‹ Histoire de la Gascogne (volume 3)Chapitre 22 sur 32 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

t-Léothide el ses saeecssens. — St-Sttin, Pessn, Sire , Faget , SiMm, le mk Anaire.— Les fénos Neroands. — Tetiki, Tairâ II » Sifiii , €riUaM, Saiche-Sauiu » Anand, Airard I'^ , ardwTè^ d*Aich.

Au moment où ce drame long et sanglant commençait à se dérouler à travers la Gascogne, St-Léothade montait sur le siège d^Auch. Il appartenait , suivant les uns, à la famille de Charles-Martel (1) , et suivant les autres il était proche parent du duc Eudes (2) ; ou plutAt ce que les découvertes modernes concilient si bien, il tenait à la fois par les liens du sang à ces deux maisons rivales. De bonne heure il renonça au monde et se voua à la vie monastique. Il n^était pas rare alors de voir de hauts et puissants seigneurs, quelquefois dans le printemps de leur âge, abjurer le siècle et se confiner dans le cloître. Quelques années plus tard , trois rois d^ Angleterre , Rachis , roi des Lombards et le duc de Gascogne, abdiquaient presqu'à la fois les grandeurs de la terre. St-Léothade avait trouvé parmi les siens plus d^un exemple semblable. St- Hubert, cousin germain d'Eudes et sans doute aussi parent de notre saint, vivait encore à Maèstrich. Le jeune et pieux cénobite ne s'oc-

(1) Cartulaire d'Aucb. —(2) Chronique d*Auch.

bares; ils se répandent comme un torrent dévastateur jusqu'aux pieds des Pyrénées, et renversent en courant Labour (Bayonne), Oleron et Lescar.

Cependant, du fond des cavernes où ils s'étaient réfugiés et du sommet de leurs montagnes, les Gascons apercevaient tous les jours ces dé^stres. Ils ne purent tenir à ce spectacle déchirant, et ne consultant que leur douleur, ils prirent les armes et allèrent chercher leurs féroces ennemis. Totilon, échappé au dernier combat, guidait leurs pas; il songeait à venger sa défaite, mais le ciel était irrité. Cette fois encore la victoire fut infidèle aux chrétiens; un grand nombre périrent sur le champ de bataille. Un nombre plus grand fut massacré dans la déroute , presque tout le reste fut fait prisonnier. Que pouvait maintenant la déplorable Gascogne? Tarbeâ s'élevait encore ; mais abandonnée par son évéque que le cartulaire appelle toutefois un prélat éminent, ce qui supposerait que toute défense avait été jugée impossible, mais abandonnée par son évéque, elle fut emportée d'assaut ; et cette fois les Normands, dédaignant le pillage, livrèrent aux flammes ce qui échappait à leur fer. La destruction était complète ; villes, bourgs, châteaux fortifiés, monastères, tout avait disparu. On ne rencontrait sous ses pas que ruines , cendres fumantes, débris informes. On eut dit une terre de désolation bouleversée d*hicr par un de ces cataclysmes heureusement si rares dans l'histoire de la nature , et le pieux auteur du cartulaire ne sait, lui, mieux comparer notre pays qu'à la triste Jérusalem, à la malheureuse Judée, durant la guerre d'extermination de l'impie Antiochas.

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Chargés d'un iaimense butin et traînant après eux une infinité de captifs, les Barbares songèrent enfin à revenir sur leurs pas et à regagner leurs vaisseaux. Déjà ils étaient assez près de la mer, lorsque Totiloo , outré de dépit ou plutôt furieux de les voir s^échapper , fait un dernier ^ppel à hes populations si horriblement pressurées, réunit les débris de son armée et y joint toutes les milices de son gouvernement. Vous le voyez, lui fait dire à ses troupes assemblées le chroniqueur qui nous a servi de guide, vous le voyez, nos parents , nos amis , tout ce que la province comptait dç plus illustre est tombé sous leurs coups. Nos filles et nos épouses , ils les conduisent en captivité dans des contrées lointaines. Subirons-nous lâchement tant de maux? et qu'est la vie à côté de ces indignité? Pour moi, si je ne puis venger le sang de mes proches, je saurai du moins trouver une mort glorieuse. Ce discours et la valeur éprouvée de Totilon relève le courage abattu ; tous s'animent à combattre et jurent d'imiter leur chef. Pleins d'ardeur , ils volent à Tennemi. Le combat fut long et acharné; mais enfin, grâce à la miséricorde divine et à Yintercession de St'Lisier et des autres saints dont les sanctuaires aidaient été profanés , les Barbares furent obligés de plier. Les Gascons les poursuivirent sans relâche durant trois jours. D'une* si grande multitude, il n'y eut qu'un petit nombre qui atteignirent les rives de la Garonne et qui échappèrent a la mort en se jetant dans le fleuve et en regagnant à la nage leurs vaisseaux. Une charte trouvée assez récemment à Mont-de-Marsan ajoute d'autres traits a ceux que nous ont transmis les anciens

