CHAPITRE IV
flBtli M iilh|ie à Rmm.— Il le ntife i^m as rai ies Lwèards. — &i nrt trtfifM à Pifie. — Lnp II, Ml pelil-tlt, lii neeiée. — BiUiUe de Imci- TMX. — Imp n pM. — Aialrie, te de Gisn|m. — iMii-MteMbi , lii rAfoUiie. — BvimdM et Lintaii, coitei 4e Feienuc — leK rjUiliie. — Scnii M ils lii neciie. — Si réfilli. — 8i tôkite. — Fntérité 4*blei Imie l*AfDtiiie.
Un peuple ne se soumet jamais tout-à-coup à la loi du vainqueur. Il lui faut du temps pour se façonner an )oug ; et lors même que les fers sont riv&, des mouvements viennent toujours protester contre la violence. • Le cadavre s^agite encore quelques instants après que la vie s^est retirée; mais lorsque la force s^est imposée, après une lutte longue et opiniâtre, et qu^on n^a cédé qu^à Tépuisement , la haine s'amasse au fond des cœurs prête à éclater à la plus légère occasion. Le héros Franc n'^en avait pas fini avec FAquitaine.
L^athlètè qui avait repoussé avec le plus de force Tasservissement, le vieux duc Hunald gardait tous ses ressentiments. Après deux ans de captivité (1) , il s'échappa des mains de Charlemagne; et franchissant les Alpes, sous le costume de pèlerin , il alla demander la paix au séjour le plus propre peut-être II nous faire oublier' nos malheurs et à nous faire sentir toute
(1) Chronique de Sigebert. Annales veteres, Duchesne.
la vanité des choses humaines; mais ni Rome, ni rhabit religieux qu'elle lui rendit ne purent cakner les tempêtes de cette âme tn^geuse. Sous le froc du moine, comme jadis sous le casque du guerrier, et na- ^ère sous le diadème du souverain , sa haine vivait toujours également ardente, ou plutôt aigrie parles revers, par le temps et par la solitude. Six mois entiers il la dévora en silence. Ne pouvant plus en modérer Tardeur, il dit adieu à la ville des Césars, rejeta et maintenant à jamais ce froc qui deux fois Tavait laissé en proie à toutes ses passions mondaines .et reprenant la noble épée des preux qui séait mieux à ses mains que le chapelet du moine ou le bourdon du pèlerin , il se retira près de Didier (i), roi des Lombards (*) , dont la cour servait d'asile à la veuve de Carloman, frère de Charlemagne, à ses deux fils età qudques seigneurs qui s'étaient attachés à la destinée des jeunes princes. Le roi Lombard ne pouvait oublier Toutrage que lui avait fait le monarque Franc en lui renvoyant dédaigneusement sa fille Ermingarde, apris l'avoir solenndlement épousée et avoir longtemps partagé sa couche. Il ne lui pardonnait pas non plus la protection constante dont la France avait couvert le pontife romain avec lequel les Lombards avaient de fréquents démêlés. Animé de ces dispositions, il prêta facilement l'oreille aux suggestions des mécontents, et sans trop calcider les chances d'une lutte inégale, il déclara la guerre au Saint-Siège et par-là à son prth tecteur.
(1) Chronique de Sigebcrl. ^Innales veteres, Duchesne. (*) Longue Barâ , longue pique.
Hunald avait contribué pjius que persouue à cette collusion. Il allait enfin se vetrouver, les annes à la main, en lace du fils du meurtrier de Waiire, de l'oppresseur de son peuple, de Tinjuste détenteur de sa couronne, et peutnitre quç la fortune se lasserait de le poursuivrie, ei qu'un retour heureux le vengerait de ses longues injustices. Toujours est-il du moins qu^il aurait troublé un instant la prospérité de celui qi4 répandait tant d'amertume sur sa vie. Ceç doucesiUusions d'un cœur ulcéré furent bientôt dissipées. Il était écrit ^pie la victoire fuirait sans cesse les drapeaux sous lesquels combattait le fratricide HiinaUL Charlemagne n'eut qu'à se montrer pour battre et disperser ses ennemis. Échappé à grand peine du combat, Didier courut se réfugier avec Himald et une partie de son armée défaite, dans Pavie (1 ) , sa capitale , où les Francs ne tardèrent pas à venir les investir. Le siège se poussa avec vigueur , et comme les Lombards ne s'y étaient point préparés , aux maux qu'il entraîne toujours s'ajoutèrent en peu de temps toutes les horreurs de la famine.
