‹ Histoire de la Gascogne (volume 3)Chapitre 9 sur 32 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

BUblisseMit d« laRiligioieknlieue.— Sl-Sernio, St-Pat«rie, St^Tairiii, St-Liper, St-Geiy, St-Glir, Sle-FaisU, Ste-i^enre, Ste-Dode» StMtoitterie.

Pendant que la société allait ainsi s'affaiblissant sous le poids d'un despotisme tour à tour sanglant ou stupide et des vices qui marchent toujours à sa suite, le christianisme, qui devait la relever et la placer sur ses bases naturelles, s'infiltrait insensiblement dans son sein. Nous ignorons Tépoque précise où il fut porté dans les Gaules ; mais ce dut être vers les temps apostoliques. L'ardent prosélytisme des premiers héraults de TÉvangile nous en est un sûr garant. Plus tard eut lieu une mission célèbre dans les fastes de TEglise Gallicane. Les uns la placent à la fin du I*' siècle de Fère chrétienne , ou au commencement du II"; les autres la rejettent avec plus de raison peut-être jusques au règne de Dèce, en 232. Il ne nous appartient point de prendre couleur dans une discussion qui a longtemps divisé et qui divise encore le monde savant et où chaque parti invoque en sa faveur des raisons très-plausibles. Quoiqu'il en soit, Saturnin , ou comme on l'appelle dans nos contrées , Semin (<), l'un des neuf Apôtres envoyés par le Pontife de Rome , planta l'étendard de la foi à Toulouse, capitale des Tolosatcs.

(i) Les Bollandisles. Les Bréviaires d'Auch, de Paris, do Touloufe.

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Bientôt, avide de nouvelles conquêtes, il s^suixc" mina vers TE^pagne : sur son passage , il opéra des conversions nombreuses à Auch (*) et y bâtit, près de» rives du Gers, un oratoire qu'il dédia à St-Pierre et qui fut depuis oonvcrti en église (.^ )•

Le séjour de Semin à Auch fut court, son zèle Tentrainait plus loin. A Eluse (Elauze actuelle) , la récolte fut plus abondante. S'il fallait en croire Tancien Santoral d'Auch, il aurait amené sous le joug de rÉvangile la cité tout entière. Sans ajouter une foi complète à un document qu^une critique impartiale ne saurait admettre qu^avec réserve , nous devons reconnaître que le nombre des néophytes fut considérable , puisqu'il y fonda deux oratoires : on appelait ainsi dans les premiers siècles du christianisme^ ks petites églises. L^un de ces deux oratoires était situé hors des murs de la ville et dédié à St-Pierre, comme foratoire d'Auch; l'autre fut bâti dans le sein même de la ville : celui-ci , il le plaça sous l'invocation de la Mère de Dieu , et l'enrichit d'un assez grand nombre de reliques précieuses. .

Ç') B'après une ancienne tradition , presqne perdue de nos }fmn , le premier adeipte du chrislianifime dans nos m«i« aurait élé-aniiir dinier qui porta en présent à son père dans la foi, queIqae8«poiret cueillies sur un de ses arbres. Pour récompenser sa docilité et lui témoigner sa gratitude, l'apôtre bénit ces ft'uits et leur donna îexeellente qualité qui les distingue. Telle serait l'origine des poires de bon chrétien d'Auck. D'autres en font honneur à 8t-Oraari^ la plus illustre de nos pontifes. Jadis on les appela quelquefois pompidiennes, de St-Pompidien , dont nous parlerons bientôt , ou pompeyennes, du grand Pompée qui, après la défaite de Sertoriua , ies aurait apportées d'Espagne dans l'Aquilaine.

(1) L'ancien Santoral d'Auch. Le manuscrit de M. d'Aignan. Les chroniqueurs ecclésiastiques.

DE LA GÀSCOGDîE. *] \

Cependant Téclat de ces conversions et des prodiges qui les avaient provoquées, porta le nom de Semin jusqu^au fond des Espagnes. Curieux de voir et d^entendre Thomme des miracles , Paterne abandonna Tolède , sa ville natale , et franchit les Pyrénées. Quand on court au devant de la foi, son triomphe est assuré. L'enfant de TEspagne devint bientôt le disciple chéri de Semin, le compagnon de ses travaux évangéliques; et lorsque sept ans après Fapôtre dut retourner à Toulouse , où l'attendait la couronne du martyre, il laissa aux Elusates, Paterne pour leur premier évéque.

