‹ Histoire de la Gascogne (volume 4)Chapitre 15 sur 33 · àisroïKE · texte numérisé non relu

àisroïKE

les comtes d^Ârmagnac avaient profite de lenr posiâon sur les confins de la Guyenne et du Languedoc pour refuser leur foi aux deux puissantes maisons qui gouvemaient ces provinces. Mais déjà vassal de la Guyenne pour la vicomte de Lomagne, Arnaud dot pencher pour celle-ci et entraîner son épouse. Un de ses parents dont il devait craindre les prétentions s^était d^ailleurs prononcé pour le comte de Toulon^, et il lui fallaît un appui contre ses rivau;c, et surtout contre le vicomte de Fezensaguet.

Roger, le dernier fils de Bernard lY , à qui cette seigneurie était échue au partage des biens paternels, venait de mourir, laissant trois enfants en bas âge, Géraud, Amanieu et Arnaud (1 ). Géraud hérita du Fezen- ^guet, Arnaud eut la vicomte de Magnoac,et Amanieu fut voué à FégUse. Lé cartulains de Gimont nous révèle Texistencé d*un quatrième membse de cette famille omis par les historiens (2). Roger , nous dit-il sous là rubrique de 1243, et Pulcelle, sa femme, du consentement de leurs enfants , Géraud , Roger et Amanieu, donnèrent et laissèrent Arnaud-Bernard leur fils, à Notre-Dame de Gîmont et à Fabbé Guillaume, et lui donnèrent eh même temps la terre de Cazaux avec tous l&s droits qui y étaient attaches, à la seule condition que la communauté ne pourrait jamais Taliéner. La donation fut faite à Puycasquier et ratifiée à Mauvezin. Les chevaliers Arnaud d'Arquier et Pierre de Contaut furent les principaux témoins présentés par le vicomte et Pulcelle ou Pinselle , sa fenmic. Pinselle était fille d' Amanieu IV, sire d'Albret. Nommée tutrice de ses

(l)Dom Brugellcs, M. d'Aignan.— (2) Manuscrit du Séminaire.

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eaf;inls, elle réclama au nom de Cëraud la suocessioa de Bernard V, et en appela aux armes.

Un troisième compétiteur ne tarda pas à se mettre sur les rangs. Cétait Segnis, la veuve deCentuIe, comte d^Astarac, fille,selon quelques-uns, de Bernard IV. Dans cette opinion (1), sœur de Mascarose, elle réclamait sa part dans Théntage paternel. Selon le plus grand nombre, née de Céraud et ainsi tante des deux adversaires, elle revendiquait ce qu'avaient possédé ses deux frères. Prévoyant l'éventualité de la succession qui allait s'^ouvrir, elle voulut s'assurer un secours puissant. Sa maison, à part quelques infidélités si communes chez les seigneurs de cette époque , s'était montrée dévouée au comte de Toidouse. Segnis crut gagner sans peine Raymond. Le 1 3 novembre \ 244 , peu de jours avant la mort de Bernard V, ejile se transporta dans la capitale du Languedoc, accompgnée de Centule, son fils aine, et plaça sa personne , ses enfants et tout TAstarac sous Le vasselage du comte de Toulouse. L'hommage fut complet (2^. Centule prêta le serment les deux genoux en terre et ses mains dans les mains de son suzerain.

Fort de ce titre, Raymond fit aussitôt constater sa suzeraineté dans les principales baronies de TÂstarac. Son étendard fut hissé sur les portes et les tours de Gastelnau-Barbarens, de Masseube, de Durban, de Montcassin et de Simorre ; tandis qu'un héraut proclamait trois fois son cri de guerre : Toulouse, Toulouse, et qu'on remettait à son délégué les clefs de ces cinq places. Tout cela se passait sous les yeux de Hugues de

(1) Dom Vaisselle, lom. 3, page 452.— '2) Dom Vaisselle, lom. 3 page 433. Manuscrit de M. d'Aiynan. L'Arl de v^irifiar les dales.

ir 21.