La haine avait rendu au vieil Hunald toute l'acdeur de ses jeunes années. Disputant d'audace avec les plus intrépides, on le voyait le premier sur les remparts, sur la brèche, partout où se montrait le péril; et quand ' la plupart au conseil inclinaient pour une capitulation même sans gloire, lui, de sa sauvage énergie, il soutenait le courage défaillant de Didier. Cette énergie causa sa perte. Les assiégés , las des maux qu'ils souffraient, et irrités contre le duc d'Aquitaine qu'ils accusaient
(l)Eginhart, Adbémar.
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avec raison d'en prolonger la durée, s'ameutèrent oon^ tre lui , et avant qu'on pût protéger ses jours, ils le firent périr sous une grêle de pierres (<). On eût dit que son bras seul arrêtait les Francs; car, deux jours après cette sanglante exécution , les soldats de Charlemagne étaient maîtres de la place, et le faible Didier, fait prisonnier avec toute sa cour, s'acheminait vers la France, emportant le deuil d'une nation qui disparut sous les ruines de son trône.
Ainsi périt, en 774, dans une insurrection populaire, un prince digne d'une meilleure destinée. Victime de cette fatalité qui poursuivit tous les enfants du grand Eudes, il termina sa vie sous un ciel étranger comme sa sœur Lampagie; et comme Hatton et Remistan ses frères il la termina par une mort tragique et violente. Les quelques auteurs contemporains qui sont parvenus jusqu'à nous, tous vendus à la famille Gairlovingienne, nous le peignent des plus affreuses couleurs. Dans Jeurs récits, il n'est presque jamais que letrattre, le perfide, VimpiCj V apostat (2). II faut oiiblier leurs paroles et pesev mûrement les. aveux qui pvfois leur échappent pour rendre aux faits leur vérité historique. Sans doute que sa vie offre plus d'une tache réelle ; mais au moins son incontestable patriotisme qu'il poussa quelquefois jusqu'^au fanatisme le plus exalté et cette noble constance qui jiefabandonna jamais, pas même au sein des plus cruels revers, auraient dû, ce semble, désarmer un peu leur partialité et adoucir l'acrimonie de leur langage. Pour être juste à notre tour, nous ferons
(1) Dom Yaîssette, tom. 1, page 429. M. de Mauléon, tonw 2.— (2) Charte d*Aragon.
observer toutefois que dans un temps où le serment n'*étaitpas, comme de nos jours, chose légère et facile, on dut juger sévèrement un prince qui parut trop souvent se jouer des promesses les plus solennelles , sous le prétexte commode qu'imposées par la force , elles n'^obUgeaient point; et puis, comment des moines, et on sait qu^eux seuls à peu près écrivaient alors rhistoire, cxmunent des moines eussent-ils pardonné à Thomme cjui, après avoir deux fois revêtu leur habit, éuit mort les SiTmfis k la main , dans les rangs des ennemis du $aint-Siége, exemple monstrueux quon ne retrouverait peut-être pas dans tout le moyen âge. L'école moderne lui a rendu plus de justice, et quoique la part qu^elle lui a faite soit assez large, elle Peut été vraisemblablement davantage si les armes du duc d'Aquitaine n^eussent été constamment malheureuses. Il faut une philosophie bien haute pour apprécier dignement ce qui a toujours eu la fortune contraire.
Hunald ne laissait d'autre descendant que le jeune Loup (Lope) (*), son petit-fils, élevé sous les yeux et par Tes soins de son aïeid maternel Loup 1" , duc de Gascogne. Celui-ci , bien différent des membres de la branche aînée, se montrait toujours vassal plus soumis et pJus Gdèle (1 ). Aussi , jouit-il en paix de son gouvernement jusqu'à sa mort dont on ignore l'époque
(*) S'il faut en croire des géDéalogies assez bien prouvées, c'est là rorigioe des nombreui rameaui des Luppé de France et des Lopès (TEspagne. On sait toutes les plaisanteries que la jalousie inspira aui grandes familles nobiliaires des provinces du nord ou du centre contre nos Loups de Gascogne, comme elles les appelaient. Peu de maisons peuvent montrer autant d'ancienneté que les noms historiques de nos quatre départements.