Quelques écrivains , parmi lesquels il faut ranger le P. Mootgaillard et les premiers auteurs de la GoBiachristiana^ placent avant St-Pateme, St-Cérase dont ils font le disciple de St-Sernin. D'autres le disent son compagnon et son égal dans le ministère apostolique , mais tous le font mourir à Simorre , où sa Bdémoire et ses reliques n'ont jamais reçu un culte particulier (1). Ce St-Ccrasc, ils le distinguent de St- Gérat dont nous parlerons plus tard. Nul, certes, plus q«« nous n'a de la déférence pour les auteurs dont le travail a précédé et facilité le nôtre , et ^prtout nul n'a voué plus de respect que nous aux illustres savants qae nous venons de citer ; mais néanmoins nous ne saurions adopter ici leur sentiment. Car pour cela il iâudrait admettre qu'à des distances assez rapprochées, il y eut deux évéques régionuaires , portant à peu près le même nom , ayant évangélisé la même contrée et terminé leur carrière dans le même lieu : il fau-

(1) Dom Brugelles. Les Bollandistes.

drait admettre encore que de ces deux évéques , le premier, le fondateur de la foi, le véritable apôtre, aurait vu sa mémoire complètement éclipsée par le second ; plus que cela , que son nom, contrairement à tous les usages, aurait été totalement omis dans les cartidaires des églises de la province. Aussi , ne balançons-nous point à donner St-Pateme pour le disciple immédiat de St-Semin et le premier évéque d'Eluse.

Paterne (1) parait avoir gouverné longtemps son église. A son lit de mort, il fit, dit-on, entendre ces paroles prophétiques: moi le premier ^ trois après moi, et riert plus ensuite , jusquà ce que le siège soit cliangé ; que celui qui emponera d'ici t autel et les reliques de la f^ierge, ne laisse ni moi, ni eua^(*). L'oracle ne tarda pas à se vérifier. Les successeurs de Paterne , St-Servat , St-Optat et St-Pompidien , dont nous ne connaissons que le nom et la sainteté , furent remplacés par St-Taurin. Nos lecteurs ne s'étonneront pas de trouver ici comme au berceau de presque toutes les églises, une suite assez longue de prélats, honorés d'un culte public. Dans ces temps d'épreuves et de combats, il fallait des vertus peu communes et une foi bien courageuse pour accepter une dignité qu'entouraient des dangers presque continuels, et qui le plus souvent conduisait au martyre. Le nouvel évéque poursuivait Toeuvre du

(1) Dom Bnigelles. Le P. Montgaillard. Manuscrit de M. Fabbé d'AignaD.

(*) Ego anus, très post me et nihil amplius ex quo mutabitur sedes; et quicdtare et pignora beatœ Mariœ hinc detuUrit , fae et illos non derelinquat.

christianisme, et par là Tœuvre de la civilisation, lorsqu'une nuée de barbares vint menacer la cité d^Elnse, dont les richesses tentaient sans doute leur cupidité. A ces hordes on résistait quand on se sentait assez de forces pour repousser l'agression; mais si on jugeait la résistance impossible ou vaine, on s'enfuyait, la destruction ou. la mort suivant toujours la conquête. Taurin , forcé de s'éloigner avec une partie de son troupeau, se retira à Auch (i), où il eut soin d'apporter avec les corps de ses prédécesseurs , l'autel consacré à Marie par St'^rnin et St-Pateme , et les reliques précieuses dont les pieux légendaires du moyen âge nous ont conservé la mémoire et le nombre. A les entendre, ce n'était rien moins qu'une petite partie des cheveux de la Ste-Vierge , un morceau de sa robe, quelques parcelles de la pierre de son sépulcre et de la terre où elle avait rendu l'esprit.

Auch , où se réfugia St-Taurin , se partageait alors en deux cités distinctes, l'ancienne Climberris ^ bien amoindrie sans doute , sur la crête et 'le liane de la colline, et YAugusta des Aiisciens ou la ville claire, conmie on l'appela quelquefois depuis , sur les rives du Gers.

La foi y avait fait des prosélytes depuis les prédications de St-Semin. L'oratoire fondé par notre premier apôtre n'avait pas suiB. Un autre avait été bâti hors des murs d'enceinte des deux villes. Là était le cimetière depuis si- tristement célèbre dans les fastes de notre Métropole; peut^tre ce cimetière avait-il donné naissance au nouvel oratoire. Les lois romaines

(1) Uom Bruxelles. Le P. Montgaîllard.

proliibaieiU les iuliumatioiis daus les cités; le poly théisme, sensualiste et frivole, n^aimait pas le spectacle de la mort; dans le cercueil il n^y avait pour lui qu'horreur et destruction, aussi le reléguait-il dans la campagne. Le christianisme au contraire, lui qui avec ses dogmes immortels , avec ses préceptes de haute spiritualité, ne voyait dans la mort qu^un sommeil, dans le tombeau qu'une leçon grav6 et utile , aimait à conserver près de lui les mortelles dépouilles de ceux de ses frères qui s'envolaient dans Tétemité. Pour cher aux prescriptions civiles , il plaçait les cimetières hors de la cké ; mais fidèle à son esprit , dans ces cimetières il bâtissait un temple. Le nouvel oratoire avait été dé" dié à 5i- Jean , et porta longtemps le nom de St^ean de TAubepine, Sanctî Joannù Albispinei^ qu'il aban* donna pour prendre depuis celui de Si-Oreos, en l'honneur du glorieux prélat qui y fut enseveli. Cest l'ancien St-Orens dont nous n'avons conservé qu'une chapelle, devenue aujourd'hui l'église de l'Immaculée G)nception. Du temps de St-Taurin, il l'emportait sur l'ancien oratoire de St-Pierre, car l'illustre fugitif se contenta de bâtir sur le sommet de la ooUine une petite chapelle , dans laquelle il plaça l'autel de la Ste-Vierge et une partie des précieuses reliques qu'U avait portées d'Eluse. Il déposa le reste avec les corps de ses prédécesseurs dans l'oratoire de St^-Jean, où il établit son siège. Nos lecteurs devinent ^ns peine que la petite chapelle érigée par St-Taurin , est devenue aujourd'hui notre magnifique Métn^le.

