CHAPITRE I
liiii.tîemteileéeBim. — KévoReta Béiniii.'llB pliort i i Inr tète ^elqm leipnn, A ifféllMl aii Gistii, fil k Itm. — BMti éei leifiiein d'Aqnitaiie eoitre Riduré. — Slife de to , — !• BifHM. — PriviléiM octfoyét à eet de» tîIIm. — Sioniiiii di Tient! de Lwpe. — FeiditieB di eeiiTent du Bniil. — ifè^ d*Aiie. — ItéSm crenidi M» Rkliird.— CoDtei d*Aitirae. — Giitei , Tieoite de Bétn, épem NiMBk, ceateiie de Bi|ene.— Gentei de Goniiigei. — iièfM de Gemmi. — F«ditiei di Silleinid. — Gdnid, eeitfe d'Amipie. — Benard U SdriUic, arâerèfie d*Aiidi.
Le Béam et les pays limitroplies de la Guyenne n*ëtaient pas plus paiôbles que FArmagnacet le Feiensac. Après la mort de Gaston ses éuts passèrent à Marie, sa sœur, à peine âgëe de dix-huit ans (1). La jeune vicomtesse vivait en Elspagne. Alphonse II, roi d^Aragon, profita de sa faiblesse et de son inexpérience, et surtout de la parenté qui les unissait pour s^ëtablir son protecteur; et sous le voile de cette protection il lui arradia un acte de vasselage inconnu aux anciens vicomtes de Béam. Il se transporta dans la vallée de Jacca, voisine des Pyrénées. Marie s y rendit aussi le dernier d^avril 1170, et lui fithommage pour elle et ses successeurs de toute la terre de Béam et de Gascogne que lui avaient laissée Pierre de Gavarret, son père, et Gaston, son
(1) Marc«, liY. 6, cb. 1. L'Art de vérifler les dates.
frère. Elle lui promit de ne pas prendre de mîiri sans son consentement, mais toutefois en se réservant qu'elle ne serait point contrainte dans le choix:. Bernard deSadirac, abbé de St-Pé-de-Générez, qui avait remplacé sur le siège d'Oleron, Pierre, successeur d'Arnaud dTseste, et Sanche Asnaire ou plutôt Sans de Gerderest qui^ apr^ Odon et Guillaume dont les nomâ seuls sont restés dans les dyptiques de rëglise, avait succédé à Raymond d'Assade, Arnaud d'Alascuu» Fort Dat, Arnaud de Cadellon, Rey d'Arbus, Og de Gabias, 01debert de Morlas, Peregrin de Bordel, Pierre Arnaud et Brun deSie-Croix, Arnaud de Maslac et Guillaume de Busi, s'engagèrent aussi au nom et par le commandement de La vicomtesse. Elle-même promit de faire ratifier cet acte par cent des plus notables de Morlas , cinquante d'OIeron, cinquante d^Aspe et cinquante 4'Ossau; elle promit encore de remettre pour Tassutance de cet accord, les cbaieaux de Gavarrct et de Manciet, et un des troischàieaux qu ellepossédaitflans le Vicbilh : Cadelon, Escureou Maubec, celui qu'elle pou/Tait le mieux auoù\
Alphoase, de son côté, prit Marie et toute sa terre sous sa protection ^ et sVnga^^ea k hi défendre contre Umt agresseur. Il lui confirma en même temps la pleine posmsion des domaines et des honneurs, dont les vi- OCHBtes de Béarn jouissaient dans son royaume. Quelques nobles Aragonais se rendirent garants de la parole de leur roi. Les termes de Tac te et les garanties que Ion réclame prouvent findépendance du Béarn alors même quon Tasservit. Aucun pays ^ dans notre vieille Fruice, ne fut libre comme cette vicomte. Peu de mois Siprcs Alphoitse fit épouser a Ma rie ^ Guillaume de Mou-
214 HisioniB
cade (1), d^ane noble et ancienne famille de Catalogne* Le nouvel époux ne pouvait refuser llionimage à aon bienfaiteur ; il le prêta aussi explicite que sa femme (2).
Les Béarnais, malgré le serment de leurs éréques et de quelques seigneurs qui les avaient,imités, s^indignèrent de cette sujétion ; et préférant leur indépendance au sang de leurs anciens maîtres, ils repoussèrent Marie et Tépoux qu'elle venait de se donner. Ils élurent pour leur seigneur un chevalier de Bigorre(3),issu sans doute des anciens comtes, et dont le courage et la sagesse semblaient offrir des garanties au chcMX public. Bfaisfl oom* mandait à peine depuis un an, et déjà il portait atteinte aux privilèges du Béam. La cour majour s'assembla à Pau, le somma de maintenir intacts les fors et coutumes du pays, et sur son refus, elle se jeta sur lui et le massacra en pleine assemblée.
Les Béarnais appelèrent alors , d'Auvergne , m chevalier nommé Centule (4) , hautement connu pour son mérite, et le placèrent à leur tète ; mais après deux ans d'administration , son insolence et sa tyrannie avaient soulevé tous les cœurs. Chassé et poursuivi , il fut toé sur le pont de Saranh , aux confins du Béam et de la Soûle. Ce double essai était peu propre à populariser chez les Béarnais Texercice de la souveraineté. Aussi, à travers lobscurité dont s'enveloppent les anciens documents, il est facile de se convaincre quesans chercher d'autres maîtres ailleurs, ils se retournèrent vers le sang de leurs anciens vicomtes. Ecoutons le premier for du Béam.
