‹ Histoire de la Gascogne (volume 3)Chapitre 19 sur 32 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Mirt iaChirlet-Mirleh — Himald nfaie l'obéisuiee 1 P8|m d Gari«u , m fis , ■lïi il est (oreé de se soumettre; il se teiie sir Hittei, soi tm, afKlil bit ereter les yeu. Déchiré de remords, il tbdiqne et se jette duia déltrf.^Wiitre, son dis. — Sa longae Ivtle itm Pepii. — 11 périt ississiié.— HniM i^le firoe et repreid les irmes.

Malgré ce serment , THere-Zoghe se défiant d'une fidélité si peu volontaire, envoya à la cour d'Aquitaine Lanfred (1), abbé de St-Germain-des-Prés , avec le titre ostensible de son ambassadeur, mais avec la mission secrète de surveiller son nouveau vassal. Hunald dévora encore en silence cette bumiliation, accueillit avec distinction Tambassadeur et supporta longtemps^ sans se plaindre, ses manières hautaines et arrogantes. Mais dès que le duc des Francs fut descendu dans la tombe , il dépouilla toute contrainte , confina dans une étroite prison Tabbé de St-Cermain, nonobstant le double titre sacré dont il était revêtu, et proclama ainsi hautement son indépendance.

Pépin et Carloman, fils et héritiers de Charles-Martel, sentirent tout ce qu'une pareille conduite aurait non seulement de menaçant pour leur autorité naissante, mais encore de contagieux pour les autres grands deTempire, si elle n'était promptement réprimée. Aussi, après avoir donné quelques mois aux affaires les plus urgentes, ils déclarèrent la guerre au duc d'Aqui-

(i) Ainioin, cli. ."57 et oO. Mablllon, ad ann. 740.

taine (<) , passèrent la Loire à Orléans et s'avancèrent dans le Berry qu'ils livrèrent aux plus affreux ravages. Hunald, qui s'attendait à cette agression, marcha à leur rencontre et leur offrit la bataille. Entre des rivaux jeunes et ambitieux , elle ne pouvait <}tre que vive et cruelle. La victoire se déclara pour les Francs qui poursuivirent leur ennemi avec tant de vigueur, qu'il fut contraint.de passer la Garonne et de se réfugier dans la, Gascogne. Cependant les vainqueurs se repliant vers la rive gauche de la Loire , allèrent attaquer le château de Loches, le prirent, et après l'avoir pillé ils le ruinèrent et en amenèrent captifs les malheureux Incitants. Ils bornèrent là leurs conquêtes et repassèrent la Loire , vers l'automne , sur la nouvelle qu'ils reçurent de la révolte des Allemands.

Quelques années furent nécessaires à Pépin et à Carloman pour étouffer en Allemagne le germe d'indépendance que la mort de leur père y avait fait éclore. Pendant qu'ils combattaient sur le Rhin (2) , le duc d^ Aquitaine secrètement ligué avec les seigneurs Allenûinds, tenta une diversion en leur faveur. Il se jeta sur la Neustrie , rendit à ses populations les maux que les Francs avaient faits aux Aquitains durant les deux dernières campagnes, et s'avança jusqu'à Chartres dont il s'empara. Là , ayant appris le retour aussi prompt qu'inattendu des princes Austrasiens déjà vainqueurs de leurs ennemis, il s'empressa d'abandonner sa nouvelle conquête, après toutefois l'avoir pillée et livrée aux flammes, et courut se réfugier derrière la Loire.

(1 } Contin. de Frédégairc. Adhémar, Annales. — (2) Frédégaire. Annales de Metz.

Pépin, irrité de cette agression et des excès qui Tavaient suivie, ne tarda pas à le poursuivre dans sa retraite (1). Malheur aux villes et au pays que renooiatrèreni ses pas. Non seulement le même ennemi ap(>oftaii Ie$ mêmes ravages que dans les expéditions précédentes, mais, plus furieux, il s'abandonnait à de {dus révoltantes atrocités. Â la vue de Torage qui fondait sur lui, le fier Hunald cédant enfin à la nécessité, envoya vers les Francs une ambassade solennelle , chargée de liches présens. Il offrait de prêter aux dedx.fils de Qiarles- Martel le serment de fidélité qu^il avait refiisé jusqu'à ce jour , et promettait de leur obéir désormais oomme leur vassal. Pour gage de la sincérité de ses seatiments, il leur donnait des otages et rendait la liberté à Vntlbé de St-Gcrmain, encore détenu , après trcns ans, dans son ég^oite prison (2). Pépin et Carloman qui avait rejoint son frère, acceptèrent volontiers des conditions aussi favorables, et le traité. conclu , ils repassèrent k Loire à la tête de leur armée.

Hatton, le second fils d'Eudes , ne prit aucune part à la lutte engagée contre les fils deCharles-Msurtel : soit reconnaissance pour la mémoire d'un héros qui avait brisé ses chaînes, s'il est vrai qu'il eût jadis été fait prisonnier, soit juste a|)préciation de son infériorité, il laissa son frère se mesurer seul avec ùû ennemi trop puissant. C'était acte d'une saine et habile pcJidque, inspirée peut-être par les plus nobles sentiments; mais pour l'altier Hunald , ce fut étroit égoïsme ou plutôt oubli total de ce qu'un descendant de Gœibert devait à

(i)Frédégaire. Aïiïiales de Metz. —(2) Annales d'Adhémar, Frédcgaire^ Chronique de Metz.

