‹ Histoire de la Gascogne (volume 3)Chapitre 16 sur 32 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Orifiiê des GaseoM. — Géiialis , Ai{iu , Aîné. — ' Le roi Ciribert. — HâfepiliUiis rSint. — ËTi^ r Anck et rAire. — Si-Philibert. — Qiléérie , SerirtB et Beg fit.

L'origine des Gascons a été et est encore vivement controversée parmi les savants. Quelques-ims les disent fils de ces anciens Gintabres , si célèbres chez les Romains par leur courage et leur indomptable résistance. Entre ceux qui ont embrassé cette opinion, nous aimons à signaler Tauteur d'un ouvrage trop peu connu (i). D'autres n'ont vu dans les Gascons qu'une tribu étrange!^ , jadis subjuguée par les Romains dont elle avait j»îs les mœurs et le langage , et bien différente des Scualdunac , avec qui elle n'eut de commun qu'une portion du même territoire. Ainsi s'exprime le savant du Midi (2). Il est un troisième sentiment qu'ont émis de nos jours les Humbold, les Guizot, les Thierry , et qu'a adopté presque en masse l'école moderne. Celle^i voit dans les Gascons de vrais Ibères (3), comme ceux qui , dans des temps ante-historiques , peuplèrent la plaine jusqu'à la Garonne, de véritables Scualdunac,

(1) Les Mérovingiens, par M. D. Mauléon. — (2) M. Dumège , Histoire des déparlenients pyrénéens. — (3) Fauriel, Uisloire de U Ciaule méridionale, tome 2.

œmme ils se nomment et se sont toujours nommes. Retirés sur le sommet des Pyrénées ou sur le versant des Espagnes, isolés des autres nations, ils avaient constamment conservé et la pureté de leur race et leur indépendance {\). Quand les grandes migrations Germaniques se précipitaient dans la Péninsule, à travers les gorges de leurs montagnes , ils s^efTaçaient un instant pour reparaître, toujours eux-mêmes, dès que le torrent s'était écoulé. Maintenant venaient-ils reconquérir un pays où le sang Ibère pouvait avoir disparu à leurs yeux sous tant d'invasions successives et sous les mélanges que ces invasions avaient du amener ? Les historiens renseignent communément. Pour nous , nous croirions plus volontiers qu'ik venaient en aide à des frères et repousser avec eux le joug de la domination Franke qui , malgré la soumission envoyée à Clovis , ne fut guère jamais que nominale. Aucun monument que nous sachions n'atteste que les habitants de la Novempopulanie aient opposé quelque résistance aux incursions de la tribu Ibérienne, moins encore qu'ils se soient joints aux Francs pour la combattre. Loin de là, nous voyons Senoc , cvêque d'Eauze, convaincu de l'avoir appelée, et plus tard nous voyons encore les Novempopulaniens, associés avec elle contre un général de Dagoberl (2). Comment expliquer chez un peuple où la valeur ne faillit jamais, cette apathie ou du moins cette immc^lité en présence de l'invasion étrangère ? Gemment expliquer surtout cette communauté de vœux et cette association entre une nation polie par une longue dvi-

fl) De la Xobipssc des Hasqu.'s, par Sanadon. —(2) Dagoberl . brillant comine le jour.

lisadon et une peaplade rude et inculte , si vous n'admettez pas une origine commune reconnue de deux côtés , un but unique qu'appellent des.eflTorts réunis ?

Quoiqu'il en soit de ces conjectures plus ou moins Traies, ou plus ou moins spécieuses, conune on voudra les appeler, Chilpcric fut le premier cpii tenta, vers Tan 581 , de punir ces incursions. Pour mieux châtier leur audace, il envoya le duc Bladastes attaquer les Gascxms jusque dans leurs montagnes (1). Bladastes, avec toute la confiance que donne quelquefois Tincontestable supériorité des forces, ou plutôt la certitude d'une victoire facile, s'engagea dans leur pays sans presque aucune précaution. Aussi ne tarda-t-il pas à se repentir de sa présomption. Enveloppé de toutes parts , harcelé sans cesse et épuisé en détail , il perdit la plus grande par^ tie de son armée avec tout son bagage , et il échappa presque seul , si toutefois , comme l'écrit Frédégaire, il ne périt pas lui-même dans cette expédition.

Enflés de ce succc*s ou irrités des dégâts que les Francs avaient commis sur leur territoire, les Gascons recommencèrent bientôt leurs courses et les poussèrent pins loin. Peut-être s'aventurèrent-ils jusqu'aux portes de Toulouse. Austrowalde, qui venait d'^n être nommé ^uvemeur par le roi Contran, se mit à leur poursuite k la tête de toutes les milices de son gouvernement, et ne put les atteindre (2). Ils regagnèrent leurs montagnes, chargés de butin et traînant après eux un grand nombre de prisonniers. Austrowalde ne jouit pas longtemps du gouvernement de Toulouse et de l'Aquitaine Keustrienne dont elle était la capitale; car peu de

(J) rirégoire de Tours, liv. 6, ch. i2. —(2) Idem, liv. 9, cb. 7.

