‹ Histoire de la Gascogne (volume 3)Chapitre 24 sur 32 · HisTOiaE · texte numérisé non relu

HisTOiaE

justifie le premier titre; son courage et ses exploits contre les Maures lui avaient valu le second. Cet événement est placé par tous tes historiens vers Tan 872; cependant rien n'en indique la date certaine. Nous ne voyons pas que les princes Carlovingiens s'en soient préoccupés. Charles-le-CUauve poursuivait la couronne impériale , objet de sa longue ambition , quoique la mort dût la lui ravir sitôt. Louis-le-Bègue , son fils, déjà en possession du royaume d^Aquitaine, ignorait peut-^tre ce qui se passait vers les Pyrénées. Le duc Boson, qui le gouvernait alors, devait facilement fermer les yeux sur un envahissement, puisqu'il allait lui-même envahir la Provence et la démembrer de la monarchie Franque. D'ailleurs , les divisions qui régnaient entre les membres de la famille impériale, et les guerres des Normands ne permettaient guère ni au père ni au fils de punir un soulèvement éloigné, et vraisemblablement , s'ils l'avaient entrepris , Mitarra , aidé de la Navarre, se fût défendu avec succès.

Inigo Garsia survécut huit ans (4) au départ de son frère, et mourut en 880, après 38 ans de règne. Il laissait quatre fils , dont l'ainé, Carsias-Iniguès, lai succéda. Celui-ci eut à soutenir une guerre vive et malheureuse contre les chefs Maures, Mahel et Mahomet-Iben-Lupo. Il perdit contr'eux la bataille d'Aybard ou de Liédéna, et périt dans l'action sans avoir eu d'enfants. Ses trois frères disparurent et furent vraisemblablement tués avec lui. Il fut remplacé sur le trône par Fortunio-Garsias , son oncle , second fils de Garsias-Ximénès, comme il le dit lui-même dans

(t; M. de Mauléon, les Mérovingiens.

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une charte qu il donna en faveur du monastère de Leyre. Mais bientôt déf^oûtc du monde, le nouveau souverain laissa la couronne à Sanclie-Carsias , dit Mitarra , son troisième frère , et alla cacher la majesté royale sous le froc de moine, le 19 mars 901 (1).

Nou^ ne suivrons pas Mitarra en Es|)agne , où il mourut après quelques années de règne , dans nn âge très -avancé. Les écrivains Navarrois, qui nont pas connu et n ont pu connaître le titre qu'il possédait en • deçà des Pyrénées , parlent des conquêtes qu il fit sur les Gascons et de Thommage que ceux-ci lui prêtèrent. En le voyant descendre dans la tombe , qu il nous soit permis de remarquer que sa vie forme le point le pltis obscur et le plus diflicile de notre histoire. Plusieurs systèmes ont été émis à son égard. Après de longues recherches , nous avons adopté le sentiment de M. dv. Mauléon ou plutôt d'Oihénard , que nous a>\)ns tiché de corroborer , quoicjue nous soyons loin d'avoir répondu à toutes les difficultés. Pour les résoudre, il faudrait des documents plus surs et plus explicites (|ue ceux que nous possédons. L'Espagne nous les donnera peut-être un jour , car c'est de là surtout qu'ils nous peuvent venir. Du reste , avec Mitarra ne finissent pas les hésitations de l'histoire; on n'est pas moins partage sur ses enfants ({ue sur son père. La plupart des historiens, sur la foi du carlulaire d'Auch, ne lui donnent qu'un fils qu'ils appellent Sanche- Mitarra comme son père, au mépris de toutes les règles établies alors pour les noms, et de celui-ci ils font naître Oarsias, dit le Courbé. MaisicieiK^oreil va erreur; Garsias-le-G3nrl)é

^.i; M. (Je Mauléon , les MérovinKions.

se dit lui-même , ainsi que nous le verrons , fils de roi (1) ) et celui qu'on a pris pour son père ëtait son frère aînd.

Mitarra eut deux fils. L'alnë, Carsias-Sanche I*', eut pour sa part la Navarre qu il gouverna , d^abord sous la tutelle de son oncle, Ximénès-Garsie, le dernier fils de Garsias-Ximénès, alors affaisse sous le poids des ans et qui ne tarda pas à descendre dans la tombe. A sa mort , Tota , mère du jeune prince, prit les rênes dn gouvernement cl administra jusqu'à sa majorité. Gar^ sias-Sanché fut la souche des rois d'Aragon, de Castille , de Navarre et Sobrars^e. Par lui les descendants de Qovis, expulses du trône de France , allèrent s'asseoir sur la plupart des trônes de la péninsule , an moment presque où les Girlovingiens qui les avaient chassés, s'éteignaient sans retour. Cest là un de ces jeux de la fortune ou plutôt une de ces dispositions de la providence, dont le spectacle est de temps en temps donné à la terre. Garsias-Sanche (2) dit le G)urbé, le second, eut le duclic de Gascogne. Son piTC le lui abandonna peut-iHre en montant sur le trône de Navarre; il le possédait du moins en 904 , car il acheta alors de Valafrid, abl)c de Sorèze (3), la grange ou prieure de Saramon pour le prix de mille sols. Les terres dont se comj)osait le prieure avaient presque toutes appartenu à un seigneur nommé Arocate ou Arccoate , qui gouvernait ce pays au commencement du règne de Louislc-Dc'l)oniiaire. Plus tard, Arccate en donna une jvirtie

