CHAPITRE I
Lei Gemaiu, let Allenanli, les Franks. — liinm, Airélia, les 1 Diocléliei, GonsU]iUn.>- Nmelle diTision des Gioles. — Nof oipopdaiM , stt eilés , Ml eut florissant. — Prepier Concile des Gaules. — lanertii é*Buie , fis de Gottstaitin , Inlien apostat, St-Gerat de Sinorre. — Vlgilaice. — Art éi Théedose.
Nous avons vu les empereurs se succéder rapidement ; la force détruisant après quelques mois ou même après quelques jours Touvrage de la force. De tant d^ Augustes qui passèrent ^ emportant les malédictions des peuples que leur élévation et leur chute rendaient également malheureux , les Gk)rdiens (237 à 244 ) paraissent seuls avoir trpuvé quelque sympathie dans r Aquitaine. Nous le jugerions ainsi aux nombreux tauroboles que la cité des Lectorates (h) (notre Lectoure), fit pour la conservation de cette famille infortunée dont les trois générations s^éteignirent si vite et cpii semblaient mériter une destinéç meilleure (*).
(1) Gniter. /fiscrtptûmes antiquœ.
{*) On appelait taarobole oa taaropole le sacrifice d'an laureia aux cornes dorées, offert à la mère des Dieux , et dont le sang, ooalant sur les initiés ou même sur leurs images, les purifiait de loutcf leurs fautes et les régénérait au moins pour 20 ans. Parmi les meurtres, les confiscations, les malheurs de tout genre qui pesaient alors sur la société, et surtout au mUieu de cette démoralis^^tion que la
Mais comme si ce n^était pas assez des maux qu'entretenaient les guerres civiles, voici venir les barbares. A eux de détruire et d'ensevelir sous les flots de sang et sous les ruines de presque tous les monuments, cette civilisation romaine usée de vices et noire de crimes !
Les Germains de Gher ou ivAer, guerre , et mann hommes, avaient dès les temps les plus reculés, infesté les Gaules. Us furent les premiers ennemis que rencontra César lorsqu'il eut franchi les Alpes. Mais ce n'est que sous Caracalla, vers l'an 213, que les historiens (1) nomment pour la première fois les Allemands , Allemanna , hommes de toute race. Ces peuples, enfants aussi de la Germanie et qui désolèrent si longtemps notre pays, passèrent le Rhin vers Fan 220 et furent repoussés par Alexandre Sévère qui parait les avûr vaincus. Ce prince qui fit revivre quelques années les vertus de Trajan et de Marc- Aurèle, ayant été égorgé, les Allemands accoururent de nouveau sur leur proie; mais ils trouvèrent un ennemi digne d'eux , le féroce Maximien. Le colosse scythe que le caprice des soldats ou le malheur des temps avait porté sur le trône , les rejeta loin du Rhin qu'ils ne repassèrent que longtemps après.
Trahi par la fortune, Valérien languissait alors dans les fers du cruel Sapor , roi de Perse, et Galhen,
plame n'ose retracer, éproovait-OD le besoin de retremper son âme, de fléchir la divinité et d'apaiser son courroax, ou bien est-ce un des dogmes fondamentaux du christianisme qui pénétrait à son insçu le polythéisme défaillant? toujours est-il que rien n'était à cette époque plus fréquent dans tout l'empire que les sacrifices expiatoires. (1) Hiil»ire AugusUle.
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son indigne fils , loin de songer à venger Thonneur de la pourpre romaine ou du moins ' à briser les chaînes paternelles, s'endormait dans les br^ de la mollesse et laissait flotter à leur gré les rênes de Tétat. L'occasion était belle : les barbares la saisirent avec empressement. Crocus (^), roi ou chef des Allemands dtérieurs ou plus voisins des frontières de Tempire , se jeta sur les Gaules et les parcourut dans tous les sens , exterminant tout ce qui se trouvait sur ses pas. L'Aquitaine eut surtout à souffrir de sa fureur : des villes entières , des monuments consacrés par les temps ou embellis par les arts disparurent alors pour toujours. Idolâtres forcenés , ces barbares se plaisaient surtout à répandre le sang chrétien. Mais la vengeance du ciel les attendait pires àiAreiate (Arles) en Provence. Chargés de dépouilles , mais peu contents encore , ils se replient de l'Aquitaine sur l'Italie, dont leur féroce avidité convoitait les richesses, lorsque atteints par une armée romaine, ils furent défaits et presque exterminés à leur tour. Crocus , fait prisonnier , expia dans les plus cruelles tortures tous les maux dont il avait accablé nos ancêtres.
