‹ Histoire de la Gascogne (volume 3)Chapitre 15 sur 32 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Les Ci{o{s on Gipots. — Bataille de Voaiilai. — lert d'Alarie. — GIitîs i Aid* Sa générosité eoTers notre Métropole. — ÉTèqnes d'Aneh. — Mort éi GloTis. — DiTors Conciles. — St-Aspase, d'Eao^. — GUtaire et ses fis. •— Gnâifal. — Siège de Goiminges.— Nieet JeDax.—Aaeliis, deTarbes,

Le gouvernement paternel d^AIaric semblait devoir lui gagner tous les cœurs ; mais pour les empires plus encore que pour les hommes , il est un moment fatal t marqué par la providence. Alors tout ce qui devrait le plus nous arrêter sur le penchant de notre ruine ne sert qu^à nous y mieux précipiter. On oubliait la tolérance, la douceur du fils pour ne rappeler que le fanatisme et la cruauté du père. Le nom Visigoth devenait chaque jour plus odieux. Cette haine fut même si profonde, qu^elIe parait avoir survécu au temps et aux changements qu'il entraîne. Presque j usqu^à nos jours vivaient les cagots ou capots ^ race maudite , à part de toute race. Vrais parias de la société chrétienne , ils étaient confinés dans des quartiers séparés qu'ils habitaient seuls, et ne pouvaient se mêler et moins encore s'allier av ec les autres citoyens ; il leur était défendu de porter aucune arme ou d'exercer d'autres métier» que ceux qui s'exercent en plein air. Aussi étaient-ils presque tous bùchero ns, charpentiers, pasteurs ou mendiants. Il fallait le témoignage de sept d'entr^eux pour contrebalancer la déposition d'un autre Français. Même

fkux pieds des autels, là où les distinctions s'efTacent ou du moins s'afïaiblissent devant le Dieu commun, ils avaient une porte où nul ne passait qu'eux, un bénitier particulier, une place séparée, et enfin comme s'il n'était pas assez d'avoir été ainsi séquestrés toute leur vie, après leur mort ils allaient dormir dans un cimetière distinct

Plusieurs savants ont vu, il est vrai, dans ces infortunés, les descendants de ces ladres ou lépreux qui, à la suite des croisades, épouvantèrent le monde de leur hideuse maladie : mais outre que leur sang généralement plus beau que celui de leurs concitoyens, proteste contre une pareille origine, l'étymologie la plus simple et la plus naturelle les donne pour Goths avec Tinsulte que leur jette la haine ou le mépris : cagotlis, ais ou cans de Gotlis^ chiens de Gotlis. Leur nom, chargé d'opprobres, servit de raUiement pour tous les êtres que poursuivaient les préventions populaires. De là il advint qu'on appela aussi: quelquefois les ladres cagotlis, mais alors la dénomination était empruntée.

Travaillés par leurs prélats et craignant sans doute de voir renaître le passé sous un autre roi Visigoth , les Aquitains soupiraient après un changement de domination. Leurs voeux et leurs espérances se tournaient vers k nouvelle puissance qui s^élevait dans les Gaules. Quelques années auparavant, l'an 486, le jeune et ambitieux Qovis (Hlodowig) (1 ), jetant un regard d'aigle sur ces vastes contrées que ses ancêtres avaient si souvent silloimées de leurs courses aventureuses, et jugeant que le jour était venu d y rentrer pour n'en j>lus sortir,

(1) Grégoire de Toun», ch. 27. Aimoin.

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avait attiré sous ses drapeaux toute la race FranLe, traversé le Rhin à Cologne et paru sons les muis de Soissons. Cétait la capitale d^un petit état mdëpen-» dant que , dans îe démembrement de Tempire , s^écait créé le patrîce Syïigrius, fils de cet OSlgiditis, oa Gilles^ dont nous avons déjà vu les exploits. Clovis ptovocpie le patrice au combat. Le Gaulois Taccepte sans hésita^ mais après une vigoureuse résistance, ses légions sont rompues, et Iui*méme, entraîné dans la dëroute, est forcé d^abandonner ses états et de se réfugier peeacpe seul auprès d'Alaric, à Toulouse.

La haine ou la politicpie de Clovis poursuivit le vaincu dans Tasile où il s'éuitcaché. Le chef des Francs somma fièrement Alaric de lui livrer le fugitif onde se préparer a la guerre; et le puissant roi des Visigoths, soit craiute des armes du vainqueur de Soissons , soit indifférence pour un hôte étranger, accorda rextradi" fion demandée (4). Ce premier succès donna aux Francs quelcpies provinces dans lesquelles leur habile chef sut affermir bien vite sa puissance. Dix ans plu» lard (an 496), la victoire de Tolbiac Tameiia dans le sein du christianisme. Cédant aux pressantes sollicita-^ fions de la reine Clotilde ( Crotéchilde, illustre JiUe) , ou plutôt aux sentiments de sa propre reoonnaissanœr il reconnut le Dieu à qui il devait son triomphe , et courbant son front altier sous la main de Rémi (2) , évêque de Rheims, Thumble Sicambre adora ce qu il avait brûlé, et brâla ce qu'il avait adoré (an 496). L'erreur était alors assise sur tous les trônes. Le nouveau chrétien devenait ainsi Tunique espoir des catholiquesy

(1) Grégoire de Tmirs. Frédégaire. — (2) Idem. Flodoardr

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et surtout de leur clergé qui usa de son pouvoir sur lé troupeau confié à ses soins pour lui soumettre les esprits.

Cependant le héros Franc poursuivant ses avantages, avait poussé ses conquêtes jusqu'à la Loire qui, comme nous Tavons déjà dit, bornait le royaume d'Alaric. Entre deux voisins rivaux de puissance et jaloux de fortune, Toccasion ne pouvait manquer à une rupture prochaine. Craignant que les suites n'en fussent funestes aux Visigoths amollis pr une longue paix, Théodoric, roi des Ostrogoths, qui avait épousé la sceur de Clovis et donné sa fille à Âlaric, ménagea une entrevue entre son gendre et son beau-frère. Aimoin (1) prétend que cette entrevue fut sollicitée par Clovis, dont l'ambassadeur Patemns avait mission d'explorer les forces de l'ennemi, CrégcHre de Tours en attribue la demande à Âlaric qui, voyant les progrès incessants du chef des Francs, lui envoie des députés pour lui dire : si mon frère y consent, j'ai dessein que nous ayons une entrevue sous les auspices de Dieu. Clovis accédant à sa proposition alla vers lui. S'étant joints dans une lie de la Loire , située auprès du boui^ d'Âmboise , sur le territoire de la cité de Tours, ils conversèrent, mangèrent et burent ensemble : après s^être promis amitié , ils se retirèrent en paix. Tel est le récit de Grégoire de Tours (2) , que nous avons traduit littéralement» Nous avons cité ces trois opinions diverses sur un fait assez insignifiant, pour montrer de quelles contradictions sont hérissés les premiers règnes de notre monarchie.

Malgré les assurances que s^étaient données les deux

^i; Liv. l-^r, ch. 20. — (2) IliMoire, lîv. 2, ch. 35.

rivaux, Clovis convoque un jour ses guerriers (1). « Il » me dëplalt , leur dit-il , que ces Ariens possèdent k » meilleure partie des Gaules : allons sur eux avec Taide » de Dieu et chassons-les. Soumettons leur terre à notre )) pouvoir; nous ferons bien , car elle est très-bonne ». Cette harangue qui promettait à des guerriers avides une riche proie, fut accueillie avec transport. L^agression fut résolue, et pour la rendre populaire parmi les catholiques Gaulois, le politique Clovis fit jeter les four déments d'une superbe basilique , dédiée d^abord à St-Pierre et St-Paul , et consacrée depuis à Ste-Geneviève. Le chef des Francs voidut aussi à son départ recevoir la bénédiction de St-Rémi. Bientôt son armée franchit la Loire sans trouver de résistance, et traversa le diocèse de Tours. Par respect pour l'illustre Thau- , maturge dont le corps reposait dans la cathédrale de cette cité, il défendit de prendre dans le pays autre chose que des légumes et de Teau. Un soldat ayant enlevé de vive force le foin d'un pauvre homme, il le frappa lui-même de son épée en s'écriant : où sera Tespoir de la victoire, si nous offensons St-Martin (2).