(l)Marca, liv. 6, ch. 2. L'Art de vérifler les dates. —(2) Mtrca , iv. 6, ch. 5. — (3) Idem, ch. 6. L'Art de vérifier les dites. - (i) Les mêmes .
n Après, ils entendireat parler avec éloge d'un chevalier eo Catalogne, lequel avait eu de sa femme deux enfants en une seule fois, et les gens du Bëarn eurent ocmseil entr^eux et envoyèrent deux prud'hommes de la terre pour demander un de ses enfants pour leur seigneur; et quand ils furent là , ils allèrent les voir et l68 trouvèrent tous deux endormis , Tun les mains fermées et Fautre les mains ouvertes. Ils s'en vinrent aveccdoi qui avait les mains ouvertes (1). » Ils Téleyèrent dans le Béam qu'il gouverna sous le nom de Gaston. Nous aimons à voir ces terribles justiciers , ces hommes d^une sauvage énergie, s'arrêter devant un berceau et fixer leur choix du côté où un léger indice semblait leur promettre largesse et libéralité (2).
Mais, quel était le père de l'enfant élu? le cartulaire et le for affectent de le taire. Il est toutefois facile de le deviner. Le fils de Centule que nous verrons bientftt occuper la vicomte , s'appelle de Moncade , comme l'époux de Marie. D'un autre c6té , un acte passé en 1 178 nous montre Sance de Lnrrun dans la SouIe et sa mère Anderenique, cédant leurs droits sur cette paroisse au monastère de la Sauvelade, Raymond Guillaume étant yicomte de Soûle, le vicomte Gaston , fils de Marie , dominant en Béam : Gastone l'ibeconUte fiUo Mariœ dominante in Beamo, On voyait aussi dans les titres du prieuré de Morlas, après la donation faite à ce couvent par Gaston IV , la confirmation de Gaston Y, fils de Pierre de Gavarret et de Guiscarde, et à côté étaient ces mots : « Moi aussi, Gaston III ^fih de Marie^ le confirme, et fais ce signe de croix de ma main, au château de Pau, en présence des
(1) Marca, idem. Voir tout le chapitre 6.— (2) M. Faget de Baure.
216 msroiRE
évéques de Lescar et d'OIeron, de 6uiIlaume>Pierre de Béam , de Sans Aner de Maubec et de toute la eour. »
Cette élection explique pourquoi Marie, quoique assurée de Tappui que lui eût prête le roi d^Aragou, ne tenta pa»de faire valoir ses droits sur les vicomtes de Béam, de Bruilhois et de Gayarret. Tranquille au delà des Pyrénées, elle en abandonnait la possession k soa fils. Du reste, sa vie fut courte, et elle ne survécut pas longtemps à sa déchéance ou à son désistement. GMioa n'avait que deux ans lorsqu'on Fenleva' i sa teadrene maternelle. II fut placé sous la tutelle de Peregrin de Casterazol(l), d'une ancienne et illustre famille d'Aragon» Peregrin parait avoir réuni les fonctions de jp^[ent du Béam avec le titre de tuteur du jeune vicomte^ Géraud de la Sauvelade acquiert, en 1 4 77, de Bergaud de Cos , Ja terre de Labrige, et fait confirmer la vente par le vicomte de Tartas , Gaston étant prince de Béam sous Peregrin de Casterazol: Gastone principante in Beamo sub Peregrino de Casterazol.
Mais, comment les Béarnais cboisirent-ils un étran» ger pour protéger et élever Tenfant de leur seigneur, et comment surtout allèrent-ils le demander à une nation suspecte ? Crurent-ils mieux prévenir les rivalitâ en prenant un tuteur au dehors ; ce chcHx leur fîit-il imposé par Marie; voulurent-ils donner à la mère et au roi d'Aragon une garantie après les scènes sanglantes dont leur pays venait d'être le théâtre ? Nous ne pourrions émettre à cet égard que des conjectures plus ou moins plausibles.
(f) Marca, l*Art de vérifier les dates.
Enfin , d'après les auteurs de FArt de vërifier les dates (1), que nul historien moderne n'a suivis, les Béarnais forcèrent Marie et Guillaume de Moncade, aon époux, de signer un traité par le<{uel ils se désistaient de la vicomte de Béam, à condition qu'on élirait pour vicomte un de leurs enfants. Mais toujours est-il que le Béam <^rit durant cinq ou six ans un spectade dont les annales du moyen âge ne présentent pas en France d'autre exemple , mais qui néanmoins tranehe moins qu'on ne croit communément avec les mcenrs publiques.
Tout n'était pas servitude sons la féodalité. La liberté se concentra d'abord généralement dans la noblesse. Là du moins elle était forte, jusqu'à ce que Vétendant d^âge enâgeet s^affaiblissant par ses progrès, elle expira sous le bras despotique de Richelieu et de Louis XIV. Outre la noblesse libre partout, dans notre Gascogne, et surtout dans le Béam, le peuple eut toujours ses privil^cs. Le souvenir des franchises romaines ne s'y effaça jamaiscomplètement. Quelquescoutumesparticulières fiirent gracieusement octroyées par les seigneurs , on le conçoit sans peine: on donnait à ce qui naissait et n'existait pas la veille; mais les coutumes générales ne furent jamais tm pur don, un gracieux octnn. Les privilles qui en faisaient la base étaient des droits antérieurs à la puissance des seigneurs, ou tout au plus né» arecelleetladcHninant. Cespriviléges furent seulement reconnus, consacrés, étendus. Pourqui fouille l'histoire , l'indépendance originelle du peuple n'est pas une vaine théorie d'invention moderne. Le seigneur, le suzerain^
(l)Toin. 2, pa{^e299.
jurait le premier à ses hommes, et ses hommes juraient ensuite à leur seigneur. Il y avait contrat réciproque, mais toujours placé sous la sauvegarde de Dieu. Noos ne connaissons point autrement ni le moyen âge, ni la féodalité. Ajoutons une autre remarque encore spéciale à nos contrées , et qui n^aura peut-être pas échappé à nos lecteurs. Tandis que, dans les autres provinces, on '^rappelait toujours dans les actes le règne des roî» de France, en Béam on ne rappelait jamais que les vicomtes, et dans FArmagnac et le Fezensac,soaveiit nous ne trouvons mentionnés que nos comtes.