Ce sort n'intimida pas une nuée d'autres Allemands qu'Orose appelle ultérieurs ou plus éloignés du Rhin, mais qu'Aurélius Victor et Zonare désignent sous le nom plus particulier de Franks ou Wrangs. Ce nom, que nous trouvons ici (vers l'an 260) pour la première fois dans l'histoire où il devait jeter tant d'éclat, signifiait alors hommes indomptables^ terri^^
(1) Histoire de Grégoire de Tours, liv. 1, ch. 3t.
bles à la guerre et non pas hommes libres , œmme il signifia depuis. Vingt tribus .Germaniques avaient, à ce qu il parait , choisi cette dénomination glorieuse pour servir de lien à leur confédëration. Plus braves et non moins féroces que leurs frères, les Franks se répandent dans notre malheureuse patrie, semant la dévastation et la mort, et faisant leur proie de tout ce qui avait écliappé à la dernière incursion. Ils sWancent ainsi jusques en Elspagne, où ils détruisent la ville de Tarragone. Là, ils se divisent pour ravager à la fois plus de pays ; et enfin , après plusieurs années d e massacres et de pillage , les diverses bandes , plus heureuses que les hordes qui les avaient devancées, se réunissent et rentrent dans la Germanie avec tout leur butin.
Uempire était alors livré h toute la fureur des guerres civiles. Trente ambitieux que Thistoire, on ne sait trop pourquoi, a flétri en masse du nom de tyrans (1), qu'ils ne paraissent pas avoir mieux mérité que la plupart de leurs devanciers ou de leurs successeurs, se disj>utent le trône dans l'espace de douze années. Les Gaules en comptèrent neuf pour leur part , en y comprenant une femme , Victoria ou Victorina^ que les soldats teints encore du sang de son mari et de son fils saluèrent du titre de mère des camps (*). Cette femme dont Tàme grande et forte était digne du haut rang où elle était élevée , craignit riiiconstance du peuple et de Tarmée. Peut-être l'omprenait-elle qu'il ne fallait rien moins que le
(1) Orose, Aurélius Victor, Zonarc.
( *) Castrorum mater.
bras d^un homme pour conduire le char de Tétat dans les circonstances difficiles où il était placé. Peut-être éprouvait-elle encore plus le besoin d'aller pleurer dans la retraite ses malheurs domestiques , car après tant de catastrophes il devait rester dans son cœur peu de place à Tambition. Quoiqu'il en soit, elle s'empressa de rentrer dans la vie privée et fit prodamer à sa place le sénateur Tétricus, son parent, alors gouverneur d'Aquitaine (i).
Tétricus revêtit la pourpre à Bordeaux , et quoique reconnu de toutes les Gaules et des E^spagnes , il fixa sa résidence dans son premier gouvememenL Pendant les six ou sept ans que dura son autorite, il repoussa les fréquentes incursions des barbares ; mais il lui était plus facile de contenir les ennemis de l'état que ses propres troupes. Las de leurs insolences et de leurs mutineries, il les livra à Âurélien (2) dont tout rOrient suivait les lois, et qui venait de faire prisonnière dans sa capitale la célèbre Zénobie, reine de Palmyre. Malgré cette soumission volontaire, Tétricus et son fils allèrent avec Zénobie orner à Rome le triomphe du vainqueur , un des plus brillants que l'histoire ait écrit dans ses fastes.
Aurélien ne survécut pas longtemps à sa dotible victoire. Il périt (an 277 ) comme presque tous ses prédécesseurs , lâchement assassiné par un de ses secrétaires , aidé de quelques complices que lui avait donnés -la crainte. Tacite et son frère Florien (3) s'assirent à peine sur le trône que cette mort tragique
(1) Euirope, liv. 10. — (2) Ilaule-Scrrc, liv. 4, ch. 1».— (3) Vapiscus.
avait rendu vacant. Les vœux réunis du sénat et de Tarmée élevèrent enfin à la dignité suprême Pcobus (<), général non moins distingué par ses vertus que par ses talents militaires. Les hommes supérieurs ne manquaient pas à Tempire, mais que pouvaient des règnes aussi courts, presque toujours brisés par la révolte !
Les Barbares avaient profité des troubles et de l'interrègne qu avaient amenés les meurtres d'Aurélien, Leurs flots toujours pliLS denses s'étaient précipités au-delà du Rbin et avaient envahi 70 cités. Cétait vraisemblablement tout ce ([ue renfermaient de villes importantes les trois Gaules de César. Les nations semblaient pulluler dans la Germanie à Tégal des sombres forêts qui la couvraient. A coté des Allemands, des Francks, des Hérules, apparaissent maintenant les Goths , les Wandales , les Burgundes ou Bourguignons. Sans se laisser effrayer de leur nombre et de leurs succès passés , Probus les attaque successivement, les chasse devant lui, traverse le Rhin à leuc poursuite, porte le fer et la ilammc dans ces vastes contrées, d'où s'élancèrent tant de tribus exterminatrices, et songe un instant à les réduire en .province romaine. Dans cette guerre, plus de 4 00,000 Barbares étaient tombés sous ses coups. Pour tant de rares exploits, toutes les cités des Gaules lui offrirent des couronnes d'or, mais le modeste vainqueur en fît hommage au sénat en le priant de les consacrer aux Dieux. Il acheva de s'assurer la reconnaissance de nos ancêtres en permettant en tout lieu,
(1) Vopiscus, Eusèbe.