Pardaillan , évéque de Tarbes , de Bernard , abM de Faget, de trois seigneurs de Maulëon , de Bernard de Montégut, d'Odon de Latour et de Viul de Seisses. L'hommage avait eu pour témoins Tévécpie de Touloose, Vabbé de Lombez, Amalric, vidom te de Narbonne, Roger de Gomminges , comte de Pailhès , Bertrand de risie, Roger de Noé, Sicard de Miramont et une foule de nobles.

L'ëvêque de Tarbes , à la mort d^Amanieu et peutêtre durant sa captivité avait été nommé vicaire-général du diocèse d^Auch. On Télut bientôt pour archevêque, mais il ne parait pas qu'il ait jamais pris possession de son siège, soit que le pape n^ait pas voulu confirmer sa translation, ou plus vraisemblablement quMI ait été prévenu par la mort. Quoiqu'il en soit, Hîspan de Masiac, de Massas ou de Masses, trois familles anciennes et différentes, de notre diocèse, et dont la dernière s'est fondue dans celle de Béon, occupait le siège en 4245 (<).

Segnis ne tarda pas à s'apercevoir qu'elle ne pourrait pas lutter avec avantage contre Géraud ; mais plutôt que de voir l'héritage de ses ancêtres entre les mains d'un parent, elle appela un étranger, et céda (2) toutes ses prétentions au comte de Toulouse, sans qu'on sache si elle se réserva des dédommagements. Mascarose et Odon de Lomagne imitèrent Segnis et firent aussi cession de leurs droits à Raymond ; mais mieux inspirés que leurs parents, ils gardèrent 0)urrensan , le palais de Sos et la moitié de Vie , et à leur langage on dirait qu'ils n'abandonnaient que ce qui leur avait été enlevé.

(i) Giillia Christiana, Dom Bnigclles. — (2) Dom Vaîssette . Preuves, p. 453.

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Ces deux actes portent la date du 25 mars 4246 et la souscription du comte Ae Comminges , d'Arsieu de Montesquieu, et d'une foule d'autres seigneurs. Raymond ne cherchait peut-être qu à eflTrayer Céraud et à le détacher de TAngleterre. Bien du moins ne pnmve qu'il ait cherché à faire valoir ses droits. Ce qui nous porterait à croire qu'il y renonça de bonne heure et qu'il rendit au vicomte de Lomagne ce qu'il en avait reçu ; c'est que la lutte se poursuivit avec un nouvel acharnement entre celui-ci et le vicomte de FezensagucL

Le premier s'intitulait Odon, par la grâce de Dieu , TÎcomte de Lomagne, et tenant lieu de comte en Fezensaceten Armagnac La ville d^Âuch entrait peu dans «es intérêts. Pour la réduire (1), il envoya un détachement considérable dont il donna le commandement à Guillaume-Raymond de Pins, son oncle. La troupe n'était composée que de soldats nés dans FAgenais , la Lomagne et la vicomte d'Auvillars, preuve manifeste que le pays contesté partageait les sentiments de sa capitale et repoussait le vicomte. Sur sa route, ce détachement commit tous les excès que la rivalité et le voisinage des lieux devaient surtout dans les temps de forcebrute et de rudesse ajouter aux fléaux de la guerre. Les blés furent foulés aux pieds, les vignes arrachées , les maisons livrées aux flammes. La croix elle-même , si respectée alors, n'offrit qu'une protection impuissante. Auch ne fut pas mieux traitée et présenta hientàt le spectacle d'une ville prise d'assaut. Tant de maux eurent, il est vrai, un terme assez court. Le baron

(1) BlanuscrU da Séminaire.

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de Pins, dëjà malade quand il prit la conduite de Texpcdition, aggrava son ëtat par les fatigues de la maidie et mourut peu de jours après son entrée dans la ville. Les Auscitains saisirent cette occasion poar secouer le joiq|. Ils s'armèrent en tumulte et repoussèrent leurs oppresseurs. Rien toutefois n^atteste qu'ils aient souillé leur victoire par de faciles représailles.