^Aquitaine, dont Tagitation avait commencé longtemps avant les troubles du Béarn, était alors en armes. Ellen^était passée qu^à r^retsous les lois de F Angleterre, et certes, le gouvernement despotique de Henri II n^était pas propre à ramener les esprits. Les barons, irrités deâ atteintes graves et nombreuses portées à leurs privilèges, et il faut le dire aussi, secrètement excités par Louis-leJeune qui avait compris trop tard toute la grandeur de sa faute, se révoltèrent ouvertement en 1 167. Mais ils furent presqu^aussitât forcés de rentrer dans le devoir. Henri crut apaiser leur mécontentement en cédant ^ en 1 169 , la province à Bidiard , son second fils. Il lui donna pour lieutenant , Raoul de Lafaye dont Finsolence et les exactions amenèrent bientôt un nouveau soulèvement. Richard sortait à peine de Tenfance, il ne comptait que treize à quatorze ans ; mais cet enfant devait être un jour le terrible Cœur-de-Lion. Sa première campagne révéla le héros. Après quelques mois de lutte, tous les mouvements étaient calmés. Il est vrai que ce calme dura encore
DE LA GASGOGNE. 219
moins que les précédents. Enflés de leur victoire , les Anglais se montraient plus arrogants et plus cupides. Le joug parut intolérable et une nouvelle révolte éclata en 1175. Conduite par le comte d'Ângouléme et de la Marclie, en peu de jours elle s'étendit dans toute U province.
Richard , accouru de TAngleterre où il se trouvait alorsy soumit d'abord les deux principaux chefs de la haute Aquitaine. Il descendit ensuite vers la Gascogne. Son épée y chercha Pierre II vicomte de Dax (1). Pierre I*', son grand onde, le fils de Navarre I^, était mort sous les coups de Tennemi etavait laissé la vicomte à 6iniude,sa sœur, qui survécut peu à son frère, et fut remplacéepar Navarre II, son fils;celui-ci vivait encore en 1 1 56. Il fut marié à Béatrix , sœur de Centule III , comte de Bigorre, et en eut Pierre II et Navarre, d'abord chanoine de Dax, puis abbé de Combelongue, et enfin évéque de Couserans. Oihénart donne avant Béatrix une première femme à Navarre II et la fait mère de Pierre. Il donne encore Béatrix pour fille et non pour sœur de Centule, et la confond avec Stéphanie ou Etiennette dont nous parlerons bientôt. Dom Clément (2) confond aussi Béatrix avec Stéphanie, mais il la fait épousera Pierre II. Malgré le respect dûà lautorité de ces deux grands nomS| nous pensons que leurs sentiments ne sauraient se soutenir. Dans le premier cas, Tévéque de Couserans n'eût pas été voué à l'église et eût hérité du Bigorre. Dans le second, le jeune Navarre , fils de Pierre II et de Béatrix , eût du moins
(1) Oihénart, page 472.— (2) L'Art do vérifier les dates , tom. 2 . page 209.
partage l'héritage paternel avec Pétronille, sa sœur utérine. Pour échapper à ces difficultés, nous avons cm que Béatrix et Stéphanie devaient être distinguées; que Pune fut sœur et Tautre fille de Centnle , et que la première épousa Navarre et non Pierre. G>mme toujours, nous nous empressons de livrer notre opinion i Fappréciation de nos lecteurs.
Quoiqu'il en soit de notre dSte et de leur jugement, une étroite alliance unissait les maisons de Dax et de Bigorre; car Centule se joignit à Pierre contre Richard. Mais à rapproche des années anglaises, les deux seigneurs n'osèrent pas tenir la campagne et coururent se renfermer dans la ville de Dax qu'ils avaient fortifiée. Richard parut sous les murs de la place le lendemain de Noëlf, et après dix jours de siège il la contraignit i lui ouvrir ses portes et à recevoir sa loi. Mais à peine le vainqueur se fut-il éloigné , que le vicomte de Dax, toujours soutenu par le comte de Bigorre, se révolta de nouveau.
