‹ Histoire de la Gascogne (volume 3)Chapitre 6 sur 32 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

L'AqoiUiBe , — sei difers Noms , — s« preoicrs HtbitMls , — leor Origiw , — If on M«orj , — lenr Religion.

La Gaule primitive , Galteach , pays des Gais , se divisait en trois parties inégales: la Belgique au nord, la Celtique au milieu , et au midi l'Aquitaine , dont nous entreprenons Thistoire (1). Celle-ci , adossée à rOcéan , s'appela d'abord Amiorique (2) (de ar, sur, vers , et nmir^ nioù% ou Tnoi\ mer% nom générique , à ce qu'il parait, parmi nos ancêtres , de tous les pays que baignaient les mers. Les Romains changèrent son nom et l'appelèrent Aquitaine, Quelques écrivains

(t) César, Pomponiiis-Mela, Pline. —(2) Pline et César. /. I

2 HïSTOIllE

veulent qu ik Taient ainsi appelée d'une de ses nombreuses peuplades , dont on ne saurait trop assigner la place certaine , mais qu'on croit généralement avoir habité les environs de Dax. On a vu souvent les conquérants et les navigateurs donner à tout un pays inconnu , le nom de la première tribu soumise à leurs armes , ou de la première plage ouverte à leurs investigations. Pline dit expressément: u Les peuples Aquitains sont (*) les Poitevins, les Saintongeois et les Aquitains qui ont donné leur nom à la province. » Mais l'opinion la plus commune, et la plus vraisemblable veut que les Romains l'aient nonmiée Aquitaine , k cause de l'abondance de ses eaux. Dans Aquitaine on trouve, en effet, eau , aqua en latin , et tanîa^ mot grec-barbare , ou plutôt mot parasite , portant en soi l'idée de pays, comme Mauritania, Britania, pays des Maures, des Bretons. Nous voyons l'Aquitaine baignée par la mer et sillonnée par de nombreuses rivières. S'il fallait en croire certains écrivains , dont l'opinion paradoxale n'a d'autre mérite que celui de rappeler un fait trop méconnu de nos jours , même dans notre pays, ou eût d'abord prononcé Èquitaine (1) du latin equus , cheval , parce que la contrée était féconde en chevaux renommés. Le temps, suivant eux , eût amené un léger changement, et d'Équitaine on eût fait Aquitaine. Enfin , ce dernier nom lui-même s'est transformé en Guienne , altération qui ne date guère que du règne de saint Louis. Ce serait , suivant quelques sentiments (2) , ces fiers Guillaume, dont la cour

(*) Gentes jlquUaniœ sunt PictonetySantones et Aquitani %mà$ momen provinciœ.

(I) Dom Martin. — (2) llaute-Scrrc.

jeta tant d^éclat dans le moyen-âge, qui lui auraient imposé leur nom. Guienne nous présenterait alors une variante de Guillelme, ou pays, héritage de Guillaume. Mais outre qu'à l'époque où nos chroniqueurs commencèrent à se servir de ce nom, la postérité de Guillaume s'était éteinte ou plutôt fondue dans la maison des Plantagenets, Guienne n'est é\'idemment qu'une variation locale d'Aquitaine. Eau se prononçant che^ nous aïgo^ l'Aquitaine, à la naissance delà langue Romane, se sera dite Yaïgùtaine^ d'où, par euphonie, sera advenue Vaïgoaine^ et enfin la Guienne. Toutefois à cette dernière époque , nous le verrons , ce n'était guère plus l'Aquitaine primitive. Celle-ci, occupée presque entièrement par les Gascons , était devenue la Gascogne. Quoiqu'il en soit , l'Aquitaine n'eut pas toujours la même étendue. Bien inférieure à la Belgique et à la Celtique qui s'étendaient, l'une du Rhin à la Seine et à la Marne , et l'autre de la Seine a la Garonne , notre patrie était renfermée entre ce dernier fleuve, l'Océan et les Pyrénées ( ^ ). Pour réparer cette inégalité, Auguste porta ses limites jusqu'à la Loire. Plus tard, un de ses successeurs la partagea , comme il partagea les deux autres grandes divisions (2). On forma alors une première , une seconde et une troisième Aquitaine. La seconde , dont Bordeaux fut la capitale , retint plus particulièrement le nom d'Aquitaine , et se transforma dans la suite en Guienne. La troisième fut plus connue sous le nom de Noifempopulanîe ; elle renfermait , à peu de chose près , tout ce que comprenait l'Aquitaine des premiers Romains. C'est donc propre-

(i) Cé5ar, Pline. — (2) Strabon.

ment à la Noveinpopulanie que nous consacrons notre travail. Mais quand nous la verrons soumise par les Gascons, nous adopterons, pour ne plus le changer, le nom plus précis et plus naturel de Gascogne. On ignore sous quel règne s'opérèrent les changements que nous avons indiqués. La plupart les attribuent à Adrien , d autres les reculent jusqu a Constantin (1). Mais peut-être serait-il plus exact de les placer entre ces deux empereurs. Voulut-on, en morcelant ainsi ces grandes provinces , briser toute résistance et façonner plus facilement au joug, des peuples qui s'en montraient impatients, ou seulement affaibbr Fautontc des gouverneurs qui , si loin du centre de Tempire , eussent pu profiter de leur éloignement et de leur puissance pour se rendre indépendants et revêtir la pourpre? Chercha-t-on , au contraire , en créant des dignités nouvelles , à satisfaire plus d'ambitions et à acheter plus de dévouements ? Kssaya-t-on enfin , en formant d'autres provinces , de remplacer celles qui devenaient tous les jours la proie des barbares , et de couvrir ainsi les plaies de l'empire ? nous ne saurions l'affirmer ; mais ce qui est constant , c'est que sous les fils de Théodose la division était consommée. La Notice des provinces (2) , que fit paraître Honorius, |X)rte à dix-sept les provinces des Gaules. On y lit : la première, la seconde Aquitaine et la Novempopulanie (*). Nous trouvons dans la notice de l'empire , éditée sous le même règne , Aquitaine première , seconde et Novempopulanie ; et on y donne à chacune un gouver-

(1) Marca, Haule-Scrre. — (2) Notitia provtnciarum.

(') Jquitania prima, ^quitania secundaet Novempopulana.

DE lA GASCOGNE. 5

neur particulier (1), Prœsides Aquitaniœ ^ Secundœ et JVoi'èmpopulanonim.