Cependant des prodiges sinistres étaient venus, diton, consterner les peuples méridionaux : sur la place publique de Toidouse , ils avaient vu sourdre tout à coup une fontaine de sang qui avait coulé tout le jour. C'était, disent les chroniques, le présage de la ruipe des Visigoths et du triomphe de leurs ennemis. Les Francs eurent aussi leurs miracles, mais ceux-ci étaient plus rassurants et surtout plus faciles à expliquer. Une biche, d'une grandeur extraordinaire (3), leur indiqua

( I } (;régoirc de Tours , th. 37. — (2) Idem. — (3) Idem.

DE hk GASCOÙHE. ^S^

uti gùé dâtis la Vienne qui , grossie par les pluies , arrêtait leur passage. Une flamme , un météore , un pliare , comme l'appelle Grégoire de Tours (4) , brilla sur la basilique de St-Hilaire , de Poitiers , ce prélat si célèbre par ses combats contre les Ariens ; et par reconnaissance, le chef des Francs ordonna qu'on respectât ce territoire comme il avait épargné celui de Tours*

Les deux armées se trouvèrent eniSn en présence, dans les plaines de Vouglé ou Vouillai. Alaric pressentant le sort qui l'attendait, voulut refuser le combat et se borner à une guerre défensive. Mais les soldats murmurèrent et accusèrent sa prudence de lâcheté. Puisque vous le voulez, marchons à l'ennemi, s'écria alors le prince, digne de commander à une armée différente ; faites que vos actions répondent à vos paroles ; pour moi, je voias montrerai si la frayeur dictait ma conduite. L'action s'étant engagée, lesVisigoths, malgré leurs mur. mures et leur empressement, lâchèrent honteusement le pied dès le premier choc. Alors Alaric, apercevant Qovis à peu de distance, le défia seul à seul. Le Franc acceptant la provocation, ils fondirent l'un sur l'autre , et tous les combattants s'arrêtèrent pour voir ce qui adviendrait de cette rencontre.

Elle fut courte et terrible, dit la nouvelle histoire de France, à laqueUe nous avons emprunté une partie de ce rédu Après quelques coups portés et parés de prt et d'autre , Clovis désarçonna Alaric et lui plongea sa framée dans la pcMtrine (2); mais an même instant deux cavaliers Visigoths arrivèrent au galop sur le vainqueur et le frappèrent â la fois de leurs lances. La bouté de

(i; (;régoirc de Tours , ch. 37. Aimoin. — (2) Idem.

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sa cuirasse et la légèreté de son cheval le sauvèrent de ce rude choc, et ses leudes ou fidèles eurent le temps d^aocourir à son aide.

Les Yisigoths voyant leur roi étendu sans vie , s^en* fuirent dans toutes les directions; mais les Aqoitains qui combattaient dans leurs rangs et surtout les Avernés (Aui^rgnats) {\ ) déployèrent un courage digne de leurs glorieux ancêtres. Ils moururent tons k leur poste avec Télite de leur noblesse et leur chef Apollinaire , fik de ce Sidoine Apollinaire dont nous avons si souvent dté les écrits. Moins brave ou plus prudent, Ghesalici fils naturel d'Alaric , s'échappant du combat , s^enfott précipitamment dans le Languedoc où il s^empara de Narbonne, au préjudice du fils légitime, Amalaric, (puissant Amale) , jeune enfant de cinq ans, que quelques capitaines fidèles se hâtèrent de conduire en Es* pagne avec la reine Th eudicode ou Théodogolhe , sa mère.

Tandis que les Yisigoths abandonnaient ainsi la Novempopulanie, après Tavoir possédée près de quatre* vingt-dix ans, lès Francs, dont tant de voeux imprudents avaient appelé la domination, se répandirent comme un torrent dévastateur dans les belles et fertiles contrées que les Romains avaient réunies sous le nom d'Aquitaine et qu'avaient enrichies les douceurs d'^un gouvernement assez paternel , et plus encore les loisirs d'une longue paix (2). Partout où ils portèrent leurs pas , les villes virent leurs populations décimées ou traînées en esclavage; et les monuments respectés par

(i) Grégoire de Tours. — (2) Grégoire de Tours, llincmard , Fiodoard, Aimoin, Sigebert. *

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les invasions des antres Barbares jonchèrent le sol de leors ruines. Bientôt doyis, donnant une partie de son armée à Thierry ou Thëodoric ( Theod ou Thiod e±trêmement^ Rik^ puissant) ^ l'envoie subjuguer TArvemie et les pap voisins. Lui-même, avec le reste de ses troupes, soumet sans peine tout le pays situé entre la Loire et la Garonne , et s'arrête à Bordeaux où il passe l'hiver. Dès le printemps suivant (1), il reçoit le serment de fidélité des peuples de la Novempopulanie et entre sans obstacle dans Toulouse où il espérait trouver les tr^rs du roi Alaric; mais ils en avaient été soustraits et portés à Gircassonne, d'où ils furent transférés à Narbonne. Un des fils de Clovis, plus heureux que son père, s'en empara en 931.

S'il faut en croire une ancienne chronique , Qovis vint en personne aux portes de la cité d'Auch, et y fîit reçu avec acclamation par l'évéque Perpétue , successeur de Nioet, à la tète de son troupeau. Pour reconnaitre cet accueil, le héros chrétien ou plutôt riiabile politique, exempta l'église de Ste-Marie de toute espèce de servitudes ^ tribut ou exactions ^ aban* donnant tout droit sur elle ou tout domaine (2). Il lui fit aussi présent, entr'autres choses, de sa robe, de sa tunique et du vase dont lui et la reine Clotilde se servaient pour laver leurs mains. 11 alla déposer luimême sur l'autel de la Vierge cent sols d'or pour en faire des couronnes. Une d'elles a été conservée jus- - qu^en 1793; on l'appelait la couronne de Clovis. Le roi Franc assura encore à notre métropole 62 sois de rente ik prendre sur les revenus que les autres cités payaient

(1) Haute-Serre. — (2) Ghrooique* d'Auch , Manuscrit de M. d'Aignan.

alors à Auch. Il adjugea à Févéque et à ses successeurs le corps entier de la ville avec les faubourgs et les églises de St-Pierre et St-Jean, près d^ Gers (plus tard St-Orens). Il gratifia encore nos prëlats de la ville de Vic-Fezensac avec toutes ses appartenances qui, à cette époque, étaient du domaine royal. Il soumit même toutes les cités de la Gascogne à Téglise d'Âuch , afin qu'elle fut appelée et fut réellement la métropole, c'est-à-dire la mère des autres églises. Enfin , à la prière de son épouse, il fit bâtir hors de la ville d'Auch, mais près des murs , une magnifique église, à Tbonneur de St-Martin, et il la dota largement.

Tel est le document auquel on donnait jadis tant dMmportance qu'il avait été inséré dans les deux cârtalaires de la métropole et dans les registres duebapitre. Il était appuyé d'un vieux parchemin à demi rcMigé par le temps. Le pape Gélestin III parait le reconnaître dans une bulle que nous citerons en son lieu. Enfin , uos archevêques l'ont souvent invoqué dans leurs débats avec les gens du fisc.

Malgré tous ces titres qui nous le recommandent, ce document porte avec lui de nombreuses traces de supposition où du moins d'altération. Gir il dit que le monarque Franc venait de délivrer Auch et les pays adjacents do la domination des Sarrasins , qu'il battit et poursuivit jusqu'à Toulouse le roi Alaric; que ce dernier prince, d'abord catholique, avait abandonné la vraie foi pour embrasser l'erreur. Ajoutons TérectioQ de notre cité en métropole, à côté d'E^uze encore debout. Enfin l'évéque Perpétue lui-même ne nous est connu que par cette pièce; et, au premier G>ncile, lions trouverons sur le siège d'Auch un Nicet qu'il

faudra distinguer du Nicet qui parut à Agde. Certes, voilà bien des faits erronés ou suspects. Il n^est pas étonnant que les officiers royaux et les parlements n'aient vu dans cet écrit qu'un acte apocryphe. Nous ne pensons pas toutefois qu il faille le rejeter entièrement. A nos yeux , le vrai s y mêle au faux. Il est certain que Clovis fit de grandes largesses aux églises. L'histoire est là pour appuyer sur ce point les diverses traditions locales. Le souvenir s'en conserva longtemps dans les esprits ; et dans le moyen âge, quand furent confectionnés les divers cartulaires , on lui attribua la plupart des monuments ou des privilèges dont on ignorait l'origine, selon la coutume qu'ont toujours eue les masses peu éclairées, de tout placer sous le patronage d'un grand nom.