Arnaud sentit combien il importait à sa cause de Hcchir leur ressentiment. Il invita Gaston de Béami se rendre à Auch et le pria d'ofRrir sa médiation. La voix du noble Béarnais fut écoutée , et sous ses auspices un accord fut passé le 24 août 1247 entre le vicomte de Lomagne d'une part , et de Tautrc, l'an^evéque, le prieur de St-Orens et la communauté d'^Auck. LVxiginal en langue Gasconne exista longtemps dans les arcliives de la métropole, et périt dans Tauto^a^féqui en 1 793 dévora tant de monmnents historiques. Une copie sauvée du naufrage et que nous avons soi» les yeux, affaiblit les regrets que nous cause cette perle, et nous montre à quel degré d'abaissement étaient alors descendues les lettres, au moins dans nos contrées. Autant qu'il nous a été permis d'en juger par ce document aussi obscur que diffus , Arnaud s'oblige à rechercher et à faire rechercher dans tous ses domaines ce qui avait été dérobé , et à le rendre sur-le-champ, à satisfaire i toutes les réclamations et à solder les pertes dans un mois en vin, blé et autres denrées, moitié au château de Lavardens et moitié au château d'Auch; à ne jamais molester ni à ne jamais prêter appui A qui molesterait aucun membre de la communauté; à laisser k Bertrand de Brugnens la garde des châteaux d'Auch , de 'Lavardens et de Roquelaurc, et à le traiter avec

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amitié ainsi que tous ceux qui avaient pris parti pour les Âuscitains; enfin à ne jamais plus entrer dans la "ville avec plus de cent hommes à cheval {acaoïuUs) , suivis dç leurs écuyers à pied.

Cet engagement fut confirmé par un serment prêté iur la croix, sur les évangiles et sur Tautel de St-Pé d^Ânch. Les parents du vicomte, JaniUon de Caumon , R« G. de NavaiUes, le vicomte de Soûle et un autre Odon de Lomagne le prêtèrent avec lui. Il devait le faire ratifier par les consuls de Lectoure et d'Auvillars, ei demamler une semblable ratification aux cours d'Armagfwo et de Fezensac, et aux communautés d'Eauze, de NogarOi de Vie, d'Âignan, de Riscle, du Houga, de Bétous, de Bfauleon, d'Arblade-le4Comtal, deSte-Chrislie y d'Espas, deCastelnavet, de Castillon, de Roquelaure, de Jegun , de Lavardens , de Peyrussette (Pejmsse- Massas), de Castin, de Duran, de St-Criq et d^AubieL Ses lettres d'assurance devaient être scellées du sceau oomtal de Toulouse et de ses consuls, des consuk d'Agen et de Condom, du comte de Comminges , de la Dauna Segnis, comtesse d'Astarac , et de ses fils. EodSn, si comme tant d'autorités eussent été insuffisantes, Gaston et une foule de seigneurs présents, JaniUon de Canmon, Amaud'-Garsias du Fossal, Bertrand de Roquefort, Guillaume de Fourcès, Arnaud de Lasseobe, Gautier de Larroque ou Larroche, Pierre de Lacoste, Galardd'Autichon, Viul deGontaud, Hugues de Comeillan confirmèrent la promesse Am vicomte et jurèreni sur la croix et les évangiles , les reliques et Fautel de Ste-Marie , quMls se tourneraient contre le vicomte s'il manquait à la foi jurée. Toutes ces précautions accusent la loyauté publique. On n'invoque tant

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de témoignages et on ne s^entoure de tant de serments que contre des tromperies souvent renonvelëes.

Gaston commençait à fixer sur lai les regards de toute la Gascogne. Garsinde Tavait conduit avec une suite de soixante chevaliers, à la cour d^Henri III , qui s'était retiré à Bordeaux après la défaite de Taillebourg. La mère et le fils n^y étaient attirés, disent les historiens Anglais, que pr Tappât des sterlings dont ils sa* vaient le roi d'Angleterre abondamment pourvu. Leur présence du moins y fut saluée par des fêtes dispendieuses et par de magnifiques préisents qui épuisèrent le trésor. Aussi Gaston et surtout sa mère sont loin d'avoir trouvé grâce au delà de la Manche. Celle-ci, nous dit Mathieu Paris , était une femme singulièrement monstï'ueuse et d'une prodigieuse grosseur O* Sa vaste corpulence, ajoute M attli ieu de Wissmintler, pou vait remplir un char entier (**).