Quarante peuplades environ se partageaient TAquitainc. En voici la nomenclature par ordre alphabétique (2) : Ambilatri , Atures , Auscii , Basabocates , Belendi , Benamenses , Becoriates, Bigerriones , Bipedimni, Bituriges-Vivisci , Boates , Boii , Camponi , Garacates, 0)rasates , G)nvenae , Dotii , Ecolismenses , Elusates , Gantes, Garumni , Helvii , Meduli , Monesi, Onobrisates ou Onobusates , Oscidates-Campestres , Oscidates-Montani , Preciani , Sennates , Sibutzates , Sibillates , Sotiates , Succasses , Tarbelli , Taruzates , Tomates, Vaccei, Vasates , Vassei , Venami , auxquels il faut ajouter les G)nseranî qui , quoique places sur la rive droite de la Garonne vers sa source , ont toujours fait partie des Aquitains. Il serait difficile d'assigner les lieux précis qu'occupaient ces peuples, moins encore pourrait-on fixer les limites de leur territoire , tant il y a d'obscurité dans les historiens qui nous ont transmis leur nom et d'incertitude dans les savants qui ont apprécié les récits des historiens : on n'est pas même d'accord sur les neuf principaux qui donnèrent leur nom à la Novempopulanie. Parmi ces nombreuses tribus , deux étaient incontestablement d'origine Gauloise (3), et leur voisinage servait , suivant Strabon , à mieux faire ressortir la différence tranchée des races. Elles habitaient l'une et l'autre les côtes de l'Océan , vers l'embouchure de la Gironde. La première était celle des Boii ou Bogs (*) les terribles , de race Kemriquc , les

(1) De dispos, prœfect. pr. Gall. — (2) Guérard, Doni 3farlin . — (3)Dom Martin, liv. lor.

{*) BuWj la peur, bwcff ou buq^ icrrible.

mêmes qui conquirent Tltalie et habitent encore la Bavière et la Bohême (i ) (Boyo-Haemen, demeure des Boii). Suivant quelques auteurs ils occupaient d^abord seuls FAquitaine (2); mais épuisés par les colonies qu'ils envoyèrent au loin, ils furent réduits aux étroites proportions d'une faible tribu. Déchus de leur puissance , ils renoncèrent à la guerre et bornèrent leur industrie à extraire la résine des bois de pins, qui croissaient sur leur territoire. A leur côté , mais un peu plus au nord, vivaient les Bituriges-Vivisques (3), peuplade Celtique qui , à l'époque de l'invasion des Kemris, se détacha des Bituriges-Cubes (les habitants du Berry actuel). Placés sur les bords d'un fleuve (la Gironde) et les cotes de l'Océan, ils se hvrèrent avec succès à la marine.

Les autres 38 ou 39 tribus étaient-elles autocthones, ou venaient-elles du dehors? et surtout dans quel grand centre de population faut-il les ranger ? L'histoire a longtemps hésité à le dire, et peut-être hésitet-elle maintenant plus que jamais. Il est même probable que Tobscurité qui enveloppe cette grande question, ne sera jamais complètement dissipée.

A une époque où l'on aimait à rejeter dans la nuit des temps l'origine des peuples , des écrivains voulurent faire descendre les Aquitains du fils de Zamothès (4), de ce Magog qui a tant exercé les veilles des anciens docteurs. D'autres, un peu moins ambitieux (5), virent dans nos ancêtres les descendants des Troyeiis

(1) Tacite, German. ch. 28. Strabon, liv. 7. D. —(2) Dom Martin , liv. 1". — (3) Ptoloméc. Strabon, lif . 4. Amédée Thierry. — (4) Chronique d'Alexandrie. llaute-Serrc. (3) GaZ/rù/ui , liv. 1<*^ Haute -Serre. Diipleix.

qui , chassés de TAsie, allèrent chercher une nouvelle patrie sur les rives de FOcéau. Ils vous donnent les noms des princes qui parmi eux portèrent le sceptre et le nombre des années qu'ils occupèrent le trône. Il ne ' tient pas à ces écrivains , que vous ne connaissiez non seulement les entreprises qui signalèrent leur règne, mais même les princesses qui partagèrent leur couche, et jusqu'aux jeux qui amusèrent leurs loisirs. Signaler ces fables , c'est en avoir fait justice. Un auteur plus grave, Dom Martin, dans son histoire des Gaules ('l), donne aux Aquitains pour pères les Phéniciens de Dor ou Doraj ville située à égale distance de Tyr et de Césarée de Palestine. Fuyant Textermination dont Josué menaçait toutes les races de Chanaan, ils auraient abandonné la Phénicie , passé la mer , traversé Fflspagne en empruntant ses mœurs, et se seraient arrêtés sur le versant septentrional des Pyrénées. Qui ne sent tout ce qua d'arbitraire et de conjectural un pareil système! aussi u'a-t-il pas été admis. Deux autres plus heureux se partagent aujourd'hui le monde savant : les uns veulent que les Aquitains aient toujours appartenu à la grande famille des Gais ou Gaulois , dont toutes les histoires de France nous donnent Torigine et les migrations armées à travers l'Europe et l'Asie. Les raisons qu'ils invoquent sont plausibles , si elles ne sont certaines. Les Gaules , à toutes les époques connues, s'étendirent du Rhin aux Pyrénées; mais elles se seraient bornées à la Garonne, si après ce fleuve on n'eût plus trouvé de tribu Gallique. Puis entre des peuples divers , surtout dans les pre-

(1) Liv. 1", page 131.

miers âges où la lutte et la guerre semblaient Télément naturel , il fallait des barrières imposantes. On conçoit le Rhin , les Alpes , les Pyrénées , la Loire peut-être ; mais la Garonne , aux rives si étroites , au lit si peu profond, aux flots si lents et si paisibles, qui eût-elle arrêté ? Enfin admettre une origine étrangère, c'est presque abdiquer la France pour patrie , et les cœurs méridionaux la revendiquent pour mère, pour le moins autant que les populations du Nord (*).

On conçoit sans peine que celte opimon, qui s appuyait d'ailleurs de l'autorité de César et d'une foule d'historiens Grecs et Latins , ait été embrassée par presque tous les auteurs qui ont écrit jusqu'au XIX' siècle.

Toutefois, les Aquitains, invoquant une tradition qui , chez eux, n'avait été jamais ni altérée ni affaibUe (<), se disaient originaires d'un autre pays et desfendus d'un peuple différent de celui que reconnaissaient pour auteurs de leur race les GaLs ou les Celtes. Strabon observe d'ailleurs (2) , qu ils ne ressemblent en rien aux GiJLs leurs voisins ; mais qu'à leurs traits , à leur taille , à leurs mœurs , à leur langage, on les prendrait plutôt pour des Ibères. Enfin l'histoire csl j là pour attester que lorsque les Aquitains avaient une

j guerre à soutenir , les Cantabres et les antres tribus

j Ibériques accouraient à leur secours ; et que lorsque le

Cantabres et leurs voisins étaient attaqués , les Aqni-

(*) Au Midi, nous aimons à le rappeler d'avance, est due \à gloin d'avoir sauvé notre nationalité contre les invasions de l'Aiigletern sous les règnes de Charles VI et de Charles VIL

(1) Dom Martin^ liv. 1, page 1^3. — (2) Strabon, liv. 4.

Dt LÀ GASCOGNE. 9

tains étaient appelés et allaient partager leur for^ tune (i). Cette confraternité d'armes, cette communauté de revers ou de succès , cette ressemblance si complète, indiquaient naturellement un berceau conmiun. Aussi vers le milieu du siècle dernier, Freret (2) et Menard (3) conmiencèrent à soupçonner que les Aquitains pouvaient bien être, dans les Gaules, un peuple à part, détaclié de la nation Ibérique. Guillaume de Humbold (4), s^emparant de ces conjectures, leur a imprimé le sceau de sa vaste érudition : il s'est surtout étayé d'une foule de noms qu'on retrouve à la fois sur les deux versants des Pyrénées , et d'une quantité de lieux , qui , dans l'Aquitaine , présentent une étymologie évidemment ibérienne. Ses raisons ont entraîné l'école historique de nos jours, qui nous parait incliner presque tout entière à nous donner pour ancêtres les Ibères , dont l'origine est Ê peu près certaine.