ses ancêtres. Son âme s'indigna à Tidëe d'une soumission, sinon volontaire, du moins paisible, au spoliateur de ses maîtres légitimes, à loppresseur de toute la race Mérovingienne ; sous cette indignation le frère disparut. Il n'y eut plus à ses yeux que le lâche fauteur de Finvasion étrangère, le parent dénaturé, vendu au plus cruel ennemi de sa maison. Tant de déloyauté et de félonie, nul cliâtiment assez sévère ne saurait les punir; la perte de Hatton fut dès-lors résolue. Pour mieux l'assurer, le cruel Hunald refoula sa haine au fond de son cœur. Par de fallacieuses caresses , il attira à sa cour Fimprudentqui, envolant dans les bras d'un frère, ne pensait pas courir à la mort. Il ne l'eut pas plutôt en son pouvoir , qu'au mépris de* tous les droits du sa^g et de l'hospitalité, il lui fit inhumainement crever les yeux (1) et le jeta dans un noir cachot.

Hatton ne parait pas avoir survécu à cet horrible traitement, car il n'est plus mentionné dans l'histoire. Nous savons d'ailleurs (2) qu'il fut inhumé dans l'église de St-Sauveur (depuis St-Martial) de Limoges, près de son épouse Vandrade, descendante de Sadregisile, duc de l'Aquitaine Neustrienne , sur la fin du règne de Clotaire II, et héritière de vastes possessions dans le Limousin et les pays adjacents. Le nom de Loup , son fils aine, et le gouvernement que nous lui verrons bientôt occuper , nous feraient soupçonner que Vandrade était peut-étre fille d'un Loup, duc de Gascogne, dont nous n'avons point parlé , parce que nous n'avons pu assigner, ni son origine, ni sa postérité, ni l'époquepré-

(1) Annales deMclz. Passio Sti. Dertharii, Duchesne, lom. 2.— (2) Charte d'Alaon.

2*50 IIlSTOlftÈ

cise où il fut revêtu de cet emploi , ni enfin Tannée où la mort, ou bien la volonté des rois Francs vinrent le lui ravir. Peut-être même cet ancien Loup n'a-t-il jamais existé, et les chroniqueurs Tont-ils confondu avec le fils de l'infortuné Hatton. Celui-ci laissait encore deux autres enfants, Artargarius et Icterius. Nous verrons plus lard toute cette branche comblée de faveurs par la famille Girlovingienne.

CepcQdant les remords assaillirent le coupable Hunald. L'ombre sanglante de son frère venait souvent s'asseoir à ses côtés sur le trône qu'il avait terni en prétendant lui rendre son éclat. Il espéra d^abord apaiser sa victime en donnant, dit-on, au jeune Lope ou Loup, le duché*particulier de Gascogne. Mais que peut un peu d'or jeté sur un forfait pour le dérober aux regards et surtout pour en effacer le souvenir? Aussi agité après cette légère satisfaction , il se condamna à une réparation plus personnelle (i) qui d'ailleurs était assez dans les mœurs du siècle. Quoique encore dans la force de Tàge, il abdiqua, en 745, une dignité qui avait causé tous les malheurs de sa vie , abandonna ses états à Waifre ou Guaifre, son fib unique; et tandis que son épouse dont le nom ne nous a pas été transmis, prenait de son côté le voile, lui, sous un habit religieux, alla demander la paix au monastère de l'île de Rhé, près de ces voûtes sous lesquelles reposaient les cendres des auteurs de ses jours. Heureux si le tombeau paternel se fût aussi ouvert pour lui; mais son crime était de ceux que poursuit longtemps le courroux du cieL Nous le verrons, après plusieurs années, reparaître sur

fl) Annaliste de Metz.

DE LA CASCOGNE. 274

la scène du monde , y subir de cruelles épreuves , et terminer enfin, sOus les coups d'une insurrection populaire, une carrière marquée au coin de la fatalité.

Jeune, grand , robuste, bien fait (ainsi nous le peignent les auteurs contemporains) , Waifre avait hérité du caractère indépendant de son père et de sa haine pour les princes Austrasicns. Comme ses prédécesseurs, il refusa d'abord le serment d'une fidélité que son cœurabhorraiL II ne craignit pas même de braver encore davantage la puissance de Pépin, alors seul maître de la monarchie française, sous un nom assez indéterminé, en donnant asile à Grippon ou Griffon (ij , le dernier des fils de Charles-Martel, qui, mécontent d'avoir été à peu près déshérité dans la succession paternelle , s'était révolté contre ses frères. Pépin envoya l'année suivante une ambassade solennelle à la cour d'Aquitaine poiu: réclamer le fugitif, mais il lui fut refusé avec hauteur. Dans toute autre conjoncture, il en eût moins fallu sans doute pour attirer dans nos contrées les armes des Francs ; mais leur duc étiit occupé à terminer la grande œuvre qu'avaient préparée trois générations de héros. Cette oeuvre, il l'accomplit enfin dans les premiers jours de mars de l'année 752. Il put alors placer sur sa tête la couronne que sa maison tenait sous sa garde depuis près d'un siècle, et qu'elle déposait momentanément sur le front de je ne sais quels fantômes de rois qu'elle arrachait au cloître pour leur faire une royauté presque monacale.