temps après, ce gouvernement était occupe par le duc Sërénus , père de St-Amand , évéque de Maëstric et d^Amantia qui épousa depuis le plus célèbre d!es ducs de Gascogne*

Cependant, à Gontran avait succédé Childebert, son neveu, et à Childebert, ses deux fils, Tbéodebert et Thierry, ou plutôt Théodoric (an 59 i). Durant les troubles que ces changements avaient fait naître, les Gascons s'étaient établis dans le pays jusqu^à la rive droite de TAdour (1). Après cpielques expéditions plus urgentes, les deux pnnces songèrent sérieusement à venger Thonneur des armes françaises; et comprenant à la défaite de Bladastes qu'ils auraient à combattre non quelques hordes échappées des montagnes, sans ordre comme sans discipline, mais des soldats aguerris et accoutumés à vaincre , ils réunirent leurs forces et firent marcher contre eux (2) une armée considérable. Le succès ne répondit pas à la grandeur de ces préparatifs. Contents d'avoir remporté quelques légers avantages, ils abandonnèrent aux Gascons le pays dont ik s'étaient emparés , à condition qu'ils payeraient un tribut et qu'ils accepteraient pour chef un Franc, nonmié Génialis, qu'ils décorèrent du titre de duc de Gascogne. Quoique imposé par la force, Génialis sut faire goûter son autorité aux peuples assez peu dociles dont on lui avait confié l'administration ; et quand il mourut, Clotaire II, alors seul maître de toute la monarchie française, lui substitua Aignan (3) ou Aighinan, celui-là même à qui nos vieijjes chroniques attribuent communément la fondation de la petite ville qui porte son nom.

(1) Marca, les Mérovingiens.— (2) Frédégaire, ch. 21.— (3) Idem, ch. ^.

Le nouveau duc, né dans la Saxe, était un des principaux seigneurs de la cour de Clotaire, et jouissait de toute la confiance de son maître. Cette haute faveur le rendit peut-être suspect aux Gascons qui se révoltèrent contre son autorité. Senoc, évéque d'Eauze, et son père Palladius, accusés selon les uns, et selon les autres convaincus d'avoir excité la révolte, ou du moins d'y avoir pris une large part, furent exilés de leur province. Ce fait que Frédégaire nous a transmis sans autre dé* tail, nous montre qu'à cette époque (626 ou 627) , les Gascons avaient franchi la rive droite de TAdour et qu'ils occupaient la Novempopulanie entière, que les auteurs contemporains n'appellent plus désormais que la Gascogne. Ces troubles n'étaient guère propres à faire aimer à un courtisan une dignité qui l'éloignait de son maître et le reléguait aux extrémités du royaume. Aussi, soit qu'Aignan l'eût volontairement déposée, soit cpi'il eût été rappelé, nous le voyons l'année suivante à l'assemblée de Clichy , conduire un des partis qui divisait la cour, et égorger de sa main, Hermaire , gouverneur de Caribert, fils puiné de Clouire (<).

Un meurtre aussi audacieux excita l'in dignation et la rage du parti opposé. Mais loin de le punir comme il le méritait , le roi , toujours prévenu en faveur de son favori, l'engagea à céder momentanément à l'orage * en s'éloignant, et lui donna une escorte pour protéger sa fuite et le conduire sur les hauteurs de Montmartre, alors séparées de Paris. Ayant su bientôt après que Brunulphe , oncle de Caribert et quelques autres seigneurs, songeaient à venger l'outrage fait à leur jeune

(!) Frédégaire, ch. 55.

maître , dans la {>€rsonQe de son gouverneur ^ il les manda près de lui (1) et les menaça de sou courroux s'ils recouraient aux armes.. Ce trait de favoritisme ^ le premier qu'offrent nos annales , termina (en 628) la vie d'un prince (2) que les monuments contemporains surnomment tantôt le grand et tantôt le débonnaire. A son fils, commence la souche des comtes qui gouvernèrent presque toute la Gascogne. Ici s'ouvre une ère nouvelle pour notre pays ; son histoire va se scinder de l'histoire générale de la France : mais avant jetons un coup-d'œil sur les rares prélats qui Occupèrent les deux ou trois sièges que nous trouvons encore remplis.

Le métropolitain Senoc ne tarda pas à prouver son innocence ou bien à obtenir sa grâce, si l'on doit reculer le G>ncile de Rheims jusqu'en 630 ; car il y prit part (3) avec l'évêque d'Auch , ce que n'eut pu faire un prélat banni. Ceux au contraire qui placent cette assemblée en 625, prétendent qu'il languit longtemps dans son exil , mais qu'avant sa mort il fut rendu à ses ouailles. Il vivait (4) encore en 634. Après Senoc, Paterne II (5) souscrivit vers 662 au privilège de l'abbaye de Corbie. Avec lui finit la série des métropolitains d'Eauze ; et quelques années plus tard , Eauze ellemême tombait sous la hache des Sarrasins d'Espagne.

