‹ Histoire de la Gascogne (volume 3)Chapitre 23 sur 32 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

ftmm ewtei de Biferre. — Prasien fientes de Béin. — Sanehe Mitmi. — • bëMttDdaice des r»is de Nmrre.— Rms de Nmm de^ûi Giniu Xiaéièt

jiifB'à MiUrra. — GinUs SiBche dit le CmU , due de Gaseefie. — (Moi.

— CoDtei de Fezensie ei d'Astarie. — Contes d'AraigMe. ^ Fondatiei de

îUhm. — St-Sever. — Vleomles de Béarn. — GonbaBd. — Gnllauie, due de

Gaseope.

La même époque presque qui vit nos prélats conquérir le rang d'archevêque, vit nos anciens maîtres rappelés dans Thcritage de leurs aïeux. L'autorité royale allait s'afTaiblissant tous les jours; à peine si les indignes petits-fils de Théroïque Charlemagne pouvaient protéger sur leur propre front la couronne déjà si amoindrie que leur avait léguée leur père. Quel appui devaient attendre de tels princes des populations placées loin d'eux aux extrémités de Tempire ? D'un autre côté, le sentiment de la nationalité ne s'était jamais éteint parmi les Gascons. Ils supportaient impatiemment des chefs issus de cette nation Franque dont la domination avait été précédée et suivie de tant de malheur»; et les seigneurs Francs eux-mêmes n'ambitionnaient guère une autorité qui les méitait aux prises avec les terribles Normands, et ne leur donnait pour soldats que des esprhs indociles et prévenus ( 1 ). Néanmoins, les dangers se renouvellaient tous les jours ; il fallait un chef pour les conjurer.

(i) Cartulaire d*Anch cl de Lescar.

Les Gascons prirent conseil des circonstances. Ib avaient auprès d'eux les descendants de la branche puînée de leur ancienne famille ducale. Donat-Loup et Centuloup , les deux fils innocents d'un père Coupable, n'avaient pas été enveloppés dans la condamnation de leur père. Louis usant de modération, dottift au premier le comté de Bigorre et au second la vicomte de Béarn ( i ). Les enfants de Carsias-Ximénès pouvaient élever des prétentions sur ces contrées; ils en firent Tabandon en faveur de leurs cousins, qui réunirent ainsi tous les titres qui assurent la propriété. Le comte de Bigorre et le vicomte de Béarn n'imitèrent pas la conduite turbulente de leurs aïeux. Avertis par leor faiblesse, ils écoutèrent les conseils de la prudence, et possédèrent en paix ces portions exiguës de Théntage d'Eudes et de Caribert. Donat-Loup épousa (2) Faquilène, fille de Mancion qui parait appartenir à la souche des vicomtes de Lavédan. Il en eut deux fils, Dato- Donat (3)et Loup-Donat, ou plutôt Dato et Loup, car ces doubles noms répétés à la façon des Grecs, indiquent à la fois le fils et le père. L'atné ratifia quelque donation faite par sa mère au prieuré de St-Orens, en Lavédan. Il mourut sans postérité et laissa le Bigorre à Loup (4) , son frère. Loup était remplacé par Dalo- Lupi (5) ou Dato II, son fils, quand le duc Arnaud descendit dans la tombe. Un grand nombre d'historiens donnent encore pour fils à Donat-Loup , Inigo-

(1) Charte d'AIaon. Art de Vérifier les dates. Marca, Iît. 4, ch. 3. — (2) Titres de Lavédan. Manuscrit qui, je crois, a dû appartenir à M. Larclier. M. de Mauléon. — (3) Titres de Lavédan. Manuscrit de M. Lflrcher. Marca. — (1) Manuscrit. Essai historique sur le Bigorre. — (5) Manuscrit.

Carsias dit Arista, roi de Navarre; mais outre qu'il n'y a aucun rapport entre le nom du prétendu fils et celui qu'on suppose son père (et certes, cet argun^ent a du poids à cause de Tusage des noms patronimiques) , nonft verrons bientôt qu Inigo devait le jour à Garsias- XiHiénès.