98 IIlSTOlllE
ou même eu ordonnant la culture de la vigne. Cette culture avait jusque là été partielle , ou bien elle avait été restreinte a certaines localités par Domitien, Tindif^ne fri^re du vertueux Titus. Un gouvernement aussi paternel ne put soustraire ProLus aursort commun à pres([ue tous ceux que la pourpre avait marqués. Ses soldats, un insUmt ameutés, le massacrèrent près de Sirmich, sa patrie, et bientôt confus et rcpenuints ils lui élevèrent des a ntels : mais comme si ce p;rand prince eut été la seule barrière qui arrêtât les Barbares, au bruit de sa mort ils fondirent de nouveau sur nos contrées.
Girus (4), né à Narbonne, qui succéda à Probus et (pii associa à Tempire ses deux fils, Carinus et Numérien , .envoya contr eux Tainé de ses enfants et marcha avec le second contre le roi des Perses : il devait trouver la mort au sein de ses triomphes. Numérien, jeune homme de grande espérance, fut égorgé quelques mois après par Aper, son propre beau-père. Le meurtrier tomba à son tour sous le fer de Dioclétieu , le violent persécuteur du christianisme, qui se fit proclamer Auguste (avril 284). Carinus, à cette nouvelle , marche contre lui avec toutes ses légions , et dégarnit ainsi nos provinces des troupes cjui les contenaient.
Pendant ([ue les deux compétiteurs se disputaient Tempire, l'Aquitaine et la plus grande partie des Gaules étaient en proie à une guerre plus cruelle que toutes celles quelles avaient essuyées jusque là. Le fardeau des charges publiques a toujours pesé
(1) Histoire Aujfuslalo, Eutropo, Aurc^lius Victor.
sur les habitants des campâmes. Ce fardeau , le malheur des temps Tavait aggravé : les exactions des gens du fisc et Finique partiahté des juges avaient achevé de le rendre intolérable. Pressurés par un gouvernement qu'ils nourrissaient, ces malheureux s arment de leur désespoir et se soulèvent de toutes parts à la fois. Les esclaves maltraités par leurs maîtres vont grossir leiu^ bandes. Deux officiers renommés, Armand et ESien se mettent à leur tête. Quelques villes leur ouvrent volontairement leurs portes , d'auires s^y voient contraintes; le plus grand nombre néanmoins les repoussent, épouvantées de leurs excès ; car ici c'est la force dans sa sauvage brutalité. Devant «ux , malheur aux monuments des arts. Ils se ruent de préférence siur tout ce qui porte l'empreinte d'une civilisation qtd a causé ou du moins augmenté leurs maux.
Vainqueur de Carinus et seul maître de Tempire , Diodétien en jugea le faix trop lourd. Aussi s'empressa-t-il de se donner pour collègue lami de son «nfànce, Maximien (1), homme dur et grossier, né de parents obscurs près de Sirmich, la patrie de Probus. Le nouvel Auguste se chargea de ramener Tordre et la paix dans les Gaules. N'osant attaquer de front une multitude immense , il cherche à TafTamer; il la presse, la harcelle, lattaque en détail, sème la division dans ses rangs en accordant quelques grâces partielles, et frappe enfin un dernier coup. Presqu'aucun de ces infortunés n'échappa à ses firmes. Nous les verrons toutefois reparaître sous Tliéo»
(i) Aurélius Victor, Eutrope, Adore de Vicanc.
dose et bien plus tard aux plus tristes époques de notre monarchie. Dans le temps que nous décrivons, on les nommait Bagaudes^ de gaiid^ forêt , soit parce qu'ils habitaient les campagnes très boisées alors, soit parce que n'ayant pas les villes pour eux , ils étaient contraints d'aller camper au milieu des forêts. Dans la suite ils furent successivement connus sous les noms de Pastoureaux, de Jacques , de Bons Hommes, de Malandrins, de Routiers. L'histoire de leurs soulèvements et des malheurs qui les suivirent serait aussi utile que curieuse. Au riche, elle apprendrait qu'il y a non seulement joie et bonheur, mais encore avantage et repos à soulager et surtout à guérir la misère : au pauvre , elle montrerait que les troubles et les désordres ne sauraient que lui apporter de nouvelles douleurs, et ainsi qu'aggraver sa position. A tous elle nous enseignerait k mieux bénir la marche actuelle de la société, qui , avec ou malgré les hommes et les événements, tend à relever les dernières classes et par là à améliorer leur sort.
L'extermination des Bagaudes ne ramena pas la paix dans nos contrées. Les diverses tribus Allemandes que tant de défaites ne semblaient que rendre plas opiniâtres, reprurent en deçà du Rhin, tandis que d'autres Barbares se montraient sur les autres frontières de Tempire. Incapables de faire face à tant d'ennemis à la fois , les deux Augustes s'associèrent (293) deux Césars , Galérius et Constance Chlore (<), et se partagèrent les provinces pour les mieux défendre. Dans ce partage, les Gaules, l'Rspagne et
(ij Zozime, Ilisloinî Aiij^tist aie.