Richard retourna en toute hâte sur ses pas k la tête d'une armée nombreuse pour sévir avec toute la rigueur qui le caractérisait. La place fut vaillamment attaquée et plus vaillamment défendue. Malheureusemcmt Pierre fut tué en repoussant les assaillants. Cette mort termina la résistance. Les habitants craignirent que le prince anglais ne flt tomber sur eux le poids de son ressentiment. Ils se soulevèrent contre Centule qu'ils accusaient sans doute d'avoir excité leur maître à sa . folle tentative , se saisirent de sa personne , l'enfermèrent dans leur prison et le remirent dans les mains de
DE LA GASOOGlfE. 221
Richard. Non seulement ils achetèrent ainsi leur pardon, mais ils obtinrent la confirmation et l'extension des prifil^es octroyés à leur "ville par Henri II. Dès 1 1 53, le père de Richard, presqu^en venant de recevoir la main d^Eléonore, accorda à Dax Texemption de tout subside. Vingt ans plus tard , il y ajouta le droit de mairie et de jurade, et TaffraDchissement de tout cens cotttumier en Poitou, Guyenne et Gascogne. Richard n^abnsa point, cette fois encore, de sa victoire. Alphonse II, roi d'Aragon, s'intéressa au sort de son prent. Il vint trouver le duc d'Aquitaine dans son camp et obtint que Centule serait rendu à la liberté en abandonnant au vainqueur Clermont et le château de Montbmn* Le comte de Bigorre vécut jusqu'après, f 489 , mais on ignore l'époque de sa mort. II ne laissait qa^une fille nommée Stéphanie. Pierre II ne laissa lui aussi qu'une fille appelée Navarre qui épousa Raymond , fils d'Arnaud, vicomte de Tartas, et lui porta tons les biens de sa maison.
De Dax, Richard marcha sur Bayonne dont le vi- CMUte Arnaud (1) , suivant les traces de son voisin, lui refusait l'hommage. Arnaud était le second fils de Bertrand et venait de succéder à Pierre, son frère aine, mort sans enfants peu après son père. Le vicomte de Bayonne se confiait dans la force de ses remparts, mais qndques jours suffirent pour les faire tomber devant les Ibrces, le talent et le courage du prince anglais. Ici encore nous ignorons le sort du vaincu. Après lui la viccmité échappa à sa maison et passa à Guillaume Raymond de Sault, fils de sa sœur.
(l)Oibénirt,iMge54tf.
Richard s^ëtait dëjà montré à Bayonne^ en 1470, sous le vicomte Bertrand. Il accorda alors à la ville quel(pies privilèges que signa avec lui Tévéque Pierre- Bertrand d'Blspelette. Le prëlat réclamait toujours la moitié de la justice en vertu^du don fait à son église par le duc Guillaume. Richard ratifia le don et ne garda pas moins pour lui toute la justice. Seulement , pour dédommager Tévéque, il lui abandonna tous les droits de boucherie. Pierre Bertrand mourut peu après la prise de Bayonne et fut remplacé par Adhemar ({) , qui s^arréta à peine sur le siège et eut pour successeur Bernard de Lacarre, d^une des plus nobles et jdus anciennes familles de la Navarre.
Le sort des vicomtes de Dax et de Bayonne n^intimida nullement le vicomte de Lomagne (2). Avec tontt Timprévoyance de son époque, il refusa de reconnaître Richard pour son suzerain alors que la soumission du reste de TAquitaine ne laissait aucune chance k son refus. Richard accourut en toute hâte et assiégea Leetoure. Le vicomte n^attenditpas d^étre forcé ; il s^offrit de prêter le serment de vasselage qui fut accepté, et la réconciliation fut si complète que le Cœur^de^Lion Tarma chevalier au mois d'août suivant (1181). Le vicomte se nommait Yesian et était fils d'Odon II , qui s'intitulait : parla grâce de Dieu vicomte de Lomagne et d' Auvillars. Odon eut poiur frère Arnaud qui épousa Rose ou Rogie , sœur d'Amanieu IV , sire d^Albret, et fut la tige de la maison de Bats (3). La filiation a été reconnue par les Bénédictins dom Clément et dom
(1) âallia Chriitianay Manuscrit de Bayonne. — (2) L'Art de vérifier les dates, tom. 2. Oihénart. — (3) L'Art de vérifier les dates, tom. 2, {Ktgc 281.
Poirier, par le docte Brequigni et par quelques autres célébrités. Les deux frères donnèrent, le 28 octobre ii60j des coutumes à la \ille de Lupiac dépendante de leur châtellenie de Bats dont ils se disaient seigneurs. Ils confirmèrent en même temps les concessions qu^Odon I^'leur aïeul avait faites aux habitants de cette petite ville (i). La châtellenie de Bats resta quelque temps indivise entre les fils d^Odon et d'Arnaud, conune elle Favait été entre leurs pères ; mais le 29 novembre 1 195 Vesian céda les 'droits qu'il y avait à son cousin Odon en faveur de son mariage avec Miramonde, fille . du comte de Magnoac. Cest depuis cette concession qu'Odon prit le surnom de Bats que sa postérité a conservé.
La maison d'Armagnac ne se mêla nullement aux troubles de l'Aquitaine ; elle était assez occupée de sa lutte avec . l'archevêque Géraud. Odon d'Orbessan, archidiacre d^Auch, voulut rédimer la métropole des violences du comte Bernard et de Géraud son fils. Il lui donna tout ce qu'il possédait au Rieutort; mais quelque temps après l'archevêque et son chapitre cédèrent cette terre au couvent du Brouil, moyennant une rente annudle de six conques de blé. Ce couvent, de Tordre de Fontevrauld ,a vait été fondé vers Fan 1 1 40 (2) par l'archevêque Guillaume d'Andozille et par Bernard III, comte d'Armagnac. Licier, comte de Pardiac, s'associa à leur œuvre et contribua à la dotation. Sanche de Fenogret, cet évêque in partibus dont nous avons parlé, s'inscrivit aussi parmi les bienfaiteurs. G>ndo-
(i) L'Art de Térifier les dates, tom. 2, page 281. — (2) Cartulaire d'Audi el du BrooU. Dom Brugclles, page 441. M. d'Aignan.
