‹ Histoire de la Gascogne (volume 3)Chapitre 14 sur 32 · S HISTOIRE · texte numérisé non relu

S HISTOIRE

gucris (1). Les habitants s'empressèrent de sortir à sa rencontre pour lui témoigner leur joie et leur reconnaissance.

Le nouveati pasteur se dévoua au salut de sœ ouailles. Quoique la croix brillât depuis longtemps sur le front des Césars, le paganisme comptait encore, surtout dans les provinces les plus reculées, des sectateurs nombreux. Orens s'attacha d'abord à l'extirper de son diocèse. Dans ce but, non seulement il combattit les rites idolâtriqnes, mais encore il abattit tous les monuments qui, en rappelantle souvenir des fausses divinités, en perpétuaient le culte. Là où l'ami des arts est tenté de gémir, l'homme de raison et de pratique ne peut refuser son assentiment Avant tout, il fallait ramener la société. Aux portes de sa ville épiscopale, sur une montagne appelée alors Nervica ou Nerveya, s'élevait un temple célèbre consacré à Apollon. Orens s'y transporte, le détruit, et sur les ruines il élève une église en l'honneur de cette mère infortunée qui, avant de donner sa vie pour son Dieu, fut condamnée à voir son fîls- arraché de ses bras pour aller 'rougir de son sang et de sa tête fracassée les degrés du tribunal où siégeait un monstre qu'à la honte de l'humanité on appelait Juge: (St-Cyr et Ste.'Julilte sa mère). Du nom légèrement altéré de cette innocente et tendre victime , le mont s^appek depuis St-Cricq.

Un zèle aussi actif contre le paganisme ne pouvait oublier les vices qui souillaient la religion ; mais ici la résistance fut opiniâtre. On triomphe quelquefois plus facilement des infidèles et des hétérodoxes, que des

(1) Vie de Sl-Orens. Manuscrit do M. d'Aignan,

indignes enfants de Féglise. Vainement le pieux évéque fit-il tour-à-tour entendre les accents de la plus doifce et la plus tolérante charité, ou gronder toutes les fou* dresdela parole évangélique, sa voix fut complètement méconnue et toutes ses exhortations dédaignées (1). Tant d'efforts infructueux amenèrent dans son cœur le découragement. D'ailleurs , son ancien attrait pour la solitude le poursuivait sans cesse au milieu de la vie publique. Enfin, sa profonde humilité lui montrait toujours comme trop lourd le fardeau imposé à ses épaules. De là, la résolution d'abandonner un peuple qu'il ne pouvait ramener à la vertu. Il reprend en secret la cucule et le bourdon de Thermite et retourne pailvre et content à la grotte , premier témoin de ses austérités, et depuis objet de tant de regrets. Ce départ consterna ses ouailles. Elles avaient bien pu se montrer indociles et rebelles, mais elles n'en avaient pas moins chéri leur pasteur et vénéré ses hautes vertus. On courut après lui en promettant une vie nouvelle.

Le saint se laissa toucher à ces senti ments, et sacrifiant ses goûts, il retourna ver s le troupeau qui le redemandait, et où désormais son ministère porta les fruits les plus abondants. Ses succès, ses talents, seséminentes cpialités, les miracles nombreux dont Dieu se plaisait a relever les vertus de son serviteur, le plaçaient à la tête des évéques d'Aquitaine. Aussi, se présentait-il naturellement au choix de Théodoric. Cette distinction d'autant jJus flatteuse qu'il la devait à un prince hérétique couronna sa vie. Dès qu'il fut revenu à Auch , Dieu lui fit connaître que son dernier moment appro-

(1) \'w de St-Orens, Manuscrit de M. d'Aignan.

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chait (1). Il $'7 prépara comme savent s^y préparer les saihts, et mourut le l^'mai, apr^ avoir occupé sonsi^ pendant près de quarante ans. Son corps fut inhumé dans Téglise de St-Jean-Baptiste, qui bientôt s^appela, tantôt de son premier nom et tantôt du nom de Fillustre et saint prélat dont les dépouilles venaient de lui être confiées , et insensiblement ce dernier a prévalu. C'est le seul qui lui reste maintenant, ou plutôt il a été transporté à la nouvelle église, bâtie en souvenir de la superbe basilique élevée vers le milieu du x" siècle, et qui disparut presqu^entièrement en 1 793. Bernard dé Serillac ou Sedirac (2) , un des prieurs du couvent construit à côté de la basilique, releva plus de cent ans après les reliques de St-Orens et les plaça dans un lieu qui se prétait mieux à la piété des fidèles. Elles 7 reçurent les hommages de la vénération publique jusqu^i la destruction de Téglise.

La mort avait presqu'à la fois délivré Tempire de ses deux plus puissants ennemis; mais les circonstances avaient beau se montrer favorables, la vie se retirait à grands pas du colosse épuisé. Le meurtre d'Aëtius acheva de lui ravir le peu de forces qui lui restaient. Egaré par d'injustes préventions, Yalentinien le poignarda lui-même, abattant ainsi, pour emprunter les paroles vraies et énergiques d'un de ses courtisaiis, abattant ainsi sa main droite de sa gauche (3); et comme si en perdant le plus grand de ses généraux , le trop crédule empereur se fût Uvré sans défense à qui voudrait Tassaillir , il fut non loin de là massacré à son

(1) Manuscrit de M. d'Aignan. Vie de Sl-Orens. Voir aussi W Bollaodistes et le P. Labbe. — (2) Chroniques d'Auch. Maouicrit lie M. d'Aignan. —(3) Procope , Guerre contre les Vandales» ch. i

tour (an 454) , au milieu de ses gardes et en présence du peuple réuni, sans qu'aucun bras se levât pour protéger sa vie, ou pour venger sa mémoire. Le sénateur Maxime, petit-fils du tyran qu'aVait jadis combattu le grand Théodose, couvert encore du sang de son maitre, s'empara paisiblement de son trône et força Timpératrice Eudoxie à partager sa couche (1).