Josèphe appelle Ibériens , les descendants de Tbubal ou Thobel , cinquième fils de Japhet ; et Ptolomée nomme les Ibériens Thobelliens (5). Il est d'ailleturs constant que, dans l'antiquité la plus reculée, on trouve deux peuples connus sous le nom d'Ibériens : l'un placé aux environs du Caucase , dans Tancienne 'Arménie, et l'autre habitant la partie la plus occidentale de l'Europe, appelée d'abord Sétubalie (*) et au-

(i) César, liv. 3. Orose, liv. 6. ch. 8. — (2) Réponse aux doutes de M. Ménard. — (3) Histoire de la ville de Nismes. — (4) Ilumbold , dans son ouvrage sur la langue des Basques : Berlin, 182f . — (5) Essai sur Torigine et la noblesse des Basques. Arias Montanus, Joséphe, Varron et Pline ont partagé le sentiment de cet auteur.

(') Sétubalie, sem^ tubai, /ta ou ria^ pays de la postérité de TubaL en langue basque.

jourd'hui Espagne. Il est donc plus que probable que les premiers habitants de TEspagne ou Ibériens occidentaux, sont originairement sortis des Ibëriens orientaux , et que les niis et les autres sont la postérité de Tbubal. Ce qui confirme cette probabilité, c'est la conformité des noms ; car, ainsi que FArménie , TEspagne a son Ébre , son Araxe , son Ararath. Mais à quelle époque eut lieu la séparation entre les deux branches de la même souche , et quand les Ibères occidentaux vinrent-ils occuper FEspagne ? on Tignore complètement. Cet événement dut suivre de près la dispersion générale des descendants de Noc, puisqu'ils avaient devancé dans cette contrée les Phéniciens , qui abordèrent dans la péninsule 1500 ans avant Tère chrétienne , et même les Celtes dont l'apparition sur la<erre espagnole était antérieure aux Phéniciens, li'histoire a eiHX>re moins enregistré l'époque où les Ibères franchirent les Pyrénées et vinrent se fixer dans l'Aquitaine , si toutefois ils l'envahirent jamais. Du reste , rien de plus opposé que les mœurs et les habitudes des Gais et des Ibères (1) : oeux^ graves, sérieux , recueillis , presque taciturnes ; ceux-là gais , légers , insatiablement avides et ciuieux , parleurs terribles £t infatigables , se riant de leur parole et de leur foi : à eux le courage de l'attaque , conmie aux premiers celui de la résistance (2). Les deux peuples étaient trop voisins pour ne pas se rencontrer , et avec des caractères si différents , la lutte était inévitable , et avec la lutte devait naître souvent la guerre. Une d'elles surtout fut longue et terrible. A la fin, les

(i) Dom Martin. — (2) Michclet, tome 1".

deux races affaiblies et fati^ées se rapprochèrent et alunirent. De ce mélange , disent les historiens, sortit la nation Celtibérienne (1) , mixte de nom comme d^origine , mais dans laquelle le sang ibérien prédomina. Cest d^elle, sHl nous était permis d^avoir une opinion, que nous ferions descendre les Aquitains , et nous nous étonnons qu^ayertis par les difficultés qu'offre chacun des autres systèmes , on n'y ait pas songé ayant nous. Cette opinion s'accorde avec Tan* tique tradition qui sépare TAquitain du Gai , et répond à toutes les objections que soulèvent les deux autres sentiments. D'un autre côté, la faiblesse du rem* part qu'opposait la Garonne se prétait au mélange, et eUe l'explique naturellement. Enfin, nous trouvons dans notrcfpap des noms et des mœurs qui appartiennent à l'une et l'autre nation. Si lUiberris^ E^uze, (lUij ville, Berris ^ nouvelle)^ si Bigorra^ Bigorre, (£c5, deux, gora^ hauteur) (deux fois haute); si Béusoa , Bassoues {Bassoa^ forêt, broussailles) ; si ces noms sont ibériens , Bardunum , Berdoues , et une fioule d'autres sont celtiques. L'Ibère était attaché au sol qui l'avait vu naître , le Celte était naturellement gaèear. A ce double trait , qui ne reconnaît le vrai Gascon! La religion et le culte des deux peuples nous ofli'ira ie nt d'autres traits de ressemblance avec les Aquitains. Voici ccHnment les anciens auteurs nous peignent les Celtibériens : Amis des combats comme tous les peuples éloignés de la civilisation , ils souriaient au bruit des armes ; mais pleins de confiance en leur valeur, ils auraient rougi de devoir leur

(1) Isidore de Séville, Pline, et surtout Diodore do Sicile, liv. 4.

12 nîSTOiiit:

triomphe à la ruse; il leur fallait un combat loyal , où le courage seul obtînt la victoire. Mourir sur un champ de bataille, était la destinée qu'ambitionnait tout guerrier (1). Honte ou pitié s'attachait à la mort naturelle. Bons et hospitaliers pour l'étranger (2) , le suppliant et le malheureux, à l'exemple des Gais , ils se montraient féroces et implacables envers leur ennemi ; mais différent des Gais qui marchaient au combat avec le premier fer que saisissait leur bras , le Celtibérien éprouvait longtemps la trempe et la bonté de ses armes. Une institution qui lui est particulière et qui est étrangère (3) aux Gaulois , est celle des Solduriens ou plutôt Saldunes (de l'Escualdunal (*) zaldi , ou saldi , cheval, salduna , qui a un cheval, cavalier, VEques ^ romain); on nommait ainsi des soldats qui se vouaient à un chef, partageaient à jamais sa destinée , ou plutôt s'identifiaient tellement avec lui qu'il n'est pas d'exemple qu'un seul lui ait jamais survécu (4). Dès que le chef succombait , on les voyait chercher dans la mêlée une mort glorieuse , et s'ils ne pouvaient Ty trouver ils revenaient se percer sur le corps de celui qui eut leur foi. Le nombre des braves attachés à un seul chef était illimité. Nous verrons bientôt Adcantuan , roi des Sotiates , en compter jusqu'à six cents. Il n'est aucun trait de cette peinture qui ne s'applique aux Aquitains aussi bien qu'aux Celtibères. Il est temps d'esquisser leur vie , peut-être

(1) Slrabon.— (2) Diodore de Sicile— (3) César, de Bello GallicOy liv. 3.

(') L'Escualdunal est la langue des Basques actuels. (4) César, iV/.

navons-nous que trop insisté sur leur origine, et néaumoins nous n'osons pas nous flatter d'avoir été plus heureux que nos devanciers et d'avoir porté quelque jour sur Tobscurité qui la couvre.