Pendant que l'antique métropole de la Novempopulanie disparaissait ainsi sans retour, Auch qui devait un jour hériter de ses titres , voyait passer rapidement sur son siqge , Cithoire , Titoine et Dracoald (6). Le

(1) Frédégairc, ch. 55. — (2) Idem, ch. 56. —(3) Le P. Ltbbe, CoUectio Con.y loiiic5. — (4) Gallia Christiana. — (5) Idem.— (6) Chroniq. d'Auch. Manuscrit de M. d'Aignan.

DE LA GASGOGNE. 225

père Mabillon, dans ses Annales (1), a recueilli le testament de St-Bertram ou Bertichram , évéque du Mans. Dans ce document, daté de 609 , le saint donne à ses héritiers les biens (veillas) qu il a achetés, dit-il, à Tévêque Dracoald , et qui sont situés dans la cité même où ce prélat fut égorgé. Le docte Mabillon pense que le prélat nommé dans ce testament est le nôtre. Mais où, pourquoi et conunent fut-il mis à mort? Nos cartulaires ne le disent pas, et nul autre monument connu ne rindique.

A Dracoald succéda Auderic ou Audit qui , selon Flodoard , accompagna son métropolitain au Concile de Rheims. Une petite église de noire diocèse dont le sanctuaire et la chapelle de la Vierge nous montrent le style roman pur , dans toute la beauté de ses corniches dentelées, Téglise de Croûte, près de Plaisance, célébrait jadis avec pompe, le 24 août, la fête de St- Ausit dont elle possédait les reliques placées sous le maltre-autel, dans un tombeau de pierre (*). A Texlrémité du porche se voyaient naguère les restes d'une chapelle dont la voûte bien proportionnée a longtemps survécu à une partie de Tédifice. On croit conununément que les reliques de St- Ausit furent d'abord déposées dans cette chapelle et qu'elles furent depuis transférées dans l'église actuelle. Non loin , on remarquait une quantité considérable de débris de bâtiments et un nombre infini de décombres. Un manuscrit précieux

(1) AnaUeia vetera.

(*) Ce looibeau eiiste encore. On y remarque à la partie postérieure une légère ouverlurc par où l'on faisait loucher au corps saint des objets que ce contnct rendait chers et précieui à la piété des fidèles.

que nous aimons à œnsulter (|) confeCture que c était là qu était jadis labbaye de Tasque, ou tout au moins une église ou un monastère de sa dépendance. Ce qui le confirmait jK>ur lui, c'est qu'alors et jusqu'^en 4793 l'abbé de Tasque avait le droit d'y aller solenniser la fête de St-Ausit avec ses religieux, et que ce jour il percevait toutes les offrandes faites par les fidèles, se contentant d'en donner une partie, non au curé de Croûte, mais au seigneur de Lasserrade , terre voisine dont Croûte relevait. Ce seigneur était lui-même obligé d'aller y faire le guet, à la tête de ses vassaux, la veille et le jour de la fête. Malgré ces usages, nous croyons que Croûte est Tancienne ville de Serrante (%'illa Serrœ altœ) , que nous verrons détruire dans la lutte des maisons de Foix et d'Armagnac ; mais le St-Ausit qu'on y honore est généralement reconnu pour TAuderic du Concile de Rheims. Peut-être qu'obligé de fuir devant quelque invasion des Barbares , il fut atteint et massacré près de l'Arros (*) , où son nom et ses ossements sacrés ont été vénérés depuis (**). Nous savons du reste qu'il vivait en 634. Après Auderic, Dom Brugelle place sur le siège d'Auch, Domnin, dont l'existence est assez problématique, etLicerius, omis ainsi que le précédent, dans le cartulaire de notre métropole , mais qui souscrivit au sixième Concile de Tolède et peut-être aussi à celui de Cliâlons-sur-Saône , en 668 (2)* Dracoald II

(1) Manuscrit de M. d'Aignan.

(*) Jiossaj rousse, à cause de la couleur de ses eaux presque toajours troubles.

(**) Un ancien calendrier de Sl-Orens porte au 24 août : Fettum sancti Bartolomei [apostoli et santi Auditii episcopi et martyrit C'est notre Audit.

(2) Le P. Labbc, Coli. Con., tom. 6.

et Tertorade qui suivirent, firent place à St-Léothade ou Léothod , un de nos quatre grands prélats honorés d'un culte putlic (i ).

Pendant que les pasteurs se multipliaient ainsi sur le siège d'Auch, Aire, la seule suCFragance delà province avec la nôtre qui eût encore des évêques , emprunta Philibaud à la ville métropolitaine. Il y était né d'tme famille distinguée et avait obtenu le gouvernement ou comté d'Aire (2), où il se maria et eut un fils, Philibert, qu'il recommanda au roi Dagobert. Son administration fut si douce, qu'à la mort de leur évéque les habitants d'Aire le demandèrent d'une voix unanime pour son successeur. C'est tout ce que nous savons de son épiscopat. Nous avons nommé St-Philibert ; nous croyons être agréable à nos lecteurs en le leur faisant connaître. Les enfants de notre sol qui se signalèrent à quel titre que 'ce soit , et surtout par leurs vertus, ont des droits à nos souvenirs. Élevé sous les yeux de son père , le fils de Philibaud reçut une briUante éducation selon Tosage de ses concitoyens; c'est la remarque du biographe (3) : juxtà morem suas gentis. Bientôt il fut envoyé à la cour de Clotaire IL C'est dans le séjour des plaisirs et sur le théâtre des honneurs que le jeune Aquitain se dégoûta du monde et de tous les avantages qu'il oflrait à son rang et à sa naissance. Il comptait à peine vingt ans, lorsqu'il courut s'ensevelir dans le monastère de Rebais, près de Meaux , que venait de fonder St- Ouen, dont les exemples et les leçons avaient puissamment contribué à le détacher du siècle et à l'amener dans le cloître.