Cependant Théodoric II (2) s'était fait proclamer roi des Visigoths, en adjugeant toutefois quelque légère part de son autorité à Frédéric , son complice. Non moins belliqueux que Thorismond , mais croyant devoir à ses intérêts de suivre une voie différente , il renoua la paix avec les Romains, et contracta même avec eux une alliance intime, s'engageant à armer en leur faveur et à ramener au devoir l'Espagne Tarragonaise, que de nouveau! Bagaudes avaient soulevée. L'expédition confiée à Frédéric fut conduite avec succès , et les villes capturées remises à leurs anciens maîtres. Cette fidéhté à exécuter les traités ne rassura pas Maxime, il craignit que Théodoric ne songeât à attaquer l'empire; et pour conjurer l'orage, il députa vers lui (3) Avitus , cet ancien préfet des Gaules , que nous avons déjà vu remplir d'autres missions auprès des Coths dont il avait conquis la confiance et l'estime. L'ambassadeur impérial fut accueilli à la cour de Toulouse avec les marques de la plus haute considération , et obtint sans peine la confirmation des anciens traités.

La mort de Maxime, ayant eu heu sur ces entrefaites, laissa vacant le trône des Césars.- Théodoric engagea

(1) Procopc.

(2) Jornandès.

(3) Haute-Serre.

son hôte à revêtir la pourpre et lui promit Tappui de sa nation. Encouragé par cette promesse (1), le facile vieillard céda aux attraits du pouvoir suprême , et fut salué Auguste le 10 juillet, dans un château, près de Nimes, par les Visigoths, et le 12 août à Arles, par les légions Romaines et par les principaux seigneurs Gaulois. Les fêtes de l'inauguration étaient à peine terminées, qu'on vit accourir le roi Goth , suivi de ses frères et de ses principaux ofHciers ; il venait féliciter le nouvel empereur sur une élévation à laquelle il n était rien moins qu'étranger.

C'était sans doute le premier roi Barbare qiie son propre mouvement eût, depuis plusieurs siècles, porté à aller complimenter le maître de cette Rome, jadis si altière et maintenant si humiliée. Mais la civilisation romaine avait pénétré la nation des Coths. 'I/cnr cour de Toulouse égalait en politesse, nous dit Amédée Thierry (2), et surpassait en dignité celle de Constantinople. C'étaient les Gaulois de distinction qui entouraient leur roi quand ils ne marchaient pas en guerre, car alors les Germains reprenaient le dessus. Le roi Euric avait pour conseiller et pour secrétaire l'un des rhéteurs les plus estimés dans ce temps, et se plaisait (3) à voir les dépêches écrites sous son nom , admirées jusqu'en ItaUe pour la pureté et la grâce du style. Nous trouvons dans une lettre de Sidoine Apollinaire, le gendre même d'Avitus , quelques détails sur Théodoric Ils feront mieux connaître que nos paroles un prince et une nation qui régnèrent assez longtemps sur la Novempopulanie.

(1) Idace, Isidore de Séville. —(2) Histoire des Gaules. —(3) Sidoine Apollinaire.

n Théodoric II se rend presque sans cortège aux >» assemblées de ses prêtres, qui se tiennent avant Taube M du jour; il les fréquente assidûment et s y montre >• plein de respect Toutefois , il est facile de s aperce- » voir que cette observance tient à l'habitude plutôt M qu'au sentiment religieux. Le ceste de la matinée est M consacré aies: soins de Tadministration du royaume. «» Un écuyer de sa suite reste debout à côté de son »> siège : non loin stationnent ses gardes , revêtus de » fourrures. Pour échapper au bruit, on les tient à » quelque distance, et ainsi ils bourdonnentaux portes, n en dehors des rideaux , en dedans des barrières. Ce- » pendant on introduit les ambassadeiu^ du peuple. Le « prince écoute beaucoup, parle peu. Faut-il délibérer, » il ne se presse pas. Faut-il agir, il se hâte.

» Eu partant pour une chasse annoncée d avance, il » n^'attache pas un arc à son côté ;. il croirait déroger i> à la majesté royale. Vient-on à lui montrer , ou le » hasard lui oflre-t-il sur sa routé un oiseau, une béte » fauve, à sa portée ; il tend une main en arrière et un D page y dépose un arc dont la courroie flotte détendue, » Gir, à ses yeux , si c'est une puérilité de le porter o dans Tétui, c'est le fait d'une fenmie de l'accepter » tout bandé. Enfin , il prend les .traits, les ajuste , les » chasse. Mais auparavant : que voulez -vous que je » fraj^ ? vous demande-t-il. Vous désignez l'objet , }> votre objet est atteint; et si l'un des deux doit se » tromper, son coup est plus rarement en défaut que » votre œil.

