CHAPITRE III
Bélinti êm Ninuidi. — Fonditioi in oonisl^e de St-Serer. — ArehefèfMt d'Aiek.
— Ciitfli l" , Ticiite de lém. — RétiklissMeit de Lesetr. — f^-hm de liyme. — Deraière ïBcmioB des Mavet. — GoiUod , dve et érêqie. — FMdilMi di ■esaslère de Li Réole tir Girone. — Mert di die GiilUne. — Cutet de Bi{orre.— CiBtereU.— Fooditien de II Reosle. — VieMitet de Béan.
— lertre de SI-AMmb. — Mort da due Beniard. — RéUblisseieit di eMTeiC di (Mm. — VicoBtes de Loupe.
Pendant que les divers rameaux des deux branches puînées se propageaient ainsi sur le sol Gascon, la M>uchc antique d'où ces branches avaient été déta* chées, forte et vigoureuse, luttait presqu à la fois contre deux orages qui vinrent assaillir nos contrées et y laissèrent des traces profondes. Les incursions des Normands s'étaient singulièrement affaiblies depuis quelque temps. La plupart de ces audacieux aventuriers avaient accepté des établissements en Angleterre où ils avaient d'abord fondé un royaume, dans la Neustrie à laquelle ils avaient donné leur nom, sur les côtes de la Brttagne et dans plusieurs autres de nos provinces. Partout ils fécondaient de leurs sueurs les terres qu ils avaient jadis couvertes de sang et de ruines. Quelques-uns toutefois , impatients de repos et amis d'une vie errante et périlleuse, sillonnaient encore les mers. Une de ces hordes s'abattit dans la Gascogne et s'avança dans l'intérieur du pays, semant, selon sa cou- Inmo, la désolation sur ses pas. Au premier l)ruil de fclle (lesi'enie, Guillaume, le chef de sa maison , ((uc
nous avons vu succéder à Sanche son frère , réunit ses troupes ; mais près de marcher à Tennemi il craignit Tissue du combat, et fit vœu sur le tombeau de St- Sever(l), s'il revenait victorieux, d'élever un superi)e et splendide monastère à la place de ja petite ég^ qui couvrait les ossements sacrés du glorieux martyr. Plus rassuré alors, il atteignit les Normands dans les plaines de Talères au pays de Tursan, et en fit un si grand carnage que plus d'un siècle après, s^il fallait en croire le cartulaire de G>ndom, on y trouvait plus d'ossements blancbis que d'herbes verdoyantes. Cette victoire délivra pour toujours nos contrées de ces hof^ des dévastatrices; elles n'osèrent plus se montrer sur des plages si vaillamment défendues. La journée aviit été trop brillante pour n'être pas signalée par des prodiges. Le duc avoua plus tard et certifia que le glorieux martyr St-Sever dont il avait imploré le secoms, parut dans cette bataille, porté sur un cheval blanc, revêtu d'une armure éclatante , abattant et tuant ces désespérés corsaires (2). Un de ceux-ci s^était fait remarquer pendant toute l'action par son audace et soo bonheur. La lance à la main, il s'était jeté au milieu de la mêlée, et frappant devant lui il immolait tout ce qui s'offrait fi sa rage et bravait tous les traits Sont nul ne put l'atteindre ; mais enfin épuisé de forces, il tomba entre les mains des Gascons qui , en le dépouillant , trouvèrent que de son cou tombait sur sa poitrine un large crucifix, bouclier précieux, qui, mieux que sa cuirasse, avait sans doute repoussé les traits et la mort.
(1) Charte de la Tondaiion de St-Sever. Marca, liv. 3, ch. 7 et &— (2) Cartulaire de Condom. Manuscrit de M. Lagutèrc.
La piétë de ces temps naïfs était moins compatissante que candide. On ne balança pas à massacrer le mécréant, malgré la sauve-garde sous laquelle il s'était placé. Le duc Guillaume donna plus tard ce crucifix à Tabbaye de Condom , où il fut longtemps vénéré sous le nom de crucifix d'Airard. Ainsi s'appelait Tinfidèle dont il avait protégé les jours.
Le vœu fut religieusement rempli (4). Avant de commencer les travaux, Guillaume voulut acheter le terrain sur lequel s'élevait la petite église; mais les chevaliers à qui elle appartenait refusaient de la vendre, sous prétexte que c'était un lieu franc et libre de tout cens. Le duc soutenait, au contraire, que le terrain était compris dans l'alleu de son château. Néanmoins , par un de ces traits moins rares alors que nous ne le croyons et bien digne du titre de bon que lui donnèrent ses contemporains, il respecta, malgré le dépit que lui causait ce refus, les droits invoqués, et se soumit à l'épreuve de Teau froide. Lheure arrivée, il craignit, nous dit-il luimême dans la charte où nous avons puisé tous ces détails, la honte d'une condamnation. Il resta dans son château et envoya sa femme et son fils assister au jugement avec les évêques , les anciens, les seigneurs de toute la Gaso^pA^ et des comtés voisins. Mais au moment où l'évéque allait plonger l'enfant dans l'eau, par un temps pur et serein, il s'éleva une tempête si violente, que les assistants épouvantés allèrent se réfugier dans une chapelle voisine. Ce prodige fortifia les doutes. Les personnes sages de la suite du duc cherchèrent une relation écrite des gestes et du martyre de St-Sever. On y lut
(1) Charte de St-Sevcr , déjà citée.
cx>mmeiit un monastère avait été bâti jadis en ce lieu, et commeat il avait été détruit par des hommes ennemis^ venus de la terre Franque (vraisemblablement dans la lutte contre Waifre et Hunald). Sur cette preuve, le duc acheta le lieu et ses dépendances pour le prix de trois cents sols d'argent (à 12 deniers le sol) , de quarante<;inq vaches et de plusieurs autres objets. Le monastère terminé, il appela à la dédicace les archevêques d'Auch et de Bordeaux, et tous les évéques de sa domination. Il y réunit aussi tous les seigneurs de son comté, savoir : de la Gascogne , du Bigorre , du Bordelais , de TAgenais, du Fezensac et de la Lomagne; et en leur présence, du consentement de son épouse Urraque, née du sang royal, et âous le bon plaisir de ses fils Bernard et Sanchciil donna à la nouvelle abbaye, placée sous la règle de St-Benoit, de larges franchises et des terres nombreuses. Parmi les autres dons figurent son château de Palestrion avec toutes ses dépendances et tous ses chevahers, et Fabbaye de.St-Geny , près de Lectoure, où il avait, dit-il, ordonné de construire un monastère qui serait gouverné par Tabbé de St-Sever. L'acte fut confirmé par les archevêques d'Auch et de Bor4eaux, et par les évéques d'Agen , de Gascogne , de Bazas , de Bigorre ou Tarbes et de Lectoure, et consenti ^r tous les comtes et seigneurs de la Gascogne, qui souscrivireut à la suite de leur souverain ; car Guillaume y prétend tenir son duché par droit héréditaire et ne relever que de Dieu, Terras quas mihi Deusjure fuBreditario tradere dignatus est.