224 HISTOIBB
rine de Labarthe, sœur de Farcheyéqae, y prit le iFoile et en ëtait prieure en 1 1 70. Néanmoins elle avait çéàé sa place à Marie de Béam lorsque , dix ans après^ sa communauté reçut la libéralité de G^raud et de soa chapitre.
Karchidiacre Odon d'Orbessan ne tarda pas à monter sur le siège d'Aire. Bonhomme était mort le 1 4 décembre 1147 et avait été remplacé par Antoine (4) quWt omis Oihénart et la Gaule chrétienne. Animé des mêmes sentiments que son prédécesseur pour Tordre de Prémontré ^ Antoine fit venir quelques moines de Joui près de Sens et les conduisit, le 8 mai 1151, dans le désert de Pontaut en Chalosse, où il leur avait préparé une maison. Il mourut avant 1 1 67 et eut Odon d'Orbessan pour successeur (2). On ignore Tépoque certaine de la mort de celui-ci, mais on sait qu^il fat remplacé par Fortanier Bertrand qui avait embrassé dans sa jeunesse la règle de St-Benoit et était abbé de Cuistres dans le diocèse de Bordeaux lonqu'il fut élevé & Tépiscopat On le dit de la maison de Marsan, ce qui est assez problématique. Fortanier siégea six ou sept ans et fut remplacé en 1 188 par Guillaume Bernard. Le nouveau prélat dut employer les censures pour obliger Guillaume de Marsan et Antoine de Sault à déposer les armes et à cesser des hostilités qui désolaient une partie de son diocèse.
Parmi ces troubles, Thérésie des Albigeois, née dans Tombre , se répandait dans le Midi. C'était moins une hérésie particulière qu'un amas d'erreurs empruntées à presque tous les siècles , et où dominait le dualisme
(1) Manoscrit d*Aire. — (2; GalUa Chriitiana^ OIhéntrt.
DE LÀ GASGOGire. 225
des Manichëens avec les tristes et déplorables consëqaences qui en sont toujours découlées. Le pape Alexandre III envoya h Toulouse, dès 4<78, le cardinal de St-Chrysogone avec quelques légats pour comprimer Thérésie à sa naissance. Géraud de Labarthe se joignit à eux, nous ne saurions dire à quel titre. Henri abbé deClairvaflx, qui accompagnait le légat du^int- -Aige et qui fut bientôt promu au cardinalat et àrévéché d^Albano, après avoir raconté les aberrations des nouveaux sectaires, ajoute en finissant (1 ) : toutes ces erreurs, les hérétiques les ont confessées devant nos vénérables frères Géraud, arcbevéque d'Auch, Géraud, évéque de Cahors, et Gosselin , évéque de Toulouse. Trois ans «près, le cardinal Henri devenu légat à son tour assembla le Concile provincial de notre métropole à 6azas (2). Ce lieu fut choisi à cause de son voisinage d^Agen où Thérésie avait fait tant de progrès que ses adeptes furent, suivant un auteur, d'abord nommes Agenais, nom quMls changèrent depuis pour celui d^ Albigeois. Les actes de ce Concile sont perdus ; nous savons seulement que Géraud y assista à la tête de ses snffragants. Garsias du Benquet occupait encore le siège de Bazâs ; il ne mourut qu^en 1 186, et fut remplace par Gaillard de Lamothe.
L^Europe était alors plongée dans le deuil, Jérusalem venait'de retomber (1187) sous le joug des Musulmans. Urbain III, successeur d'Alexandre, était mort à cette fiitale nouvelle. Des chants lugubres retentissaient dans toutes les villes. Bientôt du sein de la consternation générale un long cri se fit entendre des bords du Tage
(1) Dom Vaisselle, lom. 3, page 31. — "2) Dom Bruxelles. II. li
aux rives du Bosphore : la croix! la croix! PlusieuTS souverains la placèrent sur leurs épaules, mais aucun ne la prit avec plus d'enthousiasme que Richard, devenu roi d'Angleterre par la mort de Henri II son père, qu'avait précédée celle de Henri Court-Mantel, Tainé des trois fils du monarque anglais. Violent, emporté , br^ve jusqu'à Textréme témérité, licencieux souvent, fils de Yéglise quelquefois assez peu soumis et surtout assez peu respectueux et néanmoins toujours fortement croyant, sacrifiant même à sa religion ses trésors, son repos et sa vie , Richard était le véritable type du chevalier du moyen âge; car à nos yeux , Godefroi de Bouillon n en est que le beau idéal. Il publia lui-même la Croisade, il vint à Bazas et se rendit ensuite à la Réole , où il avait convoqué les prélats et les seigneurs du pays. On s'enrôla en masse sous ses bannières. Le rendez-vous général fut assigné à Chinon.
Richard, prenant le commandement de la cavalerie, s'achemina vers Marseille , où l'infaOterie , placée sur des vaisseaux, eut ordre de le venir joindre. Uarchevêque d'Auch, Tévéque de Rayonne, et peut-être celui de Bazas voulurent prendre part à l'expédition. Les deux premiers avaient su se faire aimer et estimer du roi d'Angleterre. Le prince, avant de quitter Chinon, leur confia le commandement des troupes de mer (i) , en leur adjoignant trois seigneurs anglais. Les deux corps ne se réunirent qu'à Messine. Durant le séjour qu'on y fit, Géraud de Labarthe eut une dispute publique avec le fameux abbé Joachim, espèce de visionnaire dont les prophéties avaient alors et eurent quelque
(1) Roger Loveden.
tempe encore un immense retentissement  ses prophéties , Joachim avait mêlé quelques erreurs sur la nature divine, sur la Trinité et sur la durée de TÉvangile. L'archevêque les réfuta (1) victorieusement, et sa léfatation fut depuis consacrée par le G>ncile de Latran qui condamna le moine Sicilien. L'évéque de Bayonne fut un des garants du traité de paix conclu entre le roi Tancrède et Richard et assista aux noces de son roi célébrées dans Tile de Chypre.