(1) Chroniq. d'Auch.— (2) Gallia Christiana. — (3) Vie de Si- Pbilibert, Annales des Bénédictins.

Quoique élu eu peu de temps supérieur de la communauté naissante , il ne tarda pas à la quitter pour \nsiter les maisons religieuses qu avait bâties StOilomban, rhomme le plus étonnant peut-être d'un siècle si étonnant lui-même, et il alla se fixer eniin dans la Neustrie, la Normandie de nos fours. Quelques années plus tard , Clovis II et son épouse donnèrent au nouvel anachorète un vaste emplacement dans la foret de Jumiège. Sur les ruines des arbres séculaires s^éleva en peu de mois un monastère immense où Ton oc»npta plus de neuf cents moines, unissant la vie active a la contemplation. L'illustre fondateur leur imposa des travaux aussi utiles que pénibles. A sa voix , nous dit rhistorien qui nous sert de guide , k sa voix ils desséchaient les marais qui couvraient le pays, ils extirpaient les ronces, ils rendaient à Fagriculture des terres depuis longtemps incultes et délaissées. Vingt ans plus tard, Philibert forcé de reparaître à la cour , osa s'atlaquer a Ebroin , ministre tout-puissant alors, ou pluUk maître absolu de la plus grande partie de Fempire français, et ne craignit pas de lui reprocher ses crimes et ses injustices.

Ebroin goûta peu une pareille liberté ; mais n'osant sévir ouvertement contre un personnage éminent qu'entourait la vénération publique, il intrigua sourdemyent, sema sur sa vie des imputations calomnieuses , prévint contre lui jusqu'à St-Ouen dont il trompa la trop crédule vieillesse, et finit par le faire condamner dans un synode à une noire et dure prison. St-Ouen ne tarda pas à reconnaître rinnocencc de notre zélé cénobite et à ouvrir les portes de son cachot. Mais Philibert ne se croyant pas en sûreté dans la Neustrie , se retira dans

le Poitou et bâtit dans la petite ile de Her un nouveau monastère qui s'appela d'abord Hermoutier, puis Nermoutier et ensuite Noirmoutier et finit par donner son nom à File entière. Cest ce même Noirmoutier si tristement célèbre dans nos dernières dissensions civiles. Philibert y terimna sa longue carrière, Tan 68 4.

Après Philibaud, le silence règne sur Tëglise d'Aire comme sur les autres églises de la Gascogne ; Auch seul a conservé sa série. Les événements politiques sont mieux connus et plus développés que les événements religieux. Nous allons en reprendre le fil.

dotaire II n'avait laissé que deux fils de ies deux premières femmes. Dagobert C), Talné, objet d*mie aveugle prédilection, était depuis longtemps investi du Foyaiune d'Austrasie et habitait dans ses éuts sous la tutelle des célèbres Amould, de Metz, etPepin, de Landen. Caribert, Haribert ou Chercher t, les historiens lui donnent tous ces noms, Caribert (**), le second , jeune prince d'environ vingt ans, recueillit ainsi seul le dernier soupir de son père. Cette circonstance semblait devoir lui assurer , dans l'héritage paternel , une part jAus large encore que celle que lui adjugeaient les lois e t les usages des Francs; car, dans ces temps reculés où l'on voyait la royauté moins stationner que camper errante au milieu de ses leudes ou fidèles, le trésor royal suivait toujours le monarque dans chacune des mansions cm résidences où celui-ci se transportait successivement. Avec un peu de hardiesse ou de résolution, Cari-

(*) Dagobert, brillant comme le jour, suivant Thierry; ou suivant d*aulres, Daghe-bert, brillant homme d'armes.

(••) Haribert, brillant dans Tannée; ou bien, Here-btrt. éminemment brillant.

2'iO HISTOIRE

bert pouvait facilement s'en emparer. Maître de tout For qu'avait accumulé un règne assez long, il n^eût eu qu'à le semer autour de lui. Il eut attiré les grands et Tannée et placé sur sa tête la double couronne de Neustrie et de Bourgogne. Ce*qu'une politique un peu avisée conseillait, confiant dans la bonté de sa cause, ou, comme l'en accusèrent ses ennemis , lent à se détenniner (1) , le jeune prince ne le tenta point; et soit que les Francs commençassent à sentir que ce morceUement renouvelé presque à chaque génération ne pouvait qu'affiiiblir la monarchie, y semer la discorde et amener bientôt sa ruine , soit que le caractère doux, et paisible du prince parut peu digne du sceptre aux yeux d'une nation rude et belliqueuse , soit enfin que Dagobert, non moins habile qu'ambitieux, eût depuis longtemps gagné les cœurs et capté les suffrages, le nom de Caribert ne fut pas prononcé et Dagobert fut seul reconnu d'abord par les prélats et les barons de Bourgogne, et puis par ceux de Neustrie, malgré toutes les préventions et la rivalité qui séparaient celle-ci de l'Austrasie (2).