Centuloup ou Centulfe I^ vicomte de Bëam, termina sa carrière vers Tan 844. Il laissa sous la tutelle d'Âuria , sa femme, un enfant (1) en bas âge. Celui-ci n'eut lui-même qu'un fils dont le nom n'est point parvenu jusqu'à nous avec une entière certitude. Les Gascons ne choisirent ni lui , ni son cousin pour le placer à leur tête. Ils allèrent demander à l'Espagne Sanche Mitarra que tous les historiens, d'une voix unanime , font descendre du grand Eudes; mais conomient et à quel titre? Ici les avis sont excessivement partages. Marca et après lui Larcher, Faget de Baure et un grand nombre d'autres le donnent pour le petit-fils de Loup-Centule. Parmi eux , les uns veulent que Loup ait entraîné dans son exil, Garsias, un de ses fils, vraisemblablement l'aîné , qui devint peu après comte de' Castille, et donna le jour à Mitarra. Les autres prétendent que Loup se réfugia seul auprès d'Alphonsele-Chaste ; que celui-ci l'établit comte de Castille , et lui fit épouser après la mort de sa première femme une princesse de son sang. Gardas, selon eux, fut le fruit de cette seconde union. Marca et tous ceux qui Vont pris pour guide, s'étayent d'une généalogie insérée dans le cartulaire d'Auch qu'ont copiée les cartulaires

(1) Marca. Art de vérifier les dates. Faget de Baure. M. de Mauléon.

352 Hu^roiRE

de Lescar et d'Alençon. En voici les paroles: « anciennement, lorsque la Gascogne était privée de consnis et que les Francs refusaient le consulat par la crainte de la perfidie des Gascons qui avaient coutume d^égorger les consuls venus de France , la plupart des ncUes de Gascogne se rendirent en Elspagne auprès du con* sul de Castille , pour lui demander un de ses fils pour seigneur. Le consul, quoiqu'il fut instruit de leur perfidie , et qu'ainsi il craignit pour lui et pour ses enfants, consentit cependant à ce qu'un d'eux les suivit s'il le voulait. Enfin , Sanche Mitarra vint avec ces nobles en Gascogne, et il y fut fait consul (<)• »

On voit qu'il n'est ici nullement question de Loap- Centule. Aucun historien ancien ne dit qu'il se réfogia en Castille et moins encore qu'il fut comte; tous lo seigneurs revêtus de cette dignité dans ce pays sont exactementconnus, et Loup'Centule n'est désigné nuDe part (2). On peut donc affirmer qujil n'y posséda point d'autorité. Dans son exil, il se retira vraisemblablement en Navarre , et s'il avait eu des enfants sur la terre étrangère, on les reconnaîtrait à leurs noms patronimiques. Le cartulaire d'ailleurs renferme plus d'une erreur évidente. D'abord les Gascons n'égorgèrent jamais leurs chefs. Plusieurs de ceux-ci, il est vrai, périrent de mort violente, mais ils tombèrent toujours noblement en combattant les ennemis de leur famille ou les ennemis de l'État. Un seul , Waifre, succomba victime d'un assassinat largement soudoyé; mais la nation, loin d'avoir trempé dans ce crime, protesta liautement et entoura d'un nouvel amour les fils de ce malheureux duc.

(1) Note C, Voir à la fin du volume. — (2) M. de Hauléon.

DE LA GASa)GNE. 353

Quant au litre de consul de Castille donné au père de Mitarra , nous devons remarquer avant tout que le mot consul a diverses acceptions. Suivant les temps et les auteurs il exprime la qualité de seigneur , de comte , de duc et même celle de roi. Nous devons observer ensuite que la dénomination de Castille, qui ne convient qu'à une province de TEspagne , a servi queUpiefois à désigner la péninsule entière. Ainsi s'explique peut-être le langage de Tautcur du cartulaire , qui écrivait dans le xiii* siècle , éj>oque où le courage renomme des Castillans et le grand nom de Blanche , mère de saint Louis , pouvaient donner lieu à ces expressions trop vagues. Si cette explication ne satisfait point , accusons Tignorance d'un écrivain placé à trois siècles de distance des événements qu il raconte. Toujours est-il que le savant Oiliénard (1), sans le secours de Tinstrument d'Alaon et d'autres chartes dont ce monument a donné la clef, avait discuté ce qu il j avait de vrai et de faux dans les cartulaires d'Auch et de Lesçar. Il avait vu que Sanche Mitarra était issu non d^UQ comte de Castille , mais du sang des rois de Navarre. Il le prouve par Tanalc^e des noms patronimi- <{ues et par Tusage du même sceau ou monogramme employé par les rois de Navarre et les ducs de Gascogne. Guidés par liii et surtout par Fauteur des Mérovingiens , notre noble concitoyen , nous allons essayer de donner à Mitarra sa vraie descendance et son rang véritable (2;,