La vie des Aquitains était la vie de Clan , vie isolée et indépendante , féconde en rivalités qui nous paraissent avoir survécu aux diverses formes de gouvernement qu a subies notre pays et amené ces surnoms , si peu gracieux , dont chaque paroisse gratifiait naguère encore la paroisse voisine, et que celle-ci lui rendait à son tour : les limaçons, les lapins , les rats (*). Les tribus les plus puissantes se partageaient en plusieurs districts, mais aucune ne commandait aux autres (1). Chacune s'administrait souverainement et avait son conseil et son chef. Celui-ci , chez quelques-uns, portait le titre de roi ; chez les Sotiates et les Nitiobriges (habitants de Sos et d'jégen) (2) : mais chez la plupart c'était un simple citoyen revêtu du titre de "vergobret : et encore parmi ces républiques, les unes obéissaient a l'élément démocratique et les autres à l'aristocratique. Néanmoins toutes les tribus, malgré la diversité de leur état constitutif, admettaient des lois générales et fondamentales; et quand un danger les menaçait (3) toutes, ou que l'intérêt général le commandait, elles se réunissaient en confédération pour élire un chef unique , devant lequel s'effaçait toute autorité particuhère. L'élection de ce chef se faisait par les députés, de chaque tribu. Mais le roi ou le vergobret était

(*) Lous Liroaqucs, lous lapiès, lous semailles, lous arratès. (1) Dora Martin, Histoire des Gaulois. — ,'2) Le môme. —(3) Dom Martin, Histoire des Gaulois.

ii HISTOIRE

nommé par les trois ordres dont la tribu se composait (1) : les prêtres, les nobles et le peuple. Nos lecteurs s'étonneront comme nous de retrouver presque la. constitution qui régit la France jusc[u'en <789. Dans les élections , tous les suffrages étaient libres et égauK. La voix du dernier membre avait autant de poids que celle du seigneur le plus puissant. L^autorité du chef unique ou dictateur expirait avec les circonstances qui avaient provoqué sa nomination. Celle du vergobret ne durait qu'un an. Le roi seul était presque toujours à vie. Mais nulle dignité n'était héréditaire , et loin que le sang donnât des droits k j être élevé , il était dans plusieurs peuplades un titre formel d'exclusion. Les assemblées générales n'avaient pas de lieu fixe ; il était déterminé par les circonstances ou par la puissance de la tribu prédominante. Les assemblées particulières se tenaient toujours ou du moins presque toujours auelief-lieu du Clan. Tous les membres en âge de porter les armes étaient tenus d'y assister (2). Il en coûtait quelquefois un memlnre oa même la vie à celui (3) qui an'ivait le dernier, ht chef , roi ou vergobret, se d^ait tout entier à la tribu qui l'avait placé à sa tête ; rar^nent il lui était pomût d'en franchir le territoire. Son autorité avait dei bornes ; en essayant de les dépasser , il s'exposait vbcl plus rudes tourments , et presque toujours à la nKMrt Un sentiment dominait tous les sentiments des Aqui*

(1) Dom Martin, liv. l<'r, Histoire des Gaulois et surtout, tome i'-r, de la Religion des Gaulois. C'est au docte Bénédictin que kf auteurs modernes ont emprunté, ainsi que nous, les détails les pin curieux sur les mœurs , le gouvernement et la religion des Gaokii^ — (2) Amédée Thierry, tome 2. —(3) César, liv. 5.

DE LA GASCOGKE. <5

tains ou plutôt de tous les Gais, lamour de la liberté, à laquelle ils sacrifiaient leur fortune , leurs enfants et leur vie. •

La plus grande partie de la tribu s agglomérait sans ordre ni symétrie sur un terrain élevé assez voisin d'une rivière ou d'un ruisseau (1) ; ainsi, Auch , Leetoure, Oleron, Bazas, Dax , Sos, Eauze , Aire, St-Bei^ trand , toutes les villes que nous avons visitées. Les autres membres de la tribu se posaient aux environs, choisissant de préférence les hauteurs. Ce choix était commandé par Tétat d'incessante rivalité dans laquelle on vivait ; il fallait se précautionner contre les incursions de ses voisins. Du reste , toutes les habitations étaient isolées ; on n'oserait pas assurer que les cités , que nous trouvons dans les premiers historiens , ne fussent pas de simples villes de refuge (2), vides d'habitants et où Ton courait se réfugier pour échapper au danger du moment , à peu près comme ces vastes souterrains que l'on découvre quelquefois dans les entrailles de la terre. Leurs maisons, si nous pouvons donner ce nom aux misérables huttes qui les renfermaient , étaient de terre durcie au soleil et couvertes de chaume. C'est encore dans une grande partie de la province la demeure, non-seulement du pauvre , mais encore d'une foule de personnes aisées. Ils y prenaient leur repas assis sur des sièges adossés aux muraiUes (3). IjSl place d'honneur était donnée à l'âge ou à la dignité. Le mets unique qu'on y servit longtem j>s, était j)orté successivement devant chaque convive. Outre

(1) Dom Martin, li v. 1". —(2) Dom Martin et Micbekt, lomc 1er.^3)Sirabôn,liv. iT.

le fruit de leur pèche et de leur chasse, ils se nourrirent d'abord de glands, et puis de millet. Ils y substituèrent ensuite le blc que les Phéniciens leur apportèrent, avant qu'il ne fût connu du reste des Gaulois. Plus tard le beurre (1 ) remplaça pour eux l'huile des côtes de la Méditerranée. Le vin était rare ; ils s'en servaient à fêter leurs parents (2) ; et au milieu de la joie que versait dans leur cœur ce nectar délicieux, on les voyait se lever tout-à-coup et sauter au son de la flûte ; ou au bruit plus aigre du fifre ils menaient des rondeaux, duraift lesquels ils s'élançaient en l'air , en pliant leurs genoux , et retombaient droits et fermes ; c'est la danse favorite de nos paysans. Presque toujours couverts d'une saye , espèce de casaque ( le manteau , compagnon inséparable de F Espagnol) y ils la portaient même durant leur sommeil , qu'ils prenaient sur un tas d'herbes ou de feuilles desséchées en guise de lit. Le noir ou le brun était la couleur ordinaire de leurs liabits (3). Les femmes y ajoutaient des fleurs écarlate, qui tranchaient par leur éclat sur un fonds obscur. La monnaie leur était inconnue ; ils payaient en nature , ou donnaient un morceau d'argent laminé. Méprisant les dangers , ils combattaient souvent nus , et le plus souvent ils ne couvraient que le haut de leur corps (4). Leurs armes offensives étaient des haches , des couteaux de pierre et des flèches garnies d'une pointe d'acier, et le plus souvent de silex ou de coquillage. Les armes de métal les remplacèrent , mais elles ne

(1) Dom Martin, Discours. Slrabon, liv. 3. — (2) Dom Martin, Discours sur les mœurs cl coutumes des GauloiF. — (3) Strabon , llv. 3. — (4)Siliu5 Italicus, Strabon, Dom Martin.