Brunulphe , ce frère de la reine Beretrude , dont nous avons déjà vu le zèle à venger l'outrage fait à swi neveu dans la personne de son gouverneur, voulut, mais en vain , faire prévaloir les droits du prince délaissé. Quand il vit ses jarétentions repoussées , il Teotraina avec lui vers Amand , duc des Gascons , dont il lui avait depuis peu fait épouser la fille unique, nommée Gisèle (3). A quelle nation appartenait cet Amand ?

(1) Frédégafrc, ch. 56, et surtout Aimoin, li v. 4, ch. 17. — (2) Idem. — (3) Duchesnc, Art de vérifier les dates, Charte d*Alaoii.

DE LA GASGOGHE. 23 1

Comment se trouvait-il à la tête de la nation qu'il commandait ? Nous Tavons demande à tous les autçurs qu^il nous a été donné de consulter , mais nos recherches ont été vaines. Nos lecteurs s'en étonneront moins, s'ils songent qu'Aimoin, Frédégaire et nos autres chroniqueurs ne relatent guère que les légendes des saints, les gestes des Francs ou la succession des prélats. S'il était permis de suppléer par des conjectures au silence de l'histoire, nous dirions qu'Amaud naquit dans la Gascogne dont il était i^n des principaux seigneurs, puisqu'il avait obtenu la main d'Amantia (1) , fille dé Sérénus, duc ou gouverneur de l'Aquitaine Neustrienne et sœur du célèbre St-Amand , évéque de Maëstric. Son nom du moins n'est ni Franc, ni Teuton, il serait plut6t Romain; mais on sait que les populà* tions Pyrénéennes adoptaient souvent la dénomination romaine. Nous dirions encore que les Gascons l'élurent eux-mêmes pour leur chef, peut-être à l'époque de leur soulèvement contre le duc Aignan; et le roi Clotaire, plutôt que de s'engager dans une expédition lointaine et périlleuse , aura mieux aimé le reconnaître , en lui imposant toutefois quelque léger tribut. Ce qui nous conduit à penser ainsi, c'est que nous le voyons prendre souvent les armes contre les rois Francs , ce qu'il n'eût point fait s'il leur eût dû sa dignité , transmettre son duché à ses petits-fils et associer constamment sa destinée à celle de ses peuples. Remuants ou plutôt impatients de tout joug , comme étaient ceux-ci , ils ne pouvaient se montrer ainsi fidèles qu'à l'homme de leur choix et de leur nation.

;l) Duchcsne, vïié par 51. de 3Iauléon. ^

7i{2 HISTOIRE

Quoiqu'il en soit, les espérances de Bmnulphe ne forent pas trompées, lie gendre d'Âmand , le petit-fils de Sërënus trouva de rives •sympathies vers les Pyrénées. Les peuples s'y déclarèrent hautement en sa faveur et le proclamèrent leur souverain. Occupé à re^ cevoir le serment de fidélité des provinces qui s'étaient données à lui, Dagobert ne put s'opposer d^abord k cet entraînement, et laissa & son frère le temps d'afFermir la couronne sur sa tête. Craignant alors une trop grande résistance , il renonça k la force et se contenta de Ini enlever parla ruse un de ses principaux appuis. Il feignit de vouloir se récoùcilier avec Brunulphe, Tâttini à sa cour par des promesses fallacieuses et lui fit Faccueil le plus bienveillant; mais peu de jours après, les ducs Âmalgaire et Cherebert, et le patriceWillîbald s'introduisirent de nuit près de la victime qu'on avait désignée à leurs coups et l'égorgèrent dans son bain (i). Un meurtre aussi atroce appelait la vengeance de Caribert qui, trop faible pour la réclamer les armes a la main , fut contraint de dissimuler et de recourir aux négociations. Le roi d'Austrasie, satisfait de s'être délivré du ministre que poursuivait son ressentiment, prêta l'oreille aux avis de ses sages conseillers ; et soit compassion pour un frère déshérité , comme veulent le faire entendre la plupart des historiens, soit plutôt impuissance de lui tout ravir, il accepta les conditions qu'on lui offrait. Un traité solennel fut signé entre les deux prétendants, vers la fin d'avril 630, dix-huit mois environ après la mort de leur père.

Par ce traité, Dagobert cédait à son frère (2) tout le

(1) Frédcgaire, ch. 68.— (2) Idem, i5^, Aimoin, llv. 4, ch. 17.