L archevêque d'Auch qui souscrivit cette charte se nommait Adon ou plutôt Odon. Quelques auteurs (<)
(i) Voir dom Brugelles.
se fondant sur ce qu il portail, disent-ils, pour armes, semé de France, le prétendent fils de Robert , roi de France, et ainsi petit-fils de Hugues-Capçt et frère de Henri P'. Il avait remplacé sur le siège métropolitain , Seguin, dont Tépiscopat paraît avoir été aussi court que celui de son prédécesseur Hidulplie ou Indulphe (i) , le successeur immédiat de Bernard I*'. L'évêque de Lectoure se nommait Bernard , c'est tout ce que nous en savons; bous retrouverons ailleurs les autres prélats. Parmi les seigneurs qui apposèrent le sceau à Facte de fondation , on ne connaît parfaitement que le vicomte de Béam, Gaston I*'. Il était petit-fils (2) de ce vicomte dont le nom est ignoré et avait succédé à son père Centule I*', ou plutôt Centoing ou Centoil , comme on parlait alors. Suri ta (3) écrit que ce dernier s'attacha à Sanche-Abarca , son parent, et quil Taccompagna dans ses expéditions. Il attribue même au vicomte une grande partie des succès qui signalèrent les armes du roi de Navarre. « Dans cette guerre, dit-il, on remarqua surtout la valeur et la prudence d'un chevalier, nommé Centule. Il était si adroit et si entendivux entreprises de cette guerre, si habile et si vaillant, et avec cela si fort aimé des chefs et des principaux Maures qui résidaient aux frontières, que seul avec sa valeur il soutint longtemps le plus grand poids de la guerre. Les plus grandes et les plus mémorables prises, c'est lui qui les fit. Cest lui encore qui remit entre les mains du roi Dom Sanche, le chef des infidèles qui combattaient contre lui. Pour ses grands et signalés services , il fut
(i) GcdUa Chrittiana, Dom Brugelles. Manuscrit de M. d'Aignan. — (2) Oihénart. Marca. Art de véritier les dates. — (3) Aimales , liv. 1, ch. 9.
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augmenté en état autant que le permettait la pauvreté du royaume (1) ». La récompense dont on paya ses services fut sans doute la vallée de Tena avec quelcjaes rentes en ELspagne. Si le nom du roi est véritable, il faut placer Centule de 905 à 926. Mais on ne sait jusqu en quelle année il prolongea sa vie. Gaston son fils s'attacha à la branche ducale de la maison de Kavarre* Il combattit à côté de GuiUaume à la journée de Talères et prit part à la victoire que le fondateur de St-Sever y remporU sur les Normands; mais s'fl associa ses armes à ceUes du duc, il osa quelquefois lui résister. Ici nous traduirons textuellement une charte qui vient à Tappui du sentiment que nous avons adopté, au sujet de Sanche-Mitarra (2). « Lorsque Guillaume Sanche, duc de Gascogne, donna le lieu de Luc, diocèse d'Oleron, à Dieu et à St- Vincent, Gaston-Gentale, - vicomte de Béarn, ne voulait pas abandonner la partie qui lui appartenait. Il y acquiesça cependant à la prière de Tabbé Garsie qui lui expliqua sa parenté avec le duc Guillaume et lui raconta que Taïeul du duc (Gt^ sic -le -Courbé) était venu d'Espagne, où son père Mitarra s'était retiré du temps de Tempereur Lcmis, et que ^e susdit roi donna Tinvestiture à Taîeul du vicomte, qui était de la même race »•
C'était le temps des fondations. On s'avançait ven cette année iOOO, objet de tant de terreur et où devait finir le monde. On s'empressait de prodiguer aux è^ ses, aux cloîtres , aux pauvres , aux œuvres de bien&i* sance des biens que la colère céleste allait consumer.
(1) Marca, page 264.— {2) On en trouve le texte dans M. deM» léon Jes Mérovingiens, pag. 373 et dans Marca, pag. 201 et SOI
Assez souvent ces libéralités servaient d^expiation aux crimes. Le duc Guillaume voulant se défaire d'un vicomte de Gascogne, le 6t assassiner par un chevalier de sa cour (1). Dans les sociétés mal assises, la justice est quelquefois contrainte de revêtir les formes de la haine, de la vengeance ou de la tyrannie. Le chevalier n^avait agi qu'à regret; il n'avait cédé qu'au sentiment d'tme fidélité mal comprise et à la crainte du duc qui dans sa colère *ne cessait de lui répéter : si tu ne l'égorges, je t'égorge toi-même. Voilà pourquoi d'un seul coup il abattit la tête du vicomte son seigneur.
Après ce meurtre, il n'osa rester ni à la cour du duc, ni dans le pays. Les lois d'alors condamnaient le meurtrier à une amende graduée selon le rang de la victime, ou au bannissement ; mais s'il rompait son ban, il était à la merci des parents offensés. Les livrées de la religion suspendaient seules les vengeances et arrêtaient les poursuites. Le duc et son épouse Urraque conseillèrent au coupable de se soustraire à toute punition en prenant l'hiabit de moine (2) dans l'église de St-Fauste. liUpo-Fort, ainsi se nommait le chevalier, ne goûta point cet avis; mais poursuivi par les remords, il alla trouver Arsias-Raca , son évêque , pour lui demander pénitence. Le prélat , compatissant à ses larmes , lui dit (3) : tu devais recevoir la mort pour ton seigneur, plutôt que de tremper tes mains dans son sang, et cette fidélité eût fait de toi un martyr de Dieu. Loin de là, lu as commis un forfait énorme, inouï parmi nous; je ne sais que t'imposer. Mais cours au pape de Rome ;
(1) Marca, liv. 3, ch. 6. — (2) Cartulaire de Lescar. — (3) Baro- #itiM, cité par Marca.
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s'il t'accorde pénitence, )e t'en félicite et j'y souscris; iBais s'il te repousse , pénitence ne te sera donnée ni par moi ni par personne. Le coupable s'empressa de suivre ce conseil, et s'acheminant vers Rome avec des témoins, il emporta avec lui des lettres de son évéfue. Gomme l'apostol (le pape) célébrait, le lendemain de Pâques, les saints mystères à St-Pierre, au nooment où il venait de s'asseoir après l'évangile , le meurtrier se jeta à ses pieds à la vue de l'église entière^ et pleurant amèrement et soupirant, il s'écriait : je veux pénitence, Seigneur, Seigneur, je veux pénitence. L'apostol dit à ceux qui l'assistaient à droite et à gauche ( à son diacre et à son sous-diacre), demandez pour quelle &ute. L'étranger interrogé ne répondit cpie ces mots : j'ai offensé mon créateur. Ce qu'entendant l'apostol, pourquoi ne t'adressais-tu pas à ton évéque, et loi : l'évéque m'a envoyé vers vous. Alors les témoins s'approchent du souverain pontife , lui exposent la faute et lui remettent les lettres d'Arsias-Raca. Après en avoir pris connaissance, l'apostol dit à l'évêqne qui frisait l'office de diacre : 'cherchez dans les livres saints par quelle pénitence ce mort peut revenir à la m L'évéque répondit : le Seigneur a dit dans l'évangile : celui qui abandonne sa maison , son frère , sa soeur..... Le reste manque dans les actes du Concile de Limoges (1 ), auxquels nous avons emprunté ce récit , maisb pensée se découvre. Elle est d'ailleurs complétée par le cartulaire de Lescar. Renvoyé de Rome à son évèque avec injonction de renoncer au monde, Lupo-Fort, de l'avis de l'évéque, du comte et de son épouse^ se
(1) Le P. Labbe, Collect. Con., tom. 9.
retira dans Tancienne cité de Lescar où il ne trouva qu'une épaisse forêt et une petite église dédiée à St- Jean-Baptiste, et élevée sur les ruines de la cathédrale consacrée à la Vierge. Il y bâtit un couvent où il prit Thabit, et dont il fut aussitôt établi supérieur. Pour ' aidera son pieux dessein et sans doute aussi pour expier un crime qui leur appartenait plus qu à leur faible et trop fidèle vassal , Guillaume et Urraque firent à la nouvelle communauté et à leur église de grandes largesses que leur fils Sanche augmenta depuis.