Le nouvel élu voulut signaler le commencement de son règne par l'expulsion des Musulmans. La fortune

(1) Ffvdégaire. Eginhart. Annales de Metz.

fut favorable à ses armes. D^ns quelques mois , il s'empara de Nîmes, d'Agde, de Béâers, de Carcassomie, de Maguellonne et de leurs territoires. I^e théâtre de là guerre le rapprochait ainsi des états du duc d'Aquitaine. Il profita de ce voisinage pour y faire une incursion qui n'eut d'autre résultat que la ruine du pays (1) que parcourut son armée. Waifre se tint sagement renfermé dans ses places fortes sans vouloir accepter de combat, et une nouvelle révolte des Saxons le rappela hientôt lui-même en Allemagne. Huit ans après, en 760 (2), son trône était assis sur des bases solides. La Sai{:ç avait été domptée, la Septimanie entière envahie, les Infidèles rejetés au-delà de leurs montagnes; tons les grands s'abaissaient sous son sceptre. Seul, le duc d'Aquitaine menaçait de son indépendance la loyaoté nouvelle; de là, une lutte imminente. Les prétextes ne manquent jamais à la haine , à la jalousie ou à l'ambition. Pépin réclamait de Waifre le serment de fidélité qui, disait-il, lui était du au double titre de roi des Francs et de fils de Charles-Martel. Il imputait aussi à son rival de retenir quelques biens appartenant au monastère de St-Denis et à quelques autres églises de France. Enfin , il l'accusait de s'être perm^ quelques incursions sur les frontières de la Septimanie dont les Francs venaient de faire la conquête^ et d^Vcôr prêté un refuge à quelques seigneurs Goths quiavaient mieox aimé se condamner à l'exil que de vivre sous les lois de leurs vainqueurs. Un message des Francs lui pbrta ces griefs. Le duc d'Aquitaine y répondit par un message semblable. Blandin, comte d'Auvergne, et Bertellanus,

(1) Ann. d'Aniane. ~ (2) Chronique d*Adbémar. Gontin. de Itf dégaire.

DE LA GÀSœCNE. 273

ëvéque de Bourges, forent chargés de justifier sa 'conduite à la COUT de Pépin (4). Forts de la bonté de leur cause, les deux ambassadeurs parlèrent avec une noble fermeté ; mais leur langage fot regardé comme une insulte. Feignant un courroux que commandait, disart-il, Thonneur de sa couronne , le roi des Francs assemble les principaux de la nation , et fait décréter qu'on réduira Torgueilleux vassal par la force des armes.

Après un décret qu'il avait dicté lui-même, Pépin traverse la Loire près de Mesve dans TAuxerrois, entre dans le Berry , pénètre dans TAuvergne, et se repliawt Tcrs la rive gauche de la Loire, il porte partout le ra- -vage et la mort. Déjà il se disposait à envahir le Poitou, lorsque Waifre , qu'une attaque aussi subite avait pris au dépourvu, sentit qu'il n'y avait plus pour lui d'autre parti que la soumission. Il députa, en conséquence, T«rè Pépin, trois steigneurs de sa cour, Adalbert, Dadîn et Amalgaire. Le roi des Francs les reçut avec hauteur €t dicta les conditions en maitre (2). Le duc d'Aquitaine promettait de se rendre en personne au plaid ou assemblée générale de la nation. Là , il prêterait foi et hommage, et satisferait à toutes les imputations dont on le diargeait; mais, en attendant, il donnerait des otages pour garant de sa parole. C'était beaucoup exiger d'un prinee jeune et altier, mais telle était la force des choses que Wai&e dut y souscrire. Il fît la promesse exigée, et pour sa garantie , il livra ses deux cousins germains, Ahargaritis et Ictérius (3), les deux fils puînés du malheureux Hatton. Content d'avoir ainsi humilié son rival, et croyant l'avoir mis hors d'état de lui nuire, le

(l)CoDtinuition de Frédégaire.— (2) Idem.— (3) Charte d'Alaon. /. 18.

roi des Francs rentra dans ses états, passa les fêtes de Noël et de Pâques dans son château de Queste sur Oise, et alla tenir rassemblée de sa nation à Duren, alors simple maison royale dans le comté de Juliers.

Cependant le duc d'Aquitaine était loin de se regarder comme lié par un serment que les circonstances seules lui avaient arraché. A peine vit-il son ennemi s'éloigner, qu'il ordonna à tous ses comtes de lever se^ crètement dans leurs divers gouvernements tout ce qu'ils pourraient de troupes. Il eut bientôt ainsi sur pied une armée nombreuse dont il prit lui-même (1) le commandement , ayant sous ses ordres Chunibert, comte de Bourges , et Blandin, comte d'Auvergne; et sans perdre un instant il pénétra dans le royaume de Bourgogne , parcourut le diocèse d'Autun , poussa ses coiu^es jusqu'à Chàlons dont il brûla les faubourgs; et comme pour insulter encore davantage à son odieux rival, il incendia le château de Melci, qui était la propriété particulière de Pépin. Enfin , après avoir traité tous ces pays comme le roi Franc avait jadis traité l'Aquitaine , il repassa la Loire chargé d'un immense butin.

Au premier bruit de cette nouvelle invasion. Pépin jura d'abattre à jamais une famille dont la haine opiniâtre survivait à tous les revers et semblait se jouer de tous les serments. Son courroux et son indignation, il les fait facilement passer dans le cœur de la nation encore réunie à Duren, La guerre est de nouveau résolue , mais la guerre avec toutes ses horreurs, comme laimaient les Huns, les Vandales ou les Sarrasins. Nous

(1) Continuation de Frédégairc.

n'aurons dans nos récits d'autres guides que des annalistes ouvertement dévoués ata vainqueurs , et nous n'allons trouver sous notre plume que pillages, meurtres ou incendies. Que serait-ce donc si un écrivain impartial nous eût transmis les faits ?