Y> Dans ses repas, où les jours ordinaires on retrouve M toute la simplicité d'un particulier , vous ne voyez w pas un esclave essouflé^ faire gémir la table sous un

» amas désordonné d^argenterie malpropre et rouilla » Alors grande réserve de paroles: ou Ton se tait, ou » Ton s'entretient de choses sérieuses. Les garnitures » des lits, les tapisseries , les tentures, sont tani^ de » pourpre et tantôt de fin lin. Les mets se distinguent » par Fart de la préparation , non par la valeur; la » vaisselle par la propreté, non par le poids. Les coupes » et les patères sont rarement présentées : loin d^avoir » à les refuser pour éviter l'excès, les convives auraient » plutôt k redouter la soif. En un mot, on voit là Félé- )) gance des Grecs, l'abondance des Gaulois, la dexté- » rite des Italiens, l'éclat d'une fête publique, les w soins d'un intérieur privé , une régularité vraiment » digne d'un roi.

)) Le repas terminé, souvent pas de méridienne, ou » bien un sommeil toujours fort court. Lorsq[u^il lui » plaît de jouer , il saisit les dés rapidement , les exa- » mine d'un œil inquiet , les agite avec adresse, les » lance avec force, les interroge en plaisantant, les » attend avec patience. Le coup est-il bon , il ne dit » mot ; mauvais, il sourit ; indifférent , il se fiche ; bon » ou mauvais, il est philosophe. Pour la revanche, il » dédaigne soit de la craindre , soit de la prendre. Loi )) présente-t-on des chances favorables, il les méprise; )) des chances contraires , il les néglige. On s^éloigne )) sans bruit, lui se retire le cœur net de tricherie. On » le croirait même au miheu des dés , tout occupé de » guerre : il n'a qu'un souci , celui de vaincre.

)) En jouant, il dépose un peu la gravité royaile; il » veut au jeu liberté , égalité complète. Je vous dirai » toute ma pensée; il a peur d'être craint. Enfin, il ï) jouit de l'émotion du vaincu, et il se persuade qa^on

DE LÀ GÀSGOCIfE. 165

» ne lui a pas fait grâce, alors seulement que la mau- » vaise humeur de son adversaire atteste son triomphe, u Et ce qui vous étonnera, c^est que cette satisfaction » qui résulte des causes les plus légères, assure les suctt ces des affaires les plus importantes. Alors les iaveurs, » depuis longtemps refusées aux plus puissantes pro- » tections, sont subitement accordées; alors moi-même » quand j^ai à solliciter une grâce, je me trouve heui> reux d'être vaincu» La perte de ma partie assure le n gain de ma cause.

D Vers les neuf heures, renaissent tous les embarras » de la royauté. Alors reparaissent et les soUiciteurs et » ceux qui cherchent à les supplanter. Partout frémis- » sent la cabale et Tintrigue, et cela jusqu'^au soir. La » foule s'éclairdt à Tapproche du souper du roi , se. y> disperse chez les courtisans, et veille jusqu'au miheu » de la nuit Parfois, mais rarement, on admet au sou- » per les bons mots et les railleries des mimes, sans w que toutefois les. convives se voient exposés aux » traits d'une satire mordante et envenimée. On n'y n entend ni orgues hydrauhques, ni concerts savants n et étudiés; là point de joueur de lyre ou de flûte, Y> point de mattre de chœur , point de musiciennes a Y> instrument à vent et à cordes. Le roi ne goûte que n la musique dont les accents peuvent charmer Tâme » autant que les oreilles. Quand il s'est levé, les gardes » du trésor conunencent leurs fonctions nocturnes ; ils )i se tiennent en armes aux issues de la demeure royale » pour y monter la garde aux heures du premier

» sommeiL »

Les Suèves , alors maîtres de la Galice et de la Lusitauie, avaient profité des troubles qu avait amenés la

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mort successive de Valenlinien et de Maxime pour s6 jeter sur la province Tarragonaise (<). Le temps n'était plus où Rome repoussait avec hauteur les plus légères aggressions dont elle se crût lésée. Avitus, au lieu de faire marcher les légions , se contenta de députer vers Rcquiarius leur roi , le comte Fronton dont la famille était originaire de nos contrées. Théodoric qui avait donné sa sœur au Suève, appuya Tambassadeur romain, mais leurs représentations étant restées sans effet , il franchit les Pyrénées (2) à la tête d'une armée nombreuse, repoussa les Suèves et força leur prince fugitif et blessé d'aller chercher un asile secret au fond de la Galice. Les infortunes de Requiarius n'étaient pas terminées. Craignant d'être découvert, il voulut se sauver par mer en Afrique ; mais ramené sur la côle par les vents contraires , et conduit à Théodoric, il fut jeté dans un noir cachot, d'où il ne sortit que pour avoir la tête tranchée, malgré l'alliance étroite qui l'unissait à son impitoyable vainqueur.

Durant cette expédition , le faible Avitus avait été contraint de dépouiller la pourpre. Le roi Visigoth se prétendit autorisé par cette abdication à garder ses conquêtes. Il les augmenta même l'année suivante , et peu content de s'étendre ainsi dans les EIspagnes, il déclara ouvertement la guerre aux Romains et prit plusieurs villes qui leur appartenaient dans les Gaules. Majorien (3), en qui brilla quelques jours avec quelque éclat la majesté impériale, moins timide que ses prédécesseurs, accepta la provocation, arma contre les Visigoths tout ce qu'il put lever de troupes, les défît en bataille

(l)ïdace. — ;2} ïdace, Jornandès. — (3) Idacc» Procope, Jornandcs .