DE LA GASCOGNE. iOi
la Grande-Bretagne échurent à G>nstance. Sous son administration paternelle , notre pays respira enfin de ses longues soufTrances. Lies ennemis furent repousses, les édits de sang proclama par Diodétien retires (i) et les impôts singulièrement diminués. Ce dégrèvement lui attira une ambassade de la part de ses collègues. Sa conduite , lui disait-on , ne pouvait qu^entralner la ruine de Tempire; Tor était indispensable pour armer les troupes destinées à la défense de la patrie. Le nouveau César se contenta de répondre qu^il n^était pas un aussi mauvais administrateur qu'cm le pensait au loin , et que le lendemain, sans pins tarder , il montrerait qu^il avait les moyens de £ûre face aux plus pressantes nécessités. Cependant il fait prévenir ses grands officiers et les principaux seigneurs de la cour et des provinces qu'il a un besoin urgent de sonunes considérables. Chacun s'empresse de lui donner des preuves solides de son dévouement. Qn lui apporte de toutes parts des charges d'or et d'argent, et en peu d'heures ses coffres furent tellement remplis que les députés étrangers ne purent cacher ni leur surprise ni leur admiration. Après leur départ, Constance fit rendre toutes ces sommes à ceux qui les lui avaient prêtées , bien sur de les retrouver chez eux dans l'occasion. (( V^oilà^ redit Mézerai (2) , d'après un vieil auteur Gaulois, voilà comme sans lacées extraordinaires ^ sans édits et sans traitants^ il était plus riche que tous les autres princes ses compagnons^ puisqu'en épargnant la bourse de ses sujets il aidait acquis le crédit d'en disposer entièrement ».
(1) Théodoret. — (2} Histoire de France.
^02 HISTQiRÊ
Dégoûté des honneurs suivant les uns , outré somirt les autres de voir les chrétiens se multiplier sous lu hache de ses bourreaux, et plus vraisemblablement poursuivi des remords que devaient amasser dans son cœur tant de flots de sang si in}U5temeiit et si vainement répandu , Dioclétien avait dépouillé la pourpre ainsi que Maximien (en 304) et laissé Tempire aux deux Césars devenus ainsi Augustes (1 )^ Calérius^ sans consulter son collègue, nomma à son tour C&ars, Sévère et Maximien , neveux Tun et l'autre de Maximin. G)nstance, de son côté, éleva quelque temps après à cette dignité éminente , son fils Constantin , que Galérius retenait près de lui sous prétexte d'honneur et d amitié , mais en réalité pour s'assurer de sa personne. Ce prince , alors âgé d'environ 32 ans , sut néanmoins tromper la vigilance de ses gardiens, et s'échappant de la cour il rejoignit Constance au moment presque où il s'embarquait pour la Grande- Bretagne. Le ciel semblait l'envoyer i^^ueillir le» derniers soupirs de son père et sa succession à Tempire. Salué aussitôt Auguste (2) (24 juillet 306), il se hâta de prendre en main l'autorité , sans néanmmns accepter de quelques années le titre que lui déféraient le dévouement de ses troupes et plus encore Tamour et la reconnaissance des populations gouvernées jadis par Constance. Après avoir assuré la tranquillité de la Grande-Bretagne, il repassa dans les Gaules qu'il habita cinq ans , et en s'éloignant il y laissa pour gouverneur son fils Crispus, qu'il avait eu de Minervine sa première femme , mais que la jalousie
(!) Zonare, Zoziine. — (2) Zozime;
d'une marâtre barbare et le ressentiment d'un père trop crédule ravirent dans la suite aux espérances des Romains (1).
Bientôt le fer, le poison, la vengeance du ciel ou une mort naturelle le délivrèrent de cette foule de concurrcns ou de collègues qui sous le nom d'Augustes ou de Césars, se disputaient le vaste empire de Dioclétien. Resté seid maître, et plus hardi ou plus habde politique <fue le triste philosophe de Salone , il ne voulut partager avec persoime lautorité suprême. Il aima mieux faire subir à l'administration d'assez grands changements. C'est ainsi qu'à la place d'un préfet du prétoire unique, il en établit quatre, dont un préfet des Gaules (2). Ce préfet avait trois lieutenants ou vicaires. Le dernier résidait à Vienne , et de lui ressortissait la i\oveni{X)puIanie, comme nous l'apprend la notice de l'empire. On attribue aussi généralement à Constantin la division des Gaules en 4 7 provinces (i) , parmi lescjuelles on compta la première Aquitaine, capitale Bourges, la seconde, capitale Bordeaux et la troisième , presque toujours nommée Novempopulanie , capitale Eluze (Eauze actuelle). Ce qui est certain , c'est qu'on les trouve alors nommées pour la première fois; mais Rufus , qui nous a transmis ces détails, cite le fait sans désigner le prince dont il fut l'ouvrage.
Ici surgissent un nom nouveau* et une nouvelhî organisation qui par l'église s'est perpétuée jusqu'à 1 789 : tout nous invite à nous y arrêter. Voici le texte tel qu'il parut sous le fils de Théodosc {\)»
(i) Zonarc. — (2) Zozime. — (3) Ilaulc-Scrro (4) Notitia provinciarum , notitia imperii.
liv. 5, ch. 1. —
-f04 HISTOIRE
Novempopulanie , cités 12; métropole, la cité des EHusates; puis la cité des Aquois, la cité des Lactorates, la cité des Convenues, la cité de Conserans, la cité des Boa tes , la cité des Béarnais , la cité des Âturiens, la cité Vasadoise, la cité Tarbes où est le château Bigorre , la cité des Olérounois , la cité des Ausciens. (Note 1", voir à la fin du volume).