Des bords de la Lippe ou du Weser , les Francs arrivèrent bientôt sur les frontières de l'Aquitaine. Ils s'étaient avancés à marches forcées , l'amour de la vengeance précipitait leurs pas. Pépin les conduisait (1 ) en personne, accompagné de ses deux fils Charles et Girloman. Il traversa la Loire près de Nevers, courut attaquer le château de Bourbon , surnommé depuis TArchambaut, le prit sans peine avec toute la garnison et le livra aux flammes. Il s'avança ensuite jusqu'à Qermont, ravageant tout ce que rencontrait sa haine. Qermont n'était alors qu'une forteresse placée sur une montagne voisine de l'ancienne cité d'Arverne , à laquelle elle a depuis donné son nom ; et après quelques jours de siège, la forteresse fut emportée comme Bourbon, et comme lui, elle devint la pime des flammes. L'annaliste contemporain (2) fait observer que la plupart des habitants, hommes, femmes et enfants périrent dans cet incendie , soit qu'à l'exemple des Arvemes , leurs glorieux ancêtres, ils eussent voidu s'ensevelir sous les ruines de leurs murailles , soit que les vainqueurs, irrités de leur résistance, les eussent traités avec plus de barbarie que les autres peuples conquis. Cette prise fut suivie de la prise de la cité voisine et de presque toutes les places fortes du pays. Le fer, la

(1) Frédégaire. Annales de Metz. Annales veteres , Ducbesne , toDie 2. — (S) Continuation de Frédégairc.

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crainte ou les séductions les aoieBèrent soos le joug des Fraucs. Ceux-ci avaioM déjà envalû d»ixpco¥iQces, et nul ne se présentait pour arrêter leurs progrès. Le comte Blandin parut enfin à la tête d^une armée de Gascons ; mais le sort des armes Itd fîit fatal. Il tombtt au pouvoir de Tennemi avec la plus grande partie de ses troupes ; le reste demeura sur le champ de bataille. I^ saison était trop avancée pour permettre à Kepin de profiter de la victoire. Il se contenta de pousser ses ravages jusque dans le Poitou et repassa la Loire , chargé des dépouilles des Aquitains et traînant à sa suite ime multitude de captifs.

Dès que le printemps lui permit de tenir la CMipagne, Pépin s'élança avec toute la multitude de la nation Franque, dit le continuateur de Frédégaire (*), et après avoir porté la désolation dans tout le Berry, il alla en assiéger la capitale. Forte par sa situation, Bourges était encore défendue par une garnison nombreuse que ccmimandait le comte Chunibert. Aussi, quoique les Francs l'eussent bloquée de toutes parts, et qu'ils fissent agir toutes les machines alors eu usage, le siège fut long et meurtrier ; mais enfin la tranchée fut ouverte et la place emportée d'assaut. Le vainqueur honora son triomphe par une modération qui contraste avec tout ce qu'on avait vu de lui dans cette guerre ; il se contenta de garder près de sa personne le gouverneur et les principaux Aquitains, et d'envoyer comme otages sans doute, dans l'intérieur de son empire, les femmes et les enfants. Il permit ensuite à tous les s(Jdats de rentrer, s'ils le voulaient, dans leurs foyers, el

(*) Cum universa multUudine gmtis frtmeorwtk.

traita les habitants aTec une bienyeillanoe marqmée. il Tonlait par cette conduite rendre hommage à la valeur qu'avait déployée la garnison , ou plutôt il cher^ chait à gagner les coeurs , car sa p(^tique va désonnais dianget. Jusqu'ici toutes les expéditions des Franos en Aquitaine avaient plutôt été des courses sans utilité que des conquêtes solides. Les peuplés foulés, pressura, portaient seuls le poids de ces agt-essions presque tonjouis impitoyables et cruelles ; mais leur maître, quand le flot dévastateur s-élait éloigné , n'avait qu^à relever quelque rempart abattu, et son autorité s'étendait sur les mêmes cités et sur les mêmes provinces. Instruit par l'expérience et décidé à dépouiller son rival, Pépin songea à garder sa conquête. Avant de s'éloigtier de Bourges, il la réunit solennellement à sa coutx)nnepar le droit des combats, observe un annaliste contemporain (1), eu releva les murailles, y ajouta de nonvdles fortifications et y laissa une garnison capable de la défendre , sous les ordres d'un comte dont il connaissait le dévouement et la fidélité. Après ces sages dispositions, il se porta sur Thouars (2) , la plus forte place de toute l'Acpiitaine ; mais soit découragement où« trahison, ce château ne se défendit que quelques jours* n n'en fut pas moins livré aux flammes et la garnison emmeftée prisonnière avec le gouverneur qui la commandait. Le vaincpieur borna là sa campagne. Il retourna en France, gorgé de dépouilles et chargé de hitiriers un peu moins souillés de sang que ceux qu'il avait cueillis les années précédentes.

Il donna Thiv^ au repos ; et après avoir passé les

(1) Continuation de Frédégaire, Chroniq. d'Adhémar. — (2) Coatinuation de Frédégaîrc, Eginbart, Annales de Metz.

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fêtes de Noël et de Pâques à Gentilly, près de Pans, û se rendit à Nevers, où il avait assigné rassemblée ou champ de mai, et le rendea^-vous général de ses troupes. Toujours plus acharné à sa proie , il divisa son année en plusieurs corps pour répandre Tépouvante et la terreur dans plusieurs provinces à la fde. Sa fureur alla tomber sur le Limousin, le Qiiercy et les pays adjacents. Le récit des horreurs qui furent commises fait frémir (1). Les villes, les églises, les monastères, les maisons de campagne et surtout celle de Waifire, furent presque partout la proie des flammes. Les récoltes, les vignes^ les arbres fruitiers eux-mêmes furent détruits. Comment Thistoire n'a-t-elle pas flétri avec -pLus d'indignation de pareilles atrocités? on ne l'explique qae par Tapathie et la concision des auteurs contemporains qui nous les ont transmises, et dont la partialité est si révoltante qu ils les racontent avec une indifférenoe complète r presque avec éloge. Deo auxiltaniCy avec Taide de Dieu , répètent-ils sans cesse (2). Mais le ciel peut-il aider au meurtre, au pillage et à la mine ?