Gaston profita des trésors qu'Henri d^Angleterre avait versés dans ses mains pour bâtir le château d'Orthés ( \ ). Les vicomtes de Béam ava ien t jusques là habité Morlas, et ne quittaient le château de la Hourqnie que pour aller prendre quelques ébattements dans les châteaux de Pau, de Cadaillon et d'E^scures. La nécessité où il se voyait de fortifier ses frontières contre les Anglais^ maîtres de Rayonne et de FAquitaine, et sans doute aussi la beauté d'un vaste et riche plateau lui firent choisir Orthès. II prit pour modèle le château de Mon-

{*)Mulier singulariter monstruosa et pra grossitudme prodigioia,

(**) Quœdam mvlier singulariter monstruosa cujus cadaver vermihus multis kœreditarium lecticam vacuam potuit onerare.

(1) Mmm, liv. 7, ch. 2.

cade, berceau de sa famille. Froissart, qui Tavait vu dans toute sa magnificence, ne savait assez Tadmirer. Le vicomte de Béarn y établit sa résidence, et ses successeurs Thabitèrent après lui jusqu'en 1460 que Gaston, prince de Navarre, transporta sa cour à Pau.

Le gouvernement Anglais n'avait jamais été favorablement accueilli en Gascogne, malgré les avantages matériels qu'il apportait à la province. L'administration d'un prince faible et dissipateur n'était pas faite pour vaincre des répugnances et créer des sympathies. On se plaignit d'abord sourdement; puis, comme à un signal donné , on se souleva de toutes parts. Gaston se montra à la tête des mécontents. (1). Le vicomte et les siens reprochaient à Henri les ruines^ voleries et oppressions dont le pays était victime. Henri se plaignit de son côté de n'avoir pas trouvé auprès de Gaston l'appui que ses munificences passées lui faisaient espérer contre Richard de Lancaslre, son frère, qu il voulait dépouiller du gouvernement de la Guyenne, et à tous il reprochait leurs exigences et leurs mutineries. Avant que le sou- , lèvement eût le temps de s'affermir, il envoya Simon, oomte de Leicester, égal peut-être en courage et en talents, mais certainement supérieur en ambition au c^ébre Simon de Montfort dont il avait reçu le jour. Leicester passa la mer avec une fiotte chargée d*hommes et d'argent, et trouva des ennemis dignes de sa valeur. Après un an de combats partiels, il ne put obtenir d^autres avantages qu'une trêve assez courte dont la nouvelle combla de joie Henri et sa cour.

La campagne suivante fut plus favorable aux armes

(1) Marca, ch. 2 et suiv.

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Anglaises. Leicester battit Gaston et le fit prisonnier. A entendre Matthieu Paris, on dirait que la trahison on du moins des moyens peu honorables mkent Gaston entre les mains de son ennemi. Son vainqueur Tenvoya à Henri qui habitait alors Qarendon. Il voulait qu'il demandât humblement grâce pour sa vie, et se remit entièrement à la cTëmence royale. Son but fut atteint On ne se piquait guère au moyen âge de supporter noblement Tinfortune. Avant le combat on se montrait souvent raide, hautain , fanfaron ; mais après la dc^faite on s'inclinait devant Tarrét prononce par la forttme, et on acceptait sans honte ce qu^on avait refusé avec airto* gance. Gaston , vaincu pr la nécessité desceadit à dès prières, abandonna quelques-uns de ses châteaux a la Couronne d'Angleterre et obtint ainsi son pardon. Bientôt même, grâces à Tintervention de la reine d** Angleterre, sa nièce, il sut si bien reconquérir les bonnes grâces du roi qu'il fut rétabli dans tous ses domaines. Cependant le comte de Leicester poursuivant les seigneurs Gascons , en expulsa quelques-uns de leurs châteaux, en fit pendre quelques autres et porta partout la terreur. Le retour de Gaston, au lieu de calmer les esprits sembla donner un nouvel aliment aux haines publiques en montrant à nu la perfidie de Leicester. On s'arma de toutes parts; le gouverneur Anglais harcelé par tant d'ennemis, fut forcé de repasser la mer en tonte hâte suivi seulement de trois gens d'armes (16 janvier 1251).