La présence du prélat, l'exemple de ses vertus, ses pressantes exhortations ne pouvaient que raviver la piété des chrétiens et en augmenter considérable-

ment le ncmibre. Aussi est-il généralement regardé comme le premier évéque d^ Auch. Nous inclinerions toutefois SL penser (jue notre siège épiscopal est plus ancien; car c^était Tvsage à pea près constant de la primitive église, lorsque la foi avait été prèchée dans lUie ville un peu importante , et surtout lorqu'elle y avait fidt des progrès, d'y {dacer non un ou plusieurs prêtres, mais un évéque. Or, St-Semin avait depuis fort longtemps jeté à Auch la semence évangélique , et celte semence s'y était accrue au point de nécessiter deux oratoire^ et un cimetière. De plus , St-'Çtorin est certainement postérieur à St-^Geny, et par conséqueat â H^uterius, évéque de Lectoure. Même avant Lectoure, Dax, suivant la tradition généralement admise, avait eu des prélats : ainsi voilà deux évéctiés déjà forosiés. Cependant , à part EUuse , Auch ■e T-a jamais, que nous sachions, même sous Tempire romain, cédé en rien auK autres cités de la provmoe.

Nous demandons sérieusement pardon à nos lecteurs de placer si souvent nos pensées à la place des fûts. Nous sentons qoe «e ne sont que des oonjactnres pins ou moins plausibles; mais, quand le moHoment est debout sous les yeux et qu'on ne peut e& découvrir les fondements, n'est-K^ pas à la sagaâité de f observateur de les deviner?

Cependant Tenceinte d'une ville était trop étroite pcNir le zèle de Taurin. A cette àme ardente il fallut un théâtre plus vaste. La charité est quelque* fois affamée de conquêtes autant que l'ambition. Comme celle-ci, la première sait, quand il le faut, aller presque, si j'ose le dire, jusqu'à une aveugle

et audacieuse témérité. Le bruit se répand un jour que , pour accomplir je ne sais quel rite du culte druidique, une foule nombreuse se réunissait dans le bois de Berdale , alors plus étendu qu'il ne Test de nos jours ; car il ne se terminait qu'à une légère distance d'Aubiet. A cette nouvelle (i), le héraut de rÉvangile ne se contient point : bravant tous les périls et souriant peut-être au sort qui l'attendait, il court attaquer Terreur jusque dans son repaire. Le sacrifice était commencé : tout à coup, au milieu du silène religieux, une voix se fait entendre, c'était Taurin. A la multitude abusée , en présence des prêtres qui Tégaraient , il dit tout ce qu avaient de vide et de mensonger les fausses divinités qui surprenaient ses adorations , et au contraire tout ce qu'avait apporté à la terre de justice, de consolations et de liberté, le Dieu dont il était lui, le ministre. La foule s'étonne d'abord de la hardiesse et de Tétrangeté de ce langage; elle hésite quelques instants; mais bientôt poussée par les Druides, elle se jette sur l'imprudent ou plutôt sur l'intrépide apôtre et le massacre. Il respirait encore, lorsqu'un idolâtre plus emporté que les autres , lui tranche la tête d'un coup de hache. Une ancienne tradition (2) , que nous sonunes loin de garantir , mais que nous recueillons, comme nous en recueillerons bien d'autres semblables, parce que nous voudrions consacrer tous les souvenirs locaux , une ancienne tradition veut que le Saint ait, aux yeux de ses meurtriers très-étonnés sans

(l)Doni Brugelles. Le P. Hontgaillard. L'aneien Santoral d'Auch. — (2) Manuscrit de H. d'Aignan. Les Bollandistcs.