Tant de malheurs réveillèrent enfin le duc d'Aquitaine, qiii, si nous en croyons les annalistes Francs, avait jusque là vécu dans Tinaction , ou n'avait fait que de faibles efforts. A la tête d'une armée nombreuse, composée d'Aquitains et de Gascons , il vint ollrir b bataille à son ennemi. Au rapport d'autorités trop suspectes , la victoire ne se fit pas longtemps attendre (3). Les Gascons lâchèrent pied dès le premier choc et entraînèrent les Aquitains dans leur déroute. Pépin pour-

(1) Chronique d'Àdhémar. Continuation de Frédégaire. Jeta SS. Benedic. pars 2. — (2) Continuation de Frédégaire. — (3) Idem.

DE LA GASCOGNE. 27îT

suivit les fuyards jusque bien avant dans la nuit et en fit une horrible boucherie. Après cette victoire, il reprit UProute de la Loire qu^il repassa à Digoin, dans le Charolois, et revint en France par le pays d^Autun.

Waifrc s'ëtait échappe avec peine du combat, suivi seulement de cpielques soldats. Ce revers abattit son courage. Il craignit qu'une plus longue lutte ne lui enlevât bientôt le reste de ses états; et dans cette crainte, il se fît humble ou plutôt bas, comme si la bassesse avait jamais désarmé un ennemi. Ses ambassadeurs arrivèrent bientôt à la cour de Pépin. Le duc d*Aquitaiùe offrait par leur bouche de prêter foi et hommage au monarque Franc , de se reconnaître son vassal et son homme-lige, de payer le tribut et de faire les présens que les rois de France, ses prédécesseurs, avaient coutume de recevoir tous les ans de l'Aquitaine (i). Pour prix de cette sommission il redemandait Bourges et les autres jplaces capturées. Vaines supphcations! Pépin voulait détruire entièrement une famille dont la puissance l'avait quelquefois alarmé, et qui , si le^ circonstances lui souriaient de nouveau, pourrait un jour disputer à sa postérité un trône que les Mérovingiens, d'où elle descendait, avaient occupé si longtemps. Mais quelque arrêtés que fussent ses sentiments, il crut plus utile à ses intérêts de dissimuler. Il feignit de ne pouvoir accepter ces offres sans le consentement de ses leudes ou barons. Il renvoya, en conséquence, les ambassadeurs au plaid prochain. Là, leurs propositions furent accueillies avec hauteur et rejelées avec mépris. Néanmoins, les Francs n'armèrent point,

(1) Continualion de FrédégMire, Annales de Metz.

280 BU^PDIR? '

cette amuée 164 , ni Famiée suivante» Lliiver la plus rigoureux dont les hoaxmes eussent conservé le sou* venir, avait .pesé sur TEkirope entière. Lar gelée, ^sès avoir commencé Le 44 décembre , n'avait cessé que le 16 avril* Non seulement les oUviers et les vignes , omis encore la plupart des arbces avaient péri ducant im froid aussi long; la famine était générale*

Waifre prodta de ce répit que la n«tiu*e avait arra* ché à son implacable ennemi pour réparer ses pertes et se disposer à de nouveaux combats. U songea même un instant à prendre TofFensive; mais conmxe. si le dd, eût poursuivi dans le fils d'Huaald, le meurtrier de Ïîb^ fortuné Hatton, toutes ses eatreprises. échouèrent (4). Il ordonna au comte Marcion, son parent, d'aller attendre en embuscade quelques troupes Franques qui devaient longer les frontières du pays Toulousain^ ea se rendant à Narbonne pour en relever ou renforcer la garnison. Ses ordres s'exécutèrent; mais après uo combat sanglant et opiniâtre , Marcion fut tué et ses soldats mis en déroute. Un autre corps d'Âquiftains commandés par Chilping , comte d'Auvergne, s'était jeté sur la Bourgogne et ^avançait sur le Lyonnais; mais arrêté sur les bords de la Saône par Adjdard , comte de Châlons , il vit périr sou général et fut eoatraint de se disperser à travers les forêts et les marais* qui seuls protégèrent sa retraite. Enfin , un troisième corps que guidait Amaneugue, comte de Poitou, ne fut pus plus heureux. Il ravageait la Touraine , lorsque atteint par les vassaux de Wlfard, abbé de St*Martin, il fut repoussé avec grande perte ; son chef resta aussi parmi les morts.