Ârsias-Raca parait avoir occupé ce siège ainsi rendu à sa première dignité. Il s'intitulait, du reste, évéque de toute la Gascogne (1 ). Il gouvernait en effet toute la partie occidentale de la province , car il possédait à la fois les évéchés de Dax, de Lescar, d'Oleron, d'Aire et de Bajonne. Nous n'avons point encore parlé de ce dernier siège. Il était moins ancien que les autres; on ne le fait généralement remonter qu'à St-Léon dont on place l'existence vers la fin du ix* siècle. Toutefois , Marca, 0>mpaigne et l'auteur du manuscrit que nous ayons sous les yeux et où nous puiserons souvent , le reportent plus loin, et nous nous laisserions facilement aller à leur avis. Outre les raisons qu'ils font valoir et qui nous paraissent assez plausibles, nous observerons que l'église étant constituée à cette époque , un siège nouveau ne pouvait se former sans changer les démarcations établies, et par conséquent sans exciter des rècla- «nations. Il eut fallu d'ailleurs, pour cette érection, ou l'autorité d'un G>ncile provincial, ou une bulle du sou-
(1) Gallia Christiana. Marca. Girlulaire de Gondorn. Manuscrit de M. Lagutèrc.
386 HISTOIHK
verain pontife ; cl cependant ni bulle , ni G)ncile , ni réclamations nWt jamais été connus.
Quoiqu'il en soit, la vie de St-Leon s'est égarée comme s'égara presque tout ce qui se rapproche des invasioiis Normandes ; mais son nom et le souvenir de ses vertus ont toujours vécu dans la province qu'il arrosa de ses sueurs et de son sang. Â défaut de documents authentiques , nous avons interrogé les diverses légendes qni lui ont été consacrées, et nous en avons extrait ce qui nous a paru le plus plausible (1).
Léon naquit à Carentan dans le Cotentin, de parents aussi riches des trésors de la grâce que des biens de la fortune. Un ange avait prédit sa sainteté , et ses premières années parurent confirmer la prédiction. Admis de bonne heure parmi le clergé de Rouen, il paroonrat avec honneur les divers degrés de la cléricature, et fut enfin porté sur le siège métropolitain; mais son zèle l'appelait aux travaux de l'apostolat. Il quitta ses ouailles, traversa presque toutes les Gaules et s'avança jusqu'aux pieds des Pyrénées , d'où les efforts des évéques de la province n'avaient pu encore extirper entièrement le paganisme. Philippe et Gervais ses deux frères accompagnaient ses pas. Il se retira avec eux sur une colline voisine de la ville de Bayonne et s'y bâtit une petite retraite. L'étrangeté de sa conduite et la curiosité y attirèrent des visiteurs qui , gagnés par sa piété , ombrassèrent la foi et voulurent faire partager leur bonheur à leurs concitoyens. Ils introduisirent Léon dans la àté dont les portes lui avaient d'abord été fermées. Sur ce
(l)Le8 Bollandistes. Marca. Manuscrit de Bayonne. BréTÎairesde Ja province.
théâtre le zèle de Tapôtre se dilata , et il prêcha avec tant de force et de succès qu'il convertit plus de sept cents infidèles. Les prêtres de Mars également irrités de ses prédications et alarmés de ses, triomphes ameutèrent contrç lui la midtitude ; elle accourut furieuse et le traîna dans le temple. L'homme de Dieu, calme au milieu du soulèvement général , tombe à genoux , lève ises mains vers le ciel, et après une prière courte et fervente, d'un soufBe il réduit l'idole en poussière. Ce miracle étonne d'abord la multitude et confond les prêtres, et plus tard il amè%e leur conversion. Léon consacre quelque temps à aflTermir dans ses pieux sentiments le troupeau qu'il a enfanté à l'Évangile; mais bientôt affiimé de nouvelles conquêtes , il se répand dans les montagnes de la Navarre et y étend le règne dU Christ. Il retournait vers ses premier^néophytes, lorsque sur les bords de la Nive quelques pirates , qui ne lui pardonnaient pas la destruction de leur culte , se jettent sur lui , le frappent rudement, égorgent sous ses yeux son frère Gervais et enfin le massacrent lui-même. On raconte que son sang, en touchant le sol, en fit jaillir une source abondante , et que son tronc saisissant sa tète abattue, la porta à plus d'un mille jusqu'au lieu où il fut enseveli, et où l'on bâtit depuis une chapelle en son honneur. Ses reliques y reçurent Thommage de la vénération publique jusqu'en i557. La crainte des ennemis qui désolaient alors le Labour les fit transférer dans la' cathédrale (*) , et la chapelle elle-même fut
(*)'0n les y gardait avant 1793 dans un magnifique reliquaire d*ar. geit qui coûta 3,000 livres. Un chanoine, M. de Laclaui, en légua 1,100; le reste fui fourni par la ville et par le chapitre. Suivant un ancien usage qui dale au moins du xi« siècle el qui s'était conservé
abattue quand le maréchal de Vauban éleva les remparts de la citadelle.
Nous ne savons rien des successeurs de St-Léon jusqu'à Ârsias-Raca qui siégeait en 982. Cest la première date certaine que nous puissions assigner pour les évéques de Bayonne. Arsias mourut^ d'après Thistoire de Tabbaye de G)ndom, victime de la même curiosité qui avait déjà coûté la vie à la ducbesse Honnorette. Quoique renommé pour sa piété et la sainteté de sa vie, il ne fut pas jugé digne de sonder le mystère de Turne miraculeuse dont nous avons âê]k parlé. Pendant que le duc de Gascogne se livrait aux soins d'une administration dont les auteurs du temps ne nous ont conservé que Je côté religieux, un ennemi bien autremeat redoutable que les Normands, les Maures d'Espagne s'étaient jetés sur ses état^
Ce n'était plus cette Gascogne jadis si florissante et si populeuse; tant d'invasions successives et tons les fléaux qu'amènent les invasions avaient telleinent moissonné ses habitants, qu'à défaut d'autres défensean les moines furent contraints de déposer ie froc et de voler aux combats. Tout, du reste, contribuait alors et contribua longtemps encore à peupler les cloîtres. D'abord les serfs étaient émancipés en revêtant Thabit religieux. C'est le christianisme qui a détruit insensi-
presque jusqu'à nous , le jour de Pentecôte le syndic de Baycme ]Nirlant de la mairie allait seul à la chapelle, et après la destnicioD de la chapelle à la maison la plus voisine et en retournait on cierge allumé à la main. A son retour, le corps de ville , précédé du gcuvcrncur et suivi des principaux citoyens, faisait le m^me pèloinage, et revenait comme le syndic avec des cierges allumés quon allait placer dans le chœur de la cathédrale. Pieux symbole de là lumière évangélique apportée dans ces contrées par St-Léon.