Nous ne suivrons pas la Croisade ; nous observerons seulement qu^après la prise de Ptolémaïs, seul résultat ou à peu près d'une expédition qui épuisa l'Europe , rarchevéque d'Auch et Févéque de Bayonne sont nomma parmi les prélats qui purifièrent les mosquées et les vouèrent au culte chrétien. Géraud mourut peu après. Le nécrologe de la Case-Dieu place sa mort au 24 août. Il portait pour armes, d'or à quatre pals de gueules, qui est d'Aragon de Labarthe depuis le commencement du XII* siècle.
De cette foule de seigneurs Gascons qui se pressèrent sons les bannières de leur suzerain, Thistoire ne désigne que lecomte de Foix. Mais dans la Croisade précédente , sons Louis-leJeune, elle signale Amanieu d'Astarac (2), fils de Bernard III , qui se distingua par ses exploits contre les infidèles et mourut dans File de Chypre en retournant dans sa patrie. On Tensevelit dans Tlle quoiqu'il eût demandé à Tètre dans Tabbaye de Berdoues. Les moines s'en plaignirent au pape Lucius III et obtinrent que le corps leur fût rendu, ce qui fut exécuté avec la pompe que méritait un seigneur illus-
(1) GaUia CArûrtana. — (2) L'An de ViTifi.^r les dalcs.
tre mort en combattant pour la Croix. Par honneur, on plaça son tombeau dans le sanctuaire , du obté de Tépttre. On l'y vit jusqu'en 4793, avec un bas relief ou cette translation était représentée.
Son père vivait encore , et bientôt à sa place et à la place de Bernard, son onde, nous trouvons (1 ) Roderie ou Rodrigue, de 1f82 à 1196; Essemène dontqudques-uns font le mari de Marquèse, fille alnëe de Boémond, et Bernard, fils aîné d'Essemène, vers 1488; Vital de Montagut ou Montaigu, de 1 193 à 1206, suivant dom Brugelles, et jusqu'en 1233 suivant TÂrtde vérifier les dates , sans parler de Bernard V , comte de Gomminges , qui prit le titre de vice-gérant de l'Astarac de 1194 à 1208. D'oà vient cette multiplicité de seigneurs ? nous le demanderions vainement aux auteurs contemporains. Peut-être faut-il rattribueraa défaut de partage sous Bernard I'^. De ses trois fils naquirent des filles qui portèrent à leurs maris les titres de leurs pères. Quoiqu'il en soit, Centule, frère d^Amanieu, devait voir disparaître toutes ces prétentions rivales. Il avait été associé au comté dès 1 1 75. Le cartulaire d'Auch nous le montre gouvernant l'Astarac avec Bernard III, son père, en 1 183. Peu après il se ligua avec le comte de Toulouse et quelques autres sei* gneurs contre Richard , alors duc d'Aquitaine , dont l'ambition et la tyrannie soulevaient les craintes et les mécontentements; mais la confédération s'étant dissipée l'année suivante, il fut des premiers à rentrer dans le devoir.
Les troubles qui venaient d'agiter le Béam ne per-
(1) L*Art de vérifier les dates. Dom Brugelles. M. d'Aignan.
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mirent pasà Gaston de se mêler à la lutte contre le duc d* Aquitaine. Dès qu'il eut atteint sa seizième année , il dut traverser les Pyrénées pour aller faire hommage à Alphonse (1 ) des terres qui lui appartenaient dans TAragpn. Le prince espagnol étendit cet hommage à toutes les terres que possédait le jeune vicomte. C'était y comprendre le Béam et ainsi s'exposer à réveiller les justes susceptibilités ou plutôt la noble indépendance des Béarnais. Une clause vague fut destinée à apaiser les cspriu. Gaston s^avouait vassal pour toute sa terre» eicepté celle qu^il tenait de Richard, comte de Poitiers. Tels furent toujours les actes diplomatiques. A ses peuples il pouvait faire entendre qu'il combattrait Tune par Tautre les prétentions des deux princes voisins , tandisque, avec Alphonse, il pouvait se prévaloir de ce qu^il devait à Richard , et contre Richard il pouvait s^étayer de ce qu'il avait juré à Alphonse. Celui-ci fut néanmoins si satisfait de cet acte de vasselage, qu'il lui ménagea la main de l'héritière du Bigorre, jeune enfant presqu*au berceau.