(1) Continuation de Frédégaire , Annales de Metz,

La 4oiileac de tant de pertes successives fut encore aigrie parla défection de Remistan (4). Ce dernier fils du câèhre Eudes, se jeta alors, on ne sait trop pour quel motif, dans le pairti du roi Franc , auquel il prêta ser-* meni de fidélité^ ainsi qu'à ses enfants. Pépin accueillit le traître avec bieuveillaiice, le combla de caressci, ^^ pour miewi Taitacber à sou sort y. il lui donnai le §;ouveniement d'Argenton avec une partie du Berry, à lacharge de les défendre contre sou neveu* Accablé par tant de revers, celui-ci se porta à une de ces résolutions extrêmes qui n'ont d'autre justificatiou que le succè&> et id le succès manqua. Bourges, Qermoat , Thoua» étaient tombées devant la valeur et Topiniàtrcté des Fcajocs. Les autres places devaient résister bien moinB encore ; mieux valait alors que Waifre abattit leurs murailles* U enlevait k ses ennemis un point d'appui néoessaira Privés de leurs futurs asiles, ils ii oseraient peut-être pas s'aventurer dans un pays liérissé de ibrét^ et semé d'une population altérée de vengeance ; et s'ils le tentaient, le prince Aquitain pourrait les harceler en détail et peut-ctre même les repousser entièrement. Guidé par ces motifs, il démolit toutes ses places (2) et eBdi^>ersa auloin les remparts. L'iiistoire signale parmi les villes qu'il traita ainsi , Poitiers, Limoges , Saintes et Périgueux.

Cependam. deux années de repos avaient retrempé les forces des Francs, dont le rendez-vous avait été fixé à Orléans, où se tint, en 766, le champ de mai. Libres désormais de tous les obstacles, ils se répandirent dans le Limousin, traversèrent le Quercy et poussèrent jusqu'à

(1) Continuation de Frédégaire. — (2) Le même.

282 tlISTOtRË

Agen. Les principaux seigneurs Aquitains se voyant hors d'état de s'opposer aux progrès de leurs armes (< ), vinrent trouver Pépin dans cette dernière ville et lui prêtèrent serment de fidélité. Étonnés de la rapidité de ses conquêtes, et craignant pour leur pays le sort de l'Aquitaine , les Gascons imitèrent cet exemple et se soumirent à leur tour. Le roi des Francs, satis&it de ces hommages , revint sur ses pas , reçut la soumission du Périgord et du Limousin, et plus prudent que son rival, il eut soin de relever les remparts des villes qui se soumettaient et d^y laisser dé fortes garnisons. Impatient de terminer une conquête devenue désor^ mais si facile, il ouvrit la campagne suivante au milieu de rhiver et soumit en quelques jours le Toulousain^ TAlbigeois, le Rouergue et le Vêlai (2).

Pendant que les provinces semblaient courir au devant de ses lois, Waifre, l'infortuné Waifre, trahi par la fortune , abandonné des siens, errait fugitif (3) à travers les forêts du Quercy et du Périgord , demandant quelquefois un asile aux châteaux escarpés , aux monts presqu inaccessibles , et plus souvent se cachant dans les antres des rochers assez communs dans ces provinces. Au milieu de sa détresse , un instant de joie vint ranimer ses espérances. Le traître Remistan avait , comme nous l'avons vu , abandonné la cause nationale pour embrasser le parti de l'étranger. Bientôt il se repentit (4) d'avoir sacrifié patrie, famille et honneur, à je ne sais quels sentiments de frayeur ou d'ambition , et pour expier sa faute il résolut de poursuivre à ou-

(1) Continuation de Frédégaire. — (2) Le même, — (3) Le môme. — (4) Le môme.

trance ces Francs qui Tavaient compté quelque temps parmi leurs chefs.

Waifre, aux pieds duquel il alla se jeter et à qui il offrit sou bras et son épëe , ne pouvait se montrer difficile dans la situation presque désespérée où se trou* vaient ses affaires; non seulement il lui pardonna sans peine, çiais il accueillit avec joie ses offres; et pour gage de son entière réconciliation, il l'investit du comman^ dément général de ses troupes. Fidèle à ses nouveaux engagements , Remistan se mit à la tête de tontes les milices qu'il put réunir, battit fréquemment les Francs, harcela les garnisons qu ils avaient laissées dans les places pour s-assurer du pays, et répandit partout tant d'épouvante, que les laboureurs et les vignerons n^osaut s'aventurer dans la campagne, la terre en plusieurs endroits demeura sans culture (1).

Pépin était alors occupé à poursuivre son rival dans l'Aquitaine inférieure; mais en vain ses armées sillonnaient-elles toutes les provinces jusqu'à la Garonne, en vain fouillaient-elles les anfractuosités des rocbers, en vain s'enfonçaient^Ues dans la profondeur des forêts ; traqué comme une bete fauve, mais toujours protégé par l'amour de ses peuples, par le souvenir de ses malheurs et sans doute aussi par son courage , le duc ^ d'Aquitaine, suivi de quelques serviteurs dévoués, parvenait à dérober toutes ses marches à ses ennemis. Le roi Franc se lassa de l'inutilité de ses tentatives, et termina la campagne par la prise de quelques châteaux qui n'avaient d'autre importance que celle que leur donnait leur difficile accès.

(%) Continuation de Frédéf aire.

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Le temps approchait où tant d'ofiniiâtreté devait enfin triompher. Acharné à sa proie, Pqpiii reprit les armes an milieu de Thiver ; et pomr atteindre toios ses ennemis à la fois^ il détacha une panie de ses troupes sous les ordres des comtes ( 1 ) Oiuuihert , Her* mendd, Bérenger et Childerate, auxqnek il enjoignit de suirre tous les mouvements de Remistan., de le chercher sans cesse et de ne rien neiger pour s'emparer de sa personne , même au prix des plus grands sacrifices. Lui, cependant, avec le reste de Tarmée^se dirigea vers la Gascogne, soit qu'elle se fût soustraite à ses derniers engagements, ou soit plutôt qu'il la sonp* çonnât d'être devenue l'asile de l'infortuné Waifre. Mais, à son approche , les Gascons toujours aussi empressés à céder à l'orage qu'ardents à ressaisir leur indépendance dès qu'elle s'offrait à eux, lui envoyèrent une nouvelle députation pour réitérer leur serment de fidélité srlui et à ses fils, Charles et Girloman,' et pour garants de leur promesse ils lui donnèrent de nombreux otages (2). Quelques seigneurs Aquitains, qui tenaient encore le parti de leur duc, suivirent l'exemple des Gascons et prêtèrent aussi serment, ht roi de$ Francs reçut toutes ces soumissions avec les marques de la plus grande bienveillance , et libre deœ côté , il se replia sur le Quercy, où il savait maintenant que se cachait son rival. Mais, cette fois ena»re, Waifre sut se dérober à toutes ses recherches. Ses lieutenants furent plus heureux. Après un grand nombre de. marches et de oontr^narches , ils parvinrent à attirer Re-