DE LA OASGOGNE. 233

pays situe entre la Loire et les Pyrénëes, avec le litre de roi ou Koning. La partie du Languedoc qui compose aujourd'hui la province ecclésiastique de Toulouse^ Arles et une faible portion de la Provence entrèrent encore dans son lot Moyennant cette cession, le jeune, fils de Qotaire renonça à toute prétention sur le reste de la monarchie française , et promit de ne jamais réclamer une plus large part dans la succession paternelle. Un coeur ambitieux se fut sans doute senti resserré dans les bornes assez étroites du royaume qu'avait été contraint d'accepter Caribert ; mais ce prince plein de modération ne parait pas avoir donné de vifs regrets à ce que lui enlevait l'injustice des hommes.

G>ntent de son lot, tout mince qu'il était, il établit son siège k Toulouse, faisant ainsi revivre le titre de roi de Toulouse ou d'Aquitaine qu'avaient porté avant hii Vallia et ses successeurs , et qui s'était éteint avec la puissance des Cotlîs dans les Gaules, après la bataille de Vouillé ; et s'il ne fit pas briller sur le trône ces qualités éminentes qui fixent les regards de la postérité , du moins sut^il se préserver de ce libertinage effréné qui souilla les dernières années de son frère. Ces dérèglements fournirent une occasion de montrer aux peuples les sentiments nouveaux qui régnaient au sein de la famille royale. Une de ses nombreuses concubines ayant, sur ces entrefaites, donné un fils à Dagobert, celui-ci, pour gage d'une entière réconciliation, invita le roi de Toulouse à venir tenir le nouveau-né sur les fonds du baptême. Caribert accepta l'invitation et s'avança jusqu'à Orléans (1) où résidait alors la cour de

(t) Frédégaire, ch. 62.

234 HISTQIRE

France , et où sa présence fut fêtée avec toute )a magiùfîcence que sut déployer un prince qui se plaisait à se faire appeler le Salomon de son siècle.

A peine le roi d^ Aquitaine fut-il rentré dans sa capitale , qu'il dut voler au secours de son beau-père dont les peuples s'étaient soulevés. Les historiens qui nous ont laissé ignorer les causes de cette révolte , la seule du reste qu'offre la longue administration du duc Arnaud, ne nous ont point transmis les détails de l'expédition. Frédégaire (\j et Aimoin (2) se contentent de dire que Caribert y montra un courage,, une habileté et une prudence que ne lui avaient pas soupçonnées les Francs ; qu'il ramena Tordre et la paix dans la Gascogne, et qu il recula les frontières de ses propres états.

La gloire dont venait de se couvrir un prince de 25 ou 26 ans semblait promettre à sespeuples un r^ne long et fortuné; mais hélas ! quelques mois après , .'le tombeau (3) s'ouvrit pour lui (631). G)mme sa mort devait profiter à Dagobert, le roi des Francs fut assez généralement soupçonné de l'avoir hâtée. Le lieu où Ginbert finit ses jours est incertaiu; le plus grand nombre des liistoriens désignent Toulouse , et cependant, comme Tobserve judicieusement l'auteur des Mérovingiens (4), aucun monument sépulcral n'y a jamais attesté son inhumation. Nous aimerions mieux croire avec le savant père Anselme (5) qu'il mourut à Blaye, près de Bordeaux , et qu'il y fut inhumé dans l'église de St-Romain. Celte ville était dans ses états , et il est

(1) Ch. 57. — (2) Liv. 4, ch. 17. — (H) Aimoin, liv. 4, ch. 23. Frédt^gairc, ch. 67. —(4) Tome l*s ^pa^j'c 103. — [^) Grands officiers (k U Couronne, tome 1, pape 10.

constant que jusqu^au temps désastreux des guerres de religion, on y vit le tombeau d'un roi Caribert qui doit être le roi d'Aquitaine (*), et non , comme on le pensa longtemps, le roi de Neustrie, mort à Paris, dans Tannée 536'.

Si Tambitieux roi des Francs avait espéré que la

(*) La descendance de Caribert a vivement eiercé la sagacité des savants. Ilss'accordent tous àlui donner pour fîIsChildéric, jeune prince que nous allons voir suivre de près son père dans le tombeau; maïs Aiffioin et Frédégaire ne mentionnant que celui-ci , on erut longtemps assez généralement quMl n*avait pas laissé d'autre postérité. Cependant des documents authentiques, des légendes avérées, celles de St-Amand et surtout celle de St-Hubert, qui occupèrent successivement le siège de Maëstric, nous parlaient de Bog-gbiset de Bertram, qu'ils qualifiaient Tun et Tautre de ducs d'Aquitaine. D'un autre côté, quelques passages des auteurs contemporains, inexplicables au premier conp-d'œîl, semblaient rattacher la famille d'Eudes , le célèbre rival de Charles-Martel à la race des Mérovingiens. Nous verrons bientôt rbérédité établie dans cette famille et sanctionnée par Pépin, son ennemi, alors que tous les autres grands fiefs étaient encore amovibles. Woik naissait cette exception? Enfin un monument est venu tout expliquer*, c'est la charte fameuse donnée en 845 par le roi Charles-le- Chtuve, en faveur du mpnastèrc d'Alaon au diocèse d'Urgel, sur l'autre versant des Pyrénées, et publiée pour la première fois sur une copie par le cardinal d'Aguirre, dans [sa collection des Conciles d'Espagne. Cette pièce était trop importante pour qu'elle ne devint pas l'objet d'un examen scrupuleux. Quelques critiques la suspectèrent de faux comme cela ne pouvait manquer d'arriver ; mais un de nos plus habiles Bénédictins, dom Yaissette , en prit la défense dans sa belle Histoire du Languedoc; et sans prétendre qu'il en ait parfaitement démontré Fauthepticité, nous pouvons dire avec les doctes auteurs de l'Art de vérifier les dates, qu'il a satisfait aux principales difficultés qu'on avait alléguées jusqu'alors pour la rejeter. Nous devons même ajouter que, de nos jours , nous la croyons h. peu près admise dans tout le monde savant. Nous aurions voulu l'insérer ici en la faisant suivre d'un abrégé de la dissertation de dom Yaissette; mais nous avons craint que la longueur de ce document ne fatiguât la patience de nos lecteurs. Nous les renvoyons a la fin du volume. Ainsi, sans nous arrùlcrdavantage? nous allons poursuivre notre récit.