Alphonse l'avait retenue près de lui sous prétexte de parenté. Les fiançailles eurent lieu au mois de septembre 4192. Alphonse y parla en suzerain ou plutôt en maître, et y inséra des clauses d'une injustice révoltante (2); mais l'avenir devait tromper sa cupidité. Il donna son comté de Bigorre et sa chère cousine à Gaston, à condition que le vicomte de Béarn tiendrait d^AIphonse et de ses successeurs en hommage et fidélité le comté avec toutes ses appartenances, villes , châteaux, forteresses, nobles et autres hommes depuis le
(1) lliroa, liv. 6,ch. 8. L'Art d« vérifier les dates.— (2) Idem.
plus grand jusqu'au moindre, et qu'il épouserait b comtesse dès qu'elle aurait atteint Tâge nubile* Si die mourait avant le mariage, Gaston pouvait épouser mie de ses parentes, avec laquelle il jouirait du comté au mêmes clauses; mais si la comtesse ou sa parente mouraient après le mariage et sans enfants, ou si les en£Eints décédaient avant la mère, alors toutes les terres de Kgorre revenaient de plein droit à la couronne d'Aragon. Seulement Alphonse devait à son choix donner à Gaston cinquante-cinq mille sols Morlas ou lui abandonner pendant sa vie la jouissance du comté. Enfin, Gaston devait remettre entre le^ mains du roi ou de ses commissaires le château de Lourdes et les autres forteresses chaque fois qu'il en serait requis. En imposant ces conditions, le roi d'Aragon gardait la vallée d'Aran précédemment cédée à la maison de Bigorre, et toutefois le iaible Gaston , non content de les jurer lui-même, s'engageait à les faire jurer par les seigneurs et les nobles du comté , et par cent notables de chaque ville.
Péronnelle ou Pétronille, ainsi se nommait la jeune fiancée de Gaston , était petite-fille de Centule III et devait le jour à Stéphanie (1) qui, après son veuvage, si toutefois elle entra dans la maison de Dax, épousa en < 1 8 5, Bernard V, comte de Comminges, fils aîné de Dodon. Bernard n eut pas plutôt pris en main l'administration du Comminges , qu'il fit revivre les prétentions de son aïeul sur la ville de Couserans et renouvela ses violences. Depuis la victime de Bernard IV, trois prélats s'étaient assis (2) sur la chaire de St-Lizier. Roger II , le successeur immédiat de Pierre, aima la paix
(l) L'Art de Yérilier les dates, Marca. — (2) Gallia ChnstioM.
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et la rëublit entre Tabbé de Bonnefond et les Templiers. Augustin vint après; il siégeait en 1 1 77 . Etienne de Tournay , dans une lettre adressée à Tarchevôque de Tours, Tappelle dans le style de son siècle, lejîls de la concorde^ théritierde la douceur^ le citoyen de toutes les vertus. Â Augustin succéda Auger, d'abord chanoine, puis archidiacre de Toulouse. Cest lui que persécuta Bernard.
Le comte, peu content d'armer ses vassaux, s'adjoignit une troupe de routiers (1), soldats mercenaires qui sous ce nom et celui de Brabançons , infestaient alors le Midi et se montraient toujours prêts à vendre leurs bras et leur rapcité à qui voulait les acheter. Fort de ce secours , il attaqua Auger et ses chanoine^ les chassa de la ville et livra au pillage et à la dévasution tout ce qui leur appartenait. Ces vexations ne se terminèrent ps avec Tépiscopat d' Auger. Laurent, qui le remplaça après Arnaud , fut obligé de donner en fief le château de Tortose au seigneur de Tarsac pour qu il le défendit contre le comte de Comminges. Il chercha même un appui plus liaut et plaça son église avec toutes ses possessions sous la protection du saintsiège , mais la sauve-garde du pape fut méconnue et les violences continuèrent.
Bernard ne traita pas sa femme avec plus d'égards que son évèque ; à peine en eut-il une fille, que dégoûté de la nlère, il la renvoya sans autre forme de procès et épousa G)ntors (2), fille d'Arnaud-Guillaume de Labarthe. On ignore ce que devint Stéphanie. E31e vivait
(1) L'Art de vérifier les dalcs. — (2) Idem. Grands Officiers de la la couroone. Marca.
en 1 190, mais elle dut mourir peu après, car die ne parut point aux fiançailles de sa fille, et depuis ce moment Gaston prit le titre de comte de Bigorre, ce <pi'il n'^eût pu faire durant la vie de sa belle-mère. Quelques auteurs prolongent toutefois encore la carrière de Sté* plianie, car ils accusent son mari d^avoir eu trois fenimes à la fois. Nous pensons que leur accusation manque de preuves.
Le mariage de Gaston se cëlébra à Massac le 4* juin 1 196. Il fut béni par Bernard, abbé de la Sauvelade, en présence de Tévéquc d'Oleron et de quelques seigneurs. Le vicomte de Béam venait alors de conclure la paix avec Arnaud-Raymond de Tartas. Celui^^i, en sériant son fils à Théritière de la vicomte de Dax, songea à revendiquer les droits de ta belle^Ue sur les pays conquis jadis par Gaston III. L'occasion était belle et il sut en profiter (1). En peu de jours la Mise, l'Os* tabat, Orthèset quelques quartiers voisins se soumirent à ses armes. Gaston, devenu majeur, ne pouvait, sans^ ternir son bonneur, souscrire paisiblement à ses pertes. Il arma à son tour, reprit Ortbès et eut poussé plus loin ses succès, si le vicomte de Tartas ne se fût empressé (le lui offrir des conditions assez bonorables qu'il accepta. Or thés et ses dépendances lui furent assurées. A ce prix il abandonna la Mixe, TOstabat et le reste du pays contesté.