(1) Conlinualion de Frédégairc, Annales de Metz, Eginhart. — (2) Conlinualion de Frédégairc.

miBtan dans une embuscade et à se saisir de lui, malgré sa vigoureuse résistance. Fiers de celte capture , ils le traînerait aussitôt pieds et poings Ués devant leur maître qui alors se trouvait dans k ville de Saintes. Le roi des Francs s'abaissa )usqu'à insulter au malheur de son prisonnier ; et oubliant le noble sang qui coulait dans ses veines et les emplois élevés dont il avait été revêtu, il le condamna à être pendu (1) comme le dernier des malfaiteur^ On ignore ce qui advint à fat fieonme de Remistan, arrêtée à côté de son époux. Mais nous savons d'ailleurs que la mère , la femme et les s$»ms de Waifre étant tombées peu après au pouvoir de Pépin, le monarque Franc ordonna qu'on les traitât avec les égards dûs k leur rang et à leur infortune.

Tout avait ainsi cédé au bonheur de ses armes ; TAqoitaine entière était conquise. Tous les seigneurs avaient fait successivement leur soumission; la plus grande partie de la famille ducale elle-même était entre ses mains; seul, Tennemi que poursuivait sa haine ei son ambitioii semblait se jouer de tous ses efforts. Désespérant de l'atteindre par la force , il eut recours k des moyens repoussés par Tlionneur , et par-là doublement indignes d'un puissant monarque. Il gagna par Tappàt de Tor et de plus grandes récompenses quelques serviteurs du duc, et en particidier le traître Waraston. Ceux-ci assassinèrent leur maître, vraisemblablement dans son lit, la nuit du 2 juin 768 (2). La rameur publique accusa Pépin d'avoir soudoyé ce crime, et le continuateur de Frédégaire, malgré toute

(1) Continuation de Frédégaire. — (2) Annales veteret, Duchesnc. Chronique a« Sl-GaUet Sl-Dems.

sa partialité, semble en convenir. Du n^mns, le monarque Franc s'empressa- 1- il d'en recueillir les fruits. Selon les mœurs du temps , il ckercha à Texpier en faisant part à Téglise des dépouilles de sa victime. Il donna à Tabbaye de St-Denis les bracelets d*or garnis de pierreries dont le duc d'Aquitaine avait coutume de se paren Jusqu'à la fin du dernier siècle , on les garda dans le trésor de ce monastère où on les nKmtrait sous le nom de poires de Waif re ( 1 ). On est partagé sur le lieu ou fut enseveli le fils d'Hunald. Quelques auteurs veulent qu'il ait été déposé à Limoges, {H^des 'cendres de l'infortuné Hatton, son onde ; mais le Père Lecointe et Catel, s'appuyant de je ne sais quek documents, placent sa sépidture à Bordeaux , dans 1« lieu où le cardinal de Sourdis fit depuis bâtir le couvent des Chartreux. Notre compatriote, Tbistorien Dnpleix (2), cpii partage ce sentiment, dit qu'avant cette fondation, on montrait dans cet endroit le tombeau de Gaî&s; c'est évidemment le nom de notre Waifre Celui-ci, du reste, ne laissa d'Adèle, son épouse, fille unique €L héritière de Loup, duc de Gascogne, son cousin germain, qu'un fils nommé Loup, comme son grand-père à qui nous le verrons succéder un jour.

• Ainsi périt dans la force de l'âge le dernier souverain de l'Aquitaine. Le rôle que nous lui avons assigné dans cette guerre n'est pas toujours brillant ; mais nos lecteurs n'auront pas oublié que nous ne connaissons que les faits qui ont été transmis par les annalistes Francs, tous dévoués à leur roi. La lutte quHl soutint le peint mieux que nos récits. Et certes, le prince qu'on

(1) Chronique de Si. Denis. — (2) Histoire de France.

ue peut dompter qu eu le faisant assassiner lâchement, et dont les états coûtèrent à envahir près de neuf ans d'efforts non interrompus , tandis que la Saxe, la Septimanie et les autres pays étaient conquis dans une seule campagne , ce prince , quoiqu'en disent des historiens évidemment mensongers , ne saurait être sans mérite ni même sans gloire.