doute , renouvelé le miracle de St-Denys de Paris, et porté, avec son tronc mutilé , sa tête jusque dans la rue d'Auch qui depuis reçut son nom. On prétend que sa vie se lisait jadis dans un ancien manuscrit, qui s'égara longtemps avant la fin du dernier siècle. Il fut d'abord enseveli à côté de ses prédécesseurs dans Téglise de St-Jean , mais plus tard, il fut transféré dans la chapelle qu'il avait bâtie sur la crête de' la colline , et qui alors était devenue l'église métropolitaine. Là, son chef fut renfermé dans un pilécieux reliquaire*; mais on ignora longtemps où étaient déposés les restes de ses dépouilles sacrées. Autour du martyre de St-Taurin, nous devons placer celui de St-Luper (i) que l'église d'Eauze a toujours honoré conune son premier patron. Rien de moins avéré que les circonstances de sa vie; aussi, les sentiments sont entièrement partagés à son égard. Les uns le font asseoir sur le siège de St-Pateme avant, les autres après le martyr d'Aubiet. Un plus grand nombre lui contestent le titre d'évéque, et de ceux-ci quelques-uns le disent prêtre et quelques autres le prétendent diacre , ou même simple fidèle. Plusieurs enfin distinguent trois Saints du même nom , dont les deux premiers auraient été immolés en Espagne, et dont le dernier aurait versé son sang à Elauze , où il aurait reçu le jour , et où d'anciennes peintures , d'accord en cela avec les tableaux que Ton voyait à Gavarret, à Rimbès et dans quelques autres églises, le représentent avec la dalmatique, symbole du diaconat. Parmi tant de divergences , si

(1) Manuscrit de M. Tabbé d'Aignan.

nous pouvions adopter une opinion, c'est vers la dernière que nous indinenons. Nous avons, il est vrai, sous les yeux, une légende de St-Luper, tirée d'un ancien manuscrit de Tabbaye de Berdoues, et extraite en partie du grand ouvrage de Boquet, évéque de Montpellier. Elle edt pu jeter du jour sur tant d^obscurités; mais le pietix prélat qui la composa, et les bons moines qui nous Font trans* mise, semblent se jouer de la crédulité de leurs lecteurs. En voici une légère esquisse.

Le Saint, est-il dit dans cette légende, naquit i Saragosse, en Espagne, de parents pauvres, mais vertueux. Dans son premier âge, il entra dans Tétabli d'un forgeron. Celui-ci lui présente une barre de fer rougie au feu : a Jeune garçon , prends oejer^ et yois combien il peut peser. L'erfant Luper happe le fer tout flamboyant et le pèse. Forgeron mon amij la lame est si chaude qiiil ne se peut dire; mais on peut dire combien elle pèse , parce que son poids n^est que de neuf liv^res ». Vérification faite, ce fut le poids réel. Â dix ans, il va à Gironne , où il rendit la vue à deux aveugles qui lui demandaient Taumône. Â douze ans, il s'enfonce dans une solitude profonde, qu'il quitte plus tard pour se rendre à Eluse. Un serpent monstrueux s'élançant de la Gélise , arrachait des maisons les mères avec leurs enfants , et répandait au loin la terreur. Dans leur détresse , les Elusates courent se jeter aux genoux du serviteur de Dieu, et implorent son appui. Luper accueille leur prière, et plein de confiance en celui qu'il adore , il s'avance seul et sans armes vers le monstre qui d'abord s'élançnit furieux , mais qui reconnaissant bientôt le Saint,

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dépose sa fureur et se couche à ses pieds , calme et soumis. Luper Fattache ayec son étole et le conduit sur les rives de la Gélise , où il le prëdpite en lui défendant de quitter Teau jusqu^à ce quHl se soit perdu dans la mer. A trente-cinq ans , il guérit un lépreux , longtemps perclus de tous ses membres.

Cependant, le préfet Dacien, de sanglante mémoire, fit publier à fHuse, où notre manuscrit le fait naître , les édits des empereurs contre les chré** tiens, et étala sur la place publique tout lappareil des supplices* A cette vue, la foi de quelques-uns cbancelle, et le troupeau enfanté à Jésus^Christ par St-Semin et ses successeurs , compte un petit nombre d^apostats. Luper ne peut tenir à ce spectacle. Il se présente devant le préfet et lui reproche son impiété. Potir toute réponse , Dacien le fait aussitôt saisir , et épuise sur lui tout ce que le génie du mal avait jusques là inventé de tortures. Le corps brisé , mais Time encore ferme et entière , le généreux confesseur de la foi est alors fêté dans un affreux cachot , d^où il rendit la vue à un enfant aveugle et paralytique , que sa mère lui tendit à travers les barreaux de sa prison. Quelques jours de repos ayant retrempé ses forces , il subit avec le même courage une nouvelle et plus sanglante épreuve. Honteux de n'avoir rien pu obtenir par la violence, le tyran descend alors aux séductions. Luper , inspiré d'en haut , feint de céder et demande que tout le peuple soit assemblé sur la place publique, pour le rendre témoin de sa conduite. Dacien , trompé par Tambiguité de ces paroles , s'empresse d'ordonner le rassemblement et y fait conduire le prisonnier. La mère du jeune aveugle