Tandis que Gaston sacrifiait à son amour pour la paix une partie des conquêtes de ses ancêtres, Bernard, comte d'Armagnac, cherchait à expier selon les mœurs du temps les excès ou l'avaient entraîné le res-
f1)Marca, liv. 6, ch. 12.
sentiment et la jalousie. Suivi de Céraud^ son fiis» qu avaient séduit ses exemples, #se rendit en 1188 dans rh6pital de Serregrand (1), bâti sur le chemin de St-Jaoques pour la subsistance des pauvres pèlerins et des autres voyageurs qui allaient y demander Thospi* talité. Après le souper, à la prière des religieux, le père et le fils donnèrent à Dieu, à St-Jacques de Serre^ grand, au frèreVital, prieur, et à la communauté toutes les terres de leur dépendance qui avoiîsinaient rh6pital« Os ajoutèrent que si quelque personne noble voulait y donner en tout ou en partie son héritage , ils y consentaient et afTranchissaient le don. La libéralité de Bernard et de Céraud eut pour témoins Fort Loup d^Auxion, Amanieu de Broquère et Garsie Arnaud de Larroque. L'hôpital de Serregrand ou plutôt de Sallegrand se cachait au fond d'une vallée profonde et inenlte^à une certaine distance de la petite ville de Barran. Cest le premier acte authentique de son existence. L'Art de vérifier les dates et après lui tous les auteurs, trompés par le chemin de St Jacques, Tout placé sur les frontières d'Espagne et dans les gorges des Pyrénées. Seulement, ils s'étonnaient que le vieux comte allât expier si loin ses longues erreurs, et surtout qu'il y possédât des propriétés.
Bernard mourut peu après cette expiation , car son fils lui avait succédé lorsque Géraud de Labarthe s'embarqua pour la Palestine. Il laissait trois fils, Géraud (2) , Arnaud et Rogec Quelques-uns y ajoutent Pierre Géraud qui, après la mort de Géraud et de Ber-
(i ) CarluUired'Aucb. Chartes du Séminaire.— < 3) Grands OffiGicrs de la couronne. L*Art de vérifier les dates.
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nard, se regarda, au rapport d'Oihénart , comme comte d^Armagnac. Outre 4b fils, il laissait aussi une fille ^, plus heureuse que ses frères, renonça de bonne heure au monde et fonda le monastère de Ste-Marie de Gàrrixo où elle prit le voile et où son exemple attira une foule de jeunes personnes de distinction. Devenue supërienre, elle gouverna sa communauté avec tant de sagesse et de piété qu^elle mérita d^étre placée parmi les saints (1). Sa mère, Stéphanie de Labarthe, Ty alla joindre après la mort de son époux. Elle eut la douleur de survivre à sa fille et fut ensevelie près d^elle dans le chœur de Téglise.
Géraud portait le titre de vicomte de Fezensaguet , petit pays démembré duFezensac, ayant la ville de Mauvezin pour capitale, et s^étendant des portes de Fleurance et de St-Clar aux environs d^Auch et de Cologne. En succédant à son père il céda ce titre et la vicomte à son frère Roger. Esprit souple et artificieux, il sut, malgré la répulsion que devait inspirer sa conduite passée, capter tellement la bienveillance de Géraud de Labarthe, son oncle, que le prélat, lorsqu^il s^éloigna d'Auch, plaça ses ouailles sous sa protection. Peut^tre Géraud cherchait-il par là à désarmer son neveu et espérait-il le forcera la paix; mais, quels que furent ses sentiments, son attente fut trompée, et Géraud, libre désormais, renouvela toutes ses violences (2). La nomination de Bernard de Sédirac ou Sérilhac vint mettre un terme H ces excès. Il appartenait k la noble famille de ce nom qui exista longtemps dans le département du Gers , et
(1) Grands Officiers de la couronne. Oihénart, page 493.
(2) Grands Officiers de la couronne.
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peut-être n^était-il pas autre que ce Bernard de Sëdirac, abbëde St-Pë de Générez, qui gouverna cette abbaye depuis 4 1 70 jnscpi'en 4 1 79 où il fut élevé sur le siège d'Oleron.
Sa prudence et sa modération étaient si connues (4), que Géraud de Labarthe, dans les circonstances difficiles oà il se trouvait, le choisit pour son vicaire-général .en 1488, et lui laissa Tadministration de son diocèse lorsqu'il partit pour la Terre-Sainte. Ennemi de toute réaction, à toutes les violences du comte d'Armagnac il n'opposa que la douceur et la justice des droits de Téglise confiée à ses soins. Cette modération était sans doute un acte de haute sagesse, du moins le jugea-t-on ainsi; car les vœux de la plus grande partie du chapitre le placèrent sur le siège archiépiscopal. Avec les sentiments connus du nouveau prélat, la réconciliation ne pouvait se faire attendre. L'année n'était pas encore écoulée que le calme régnait dans Auch et dans le diocèse. Le comte avait-il reconnu et surtout réparé ses torts ? nous l'ignorons. Nous pensons plutôt que l'archevêque avait cédé sur tous les points. Aussi , sa consécration fut -elle retardée quelque temps. Le pape hésita aie reconnaitre, soupçonnant peut-être sa faiblesse, mais il lui avait rendu son estime en 4 495. Il lui adressa la bulle qui fixe les droits de l'archevêque d'Auch (♦).
Bernard méritait cette faveur par sa piété et par son zèle pour la religion. En 4198 il écrivit au pape (2)
(t)Doin Brugellcs. M. d'Âignan.
(*) Voir la noie 11 à la fin du volume.
(2)Dom Vaissette, tom. 3.
Innocent III pour Tinformer des progrès que Thérésie faisait dans la Gascogne et les pays voisins. L^année précédente, il avait donné au monastère de Sauve-Majeure l'église de Loze en faveur du prieuré de Gavarret Gaston de Béam y ajouta d'autres privilèges, et en particulier le droit de posséder seul dans tout le Gavardan une chaudière judiciaire.