firent jamais oublier les premières ; aussi trouve*t-on. les unes et les autres presque toujours réunies dans la même tombelle. Pour toute défense ils ne connaissaient qu^une cuirasse de lin , peu se servaient de casques. Leur cavalerie était infiniment supérieure à leur infanterie (1); d^CMrdinaire on fortifiait celle-ci en les laAlant. Les sièges étaient simples. Ils ignoraient Tusage el même le nom des machines. Ils ne connaissaient que la mine , qu^ils avaient apprise en extrayant les mè* taux (2) dont abondaient leurs montagnes. Us lançaient une grêle de pierres sur les murs , dont ils écartaient ainsi les défenseurs , et pois ils montaient à Taasaut. Présenter Tépaule nne, éudt déposer les armes el s^avouer vaincu. Les femmes découvraient leur sein et jetaient aux ennemis de Targent et des robes« Gomme les premiers Egyptiens, ils exposaient les ma* lades sur les routes , afin que les passants les soulageassent de leurs conseils (3). Cet usage dura peu ; les Druides se firent leurs médecins, et le plus souvent leur médecine ne fut que de Tastrologie, mêlée au plus grossier empirisme. La justice était prompte et sévère comme elle Test toujours au berceau des peuples. Qs précipitaient les criminels ordinaires du haut de leurs rochers (4) , mais les parricides^ ils les traînaient au-delà du territinre de la tribu et les lapidaient. Presque aussi implacables pour Tinfortuné que la victoire livrait entre leurs mains, ils le massacrèrent longtemps sans pitié; cependant un siècle avant la conquête romaine ils se contentaient déjà de

(1) Oom Martin. Discours, tome 1»^'. — (2) Dora Martin. Amédée Thierry.— (3) Dora Martin. -—(4) Strabon. Dom Martin. /. 2

j8 '. .. ' HISTOIRE

le piiver de la liberté et de le condamner à Tesclavage. Ce sera la condition la plus douce du vaincu , jusqu'à ce que les maximes humanitaires du christianisme aient pénétré la société.

Le peuple , quoique libre , ne pouvait prétendre aux dignité, qui étaient le partage exclusif de la noblesse (1). Celle-ci habitait presque toujours les champs , près des bois ou des marais (2), pour s'y livrer aux plaisirs de la pèche ou de la chasse dont elle faisait , après la guerre, ses délices et son unique occupation. Elle ne rasait que ses joues et laissait croître le reste de la barbe qui tombait épaisse et nourrie jusqu'à la poitrine (3). Le peuple au contraire se rasait entièrement, et ne conservait qu'une barbe courte et légère. Au-dessus des nobles eux-mêmes , s'élevait l'ordre sacerdotal, puissante et habile corporation, connue sous le nom de druidisme. Nous ignorons si elle s'introduisit dans l'Aquitaine aussitôt que dans le reste des Gaules , inais elle l'envahit aussi. Berdoues , Monbardon , Bardimum , Mons Bardomm , le martyre de saint Taurin massacré au milieu d'un sacrifice , dans la foret d'Aubiet , et une foule de monuments, ne laissent aucun doute à cet égard. EUle se recrutait dans tous les rangs de la société , mais principalement parmi la noblesse, fille se composait de trois classes distinctes : les Bardes , les Eubages , et les Druides (4).

Les Bardes {Bardon Bardd ou jBarz, chantres) (5),

(1) I>om Martin. — (2) Le même el Strabon. — (3) Dom Martin.

(4) Idem. De la Religion des Gaulois, lom3. \. Amédéc Thierry.—

(5) Festus.

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«talent les historiens et ks poètes de la nation. Dans les assemblées générales , au foyer domestique ou à la table des chefs, ils célébraient les exploits des héros(l), et quelquefois ils censuraient le vice ou la lâcheté avec une hardiesse (2) qu'expliquait seule l'indépendance d'un ministère sacré. Leur voix enflammait le courage sur le champ de bataille , quelquefois même elle arrêta le carnage , et ramena la paix entre les tribus divisées. Mais leur vie , trop ouverte au plaisir , altéra insensiblement fe respect qu'inspira d'abord lein: ministère ; et à la fin on ne vit dans eux que de vils para$ites(3), vendus aux caprices des grandsqui les nourrissaient. C'est des Bardes , nous le croyons du moins, que sont venus les bouffons que nous retrouverons dans les bagages de la royauté , et de tout ce qui en affecta les airs, jusqu'au xvii* siècle.

Au-dessus des Bardes étaient les Ovatcs , Eubages ou plutôt Eubates. Chargés de la partie matérielle du culte, ils vivaient au sein de la société et en dirigeaient les mouvements sous l'impulsion du corps (4) dont ils étaient les interprètes journaliers. Nulle cérémonie publique ou privée , nul acte civil ou reUgieux où leur jurésence ne fût non-seulement appelée, mais même indispensable.

Plus haut encore et au sommet de la hiérarchie , étaient les Druides ou honmies des chênes (de derwidd denv , deru , dair , chêne). Diodore de Sicile (5) les nomme Sarodînes^ d'un mot grec qui a la même signification. Ils passaient leur vie loin du monde , au

(1) Strabon. Diodore de SicOe. Lucain. Aminien Marcellin. — (2; Diodore de Sicile. — (3) Athénée, liv. 6.— (4) Dom Martin, Uy ±-r. Ainédée Thierry , tome 2. — (tf) Liv. tf, ch. 20.

milieu des forêts (1), et offraient tous leurs sacriGces au pied de cet arbre, ou du moins sous une de ses branches ou quelques-unes de ses feuilles (2) ; de là le nom qui leur fut donné. Leur retraite eût mis obstacle à leur puissance, ou Teût bientôt anéantie, si en s'éloignant de la société , ils n'avaient eu soin de s'en réser\'er les fonctions les plus importantes. Interprêtes des Dieux et ministres de leurs autels , la religion leur appartenait La justice était entre leurs mains. Ils s'étaient constitués les at-bitres de toutes les causes (3), les juges de tous les différends. Ils prononçaient aussi en dernier ressort sur la paix et sur la guerre , et si quelqu'un osait contester leurs sentences, ils le privaient des sacrifices (4) ; c'était le livrer à l'animadversion publique et presque le bannir de la société. Peu contents de présider ainsi à la religion, à la justice et à la politique, ils étaient encore chargés de l'éducation de la jeunesse qu'ils élevaient au fond de leurs foreLs (5). Leurs leçons purement orales se formulaient en vers. Soit qu'ils cherchassent à soustraire leur doctrine à tout contrôle sérieux , ou qu'ils voulussent en dérober la connaissance aux profanes, il était défendu d'en rien écrire. Avec tant d'emplois, les Druides possédaient l'art de guérir, mais ils y mêlèrent la superstition (6). Letu^ plantes favorites étaient le samohis ou samolum^ notre mouron d'eau, excellent remède pour les animaux, pourvu qu'il fût cueilh à jeun, de la main gauche et sans le regarder (7) ; le

(1) Pomponius Mcla, liv. 3. Lucain, liv. i^r. — (2) Dom Marlin, \\y. 2,ch. 3.— (3) Diodorc de Sicile.— (4) César, liv. 6.— (5) Pomponius Mêla, Lucain, César. Voir dom Martin, liv. !«•, ch. 13. — (6) Dion Chrisostdme. — (7) Pline, liv. tf. Dom Martin, IW. 1.