(1) Charte de Bcrdoues. Voir plus bas M. de Mauléon. — (S) Art de vérifier les dates. Marca. Grands ofGciers de la couronne. ^ (3) GaUia Christiana. Dom VaisseUe, tome 2, pag. 41. Dom Brupellos.

au monastère de Sorèze et vendit à son maître le reste avec les serviteurs ^i l'exploitaient, porte Tacte de vente, cum servis et ancillis. En 817, dans ce G)ncile d^Aix que nous avons déjà rappelé, Louis entraîné pal* sa piété ou sollicité par Vivian au Ussian, abbé de Sorèze , agrandit ce qu'il avait acquis d'Arécate , et en gratifia cette abbaye. La donation, suivant Tacte qui nous a été conser^'é ainsi que le précédent, comprenait les biens avec les églises, les serfs des deux sexes et les maisons. L'abbé y établit aussitôt un prieuré qui prit le nom de Cella Médulphi on Odulphi , vraisemMablement de son premier prieur. Mabillon (1)fait dériver ce nom de Médulphe, soii ancien possesseur, dont le docte bénédictin fait un fils de Carsie et un comte d'Astarac. Mais rien ne prouve une pareille assertion; tout, au contraire, tend à la combattre.

Le monastère était h peine achevé, lorsque les Normands se répandirent dans la Gascogne. Après leur passage les terres restèrent longtemps sans culture et sans maître. Quand eurent lui des jours meilleurs , Tabbé de Sorèze envoya île nouveaux religieux à Saramon (2). Cétaicnt des maîtres qui se présentaient pour faire respecter des droits et peut-être combattre des usurpations. Aussi, les habitants s'ameutèrent, et dans leur futeur ils massacrèrent quelques-uns de ces religieux et forcèrent les autres à s'éloigner en toute Mte. Ces \iolences effrayèrent la communauté de Sorèze. Elle aima mieux vendre le prieuré à Garsias que d'entamer une lutte. Mais elle eut soin de stipuler que

(I; Ad ann. 904, n« 20. — (2) Dorii Brugellcs , preuves, pafr. 41. Gallia Chrittianaj tom. i.

cette vente n était que viagère, et qu'à la mort du comte, Saramon retournerait à ses anciens maîtres. L'acte était habile; on chargeait un seigneur puissant de combattre, et on se réservait les fruits de la victoire. Malheureusement pour les moines , ces fruits se firent attendre. Les enfants d.e Carsie retinrent pour eux ce qu'avait payé leur père.

Leur mère , Amuna ou Honnorette, car les chartes des monastères lui donnent ce double nom, se distingua par sa haute piété. Le couv£nt de Gondom lui dut son rétablissement (\). Lorsque le cloître et l'église avaient été dévorés par les flammes, l'urne où étaient renfermées peut-être les espèces sacrées ou du moins quelques saintes reliques,l'urne seule avait échappé à l'incendie avec les murs environnants. Les courses incessantes des Barbares, reffroi qu'ils répandaient au loin et la misère profonde qui pesa sur nos malheureuses contrées, ne permirent de relever ni l'abbaye, ni son église. Le sanctuaire demeura longtemps désert, et les ronces et les épines s'élevèrent là où se pressaient jadis de nombreux fidèles. Cependant le souvenir revint aux cœurs. On s'achemina vers les ruines , on couvrit de chaume ce qui restait de murs à demi détruits. La piété indigente ne pouvait faire davantage, et des miracles nombreux attestèrent que le ciel se contentait de ces faibles efforts.

Ces miracles arrivèrent aux oreilles d'Honnoretie. Elle vint à Condom et éprouva par elle-même combien le Dieu des chrétiens aimait à y répandre ses favetu^ Pour faire éclater sa reconnaissance, elle rebâtit à

(1) Cartulaire de Condom. Manuscrit de M. l'abbi^ L^gutèrp.

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grands frais la basilique, Tentoura de maisons et d^un hôpital. Ces travaux terminés, elle réunit tous les évéques et les personnages les plus éminents delà province, et dédia solennellement la nouvelle église au prince des apôtres. Le même jour elle attacha à son service une communauté de clercs qu'elle dota généreusement. Heureuse la fondatrice , si sa piété se fût arrêtée là ; mais non , dit Tannaliste qui nous a conservé ce récit ; le penchant trop naturel aux femmes Tentralna trop loin. Elle voulut savoir ce que contenait Tume si miraculeusement conservée et depuis Tobjet de la vénération publique. Dans ces temps de simplicité, tout était prodige. L'épouse de Garsie crut voir une punition du ciel là où nous ne verrions qu un accident sans portée. G>nstemée,hors d'elle-même, elle tombe sans connaissance entre les bras de ses suivantes. Elle se trouvait dans un état de grossesse déjà avancée; les douleurs de Tenfantement la saisirent et l'enlevèrent en trois jours. Il fallut arracher de ses flancs le fruit qu'elle portait. CTétait un enfant màle que son père nomma Arnaud, et que ses contemporains surnonumèrent Nonnat ou non né^ à cause de l'opération qui lui avait conservé la vie.