Le monarque ne traita pas avec moins de générosité les autres prélats de l'Aquitaine ; et peu content de les avoir comblés de bienfaits , il leur écrivit au retour de son expédition une lettre dont la suscription est remarquable (1) : aux maîtres saints^ très-dignes de s'asseoir sur le siège des apôtres^ aux évéques^ le roi Claris. Cest un roi Barbare qui sait ainsi intéresser à sa cause des pasteurs dont il connait le pouvoir sur l'esprit de leurs peuples. Le reste répondait à ce début. Il leur disait , qu'en faisant prendre les armes à ses soldats, il leur avait enjoint de respecter les propriétés des églises, mais que si ses ordres avaient été méconnus, il était prêt à réparer tout dommage. Il ajoutait qu'un rescrit de leur part briserait sur-le-champ les fers de leurs ouailles, si la victoire les avait livrées à ses Francs, et si ceux-ci les avaient traînées en captivité.

;1) Le P. Lnbbc, CoUectio Conciliorum, tome 4.

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On avait cru longtemps, mais vraisemblablemait sans raison, que cette lettre avait été écrite aui^ Pères du premier Concile d^Orléans (1) , convoqué cette année même 51 1 et composé des évéques de toutes les provinces soumises alors à la domination du nouveau conquérant La Novempopulanie n'y compta que son métropolitain Léonce, d'Eauze, et les su(f ragauts Sextilius, de Bazas, et Nicet, d^Auch, différent du premier, si Texistence de Perpétue est admise. Entre les décrets de cette assemblée, le premier regarde le droit d'asile. On sait que jadis, autour de chaque ville importante, était un certain espace de terrain où la justice humaine perdait sa force coèrcitive. On montre encore, à Auch, près de la chapelle de la O>nception , une pierre trèsancienne, sur laquelle est gravée Timage de JésufrChriit saisi par les juifs. La tradition prétend que le droit d'asile commençait là pour l'ancien St-Orens. Ce privilège dont le crime et l'audace durent abuser plus d'une fois , et qui découlait si facilement d'une religion de mansuétude et de pardon , était bien irrégulier sans doute ; Inais nous errerions grandement , si nous le jugions avec les idées que fait naître dans notre esprit le spectacle d'une société bien ordonnée et bien assise Dans ces temps de barbarie où la force faisait souveot le droit, où une aveugle précipitation punissait presque toujours sans aucune forme de justice l'offense récDe ou imaginaire, qui ne sent que c'était donner un àjfpai à la faiblesse , à l'innocence un refuge , une trêve an moins à la haine et aux passions brutales.

Un autre canon attribue à l'évéque la moitié do

(l)LcP. Labbc, lomp I.

trfTrandes déposées sur les autels , et leur enjoint de nourrir et de vêtir les pauvres et les infirmes ; Tautre moitié était partagée entre tous les membres du clergé. Un autre encore ordonne de célébrer par le jeune et Fabstinence les Rogations nouvellement instituées dans les Gaules par St-Mamert, métropolitain de Vienne; le 0>ncile veut même que durant ces trois jours, les esclaves et les gens de service (sen^i et nncillœ) soient dispensés de tout travail, afin que le concours soit plus grand et plus solennel.

Le dernier renouvelle les défenses faites à tous clercs, moines ou séculiers , de se livrer aux pratiques de sortilège ou de divination. Ces défenses , nous les retrouverons dans presque tous les Conciles ; Tignorance et la crédulité étaient plus fortes que toutes les lois. Glovis survécut peu à ce Concile; il termina dans le palais de Thermes, à Paris (1) , le 27 novembre de cette année , une carrière briUante sans doute , mais qu il souilla trop souvent, surtout dans ses dernières années, par ses atrocités et ses perfidies. A sa mort, ses quatre fils se trouvant tous rois, selon Tusage des Barbares, se partagèrent ses vastes étals (2). Dans ce partage, la Novempopulanie parait être échue d^abord à Clodomir (Hlodomîr) (*), roi d'Orléans, et ensuite à Childebert (Hildebert) (**) , roi* de Paris (3). Nous n avons à cet égard qne des conjectures, mais nulle preuve certaine. Il est même assez vraisemblable que la Novempopulanie supérieure, c'est-à-dire le Bigorre, le Béarn, le Commin-

(1) Grégoire de Tours, Âimoîn. — (2) Les mêmes.

(*) Hlodomify chef illustre mtr ou mer pris iub$iantivement,

(**) Hildebert, brillant m corohal.

;3) Marca, ch. 17.

i. iX

ges, la Navarre et la Soûle , se maintinrent à pea prés dans findépendance.

Nicet II suivit de près dans la tombe le vainqaeor d^Alaric. La mort moissonna ensuite rapidement ses successeurs , au moins s^il faut en croire le Gartulaîre d^Auch, généralement suivi par tous les historiens (1): car de 5H à 533 , il place sur le siège de notre dté, Minerve II, Alesius ou Alecis I , Amélius I, Suavis, Porcaire, Proculeyain I, Priscus et enfin Proculeyain II. Huit prélats dans 22 ans, Vcspace est bien courL Aussi, le père Lecointe y soupçonne-l-il erreur. Mais cette erreur, nous n osons point l'affirmer sans preuve, ob» serve à cet égard Dom Denis de Ste-Marthe (2).

Cependant la conquête portait ses fruits. Avec ks Barbares , leurs vices et leurs désordres avaient fait irruption dans Téglise. Les mœurs rapaces et dissolues des Francs se reflètent dans le second Concile d'Orléans (3), tenu celle année 533, et composé des provinces qui obéissaient à Childeberl , fils de Clovis. La Novempopulanie n'y comptait , ainsi que dans lé pre* mier, que trois représentants : St-Aspase, métropditain d'Eauze, qui 'avait succédé à Léonce, Praesidins, de Comminges et Proculeyain , d'Auch.

Le troisième canon de ce Concile interdit toute ordination provoquée par Tappât du gain. Lfe quatrième d^ fend d'acbeter le sacerdoce à prix d'argent. Le buidème veut que le diacre réduit en captivité et forcé dans les fers d'accepter une épouse, soit traité avec indulgence. A ces maîtres, pour augmenter leurs revenus, il fallait

(1) Chroniques d'Auch. Mflnuscril de M. d'Aignan. — (3) GaUia Chri$tiana. — (3) Le P. Labbc, tome 4,

sans doute la reproduction de Tespèce. Quelle chose humaine que Tesclavage ! Le dixième et onzième protègent la sainteté du lien conjugal. Le seizième est remarquable; nous citerons textuellement (4); qu aucun prêtre ou diacre illettré, sine litteris^ ou qui ne sait pas baptiser, ne soit ordonné. Combien, à la faveur de tant d'invasions successives , Tignorance n'avait-elle pas dû s'épaissir sur nos malheureuses contrées. La misère était si générale et si profonde, que le Concile se crut obligé de défendre, sous peine d'être privé des assemblées chrétiennes , de se nourrir des animaux morts de maladie on sous la dent des bétes féroces (2). Ce dernier trait manquait au tableau. Cupidité, ignorance et famine, tout maintenant s'y trouve. Bien peut-être comme ce Concile ne nous peint notre patrie sous le r^ne des premiers MéroWngiens. Toutes les descriptions pilissent à côté de ce froid, mais irréfragable document.