DE LA GÀSCOGKE. 389
Uement Tesclavage et transformé la société. Puis parmi ces luttes incessantes , ces combats presque journaliers dans lesquels se consumaient d'inquiets et turbulents seigneurs égaux de rang et rivaux de puissance, et dont tout le poids retombait sur leurs infortunés vassaux , le sanctuaire seul était ordinairement respecté. G>mment enfin ne fût-on pas accouru en foule s'asseoir à Tombre de cette croix, seul contrepoids à tant de misères, unique lien civilisateur de cette époque inexpliquée encore et peut-être incomprise. A ses pieds , Ton trouvait liberté, protection et repos. A ces causes particulières au moyen âge et à celles qui sont de tous les siècles, ajoutei la terreur que l'approche du dernier jour du monde faisait planer sur des populations grossières et fortement croyantes, et vous vous expliquerez d'où naquirent ces nombreuses fondations d'abbayes dont nous entretenons sans cesse nos lecteurs, où se formèrent ces innombrables communautés ([ui menacèrent de dépeupler le sol Gascon. Maintenant elles rendaient à la patrie les bras que la patrie réclamait (1). Mais si les plus beaux sentiments qui puissent faire battre un cœur humain, » la défense de sa religion et de ses foyers soutenaient ces soldats d'une espèce nouvelle , leurs mains étaient malhabiles à manier la lance et Tépée. Aussi la guerre fut opiniâtre et les succès variés. Enfin dans un dernier combat où le sang des chrétiens coula cependant en abondance, la victoire se décida pour eux, et cette victoire déUvra à jamais la Gascogne. Les sectateurs de Mahomet repassèrent les monts qu'ils ne franchirent plus désormais.
fl)Roi]u]|)hus<ilaber, liv.^^ch. 9. Marca,Hv. 3,ch. 10.
Tant de guerres et de travaux avaient ëpuisë de bonne beure les forces du duc Guillaume. Averti par des infirmités précoces que sa fin n'était pas éloignée, il s'empressa d'associer (i) au gouvernement son frère Gombaud , à qui il donna pour soutenir Féclat de sa dignité le territoire d'Agen et de Bazas. Là ne s^arrêu pasl^ fortune de Gombaud. Peu content de voir flotter sur ses épaules le manteau ducal , il voulut orner sod front de la mitre pontificale. Il se fit sacrer évéque(2) et s'établit vraisemblablement de sa propre autorite pasteur ecclésiastique des cités dont il était déjà le gouverneur civil. Une conduite si contraire aux canons ne parait pas avoir étonné ses contemporains. Loin de là ils semblent y applaudir. Il en fut ainsi par la faveur de Dieu , f avertie Deo , dit Fhistoire de Tabbaye de ' O)ndom, dont le fils de Gombaud fut, il est vrai, an des principaux bienfaiteurs. Mais la nuit était alon épaisse. On était à la fin de ce x** siècle le plus ténébreux de notre monarchie. Et puis quand les cités étaient détraites, les monastères abattus, les cathédrales renversées, les biens ecclésiastiques envahis ou détenus, quand la désolation était assise à tous les foyers , c'était pcut-étr* un avantage pour la religion de voir les mêmes mains tenir le sceptre et la houlette. Les mJheureux avaient un droit de plus à la protection de leur souverain.
Gombaud, avant son sacre, s'était marié avec une personne de très haute distinction , et en avait eu , entr autres enfants, un fils nommé Hugues. Celui-ci, nous
(1) Carlulaire de Condom. Marca, liv. 3, ch. 3. — (2)Gîi/tta CAniiiana. Marca.
dit le chroniqueur , avoit reçu aiusi que son père , une brillante éducation, et ainsi que lui, il était versé dans les lettres (\). Cette dernière remarque n'échappera pas à nos lecteurs; on ne signale que les exceptions. Témoin des heiureuses dispositions de son fils, Gombaud se dépouilla en sa faveur de Tabbaye de G>ndom qui lui appartenait , et y ajouta la Lomagne , dépendante alors de Tévéché d'Agen, nous apprend Tautorité à laquelle nous empruntons ces détails (2). Cest sans doute une erreur^ car la Lomagne appartint toujours à Tévéché de Lectoure et n eut jamais d autre capitale que cette ville. Mais comprise dans le duché de Gascogne, il n est pas étonnant qu^elIe fût dans les mains de Gombaud.
Chaque siècle a sa vanité. Evéque en même temps que seigneur , le frère de Guillaume ne pouvait manquer de se livrer à ces actes de piété un peu fastueuse, par lesquels la puissance aimait alors à se signaler. Aussi, à peine associé à l'administration, le voyons-nous s'unir à son frère pour rebâtir le monastère de Squirs, fondé dans le territoire d*Âliardes , pagus AUardensis , sur les bords de la Garonne , par un duc Bertrand , Berthe son épouse, Guillaume, Gausbert, Arnaud et Bernard, leurs fils. Ce monastère était tombé sous la hache des Normands. Les deux restaurateurs le rendirent à Fabbaye de Fleury sur Loire, de Tordre des Bénédictin^ , auquel il avait été donné à l'époque de sa fondation. Mais ils changèrent son nom gascon de Squirs en celui de la Règle dont nous avons fait La Réole (3). Ils vou-
(1) Spicilègc de D. d'Achéri , ton». 13. — (2) Carlulaire de Coudom. — (3) Charte de la fondation de La Réole.
392 BISTOIRB
laient proclamer combien la nouvelle abbaye 9e numtrerait fidèle à Tobservation stricte et rigoareuse des constitutions monastiques. Non contents de TaYOtr dotée magnifiquement, du consentement des vicomtes et autres barons, ils permirent à VÀbhé de bâtir un bourg à côté du monastère et d y donner des lo» et des coutumes. Tel fut le berceau de k ville actuelle de La Réole. Cette charte est signée de Gombaud, évèque et doc de toute la province, qui fit cette donation aa Dieu rédempieur a%^c toute lafen^eur d'un cœur dÀfoi^ de Guillaume, duc de Gascogne, son frère, qui la confirma, et de Garsias, leur neveu. Elle porte la date de Fan 937. Cette date est, suivant M. de Marca (4), la première que Ton puisse assigner incontestablement depuis que Sanche-Mitarra était rentré en possession des domaines de ses aïeux.
Le duc Guillaume ne survécut pas longtemps à cette fondation ; il mourut le 22 décembre vers Tan 983. Il laissa de sa femme Urraque deux fils en bas âge (2), Bernard et Sanche, et trois filles, dont Tune, suivant Marca, fut mère de ce Garsias que nous venons de mentionner, dont Vautre, Brisque, épousa Giiillaume le grand, comte de Poitiers, et dont la troisième est entièrement inconnue. Bernard lui succéda sous la tutelle de Guillaume , fils de Tévéque Gombaud et frère de Garsias, comte d'Agen, le même vraisemblablement que le comte de même nom dont Marca fait le petitfils de Guillaume.^ Le tuteur prenait le titre de comte,
(I) Page 209. — (2) L'Art de vérilier les dates. Grands Officiers de la couronne. Mnrca. Oihénarl.
marquis et duc des Gascons (1). II dut mourir vers Tan 1000 ou 1001.
