H6 HISTOIRE
mois de règne, dans une expédition contre le roi des Perses. ()n raconte assez généralement qu au sein de la victoire, mortellement atteint d'une flèche lancée par une main invisible, il prit du sang qui s'^échappait h gros bouillons de sa plaie , et que le lançant Vers le ciel il s'écria , en insultant au Dieu que poursuivait sa rage impuissante : tu as vaincu Galiléen (\). Avec lui, 16 juin 363, s'ensevelît à jamais dans la tombe le polythéisme Gréco-Romain qu'il tenta de raviver en le rajeunissant.
Jovieii, que les soldats portèrent sur le trône après la mort de Julien , ne l'oc^cupa que sept mois (2). Valentinien I**', qu'ils y appelèrent ensuite , se sentant trop faible pour soutenir seul le poids de l'empire que les malheurs publics rendaient toujours plus pesant, prit bientôt pour son collègue, Valens, son frère, et lui adjugea tout TOrient avec la moitié de ses armées, n garda pour lui l'Occident et établit sa résidence à Trêves. De la , il surveillait nos frontières et repoussait les aggressions incessantes des tribus Germaniques. Quelquefois vaincu, mais plus souvent vainqueur, non seulement il délivra notre patrie, mais dans doux campagnes successives il porta la guerre chez nos étemels ennemis qu'il tenta d'asservir à soii Unir. Son règne assez doux, si du moins on le eompate au règne du cruel Valens , s'écoula parmi ces combats.
A sa mort, causée en 375 pr les transports d'une violente colère (3) , ses principaux oflGciers s'empressèrent de saluer Auguste son second fils Valentinien II. jeune enfant de cincj ans que son père avait conduit
(1) Zonarc. — (2) Zoiinrc , Zozinu'. —(3) Zozimc.
DE LA GASCOGJSE. Ml
avec lui eu Paiiuonic dans une cxpecUtiou (contre les Quades. Gratien Tainé cta il depuis lougtemps associé aTempire (i). Les deux empereurs, dont le plus âgé comptait à peine 1 6 ou 18 ans , se partagèrent les états paternels. Yalentinien II , sous la tutelle de Timpératrice Justine sa mère, eut pour lui Tltalie, rniyrie et l'Afrique, et alla fixer sa cour non i Rome, mais à Milan, près du grand St-Ambroise. Les Gaules, les Espagnes et la Grande-Bretagne échurent à Gratien, qui à l'exemple de son père établit sa résidence à Trêves. Les ennemis ne manquaient jamais aux nouveaux règnes. Gratien signala ses premières armes par des succès éclatants. Ses victcûres et celles de Valentinien P^ forcèrent enfin les Barbares au repos. L'Occident respira de ses longs combats. Une paix de six ans eut bientôt cicatrisé presque toutes les plaies. Les campagnes se couvraient de moissons , les villes se relevaient de leurs ruines et se repeuplaient de nouveaux habitants.
Tant de prospérités énervèrent le cœur d'un jeune prince bon , mais trop ami du plaisir. Lii préférence marquée qu'il donnait aux Barbares sur ses propres sujets , en les rapprochant de sa personne et en leiu: confiant les premiers emplois de sa cour, indisposèrent les esprits. Maxime , qui commandait dans la Grande-Bretagne, profita des circonstances avec adresse (2). Poussés par ses secrètes instigations , les soldats ne voulurent plus reconnaître pour empereur celui qu'ils accusaient de méconnaître les Romains et revêtirent de la pourpre l'infidèle général. Quoiqu'elle
(1) ZoDarc. — (2j Zonarc y Zozimc.
fût l'objet de tous ses vœux , celui-ci parut l'accepter à regret. L'ambition emprunte si souvent le manteau de l'hypocrisie !
Après avoir affermi sa puissance dans la Grande- Bretagne , l'usurpateur passe dans les Gauler et atteint près de Paris l'armée de Gratien : ce prince se voit tout à coup abandonne des siens. Suivi seulement de quelques cavaliers , il s'enfuit précipitamment vers les Alpes , ne rencontre partout que des traîtres , et meurt assassiné à Lyon, le 25 août 383. Il avait conservé le plus tendre attachement pour son ancien précepteur le poète Ausone, la gloire alors de notre Aquitaine, n l'attira près de lui, le combla d'honneurs et de biens et Tcleva enfin au consulat (1), la première dignité de l'empire. Cette faveur fut encore rehaussée par les circonstances qui l'accompagnèrent. Il lui donna pour collègue Olibrius, un des principaux seigneurs de Rome; il lui envoya la robe qu^avait portée à l'époque de son consulat l'empereur Constance lui-même : enfin , il voulut honorer de sa présence la cérémonie de son installation, ajoutant avec une grâce infinie que ce qu'il devait à son maître était toujours au-dessus de ce que lui dictait la reconnaissance. On suit avec plaisir ces touchantes particularités qui honorent également le précepteur et son royal élève. Pourquoi faut-il que la volupté et surtout la flatterie aient dans la suite perverti un aussi heureux naturel ?