Aspase et Proculeyain assistèrent aussi, en 541 , au quatrième Concile d'Orléans (3) , oii nous remarquons le trente-deuxième canon sur la postérité des serfs ^ placée sons le patronage de Féglise et protégée par les foudres spirituelles contre la cupidité publique ; le ijoinzième et le seizième qui défendent aux chrétiens de se nourrir de viandes offertes aux idoles , ou de jurer (4) k l'instar des Gentils sur la tête des bêtes fauves

(1) Prubyter^ vel diacùnus sine litteris . vel si baptisandi or- -dinem nesciat, nullatenùt ordinetur. — (2) SimiUter et qui bestiarum mortt^iii exiincta 9el quolibet morbo aut eoiu iuffocata veecmiiur, — (3) Le P. Labbe, CoL con, tome 5. — (4) Si quis CkristianuSy ui eit Gentiliumconsuetudo, ad C3put cujuscumque ferœ^ vel pccudis, invocatis insuper nominibus paganorum jurarerit, etc,<, etr.

OU des animaux et en invoquant des noms payens ; et le vingt-troisième qui défend aux serfs de Téglise ou des prêtres de se livrer au pillage ou de faire. des prisonniers. On le voit, les violences qu'on rejette ordinairement après le huitième siècle avaient conunencé à l'arrivée des Francs. Pépin et Charlemagne les suspendirent quelques années. Elles reprirent leur cours quand les mains puissantes qui les arrêtaient se furent glacées sous le marbre de la tombe.

Julien, deTarbes, et Girlère, de Dax, avaient, ainsi que l'évêque d'Âuch, accompagné leur métropolitain à Orléans et souscrivirent comme eux les actes du G)ncile. Les prédécesseurs de Julien nous sont inconnus depuis Aper, sous Gmstantiu. Girtère avait succédé a lUidius vers 530. On dit (1) que son élection faite sans l'assentiment du peuple amena de grands troubles. Nous retrouvons encore le métropolitain d'Elauze avec son suffragant d'Auch à un autre Concile tenu en 549 (2), à Orléans, point central pour les états de Childebert , prince qui , à travers les mœurs rudes et trop souvent féroces de la nation Franke, se montra constamment l'ami du sacerdoce et de la religion.

Le second canon défend d'excommunier pour de légers griefs ; le sixième de replonger dans l'esdavage le serf émancipé dans l'église, et le neuvième d'ordonner pour évêque le fidèle, quel que fût son rang, si sa conversion n'avait pas un an de date. A ces sauvages enfants du nord , entrés d'hier dans l'église , il fallait sur-le-champ les premières places dans la hiérarchie religieuse, comme ils l'avaient dans la hiérarchie poli- •

(1) Gallia Chris tiana. —(2) Le P. Labbe, Coll. con., tome 5.

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tique. Le vingt-unième charge les évéques de pourvoir spécialement aux besoins des lépreux , afin , disent les pères, que les soins de la charité ne manquent point à ceux qui doivent à une cruelle infirmité d^éprouver les horreurs d'une affreuse misère. C'est, si je ne me trompe, la première fois que notre histoire mentionne la lèjHre , cette horrible maladie qui plus tard fit de si épouvantables ravages, et que la plupart des historiens ne font remonter qu'aux croisades. Après leur métropolitain souscrivirent Proculeyain d'Auch, Libère , de Dax , successeur de Cartère, Amélius, de Comminges , qui avait remplacé Praesidius et Alétius , de Lectoure , dont on ignore les successeurs pendant près de cinq cents ans (1).

A peine rentré à E^uze, Aspase repartit pour le G)ndle d'Auvergne (2) , qui ne fit guère que renouveler les diverses lois qui venaient d'être promulguées à Orléans. Cet empressement à se rendre aux assemblées ecclésiastiques, même si éloignées, alors que les voyages de long cours étaient si pénibles et si périlleux, et le joèle pour la restauration des mœurs , que cet empressement suppose , ne pouvaient partir que d'un cœur éminemment religieux. Aussi, Aspase a-t-il été rangé parmi les saints, et à ce titre honoré d'un culte pubhc. Quelques écrivains (3) Font confondu sans aucun fondement avec un saint du même nom, que la ville de Melun a choisi pour son patron principal, et dont elle fait la fête le 2 janvier. Proculeyain qui avait si souvent partagé son zèle et ses courses pastorales, descendit

(i) GaUiaChristiana.^2) Labbe, Coll. cofi. tome 5. — (3) Cbroniques d*Auch.

lui-même dans la tombe vers Tau 553. Le carUiIaire de Tabbaye de St-Sever cap de Gascogne lui donne Marcel pour successeur. Après Marcel, vinrent Virgiler Polemus, Âlesius ou Alecis II, et enfin Eonius ou Genius suivant le cartulaire déjà dté (1). D'après ce document, Eonius avait dans sa jeunesse embrassé la vie monastique , et il porta les vertus et les perfections du cloître sur la chaire épiscopale. Cétait en 583. Childebert , le roi d'Orlëans , était mort sans descendance en 558 (2). La postérité de ses deux frères s'était éteinte avant lui.

Ootaire (Hloter) (3) , resté seul, réunit sons bod sceptre toute la monarcbie du vainqueur des Gaules, agrandie encore par les conquêtes que lui ou les ^ens y avaient ajoutées. Ce nouveau souverain ne jouit pas longtemps de sa puissance. Il mourut quatre ans apiès, en 562, noir de vices et de crimes, ou plutôt obîet de rhorreur universelle, même dans un siècle et cbes un peuple où les actes de cruauté étaient choses simples etcommunes. Sur son lit de mort, en proie auxdouleon d'une affreuse maladie , il répétait souvent (4) : twoi/ 'wah ! hélas ! hélas ! que pensez- vous que soit œ cd do ciel qui fait ainsi mourir de puissants rois. Il laissait de ses nombreuses femmes quatre fils qui partagèrentioo royaume comme ayaient fait les fils de Clovis. Il «v«t eu aussi de la femme d'un artisan , un enfant nommé Gondoval, ou Gondebault (*) , qu'il ne voulut jamib reconnaître, mais qui, parles soins de sa mère, reçot

(l)Cartu]aîre d'Auch. Dom Brugelles. M. dMignan. — (2) Aîmoîi. liv. 2, ch. 29. Grégoire de Tours, liv. 4, ch. 20. — (3) Hloler, eiUbre et éminmt. — (4) Âicnoin, ch. 37. Grégoire de Toars, ch. 21.

(*} GondovcUy hardi au combat.

néanmoins une éducation distinguée. On lui laissa même croître les cheveux à la manière des princes du sang royal , et on fit germer ainsi dans son jeune cœur une ambition qui causa sa perte.

Le partage que firent entr'eux les fils de Qotaire lîit eneore ^us arbitraire que celui qu^on avait vu sous les fib de Qovis. La même province, le territoire de la même cité , la cité elle-même , fut quelquefois divisée entre plusieurs maîtres. A un pareil morcellement , ajoutez que les documents qui nous Font transmis, nous aont parvenus vagues , incomplets et presque inconciliables, et Ton conviendra sans peine qu'il n'est pas touîours facile d'assigner les limites de chaque nouvel ëtaL A travers tant d'incertitudes , nous croyons avoir entrevu (1) que la Novempopulanie devint le lot de Qierebert ou plut6t Guribert (*) , roi de Paris. Eauze et Béam, aujourd'hui Lescar, comme nous l'avons observé ailleurs, étaient comptées parmi les villes les plus importantes de son royaume. Mais à la mort de Ouribert, que son incontinence et ses débauches précipitèrent au tombeau après un règne de quatre années, notre pays passa (an 567) presque tout entier sous les lois de Chilpéric (Hilperik) (^*) , roi de Soissons , le Néron des premiers temps de notre histoire, selon les expressions de Grégoire de Tours , le Louis XI de la Barbarie. Un de ses attentats lui ravit bientàt une partie de son héritage.

Fasciné par une femme aussi intrigante que belle , et dont les rivalités avec la célèbre Brunehaut ou plu-

(\) Grégoire de Toars , Marca.

(*) Hari4)Wt, brillant dans rarmée.

(**) r/ilpô-rik, brave ou puissant à secourir.