Durant la période que nous venons de parcourir, les comtes de Bigorre prirent peu deprtauxëvënements qui agitèrent la province. Aussi, nous ne savons que le nom du dernier seigneur que nous avons vu succéder à Loup-Donat dont quelques-uns le disent flls et d'autres neveu. On hésite encore davantage sur Forigine de Raymond I*' qui vient après Dato II (2). Rien ne prouve sa filiation, quoiqu'on lui donne généralement son |)rédécesseur pour père. Il entreprit , de concert avec Anermans et Aners , vicomte de Lavedan , de rebâtir le monastère de St-Savin , détruit peu après sa fondation par les Barbares qui, sur l'autre rive du Gave, épargnèrent Fabbaye de St-Orens. Celle-ci vivait fidèle à sa règle , tandis que le relâchement s'était introduit dans la maison voisine : de là, dit un cartulaire, la diflférence de leur sort. Les nobles bienfaiteurs y appelèrent de nouveaux religieux et les placèrent sous la discipline de l'abbé Enecon , moine d'une haute piété, qui ne vécut pas longtemps et fut remplacé par l'abbé Bernard. L'acte mérite d'être conservé (3). Le comte donne en premier lieu la vallée de Cauterets, à la charge d'y bâtir et entretenir des maisons pour des bains; et cette donation est si complète que désormais ni lui ni ses successeurs n'auront aucun pouvoir dans la vallée, pas même le droit de dépaissance pour les bestiaux , si ce n'est du consentement de l'abbé. Il accorde ensuite au supérieur du monastère le droit d'exiger Tépaule
(1) Marca, liv. 3, ch. 9. Oihéiiart, liv. 3, cli. 6. — (2) Oihénarl. L'Art de vérifier les dates. Marca. ManuHTit de M. Larcber. — (3) Marca, liv. 13,ch. 2.
de tout cerf et de tout sanglier, pris à la chasse par les habitants du pascal de St-Savin. Elnfin , il cède aux religieux tout le beiure qu^il levait par droit de censive dans ces montagnes et les amendes qui lui appartenaient pour les plaids et les coups portés dans les disputes. Toutes ces concessions, Raymond les fit confirmer par ses hommes et par les seigneurs de son comté. La charte, qui est de Tan 945 , consacre en faveur de Tabbaye un droit dont nous trouvons quelques exemples ailleurs. On l'appelait le pascal ou le droit de solennité de Pâques, la plus grande des fêtes chrétiennes. Nous citons ; on comprendra mieux en quoi consistait ce droit. Ou y verra d'ailleurs les mceurs d'alors.
<( Huit paroisses voisines de St-Savin (1), Lau, Castet, Balagnas, Ârcisans, Adast, Us, Nestalan et Selon sont, d'après un antique usage , obligées de venir demander au monastère le baptême et la sépulture. Les tout petits enfants et les pauvres qui ne pourraient se faire porter à St-Savin , peuVent seuls être enterrés dans leurs paroisses. A Noèl, les chapelains avec tous leurs paroissiens, tant clercs que laïques, doivent aller assister aui matines du couvent et y rester pour y entendre les messes et y communier. Les chapelains seuls se retireront au point du jour pour dire leur messe à leur paroisse, y donner la communion aux bergers et aux gens de service ^familias minores domonmu A la Chande leur et le dimanche des Rameaux, les chapelains, après avoir célébré matines dans leur paroisse , n'y diront point la messe , mais iront avec tons leure paroissiens,
(1) Ex tabulis sancti Savini. Marca, p. 805.
prendre part à la procession et aux autres ofBces de Sl-Savin. Le Vendredi-Saint, ils y retourneront tons adorer la croix. Le jour de Pâques et de Pentecôte , après avoir dit matines et la messe à leur paroisse , et donne la communion aux pauvres et aux pasteurs , ils s achemineront avec les chefs des maisons et leurs épouses, vers le monastère pour j entendre la grand'messè. Il en était à peu près de même pour la St-Jean, pour FAssomption de la Ste- Vierge et pour la Toussaint. Tous les habitants des huit paroisses devaient se rendre encore au couvent le jour des Morts , pour y entendre la messe et y visiter le cimetière. »
Deux ans après , Raymond tomba dangereusement malade , et à son lit de mort il donna encore à St-Savin deux casais avec leurs dépendances dans le lieu de Biser. Tout est incertitude dans cette famille. Après Raymond, Marca(l) place Louis qu'il dit être son fils , et les auteurs de FArt de vérifier les dates y mettent (2) Garsie-Amaud I*'. Ils s'appuyent d'un acte par lequel Guillaume, fils du comte d'Astarac, soumet Tabbaye de Pessan à Fabbaye de Simorre, en échange de dix vases d'argent du poids de quatre vingt-dix livres. Cet acte , que Fon croit de Fan 990, est , il est vrai, souscrit par Garsie-Amaud , comte de Bigorre; mais il présente plus d'une trace d'erreurs , s'il n'est pas entièrement supposé. L'existence de Louis , quel que soit l'ordre qu'on lui assigne dans la série des comtes , est plus assurée. A peine eut-il pris en main Fadministration du Bigorre, qu'il confirma les privilèges
(1) Page 806. —(2) Tom. 2, 268. Le premier sentiment s'appuye d'Oihénart et est suivi par M. Larcher et M. Macayn.
de St-Sayin du consentemeat de Fortaner, vicomte de Lavedan. Amëlius , proche parent du vicomte, était alors assis sur le siège de Tarbes. Louis voulait épouser Amerna, sa parente au troisième degré (i). L'évéque, sollicité de favoriser cette alliance , s'y prêta malgré les canons , et pour prix de sa lâche complaisance il reçut du comte la terre de Beussens. Mais bientôt , honteux de sa faiblesse , il donna la terre aux moines de St-Orens de Lavedan ; il en réserva seulement la jouissance pour le vicomte Fortaner, MusdLa sa femme et Garsie-Fort leur fils, à condition qu'ils paieraient à Fabbaye dix sols de rente tous les ans aux fêtes de Pâques. Après leur mort, les héritiers transigèrent sans doute avec les moines. Du moins la baronnie de Beussens resta dans la famiHe qui en jouissait encore sous nos derniers rois.
Ottodat, vicomte de Montaner, fonda (2) dans sa vicomte, Tan 980, un nouveau monastère en Thonneur de St-Orens , dont le nom et les vertus vivaient toujours au milieu des nations pyrénéennes ; et pour le distinguer , on l'appela St-Orens-de-la-Reule, et plus communément la Renie ou Reoule (régula^ règle). Il fut à sa naissance placé sous la règle de St-Benoit L'acte de fondation a disparu , mais la confirmatioa des privilèges de cette abbaye , faite à McH-las le 3 mai*s 1355 , par Gaston de Foix , alors comte de Bigorre , nous apprend qu'Ottodat l'affranchit en présence du comte Louis et de Bernard , évéque de Tarbes , successeur d'Amélius , qui promirent de prendre
(i) Tiré du livre vert de Bénac et cité par M. Larcher. — (2) Hanuscrit de M. Larcher. Chartes du SémiDaire d'Auch.
la communauté sous leur protection. Le vicomte de Montaner statua encore que ses successeurs nUraient point y demander un gîte ou y prendre leur repas sans en avoir été expressément priés par labbé.
Louis n^eut point d'enfants de sa femme Amema , et fut remplacé par Arnaud son frère, que FArt de vérifier les dates passe sous silence et dont on ne sait que le nom si toutefois il exista. Après lui vint Garsie- Arnaud I" ou II* , fils de cet Arnaud , d'après le ma- ' imscrit que nous suivons (i ), et M arca son guide. L'évéque Bernard était mort peu après le comte Louis, et avait eu pour successeur Richard , que nous retrouverons, ainsi que Garsie-Amaud, à la célèbre fondation de St-Pé de Générés.