La fin de son règiie vit troubler la longue et profonde paix dont Téglise d'Aquitaine jouissait depuis
(i) Ausone, idylle 2.
la mort de Julien lapostat. Priscillien , forcé d'abaudonner les Espagnes devant les justes clameurs cpie soulevaient ses principes hétérodoxes, en appela au saint-siége et s^achemina vers Rome ; mais peu pressé de parvenir au terme de son voyage, il s'arrêta à Bordaux (4) où il fit quelques prosélytes et surtout à Eluse dont les haUtants, gens simples et candides (dit Sulpice Sévère), et jusqu^alors singulièrement attachés à la saine doctrine, se laissèrent généralement pervertir. Le mal l(Hn de s^arréter à son départ, s^étendait dans Tombre , lorsqu'un Concile assemblé à Bordeaux vint proscrire Terreur. Cette condamnation assura le triomphe de la vérité, mais ne ramena pas tous les esprits. Chez les Elusates surtout Toeuvre devait être longue et difficile. L^homme de la droite de Dieu à qui ce bonlieur était réservé se formait alors aux travaux de lapostolat, sous les yeux et à l'exemple du grand Ambroise de Milan ; du moins s'il faut en croire la légende qui nous a paru la plus vraisemblable. St-Cerat (2), car c'est de lui que nous voulons prier, naquit dans cette partie du pays des Allobroges qui porta depuis le nom de Bourgogne. Son père , de race patricienne, le plaça dès son bas âge sous la discipline de l'évéque de Milan , qui Téleva dans les sciences et la piété. Après la mort de son illustre maître, Cerat quitta l'Italie et retourna dans les Gaules. Ses vertus, ses talents et le grand nom d' Ambroise le recommandaient au choix des fidèles. Aussi , quand Grenoble eut perdu St-Domnin , son évêque , il fut mis à sa place.
(1) Sulpice Sévère, llaute-Serre. — (2) Les Bollandistes, maBuscrit de M. (f Aignan , Bréviaires de la Province.
L'ariaoisme ravageait ce siège comme il déscJait alors presque tout le monde clirétieu. Le nouveau pasteur Taltaqua hautement , et après plusieurs conférences réglées, il fit mieux que le confondre, il ramena à la foi véritable le chef des sectaires* Cette conversion en entraina plusieurs et en promettait d'autres encore ; mais Thérésie , furieuse de sa défaite et du triomphe qui lavait signalée, jura anssitôtia perte de celui dont elle avait trop appris à redouter le zèle. Elle intrigua dans Tombre et peignit aux yeux de la multitude abusée et surtout du gouverneur romain, Tévcque comme un artisan de troubles. LWage fut si violent, que Cerat fut obligé d'abandonner son siège et de s'eidler. Gervais et Protais, ses diacres, différents des deux martyrs placés sur nos autels, se firent les compagnons de son exil. Il se retira avec eux dans TAstarac, et s'étant arrêté à Simorre , il en convertit les habitants encore à demi idolâtres. Dès que le troupeau se fut accru , il lui bâtit une église entre la ville d'alors et la Cimone, la consacra à la Stc- Vierge et y établit , dit-on, pour la desservir et pour étendre au loin le règne du Christ, quelques clercs qui vivaient en commun à la façon des moines. Ce genre de vie se répandait en Occident depuis que St-Ambroise et St-Augustin Pavaient institué à Milan et a Hippone.
Cependant La métropole d'Eluse était sans pasteur , et cet état de viduité aidait au progrès du priscillianisme. Cerat accourut au secours de la religion, il prit le gouvernement deTéglise, et par sa douceur, s(\s vertus et ses exhortations ramena les brebis égarées,
iffennit les cœurs chancelants et fit même sur Tidoalne toujours vivante, surtout au fond des campgnes, Tassez nombreuses conquêtes. Il resta longtemps au milieu d^ ouailles que sa charitc s^dtait données , et piand Tépuisemeut de ses forces commença à trahir xm zèle, il reprit le chemin de Simorre et se retira dans une des nombreuses forêts dont le pays était couvert et pie le souvenir de ses vertus fit depuis appeler saintes. [1 y mena une vie si parfaite que Dieu voulut eu comoiencer la récompense dès ce siècle par le grand nombre ie miracles dont il Thonora. Enfin , chargé d'années et de mérites, il termina sa vénérable carrière le 6 juin, sans qu'on puisse assigner d autre date.