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sélagc , la chamœpuce, plus salutaire encore, mais qu^il fallait cueillir , sans couteau , de la main droite , les pieds nus et sous un habit blanc (1) ; la verveine , également propre à dissiper les maux du corps et la tristesse de Tâme, capable même de faire descendre du ciel toutes les faveurs qu'on en attendait (2) ; mais elle devait être cueillie au lever de la canicule et après avoir offert à la terre des fèves et du miel en sacrifice d'expiation. Ils avaient encore Tœuf sacre (3) , qui rappelle l'œuf des mythologies orientales et qui parait n'avoir été qu'un échinite ou pétrification d'oursin de mer. Ils le disaient forme de la bave d'une multitude de serpents entortillés, dont les sifUements l'avaient fait voler en l'air. Un honmie apposté le recevait dans un linge, avant qu'il eût touclié la terre, et s'élançaut sur un cheval , il fuyait à toute bride, jusqu'à ce qu'il eut mis un fleuve entre lui et les serpents qui se précipitaient furieux à la poursuite du ravisseur. Avec ce talisman on s'assurait le gain des procès et la faveur des princes. Mais la panacée universelle , comme ils l'appelaient (4) , ce qui réunissait à lui seul la vertu de tous les autres remèdes, était le gui, plante parasite , qui croit sur une foule d'arbres , mais si rarement sur le chêne , qu'un de nos célèbres botanistes , M. de Gmdolle, qui a longtemps herborisé dans toute la France , ne Vj a jamais trouvé. Ses feuilles d'un vert foncé , ses fleurs taillées en cloches jaunes et ramassées , se montrant sous la neige des hivers quand tous les arbres

(1) Plioe, lîv. 24. Dom Blartin. —(2) Pline, Hv. 25. Dom Marlin. -<3)PliDe, lîv. 29. Dom Martio. — (4) Omnia Sanantem, Plioe, llT. 16.

sont dépouillés, quand la nature entière sommeille, présentent le sjrmbole naturel d'une vie à venir, de Timmortalité sur la tombe , dogme favori des Druides; de là sans doute Tefficacité qu^on lui attribuait. Les rites, pour le cueillir, étaient particuliers. Au siuème jour de la lune , à minuit , quand Tannée s'ouvrait , on se répandait en foule dans les bois pour chercher la plante aimée du ciel , en jetant aux échos, pour cri ou signe de ralliement : au gui Van neuf. Dès qu'elle était trouvée , les Druides préparaient sous le chêne privilégié un grand sacrifice et un grand festin , puis ils s'avançaient en pompe (1), conduisant deux taureaux blancs, attachés alors par les cornes pour la première fois. Derrière eux se formait la longue procession des initiés. Un prêtre , revêtu d'une robe blanche , montait sur l'arbre , et de sa faucille d'or il abattait le gui , que d'autres Druides recevaient dans une saie blanche, car il ne devait pas toucher la terre. Aussitôt on immolait les taureaux , en conjurant Dieu (DeuSy le dieu inconnu ou sans nom) de rendre son présent salutaire à ceux qui en seraient honorés (2). Le festin commençait ensuite, et le reste du jour était consacré aux réjouissances (*). En nous étendant sur ces remèdes nous avons cru peindre les mœurs.

(1) Pline, Hv. 16. Amédée Thierry. — (2) Tumdeinde victimcu immolant precantet ut tuum donum deus prosperum faciat m quibus dederit.,,. Plin. lib. 26, cap. 44.

(*) On rctronfe une partie de cet antique usage dans Tarrondissement de Lectoure. Seulement, en traversant les temps et des pays chrétiens, il a dû s'empreindre de christianisme. Peu de jours avant la No6), des jeunes gens se présentent durant la nuit devant chaque maison, en chantant aguillouné, au gui l'an neuf. Puis ils enlonncnl^ des couplets où la 'naissance du Sauveur se marie à l'arrivée de trois cavaliers , les rois mages , où ils s'épuisent en

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On ignore si, comme les ricbes Gaulois (1), les Druides étaient couverts dW et de soie, et charges de bracelets ; mais du moins ils étaient toujours revêtus d'habits blancs (2) dans les cérémonies religieuses. Leur profession exemptait de la guerre et de tout impôt (3). Leur chef ou Tarchidruide, était élu à la pluralité des voix , et plus d'une fois l'élection fut si vivement disputée , qu'on y vit couler le sang (4). D'abord assez peu connus, les Druides furent bientôt renonmiés dans Tunivers au-dessus de tous les philosophes de l'antiquité (5). Tout les reconmiandait aux regards publics : leur vie austère et retirée , aussi bien que leurs maximes grandes et nobles , qui ne tendaient qu'à rendre rhoDoime équitable et vaillant (6). Les points fondamentaux de leur doctrine se réduisaient à trois: adorer les dieux, ne jamais faire le mal, se montrer braves dans toutes les occasions. C'est un auteur payen , Diogène Laërce(7) , qui la résume ainsi : on sait que le polythéisme ne fut jamais très-difficile en appréciations morales, et qu'il y a toujours grandement à rabattre sur la peinture qu'il nous a laissée des doctrines philosophiques. Les leçons des Druides ne sauvèrent pas du moins les premiers Aquitains de deux vices in-

vceax Mnvent aussi ridicules qu'outrés, et où réparait de temps à autre YaguiUmmé. Plus souvent Ton d'eux , comme l'ancien corypbée des Grecs, chante le couplet, et tous ses compagnons reprennent la moitié de son chant, ou se contentent de répéter le mot sacramentel VaguiiUnmé.

(i)Strabon,]iv. 4. Pline, liv. 16. —(2) Dom Martin, liv. 1, ch. 13.— (3)Lucain, liv. 2. César, liv.6.— (4) César. —(5) Polyhistor, Diogène Laërce, Orîgènc, St-Clémenl, St-Cyrillc. — (6) Dom Martin, liv. 1, ch. 25. — (7) Liv. 1".

famés , Tivrognerie et un libertinage hideux. Honneur toutefois à eux ! Ils proclamèrent Timmortalitë de rame, d'où naissait la certitude d'une vie à venir. César et quelques autres écrivains ont voulu y ajouter la métempsycose, mab Tusage assez général où Ton était de prêter pour être payé dans Tautre monde, et tout ce qui se passait dans les funérailles, démentent cette assertion.

Les Druidesses partageaient avec les Druides Tadministration et Tintendance du culte ; on les divisait en trois classes (1). Les unes gardaient toujours la virginité comme les prétresses de File de Saine, d'au* très, quoique mariées, devaient garder la continence et ne pouvaient qu'une fois l'an déserter les temples qu'elles desservaient (2). Alors , comme les Amazones des bords du Thermodon, elles allaient visiter leurs maris pour en avoir des enfants. Une troisième classe vivait parmi les Druides, partageait leur couche /et âevait leurs en&nts. Leurs prédictions étaient célèbres dans l'antiquité : on venait les consulter de toutes parts. On dit qu'elles prédirent à Alexandre Sévère (3) sa défaite et sa ment, et à Diodétien (4) son élévatioa à l'empire.