On cherche vainement dans la notice la cité des Sotiates , les premiers défetisétirs de la liberté Aquitaine, notfe Soâ actuel. Ce qui faisait ombrage à la politique des maîtres était écarté. Toutes ces dtés avaient été déplacées. Du sommet des hauteurs sur lesquelles elles reposaient, elles étaient allées s'étendre sur la plaine voisine et presque toujours sur le bord de la rivière ou du ruisseau qui serpentait à leurs pieds. A peine si leur premier site conserva un point fortifié qui au besoin répondit de Tobéissance du pays. Leur nouvelle position était plus favorable au conunerce et ait développement de la civiKsation qui accompagnait la conquête , mais aussi et avant tout elle se prétait moins à la résistance» Organisées à Tinstar de Rome , ces villes avaient leurs privilèges municipaux, leur sénat et leurs consuls (4). Le père d'Ausone , né à Bazas et habitant de Bordeaux étiit membre du sénat des deux cités (2) ; et Aiisone dit de lui-même : j'aime Bordeaux et j'honore Rome; citoyen dfe la première et consul dans les deux (*). Cette organisation avec le droit romain
(i) Haulc-Serrc, liv. 3, ch. 4. — (2) Sidoine, idylle 30. O Diligo IJurdigalam, fîomam coîo , cfvis in illa^ cousu! mamt'obus.
DE LA GASCOGKE. <05
qu'elle suppose et qu'on appela depuis droit écrit {X>ur le distinguer du droit coutumier basé sur des usages originairement transmis par la mémoire , mais recueillis plus tard, cette organisation avec le droit romain qu^elle suppose, siurécut à l'invasion des Barbares. Nous la retrouvons avec quelques modifications, fruit inévitable du temps et du frottement des races, sous les deux premières monarchies. L'établissement des seigneuries à Taurore des Capétiens consacra ce qui était. Ainsi s'explique pourquoi dans toute la Gascogne chaque paroisse eut sa communauté ou commune, son conseil de jurais, espèce de sénateurs, et enfin ses consuls ; et pourquoi , à nos portes, Toulouse s'enorgueillit encore de son capitolc , innocent souvenir de ce qui fut jadis.
A côté de ces douze cités d'autres naquirent moins importantes sans doute, mais riches aussi et populeuses. On en compta vraisemblablement au moins autant qu'il y avait de peuplades diverses. Parmi ces peuplades neuf remportaient par leurs forces et leur puissance. C'est d'elles que le pays s'appela Novempopulanie (<). Mais quels furent ces neuf peuples principiux ? Les savants ont été vivement partagés à cet égard comme ils le sont du reste sur tous les sujets qui prêtent à l'interprétation. Les voici , d'après le docte Marca (2) dont l'opinion nous semble avoir prévalu : les Tarbelhens (d'Acquois) , les Elusates , les Ausciens , les Bazadois , les Béarnais , les Aturiens , les Bigerri et les Convenae. Le nom du neuvième peuple manque dans toutes les éditions. C'étaient vraisemblablement les BoiciLs.
ii) Uaulc-Serrc, Marca. —:2) Liv. 1, «h. 5.
i06 HISTOIRE
Sous sa nouvelle dénomination, la Novexnpopulaai^ parvint à Tapogce d'une civilisation que nous avons sans doute laissée bien loin derrière nous , mais qui ne fut pas sans gloire et sans éclat. NtJle autre province ne pouvait se comparer à elle pour la fertilité. Salvien, avec sa parole énergique, l'appelle la moelle des Gaules ; et dans la fécondité de son sol , les charmes de ses sites si variés , la richesse de ses moissons , la fraîcheur de ses ombrages , Tabondance de ses eaux, il voit une image du paradis terrestre (1). Ses blés nourrissaient l'Espagne (Strabon) et approvisionnaient les armées de la Germanie (Ammien Marcellin) ; quand l'Afrique fut perdue , elle devint le grenier de Rome (Claudien). Les bords seuls de rOcéan tranchaient avec le reste de la province , mais là encore la poix, la résine, la cire et le millet (2) rédimaient les habitants et répandaient l'aiâance sous le dehors de la pauvreté* La vigne y fut cultivée à bonne heure. Ses raisins furent connus à Rome. Columelle parle souvent des plants de Médoc ; Pline les cite aussi : et dans l'enthousiasme de son amour pour son berceau, Ausone s'écrie : « (*) ô ma patrie, célèbre par tes vins , tés fleuves et tes grande hommes ! » De nombreux troupeaux erraient dans ses pâturages (3). On faisait de leurs laines des vêtements dont quelques-uns étaient appréciés. Le pape St-Grégoire envoya
(i) Sahius, liv. 7, De gubérnatione Z)ei.— (2) Strabon, Ausone, Dioscoride.
(*) O ! patriam insigmm bacho fluviUque virisqae , et ailleurs parlant de ses huîtres : Non laudata minus quam nostri gloria vini.