200 HlSTOlUfi

tôt Brunehilde {*) ^ reine d' Austrasie , remplirent si longtemps la France de carnage et de deuil , et épuisèrent presque te sang royal ; fasciné par Frédégonde , il Tavait arrachée aux emplois de la plus basse domesticité pour partager avec elle sa couronne et sa coudie; mais la passion s'usa rite chez un prince dissolu plus encore quHnconstant Honteux alors d'une alliance aussi disproportionnée, il rechercha la main de Galiswinthe (1), fille d'Athanagilde , roi des Visigoths et sœur de Brunehilde. Sa demande éprouvant quelque di(&culte, il promit à la princesse Espagnole, pour prix de sa virginité , Morgàneghiba^ comme disaient let Germains, les villes de Limoges , Cahors, Bordeaux, Béam (Lescar) et BSgorre (Tarbes) (2) avec leur territoire. On appelait M organeghiba , le présent que Fépoux offirait à sa jeune épouse , à son réveil après la première nui^ des noces. Notre douaire est né peut-être de ce^ usage. Le mariage se célébra avec une pompe qui éclipsa tout ce qu ou avait vu parmi les Francs, et le lendemain matin, Chilpéric, comme il Tavait promis, prit en présence de témoins la main de Galismnthe , et jeta sur elle un brin de paille j en prononçant à haute voix le nom des cinq villes dont il lui faisait don rejetait la formule du Morganeghiba. Malgré tant d'appareils et de générosité , Tunion ne fut pas heureuse; la douce et bonne Galiswiuthe ne pouvait pas longtemps plaire à Chilpéric ; à cette âme atroce il fallait Taffreuse Frédégonde. Aussi , des feux mal éteints se rallumèrent

(*) Bnmehilde, brune fille.

(l)Aioioin, liv. î, ch. {5. Grégoire de Tours, llv. I, ch. 28.—' (5) Grégoire de Tours, liv. 0, ch. 20.

sans peine , et la reine ayant voulu se plaindre, fut trouvée morte dans son lit.

Cette mort mystérieuse , ce sort si triste et si peu mérité, émurent fortement les esprits; mais la conduite de sa rivale qui, malgré la clameur publique, vint aussitôt reprendre dans le lit et sur le trône du roi de Soissons une place qu'elle avait conquise par un crimer et qu elle devait, dit-on , conserver par un crime plus grand encore (1), cette conduite excita Tindignation générale. Les larmes et les plaintes de Brunehilde ajoutèrent encore à Thorfeur qu'inspiraient les deux coupables. On arma de toutes parts pour punir tant de noirceurs et venger l'épouse égorgée. Battu et dépouillé d'une partie de ses états, Chilpéric s'estima trop heureux de calmer l'orage en abandonnant à la sœur de sa victime les villes du Morganeghiba. Il parait néanmoins avoir conserA'é quelqu'autorité' dans la Novempopulanie; car nous le voyons plus tard promettre le siège de Dax au comte Nicet , frère de Rusticus , évéque d'Aire. Au milieu de ces luttes déplorables , Sigebert assembla à Paris (2) , en 573 , un Concile où Laban, successeur de St-Aspase, souscrivit ainsi : Laban , pécheur de la ville d'Elauze, Laban^ peccator ecclesiœ Elùsanœ. Il prend encore ce titre dans la lettre qu'il écrivit au roi avec les autres pères du Concile. Celte souscription était alors assez commune. Thalasius, évéque d'Angers, en avait donné l'exemple dans les Gaules, en 461.

(1) Le meurtre dç son époui. On l'accusa de Tavoir fait assaMÎner par le beau Landric son amant. Land-rick^ seigneur du pays. C'est la même éljmologie que Lambert.

(2) Le P.Labbe, Coll. eoni^ tom. 5.

Deux ans après rassemblée de Paris, Sigebcrt(*) tombaitsouslc fer de deux émissaires de Fréd^onde(<); et quelques années plus tard, en 584, Chilpéric, Taflreux Chilpéric lui-même, périt sous des coups mystérieux (2), dirigés peut-être par une main trop habituée au meurtre. Â sa mort, et quoiqu'il laissât un fils, jeune enfant de quatre mois, Contran (**), son frère , se hâta d'ajouter à ses états tout ce qui reconnaissait une autorité étrangère dans le pays compris entre la Garonne et les Pyrénées. Bientôt un premier traité conclu entre lui et son neveu Childebert , roi de Metz et fik de Sigebert et de Bmnehilde , donna à celtii-ci les vïDes d'Aire et de Béam (3) ; la ville de Béarn lui fut retirée par un second traité qui lui donnait en échange les cités de Couserans et de Labour (Bayonne). Childéric le Saxon, que Contran avait nommé gouverneur du territoire qui lui appartenait au delà de la Garonne (4), perdit son gouvernement parmi toutes ces transactions, et se retira dans la cité d'Auch où étaient assis les biens de sa femme (5). L'infortuné seigneur s'efforça de se consoler des disgrâces de la fortune par la débauche : stérile et dégoûtante consolation qui précipita la fin de ses jours, car il mourut quelques mois après k la suite d'une orgie.

Dix ans s'étaient écoulés depuis le meurtre de Chil-

(*) Sighebert, brillant par la victoire.

(1) Ge$ta francorum^ ch. 31. Grégoire de Toars, Uy. 4, ch. 37. — (2) Grégoire de Tours, liv. 6, ch. 46.

(•*) Gonthram, fort au combat. *

(3) Grégoire de Tours, cb. 22. —(4) Grégoite de Tours , liv. 8, ch. 48. Gesta francorum^ ch. 35. — (5) GrégoifèMe Tours , liv. 10 ch. 22.

përic Contran vivait encore , mais déjà aflaissé sous le poids d'une vieillesse prématurée, il penchait vers la tomJ)e, et Tavenir de la monarchie reposait sur Li léie de Ootaire II , roi, et de Childebert II , prince à peine échappé à Tadolescence , et qui montrait peu de valeur militaire, seule vertu royale aux yeux de nos valeureux ancêtres. Dans cette conjoncture , quelques seigneurs, le duc Mommole à leur tête, attirèrent en France Gondoval ou Gondebault. Ce fils de Clotaire l" €]ue nous avons vu méconnu et repoussé par son père, avait promené sa fortune errante dans toute TEurope (1). A peine a-t-il remis le pied dans sa patrie, qu'il se voit entouré d'une foule d'Aquitains qui l'élèvent solennellement sur le pavois à Brives-la-Gaillarde. En peu de mois, tout le pays depuis la Charente jusqu'aux Pyrénées , reconnait sa royauté éphémère ; car au premier bruit des forces que faisait avancer Contran , les Aquitains s'empressent d'abandonner le nouvel étendard qu'ils venaient d'arborer.

Suivi de Mommole, Cariulfe, Waddon et quelques autres seigneurs qui s'étaient le plus compromis , l'infortuné Condoval court s'enfermer avec une partie de ses trésors dans Convenues ou la cité de Comminges (2). U intéressa à son sort ses généreux habitants. Que ne loucha-t-il également les traîtres qui l'avaient séduit et qui se traînaient a sa suite! Tous s'engagèrent alors k subir les rigueurs d'un siège et en affrontèrent avec joie les hasards. Cependant l'armée ennemie, commandée par Lewilgilde, traverse, le fer et la flamme à la

(1) Grégoire de Tour», liv. 6, ch. 24, cl liv. 7, ch. 10.— (2) Idem, liv. 7, ch. 24.

204 HlSlt)lAE

main , toute la Novempopulanie , et arrive sous le^ murs de Cou venues. Après quinze jours de tranchée ouverte, durant lesquels les soldats qui s'écartaient du camp étaient impitoyablement massacrés par les habitants des campagnes (1) , irrités des déprédations commises sur eux , Lewilgilde tente un assaut. Vainement déploie-t-il tout ce que Tart militaire avait alors de plus meurtrier et plus encore ce courage altier et féroce qu'éveillent et développent les guerres civiles, il est repoussé avec grande perte. L'évéque Sagittaire (2), le casque en tête et la cuirasse sur Tépaule , s'était constamment montré à la tète des assiégés , lançant de ses mains des quartiers de roche sur les ennemis.