Garsimirou Garsias-Ximénès u avait point succombé dans la dernière action où nous Tavons vu combattre ,

(I) Notifia ra»conim, p«gc 420 et suir. — (2) M. de Iftuléon. /. 23.

comme le veulent Marca et dom Vaisselle. Le premier ignorait et le second a trop presse la charte d^Alaon , qui dans ses expressions vagues et incomplètes, courte qu'il périt , avant 845 , victime d'une rébellion nouvelle , mais qui n assigne ni date ni circonstance ; tandis que des témoignages et des documents authentiques prouvent son existence depuis ce combat jasqne vers 842 (i ). Ketiré avec ses enfants dans les gorges des Pyrénées, comme héritier de la reine Giselle, fille du duc Amand et femme de Cariberl, il poursuivait de sa haine tout ce tpii était attaché aux princes de la seconde race ; et pour mieux, leur nuire, il s^étail ligue ou du moins il avait noué des intelligences avec les Maures de Cordoue et de Saragosse , ce qui ne Tempêchait pas de descendre quelquefois de ces montagnes et de protéger contre les infidèles les chrétiens de la Navarre et de TAragon. C'est lui qui dirigea Tembuscade si fatale à la dernière expédition lenlée par Louis, et qui se termina par la captivité d^Ebles et d'Asnar. Cet échec, subi par les armes Franques, força les populations placées sur le versanl méndional des Pyrénées à chercher ailleurs appui et protection. L'Espagne était presque tout entière envahie par les musulmans. Alphonse-le-Chaste , le seul roi que comptât alors la péninsule, était assez occupé à leur disputer les Asturies. Garsias restait seul. Sa valeur éprouvée dans les combats , sa longue expérience , le voisinage de ses possessions, les liens du sang qui l'unissaient k Donat-Loup, de Bigorre, à Cenlule-Loup, de Béarn , et h Sandregisile , comte des Marches de

(1) Mérovingiens, par M. de Manléon, p. 287.

Gascogne, dont il pourrait être soutenu, tout le recommandait au choix public. Un rassemblement con*âdérable s'était formé autour d'un hermitage près de la grotte de Monl-Oruel. Navarrains , Aragon ais, gens de Guipuscoa et Sobrarve , presque tous échappés à Tépée.des Maures, s'y étaie/tt réunis pour y vénérer les reliques de trois saints enterrés dans ce lieu où fut construit depuis le monastère de St-Jean de la Penna (1). D'une voix unanime, ils élurent Garsias pour leur chef, et lui donnèrent le titre de roL

La charte d'Alaon prouve d'une manière incontes* table sa descendance de Caribert. Sa royauté s'étabht, ainsi que Ta prouvé Traggia (*) par les anciennes généalogies de Méya , de Léon et de Montserrat, et par la chronique d'Albelda. Trois de ces diplômes existant au monastère de St-Jean de la Penna, cités et rapportés dans Brix Martinès, corroborent ces généalogies et démontrent qu'il fut roi de Pampelune et de Navarre, et le bienfaiteur de ce monastère où il fut inhumé. Diaprés ces monuments, il eut un frère Inigo-Ximénès, qui ne parait pas avoir laissé de postérité.