Garsie ne parait pas avoir survécu très longtemps au tragique événement qui lui ravit son épouse. A sa mort, il partagea ses vastes états à ses trois fils (1 ) : Sanche, l'alné, eut la grande Gascogne (2), qui comprenait les vicomtes de Lomagnc , de Gavarret , de Tursan et de Bruillois , ou plutôt tout le pay$ depuis Bordeaux

(1) Grands ofGcicrs de la couronne. Art de vérifier les daU;s. Marca. Oihénard. — (2) Les mêmes.

jusqu'aux portes de Bayonne, et depuis Aire jusqu'au delà de Lectoure. Bordeaux ëtait la capitale de cette vaste contrée. Guillaume, le second, eut l&Fezensac ( \ ), réuni alors à rArmagnac (*). Arnaud , le dernier , eut TAstarac (2), qui renfermait le Pardiac et le Magnoac: nous avons lacté d'investiture de ce dernier. Il confirme ce que nous avons dit sur la royauté de Mitarra. (( Moi Garsias-Sanche , consul , fils du roi Sanche , je donne à toi , Arnaud , mon fils , à tes héritiers et à tes successeurs, le pays d'Astarac avec tout le comté et tous les droits que jecrois y avoir. Fait heureusement auchi* teau de Fczensac, au nom de Dieu. Ainsi soit-il (3). v Sanche II , les chroniques Fappellent Sanche-Garsias, et on sait poui^uoi, Sanche II, duc de la grande Gascogne, eut à son tour trois enfants (4) j Sanche et Guillaume que les cartulaires d'Auch et de Lescar traitent d'enfants naturels, et Gombaud, quHls passent sous silence. Mais la tache dont ils flétrissent la naissance des deux aînés ne les empéclia pas de porter successivement la couronne ducale; ce qui nous ferait conjecturer qu ils n'étaient pas les fils de l'adultère ou du liLcrtinage, mais les fruits d'une de ces unions contractées contre les lois de l'église, dont se plaignait naguère le souverain pontife Jean VIII. Quoiqu'il en soit, laine, Sancho-Sancie ou plutôt Sanche III (5) succéda

(1) Grands OfGcîen de la couronne. Art de vérifier les dates, liant. Oihénard.

(*) Nous donnerons à la fin du second volume le nom des paroisse» dont se composait chacun des comtés de la province.

(2) Grands Officiers de la couronne. Art de vérifier les dates. Marca. Oihénard. — (3) Dom Brugclles. — (4) Marca. Le P. Anselme. L'art de vériHer les dates. — (5) Les mêmes.

à son père dans le duché. Nous ignorons la part des deux derniers dans Théritage paternel; mais celle de Guillaume s^augmenta bientôt, Sanche étant mort sans postérité (1 ). On dirait que, soit avant, soit après cette mort , la Gascogne resta à peu près tout entière dans les mêmes mains. Cet élément de grandeur et de prospérité manqua au Fezcnsnc et à TAstarac. Nous allons les voir souvent morcelés.

Le Fezensac avait déjà eu ses comtes sous les rois de la seconde race. Ce nom ne désignait alors que des gouvernements amovibles; mais nous ne saurions assigner quelle était alors Tétendue de ce gouvernement. Quand il échut à Guillaume, fils de Garsie , il comprenait la plus grande partie de ce qui forme aujourd'hui le département du Gers. Du moins, outre TArmagnac, on dirait qu'il renfermait FEusan ; car , en 927 , Guillaume (2) donna à Téglise métropolitaine de Ste- Marie et aux prêtres qui la desservaient, Icglise de St-Jean-d'Espax et les biens qui y étaient attachés, pris , dit Guillaume dans la charte, sur les alleux qui lui appartenaient en propre aux environs d'Eauze; et aux souscriptions nous trouvons Oriolus d'Eauze, et N. de Manciet. L'église de Ste-Marie et Centide^ son abbé, reçurent vers la même époque (3), d'un prêtre nommé Raymond, Téghse de St-Frajou dans le Comminges. L'archevêque d'Auch n'est point nommé dans ces actes où se trouvent mentionnés les trois fils de Garsie, parce que sans doute Odile ou Odilon, successeur d'Ayrard, était déjà descendu dans la tombe, et que

(1) Alarcu. Le P. Anselme. L'art de vériOer les dates. —(2) Doni Bnigelles. Manofcrit de M. Tabbé d'Aignan. — (3) Les mêmes.

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