DE LA GASCOGKE. 167

rangée et les força à demander la paix. Mais Tenipire courait rapidement vers sa ruine. Majorien, qui pouvait seul retarder sa chute, fut massacré la première année de son règne (1). A la nouvelle de cette mort, Théodoric, toujours peu scrupuleux sur ses paroles, prétendit comme jadis , n^étre plus lié par le dernier traité et occupa Narbonne (2). Il s avança ensuite sur Arles qu^il investit; mais le Gaulois OEgidius, Cilles ou Gillon, grand maître dç la milice romaine, ou commandant en chef de toutes les forces Romaines en deçà des Alpes, Fobhgea bientôt à en lever le siège.

Uannée suivante , C£gidius remporta une victoire signalée sur les Goths. La plus grande partie de Tarmée ennemie resta sur le champ de bataille, et entr'autres un des meurtriers (3) du roi Thorismond, le prince Frédéric, qui la commandait Poursuivant le cours de ses succès, OEgidius alla assiéger Chiuon en Touraine. Il espérait qu'abattus par leur défaite , les ennemis n'opposeraient qu une faible résistance. Mais ayant été reçu avec plus de fermeté qu'il n'attendait, il crut prudent de se retirer. L'heureux général survécut peu à cette campagne brillante. Il périt à quelques mois de là, victime d'une lâche trahison (464). Les Visigoths n'ayant plus de barrière qui pût les arrêter, réparèrent leurs échecs et s'emparèrent de la plus grande partie de la Gaule méridionale. Théodoric songeait à porter plus loin ses conquêtes, lorsque le même crime qui lui avait donné le trône vint le lui ravir après treize années d'un règne glorieux.

(1) Jornandès, Marccllin , Sidoine A()ollinairc. — ("f) Idace. — (3) Chronique de IMarius.

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Euric , son meurtrier (1 ) , nommé par les kistortens tantôt Evaric, Eoric et même Eothoric, se hâta de jdaoer sur sa tête la oouronne dëgodtante encore da sang de son frère; et ami des combats comme tous les enfiints do premier Théodoric, il entra en Espagne (2), nvagei la Lusitanie, prit d^abord Pampelune et Sanigosse et deux ans plus tard (an 468), il s^empara de Tarragone, la seule ville qui dans ces contrées appartint aux Romains. Cest ainsi qu^après plusieurs siècles, ceux-ci furent enfin expulsés de la Péninsule qui, à une légère exception près, subit toute entière les lois des Visigoths.

Ces conquêtes, toutefois, ne satisfirent pas Tambition d'Euric. Repassant les Pyrénées, il se jeta sur le Beny et le Gevaudan (3), y éprouva des succès divers, et parvint enfin à les ajouter k ses vastes états. Toute TAquitaine première était soumise. Restait encore FAuvergue, pays longtemps de force et de courage. E#uric y fit une incursion à la tête d'une armée nombreuse, au commencement de Tannée 474 (4). Les habitants abandonnés des troupes régulières et livrés à leurs seules ressources, le repoussèrent en plusieurs rencontres. Malgré ces échecs, il réussit à mettre le siège devant Qermont. Cette place la plus importante de la province était défendue par Eddie, fils de l'empereur Avitus , jeune seigneur, aussi brave capitaine que généreux citoyen, et par Sidoine Apollinaire qui, après avoir renoncé au monde où il avait rempli avec distinction les plus hautes dignités, avait été élevé sur le trône pontifical de Clermont. Animés par ces deux iUustres parents,

(1) Marca, Haule-Serrc. — (2) Isidore, Idacc. — ;3) Jorn^iDdc». — (4) Sidoine Apollinaire, Jornandès.

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les assiégés soatinrent les efîorts dés ennemis, bravèrent les horreurs de la peste et de la famine, et forcèrent leurs assaillants à s^éloigner de leurs remparts.

Ce qu^Euric n'avait pu obtenir par la force des ar« mes, la Ucbe et absurde politique du fantAme que couvrait alors la pourpre romaine, vint le lui livrer (4). Sans respecter le courage des Arvemes et leur repu* gnance à se courber sous un joug étranger , Fempereur Nepos abandonna leur province aux Visigoths. Par ce sacrifice, il espérait sauver le peu de possessions qu'il avait dans les Gaules. Ce traité fut , je crois, le dernier acte de la puissance des Césars.

Quelques mois après (an 476), Tempire s'éteignit presque sans efforts sous les coups d'une nation jusque \k faible et sans nom (2). Cet événement ne pouvait que servir les intérêts d'Euric qui porta bientôt ses frontières jusqu'au Rhône et à la Loire (3). Apollinaire va nous peindre sa puissance et sa cour comme il nous a déjà peint celle de Théodoric. Arraché k son troupeau et banni à cause de son attachement à la foi catholique, il était venu à Bordeaux où résidait alors le roi des Visigoths , pour y solliciter le terme de son exil. N'ayant point sous la main le texte original, nous emprunterons ici la traduction d'Amédée Thierry. Ailleurs, pour le même motif, nous avons emprunté celle d'un de nos amis (4) dont le beau travail sur Sidoine Apcdlinaire va faire partie de la grande collection des daasiqnes latins, édités par Panckoucke.