cartulaires ; mais cette charte nous parait assez peu authentique. Nous la traduisons dans une note (i ).

Les Normands repoussés, Tdtilon travailla à réparer les maux qu'ils avaient faits à la Gascogne. Il fut aidé dans ce soin par Taurin II (2), successeur d'Izambart. Âuch appelait naturellement leur sollicitude, quoiqu'elle paraisse avoir été épargnée cette fois, ou du moins avoir moins soufTert que ses sœurs. Des deux cités dont se composait cette ville, la plus élevée avait totalement disparu avec la chapelle dédiée à la Vierge. L'autel seul, béni jadis par St-Sernin, avait été conser\'é ainsi que les saintes reliques apportées d'Elauze par St-Taurin, le martyr du bois de Berdale. De la seconde il ne restait que quelques maisons rares et éparses avec Téglise de St-Martin , ou plutôt sur le sol nu et rase s'étaient élevées depuis le passage des ennemis quelques masures avec une nouvelle, église de St-Martin , que desservait un clergé assez nombreux aggloméré autour de son évéque. Taurin II fit rebâtir les murs de la chapelle de la Vierge (3) , y replaça Tautel primitif et y fixa le siège pontificaL II consacra le nouvel édifice à la Nativité de Tauguste mère de Dieu , et en confia le service à une partie de ses clercs qui , dirait-on , embrassèrent dès-lors la vie canoniale prescrite par le Concile de Mayence. Ils étaient gouvernés par ijn abbé comme le prouvent certaines chartes. L'abbé avait sous lui un prévôt dont la dignité s'est perpétuée jusqu'à nos jours. Les autres places distinctives du chapitre furent créées plus tard. S'il faut en croire un ancien

(1) Note 5 , Voir à la 6n du volume. Voir aussi le cartulaire de Limoges. — (2) Cartulaire d*Auch , Gallia Christiana. — (3) Dom Drugellfs.

document, la dëdicace se fit ^vec une pompe qu'à travers les malheurs publics le culte avait cessé depuis longtemps de déployer. On y compta (4) un grand nombre de prélats, parmi lesquels on désigne Sigin, de Toulouse, Concordius,/i*Agen, Donat, de Bazas, Lubronius, de Dax, Spaléus; de Lescar, Geraud, d'Olcron, Sédatius, de Labour (Bayonne), Séralpius, d'Orrc (Tarbes), Maxime, de Comminges, et Beat, d'Aire.

Après cette consécration , le siège d'Auch se trouva déplacé pour la troisième fois. Taurin I*' Favait fixe à Téglise de St-Jean (Vancien St-Orens); Perpétue, sous CloviSjTavait transféré à Téglise de St-Martin; Taurin II trouvant sans doute que le site se {Hréuit mieux à une défense que tout rendait si nécessaire dans ces temps calamiteux , abandonna la plaine et le transporta sur la hauteur. Mais, content de Tavoir confié a des clercs, il continua d'habiter dans la demeure épiscopale de St-Martin, où on croit qu il établit des moines, et 0!i habitèrent après lui ses successeurs pendant près de deux siècles (2). Ils ne paraissaient à Téglise de Ste- Marie que très rarement, peut-être même seulement au Jeudi-Saint pour y consacrer les saintes huiles. Depuis un temps immémorial et vraisemblablement depuis rétablissement de la religion , Tévéque avait perçu tout le revenu d'Auch. Sur les fonds communs il nourrissait et entretenait son clergé; plusieurs Conciles ravaient réglé ainsi. A partir de Taurin II, les revenus se partagèrent; révèquc garda tout ce qu'il a^ait à Torient du Gers, le reste fut attribué à l'église de Ste-Marie eti

(1) Chroniques d*Aurh , Pf^os justificatives. — (2) Chroniques d*Auch.