Les Aquitains avaient la même religion que les Gais. Si nous ne nous trompons point, cette religion, supérieure k celle de la plupart des autres peuples, s^étendit plus loin que les Pyrénées. Elle parait n'avoir d'abord admis qu'un dieu suprême , invisîMe , immense , qui ne pouvait être représenté sous aucune

(1) Pomponlus Mêla, lir. 3, ch. 6. —(2) Dom Martin, liv, 1, ch. 27. — (3) Lampside. — (4) Jdêm,

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forme ni enfermé dans aucune enceinte (1). De là Fabsence de tout temple et de toute statue (2). De là sans doute aussi leur morale plus pure que celle du reste de Tunivers, la Judée exceptée, puisque la morale a toujours sa base et sa règle dans le culte presqa^autant que dans les croyances. Plus tard la pureté de ces notions s'altéra (3). L'altération était déjà sensible, quand César parut dans les Gaules. Le peuple, après ayoir adoré sur les montagnes , aux rives des fleu« ves , aux bords des fontaines, près des marais , dans les profondeurs des lx»s, adora les arbres, les marais, les montagnes, les fleuves , les fontaines surtout Eln les déifiant, il réalisait les symboles, et personnifiait les divers attributs de la divinité primitive. Les Druides, dont la puissance longtemps souveraine s'afiaiblissait, en même temps que s'altéraient les croyances publiques, n'osèrent point conmiettre l'autorité qui leur restait, et contents de garder pour eux leur doctrine intacte, ils tolérèrent des abus qu'ils craignaient de ne pouvoir réprimer. Telle fut l'origine de ces quel* ques divinités purement Gauloises qu'adorèrent nos pères. Ces divinités (4) restèrent toujours à part des autres divinités du paganisme, quoique en aient écrit la plupart de nos lustoriens modernes qu'on dirait s'écre plû à confondre ce qui fut toujours distinct. A la tête des dieux Gaulois étaient Esus, Heu.s, Hésus, le dieu en langue celtique, d'où César (5) en Etrusque, le dieu sans nom, le Jehu ou Jehovah des

(1) Dom Martin, liv. 1, page 62 et 80. —(2) Le même, page 62, et ch. 13, page 109 et suivantes. — (3) Le même, ch. 6. — (4) A coDfalter tout le second liv. de la Religion des Gaulois, Dom Martin. — (tf) Esus. dans la Biographie de Michaud, tome tf4.

Juifs, le Zëus des premiers Grecs, le dieu inconnu des anciens, le dieu terrible, de lievs peur, épouvante, le Seigneur Dieu des armées, des enfants de Jacob {*). Comme longtemps le Tout-puissant dans la Judée, il n^était honoré dans aucun temple. On le vénérait seulement dans le chêne , et cette vénération était si profonde que les Druides s'étaient fait une loi d^établir leur demeure dans un bois de chênes, d^y tenir leurs assemblées, d^y placer leurs collèges, et de n^offrir jamais un sacrifice , même aux autres dieux, que sous un chêne ou entier ou en rameaux (1) : ot qui fait dire à un poète que le chêne tenait lieu aux Gaulois de divinité. Plus tard il parait qu'on l'adjoignit dans le culte à Theutatès et à Thanaris pour former une Trimourti. On représente ELsus avec une serpe, s'apprêtant à couper le gui sacré , ou avec une hache prêt à frapper.

Après Esus on adorait Theutatès (2), Theut, Thogt, Thot , le Theut ou Thot des Phéniciens et des Egyptiens, Tinventeur des arts, le guide des voyageurs, le protecteur du commerce, peut-être même le maître de la victoire : répondant aussi à trois divinités romaines. Mercure, Hercule et ]\Iars. Quelques-uns le confondent avec Ogmius ou plutôt Oghan , puissant sur mer, vieillard à la tête chauve et aux rides pro-

(*)0n sait que la foudre étant tombée sur une statue d'Auguste au bas de laquelle on avait gravé son nom adoptif, et en ayant elTacé la première lettre, u Je commence à devenir Dieu », dit tristement rbéritier du dictateur, songeant à l'apotbéose qui suivait souvent les funérailles. Suétone, Vie de César.

(1) Dom Martin, liv. 2, ch. 2. —(2) Mythologie, dans la Biographie de Michaud, tome 55.

fondes, portant arc, carquois et massue, et tenant attachée à sa langue, par des fils d'ambre et d^or, une multitude de gens qui se pressent volontairement sur ses pas (^). Alors Theutatès serait encore le dieu de Féloquence, qui n'eût jamais été mieux caractérisée (2). On le représentait sous la forme d'un javelot, lorsqu'on lui plemandait la victoire , et sous Tembléme d'un tronc de chêne , lorsqu'on le priait d'ipspirer de sages avis. Les Aquitains avaient encore Bélénus (3), le Baal des Ammonites, le Bel des Assyriens, Bel-en, blond en langue celtique ; l'inventeur de la médecine, le dieu guérissant les maux : suivant d'autres , belos , ilèche, l'Apollon flèche; le soleil jeune et plein de force , le soleil des signes ascendants. Un savant (4) le fait dériver du Breton , Bœîen ou Beîen , peloton , b^ule. Ainsi Bélénus serait \ê dieu boule, Tunivers personnifié. Ils vénéraient aussi Camélus , de camp , combats et de wlw, feu, étincelle, chaleur du combat, le dieu des batailles. On le représentait armé d'une pique et d'un bouclier. Ajoutons la déification des éléments , le tonnerre (*) , Taran ou Tanaris , les montagnes ou les forêts qu'ils dédiaient à une divinité, laquelle prenait alors le nom de ces forêts et de ces montagnes, (ainsi Arduena^ la déesse des Ardennes), mais surtout les lacs (5) et les fontaines dans lesquels

(1) Lucain. —(2) Dom Martin, lîv. 2, ch. 9 à 21. — (3) Dom Martin, 21 et suivants, et Biographie, tome 53. —(4) Eloi Jobanneau.

('')Cest de la vénération pour ce Dieu, que vient le serment fréquent même encore parmi les habitants du Bigorre : Pet dé péridé.

(3) Strabon, liv. 4.

on jetait, avec des provisions et des habits (1) , de Tor et de l'argent si communs dans les Pyrénées , ou sur le bord de nos rivières, TAriège, Aurigera^ TAdour, et que nul n'eût osé toucher quoiqu'il fût expose à tous les regards (2). Maintenant on s'exphquera pourquoi, presque à tous nos sanctuaires révérés, nous trouvons une source ou une fontaine. Quand la rebgion s'étabht parmi nous, elle comprit qu'elle ne pourrait pas facilement détruire ces souvenirs gravés dans l'esprit d'une société grossière et ignorante. Alors elle chercha à les sanctifier. Elle y plaça une madone, une croix, l'image d'un Saint cher au pap : et bientôt les populations vinrent demander à la foi et à la piété ce qu'elles attendaient jadis de la superstition. Seulement l'Eglise s'efforça, par ses enseignements et sa discipline, d'éclairer les esprits et d'épurer les croyances. Maij , malgré ses prescriptions , quelque chose des anciens usages c'est quelquefois perpétué jusqu'à nous. CesX ainsi qu'à Bassoues, près de Mirande, on jette encore du pain et des sous en grand nombre dans la fontaine de St-Frix.