(1) Ennodius, Sidoioe Apollinaire. — (2) Jornandès. De r$lms Geiicti, cb. 46. — (3) Grégoire de Tours , Aimoin , Sidoine Apollinaire. — (4) M. Tabbé C. Dubroca, professeur de rhétorique au collège d'Aire.

J^ai presque vu deux fois, écrit Apollioaire à un de ses amis, j'ai presque vu deux fois la lune adiiever son cours, et n ai obtenu qu'une seule audience. Lemaltre de ces lieux trouve peu de loisirs pour moi, car Tunivers entier demande aussi réponse et l'attend avec soumission. Ici, nous voyons le Saxon aux yeux bleus trembler, lui qui ne craint que les vagues de la pleine mer; ici le vieux Sicambre, tondu après sa défiûte, laisse croître de nouveau ses cbeveux ; ici se promène rÉrule aux yeux verdâtres , presque de la teinte de rOcéan dont il habite les derniers golfes. Id, le Burgonde , baut de sept pieds, fléchit le genou et implore la paix ; ici , TOstrogoth réclame le patronage qui &it sa force , et à laide duquel il fait trembler les Huns, humble d'un côté, fier de l'autre. Ici, toi-même, à Romain, tu viens prier pour ta vie, et quand le nord menace de quelques troubles, tu sollicites le brasd^Euric contre les hordes de la Scythie , tu demandes à la puissance de la Garonne de protéger le Tibre afTaibh.

Cest ainsi qu'entouré de puissance au dedans et redouté au dehors, Euric termina sa longue carrière en 484 , ne laissant qu'une fille mariée à un prince étranger, et un fils qui lui succéda sous le nom d'Âlarie II (1 ). Heureux ce prince, si fougueux partisan des erreurs d'Arius dont était imbue sa nation , s'il n'eût terni ses belles et nombreuses qualités par la haine profonde qu'il avait vouée au catholicisme. Ecoutons encore Sidoine Apollinaire (2). u Le nom de catholique porte, dit-il, la rougeur à son front et à son cœur tant de violence , que vous le diriez moins le roi de son

(1) Jornandcs. — (2) Lettres à l'évèque Basile , liv. 7.

peuple que le chef de sa secte. Jeune d'années, bouillant d^ardeur, puissant par les forces militaires, il ne souffre, dans ses états que cette erreur (rarianisme) , parce qu'il lui attribue le succès de ses armes et de toutes ses entreprises. Bordeaux , Périgueux , Rhodez , Limoges, Mende, Elauze, Bazas, Gouserans , Auch et un grand nombre d'autres villes pleurent leiu^ pasteurs égorgés, et nul ne peut prendre leur place, ni perpétuer les ministères inférieurs. Tant d'intolérance entraînant la mine de l'église met Euric au-dessus de tous les hérétiques de nos jours et lui donne même une déplorable supériorité sur tous les hérésiarques des temps anciens. Aussi , le désespoir s'empare des populations qui , en voyant disparaître leurs pontifes, croient voir disparaître la foi. Dans les diocèses ou dans les paroisses, on n'a nul soin des choses saintes. Vous verriez le faite sacré des temples s'ouvrir tristement ou tomber en pourriture. Vous verriez l'entrée des basiliques, veuve de leurs portes enlevées et obstruées par les ronces et les épines; vous verriez même, ô douleur ! les troupeaux s'y coucher librement au milieu des vestibules entr'ouverts ou brouter Therbe qui croit autour des autels. Ce n'est plus seulement dans les paroisses de la campagne qu'habite la solitude ; à peine peut-on former de loin en loin quelque faible réunion dans les églises de la ville. Quelle consolation peut- il rester aux fidèles, quand périt non seulement la discipline cléricale, mais même son souvenir; car si lorsqu'un clerc tÊt enlevé, une nouvelle bénédiction ne lui donne un successeur, ce n'est plus seulement le prêtre qui meurt, mais le sacerdoce. Enfin, dites -nous, quel es|K>ir peut encore vivre dans les cœurs quand le

terme de. la vie d^ua homme est le terme de la religion (1 ) )).

Aire et surtout Eauze, durent à leur atlachementi la foi de longs et cruels malheurs. Des auteur» ont même prétendu que déjà détruite plusieurs fois, notre première métropole le fut alors sans retour; mais ajant eu longtemps encore ses prélats particuliers., comme Fattestent les Conciles où ils souscrivirent au rang des métropolitains , nous devons conclure qii^£«uric se contenta d'abattre ses remparts pour la punir de sa résistance. Ce prince fut le premier qui donna des lois écrites à ses peuples ; ces lois connues sous* le nom de Théodoriciennes furent élaborées par Léon (2), son pnr mier ministre , Tun des plus habiles jurisconsultes de œ temps. C'est, à quelques changements près, ce qu'on appela depuis le code Gothique.