La maison de Béam est plus connue. A Gaston !•* avait succédé Centule II (12), qui avait signé avec son père Tacte de fondation de St-Sever , ce qui fait croire à Marca qu'il avait aussi pris part à la victoire des chrétiens sur les Normands. Après la mort de son père , il concourut à la fondation du monastère de la Reoule en Béam. La gloire principale de cette fondation est due à deux clercs du pays ^ qui après s'être formés aux vertus de leur état sous une institution monastique , se retirèrent au village de St-Médard du désert, situé à la frontière de leur patrie. Là, travaillant de leurs mains selon Tusagc des premiers moines, ils s'efforçaient de«er?ir Dieu et de se rendre utiles au prochain ; mais leur vie pieuse et désintéressée ne
(i) Nou8 le croyons de M- Larcher. Macaya , s*appuyant d'Oihéntrt, place après Louis, Garsle-Arnaud : Voir la longue remarque. Mmss. Ilist. sur le Bigorre, tom. 1, pag. 142 et suiv. — (2) Oibénarl. Marca. l'Art de vérifier les dates.
put trouver grâce auprès du seigneur de St-Mëdard. Il s'empara des terres qu'ils avaient rendues à la culture à la sueur de leur front , et s'appropria le fruit de leurs travaux. Cette violence chassa les deux solitaires et les conduisit dans une épaisse forêt qui parut leur offrir un asile plus assuré. Ils y trouvèrent une petite église bâtie en bois , dédiée à St-Pierre et possédée par un prêtre nommé Garsias. Celui-ci les ac- * cueillit avec toute la générosité que pouvait déployer le pauvre chapelain d'une pauvre chapelle; ils vécurent ensemble, et la sainteté de ses hôtes fit tant d'impression sur lui , qu'il prit leur habit. Il fut bientàt imité par quelques personnes du voisinage, gagnées comme lui par le spectacle des vertus qu'elles avaient sous les yeux. Ainsi se forma (1) en peu de temps une communauté de moines qui dut placer à sa tête un abbé. Ce premier abbé , nommé Centule , se concilia la bienveillance du vicomte de Béam sur la terre duquel vivait la communauté , et de Garsias-Loup , vicomte de Louvigni , le seigneur le plus voisin. Il en obtint des ressources qui lui permirent de défricher une étendue de terrain assez considérable et de jeter les fondements de l'église et du monastère dont les travaux ne furent achevés que sous Rabin son successeur. Les peuples s'accoutumèrent à l'appeler la Reoule ( Régula)^ à cause de la discipline régulière qui y était pratiquée. Centule ne se contenta pas d'avoir aidé la communauté naissante de ses deniers. Il lui abandonna la propriété et la justice du village de la Reoule. Le vicomte de
(1) Ex tahuliê fundationis monasterii Jieguiœ in Biamio. Marca, liv. 4, ch. 4.
tiouvigni en donna les dîmes el y ajouta la seigneurie d'Usan. D'autres seigneurs imitèrent ces libéralités, et en peu d années la Reoule occupa un rang distingué parmi les monastères du Béam.
Gentule fit encore des dons nombreux à St- Vincent de Luc , mais nulle église n'eut plus à se louer de sa piété que la cathédrale de Lescar (1) à laquelle il assura le villagp d'Abère. Sanche-Loup, à qui ce village appartenait , en avait laissé la disposition à sa femme Âsinette pour en ordonner à sa volonté. Asinette s'était, suivant la coutume de ce siècle , retirée à Lescar pour y passer sa vie dans les pratiques de la dévotion , et à sa mort elle avait donné à l'église ce que lui avait légué son mari. Le chapitre s'en saisit, mais un gentilhomme, Ex-Garsias de Navailles, attaqua les dispositions de la bienfaitrice devant le comte qui lui donna gain de cause. Quelques années après, Ex-Garsias étant allé en Espagne combattre les infidèles , y tomba malade, et près d'expirer il renonça à son droit et envoya à Gentule son ordre ou testament (ordinem) , afin que son bon plaisir fut de remettre le chapitre en possession du village. Gentule s'empressa de remplir les vœux du mourant, mais il y eut une nouvelle opposition formée par le seigneur de Mieussens. Le vicomte, pour acheter son désistement, lui assigna sur ses propres domaines cent mesures de froment et autant de vin, et rendit à l'église de Lescar le village contesté, franc et libre enfin de toute prétention étrangère.
Gentule eut un frère dont le sort est ignoré. Si nous en croyons Marca , oc serait ce vicomte de Gascogne ,
(l)Marca, pag. 268.
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ëgorgé par Lope-Fort , à la voix du duc Sanche et de sa femme. Quoiqu'il en soit de cette conjecture que rien n établit et moins encore n'infirme, Ceutule-Ga»ton de Bëarn mourut vers Fan i 004. On l'appelle oommunément Centule- le -Vieux, soit comme Ta pensé Marca, qu'il soit par>enu à une extrême vieillesse, soit plutôt qu'on ait cherché par là à le distinguer de son petit-fils. Il laissa de son mariage, outre son successeur Raymond, Centule qui fit un legs à l'abbaje de Si-Pé où il choisit sa sépulture, et une fille Cuillermine, mariée l'an 1 000, à Sanche , infant de Castille. Outre ces trois enfants légitimes, Centule eut un fils naturel nommé Aner-Loup , qu'il fit vicomte d'Oleron , titne qu'Aner-Loup transmit à son fils (4).
Gaston, second (2) de nom, était avancé en âge lorsqu'il succéda à son père Centule-le-Vieux. Il accorda (3) l'investiture du village d'Usan à Garsie-Loup, second abbé de Lescar et fils de Lope-Fort, et reçut pour prix de sa libéralité une cuirasse et deux bons chevaux. Sous son père, Loup de Castello, avec sa femme, son fils et sa fille donnèrent à l'abbaye de Luc, le village d'Abère qui dépendait de leur ancien patrimoine et douze maisons situées à Jurançon, sous la réserve d'être entretenus pendant leur vie dans le couvent. Le père et le fils y prirent l'habit, la fille et la mère y fixèrent leur résidence. Nos mœurs actuelles s'accommoderaient peu d'une dévotion assez générale alors et assez hautement recommandée. Format de Castello, un de leurs parenLs , imitant leur exemple , se retira avec son fils
(1) Marca. Art de vérifier les dales. — (2) Les mêmes. — (3) Cartulairc de Lescar.
dans le monastère de St- Vincent de Seub^bone (de sil^a bona) dont ils end>ra$sèrent la règle. Au jour de leur profession, les deux nouveaux religieux donnèrent à leurs frères la moitié de Féglise dont ils portaient le nom , et reçurent de Fabbé treize breaux- et deux bœu& (\y. Après leur mort, Auxilia et Arnaud son mari, seigneurs du lien, défendirent lentrée de Féglise aux gens du monastère et le dépouillèrent ainsi de la part qui lui avait été léguée. Les seigneurs en agissaient souvent de la sorte pour annuler la donation des églises faite en faveur du clergé. Une somme d'argent levnt presque toujours ces oppositions. Vingt sols morlas apaisèrent Auxilia et Arnaud. Gaston mourut vers 1012 , laissant un fils, Centule III , qui marchant sur les traces de ses aïeux , joignit ses armes aux armes des chrétiens d'Espagne et couibattit sous les bannières de Sanche*le-Grand, roi de Navarre.
Le père vivait encore, quand le duc de Gascogne fut appelé à venger un attentat bien rare et surtout bien odieux dans un siècle de foi et de piété (2). L'abbé Richard, lorsqu^'il prit sous sa dépendance le nouveau monastère de la Réole sur Garonne, y plaça des moines de sa maison de Fleury, auxquels il incorpora les mem* bresdeFancienne abbaye de Squirs. Mœurs, coutiunes, préjugés, haines séculaires, tout séparait les Francs et les Gascons. Les enchaîner ensemble, c'éuit former une communauté avec des éléments presque insocia- Ues. Aussi , ni les prescriptions d'une règle commune, ni la religion elle-même ne purent triompher d'une antipathie nationale. Des rixes ne tardèrent pas à s'é-
(1) Marca, liv. \, ch. 5.— (S) Aimoin. Vie de St-Abbon. Sigebert. /. 26.