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ses chanoines. Nous devons toutes ces particularités à un vieux manuscrit de Tancien chapitre de St-Orens ( 1 ). Quelques autres cités avaient ressenti Teffet du zèle de Taurin et de Totilôn ; mais pour relever tant de ruines il eût fallu des jours nombreux, et Totilon ne survécut pas longtemps à sa victoire; nous ignorons Tëpoque précise de sa mort. Nous savons seulement qu^elle était arrivée Tan 845 , car la charte d'Alaon qui fut octroyée cette année , relate que le duché de Gasoogne était possédé par Seguin ou Sigwin (2) dit Mostelanicus. Que signifie ce surnom ? pourquoi fut-il donné ? Les anciens auteurs ne le disent pas; ils se contentent de nous apprendre qu'au duché de Gascogne S^uin réunissait le comté de Saintes. Cette dernière dignité lui coûta la liberté et la vie. Les Normands s^^étaient jetés sur les côtes de la Saintonge en 846 , et après avoir pillé la campagne, ils avaient attaqué la capitale de la province. Au bruit de leur approche, Seguin était accouru à la tête de ses milices , et maigre sa promptitude, quand il parut, Saintes éuit prise et saocagée (3). N'ayant pu la sauver elle-même , le duc de Gascogne voulut du moins sauver ses dépouilles ; il se mit à la poursuite des vainqueurs et les atteignit entre Bordeaux et la ville qu'ils venaient de ruiner. Ce combat, conmie presque tous les combats précédents, fut tout à l'avantage des infidèles. Ils firent une horrible boucherie des chrétiens , dont quelques-uns cependant échappèrent par la fuite. Tous les autres demeurèrent prisonniers, et de ce nombre fut Seguin. Les Barbares

(i)Cilé par D. Brugelles el M. d'Aigiian. — ^2) Ait <le vérilier les dates.— (3) Loup de Fcrricrcs. Chronique d'Adhémar.

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épargnèrent d'abord sa vie pour lai arracher une forte rançon; et comme cette rançon se faisait attendre ^ ils le massacrèrent après quelques jours de captivité.

Seguin fut remplacé par leiduc Guillaaine queroa a souvent confondu sans raison avec le fils du trop célèbre Bernard, marquis de Cothie. Les Normands ressemblaient aux bétes féroces qui , repoussées , rôdent sans cesse autour de la proie jusqu à ce qu'halles Taient saisie. Bordeaux avait échappé à leur rapacité sous Totilon : il leur ffiUait ses richesses. Ils se présentèrent subitement kses portes, en 848, et Tassaillirent de toutes parts (1). Guillaume n'avait eu que le temps de se jeter dans la place; mais brave et actif, il repoussa avec avantage leurs assauts multipliés, et vraisemblablement il eût fait échouer leur tentative sans la trahison des juifs qui livrèrent de nuit leur. quartier aux ennemis. Nous aimons à rappeler qu'ils furent payés comme le sont d'ordinaire les traîtres. Les Barbares, maîtres de la ville, égorgèrent tout ce qui tomba sous leurs mains, pillèrent tous les quartiers sans distinction, et laissèrent aux flammes le soin d'achever l'œuvre de la destruction. Guillaume périt ainsi avec ceux qu il était venu défendre.

Pendant que les Normands démolissaient Tempire de Charlemagne, ses faibles et lâches descendants s'en disputaient les débris, au lieu de réunir leurs efforts contre Tcnnemi commun. Sanche Sanciou profita de leurs dissensions pour s'emparer de la Gascogne. Il était frère d' Asiiar , comte de Jacca ; et après sa mort qu'on nous dit avoir été déplorable (2) , il s'était saisi de son

(1} Chroniqtie de Fontenelic. Ancienne chronique des Normands. —•(2} Annales de St- Berlin.

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comté et y avait ajouté Pampelune et quelques cités voisines. Mais cet Asnar était-il le même que celui que uous avons vu épargné par les Gascons , à cause de sa parenté avec leur maison princière ? Était-il aussi le fils de Loup Sanche qu'on donne assez (1) communément pour frère à Adalric ? Et ce Loup Sanche surtout était-il réellement le fils de Loup ou Lope II , ancien duc de Cascogne? nous sommes loin de rien affirmer à cet égard. Les raisons que font valoir les partisans de cette c^inion nous paraissent très-peu concluantes. Peu de points historiques attendent des éclaircissements , comme la descendance Mérovingienne de Sanche Mitarra , que nous allons voir renouer la chaîne des ducs héréditaires de Gascogne. Cette descendance, il est vrai , est maintenant admise par tous les historiens ; mais où et comment la rattacher à la famille évincée ? Là est la difficulté ; nous la discuterons bientôt.