Pendant que le siège traînait en longueur (nous empruntons ici la traduction de M. Guizot) , un gnnd . nombre de soldats montait sur la colline , sur laquelle la ville s'élevait, et parlait souvent avec Gondoval, lui prodiguant les injures et lui disant (3) : Es-tu ce peintre qui , dans le temps du roi Clotaire , barbouillait dans les oratoires les murs et les voûtes ? Els-tu celui que les habitants des Gaules avaient coutume d'appeler du nom de Ballomer (terme de mépris parmi les Gaulois) ? Es-tu celui qui, à cause de tes prétentions, as si souvent été tondu et exilé par le roi des Francs 7 Dis-nous au moins , le plus misérable des hommes, qui t'a conduit en ces lieux ? Qui t'a donné l'audace extraordinaire d'approcher des frontières de nos seigneurs et rois ? Si quelqu'un t'a appelé , dis-le à haute voix ; voilà la mort présente à tes yeux; voilà la fosse que tu as cherchée

(1) Grégoire de Tours , ch. 3^. — (2) Idem , ch. 37. — (3) Idem , liv. 7, ch. 36.

longtemps, et dans laquelle tu viens te précipiter. Dénombre-nous tes satellites; dédare-nous ceux qui t'ont appelé?

Gondoval, entendant ces paroles, s approchait et disait du haut de la porte : ce Que mon père Clotaire m'ait eu en aversion , c'est ce que n ignore personne ; que î'ai été tondu par lui et ensuite par mes frères, c'est ce qui est connu de tous. Cest ce motif qui m'a fait retirer en Italie auprès du préfet Narcès. Là, j'ai pris femme et engendré deux Gis. Ma femme étant morte, j'ai pris avec moi mes enfants et j'allai à Constantinople; j'ai vécu jusqu'à ce temps, accueilli par les empereurs avec beaucoup de bonté. Il y a quelques années, Gontran-Boson étant venu à Constantinople, je m'informai à lui , avec empressement , des afiaires de mes frères , et je sus que notre famille était fort diminuée , et qu'il n'en restait que Childebert, fils de mon frère, et Gontran, mon frère; que les fils de Chilpéric étaient morts avec lui et qu'il n'avait laissé qu'un petit enfant; que mon frère Gontran n'avait pas d'enfants et que mon neveu Childebert n'était pas très4>rave. Alors Gontran-Boson , après m'avoir exactement exposé ces choses, m'invita, en disant : viens , parce que tu es appelé par tous les principaux du royaume de Childebert, et personne n'ose dire un mot contre toi, car nous savons tous que tu es fils de Gotaire , et il n'est resté personne dans les Gaules pour gouverner ce royaume, à moins que tu ne viennes* Ayant fait de grands présents à Gontran-Boson, je reçus son serment dans douze lieux saints, afin de venir ensuite avec sécurité dans ce royaume.

a Je vins à Marseille, où l'évéque me reçut avec

206 HIOTOIRE

une extrême bonté, car il avait des lettres des princîpaux du royaume de mon neveu. Je m'avançai de là vers Avignon , auprès du patrice Mommole ; mais Gk)ntran«Bo6on , violant son serment et sa promesse , m'enleva mes trésors et les retint en son pouvoir. Re* connaissez donc que je suis roi comme mon frère Gk)ntran. Cependant, si votre esprit est enflamme d'une haine si grande, qu'on me conduise' au moins vers votre roi ; et s'il me reconnaît pour son frère, qu'il fasse ce qu'il voudra. Si vous ne voulez pas même cda, qu'il me soit permis de m'en retourner là d'où je suis venu. Je m'en irai sans faire aucun tort à persmme. Pour que vous sachiez que ce que je dis est vrai, in* terrogez Radegonde, à Poitiers, et Ingiltrude, à Tours: «lies vous affirmeront la vérité de mes paroles ». Pendant qu'il parlait ainsi , un grand nombre accueillait son discours avec des injures et des outrages.

Voyant que la force était impuissante; Leuwilgilde (i ) envoya vers Mommole des émissaires secrets, qui lui dirent : a Reconnais Gontfan pour ton maître et mets enfin un frein à ta perversité. Quelle folie t'a porté à unir ta destinée à la destinée d'un homme in» connu ? Déjà ta femme et tes enfants ont été faits prisonniers , et sans doute que tes fils ont payé de leur sang la révolte de leur père. Où cours-tu, sinon à une perte certaine? h Au message, Mommole répond : « Je ne le vois que trop, notre règne touche à sa fin ei notre puissance s'affaisse ; néanmoins , si je connaissais trouver auprès de vous assurance pour mes jours, je pourrais encore vous épargner bien des fatigues. » Ck>mme les

(1) Grégoire de Toan, liv. 7, cb. 38.

émissaires se retirent, 1 evéque Sagittaire entraîne à Téglise Mommole, Cariulfe et Waddon. La, ils s'engagent tous par serment à abandonner Gondoral et à le livrer à ses ennemis , si ceux-ci lui garantissent la vie. Rappelés par les rebelles, les émissaires leur donnent sous la foi réitérée des serments les plus solennels, Tassurance quils réclamaient, et à Monunole, plus coupable, ils promirent que s'ils ne pouvaient obtenir sa grâce du roi, ils le déposeraient dans une église, asile alors inviolable.

Pendant que les émissaires s'éloignaient, Mommole, Tévéque Sagittaire et Waddon s'étant rendus auprès de Gondoval , lui dirent : u Tu sais quels serments de fidélité nous t'avons prêté. Écoute à présent un conseil salutaire; éloigne-toi de cette ville, et présente- toi à ton firère, comme tu Tas souvent demandé. Nous avons déjà parlé avec ces hommes, et ils ont dit que le roi ne voulait pas perdre ton appui, parce qu'il est resté peu d'hommes de votre race. » Mais Gondoval comprenant leurs artifices , leur dit tout baigné de larmes : « Cest sur votre invitation que je suis venu dans les Gaules. De mes trésors qui comprenaient des sommes immenses d'or et d'argent et difîérents objets , une partie est dans la ville d'Avignon , une partie a été piUée par Gontran-Boson. Quant à moi, plaçant après Dieu, tout mou espoir en vous , je me suis con6é à vos conseils, et j'ai toujours souhaité de régner par vous. Maintenant, si vous m'avez trompé , répondez-en auprès de Dieu, et qu'il juge lui-même. » A ces paroles, Mommole répondit: u Nous ne te disons rien de mensonger , mais voilà de braves guerriers qui t'attendent à ia porte. Défais maintenant mon baudrier d'or dont

tu es ceint : pour ne pas paraître marcher avec orgoeilf prends ton épée et rends-moi la mienne, y» Gondovil lui dit : (c Ce que je vois dans ces paroles, c^est que ta me dépouilles de ce que j^ai reçu et porté par amitié pour toi. )) Mais Mommole affirmait avec serment quW ne lui ferait aucun mal. Ayant donc passé la porte , (îondoval fut reçu par OUon, comte de Bourges, et par Boson, le même peut-être qui Favait attiré enFrance, cl qui plus tard Tayant dépouillé, s^était réconcilié avec Contran , dont il était en ce moment un des généraux. Mommole étant rentré dans la viDe avec ses satellites , ferma la porte très solidement.

Se voyant livré à ses ennemis, Condoval leva les mains et les yeux au ciel, et dit : « Juge étemel, véritable vengeur des innocents, Dieu de qui toute justice procède, à qui le mensonge déplaît , en qui ne réààit aucune ruse ni aucune méchanceté , je te confie ma cause , te priant de me venger promptement de ceux qui ont livré un innocent entre les mains de ses ennemis. » Après ces paroles, ayant fait le signe de la croix» il s'en alla avec les hommes ci-dessus dénommés. Quand ils se furent éloignés de la porte, comme la vallée audessous de la ville descend rapidement, OUon Tayant poussé, le fit tomber en s'écriaiit : voilà votre Ballomer, qui se dit frère et fils du roi. Ayant lancé son javdol, il voulut Ten percer, mais Tarme repoussée par lesoercles de la cuirasse, ne lui fit aucun mal. Comme Condoval s'était relevé et s'efforçait de remonter sur la hauteur , Boson lui brisa la tête d'une pierre : il tomba aussitôt et mourut. Toute la multitude accourut , et l'ayant percé de leurs lances , ils lui hèrent les pieds avecunecorde elle traînèrent tout à l'entour du camp.

Lui ajant arraché les cheveux et la barbe , ils le laissèrent sans sépulture dans Tendroit où ils Tavaient tué.