Ses obsèques furent dignes de sa haute sainteté. Les clercs de Simorre allèrent en grande pompe, accompagnés de tout le peuple , chercher son corps. Ils le déposèrent datis une petite chapelle assez voisine de la ville et dédiée à St- André, et lui érigèrent un tombeau ie marbre. Mais tant de miracles signalèrent sa puissance auprès de Dieu, quils crurent, quatre ans après, lui devoir plus d'honnetirs qu'il n'en recevait dans un lieu isolé. Ils Tenlevèrent à la chapelle de St^André et le transportèrent dans leur église où ils le placèrent sous un autel latéral. Cette translation eut lieu le 26 avril, jour où nous célébrons sa fête. Les anciennes légendes racontent au long les faits prodigieux qui la marquèrent. Néanmoins, elle n'empêcha pas les peuples de visiter la tombe primitive restée à St-André et transférée, après la destruction de la chapelle en 4 3 ou 4 400, à Saintes, où on la montre encore à côte d'une fontaine renommée et sous un petit oratoire que vient d'élever la piété des fidèles. On garde aussi à Simorre la chaîne
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de fer dont St-Cerat attachait les possédés pour les exoiv ciser , et surtout le cor ou plutôt la corne avec laquelle il appelait ses ouailles aux offices religieux. Un objet longtemps plus vénéré que la corne et la chaîne , le voile dont on couvrit le tombeau de St-Cerat au jour de sa mort et que Ton exposait dans toutes les calamités publiques , a disparu depuis deux ou trois siècles. On croit qu'il fut dérobé durant les troubles que firent naître les guerres de religion.
Notis avons cru devoir nous étendre ainsi sur le restaïu^teur, ou même suivant plusieurs, sur le fondateur du christianisme dans une partie de notre département Ses prédications avaient pénétré les cœurs et affermi les esprits. Aussi Vigilance (1), né dans un petit bourg près de Comminges, et le seul hérésiarque qu'ait enfanté la Gascogne , essaya-t-il en vain de prêcher ses dogmes corrupteurs dans sa patrie. Sa morale relâchée n'eut presque pas d'adepte parmi nos ancêtres. On le laissa mourir pauvre et méprisé, et emporter dans sa tombe une hérésie morte avec lui , sans avoir eu même le triste honneur d'un Càncile qui la condamnât
Valentinien II , trop faible pour venger la mort de son frère , fut forcé de reconnaître pour collègue son meurtrier et de lui abandonner les états de sa victime. Le grand Théodose (2) , déclaré Auguste et empereur d'Orient, an 379, par Gratien, était alors occupé à lutter contre les Goths qui avaient vaincu et fait périr le cruel Valens à la journée d'Andrinople. Il fut ainsi contraint de recevoir à sa cour les ambassadeurs de l'usurpation en attendant qu'il pût la punir. Le ciel
(1 ) Si- Jérôme , Haute-Serre. — (2) Zozime, Zonare.
ne tarda pas à lui en fournir Toccasion. Entraîné à sa perte par ses vues ambitieuses, et fier de quelques succès quil avait obtenus sur les Allemands, Maxime franchit les Alpes et tomba, au mépris de tous les traités, sur Valentinien. Celui-ci , pris au dépourvu, court se réfugier auprès de Théodose (i) qui marche aussitôt contre Tagresseur , l'atteint et le fait prisonnier. Après lui avoir reproché ses crimes, il allait lui pardonner , disent la plupart des historiens, lorsque ses officiers enlèvent le coupable du pied de son tribunal et le massacrent. Le fils de Maxime, jeune enfant que son père avait nommé César et laissé à Trêves, éprouva bientAt le même sort.
Cependant Théodose, éh vainqueur généreux, non seulement rendit à Valentinien ses anciennes provinces, mais il y ajouta encore celles qu avait gouvernées son frère Gratien. Le jeune prince jouit peu de cet agrandissement : quatre ans après , la révolte d'un barbare ambitieux dont il n avait pu supporter Tinsolence, lui ravit le sceptre et la vie, et donna la pourpre au rhéteur Eugène (2). Celui-ci , vaincu et dépouillé à son tour par Théodose , paya de son sang le vain titre d'empereur qu'il s'était laissé imposer, et dont le fier Orbogaste avait gardé toute la réahté. Cet exploit termina ( an 395) la carrière de Théodose qui mourut trois mois iprès à Milan, laissant ses vastes états à deux des princes (3) les plus faibles dont le diadème ait jamais »>url>é le front. Sous eux, nous allons voir démembrer Tempire.
(l}ZoDare. — (2) Zozime. — ^3) Zoiiarc, Zozime.