Alaric II ne marcha pas sur les traces de ses prédécesseurs. Loin de chercher à s'étendre par des conquêtes que la chute de l'empire Romain rendait si faciles , il ne s'occupa qu'à gouverner en paix, l'état que lui avait laissé son père , et à y activer les progrès d^une civilisation qui , abandonnant l'Italie alors en proie aux Barbares, semblait vouloir se transplanter dans notre Midi Ami des peuples vaincus , il fit pour eux le codé célèbre qui porta son nom et que son*chancelier Aignan (3> édita l'an 606 , à Air6, où il tenait alors sa cour. La bonté de son cœur triompha même des principes intolérants ou plutôt cruels que le fanatisme d'Euric avait fait sucer à son enfance. A peine eutril pris en mainld

(1) A consulter sur cette persécution Grégoire de Tours , Ht. 2, ch. 2tf. — (2) Isidore , Sidoine, Ennodius. — (3) C'est de lui que 11 ville d' Aignan , dont on lui attribue la fondation , a pris son nom.

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rênes de Tétat , qu'il adoucit le joug de fer qui pesait sur les populations orthodoxes (4). Bientôt il leur permit de rouvrir leurs églises et d y placer de nouveaux évéques. Dans peu de temps les ruines disparurent et tous les sièges furent occupés; mais après une aussi longue et aussi cruelle persécution, il fallait plus que des efforts isolés et par là presque perdus. Un G)ncile national pouvait seul fermer toutes les plaies : Âlaric l'autorisa.

Cette assemblée se réunit à Agde (2), sous la présidence de St-G^ire, d'Arles. Qair, métropoliudn d'Eauze, y souscrivit avant Tétrade, de Bourges, mais après Cyprien,de Bordeaux. Cratien, de Dax, Nicet, d'Auch, Suavis, de Convenues, Calactoire, de Béarn, aujourd'hui Lescar, Grat, d'Oleron, Vigile, de Lectoure , Chcerius, de Couserans, y parurent en personne. Aper, de la cité Bigorritaine, aujourd'hui Tarbes, Sextilius, de Bazas et Marcel, d'Aire, s'y firent représenter par les prêtres Ingénuus, Polémius et Pierre. On y fit 7 1 canons parmi lesquels nous remarquons les suivants. Il était défendu d'ordonner un diacre avant vingt-cinq ans , un prêtre et un évêque avant trente. Le vide que la persécution avait laissé dans les rangs du clergé , avait dû sans doute faire taire un instant les anciennes lois. Ce vide comblé, on s'entourait de garanties contre l'entrainement de cet exemple. Les religieuses ne pouvaient prendre le voile, symbole de leur consécration, qu'après quarante ans, et leurs couvents devaient être éloignés des couvents de moines. Défense était faite à l'évéque d'aliéner les biens de son église , même pour

(1) Hcrct. — (S) Le P. Labbe, C&lleetio ccneiUorumj tom. 4.

des bonnes œuvres. On lui permettait toutefois de don* ner la liberté à quelques-uns de ses esclaves qui avaient bien mérité de la religion ou de lui , et même de les gratifier d'une pièèe de terre labourable, d^une petite vigne ou d'une petite maison ; il fallait que le don n'excédât pas vingts sols. Au-delà, toute générosité était nulle ou imputée sur les biens particuliers du donateur. Les esclaves légitimement affranchis étaient placés sous la protection de Févéque qui devait les protéger contre les tentatives de ceux qui chercheraient à les asservir de nouveau ou à les dépouiller. Le maître qui, sans l'autorité du juge, mettait à mort son esclave, était excommunié ou soumis deux ans à la pénitence publique.

Le christianisme, dès son berceau, avait pris sous sa protection l'esclavage, celte grande plaie de la gentihlé et son œuvre de céleste compatissance; il le poursmvra à travers les siècles jusqu^à ce qu'il ait amené Taffranchissement complet de toutes les servitudes. Grâces à son action salutaire , l'esclave à la façon d'Athènes ou de l'antique Rome disparaissait tous les jours. Il n^était déjà plus un homme inférieur soumis à un autre homme ayant pouvoir sur lui de vie et de mort Le servage naissait : condition humiUante encore , mais infiniment supérieure, qui deviendra la condition de tout ce qui n'appartiendra pas à l'ordre de la noblesse, quand les charges pubUques, les malheurs de la nation et l'extermination des Barbares, des Normands surtout, auront détruit les petits propriétaire?.

Trente-quatre prélats composèrent le Concile ; tous les évoques de la province y sont nommés, car Rayonne n'en avait point encore. Les autres sièges dataient vrai-

semblablement d'assez loin. Néanmoins, pour plusieurs, nous ne pouvons assigner d'autre date que celle-ci. Quelques églises avaient eu à leur tête des prélats honorés d'un culte public. Dax devait la foi à St- Vincent (4). Nous savons de lui qu il porta aux Tarbelliens la semence évangélique et qu'il scella de son sang les vérités qu'il annonçait. Peu après sa mort, les fidèles lui érigèrent aux portes de la ville une église digne de leur piété ; mais durant une dès nombreuses persécutions que nous avons rappelées, et sans doute sous l'empire d'Euric, la nouvelle église fut pillée , profanée et dévastée. La haine et Timpiété ne respectaient pas même les reUques des saints. Elles jetèrent dans l'Adour une faible partie des cendres qu'on gardait dans un vase précieux. Des jours meilleurs s'étant levés sur la Novempopulanie , Cratien (2) , celui-là même que nous venons de trouver à Agde, restaura l'église dédiée à son illustre prédécesseur, la purifia par de nouvelles prières, la dota de tout ce qui lui avait été enlevé et la rendit au culte. Néanmoins , s'il faut en croire la légende de l'ancien bréviaire de Dax qui nous a transmis ces détails, on ignorait encore le» genre, le théâtre et le jour du martyre de St- Vincent. Dieu se plut à les révéler à une vierge de haute piété , nommée Maxime, sous l'épiscopat d'IUidius, un des successeurs immédiats de Gratien, et le pontife ordonna aussitôt qu'on célébrât dans tout le diocèse la fête le premier septembre.