La nuit suivante, Mommole et les principaux adhérents enlèvent secrètement les trésors enfermés dans la place, sans épargner même les vases sacrés, et quand le jour parait ils en ouvrent les portes. Les soldats s'y précipitant aussitôt, font main-basse sur la garnison et sur les habitants, et égorgent les prêtres au pied du sanctuaire et jusque sur les autels; ajH\*s avoir tout passé au fil de Fépée , ils mettent le feu à la ville. Au rapport de Thistorien qui nous a servi de guide et des autres auteurs contemporains, dans la cité de Comminges, jadis si brillante, ils ne laissent que le sol nu.

Nos lecte^urs désirent sans doute connaître ce qpi advint à la trahison et au parjure, La vengeance du ciel ne se fit pas attendre. Rentré au camp avec Mommole et Sagittaire , Leuwigilde envoie , au mépris de sa parole , prendre secrètement les ordres de Contran au sujet des rebelles : Qu'on les mette à mort, répond le roi justement irrité. Mommole {i] voyant qu'on prenait les armes, et soupçonnant bien qu on en voulait à ses jours, ceint son épée et se rend sous la tente de Leuwigilde. Dès que celui-ci l'aperçoit : Pourquoi , lui dit-il, viens-tu ainsi en fugitif? Hélas ! répond Mommole , on ne garde nullement les promesses que ron m'avait jurées : je ne saurais en douter, je touche à mes derniers moments. Ne crains rien, reprend Leuwigilde, je vais sortir, j'apaiserai tout; et loin de là , il fait aussitôt entourer la tente et commande d'égorger le traître trahi à son toui* Mommole défend vaillam-

(1) Grégoire de Tours, liv. 7, ch. 39.

ment sa vie; mais à la fin, comme il tentait, le fier à la main , de se faire jonr à travers ses bourreaux , il est assailli par deux soldats qui lui plongent leurs lances dans les flancs et le percent d'outre en outre.

Témoin de cette mort, raffreux Sagittaire, qui avait si longtemps méconnu et la saintet é de son caractère et les habitudes pacifiques de son état, demeura atterré (1). Pour Tarracher à sa stupeur : évéque, lui dit un des assistants , tu vois ce qui se passe , cache ton front sous des habits étrangers, et, à la faveur de ce déguisement, gagne la forêt voisine, d'où tu pourras peut-être t'évader plus tard. Sagittaire suivit ce conseil ; notait comme il essayait de s'enfuir ainsi travesti , un soldat tira son épée, et sans savoir qui il frappait, il abattit dW seul coup la tête de Tindigne évéque et la cucule on cah puchon qui la couvrait. Ainsi périrent et le chef de la conjuration et cet infâme Sagittaire, de Cap, si tristement célèbre dansTéglise de France, qui4'avait déposé dans deux Conciles difTérents et condamne à une prison perpétuelle d'où il s'était écliappé pour s^attacher à l'infortuné Condoval.

La cité de Comminges ou Cons^enœ fut longtemps à se relever de ses ruines. Son évéque avait été expulsé par, les rebelles, avec une prtie de son troupeau , an commencement du siège. On ignore dans quel lieu il se réfugia, et quand il termina sa carrière. Le soulèvement de Condoval amena quelques troubles dans l'église d'Aquitaine; car il est rare que les commotions politiques ne se fassent pas ressentir jusqu'au pied des autels. Aux jours où ce fantôme de roi apparut dans

(1} (irôfjoire de Tours, liv. 7, rli. \XÙ.

les Gaules, Févêque de Dax venait de mourir. Nicet ( 4 ), comte ou gouverneur de la ville et frère de Rusticus, évéque d'Aire, se présentait pour le remplacer , quoiqu'il ne fût que simple laïque , ou tout au plus que simple derc ; mais le siège lui avait été promis par Chilpéric, et il invoquait cette promesse. Il faut Tavouor, le titre ëtait peu canonique. Aussi Gondoval saisit ce prétexte pour annuler ce qu'avait arrête le roi de Soissons et jeta les yeux sur le prêtre Faustinien. Il voulut le faire ordonner par Bertram (*), métropolitain de Bordeaux , qui s'était attaché à sa cause. Le métropolitain , malgré son dévouement , comprit ce qu'un acte qui s'attaquait à l'autorité royale , très peu endurante alors, pouvait amasser de périls sur sa iéte ; il prétexta un mal d'yeux et fit donner l'onction sacrée par Pallade, évéque de Saintes, assisté d'Oreste, évéque de Bazas.

Contran, après la victoire, ne voulut pas reconnaître le nouveau prélat. II fit assembler à Màcou, en 585, «m Concile composé des cvéques soumis à sa domination (2), On y vit à la fois , Fauste, d'Auch ; Oreste, de Bazas ; Rusûcos , d'Aire; Sa vin, de Béam ; Ruffin, de Oomminges; Lucérius, d'Oleron et Amélius, de Bigorre. Faustinien lui-même y souscrivit avec les Pères , mais «ans prendre le titre de son église. Laban, le métropolitain d'Eanze, accablé sous le poids des années, ne put s'y montrer en personne et s'y fit représenter par un de ses prêtres. L'ordination de Faustinien fut reconnue (3) , mais le siège lui fut retiré et donné à son

(1) Grégoire àc Tours, liv. 7, ch. 31.

(*) Bert'Chram, illustre au combat.

(2) Le P. Labbe, CoUectio Con., tome !(.— (3) Grégoire de Tours, liv. 8, ch. 20.

rival. Bertram, de Bordeaux, Pallade, de Saintes et Oreste, de Bazas, qui chercha, mais en vain, a se défendre d'avoir participé à Tordination , furent condanméft à le nourrir et à lui fournir pour cela , chacun à leur tour, cent sols d or par an.

Cette affaire terminée , un prélat se leva , nous dit gravement St-Grégoire de Tours (1). Métaphysîden digne de ces temps, il prétendit que la femme ne pouvait pas être appelée homme , mulierem hotninem non passe vocariy c'est-à-dire sans doute qu'elle ne pouvait pas être classée parmi Tespèce humaine. Heureusement pour le sexe attaqué, les autres prélats opposèrent an sentiment de leur discourtois confrère deux ou trois textes de rÉcriture sainte assez concluants et les débats n'eurent pas d'autres suites. I^a conviction était entrée dans tous les cœurs , hœc causa cotwicta quiev^it. '■

Avant de se séparer, rasseml)léc fît vingt canons dont quelques-uns portent spécialement l'empreinte de Tcsprit de l'époque. Le premier commandait l'observation du dimanche et condamnait les violateurs , si c'était on «avocat à être pour toujours chassé du barreau, si c^étût un paysan ou un serf à être fortement battu de vei^, si c'était un clerc ou un moine à être séparé six mois de la communion de ses' frères. 'Passons, ajoute le Concile, dans les saintes veilles la nuit qui précède le dimandbe, et ne dormons point comme font ces prétendus fidèles qui n'ont de chrétien que le nom. Ainsi, en 585, c'était encore un usage général de passer à l'église la nuit du samedi. Nous n'avons conservé que la veille de Nod.

Le second canon statue que la fête de Pâques sera

(l) Grégoire do Tours, liv. 8, ch. 20.

DE LA GASGOGME. 213

célébrée avec la plus grande pompe durant six jours entiers. Le sixième défend à tout prêtre d^oser dire la ntesse s'il n^est à jeun , excepté le Jeudi-Saint, en mémoire sans doute de la cène du Sauveur. On veut que > les enfants encore dans Tàge d'innocence , à qui Ton donnera , trempées dans le vin , les particules qui resteront du sacrifice, soient à jeun ; et pour recevoir ces particules sacrées, les enfants doivent être conduits à relise le mercredi et le vendredi. Le huitième regarde le droit d'asile de jour en jour plus nécessaire. Le treizième défend à Tévéque de nourrir des éperviers et des chiens, et la raison qu'en donne le Concile est assez singulière, ou du moins comme l'observe un écrivain, on pouvait en assigner de meilleures; afin-, dit-il, ({ue ceux qui viennent lui demander l'hospitalité ne soient pas mordus. L'habitation des premiers pasteurs, observent les pères , doit être gardée par des hymnes et non par des aboiements , par des bonnes œuvres et non par des morsures cruelles. Le quatorzième commence ainsi : nous avons appris par des plaintes assez générales qu'au mépris des lois et des canons, les courtisans qui entourent le roi ou même certains seigneurs, fiers du pouvoir séculier déposé dans leurs mains , ne craignent pas de s'emparer du bien d'autrui ; et sans exercer d'action juridique , non seulement ils dépouillent de leurs terres, mais ils expulsent de leurs propres maisons les malheureux que leur condition soumet à leur puissance. L assemUée défend ces usurpations sous peine d'anathème.