Pépin II , roi d'Aquitaine , ratifia sans doute l'envahissement du duché de Gascogne; car, Tan 848, Tannée même où eut lieu cet envahissement, il ordonna à Sanche Sancion de venir le joindre en toute liâte, à la tête de toutes ses milices (2). Charles-le-Chauve , le concurrent, l'ennemi implacable de Pépin ne pouvait pas voir d'un œil tranquille une vaste province passer entre les mains du partisan de son rival. Il arma contre le duc de Gascogne et porta la guerre dans ses possessions. Mais le temps n'était plus où tout pliait sous la puissance royale. Sanche sut rendre inutiles les efforts de son ennemi et resta maître du duché. Il fut moins hciureux contre les musulmans. Muza, un de leurs

fi; Dom Vaisselle, Mana. — (2) Annales de Sl-IJerlin.

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généraux, avait fait quelques incurnons sur son ancien comté. Le duc de Gascogne part aussitôt ayec les pemières troupes qu il peut rassembler pour punir cette audace et protéger ses peuples. Mais trabi par la fortune, il est complètement battu et tombe au pouvoir des infidèles. Sa aipûvité fut courte; car, en 851 , Pépin repoussé de ses sujets, etabandonné deses généraux, s'étant retiré vers les Pyrénées, Sanche Sancion (1)'8'empan de sa personne par trahison et le livra à son compétiteur. Quelques auteurs prétendent même que Pépin comptant sur des sentiments hautement avoués, était venu chercher un asile auprès de son vassal; mais que oeluirci, au mépris de tous les droits , Tavait livré à Charles-le- Chauve, et avait acheté ainsi son entière réoonciliatioo. Cet acte déloyal est le dernier trait de sa vie qui se poursuivit jusqu'en 864.

A sa mort , le duché de Cascc^ne, du consentement sans doute de Charles-le-CIiàuve, passa à son neveu, Arnaud, (ils d'Emon ou Aimon, comte de Périgord, et de Sanchia , sa sceur. Le nouveau duc eut presque toujours les armes à la main contre les étemels Nor^ mands , qui , repoussés sur un point , se montraient aussitôt sur un autre. La fortune lui fut d'abord infidèle (2). Dans la première rencontre il fut totalement défait, mais il répara bientôt cet échec et remporta plusieurs victoires. Ces succès affaiblissaient ses forces; Télite de ses guerriers restait successivement sur le champ de bataille ; d'où il advenait qu à chaque nouveau combat il avait moins de résistance à opposer, et

(1) Annales de Metz et de St-Bertin. — (2) Duchesne» cartulaire de Solignan. Mnrca. Manuscrit de M. d'Aignan.

qu'à chaque nouvelle incursion il pouvait couvrir moins de pays*. Vainqueurs et vaincus, les ennemis étendaient ainsi toujours leurs ravages. Dans une de leurs courses, ils avaient brûlé le monastère de Solaignac (aujourd'hui Souillac dans le Limousin) , que le duc Arnaud aiTectionnait singulièrement, soit à cause de St-Eloi, son fondateur, soit àrcause de la vie régulière des religieux qui Thabitaient. Les sentiments qu'il avait voués à cette maison étaient si prononcés, qu'il avait résolu d^j aller prendre l'habit monastique ; ce qu'il eut exécuté s'il n'eût point été surpris par la mort. Avant son décès, il pressa plusieurs fois les moines d'aller chercher en Gascogne de nouvelles reliques de saints martyrs, leur assurant que leur course ne serait point perdue. L'abbé et sa communauté cédèrent enfin à ses instances, et envoyèrent Aldaire (1) , un de leurs frères, à la suite de Godefroi , neveu d'Arnaud , qui partaff alors pour ces contrées. Aldaire séjourna quelque temps auprès du duc, et prit soin de dérober le but de son voyage aux Gascons dont il redoutait l'humeur altière et plus encore l'opposition. Il parcourut ensuite plusieurs sanctuaires révérés sans pouvoir exécuter son dessein; et déjà il songeait à regagner son monastère, lorsque les gens de sa suite traversant le Fezensac, parvinrent au lieu où s'élevait naguère, en l'honneur de Ste-Fauste , une église somptueuse que les mêmes mains qui avaient brûlé Solaignac venaient de livrer aux flammes. Ce lieu, après avoir été le théâtre du combat et du triomphe de la jeune martjrre, lui avait été donné pour tombeau , et elle y avait longtemps reçu le tribut de

(1) Annalrfi de St-Herttn. Chronique de St-IMaiinie.