était accourue, et se méprenant comme les autres, elle reproche hautement au Saint sa défection. Celui-ci, sans s'abaisser à se justifier, u femme , tais-toi , et vous citoyens, soyez attentifs ». En même temps, il commande à Tenfant encore paralytique de marcher et d'aller sommer en son nom la statue d'Apollon de venir devant rassemblée; la statue obéit, déclame elle-même contre la stupidité du culte des idoles, et rend hommage à la foi du Christ. Ce mirade et 1» sainte intrépidité de Tathlète chrétien amènent la conversion d'Anatole , heutenant du préfet , chargé sans doute de présider à l'apostasie du Saint. Cette conversion entraine à son tour celle des troupes jJacées sous les ordres du heutenant et d'un grand nombre d'assistants de tout rang et de tout sexe: tous demandent le baptême. Luper les baptise à l'eau d'une fontaine que ses prières ont fait jaillir i ses pieds, et doublement heureux de ce dernier triomphe, il est enfin nus à mort sur le lieu même avec presque tous ses néophytes , qui mêlent ainsi leur sang aux ondes qui viennent de les purifier.

 côté de cette légende , nous allons en placer une bien différente. On croirait, en la lisant , parcourir quelques pages du vieil Hérodote. On y retrouve le moyen âge qui nous l'a conservée , car elle est du xiii* siècle ; on l'y retrouve avec toute sa naïveté et sa candeur; nous ne ferons guère que traduire. Ici, tout porte le cachet de la vérité.

St-Geny (i) dut le jour a des parents illustres. Avant sa naisssance , un saint prêtre fut par trois fois averti

(1) Les Bollandisles. Le P. Montgaillard.

en songe que Claire, sa bienheureuse mère, mettrait au monde un fils qui entraînerait sur ses pas une multitude de ses cx)mpatriotes vers le royaume du ciel. Les premières années répondirent à Tattente qu'avait fait naître cette prédiction. Pieux, chaste, modeste , détaché des choses de ce monde, tout annonçait dès lors le saint futur. Sa jeunesse s^était ainsi écoulée dans la pratique des vertus, lorsque sous le tyran Maxime, on envoya dans les Gaules deux proconsuls , chargés de faire main basse sur les chrétiens dont ils devaient livrer quelques uns à la mort, et plonger les autres dans les cachots. Arrivé à Auch , un de ces magistrats apprit que Geny avait déjà enlevé aux idoles un grand nombre de leurs sectateurs. Il détacha aussitôt une trentaine de soldats, avec ordre de saisir Fennemi des dieux de l'empire , et de le conduire devant son tribunal. Au bruit de leur approche, le jeune chrétien, toujours plus con- 6ant dans le Seigneur et dans ses étemelles promesses, gravit le mont sur lequel il avait coutume de prier. Ce mont était voisin de la maison qu'il oocupait dans le faubourg de Lectoure : on l'y voyait presque continuellement, demandant au ciel qu'il affermit ses sentiments contre les séductions de l'esprit tentateur : a Seigneur Dieu, dit-il alors, mon espérance, mon consolateur et mon maître : vous qui m'avez enseigné à prier, me voici à vos pieds, daignez accueillir ma prière. F^ous m'aidez senié la vie depuis mon enfance et vous m'avez gardé de la corruption. Vous m'avez arraché à la pauvreté de ce monde pour m'appeler aux trésors immortels de votre gloire. Ma langue ne peut assez vous bénir de toute la bonté que vous

avez déployé à mon égard ; délivrez aujourd'hui ràmc de votre serviteur des mains de ses ennemis ; et soutenu par vous, j'accomplirai votre œuvre et garderai vos préceptes ». A peine eut-il achevé sa prière, que la colline trembla sous ses genoux. Une voix se fit entendre du ciel, elle disait : ce courage, courage, serviteur bon et fidèle, montre-toi un digne athlète du Christ. Loin de ton cœur toute crainte; tu entreras dans la joie avec ceux qui n'ont point souillé leur innocence. »

Ces piroles pénétrèrent vivement Gcny : il se releva plein de la force d'en haut , en armant son front et affermissant sa poitrine du signe jde la foi. Cependant, les soldats approchaient, et déjà ils voyaient la victime qu'ils venaient saisir, lorsque la rivière du Gers, qui arrose ces heux et qui les séparait, s'enfla tout à coup , au point qu'il fut impossible de gagner la rive opposée. Les soldats reconnurent le doigt de Dieu dans cette crue subite , et frappés de terreur , ils se prosternèrent de>'aiit le maître du ciel , en s'écriant : il est grand le Dieu des chrétiens ; s'il était comme les divinités de pierre et de bois auxquelles nous avons prodigué nos hommages, il n'^agirait pas ainsi ; abjurons leur culte et adorons le Seigneur vivant qui a fait le ciel et la terre , la mer et tout ce qu'ils renferment. Car en vérité, il est puissant celui qui protège ainsi ceux qui espèrent en lui et n'abandonne point les siens, mais leur prête son appui dans les périls et les malheurs. Ils pissèrent ainsi près de deux jours sur les bords de la rivière. Le troisième , pleins de joie et animés de l'esprit de vérité, ils parviennent jusques au saint,

se proslement à ses pieds ; et baisant la trace de ses pas, ils lui disent: a béni soit votre Dieu, ô père, u qui apprenez à le louer, et bénissez-nous \ous- « même en son nom : sachez ensuite qu'un magistrat a impie nous a envoyés pour vous poursuivre ; mais c( le ciel nous a fait connaître la grandeur de votre u Dieu : nous vous prions donc d'avoir pitié de nous, (( afin que nous puissions vous imiter et marcher à « votre suite ».