Heureux les Aquitains , s'ils n'avaient offert à leurs dieux que les hosties pacifiques dont nous venons de parler, ou le sang des animaux dont ils furent toutefois si avares qu'on trouve ces derniers sacrifices à peine mentionnés dans les anciens auteurs (3) ! Mais ils firent couler à grands flots sur leurs autels , le sang humain , et c'est là la souillure qui flétrira à jaunis le druidisme. C'est sur le corps palpitant d'un et quelquefois de

(1) Eutrope, liv. 5. — (2) Strabon , Orosc , Aula Gelle, Cicéron , et surtout Dîodoredc Sicile, liv. 5. — (3) Dom Martin, ch. 11.

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plusieurs de leurs semblables immoles, qu'ils statuaient sur la paix et sur la guerre ; et souvent après la victoire ils vouaient à la destruction tout le butin (1). Hommes, femmes, enfants, vieillards , tout était massacre. Quand on avait ëgorgé les animaux, on s'attacpiait aux objets divers dont s'était servi Fennemi. On sacrifiait encore des victimes humaines , pour obtenir la guërison des maladies (2). On dirait une vague idée d'une des vérités primordiales du monde, de la rédemption humaine, mais idée faussée par Terreur et dénaturée par la superstition. On choisissait de préférence , il est vrai, les criminels ou les captifs, mais, à leur défaut, an prenait des innocents. Les Gascons croyaient même servir ainsi leurs victimes, dont Fàme épurée, disaient-ils, par cet acte religieux, était pour ainsi dire déifiée (3). Ces sacrifices furent si fréquents et si atroces , qu'ils éveillèrent la pitié de l'affreux Tibère lui-même. Il enchérit sur Auguste qui n'avait défendu qn^aux chevahers Romains le druidisme, et étendit la défense à tous les citoyens (4). Claude renouvela le décret de Tibère , et y ajouta des peines si terribles , que Suétone lui attribue l'honneur de l'avoir aboli (5). Mais le druidisme n'avait fait que s'effacer un instant devant la sévérité de la nouvelle loi; il reparut bientôt aussi cruel qu'auparavant. Nous le retrouverons au fond des forêts dans le iv* siècle ; il ne disparut complètement qu'avec le paganisme. Ici encore la religion

(1) Diodore de Sicile, Orose, Eutrope, César. Voir Dom Martin, page 90 et 494. — (2) César. — (3) Prudence, Dom Martin, Histoire des Gaulois , tome I, page 641. — (4) JHb^rii Cœsaris prmcipatut nuinUi. Pline, liv. 30. — (5) Drùidarum religùmem a^tud Galhs dira immanitatit tub /4t^$to introduetam penitùs abofevit.

chrétienne, plus puissante que les édits des empereurs, viendra défendre efficacement riiumauité et purger notre pays de ces abominables rites.

On ignore quelle forme eurent d'abord les autels Aquitains (1). Les plus anciens que nous connaissions ne paraissent pas remonter à César. Ils furent quelquefois formés d'une seule pierre élevée, si du moins les menhirs, men ou maën pierre, hir longue, les peuhans ^ peul, pihers, van ou vahen^ pierre, les pierres branlantes , etc. , etc. , furent des autels comme le prétendent quelques-uns de nos antiquaires. Plus souvent ils s'élevèrent sur deux ou trois quartiers de roche, (les Uchavfen) et ordinairement sur plusieurs pierres, tantôt en plan incliné et tantôt hon^ntal ( les dolnien). Mais toujours ils formaient un carré ou un parallélogramme. Si on en trouve quelqu'un de rond , il est plus récent et fut fait à l'instar des autels Komains pour plaire au goût du vainqueur (2). On appelait mallus , l'enceinte sacrée qui les protégeait Dans les premiers temps les flèches et les coutelas suffirent pour les sacrifices. Les autres instruments furent adoptés plus tard (3).

Tout porte à croire que les Aquitains n'eurent pas de temples proprement dits jusqu'à la conquête romaine. Les statues s'introduisirent les premières (4). On les assit d'abord sur un simple piédestal qui servait d'autel, puis on les plaça sur de liantes colonnes, enfin on abrita la colonne et la statue par une maçonnerie de pierres pohes qui s'élevait en dôme (5). Enfin, on

(1) Dom MartiD, liv. 1, ch. i9. — (2) Le mémo. — (3J Le même» ch. 12. — (4) Le même, cb. 15. — (5) Pline , liv. 31. Grégoire de Tours. Sulpice Sévère.

substitua à la colonne une sorte de maçonnerie en forme de tour pleine, au haut de laquelle une niche ouverte à TOrient abritait la statue. Telle est , selon nous, l'origine de ces constructions Gallo-Romaines que Ton rencontre dans les champs, et où Ton voit à une grande hauteur une simple niche, comme dans la plaine de Biran , près d'Âuch , ou dans le bois de St- Lary , près de Jegun. Mais enfin Timitation des maîtres du monde entraîna les esprits. Les temples sYlevèrent dans les Gaules comme dans toutes les autres provinces conquises. Alors le polythéisme fut consommé.

La religion ne fut chez presque aucun peuple étrangère aux funérailles. Les Aquitains déployaient la plus grande pompe dans cet acte suprême (1). Ils brûlèrent longtemps les morts. Les cadavres étaient portés au bûcher, enveloppés de larges draps blancs, qu'ion laissait flotter au souffle des airs (2) , et à côté d'eux on plaçait ce que le mort avait le plus chéri dans la vie, ses armes, son cheval de bataille, ses esclaves les plus affidés , afin qu'il put retrouver les objets de son affection dans le monde nouveau où il entrait (3). On jetait encore dans le bûcher un compte exact de ses affaires pour qu'il pût s'aider ailleurs de son ancienne position (4), et même des lettres , pour qu'il les lût durant les étemels loisirs qui Tattendaient (5). Les amis, les parents, les veuves surtout , s'y précipitaient quelquefois volontairement. On ne pouvait supporter l'absence , et on était assuré

(1) César, liv. 6. — (2) Sulpice Sévère. — (3) César , t^w/. — (4j PompoDÎus Mêla , liv. 3. —(5) Diodore de Sicile, liv. 6. •

(le se retrouver au-delà de la tombe, pour ne plusse perdre (1). Aucune de ces pratiques ne peut s'allier avec la métempsycose. On recueillait les cendres avec soin, et on les déposait dans un tombeau avec tout ce qu'on avait jeté dans le bûcher.

Ces tombeaux étaient de deux sortes. Les uns, composés d'un grand nombre de pierres, dont quelquesunes s'élevaient en pointe , se nomment ^a^/iZf ; nous n'en connaissons point de cette espèce dans la province. Les autres, formés de terre ou de cailloux, et élevés en cône plus ou moins hardi et plus ou moins étendu, sont connus sous le nom de barrow , de tumuius ou de tombeUe. Ceux-ci sont encore très-communs dans la Gascogne , comme dans tout le reste de la France. Quand on enterra les morts, ce qui se fit au plus tard sous le christianisme , on bâtit en rond la partie qui devait entourer la tête , ou bien on en détermina la forme et le contour à l'extrémité de la' pierre où se creusa la tombe; et suivant le document qui nous a servi de guide , à cette maçonnerie (2) on reconnaît un tombeau Gaulois.

(1) César, lit. t. — (2) Dom MarUa.

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