uisToinE
le commandement cle son armée (1). Ses premiers coups tombèrent sur la ville de Carcassonne dont il s^empara malgré Tayantage de sa position et la résistance de ses habitants. Cette victoire, la terreur de son nom et surtout les promesses de modération et de paix qu^il répandait autour de lui, lui soumirent en pende temps tout ce que la précédente campagne avait donné à Eudes dans la Gothie. Il eût sans doute poussé plus loin ses succès , et le duc d'Aquitaine eût eu dans lui un adversaire redoutable, si la mort ne Teût enlevé (2) comme il retournait en Espagne. La perte d^un si babile général n'empêcha pas les infidèles de repasser les Pj« rénées vers Fan 725 et de marquer leurs pas dans nos contrées méridionales par des ravages plus afBreuxque tous ceux qu'on avait éprouvés jusqu'alors. Avec os hordes inquiètes et aventureuses, le calme n^était jamais long. Vaincues, elles s'éloignaient un instant pour separaltre bientôt : presque détruites , elles couraient se recruter au delà des monts , d'où elles revenaient ph» nombreuses et plus ardentes que jamais. (Test la vie arabe, ou plutôt la vie de tous les peuples conquérants encore à leur berceau.
Cependant Charles-Martel n'avait point pardonné an duc d'Aquitaine de s'être soustrait à sa dépendance; il le laissa s'affaiblir dans ses luttes avec les Sarrasins ; et quand il crut pouvoir l'attaquer avec plus d'avantage, il passa la Loire à la tête d'une armée nombreuse (3).
(l)RoJeric de Tolède. Isid. Pac. Annales d'Aniane. — (2) Lesaoleurs arabes le font mourir des suites des blessures reçues dans celte eipédilion. Hist. de la domin. des Arabes^ lom. 1, p. 130.^ (3) Annales de Melz. Frédégaire, cb. 108.
Eudes, quoique pris au dépourvu, ramassa quelques troupes et vola à la défense de ses états. Mais, commmt reÂster à des forces aussi considérables commandées par le plus grand et le plus heureux capitaine de son siècle ? Vaincu dans un combat qu'il osa accepter , malgré son infériorité numérique , il fut contraint de prendre la fuite et d'abandonner à son rival l'Aquitaine supérieure. Le vainqueur la parcourut en liberté , y signala sa marche par des dévastations pliis dignes d'un aventurier infidèle que d'un héros Franc, et rentra enfin dans la Neustrie chargé d'un immense budn.
Jamais Eudes ne s'était trouvé dans une situation aussi critique. Pressé entre deux ennemis puissants , il devait succomber bientôt s'il ne parvenait à en désarmer un. Mais, d'un côte, l'agression aussi injuste qnMnopinée de Charles et ses sentiments bien connus, ne lui permettaient pas d'attendre des Francs une paix bi^sohde; de l'autre, l'esprit remuant et belliqueux, et plus encore le fanatisme des tribus musulmanes ne lui laissaient guère l'espoir de les arrêter au moins toutes, même au prix des plus grands sacrifices. Force lui fut donc de chercher à les désunir et à en enchaîner quelques-unes par des traités particuliers.
Mimus ou Munusa (*), général Maure, conunandait sur les frontières d'Elspagne, c'est-à-dire vraisemblablement dans la Gitalogne et la Ccrdagne (1). Mécontent ou ambitieux , il aspirait secrètement à se rendre indépendant Eudes flatta ses vues, lui promit son appui, et pour mieux l'encourager et se l'attacher davan-
(*) Les aaieurs arabes rappellent Otbman-ben-Abi ou Abu-Niza, (l)llarca, D. Vaisselle.