A ces paroles si peu attendues, Genj tomba à genoux , et élevant ses yeux vers le ciel : « je vous (f rends grâce , Seigneur Jésus, dit-il, de ce que vous <c avez daigné faire briller vos merveilles aux yeux « des serviteurs nouveaux que votre grâce a conquis ; « faites qu'ils puissent obtenir bientôt ce que solliu citent leiurs vœux impatients. » En même temps il disait aux soldats : u croyez au Dieu vivant que je « prêche, croyez au Sauveur qui porte secours et « protection à ses serviteurs, croyez au Rédempteur « qui est mort pour nous rouvrir le ciel. Croyez à c( la parole de ceux qui laiment ; il est la fleur de a nos âmes , et dans son immense beauté , il fait que (( nous apprenons toujours quelque chose de lui , tt quoique cependant nul esprit ne puisse concevoir son ce essence, et moins encore aucune langue la raconter ». En instruisant ainsi les néophytes qui se disaient prêts à croire la divinité du Christ, il arriva avec eux à la porte de la ville. Ils allèrent ensemble trouver Celse , ce vénérable prêtre qui avait prédit sa naissance. Les soldats tombent à ses pieds et le prient de leur administrer le baptême. Celui-ci leur accorde la faveur qu'ils réclament, et les garde auprts de lui environ dix jours.

Après ce terme , les soldats retournent vers le magistrat qui les avait envoyés. « Pourquoi vous (( étes-vous autant retardes ? Auriez- vous reçu de l'or <( ou de l'argent , ou bien vous seriez-vous laissés « subjuguer par quelque maléfice ? La grâce de Jésustt Christ,' répondirent-ils, est préférable à For et à c( Targent , et nous avons reconnu que tous les homn mes qui vivent dans Terreur où vous avez croupi Cl jusqu'ici, seront^ frappés de la damnation étemelle. u Alors le magistrat dit en gémissant : ainsi donc ils u sont damnés les très invincibles princes qui font « ûeurir le monde !!! Ils ne le font point fleurir, c( répondit Tun des soldats ^ ils Tobsctutûsent. Je vous f( plains, pauvres infortunés, répliqua le magistrat, (( en secouant la tête !!! Ce n'est pas nous qu'il faut a plaindre , s'écrièrent d'une voix unanime les ardents « chrétiens , mais c'est vous qui êtes souverainement « à plaindre si vous ne croyez pas à notre Seigneur c( Jésus-Christ. Alors le magistrat perdant patience , Cl leur dit : par le salut et le culte de nos divinités, i( vous sacrifierez aux Dieux immortels selon les déci crets des princes, ou je vous fais punir. De même « qu'on ne peut faire mourir le serpent à son gré , Cl si on ignore le chant , répondent avec une nouvelle « fermeté les athlètes de la foi , de même vous ne Cl pourrez d'aucune manière nous séparer de l'amour il du Christ. » Ces mots décidèrent de leur sort; la rage s'empara alors du cœur du magistrat. A l'heure même , il les fit conduire hors de la porte de la citiÇ et leur fit trancher la tête. Le lieu qui servit de théâtre à leur martyre s'appela longtemps le sang des innocents. Une foule de chrétiens assistaient à leur

flemier combat j ils rachetèrent leurs corps des mains des bourreaux et les ensevelirent avec honneur. Pendant qu'ils s^envolaient au ciel , St-Geny , insthiit d^en haut , s'associa à leur félicité et célébra avec pompe leur glorieux triomphe.

Le Magistrat envoya alors plusieurs autres soldats avec ordre de faire périr Geny au milieu des tortiures. Mais le saint , à qui rien n'était inconnu , pressentant leur arrivée , gravit de nouveau la montagne , témoin ordinaire de ses pieuses méditations , et se prosternant devant le Seigneur , il dit : a Seitt gneur, qu'ils se réjouissent tous ceux qui espèrent en <c vous; puissent mes yeux vous contempler bientôt !!! a car j'ai voulu et accompU votre volonté et gardé a en entier vos préceptes !îî Puisse- je encore, ô mon « Dieu, mériter de voir devant le trône de votre u majesté ceux que j'ai envoyés au supphce en votre <c nom. Enfin, ô mon Dieu, abaissez vos regards sur <c votre enfant selon votre grande miséricorde, et « recevez en paix l'àme de votre serviteur )>