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la vénération publique. Instruit de cette découverte , Aldaire accourut dans la nuit ; et au premier rayon du jour, avant que les habitajits pussent se douter de ce qui se tramait, il tombe à genoux, prie quelques instants et brise, en implorant le nom de la sainte, la pierre tumidaire ; il retire aussitôt les ossements sacrés de la couche où ils reposaient, les enveloppe dans des étofTes précieuses, et ravi de son pieux larcin, il les transporte à Solaignac.

Le duc Arnaud vécut , partagé entre des pratiques , de dévotion qiii riiiclinaient vers le cloître et les courses des Barbares qui le retenaient dans le monde, et rendaient son courage et son expérience nécessaires à son peuple. Rien ne saurait préciser Tépoque de sa mort; on sait qu'elle arriva avant 872 (i), Oihénard pense que c'est peut-être ce duc qui donna son nom aux sols ArnaiRlins, solidi Arnaldenses ^ dont parlent quelques anciens monuments de notre pap.

Au milieu de ces décliirements, les désordres étaient grands dans la France entière. Rien ne pousse à Li - 1 icence comme les malheurs publics et surtout la guerre. Par une de ces anomalies si fréquentes dans Thistoire de Thumaiiité, on dirait qu'on éprouve le plus le fatal besoin de goûter tous les plaisirs, alors que tous les plaisirs s'enfuient, et d'assouvir à tout prix de funestes passions quand la mort peut à chaque instant nous atteindre et nous précipiter aux pieds du Dieu vengeur. Les lois d'ailleurs et les règles se taisent à côté de la faim et du sang. Une lettre du pape Jean VIII (2)

(1) Acta sancti Benedicti, iv sœculL—{2) Libb?, Colhct Con. lom. 8.

aux évéques de Gascogne, nous peint Tétendue des blessures faites à la religion. Le pontife se plaint d'abord d'avoir appris par des récits, hélas, trop fidèles, les prévarications que se permettent dans ces coptrées d'^indignes chrétiens , et gémit de ce que la voix des pasteurs y est méconnue et tous les efforts de leur zèle impuissants. Il sait qu on y contracte des mariages au mépris de toutes les lois du sang et de tous les degrés de parenté; que d'autres abandonnent leur femme pour en épouser une seconde ; que quelques-uns plus audacieux en prennent deux à la fois, ou à Tépouse légitime ajoutent une concubine. Il n est pas besoin d'ajouter que Jean VIII condamne ces unions, et enjoint aux coupables de se séparer. Il défend ensuite d'enlever et de retenir les biens de l'église. Enfin , il ordonne que les prêtres et les clercs soient sous la dépendance de leur évétjue, et frappe d'excommunication le laïque qui les soustraira à leur supérieur naturel. Cette lettre, du 13 juin 879, est adressée à Ayrard, archevêque d'Auch, successeur de Taurin II , à In volât, de Comminges, à Wainard , de Couserans, et à Sarstone , de Bigorre. Ici finit le long silence des cartulaires sur les évéques de la province. Nous connaissons même un des prédécesseurs de Wainard. Francolin, de Couserans, assista au Concile de Narbonne, assemblé, selon l'opinion la plus probable, en 79 < , et où Von condamna les erreurs de Félix d'Urgel. La lettre du pape donne aux prélats d'Auch le titre d'archevêque , titre nouveau, connu en France depuis le Concile de Màcon, en 581, mais qui n'avait guère été en usage que sous Charlemagne. Il remplaça celui de métropolitain quand l'organisation romaine, d'où celui-ci était né,

eut entièremeat disparu. Quelques^ns pensent même que ce dernier u entraînait aucune préséance , tandis que Farchevéque fut toujours au-dessus des évéqnes. Nos prélats avaient déjà, sans doute comme les plus voisins , réuni sous leur houlette le diocèse de la métropole d'Eauze; ce qui donnait à leur juridiction une étendue que n avait pas celle de leurs comprovindanx. Âuch, d'ailleun, se recommandait par ses anciens souvenirs; enfin, sa position était assez centrale. Ainsi, bien des causes militaient en sa faveur et lui assuraient la suprématie.

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