On ignore l'époque précise de sa mort; mais en calculant les années correspondantes des gouverneurs Arabes , des comtes d'Aragon et de quelques évéques connus, il parait avoir terminé sa carrière dans l'année 842. Le texte précis de la charte d'Alaon ne permet pas de renvoyer son élection, comme l'ont fait plusieurs,

(i) M. de MauléoD. Garibay , Blanca , Roderic de Tolède, citét dans Harca , liv. 2, ch. 8. Pour tous ces délails, voir les MéroYÎngiens, page 287.

(•) Nouveau dictionnaire hiMoriqup d'Espafrnc.

jusqu'en 857, puisqu alors il n^ëtait déjà plus. Il avail laissé de deux femmes, quatre fils, Inigo-Garsia , Fortunio-Garsia, Sanche-Garsia et Ximénès-Garsia, et une fille, Dona Xiména-Garsia, qui épousa Alphonse-le- Chaste. Dom Ramire , fils de ce dernier, déclare dans une charte que Sanclie-Garsia, alors roi de Pampelune ou de Navarre, est son oncle; et dans une autre charte citée par Sandoval, Zampire et Dom Rodrigo, il esl dit que Dona Xiména-Garsia était d'une fii mille rople des Français, mais établie en Navarre. Enfin, en 845, la charte d'Alaon constate que les fils deCarsias-^Xitné nés étaient inaugurés en Espagne, et qu^ils avaient cédé à leurs cousins de Gascogne leurs droits sur le Bigorre et le Béarn, et que cette cession avait été confirmée par Louis-le-Débonnaire et Charles-le-Chauve. On a disputé sur le sens quHl faut attacher à cette inauguration. Pour tous, elle signifie un rang particulier, et pour le plus grand nombre le rang suprême.

Inigo, surnommé Arista, succéda à son père (4). Roderic de Tolède, le fait venir du comté de Bigorre, et ajoute aussitôt qu'il habitait le sommet des Pyrénées; il dit ensuite que, accoutumé aux combats , il descendit dans la plaine , y signala sa valeur et obtint ainsi b couronne. Ce langage obscur d'al)ord et presque contradictoire, peut se concilier sans peine avec notre opinion. Originaire de la Gascogne, et par là du Bîgorre possédé alors par un de ses proches , Inigo avait halnté les montagnes où Garsias l'avait laissé, et d'où il venait quelquefois avant de monter sur le trône , combattre en Navarre sous le drapeau paternel. Les auteurs Espa-

(1) M. de Mauléon, les Mérovingiens.

1)E LA GAS€X)GXE. 357

giiols les plus estimés, Surita , Caribay, Blaiica , avancent eux-mêmes que leurs annales varient sur les événements et les personnages de celte époque, et que leur obscurité prête aux interprétations. Du reste, le nom de Carsias qui accompagne celui d'Inigo, ne laisse aucun doute sur sa filiation. Cest k sa cour que les Gascons vinrent demander un duc. S'ils avaient voulu jdacer à leur tête un descendant de Loup-Centule , comme le disent Marca, TArt de vérifier les dates et la plui>art de nos historiens, pourquoi seraient-ils allés en chercher en Castille un imaginaire ou du moins problématique, tandis qu ils en avaient de connus et de réels dans les maisons de Bigorre et de Béarn? Mais, suivant nous, en appelant un membre de cette famille, ils auraient préféré la branche cadette à Tainée, et blessé ainsi ^inon le droit, du moins les usages reçus. Par la s'explique facilement le voyage des députés Gascons.

Le roi Inigo n accepta ]K>int leur offre. Un trône nouvellement assis et un royaume à conquérir presque tout entier sur les ennemis de la foi réclamaient tous ses soins et ne lui permettaient pas de lointaines excursions. Le prince Fortuuio, son puîné, ne se prêta pas davantage à leurs vœux. Sa haute piété Téloignait des honneurs et le portait vers le cloître. Sanchc, le troisième fils de Garsias-Ximénês ({), suivit les députés et alla reprendre possession d'un Iiéritige dont sa famille était dépouillée depuis plus de cinquante ans. Il i)ortait le surnom de Mitarra, qui suivant les uns signifiait Montagnard^ et selon les autres Terrible, Sa naissiince

(V. C«irtulairc d'Aiich cl de Loscar.

Page 1