(3) Horace, Cicéron , Pline.
DE LX CASCOcyE. iOl
ëa signe d'eulogie à un patriarclie d'Orient six petits manteaux Bordelais (1). Les capes de Béam et de Bigorre, sombres, courtes et velues, furent connues de tous les temps dans les Gaides (2). L'une déciles, sous Honorius, fut vendue cinq écus. Fortunat observe (pie c'était le vêtement ordinaire de St-Martin à la fin de ses jours. Martial loue le beurre de Toulouse ou plutôt des Pyrénées d'où Toulouse l'exportait au loin (*). Ses chevaux furent renommés : César leur rend hommage en parlant du siège soutenu par les Sotiates. Strabon ne croit mieiix pouvoir vanter des jambons qu'en les comparant aux jambons des Cantabres et de Bayonne (**) , et Atlienée ratifle son jugement. Les saumons de la Garonne sont mis par Pline au dessus de tous les poissons de.ri\dère. Ses lamproies sont vantées par Sidoine qui loue aussi les truites de TAdour. Les huîtres de Médoc et de Bordeaux le disputaient aux huîtres si célèbres de Bayes, et leur réputation les avait portées jusqu'à la table des Césars (***). L'or abondait dans les Pyrénées; on le recueillait aussi sur les bords de l' Ariège et de l'Adour. Le fer est indiqué dans César. Les marbres de l'Aquitaine se taillaient en colonnes (Sidoine) et décoraient les portiques (Anastase). Les malades allaient demander la santé à ses eaux thermales, peut-être alors aussi
(1) St-Grégo!re de Tours, liv. 6, leUre 201. — ; 2) Fortunat, Sl-PSBolin, Stilpice Sévère, dialogue 2, ch. 1.
(*) Née quadra deerat easei TolotatU
(**) Apud hos, en parlant d'un peuple^ eonficiuntur prœttctntes caniabrieiê non cèdent es.
(•••) Ottrea Baianit certantia usque ad Cesareas tulit adm tfafio mentas.
nombreuses que de nos jours. 11 u est pas jusqu'à nos boues bienfaisantes que nous ne retrouvions sous les empereurs romains. On y voit , dit Pline (1) , sourdre en plusieurs endroits des eaux ici froides , là chaudes , ailleurs boueuses comme chez les Tarbelliens et sur les Pyrénées qui n'en sont séparées que par une légère distance.
Constantin jouit longtemps de son ouvrage , si toutefois c'est à lui que Ton doit rapporter cette organisation. En etdevant le gouvernement des Gaules à l'infortuné Crispus, il le donna d'abord à Fainé des fils de sa seconde femme nommé Constantin comme lui. Il le lui retira bientôt pour en gratiûer Constance son puîné , celui de ses enfants qu'il parait avoir le {dus tendrement aimé, et celui aussi qui méritait le moins sa tendresse. Cette dernière administration fut paisible. Les Barbares contenus par la crainte qu'inspirait au loin l'empereur ou gagn^ par ses présens, respectèrent nos frontières jusqu'à sa mort qui n'arriva qu'en 337 (2).
Depuis Antonin , on n'avait pas vu un règne aussi long , et chose non moins remarquable au milieu de tant d'instabilité , après lui ses fils recueillirent paisiblement l'héritage paternel. Le christianisme commençait à porter ses fruits. Il l'avait fait asseoir sur son trône dès 311, bienfait immense qui donna à la société des bases plus solides, et aux peuples de nouvelles et imprescriptibles garanties , en même temps qu'il donnait aux Césars de plus sûrs gages d'obéissance et de respect.
(l)Liv. 31, ch. 2. — (2)Zonaro.
Le sang ne coulait plus sur les échafauds , les persécutions avaient cessé. La religion chrdtienne trouvait enfin protection et appui là où elle navait rencontré durant trois siècles que mépris ou défiance , alors qu elle n y trouvait pas haine et proscription. L^Église voyait s'ouvrir devant elle une nouvelle ère , mais avec cette ère naissaient de nouveaux besoins. A peine se fut-elle reposée quelques jours de ses longs combats, ou plutôt eut-elle un peu cicatrisé ses blessures, qu'elle assembla de toutes parts ses premiers pasteurs. Ces assemblées , connues sous le nom de Conciles , devenues nécessaires pour fixer le dogme attaqué par Terreiur ou ramener dans les points principaux les fidèles à Tunité de discipline malgré la différence des climats et la divei^ité ou quelquefois la rivalité des peuples, sont souverainement propres à nous faire connaître les mœurs publiques dont les auteurs contemporains nous tracent a peine une légère esquisse. Aussi irons-nous souvent puiser à cette source trop négligée jusqu'à nos jours. Nous y verrons mieux notre nation qu'à la cour des rois ou sur les champs de bataille.
Le premier Concile tenu dans les Gaules , s'assembla à Arles en 314 (1). On y vit accourir des prélats non seulement de presque toutes no^ provinces , mais de l'Italie, delà Sicile, de la Sardaigne, des Espagnes; de la Grande-Bretagne et même des côtes de TAfrique. La Novempopulanie y fut représentée par Mamertin, son métropohtain , assisté de son diacre Leoncius. C'est ici la première date irréfragable.