mort de Oiribert lui livt-erait ses états , il fut trompé dans son attente. Childéric (^), Talné des fils du prince décédé (1), (pioiqu'à peine âgé de trois ans, fut aussitôt reconnu dans tout le royaume d^Âquitaine. D*après les anciens usages de la monarchie , tous les frères avaient un égal droit aux terres saliques. Néanmoins, Bog-ghis et Bertram (**), fils puinés de Caribert, ne furent pas appelés au partage (2) ; c'est sans doute parce que les états d'Aquitaine étaient trop peu étendus pour une triple couronne, ou peut-être aussi parce qu'au-delà de la Garonne, la loi romaine prévalait encore souvent sur la loi franque,ou enfin parce que ces princes étaient jugés trop jeunes, Bog-ghis sortant à peine du berceau et Bertram venant de naître. Cette violation de la loi salique protégea vraisemblablement leurs jours, car Childéric ne fit que se montrer sur le trône. Une mort violente dont le genre n'est pas bien spécifié, mais qu'on croit causée par le poison, l'eu précipita aptjs quelques mois de règne. Les soupçons qui avaient jadis poursuivi le roi des Francs autour du cercueil du père, se réveillèrent avec plus de force sur le tombeau du fils (3). Quelques auteurs contemporains semblent même l'accuser assez ouvertement, et il parut Se plaire à confirmer lui-même la rumem: publique, tant il mit d'empressement à envahir l'Aquitaine et la Gascogne au préjudice des deux pupilles, et à les réunir à ses autres états (4). Le duc Baronte, qu'il chargea de ce soin,

(*) HU-déric, fort ou richo au combat.

(1) Aimoin, liv. 4, ch. 23, Frédégaire, ch. 67.

(**) BtTt'tam, brillapt au combat: c'est Tétyroologic de notre Bertrand.

(2) An de vcriBer le« dates.— (3) Lef ro^mrs. — (4) Les im^mes.

DE LÀ GASCOGJNE. 237

avait ordre de s'emparer surtout des trésors du roi d'A* quitaiae reofermés à Toulouse. Mais le mandataire d'un prince assez lâchement cruel pour assassiner un enfant et dépouiller deux orphelins au berceau , ne devait pas se piquer d'une grande probité. Aussi Baronte trompa-t-il Tavidité de son maître et détourna-t-il à son profit une grande partie de largent ravi aux fils de Caribert.

G)mment Bog-ghis et Bertram échappèrent-ils aux mains cruelles de l'oppresseur de leur famille ? Thisloire ne le dit point. Le cœur barbare de Dagobert se laissa-t-il émouvoir par la tendresse de leur âge ? Maître de leurs états et ne craignant pas de s'en voir disputer la paisible jouissance, se montra-t-il plus généreux (1) ? ou plutôt des serviteurs fidèles ne s'empressèrent-ils pas de les dérober à ses coups et de conduire les fils et la mère près du duc Amand , leur aïeul ? Nous nous ^ rangerions volontiers à ce dernier sentiment. Le diic de Gascogne, qui ne comptait pas d'autres descendants que ces jeunes pupilles, dut prendre en main leur défense; mais trop faible pour lutter contre le puissant monarque des Francs, il fut contraint de dissimuler durant plusieurs années. Cependant ses émissaires parcouraient l'Aquitaine. Aux uns, ils rappelaient la douceur du règne de Giribert; aux autres, ils représentaient la tin rapide et prématurée de ce bon prince qu'avait suivie de si près la mort violente de son successetu-; à la plupart, ils montraient le pays foulé, pressuré par des vainqueurs orgueilleux; auprès de tous ils faisaient valoir les droits des deux orphelins qui n'avaient, pour se dé-

,1) Doni Vaisselle, liv. 7.

fendre, que leur innocence et la justice de leur cause. Il n en fallait pas autant pour agiter une contrëe qui porta toujours assez impatiemment le joug des nations Germaniques. Aussi l'Aquitaine entière sesouleva-t-elle jusqu'à la Loire. Amand présidait à ces mouvements. A la tête de ses Gascons, il faisait, dit Fréd^;aire (1), des courses dans tous les états qui avaient appartenu à son gendre.