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tage, il lui donna pour épouse sa fille^ la belle Lampagie C). Il sacrifiait ainsi sa religion et son sang an calcul de je ne sais quelle froide et barbare poUtique ; mais le ciel sembla se plaire à faire justice de ce mariage monstrueux, le seul de ce genre que nous connaissions dans Tfaistoire {**), Les deux chefs Tavaient formé pour qu'il servit de garantie à leur sûreté mutuelle ; et par une disposition de cette providence qui ne laisse jamais impuni le cynisme des conducteurs des peu[des ^cefot lui précisément qui perdit Témir et qui faillit entraîner dans sa ruine son coupable beau-père. Ici les récits varient. Suivant quelques auteurs, Lampagie, non moins pieuse que belle, travailla avec succès à amener a sa croyance le Maure qui, en s'unissant à elle, avait, dit-on, promis d'embrasser sa foi. Ses projets de conversion furent connus des autres Musulmans : de là, les malheurs qui fondirent sur les deux familles. Ainsi le raconte un de nos plus honorables concitoyens (4), à l'œuvre duquel nous avons déjà rendu un éclatant honmiage ; mais nous croyons devoir l'avouer : il nous parait peu vraisemblable qu'un sectateur de Mahomet ait songé à abjurer la foi ue ses pères pour plaire à une épouse, si chérie qu'on la supposera. Un trait semblable,
(*) Isidore de Béja , CbroDique. Les écrivains arabes veuloil que Lampagie soit tombée au pouvoir de Munusa durant une de ses fncuE. sions. Ils ajoutent que l'amour, qui ne consulte pas toujoars les codvenances, Gt du fier Arabe l'esclave soumis de sa prisonnièie; q» celle-ci partagea les sentiments qu'elle inspirait, et devint ainsi réponse d'un musulman. Quelques-uns nomment la fille d*EudeS No- * mérance et d'autres Ménine. De Mariés j tom. 1, page 136.
(**) Des écrivains arabes parlent, il est vrai, du mariage d'Egilone, veuve du roi Rodrigue, avec un chef musulman , mais il est généralement rejeté.
(1)M. deMauIéon.
DE LA GASCOGME. 255
lions le croyons du moins, n'a pas été lu dans des annales un peu avérées; on ne le verrait peut-étire pas même de nos jours, alors que les croyances religieuses se sont si profondément altérées au sein d'une société qui croule de toutes parts comme fait maintenant Tislamisme : d'ailleurs, aucun des documents contemporains qu'il nous a été donné de consulter , ne prête à l'émir ce projet. Dom Vaissette avance seulement(l) : <c peut-être avait-il (Munusa) le dessein d'embrasser le christianisme après avoir secoué le joug des Arabes » ; et le docte Bénédictin a pu être conduit à s'exprimer ainsi par le désir d'atténuer tout ce qu'a de choquant et même d'odieux poulr nos cœurs chrétiens la conduite d'un prince dont les belles qualités d'ailleurs avaient été généralement méconnues par les écrivains français. Mais qui ne sent que c'est sur des preuves claires et solides, et non sur un vain peut-être, que l'on peut établir une assertion aussi contraire aux mœurs uniformes et aux habitudes constantes d'une nation. Il nous semble qu'il n'est pas du tout nécessaire de recourir à un changement de religion pour expliquer la catastrophe dans laquelle périt le chef Maure.
L'étrangeté de son fatal mariage et quelqu'une de ces indiscrétions qui échappent toujours aux conspirateurs même les plus prudents et les plus circonspects, durent suflire pour éveiller les soupçons. On épia ses démarches, surveilla sa vie, et tous les détails de la conjuration parvinrent bientôt à Cordoue, où résidait Abdérame (*) (Abd-al-Rhaman), gouverneur général de
^l)Toni. l,p. 396.
(*) Les écrivains arabes le nomment Abderahman-ben-Abdala-el- Gafekl.