(1) Le P. Ltbbe, CoUectio fonci/torum, lomc 1.
Aussi ncii avons-nous point assigne jusque là. Nous n^aurions pu émettre que des conjectures plus ou moins plausibles. On y régla que la Pàque , la grande fête chrétienne, serait célébrée uniformément dans tout le monde catholique. On frappa d^excommunication les soldats qui déserteraient leurs drapeaux, le» acteurs qui joueraient sur les théâtres et les clercs qui se livreraient à l'usure. On interdisit encore la communion , mais pour un temps , aux jeunes filles qui épousaient des payens. On proclama Tindissolubilité du lien conjugal même en face des désordres avérés de Tépouse , et on défendit à Tépoux de con« tracter un nouveau mariage diurant la vie de son indigne compagne. C'était protester contre les moeurs si faciles du polythéisme et ses unions si éphémères , qu'il n était pas rare, sous les derniers empereurs, de voir des Romains ou des Romaines ayant formé ait et jusqu'à vingt alliances successives.
Mamertin est seul nommé à Arles. Eluse s'était relevée de ses ruines après la mort de St-Taurin et avait recouvré ses prélats. Les autres cités avaient aussi vraisemblablement leurs pasteurs , quoiqu^aucun ne soit mentionné dans le Concile. L'Église formée sous la hache des bourreaux s'était organisée dans l'ombre, mais tout n'était point achevé. Quand Constantin arbora l'étendard dé la croix , elle se modela sur la hiérarchie civile. Là où elle rencontra une métropole, elle établit un archevêque ou métropolitain : les cités reçurent des évéques. La mesiu-e dut être générale dans tout l'empire , et malgré qu'aucun monument ne l'atteste formellement , le grand nombre des prélats que nous voyons réunis dans les
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Conciles de rOrient et de TAfrique, et divers traits épars dans l'histoire des Gaules ne permettent guère le doute à cet égard.
Après Mamertin , nous ne savons rien de ses successeurs durant près de deux siècles. Ce vide ne doit pas trop nous étonner, les titres d'Eluse ont disparu avec cette métropole. Nous n'avons sur les prélats qui occupèrent le siège à cette époque que les documents de Thistoire générale et les Conciles. Mais l'histoire se mourait alors en Occident, ou recueillait son dernier souffle de vie pour raconter les malheurs publics ; et les courses des Barbares qui suivirent la mort de Constantin rendaient impossibles les assemblées ecclésiastiques. Resteraient les Cartulaires. Ici ils manquent complètement. Œuvre presque tous . du moyen âge , ils n'ont enregistré que ce qui r^ardait les sièges ou les monastères alors existants. Ainsi s^explique la longue absence que nous signalons. Le souvenir deSt-Paterne et de ses quatre successeurs a été conservé parce qu'ils se rattachaient à St- Taurin, le fondateur présumé de l'église d'Auch. Après St- Taurin, cette Église ne s'occupe plus d'Eluse; elle avait ses évéques propres (i). Citère est le premier qui se présente dans l'ordre des dates. Nous ne connaissons que son nom ainsi que celui d'Anfrone , d'Apruncule cl de St-Ursidn ou Ursinien qui s'assirent successivement sur le nouveau trône pontifical. Nous sommes encore moins heureux pour le reste des suflfragants; pour eux le silence est complet malgré les troubles
(1) Dom Brugolles, Chroniques d'Auch. Manuscrit de M, d^Aignan.
religieux provoqués ou du moins attisés par un des fils de Constantin.
A la mort du premier empereur chrétien, ses enfants s'étaient partagé ses vastes états. Constantin , l'aîné des trois (1) eut pour son partage les Ganles, les Espagnes et la Grande-Bretagne, mais il périt bientôt victime de son ambition. Sa part vint alors s'ajouter à ce que possédait déjà Constant , le dernier des frères. Les Barbares, croyant trouver dans un changement de règne une occasion favorable , avaient repassé le Rliin. Constant les repoussa avec tant d'avantage qu'ils n'osèrent plus infester nos frontières. Enflé de ce succès , il s'abandonna à toute la fougue d'un naturel violent et emporté. Tout trem* blait autour de lui , lorsqu'une révolte née dans un festin et parmi ses principaux officiers , plaça sur son trône Magnence , esclave affranchi , qu'il avait un jour arradié à la fureur de ses soldats mutinés en le couvrant de sa pourpre. Tranquille et confiant, le nouvel empereur se livrait alors au plaisir de la chasse. Forcé de fuir en. toute hâte, il fut atteint à Elne , près des Pyrénées, et massacré en 340 par les satellites du tyran (2).
