue.

teurs testamentaires le comte son mari, dom d'Âubrac, Arnaud de Landorre, Amanri de Narbonne-Taleyran, le prieur des Jacobins et le gardien des Gdrdeliers.. ' Elle fut enterrée dans Téglise des Frères Mineurs eu elle avait élu sa sépulture , et lorsque les religieux eurent rebâti leur église, ils y transportèrent son corps ainsi que celui de Mascarose de Gomminges sa mère et des autres membres de sa famille.

Jean sortait à peine de Penfance lorsque sa mère lui transmit le comté de Rhodei. Son père en prit en main Tadministration, mais lés revenus ne purent suffire au surcrottdes dépenses qu^amenèrent' les funérailles et les soins de la tutelle. Il emprunta au cardinal de Montuejols -deux mille cinq cents florins d'or. Jean les rendit dans la suite au seigneur de Montuejols neveu et héritier du cardinal.

La mort de Cécile avait été précédée de celle de Bernard VIII comte de Gomminges, qui ou^urut (4) au château de Buzet dans le Toulousain le 24 juillet 1312. Son corps fut apporté au monastère de Bolbone et y fut déposé à côté de celui de ses ancêtres. Il laissait de Laure de Montfort sa femme, outre trois filles, GëdTe, uéonore et Bérengère, six fils dont les trois dernters, Jean, Roger et Simon se vouèrent aux autels et parvinrent aux premières dignités de Téglise. Bernard laine de tous eut le comté de G>mminges. Nous ignorons quel fut Tapanage de Pierre Raymond le second. Il se distingua par son courage et fut armé chevalier avec son frère, atné par le roi Philippe-le-Bel en même temps que les trois princes ses fils. Guy le troisième fils -

[i) Dom Vaissette, toro. 1.

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