Dagobert apprit bientôt au fond de la Bourgogne, où il se trouvait alors , les trames de son ennemi et les succès dont elles avaient été couronnées. Craignant de se voir enlever la riche proie qui lui avait coûté tant de crimes , il assembla aussitôt une armée nombreuse et en donna le commandement à Chadouin , son référendaire , le plus expérimenté de ses capitaines. Chadouin eut sous lui dix généraux: les Francs Ariembert, Amalgaire, Lendebert, Wandalmar, Walderic, Ermenrie, Baronte et Ariard, le Gaulois Raihlen, le Bourguignon Willibald et le Saxon Agin ou Aignan, le même vraisemblablement que nous avons vu jadis commander aux Gascons , et qui trempa plus tard ses mains dans le sang du gouverneur de Caribert. Tous ces généraux sont qualifiés du titre de ducs et dirigeaient des corps séparés. Chadouin avait encore sous ses ordres un grand nombre de comtes qui n'étaient ]X)int subordonnés à des ducs.

Quelques redoutables que fussent ces forces, les Gascons acceptèrent le combat; mais trahis par la fortune , ils se replièrent en toute hâte vers leurs montagnes. Les généraux de Dagobert s*élancent à leur pour-

(1) Chap. 78.

suite et |)énèlrent dans les gorges des Pyrénées (4), incendiant les maisons, détruisant les récoltes^ égorgeant tout ce qui tombe sous leurs mains. Le seul duc Ariembert s'imaginant avoir peu à craindre d^un ennemi (pii fuyait de toutes parts, s'engage sans précaution dans le pays de Soûle et périt victime de son imprudence avec tout le corps qu'il commandait. Ce léger succès n'empêcha pas les principaux seigneurs Gascons et leur duc Âmand d'implorer la clémence du vainqueur, promettant de se présenter devant le roi des Francs et de lui faire satisfaction pour tous les méfaits dont il se plaignait. Chadouin crut à la sincérité de ce langage , fit cesser les hostilités et ramena son armée en Bourgogne.

. L'année suivante , la 45" du règne de Dagobert , les seigneurs Gascons ayant leur duc à leur tète, se rendirent, suivant leur parole, à Clichy-sur-Seine , où ce prince tenait alors sa cour; mais n'osant pas paraître d'abord eu sa présence , ils se réfugièrent dans l'église de St-Denis, qu'ils regardaient comme un asile assuré contre la colère du roi. Leur espérance ne fut pas trompée. Le roi des Francs se laissa fléchir, leur pardonna et reçut leur serment d'étemelle fidéhté à sa personne, à ses enfants et au royaume de France. Ainsi s'expriment Aimoin (2) et Frédégaire (3), ajoutant l'un etTautre qu'il en fut de ce serment comme des serments passés, les Gascons ne s'étant jamais piqués de se montrer grands observateurs de leurs promesses. Après cet hommage , il leur fut permis de retourner dans leurs provinces.

(1) Frédégaire, ch. Hl, Duchesnc, M. de Mauléon. — (2) Aimoin, liv. «, ch 31, — (3) Chap. 78.

Cest alors , on le peiise du moins ainsi (1 ) cxMiununément, c'est alors que Dagobert, touché de compa&sion pour ses deux neveux, Bog-ghis et Bertram , el sollicité sans doute par leur aïeul , leur abandonna TAquitaine , à titre de duché héréditaire avec Favouerie (*) sur tous les monastères renfermés dans cette vaste province , ne se réservant que la haute souveraineté avec un tribut annuel (2). Nous trouvons là , observe Dom Vaissette , le premier exemple de Thcrédité dés fiefs dans la monarchie, ou plutôt le premier apanage donné aux princes de la maison royale. Toulouse, qui avait toujours servi de capitaleau royaume d^ Aquitaine, le fut également du nouveau duché.

Heureux d'avoir fait restituer à ses petits-fils Théritage paternel , le duc Amand ne s'occupa plus qu a élever leur enfance ^t à affermir leur pouvoir. Nous ignorons s'il put leur prodiguer longtemps les marques de sa tendresse et le secours de son expérience. Son nom disparait désormais de l'histoire, ce qui nous fait augurer qu'il sur\'écut peu au grand acte qu'avaient préparé ses efforts et qui consola ses vieux jours. A sa mort^ les états qu'il gouvernait vinrent s'ajouter à ceux que possédaient déjà Bog-ghis et Bertram. Ils se trouvèrent ainsi maîtres de tout le pays compris entre la Loire et les Pyrénées , plus riches et plus puissants que ne l'avaient été et leur père et leur frère , si sur leur front le diadème du souverain n'avait été remplacé par la cou-

(4) Dom VoisscUc, tome. 1.

(*) Le patronage des monastères. A ce patronage éuient atlaefaés des avantages considérables.

(2)Fr6dégaire, cb. 130.

ronne du vassal. Les monuments qui nous ont transmis le peu que nous savons de leur vie, ne nous disent point s^ils partagèrent leurs vastes états ou s'ils les administrèrent en commun. La branche aînée ayant recueilli bientôt la succession entière, on n'aura pas daigné men* tionner un fait de\'enu sans importance.

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