L'Italie et les Gaules pressurées par Constant, reconnurent avec joie la domination de son meurtrier et s'armèrent pour le défendre contre Constance. Celui-ci , resté seul des enfants du grand Constantin, et maître depuLs longtemps de tout l'Orient , se hâta de passer en Italie pour y punir l'ingratitude et y recueillir l'héritage fraternel. Les deux armées se
(i; Zonarf . — (2) Zozimc,
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rencontrèrent à Murse en Pannonie. Le combat présenta le caractère d'acharnement qu'offrent trop souvent les ferres civiles. Les dissensions de Tempire n'en avaient peut-être pas vu de plus meurtriers. Plus de 65,000 hommes restèrent sur le cliamp de bataille. Quoicpie Magnence eut lâchement pris la faite dès le premier choc , les lëgiops Gauloises combattirent avec opiniâtreté jusqu'à la nuit , mais toute leur bravoure ne put lîxer la victoire dans leurs rangs. Furieux d'une défaite qui était son ouvrage et de quelques autres échecs qui la suivirent, le tyran finnchit les Alpes et se réfugie dans les Gaules. Là , méconnaissant tout ce qu'il devait au dévouement de notre patrie , il l'accable d'impôts , la couvre de sang et de ruines , et fait oublier par ses exactions et sa cruauté le gouvernement oppresseur de G)nstant. Enfin , lorsqu'il craint d'être li\Té au juste ressentiment du frère de sa victime (1), il égorge sa mère et ses amis, si toutefois une âme aussi atroce put compter des amis , il blesse de plusieiu^ coups Désidérius, son plus jeune frère, qu'il croit avoir privé de la vie , et se perce lui-même de son épée. Décentius , son autre frère , qui était en marche pour lui amener quelques secours, apprend à Sens ces afireoses nouvelles , et ne pouvant sur\ivre à tant de malheurs, il s'étrangle avec sa ceinture, an 352.
Les Barbares avaient, selon leur coutume, profité de ces troubles. Ils y étaient d'ailleurs sollicités par Constance, charmé de susciter à son rival des ennemis pour paralyser une partie de ses forces ; mais
(1) Zonarc.
Magnence abattu , ils pillèrent le pays qu'ils devaient délivrer. Pour les chasser, Constauce descendit de ritalie et s avança jusqu'à Arles , où il passa rhiver. Il y marqua son séjour par des jeux publics, où malgré le malheur des temps , il déploya la pon^ et la magniGcence dont les souverains de la mdle Asie aimaient à s'entourer au cirque et au théâtre (i). Cependant, il faisait arriver d'Aquitaine d'immenses convois de vivres, que retardèrent les pluies plus longues et plus fréquentes, ce printemps, qu'elles ne Tétaient d'ordinaire. Fort de tous ces préparatifs, il ouvrit en personne la campagne , qui ne fut signalée par aucune action d'éclat. Les Barbares demandèrent et obtinrent facilement la paix à des conditions avantageuses.
Constance savait mieux conduire des débats théologiques qu'une expédition militaire. On connait tout ce qu'il mit d'opiniâtreté à soutenir l'arianisme, qui dépouillant le Christ de sa divinité, tendait â ne montrer dans le Dieu des chrétiens qu'un honmie supérieur. Nos lecteurs nous permettront de remarquer ici que la pliilosophie matériahste du dernier siècle qu'on voudrait faire revivre parmi nous, n'a pas même la gloire d'avoir inventé un de ses dogmes fondamentaux. Rétrogradant jusqu'aux premiers siècles de l'église , ses coryphées avaient dérobé leurs sophismes aux Arius, aux Constance, aux Juhen, aux Celse , aux Jambhque , à tous les soutenants des erreurs de Tépoque que nous décrivons. Dans cette lutte déplorable , comme le furent et le seront tou-
(1) Amraicn Marcellin.
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jours les luttes religieuses, parurent avec un éclat particulier deux enfants de F Aquitaine, St-Phébade d'Agen et surtout St-Hilaire de Poitiers (1), aussi distingué par ses talents que par son zèle et ses vertus. Ses œuvres que le temps a pour la plupart respectées, Font placé parmi les plus grands orateurs dont s^konore Téloquence chrétienne.
Uempereur fut à peine éloigné des Gaules, que les hordes barbares reparurent plus nombreuses que jamais. Ne pouvant les combattre par lui-même et craignant de trouver un concurrent dans le général qu'il enverrait dans des contrées si éloignées , revêtu de toute son autoiité, il se décida, quoiqu'à regret, à nommer César, Juhen, son cousin germain, si connu depuis sous le triste nom d'apostat , et lui fit épouser la princesse Hélène , sa sœur. Après Favoir ainsi attaché à ses intérêts , il lui abandonna, an 355 (2), le gouvernement des Gaules. Le nouveau gouverneur, bien différent de ceux qui l'avaient précédé , y gagna tous les cœurs par la douceur et la sagesse de son administration, par son activité et ses succès contre les Barbares, et enfin, ce que Ton n'attendait guère de l'ennemi le plus forcené qu'ait peut-être jamais compte le diristianisme , par la haute faveur quil accorda aux {Nrelats orthodoxes (3).
FcHcé, quelques années plus tard , an 361 , par la jalousie de Constance, de s'armer contre son bienfaiteur et son parent , et proclamé Auguste par ses troupes, il alla périr à Tàge de trente-un ans et après 21
(1) Sulpice Sévère , Socrate , Sozomènc. — (2) Zonarc , Zozime. — (3J Haute-Serre.