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lever parmi cesliomtucsd'aljuégiilion, de rccueiUemeafi et de prière* Les Gascons molesLaieni les Francs y ito dit Aimoiii, Franc lui-même. Le bruit en paniiU aui oreilles d'Abhon^ qui avait succédé à Richard daiii Tabbaye de Fleury, Grand zélateur de la disciplint monasrifpie, il accourt en toute hâte; et prenant avis de comtes Bernard et Sanclie, il établit les n'î^lemenl fju^ils juf^ent les plus propres h assurer la concorde ;i mais à peine A]>bon s' est-il éloigné qne les dissensions renaissent. Pins harcelés que jamais^ les nialheurcui Francs étaient près d^abandonner une terre inliospi^ talière; mais, par le conseil des deuic comtes, ils dét tèrent vers lenr abbé pour le cxjnjurer de relournersui les lieux et d'ordonner une séparation devenue désor-^ maïs indispensablc-
A leur prière, Abbon revint sur ses pas > et dès cjtï'il fut sur les terres du duc Beniard ^ il dit en souriant Thistorien Aimoin qm Taccoiopagnait ^ et aux aut personnes de sa suite : ici, je suis pins puissant que le roi de France(l), car personne n'y recomialt sa suxerai^ neté (*). Il arriva à la Kéole, la veille de Si- Martin eoî 1004. il Les moines réfraciaires^ écrit le Père Longue^ \^1 dont nous emprunterons ici les paroles, les moines réfraclaires qui ne s'attendaient ps à le revoir siiAt , se portèrent à de nouvelles violences pour ^itcr la punition des premières. Le jour de Si- Martin , les j gai'çons domestiques ou vassaux du monastèrtr prii-ent querelle avec les Francs qui étaient de la suite d*Ab-|
(!) Vîe de Si-Abbon, ch. 20.
(*) Potûntiornunc sum domino nottrt>retjtfr(mcorMm intra A«^ fines vthi nuifw e/tw vervtur domim'um.
bon. On en vint aux mains, et le saint abbé eut bien de la peine à séparer les combattans. Le lendemain , fête de St-Brice , il fit une réprimande à un moine de La Réole, nommé Ânézan, de ce qu'il avait mangé hors du monastère sans sa permission. Anézan qu on accusait d^étre à la tête des révoltés, fit semblant de recevoir avec humilité les avis de son supérieur; mais dans Tinstant, on entendit des cris séditieux. C'étaient les Gascons qui étaient encore aux mains avec les Francs. La querelle reconunença par les injures : un domestique d'Abbon ayant déchargé un coup de bâton sur un Gascon qui parlait mal du saint abbé , ou ooorut aux armes. Abbon entendit le bruit et sortit pour Tapaiser; mais un Gascon s'avançant au devant de lui , lui donna un coup de lance dans le côté. Le saint abbé dit seulement : u celui-ci y va tout de bon,» et il se fit conduire à la maison où les domestiques étaient logés. Le moine Aimoin, qui le suivait, et qui écrivit sa vie, ayant vu du sang sur le seuil de la porto, lui demanda ce que c'était. Il répondit tranquillement : ^,u c'esl mon sang n ; et ayant levé le bras pour montrer sa blessure, il eu sortit une grande quantité de sang dont la manche de sa robe fut toute remplie. A ce spectacle, Aimoin ne pouvant s'empêcher de témoigner sa douleur, Abbon lui dit : a eh ! que feriea>vous donc si TOUS étiez blessé vous-même? Allez plutôt faire cesser le combat et donner ordre à nos gens de rentrer ». Aimoin obéit, et tous les domestiques du saint abl>é s'étant rendus auprès de leur maître pour le soigner, il expira le lendemain entre leurs bras, en disant : « seigneur, ayez pitié de moi et du monastère (jue j'ai gouverné ». Il mourut Tan 1004, le 13 novembre, qui
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cette année était un lundi. Son sang n'assouvit pas la rage des meurtriers qui l'avaient versé; ils forcèrent le logis où il venait d'expirer, et massacrèrent un de ses domestiques qui arrosait de ses larmes la téie de son maître qu'il tenait entre ses mains; après quoi ces furieux prirent la fuite, w
Le saint abbé fut enterré le mercredi suivant avec les habits dans lesquels il avait été tué, et sans qu'on eât lavé le corps, car on ne touchait pas, nous dit Aimoîn, aux cadavres de ceux qui avaient péri de mort violente; usage absurde qui règne encore dans nos campagnes On l'inhuma dans l'église de La Réole, devant Taulel de St-6enott, et on l'honora dèsJors comme martjr. Son biographe rapporte même plusieurs mirades faits à son tombeau dès le premier jour.
Indigné de cet attentat, Bernard (1) le punit sévèrement; et sans égard pour Thabit saint qui protégeait les coupables, il en pendit quelques-uns, en livra qud* ques autres aux flammes, et mit les Francs dans la possession exclusive de la maison. Cinq ans après ces scènes tragiques, nous voyons le duc de Gascogne confirmer (2) les donations faites par Guillaume, son parent et Urraque, sa mère, au monastère de St-Sever, et y ajouter de nouvelles libéralités. Cependant une maladie de langueur consumait lentement son corps. Il descendit dans la tombe le 24 décembre de l'année suivante, -î'ic/ime, nous dit gravement la chronique d'Adhémar, dex maléfices et des sortilèges de quelque inelllc femme ^ on plutôt du ressentiment des Gascons
(i) Adhémar, in rhronico. — (2j Cartulafrede St-Sever. M^rca, pa^ 233.
qui se vengèrent par le poison de sa partialité pour les Francs.
Bernard ne laissant point d'enfants ^ le duché passa à Sandie(l) , son frère, qui souscrivit en cette qualité à la charte de Gondom. L'évéque Gombaud était mort , peu après avoir donné ce monastère et tout ce qui en dépendait, à son fils Hugues (2). Celui-ci , trop )eu^e pour remplir les emplois de son père, s'était oonlenté de ses biens, et avait laissé placer sur le siège de Bafias et d'Agen , deux prêtres respectables qui jouirent paisiblement toute leur vie de leur dignité. Les autres églises du comté, Aire, Dax, Bayonne, Oleron et Lescar furent usurpécvs par le premier qui put s'en emparer, nous dit vaguement un chroniqueur ; c estrà-dire vraisemblablement que leurs biens furent envahis par les seigneurs. A la mort des évéques de Bazas et d'Agen, Hugues suivit lexemple de son père , se fit sacrer évéque et prit en main Fadministratiou des deux diocèses (3). Pieux conune il était, il sentit bientôt les doutes et les scrupules s'amasser au fond de sa conscience Pour les dissiper, il fit le voyage de Rome et découvrit au pape Benoit VIII qui occupait alors la chaire de SCrPierre les plaies de son âme. Le pontife laccueillit en père, essuya ses larmes, lui ordonna de se contenter d'un siège et lui imposa pour pénitence de bâtir un monastère dans une de ses terres et de le doter avec une générosité proportionnée a son rang. Hugues se soumit avec joie à cette injonction , et étant retourne en Gascogne, après avoir reçu la bénédiction pontifi-
(1) Adhémar, m chronieo. JL' Art de vérifier les dates. Marcs ^ OihéDard. Le P. Anselme. — (2) Cartulaire de Coodom , llarca. — (3) Cartulaire de Condom. Gallia Christiana. Marca, liv. 3, ch. 12.
cale, il donna un pasteur à Tëglise deBazas et garda (i) pour lui le siège d'Agen, d'où Condom dépendit longtem|is encore. Le couvent et la basilique fondés dans cette dernière ville par la comtesse Honnorette , venaient d'être la proie des flammes. L'urne seule celte fois encore avait échappé k l'incendie. Hti^esles fit rebâtir phis magnifiques que jamais , et à la place des clercs il y mit des religieux de St-Benûlt , sous la discipline d'un abbé, nonmié Pierre, et leur abandoi|iia noD seulement le domaine de G>ndom , mais encore tout ce qu'il possédait dans l'Âgenais et le Bazadok» Cest la l'origine de la puissance des abbés et plus tard des évéques de Condom, de qui la vicomte de Bruillois et le château de Nérac relevèrent jusqu'au temps du roi Antoine de Bourbon , père d'Henri IV.