Le Bigorre commençait alors à être agité. Ce comté allait être plus vivement disputé que l'Armagnac et le Fezcnsac. La vieille Pëtronille prolongeait toujours sa carrière, survivante! son cinquième mari et à ses deux

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filles alnëes, Alix et Perronelle quelle avait eues, comme nous Tayons dëjà dit , de Guy de Montfort Alix avait été mariée à Esquivât , seigneur de Chabannes et de Ckmfolans, dont elle eut deux fils, Esquivât et Jourdain de Chabannes, et une fille, Laure, depuis vicomtesse de Turenne. Devenue veuve, Laure se remaria avec Raoul de G>urtenai, dont elle eut Mathil'de, comtesse de Tby et épouse de Philippe de Flandres. Perrondle, la seconde fille de Pétronille, s^était unie à Raoul de Laroche-Caixon en Normandie, et n'en avait point eu d'enfants, n restait encore à la comtesse de Bigorre une dernière fille, Âmate ou Aimée , qu'elle avait eue de Bozon deMastas, et qu'elle maria à Gaston de Béam (4 ). Après les cinq mariages de la mère et les divei^es alliances de ses enfants, il était assez difficile qu'il ne s^élevât pas des contestations. Pétronille chercha à les prévenir. Etant tombée malade h Vic-Bigorre, en 4239, elle y fit un premier testament (2). Elle y déclare qn^'outre vingt mille sols promis à Bozon, son mari, le jour de leurs noces, elle lui en doit encore trente mille. Elle veut que ces sommes soient payées, savoir : quarante mille sols sur le comté de Bigorre , et dix mille sur la vicomte de Marsan. Elle veut encore que son mari jouisse de ces deux seigneuries jusqu'à ce qu'il ait été satisfait; mais qu'après le paiement , il remette le Bigorre et le Marsan entre les mains d'Alix, sa fille aînée, et de ses héritiers. Elle assigne pour le paiement de qnelques autres dettes dix mille sols Morlas qui seront prélevés sur les terres de Boulouch, La Reule, Parabère et Caixon. Enfin, voulant récompenser Tar-

(1) Marca, l'Art de vérifier les dates. —(2) Marca, liv. 0 , ch. 11 .

chevéque d^Aùcli de tous les soins qu'il s'est donnés pour elle et pour ses terres , et le payer de cinq mille sols qu'elle avait empruntés à Garsias Delcrt, prédécesseur d'Amanieu, elle lui lègue les rentes de Bagnères, dontle prélat jouira jusqu'à ce qu'il ait recouvré les cinq mille sols. Pétronille ne mourut pas de cette maladie, mais sur la fin de ses jours, dégoûtée du monde et sentant, après une vie aussi agitée, le besoin de se préparer dans le calme de la retraite au passage de l'éternité, die se retira au monastère de l'Escale-Dieu et s'y livra aux pratiques de la dévotion.

Raymond , comte de Toulouse , ne vit pas s'ouvrir cette dernière lutte. Réconcilié avec PÉglise par le traité de Paris , il chercha à faire lever l'excommunication qui pesait encore sur la dépouille mortelle de son père et à lui procurer les honneurs de la sépulture chrétienne. Les premiers commissaires nomm&par le pape paraissent avoir conclu en sa faveur; mais sur quelques vices de forme , Innocent IV ordonna une seconde enquête et la confia à l'archevêque d'Auch et aux évéques du Puy et de Lodève (1). S'il fallait en croire les nouveaux auteurs de la Gaule chrétienne (2), l'archevêque et ses collègues adoptèrent Tavis de leurs prédécesseurs, et prononcèrent sur les cendres froides et inanimées la sentence d'absolution qui leur ouvrait la porte du temple. Mais les faits s'opposent à cette version. Le corps ne fut jamais inhumé, et jusqu'en 1 793 on, apercevait au porche de l'église des Chevaliers de Malte une tombe sans couvercle , au fond de laquelle gisait un squelette noir et poudreux ; c'étaient les restes de Ray-

(i) Catel, dom VaUseUc — (2) Tom. 2, p. 715.

niond VI. Alors une tempête acheva ce qu'avait commence une sévérité religieuse. Au milieu de TefTervescence populaire , le squelette fut arraché de sa tombe, et les cendres jetées au venu