la Péninsule pour le kalife Haschem , sultan de Dtmas (1). Abdérame connaissait trop la valeur et Pbabiletë de Munusa pour ne pas comprendre toute la grandeur du péril. Aussi, sans perdre un* instant, il réunit toutes les troupes qu'il a sous la main , traverse les Pyrénées avec la rapidité de la foudre et apparat! dans la Cerdagne , au moment où le Maure le cropit encore étendu sous les frais ombrages de son palais de G>rdoue. Attaqué ainsi sans avoir préparé sa défense, incertain du parti qu'il avait à prendre, Munusa n'eut que le temps de se jeter avec son épouse dans une place appelée Julia Livia, près des ruines de laquelle on a depuis bâti la ville de Puycerda (2); et trop certain du sort qui l'attendait, il résolut de s'y défendre jusqu'à la dernière extrémité. Longtemps il employa contre l'armée qui courut l'investir tout ce qne le désespoir peut ajouter au courage ; mais désormais tonte résistance devenait impossible. Privé de presque tous ses défenseurs, manquant de vivres, éprouvant les horreurs de la soif la plus extrême, il parvint encore à tromper la vigilance des assiégeants et à s'évader avec son épouse que tant de malheurs lui rendaient toujours ^Itas chère. Il erra quelques jours dans les montagnes dont il connaissait parfaitement les détours, et peut-^étre eût-il échappé tout à fait , si sa tendresse pour la fiUe du duc d'Aquitaine , dont la délicatesse ne s^acoommodait pas de ces sentiers âpres et rudes , ne l'eût forcé à ralentir ses pas. Ce retard donna aux soldats détachés k sa poursuite le temps de l'atteindre et de renvelof^>er. Près de tomber en leur pouvoir, il aima mieux se don- Ci) Isidore de Béja. — (2) Marca.
ner la mort que de la recevoir de leurs mains , et se précipita du haut d'un rocher (<). Il venait de rendre le dernier soupir, quand les émissaires d'Abdérame par\ inrent au fond du ravin où gisait sou cadavre , et ne pouvant lui ôter la vie , ils coupèrent sa tête qu'ils coururent porter à leur général (2). Les malheurs de la triste Lampagie, cause innocente de cette mort déplorable, n'étaient pas épuisés. Arrêtée prc»s du corps sanglant d'un époux qui lui avait consacré tant d'amour, elle fut présentée au gouverneur général de l'Espagne, et victime encore une fois de sa fatale beauté, eUe fut jugée digne d'aller orner à Damas le liarem du sultan (3). C'est au fond de l'Asie, parmi les odalisques d'un prince infidèle, que finit sans doute ses jours la première princesse que nous sacliions être née sur le trône de nos souverains particuliers.
Munusa avait payé de sa vie sa folle tentative, mai$ le 3ang du rebelle ne sufGsait pas à Abdérame. Sa vengeance brûlait d'atteindre celui qu'il soupçonnait avec raison d'avoir fomenté ou peut-être d'avoir provoqué la révolte, et tout semblait lui en faciliter les moyens. Son armée, enflammée par la facilité du dériver succès , n'appelait que les combats , et on n'était séparé des états du duc d^ Aquitaine que par quelques journées de marche. Ainsi, sans se donner le temps de rentrer dans l'intérieur de l'Espagne pour y puiser de nouveaux renforts , l'émir (4) appelle à lui les troupes {fpi s^tionnaient sur la frontière, les joint à celles qui rayaient suivi dans son expédition et à celles que com-
(1) De Chenicr, Recherches historiques sur les Maures.— (2)Doin ▼aistelte, llarca. — (3) Les mêmes. Voir aussi M. de Mariés , tom. i, p. 138. -^(4) Isidore de Béja. Annales d'Àniane et de Metz. /. 17.
mandait le général abattu , et pendant que le reste de ses soldats accouraient des provinces éloignées, il longe les montagnes , traverse la Navarre et entre dans la' Gascogne par le col des Pyrénées.
Cétait par là qu avaient jadis pénétré les Huns, les Vandales, les Visigoths, toutes ces migrations qui avaient désolé notre patrie. On eût dit que ces antiques hordes s'étaient réveillées de leurs tombeaux après tant de siècles : mêmes meurtres, mêmes dévastations, mêmes ruines, mêmes excès de tout genre accompagnaient les ennemis que vomissait TEspagne. Lapurdum et Beneharnum (Bayonne et Lescar) soutinrent leurs premières fureurs et perdirent leur nom dans cette lutte. Oleron, Dax et Aire tombèrent ensuite sous leurs coups. Eauze s'afTaissa sous eux, et cette fois pour ne jamais plus se relever. Casius-Curio , dans son histoire des Sarrasins, citée par Catel, décrit leur entrée dans Auch et tous les maux qu'ils y appor tèrent. Agen et Bordeaux partagèrent ensuite le sort commun. Les désastres furent si affreux que le souvenir en a survécu dans nos campagnes , à toutes les révolutions qu'ont subi depuis nos provinces. Là, on vous montre encore dans la terre rouge que vous trouvez quelquefois sous vos pas, la trace du sang que versèrent les Maures. Nul de nos lecteiu-s n'ignore d'ailleurs que leur nom (Mourou) réjK)nd dans l'opinion générale à l'idée de la plus révoltante barbarie.