La dédicace* amenait toujours une fête solenndie. Hugues y réunit (2) le duc Sanche, les prélats, les abbés et les principaux seigneurs de la provîncse; il lut à l'assemblée leprivilége qu'il avait rapporté de Rome et qui s'est toujours conservé dans le monastère. Le souverain pontife y défendait sous peine d'exconuttunication h toute personne, évéque ou comte, de toucher en rien aux biens de l'abbaye, et ordonnait d'en laisser la libre et entière administration à l'abbé, cpii devait être pris dans le sein âc la communauté et élu par les moines. Ces dispositions furent agréées de l'assemblée entière qui promit de les respecter. Mais pour les rendre plus siicrées, Hugues en demanda l'expresse confirmation. Le comte Sanche jura le premier, et chacun le
(1) Cartulaire de Condom. GaUia Christianti. Marca, lif. 3, ch. 12. — (2) Les méraes.
fil après lui. On dressa un acte que nous posscklous. 11 est de Tan 1011, sous le règne du roi Robert, Benoit VIII étant assis sur la chaire de St-Pierre, et Sanche, illustre personnage, occupant le duché dans la province de Gascogne.
A la tête des seigneurs qui se pressaient autour de Hugues, nous trouvons un vicomte Arnaud et sa femme (1), ainsi que le vicomte Arnaud, leur fils et Adelaïs, leur belle-fille. Où était placée leur seigneurie? La charte ne le dit pas, mais nous pensons que c^était la Lomagne, Tancien territoire des Lactorates, ayant la ville, de Lectoure pour chef-lieu. S'il fallait en croire les auteurs de Fart de vérifier les dates (2), ce pays eût eu précédenunent deux comtes, Arnaud Hatton, sous Louis-le-Débonnaire, et Eudes, du temps de Sanchele^urbé. Suivant les mêmes auteurs, les maîtres de la Lomagne descendirent plus tard, on ne sait trop pourquoi, au rang de vicomtes; mais sous ce titre ils conservèrent le droit de battre monnaie. Leurs pièces s^appelaient des Arnaudins (soUdi Arnaldenses) , d'un nom assez commun dans cette maison. Ce qui nous fait présumer que les deux vicomtes désignes dans Tacte précédent sont les seigneurs de la Lomagne, c'est que vers Fan 999 ce pays était possédé par un vicomte Arnaud ou Raymond Arnaud (3), ayant un fils nommé conune lui qui fut son successeur. Une charte (4) passée sous celui-ci désigne le père comme héritier et parent de Hugues, jadis maître du Gondomois, hœres et cou-
(1) Voyez l'article de fondation dans Marca, pag. 230.-^2) Tooj. 2. Edition in-folio, la seule que nous ayons consultée, pag. 280. — (3) Art de férificr les dates. Oihénart, pag. 480. — (4) Archives do
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sangumeus Hugonis de Condomiense domini. Le mol latin marque une {trente qoeloonque même par les femmes. Mais en voyant ses descendants prendre raoç parmi les grandes familles seigneoriales de la Gascogne, traiter d'ëgal à ^al avec les comtes d'Armagnac, d'Âstai^c et de Bëam, s^allier aveo em, porter pour armes, comme les d'Armagnacs, émargent àiu lion de gueukt^ Aous ne saurious douter qn^Amand el les siens n appartinssent k la souche lÉfénôvingiefiiie; vréisemblaUenitfDl fAt HattOfn, frère de Hunalfi, dont la postériié occnps quelque temps Iâ comté d'Agten* La haine qoi poorsuivit les descendants d*Eades, sons les premiers Orlovihgiens, et les ténèbres qui suivirent, nous exp li quenl assez pourquoi les anneaux de la diatoecpii lie les diverses branches ne sont point connus. Quoiqu'il en soit, le pape Jean XIX écrivit en 1030 â GoûlaoBie Tàillefer, comte de Toulouse, pour Tengager à porter Amaud-OdoncI), vicomte de Gascogne, son vassal pour la vicomte de Gimois ou Gimadois, i restituer i Tabbaye de Moissac, les églises de Riols et de Flamarens. Le titre de vicomte des Gascons par lequel le sooveiaiB pontife le désigne, ne permet pas de se méprendre; d'autant plus que Oihénart lui donne pour prédécesseur et pour père, un Odoat ou Odon, vivant en 960. On ignore le nom de sa femme et Tépoque de sa mort, mais il est certain quHI fut remplacé par son fils nommi^ Arnaud (2)comme}ui. L'existenceet les titres decduki sont incontestables ; nous le verrons se mêler à la grande lutte qui arma toute la Gascogne.
(1) Histoire du Languedoc, tom. 2, page 185. — (2) Oihénart. Art de vérifier les dates. Dom Vaisselle.
DE LA GASGOGnE. 409
Le gouvernement du duc Sanche fut troublé par une nouvelle apparition de manichéens. Nous trouvons ces mêmes hérétiques, à quelques variantes près, presque à tous les siècles. Cest rétemelle lutte de la chair contre Vesprit, des appétits grossiers de la brute contre les nobles facultés de Tintelligence. Maintenant ils se moquaient (1) des livres saints et niaient la création , la punition, après cette vie, des voluptés sensuelles, et la nécessité des bonnes œuvres. Mais par une de ces anomalies, inexplicables el cependant si fréquentes diez les hétérodoxes , ils s'abstenaient de toute espèce d€ viandes et feignaient d'embrasser la chasteté, sauf à se rédimer dans Tombre, s'abandonnant alors à des crimes et à des abominations qu'on ne saurait raconter sans crime I écrit Adhémar (2), dans sa chronique. Us «doraient le démon qui se présentait à eux, d'abord sous la forme d'un noir Ethiopien, et ensuite sous les traits d'un angedelumière, et leur portait tous les jours beaucoup d'argent. Ailleurs, Adhémar nous parle d'un paysan de Toulouse, qui tenait sur lui une poudre faite avec les ossements d'enfants morts^ et qui avait la vertu de rendre manichéens ceux qui la goûtaient Voilà bien les sorciers de nos campagnes , tels que les font encore les croyances populaires. Qu'il faut de siècles pour dissiper les erreurs même les plus absurdes! Le feu iit justice de ceux qu il eût fallu sans doute plaindre et éclairer. Toutefois, nous devons le reodhualtre, avec de •pareilles doctrines toute société est impossible ; de là sans doute la sévérité de nos pères.
;i) Mirca, page 230. — (2) Voir le texte d'Adhémar, même page.