Raymond, en attendant Tissue de cette procédure, s^occupait à recueillir Thommage de ses vassaul. Le comte de G)mminges et le comte de Tlsle furent des plus empressés , et méritèrent ainsi d^étre armés chevaliers de sa main. Izam et Bernard , fils de Bertrand- Jourdain , cousins germains du comte de Tlsle (4) , reconnurent tenir des comtes de Toulouse tout ce qu'ils possédaient dans le Gimois et aux environs de la Garonne. D'autres seigneurs les imitèrent; mais tous les serments ne furent pas fidèlement gardés. Le vicomte de Lomagne fut le premier k oublier le sien. Mascarose sa femme mourut dans les premiers mois de 1249. A peine fut-elle descendue dans la tombe, que le comte de Toulouse lui fit épouser sa propre nièce, Marie Bermonde de Sauve (2) , fille de Pierre Bermond de Sauve, comte de Gevaudan et de Milhaud, et de Josserandede Poitiers, sa première femme. Cette alliance semblait devoir attacher Arnaud aux intérêts de son nouvel oncle. Néanmoins il n'en fut point ainsi. Une autre alliance le jeta dans les bras de l'Angleterre.

Mascarose avait laissé une fille du même nom , qui s'unit (3) presqu'aussitôt après la mort de sa mère à Esquivât de Chabannes , fils aîné d'Alix de Montfort , et petit-fils de Pétronille de Bigorre. Cette union se fit sons les auspices de Simon de Leicester , grand oncle

(l)Dom VaiMctlc. — (2) Idem, TArt de vérifier les dates. — (3) L'An de vérifier les dales, M. d'Aignan .

332 Hisroi&B

d^Esquivat, qui gouvernait alors la Guyenne avec une autorité presque royale, et disposait ainsi de forces considérables. Le beau-père et le gendre s'aidèrent de ce secours contre Géraud. Gelui-ci se retourna vers le comte de Toulouse à qui il avait fait déjà honunage ea 4243 pour le château de Mauvezin. L'infidélité d'Arnaud rapprocha encore le nouveau vassal de son suzerain et agrandit la querelle* La guerre ayant éclaté entre l'Angleterre et le comte de Toulouse, Leiœiter attira sous ses drapeaux Esquivât et le vicomte de Lomagne. Raymond , de son côté , solUciu Géraud et le poussa facilement aux armes. L'occasion paraissait fiivorable; Arnaud combattait au loin et son absence livrût la Lomagne aux agressions. Géraud l'attaqua, il prit et brûla quelques châteaux. Il eût poussé plus loin ses succès, si Arnaud retournant sur ses pas ne fût accouru au secours de ses domaines. Ce retour changea la taict des affaires. Forcé de se défendre à son tour, Géraud tomba «itre les mains de son ennemi et fut retenu priflonni^ (i).

A cette nouvelle, Raymond charmé de trouver uœ cooasion de faire éclater son ressentiment, cita (11 juin 4249) le vainqueur devant la cour d'Agenet le somma de remettre entre ses mains le château d'AuTillazs et toutes les terres que le vicomte tenait de lui sons It . mouvance du comté d'Agenais, et de rendre la liberté a Géraud son vassal comme luL Arnaud refusa d'obéir et fit signifier , le 1 "" juillet, au comte de Toulouse, on appel devant le roi de France leur commua suzerain. La sentence qui le condamnait, était, disait-il, injuste;

(1) Dom Vaisselle, lom. 3, Preuves, p. 471.

DE Lk gamoghe. 333

aril avait le haut domaine dans la plus grande partie de ses terres. D^ailleurs il avait pris Géraud , les armes k la main, dans les domaines qu^il tenait du loi d^ Angleterre et qu'ail Yj faisait garder. Il ajoutait que le monarque anglais lui avait fait compter de l'argent pour qu'il prolongeât la captivité de Gëraud jusqu'à ce que le comte d^ Armagnac eût satisfait, soit pour les dommages causés, soit pour la guerre portée dans un fief mouvant de l'Angleterre; qu'ainsi le jugement de* cette affaire ne regardait nullement la cour du comte de Toulouse, mais que lors même qu'il lui appartiendrait d en connaître, elle ne pouvait pas statuer sans appeler les parties^ enfin, qu'on ne lui avait donne pour se présenter qu^un délai de sept jours contre la règle et la coutume des cours laïques. Malgré ces raisons la cour d'Agen le condamna à perdre Auvillars et les autres domaines, et la sentence fut exécutée.