Eudes ne demeura pas froid et impassible spiâctàteur de tant de calamités ; mais attaqué subitement/^ n avaitpu voler à la défense de ses frontières. Malgré toute son activité , les ennemis avaient déjà franchi la Garonne lorsqu'il put leur opposer une résistance
sérieuse. Pour les combattre avec plus d'avantage , il alla les* attendre sur la rive gauche de la Dordogne, prêt à l«ur en disputer le pasiage. Le choc fut terrible, la haine et la vengeance animaient égalemeut et les chefs et les soldats (1) ; mais enGu la fortune trahit le courage des chrétiens. Dieu seul, dit Isidore de Béja , auteur contemporain , put connaître le nombre des morts qu ils laissèrent sur le champ de bataille , tant il fut considérable. Forcé de fuir , le duc d'Aquitaine rallie quelques troupes, et sacrifiant au salut de son peuple toutes ses répugnances, il envoie une ambassade au plus mortel de ses ennemis , au prince des Francs, ou plutôt selon la chronique d'Aniane , il alla en personne implorer son secours.
Charles, dont la grande âme était faite pour apprécier tout ce qu avait de noble et de généreux une pareille conduite, et qui comprenait quil ne s agissait plus d*iine vaine rivalité de puissance, et moins encore d'une étroite lutte d'amour-propre, fit taire ses ressentiments, oublia le passé et accueillit avec honneur le prince vaincu. Il publia sur-le-champ le ban de convocation , non seulement chez tous les Francs, mais jusques chez les vassaux Germains; puis il marcha en toute hâte vers la Loire. Il en était temps. Libres de tout obstacle, les Sarrasins avaient passé comme un torrent sur le Périgord, la Saintonge, l'Angoumois et le Poitou, pillé et brûlé la célèbre basilique de Poitiers et s'avançaient vers Tours (2). Partout, au passage des tribus mahométanes, les églises s'écroulaient dans les flammes, les liabitants étaient massacf es ou traînés en esclavage.
(1) Annales d'Aniane, de Hctz, et Isidore de Béja. M. de Harlès, tom. 1 , p. 140. Les auteurs espagnols placent cette bataille sur les bords de la Garonne. -^ (2) Frédégaire , ch. 108. Annales de Metz.
A la nouvelle du danger qui menaçait St-Martiu-de- Tours, les Francs accélérèrent leur marche. Abdérame les trouva entre lui et la noble cité. Sept jours, entiers les deux armées demeurèrent en présence (i), se préparant par de faibles escarmouches à un des plus grands combats qu ait jamais vus le monde ; car , c'était plus que deuK peuples, c'était deipc religions, deux civilisations , deux mondes , TEurope et TAsie qui se trouvaient encore une fois aux prises ; mais dans cette lutte, TAsie devait être vaincue comme elle le fut jadis par la Grèce «et par Rome, comme elle Test de nos jours par la Russie et TAngleterre, comme elle le sera vraisemblablement toujours.
La bataille, dit la nouvelle histoire de France (2), fut enfin engagée avec autant d'ardeur que de confiance de part et d'autre , les Sarrasins comptant sur la supériorité de leur nombre, les chrétiens sur l'avantage de leur taille et de leur force. D'abord , les haches et les sabres des Germains firent une horrible boucherie des frêles Orientaux qui avaient osé soutenir le premier choc ; mais les cavahers Arabes se rallièrent promptement et revinrent à la charge avec leur vélocité habituelle. Leur multitude et la rapidité de leurs évolutions compensaient la valeur gigantesque de leurs ennemis. Charles d'aillt^urs , n'osait laisser ses guerriers s'abandonner à leur fougue ordinaire , de peur d'être enveloppé par reuiiemi si quelque désordre imprévu se glissait dans l'ordonnance de l'armée. On combattait avec des chances égales , lorsque de lamentables clameurs s'élevèrent derrière l'armée des Arabes , et l'on
(1) Isidore de Bc^ja, Eginharl. —(2) lleori Martin.