Tarbes s'honorait déjà d'avoir eu à sa tête StJustin, du moins s'il faut en croire Dom Denis de Ste-Mar-

(1) Gallia ehrùtiana. BoUandistes. Bréviaires de la Province. — (2J GàUia chrittiana.

tlie (1) , qu'ont suivi quoique assez timidement les bréviaires de la province. Le docte Bénédictin s*af^niie d'un ancien martyrologe de Tabba je de Corbie, portant le nom de St-Jérôme, et où Ton ne trouve, dit-il, le nom d'aucun saint postérieur à l'illustre père de Téglise. On y lit au premier mai ces mots : dans la cité de Bigorre, obsèques de St-Justin , évéque , de Magnus , d'Ysîcos et de Phaucus , les trois compagnons sans doute des travaux et des triomphes de Justin. Néanmoins, Grégoire de Tours (2) ne donne à celui-ci que le titre de prêtre ; il parle d'un lys placé sur sa tombe , qpie Ton voyait refleurir tous les ans au jour de sa féVe. Il mentionne bientôt après le prêtre Misselin qu^il dit avoir été parent de Justin par ses mérites et sa sainteté, et avoir été enseveli dans le bourg de Talve ou Taibes, où avaient brillé ses vertus. Avant ces glorieux confesseurs, le Bigorre avait eu ses martyrs; deux seuls sont connus : la jeune vierge Ste-Livrade et St-Gyrin (3). Une ancienne tradition veut, nous ne savons tn^sor quel fondement, que la première dont on fait une des nombreuses sœiu's de Ste-Quitterie ait été massacrée dans le bois de Montus , et que St-Gyrin ait été décapité à Tarbes sur le pont de l'Adour. Sa tête roulant dans les flots alla, dit-on , rendre la vue à une fenune aveugle d'^^ureiUan (4) qui lavait des herbes. Ce qui est certain, c'est que ses reliques furent conservées jusqu'en 4793, dans l'église paroissiale de ce village.

St-Fauste (2) vint jeter un nouvel édat sur ces contrées. Aussi recommandable par ses talents et sa coonaîs-

(1) Gallia ehrisUana. Manuscrit de M. Larcher. — (2)1>« Gloria confestorum, — (3) Manuscrit de M. Larcher. —(4) AunUitmmm^ lieu, village d'Aurélien.

DE LA GkSCOGVE. Hl

fiance des divines écritures que par son zèle et la purieté de sa vie , il sut afTermir dans la vraie foi le peuple confié à ses soins et déjouer toutes les séductions de rarianisme(l).Ses succès le désignaient à la haine des Goths. Euric le chargea d'abord de chaînes et le confina dans une étroite prison ; il Tcxila ensuite à Aire où il le laissa languir en proie à toutes les privations. Le généreux confesseur de Jésus -Christ supporta Texil comme il avait supporté la prison ; il attendit dans le calme d'une résignation inaltéraUe que Dieu ftt luire des jours meilleurs sur son église. Son attente ne fut point trompée. La mort d'Euric le rendit enfin à son fiiége; mais épuisé par Tàge plus encore que par les soufirances, il ne tarda pas a aller recevoir dans le ciel le prix de sa courageuse fermeté. Il mourut en recom* ]||pndant ses ouailles à St-Lizier, son disciple, qui avait gouverné son diocèse pendant son long bannissement. Liader était né en Espagne d'un père qui enseignait la rhétorique et qui Tinstruisit dans les belles-lettres (2). Il quitta sa patrie assez jeune et se rendit à Tarbes^ 4>ù il se plaça soysla discipline de Sl-Fauste. Après la mort de son maître, il se retira auprès de St-Quintien, son oncle, qu on a pris communément pour le célèbre cvéque de Rhodez qui porte ce nom, mais que le père Lecointe place avec plus de vraisemblance sur le siège de 0>userans. Quoiqu'il en soit, Quintien Tagrégea à son clergé «t lui conféra successivement le sous-diaconat , le diaconat et le sacerdoce. Averti bientôt par ses infirmités que sa fin approchait, il lui abandonna sou

(i) De Saïusay , Martyrologe de France. Nicolas Bertrandi : De Toloêanorum gestis, Gàllia Christiana. — (2) Gallia Christiana. JllaiiaKrH de M. Larche r.

siège et le sacra de ses mains, écoutant moins dans ce choix la voix du sang et de Tamitié que les voeux publics. Tous admiraient la liante piété du fils de son adoption et surtout son inépuisable charité que Dieu se plut souvent à bénir en multipliant entre ses mains le pain de Vaumône.