Pendant que les règlements étaient discutés , deu\ des prélats les plus éminciits du Concile ( 1 ), Si-Pra»le\-

(1) Le P. Labbp, lomc 5.

tat, de Rouen, et Papoul, de Chartres, prenant la parole, dirent à leurs collègues : que votre autorité statue avec force sur le triste sort des affranchis que les juges séculiers poursuivent souvent avec plus d^obstination , parce qu'ils ont été placés sons la protection d^ Téglise. Tous les évéques proclamèrent q[u^il était juste qu^ils fussent défendus contre les tentatives de leurs persécuteurs, soit qu^ils jouissent de leur liberté en vertu d'un écrit, soit qu'ils en jouissent en vertu d'un testament ou même d'une longue possession. Os renouvelèrent à cet égard les peines portées, dans les autres assemblées et en firent l'objet du septième canon.

Le Concile se réunit le 23 octobre 585. Dans les cinq ou six mois qui suivirent, moururent Labtn, d'Eauze, et Fauste , d'Auch , qui s'assit à peine sur la chaire épiscopale, ainsi que Paulin, son prédécesseur (1). Fauste fut remplacé par Fabius, omis dans te cartulaire de son église, et Laban eut pour successeur le laïque Désiré ou Didier. Le roi avait promis par serment de n'élever aux prélatures que des dens; mais , observe Grégoire de Tours qui nous a transmis ces événements (2) , à quoi la soif de l'or ne plie-t-elle pas la conscience humaine ? C'est nous dire assez ouvertement que Didier acheta FépiscopaL Le pasteur mercenaire parait avoir pesé longtemps sur son troupeau ; car nous ne lui connaissons d*atitre successeur c[ue Senoc , Sedoc ou Sidoc , dont nous parlerons plus bas.

Nous sommes encore moins heureux pour les sièges

(1) GaUia Christiana. ChroDÎq. d'Auch. Manuscrit de M.d'Arfçnan.— (2) Liv. 8, ch. 22.

DE LA GASGOGNE. 215

de BazaSf de Béam, de Gomminges, d'Oleron et de Bigorre; nous u^en retrouverons les évéques qu'après les incursions des Normands. Amélius , le possesseur actuel du siège de Bigorre, avait assisté au Concile de Brème, sous Chilpëric, en 580 (1). A son retour , il passa par Paris et y reconnut un de ses domestiques qui s'était échappé d'auprès de son maître et avait longtemps abusé la. crédulité publique. Ecoutons le récit de Grégoire de Tours (2).

Avant ces sept dernières années, un autre magicien, grand séducteiur , trompa beaucoup de monde par sa fourberie. Vêtu d'une espèce de dalmatique que recouvrait un suaire, il portait une croix d'où pendaient de petits vases qu'il assurait contenir de l'huile sainte. Il disait qu'il venait d'Espagne et qu'il portait des reliques des saints martyr Vincent , diacre , et Félix. Étant arrivé sur le soir à la basilique de St-Martin-de-Tours, comme nous étions à prendre notre repas , il nous manda de venir au devant des reliques. L'heure étant déjà passée , nous lui fîmes répondre de déposer les saintes reliques siu: un autel, en attendant que le lendemain matin nous pussions aller les recevoir en procession. Mais lui , sans nous attendre, s'étant levé au point du jour, vint avec sa croix et entra dans notre cellule. Tout étonné et fort surpris de cette légèreté, nous lui demandâmes ce que cela signifiait. Il répondit plein d'orgueil et d'une voix emphatique ; vous auriez dû nous faire un meilleur accueil. J'irai me plaindre au roi Chilpéric , il me vengera de ce mépris; et aussitôt il entra dans l'oratoire, sans nul égard pour ma dignité,

(J)Le P. Labb2, lomc .1 —(2) Liv. 9, ch. 6.

2i6 HISTOIRE

y récita lui-même un capitule, puis un second et enfin un troi^ème. Lui-même y dit Toraison , et lui-même aussi termina l'office. Ensuite ayant élevé de noaveia sa croix, il s'en alla. Son langage sans suite et dépoorm de sens était trivial et obscène. De Tours , il s^avança jusqu'à Paris.

C'était aux jours où l'on faisait les Restions publiques qui se célèbrent avant le saint jour de FAscension du Seigneur. Or, il arriva que pendant que Tévêquc Kagnemode , à la tête de son peuple, faisait la procession autour des lieux saints , lui se présentant avec sa croix, vêtu d'un babit étrange, entouré de vagabonds et de quelques femmes de la campagne, se mit à former un cbœur et à faire avec les siens sa procession autour des saints lieux. Q? que voyant l'évéque, il envoya son archidiacre lui dire : si vous portez des reliques des saints , déposez-les quelque temps dans la basilique et célébrez ces saints jours avec nous; la solennité passée, vous poursuivrez votre chemin. Mais lui, méprisant les paroles de l'archidiacre, se prit à insulter et à maudire l'évéque. L'archidiacre comprenant que ce n'était qu^un imposteur , le fît enfermer dans une chambre. Ayant examiné ce qu'il portait , il trouva sur lui un grand sachet plein de racines de diverses plantes, de dents de taupes , d'os de rats , de griffes et de graisse d'ours. Voyant que c'était des objets de maléfice, il les fit tom jeter dans la rivière, lui enleva sa croix et lui ordonna de sortir du territoire de Paris. Mais le séducteur s'étant fait une autre croix , recommença son premier métier. L'archidiacre le prit et le jeta dans une prison, les fers aux pieds.

Pendant ce temps là. j'étais venu à Paris et je mV-

tais Ic^ près de la basilique de StJuIien. La nuit qui suivit son arrestation, ce misérable s^ëtant échappé, vint se réfugier encore chargé de chaînes dans la basilique, se coucha sur le pavé à Tendroit même où j'avais coutume de me placer, et, accablé sous le poids du sommeil et du vin, il s'y endormit Pour nous, ignorant cette aventure , nous nous levâmes au milieu de la nuit pour réciter notre office et nous le trouvâmes endormi. Il exhalait une odeur plus fétide que celle des cloaques «t des égodts les plus infects , â tel point qu'il nous était impossible d'entrer dans l'église. Un de nos clercs s'étant approché en serrant son nez , essaya de le réveiller , mais il ne le put, tant il était enseveli dans le vin. Alors quatre clercs s'avancèrent, le soulevèrent de leurs mains et le jetèrent dans un coin de l'église, puis ils lavèrent le pavé et le parsemèrent de plantes odorantes. Alors nous entrâmes et commençâmes notre office. Le chant de nos psaumes ne put pas même le réveiller , jusqu'à ce que le jour ayant reparu , le soleil se fut déjà élevé bien haut au dessus de l'horison. En6n, nous le rendîmes à l'archidiacre en le priant de lui pardonner. Les évêques qui se retiraient du Concile, s'étant réunis à Paris, furent invités par l'évêque Ragnemode. Comme nous racontions ces choses pendant le repas, nous le fîmes venir pour lui faire la correction. Quand il fut devant nous, Amélius, évêque de Tarbes, ayant levé les yeux, le reconnut pour un de ses serviteurs qui s'était enfui d'auprès de lui. 11 le reprit et le ramena dans sa patrie.

Aprc»s le Concile de Mâcon, Amélius disparaît comme presque tous les prélats de la proviiuc Contran lui-même ne survécut que quelques mois à re Coii-

cile (1).I1 laissa ses états à Childebert II, roi d'Austrasie, son neveu, fils de Sigebert et de Brunehaut. Mais Childebert suivit de près dans la tombe (2) son bienfaiteur. La Novempopulanie ëchut alors k Thierry ou Thëodoric II, son fils, rdf de Bourgogne. Pendant cpi^eUe passait ainsi presque sans s'arrêter sous tant de sceptres différents , elle vit descendre de leiurs montagnes les fiers Gascons.

(1) AimoiD, liv. 3, ch. 81 . — (2) Idem, liv. 3, ch. 84.

lilVRK III.

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