DE LA GÀSœCNE. 261
aperçut au loin des milliers de fuyards répandas ça et là dans la plaine.
Eudes avait forcé le camp Sarrasin avec ses troupes Gasconnes et massacrait une foule sans défense qui attendait rissue du combat (1). Malgré la consternation que cet incident jeta parmi les Arabes, Abdérame tint ferme jusqu^au soir; ce ne fut qu'après sa mort que les Sarrasins firent retraite à la faveur des ombres (2) , et rentrèrent dans leur camp où ils ne retrouvèrent que les cadavres de leurs enfants et de leurs femmes.- Les tristes débris de cette horde étrangère profitèrent du reste de la nuit pour s'éloigner, abandonnant leurs bagages et leurs tentes toutes dressées , afin d'arrêter la poursuite des Francs.
Le butin du vainqueur fut incalculable. Sous ces tentes étaient amoncelées le^ dépouilles de l'Afrique , de l'Espagne et de l'Aquitaine. La perte des Francs n'avait été , dit-on, que dé quinze cents honlmes (3) , ce qui est difficile à croire. Celle des Infidèles fut immense. Un écrivain du règne de Charlemagne rapporte atvec l'exagération ordinaire à nos vieux historiens qu'il périt trois cent soixante-quinze mille Sarrasins de tout sexe et de tout âge. Il parait que ce fut cette prodigieuse victoire remportée un samedi d'octobre 732 (*),
(1) Paul Diacre. Quelques-uns doutent de cette circonstance, mais les écrifains Arabes sont à-peu-près unanimes pour l'attester ; ils attribuent même la perte de la bauille au mouvement que fit une partie de la cavalerie pour aller défendre le camp. — (2) Isidore de Béja. —(3) Paul Diacre.
(•) D'autres, comme M. Conde, la rejettent à Tannée suivante. On n'est pas plus d'accord sur le théâtre de la balaillc : les uns le placent près de Poitiers', les autres près de Tours. Les écrits tcibes portent sur les bords de la rivière Ott?ar, peul-éire la Vienne qui se jette dans la Loire.
qui valut à Charles le surnom latin de Martellus(ilfartel) , marteau , parce qu il avait écrasé les ennemis comme avec un marteau ou masse d armes;
La réconciliation que la présence des Musulmans avait opérée entre Charles et Eudes parait avoir été sincère. Rien du moins n'atteste que leur ancienne rivalité se soit réveillée durant les trois ans que vécut encore le duc d'Aquitaine. Ce temps , il l'employa à réparer les maux qu'avait apportés l'invasion étrangère; les peuples respiraient enfin. Â l'ombre de son sc^tre paternel tout commençait à renaître , lorsque la mort vint, en 735 (i), l'enlever à l'amour de ses sujets. Il fut inhumé à File de Rhé, dans le monastère qu'il y avait fondé de concert avec son épouse (*).
Eudes avait été à peu près méconnu jusqu'au siècle dernier. La plupart deà historiens n'avaient vu dans lui qu'un aventurier qui , servi par les circonstances, avait profité des troubles de l'Etat pour s'emparer de l'Aquitaine et s y rendre indépendant. Cesl, il est vrai, l'idée que paraissent nous en donner presque toutes les chroniques de l'époque. Mais Dom Vaissette a noblement vengé sa mémoire ; et l'on convient généralement de nos jours que, pour qu'il ait occupé une place
(i) Paul Diacre et Frédégaire, ch. 109.
(*) Après environ 1000 ans d'Oubli , son tombeau ftit trouvé en 1732» en creusant les fondements d'une maison bâtie sur les ruines du monastère. Il renfermait une couronne de cuivre doré, fortement attacliée à une partie du crûnc. Les fleurons représentaient des espèces de fleurs de lys au nombre de quatre ^ avec autant de triangles renversés. .Sous ces fleurons étaient enchâssées des pierres précieuses, dont la principale était une turquoise qui posait sur le front. On pcnl consulter à cet égard la préface du ^'^ volume des 3fonumenti <k la monarchie française, pr.r le père Monlfaucon,
distinguée dans l'histoire , il n'a manqué que d'un ennemi moins grand que Charles, ou d'écrivains moins vendus à son rival que ceux qui nous ont transmis les faits de son règne. Outre l'infortunée Lampagie, il laissait trois fils (1); Remistan, qui ne parait pas avoir été apanage par son père ; Hatton, que nous trouvons qualifié de duc d'Aquitaine, et qui posséda vraisemblablement le Poitou et peut-être aussi le Limousin , et enfin Hunald (*) ou Hunold, l'aîné de tous, qui lui succéda dans la presque totalité de ses états.