Le nouvel épiscopat fut troublé par une incursion des Golhs. Ricosinde , un de leurs chefs, s^avança jusqu'aux pieds des murs de la ville. Il espérait remporter sans peine et la livrer au pillage ; mais la nuit qui devait précéder Tassant, il vit en songe le saint prélat, le menaçant d'une mort certaine s'il ne s'éloignait au plutôt Troublé, épouvanté de ce songe, Ricosinde attendit à peine le retour du jour et s'enfuit en toute hâte. Lizier recueillit dans les bénédictions qui redoublèrent sur ses pas la récompense de ce triomply doublement cher à son cœur , puisqu'il avait sauve ses ouailles et qu'il n'avait point été acheté par le sang. Il vécut longtemps encore et ne s'endormit dans le Seigneur qu'après 44 ans de pontificat. La reconnaissance de son peuple le suivit dans la tombe : elle le choisit pour patron de l'égUse cathédrale et de la ville, qui oublia insensiblement son propre nom pour prendre celui du prélat à qui elle devait son salut. Tout porte à croire que notre saint est le même que Glicérius qui vient de souscrire au Concile d'Agde, quoique certains écrivains, et à leur tête les nouveaux auteurs de la GalUa Christ iana les distinguent et rejettent St-Lizîer vers la fin du vu* siècle. Dans leur sentiment St-Fauste, loin d'avoir précédé Aper sur le siège de Tarbes , n'y monta qu'après Amelius dont nous parlerons plus tard. Ici comme ailleurs, dans le partage des sentiments,, nous ayons ado]>té relui qui nous a paru plus plausible.

DE LA GÀSOOGKE. 479

Du reste, Tëglise de Couserans avant Qaintien, ou plutôt à sou berceau, avait eu pour pasteur un prélj^t d'une piété ém}nentc , et, comme Téglise de Dax, elle n'avait conservé que le souvenir de son nom et de ses vertus (4). A Couserans encore, sur la tombe de Str Valère, comme à Dax sur les dépouilles de St-Vincent, on s'était contenté d'élever un petit oratoire qu'agrandit Théodose , un de ses successeurs ; mais quand, au rapport de St-Grégoire de Tours (2), il ouvrit la tombe qui renfermait les saintes reliques, il trouva le corps avec ses cheveux et sa barbe aussi frais et aussi sain cpie le jour où on l'y avait déposé. L'odeur suave qui 's'en exhalait prouvait assez, remarque le père de notre histoire, que dans ce tombeau reposait un ami de Dieu; joastis les feuilles de laurier dont oa avait jonché sa couche et dont quelques-unes prises par Théodose guérirent plusieurs malades, rattestèrent encore davantage.

GUcérius ou Lizier n'est pas le seul prélat de la province, présenta Âgde, que la religion ait placé sur nos antds. Gnt, d'Oleron et Galactoire , de Béarn , parta-^ gent avec lui cet honneur. Tout est inconnu dans la vie du premier (3) ; on prétend qu'il naquit dans le payi de Soûle, mais rien ne confirme cette assertion. De Galactoire (4) nous ne savons que sa mort. Les anciens monuments de Lescar nous apprennent que s'étant mis à la tète de quelques soldats Béarnais , il combattit, vaillamment contre les Goths, près de Mimisan, sur les côtes de la Gascogne , mais que vaincu par le nombre,* il tomba au pouvoir de ses ennemis. Ceux-ci , Ariens

(1) Gàllia CAriffûma.— (2) De Cwloriâ Confestorum.— (3) Go/iia Ckriêtiana. BréTiaires de la Province. —(4) Gailia Ckristiana. 3farcâ.

forcenés, employèrent tour à tour la douceur et les supplices pour lui faire abjurer sa foi; mais voyant leurs efforts inutiles , ils le massacrèrent inhumainement. Galactoire avait succombe en défendant sa patrie contre l'étranger, et sa religion contre les hétérodoxes. La double couronne du martyre rayonnait ainsi sur son front.

La semence de TÉvangile avait été portée en Béam par St Julien (< ), que Léonce, métropolitain de Trêves, avait ordonné évéque et envoyé conquérir au christianisme les régions les plus reculées des Gaules. Né dans TAquitaine , Léonce devait s'intéresser au salut de ses compatriotes. Julien ixe faillit point k sa mission. Sa parole , ses vertus et ses miracles enfantèrent à Jésus- Christ les nombreuses peuplades qui avoisinaient la cité de Béam où il établit son siège, et où il moumt paisiblement chargé d'années et de mérites. Une modeste église placée au bas de la côte où s'élève aujourd'hui Lescar et située vraisemblablement àrextrémité de la cité romaine, porte encore son nom. Cest là qu'il dut être enseveli; on fait remonter son apostolat à la fin du iv* siècle ou aux premiers jours du cinquième.

Les autres prélats d'Agde ont encore moins laissé de traces que St-Grat et St-Galactoire. Nicet !•• survécut peu à ce G>ncile. Il avait remplacé sur le siège d'Auch, Justin, le même sans doute que celui qui périt victime de sa foi dans la persécution d'Euric, et qui néanmoins ne parait pas avoir été placé dans le catalogue des saints ; car le martyr que l'on vénère dans le

(1) GalUa Chfittiana. Marca. Chroniques d'Aoch. Ifanuscrit de U. d'Aignnn.

Pardiac, et qui avait donné son nom à Tabba je de St- Justin, naquit, dit-on, en Orient, d^où il passa dans les Gaules , et fut immolé sous Trajàn ou son successeur. Uëvéque d'Auch avait eu pour prédécesseur Minerve , plus inconnu encore que lui.

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