Himald , le vieil Hunald vivait encore. Du fond de sa retraite, il avait suivi la lutte qui venait d'être si fatale et à TAquiuine et à sa famille. Son cœiu: de prince, de Mérovingien et de père, avait souvent gémi des succès de Pépin et des atrocités qui les avaient suivies presque partout; et plus d'une fois sans doute, il ne fallut rien moins que les liens religieux pour Tenchainer dans son cloître et Tempêcher de voler à la défense des Aquitains, ou du moins de porter dans les conseils de son fils le secours de ses lumières et de son expérience. Mais à la nouvelle du supplice de Remistau et du lâche assassinat de Waifre, la religion et ses chaînes furent insufïisantes , il rejeta le froc, et s'élançant au miheu de ses peuples , il les appela à partager sa vengeance. Sa voix ne fut pas méconnue. L'attachement profond que nos ancêtres avaient voué à un» famille qui les gouvernait depuis un siècle et demi, la honte d'un asservissement qui révoltait leur amourpropre, et la crainte de voir leurs franchises et leurs privilèges aller se perdre dans Timmensité de l'empire Franc , tous ces motifs lui amenèrent des soldats. En peu de jours, le drapeau qu'il avait élevé se trouva entouré de nombreuses milices (i). On le força à rc-

(1) Ànnah» veteres^ Duchcsne. rita Car. Magni. Eginhart. Annales de Metz.

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monter sur son trône ducal et à ioviter son épouse à revenir s'y asseoir à ses côtés.

Pépin n'était plus alors; il avait suivi dans la tombe sa victime de si près, qu'à peine il avait en le tenps de réunir à la couronne la nouvelle conquête. Le mn de pourvoir à son administration , il le laissa k son sucs cesseur^et certesjamais organisation à créer ne pouvait mieux tomber qu'entre les mains de Charlemagne, car ce surnom glorieux que ses -contemporains doonèrent à son (ils, lui a été conservé par- la postérité, et lliistoire ne le désigne guère autrement. Ce prince, le plus grand peut-être de notne monarcliie, et peul-écre même de ceux qui ont ceint le diadème, ne perdit pas un instant. Il partagea la province en plusieurs gra- Tcmements qu'il distribua à des hommes dont la fidélité lui pût répondre de la soumission des peu|des ot Taider à les contenir. Les enfants de Hatton, malgré l'étroite parenté qui les unissait à la famille abattue, furent largement dotés. Dans ce partage, Loup, l'aloé, reçut le duché de Gascc^ne (1). Il comprenait œ qu'oa appela depuis les comtés de Bigorre, de Gommingei, de Fezensac, de Lectoure, de Bazas et le comté particulier des Gascons. Celui-ci renfermait, d'après M. de Marca (2), les comtés de Béam, Oleron, Acqs, Aire et Labour ou Ba jonne. Le duché de Gasc(%ne avait ainfl à peu près les mêmes limites que l'ancienne Novempopulanie. Les deux frères de Loup, Artargarius et Ictérius, ceux-là même que Waifre avait jadis livrés es otages, obtinrent, l'un le gouvernement de l'Auvergne, et l'autre le comté des Marches de Gascogne on des

(1) Charte d*Alaon. — (2) Livr. 1, ch. 27.

paiys situés sur les deux versants des Pyrénées. Tous oes emplois furent donnés à titre de bénéfice , comme Texprimentles monuments du temps,/iire benejiciario^ c^est-à-dire comme fiefs mouvants de la couronne. La ligne qui sépare la branche cadette de Talnée est nettement tranchée, Tindépendance a disparu.

Ces dispositions et quelques autres non moins sages qn^il serait trop long de mentionner ici, arrêtèrent réUn général. Charlemagne comprenant combien il ^tait de son intérêt de Tétouffer entièrement avant qu^il n'eût pris de plus grands développements , accoumt en toute hâte à la tête d*une armée considérable. A son approche (1), la plupart des bandes qui se pressaient autour de Hnnald se dispersèrent, tant était grande la terreur qu'inspirait déjà le nom des francs. "Resté presque seul, l'infortuné vieillard n'eut d'autre ressource que d'aller se jeter entre les bras du nouveau duc de Gascogne, son neveu. Le mariage de leuis enfants avait, il est vrai, cimenté la réconciliation des deux branches ducales; néanmcnns , ce ne dut pas être sans quelque réserve que Loup accueillit le meurtrier de son père fuyant devant la colère de son bienfaiteur. Mais lors même qu'il se fut senti plus d'entraînement, quel appui le faible gouverneur d'une province pouvait- il prêter contre le plus puissant monarque de son siècle? Celui-ci, étonné de ne pas rencontrer d'ennemi , était arrivé sur les bords de la Dordogne , non loin de l'embouchure de la Garonne. Prenant position dans ce lieu, il députa quelques-uns de ses officiers vers son vassal pour lui rappeler son

(1) Egiohart , Adhémar.

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serment et le sommer (1), en sa qualité d'homme-lige, de lui livrer son hôte, le menaçant, en cas de refus, de porter le fer et la flamme dans son duché et de le priver de son gouvernement.

Le duc de Gascogne fut contraint de céder à ses menaces; et pour allier le droit du sang et de Thospitalité à ce que conmiandaient les intérêts et le bien de ses peupl^^ , il suivit lui-même les députés et accompagna Hunald et sa femme (2) auprès de Charlemagne; il en obtint sans peine non seulement leur vie, mais même la proniesse de leur élargissement dès que leur liberté pourrait se concilier ^vec la tranquillité de TAquitaine. Une pacification aussi facile n^endormit pas la prudence du fils de Pépin. Il se défia de Tinconstance des Aquitains, ou plutôt de leur attachement à leurs anciens maîtres. Pour les tenir en respect et empêcher de nouveaux soulèvements, il laissa dans le pays de fortes garnisons et fit construire le château de Fronsac, Franciacum (3). Alors, en 769, fut terminée la lutte. Le midi avait de nouveau succombé sous le nord. Une fois encore les Gallo-Romains avaient été asservis par la race Teutonique.

(1) Adhémar, Francùrum Megum Annales. Egînharl. — (!S) Lo mêmes. — (3) Adbémar , Francorum Begum Jnnaies,

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