Conune il achevait sa prière, ses yeux se fixèrent vers le ciel; il y vit les brillantes couronnes que Ton préparait pour lui et pour ses compagnons. Autour de ceux-ci se pressait une multitude d'anges , aux blanches ailes, qui chantaient: u qu'ils soient mis « au nombre des saints et inscrits dans le livre de tt vie ceux qui vainquirent l'antique serpent et ne <c souillèrent point leur innocence. » A celle vue, ses genoux fléchirent et son âme s'envola vers les demeures éternelles. Son passage à la bienheureuse éternité eut lieu le 3 mai. Il expira sur la crèUî de la montagne où son corps , d'où s'exhalait la plus

suave odeur, demeura exposé à la vénération publique. Presqu^au pied du mont, est une basilique que le saint avait bâtie, et où il avait enseveli sa mère. C'est près de celle qui lui avait donné le jour que Tévéque de Lectoure , nommé Heuterius , lui éleva un tombeau. Il j transporta ses dépouilles, précédé de son clergé et suivi d'une multitude de chrétiens. Les funérailles étaient terminées, lorsque les satellites du tyran se présentèrent. Ce jour même , deux aveugles recouvrèrent la vue qu'ils avaient perdue depuis dix ans , et plusieurs personnes , atteintes de divers maux, furent entièrement guéries. Peu de temps après, une grande famine ayant désolé toutes les Gaules, deux pauvres veuves sortirent de la ville pour aller chercher au loin quelques herbes. Egarées dans les champs et surprises par la chute du jour, elles se réfugièrent dans la basilique de St-Geny, c[ui durant toute la nuit fut éclairée d'une grande lumière et embaumée de roses et de Ip. Quand le jour reparut, elles trouvèrent près du tombeau du saint , deux pains d'une grosseur extraordinaire qu'elles emportèrent avec joie, et depuis cette époque bien de prodiges attestèrent combien était puissante devant Dieu l'intercession du bienheureux Geny.

La palme du martyre, échappée à Geny dans la cité de Lectoure, y fut cueiUie par St-Clar (<) ou St-Qair, un de ces évêques régionnaires si nombreux dans les premiers siècles de l'église. Celui-ci était originaire d'Afrique. Enflammé du désir d'étendre

(1) Les BoUandislcs, l'ancien Propre des Sainls de Leutourc, le Rallia Cbristinna.

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le règne du Christ, il quitta sa patrie, suivi de quelques jeunes gens, à ràmc ardente comme la sienne, et se rendit à Rome. Cest là que presque tous les ouvriers évangéliques venaient recevoir leur mission. Le Souverain Pontife reçut avec joie ce pieux essaim. Il crëa Clair évêque , le plaça à la tête de ses com- . pagnons et l'envoya dans les Gaules, où la moisson était plus abondante et l'occasion du martyre peut-être plus fréquente qu'ailleurs. Clair aborda d'abord à Cologne, où sa parole et ses exemples firent de nombreuses conquêtes. Ce succès toutefois ne put l'arrêter; traversant toutes les Gaules , il gagna la cité d'Alby, Avant qu'il y entrât, les idoles dont les démons avaient coutume de se servir pour rendre leurs oracles devinrent muettes ; et comme on s'étonnait de ce silence , on raconte qu'une fille possédée s'écria dans un de ses accès frénétiques , qu'il approchait le serviteur du vrai Dieu, apportant avec lui une lumière nouvelle. Aussi, lorsque le lendemain, Clair se présenta aux portes de la cité , les esprits étaient prévenus. On s^empressa autour de lui pour entendre les paroles de vie et de vérité. Sur des esprits ainsi disposés , le succès était d'autant plus facile que de nombreux miracles confirmaient sa doctrine. En peu de temps presque tout le pays fut régénéré dans les eaux du baptême.

Au milieu de ces pieux triomphes , si doux à son cœur, l'homme de Dieu comprit que le ciel l'appelait à soutenir de plus grands combats pour la foi du Christ. Disant donc un dernier et pt^niblc adieu à ses chers néophytes , il poursuivit sa course vers les Pyrénées et arriva ii Lcclourc , où il trouva un ac-

cueil bien différent A peine eut-il " commencé à

y faire entendre sa voix, que les prêtres des faut

Dieux le précipitèrent dans un noir, cachot. Ils l'en

tirèrent peu de jours après et le conduisirent à

Hontelio pour quHl sacrifiât à Diane, la divinité

du lieu. Mais , dès qu'il a mis le pied dans le temple ,

l'idole s'arrache de son autel et tombe en poudre.

Furieux de ce prodige qu'ils attribuent à la magie,

les infidèles se jettent sur le thaumaturge, déchirent

ses vêtements et le traînent à travers les chardons

et les ronces dont le voisinage d'Hontelio était alors

hérissé. Ensuite ils le frappent de verges et l'attachent

à un chevalet où ils le laissent trois jours suspendu ;

enfin , ils le ramènent dans le cachot. La un ange

vient l'avertir de se préparer à son dernier combat

Le vaillant soldat du Christ le soutint le lendemain

avec son courage ordinaire. Conduit hors des murs

de la ville, il tomba à genoux, pria longtemps, et

se relevant, il tendit avec joie son col à la hache

du bourreau.

Jusqu'ici , nous avons vu la couronne de sang, la plus belle et la plus noble aux yeux des chrétiens , orner seulement la tête des grands et austères héraults de l'Évangile. Quelquefois cependant elle venait se poser sur le front candide et pur d'une jeune et timide vierge. Telle fut, dans le Fezensac, Ste-Faustc, célèbre sous les deux premières races de notre monarchie , et dont nous ignorons et la vie et les glorieux combats ; nous savons seulement que sur son tombeau on avait élevé une magnifique basilique que détruisirent les Normands (1).