(i) Eginbart. Annahs lieffuinfrancorum.
précise, quoiqu'on sache qu'il survécut k Tancien duc d'Aquitaine, son oncle. A peine eut-il fermé lesyèox, que Loup II prit possession de son duché sansse mettre en peine d'en demander Tinvesliture àson suieraÎQ(4'). Cette conduite eut pu indisposer le roi des Francs; mais soit compassicoi pour l'unique rejeton d'une. £ae mille jadis si puissante, soit reconnaissanoe pour U constante fidélité de son aïeul maternel, Charlema^M oublia ce que cet empressement avait d'irr^ulier, ei confirma le jeune Loup dans sa dignité nouvelle. Il se contenta d'exiger le serment d'obéissance avec ks droits qui en découlaient. Loup, qui sentait^coiiler da»s ses veines le sang d'Hunald et de Waifre, l'eût voloa* tiers refusé ; mais trop faible , il 'dut se soumettre à ce que commandaient les circonstances, se réservant de se venger un jour de ThumiUation qu'on lui imposait. L'occasion s'en présenta bientôt plus éclatante et phis belle qu'il n'eût osé l'espérer.
Charlemagne avait porté ses armes dans la pàiinsuie Ibérique (2) , et s'il faut çn croire son aecrétaiit Eginhard, il y avait cueilli de nombreux lauriers. Tttaitre de Pampelune dont il avait rasé les fortificatiwis, et de Saragosse où il avait rétabli le musulman Inal Arabi (le fils de l'Arabe), expulsé par le calife Abd-d- Rahman; il allait pousser plus loin ses conquêtes, lois* qu'il se vit rappelé subitement par une nouvelle révolte des Saxons. Il reprit aussitôt le chemin de la France et traversa les gorges des Pyrénées , dans la direction qu'avaient jadis suivie les hordes Sarrasines. Loup II*
(1) Charte d'Alaon. — (2) Annales d'Anianc et de St-Denis. Adhé-
qui n^avait pu arrêter sa marche, attendait son retour à la tête de ses Gascons. Ici nous «nprunterons le récit de Fauteur [de la nouvelle histoire de France , qui a traduit presque littéralement le texte d'Eginhard (i). <( Dans sa marche , Tarmée défilait sur une ligne étroite et prolongée , comme l'exigeait la nature d'un terrain resserré entre deux murs de rochers. Les Cascons se posèrent au sommet de la montagne qui , par rétendue et l'épaisseur de ses bois, favorisait leurs embûches. De là se précipitant sur la queue des bagages et sur Tarrière-garde destinée à les protéger , ils rejetèrent celle-ci dans le fonds de la vallée , tuèrent après un combat opiniâtre tous les honmies jusqu'aux derniers, pillèrent les bagages, et protégés par les ombres de la nuit qui déjà s'épaississaient , ils se dispersèrent avec une extrême célérité. Les Gascons furent servis dans cet engagement par la légèreté de leurs armes et l'avantage de la position ; les Francs , au contraire, eurent contr'eux le poids de leurs armures et la difficulté du terrain. Elgiuhard, maître d'hôtel du roi^ regÙB mensœ prœpositus , (c'était l'ancien maire pour le titre , mais non plus pour les fonctions ni les pouvoirs) ; Anselme , comte du palais , commandant des anstructîons ; Roland (Hruot-Land)^ comte de la Marche (Mark'gracify Margrave) ou marquis de Bretagne, et plusieurs autres officiers périrent dans cette affaire. Les représailles, après cet échec, n'étaient pas même possibles. Les auteurs de cette surprise s'étaient sitôt éparpillés qu'on ne put recueilUr aucun renseignement sur les lieux où l'on devait aller les chercher » (2).
■ \) Vie de Charlemagne. — (2) Henri Martin, tome 1.