A la nouvelle de cette mort, Charles espéra arracher au fils un acte de vasselage qu'il n'avait pu obtenir du père. Pour légitimer cette violence, il assembla les Berts ou principaux de la nation, et fit décider dans ce plaid (assemblée) qu'on obligerait (2) par la force des armes, les jeunes princes à rendre au monarque Franc la foi et l'hommage refusés jusqu'à ce jour. Après cette délibération que son ambition avait dictée, et qui tendait à augmenter son autorité bien plus que celle du fantôme de roi dont il se couvrait encore et qu'il allait bientôt faire disparaître, il passa la Loire à la tête d'une armée nombreuse, parcourut la haute Aquitaine et s^avança jusqu'à Bordeaux qui fut contraint de lui ouvrir ses portes. Il couronna cette campagne par la prise du château de Blaye, et rentra dans la Neustrie chargé d'un immense butin.
Cette invasion avait été peut-être plus sanglante et plus désastreuse pour l'Aquitaine que la célèbre invasion de Clovis. Celte fois du moins, ni les éi^lises, ni
(1) l)oin Vaisselte, Le Valois, Diicliesiir.
(•) //unc-ald.
(2) Frédt^f^aire , th. 109. Annales de Molz.
leurs domaines u'^avaient été lîpargnés. Les Francs avaient continué Tceùvre de destruction coïnmencée par les Sarrasins, lié printemps siiivant vit Iréûalfaré les mêmes scènes de désolation; mais les princes Aquitains qui n'avaient point paru dans la pliémière catnpàgdlë , soit iqu'ils n'osassent se commettre avec un gh^rrier aussi redoutable que Cliarïeà-Maiiel , ou sôit plutftt que, pris au dépourvu, ils n'eussent pu organiser teàt défense, lés princes Àquitàihs avaient profité de rhiVér pour rassembler des troupes à la lêCe dé^ùéïleâ ils livrèrent à leur ennemi divers com)>ab (4). Nôtis ignorons ies détails de cette guferre. Il paraît totit^ôis qu'dîfe ne fut pas désavantageuse aux fils d'Ëtidés , excepté peut-être à Hatton qui, selon Texpressibn assez 6)>sbnre de l'annaliste de Metz , fut garroté. Voici le teîtte : K Karlus irwasit F^asconîam , Hatto ligatus est » Faut-il entendre par-là que le jeune seigneur tomba éùr treles mains de son ennemi et fut cbargé de chaînes (2), ou bien, comme l'expliquent plusieurs auteurs (3), que subjugué par la puissance de Charles, il passa à lui et s'enchaîna à son sort par un engagement particulier? nous n'oserions le résoudre ; mais quelle que soit Viùterpré talion qu'on voudra donner à ce passagte, fe maire du palais fut obligé d'en venir à un traité de paix par lequel il abandonnait à Hunald ses anciens êUiXs, k condition qu'il reconnaîtrait les tenir en vasselage, qu'il prêterait serment de fidélité à lui et à ses deux fils (4), Carloman (*) et Pépin.
(i) Annales veteres, Duchesne, tome 2. — (2) Le Valpis, Haute- Serre, liv. 7, ch. 9. — (3)D. Vaisscttc. Notes 49i. — (4) Annaliste de Mclz.
(*) Karltman , homme robusle.
DE LA (GÀSGOGHiE. 265
Nos lecteurs ont sans doute remarqué à quel degré d'abaissement était descendue à son tour la postérité de Dagobert, puisque le nom du roi Thierry n'est pas même mentionné. La condition devait peser à Tàme altière an diit d'Aquitaine ; mais il lui fallut séM^t la loi de 1à néMssSté et prêter le germent Ttmm i Tarobitieux maire du palais, qui régna bientôt sur toute la monarchie, sous le nom de Here-Zoghe ou duc des Francs.
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