(1)Marc«.

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Ste-Dode iUustra plus tard TAstarac. EUle naquit , dit-on (1), d^une des premières familles du pays, et trouva dans Fauteur de ses jours un ennemi implacable de la religion qu^elle avait embrassée. De là, des persécutions incessantes qui ne servaient qu'à raffermir dans la foi , et qui devaient , bêlas ! se terminer par un événement bien tragique , du moins si on en croit une ancienne tradition , que ne rejette pas le P. Montgaillard. Las de voir si longtemps sa voix méconnue et ses efforts inutiles , son père ne connut plus de bornes, et dans les transports d'une rage forcenée , il s'arma d'un coutelas et le plongea tout entier dans le sein de sa fille. Nouveau Brutus ou plutôt mille fois plus déplorable que le premier consul de Rome , il sacrifiait son enfant , non à sa patrie , mais à d'absurdes et stupides idoles. On donne quelquefois pour sœur à Ste-Dode , Ste-Gemme , dont la vie est entièrement inconnue, et Ste-Quitterie , plus célèbre dans nos contrées que ses prétendues sœurs , quoique ses actes ne soient pas plus authentiques (2).

Ils nous viennent d'ELspagne, et si, à travers plusieurs variantes, il fallait les croire, Quittère ou Quiiterîe serait fille de Giius-Atibus-Severus-Catilius, gouverneur de la Galice et de la Lusitanie, le Portugal , pour l'empereur G)mmode. Sa mère , honteuse d'avoir mis au monde plusieurs filles à la fois , conjura la sage-femme de les faire noyer en secret. Celle-ci , qui était chrétienne , feignit d'accepter avec joie cette horrible mission, et trompant la confiance

(1 ) Manuscrit de M. d'Aignan. — (2) Bollandistes. Manuscrit sur les év^ucs d'Aire.

de celle affreuse mère , elle remit ces enfants à de pieux chrétiens qui habitaient dans un bourg éloigné, et qui , avec le lait , leur firent sucer les principes de leur foi. Catilius découvrit dans la suite révénement qu'on avait voulu dérober à sa connaissance. Il reconnut ses filles et employa tout ce que son titre de père et de gouverneur lui donnait d'empire pour les ramener au culte ^des faux Dieux ; mais toutes résistèrent avec courage. Quitterie, plus ferme que ses soeurs, soutenait leur fermeté par ses exhortations. Catilius ne put se résoudre à sévir ; il se reposa sur les séductions que le temps pouvais amener , et laissa dormir la sévérité des édits.

Cependant , la beauté de Quitterie qui se distinguait autant par Téclat de ses charmes que par Tardeur de sa foi, frappa Germain , un des plus rîdies seigneurs du pays. Il demanda sa main à Catilius. Le gouverneur, flatté de cette aUiance, Taccorda volontiers, sans consulter sa fille, et comme Tamour du jeune seigneur ne s'accommodait pas de longs délais, on fixa le jour des noces ; mais pendant les préparatifs, Quitterie, qui depuis longtemps avait voué à Dieu sa virginité et qui avait tenté vainement de faire rompre un mariage dont Tidée seule l'effrayait , prit la fuite et alla se cacher dans une petite ville selon les uns et suivant les autres dans une profonde vallée. Germain , prévenu trop tard , s'irrita d'une évasion que son amour dédaigné regarda comme une insulte ; il poursuivit la fugitive, et l'ayant atteinte il lui trancha lui-même la tête de sa large épée. Tel est le récit des auteurs Espagnols. Ils ajoutent que traitée . de folle dans ses derniers moments, clic pria j>our

les insensés qu^on conduirait à son tombeau. Le théâtre de son martyre est placé en Elspagne, dont plusieurs lieux se disputent cet honneur , mais plus souvent à Aire. Là, comme à Aubiet, le corps mutilé, suivant une tradition immémoriale, se releva et porta le chef jusques à l'endroit où Ton bâtit depuis son sépulcre.

Ce chef fut placé plus tard dans un magnifique reliquaire (1). Un des prieurs de Tabbaye du Mas, ayant, apostasie pour embrasser le protestantisme, pilla Téglise confiée à ses soins et emporta entr'autres objets précieux le rehquaire. Mais, mu par un reste de cette foi qu'il n'avait pu dépouiller entièrement, il rendit la relique à Cristophe de Foix, évéque d'Aire. Le prélat , retiré alors sur ses terres dans le Bordelais , la mit en dépôt dans l'église de Ste-Eulalie de Bordeaux, où elle resta jusquen 89.

Le sang de tant de généreux martyrs fécondera notre Aquitaine. Laissons cette semence précieuse se développer en silence, et retraçons rapidement les derniers déchirements de l'empire romain.

(I) Hamucrit sur les érèques d'Aire.

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