Raymond ne jouit pas longtemps du plaisir d'avoir humilié un de ses ennemis. Il tomba malade dans le Rouergue (1), et voulant aussitôt mettre ordre aux affaires de sa conscience, il se confessa à un ermite célèbre dans le pays. L'évéque d'Albi accourut en toute hâte lui administrer le saint viatique qu'il reçut avec les sentiments de la plus vive piété. Dès qu*il sut que le saint sacrement approchait, il fit violence à la maladie qui le dévorait , se traîna à sa rencontre et reçut son Dieu à genoux sur le pavé de sa chambre. II voulut ensuite être transporté à Milhau où il fit son testament qui fut scellé des sceaux des comtes de Gomminges et de risle , de l'évèque d'Albi , de Yah}yé de Mousseaux

(l)GailknioiedcPaylai]rci», dom Vai^scltc.

et de six seigneurs. Il y nommait pour exécnteors de ses volontés' les prélats de ses états et ses chers et féaux Bernard, comte de Comminges, et Sicard d^Alaman, cliargés de s'adjoindre quatre bourgeois de Toulouse. Il mourut quatre jours après (27 septembre 4243), pleuré de ses sujets, dont ses malheurs plus que ses grandes qualités lui avaient gagné les cxeurs, et qui ne pouvaient voir qu avec regret le sang de leur ancien maître se perdre dans une famille étrangère.

Jeanne sa fille et Alphonse de Poitiers , frère de St-Louis , qu'elle avait épousé , venait de s^embarquer pour la Terre-Sainte. Le roi de France les avait précédés. Blanche, chargée de gouverner le royaume en Tabsence de son fils, se hâta d''envoyer Guy et Hervé de Chevreuse prendre possession de ce riche héritage au nom d'Alphonse et de sa femme. Les deux comnlissaires arrivés à Toulouse, reçurent le 1*' décembre dans le château Narbonnaisle serment des vassaux (i). Bernard, comte de G>mminges , qui avait recueilli les derniers soupirs du père se présenta le premier; Jourdain de risle et ses deux cousins jurèrent ensuite. Ces deni derniers moururent peu après sans laisser d'enfants, et Jourdain en sa qualité de chef de la maison de Tlsle recueillit leur succession. Segnis, comtesse d'Astarac, se fit représenter par Arnaud de Biran , qui jura sur lame de sa maîtresse. Peu de jours après , Pincelle se présenta elle-même et prêta serment tant en son nom qu'au nom de Géraud, son fils, toujours prisonnier. Parmi les chevaliers qui se pressaient autour de ces grands vassaux et qui jurèrent après eux , nous signa-

(1) Calel. Dom Vaisselle. Grands Officiers de la couronne. *

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lerons Sicard de M ontaut, Izarn de St-Paul, Jordin de Lutar, Arnaud-Pons de Noé, Bernard de Villeneuve, Raymond de Montcrabeao, Bernard de Montesquiou, .Odon de Tlsle, Guillaume de Roquefort et Odon de Francs, Arnaud de G)meillan, Pons de Monlaur, Ray- ^ mond de Pouy , Roger de Latour , Raymond de Broqueville, Pons de Nogarel, Bérenger de Faget, Frédol de Loubens, Bernard de Guichené, Guillaume de Villèlc, Guillaume de Gaujac, Adhémar de Polastron, Bernard de Montëgut , Donat de Giramon , Adhémar de Puntis*, Bertrand de Pins, Jean Dubartas , Bernard d^Orbessan, Arnaud-Raymond d'Hautpoul.

Alphonse et Jeanne rentrèrent en France dans le mois d^octobre suivant , et le 23 mai ils firent leur entrée solennelle ï. Toulouse. Ils s'y arrêtèrent à peine, car le 30 nous les trouvons à Verdun d'où ils se rendirent à Agen. Le vicomte de Lomagne vint se présenter aux deux époux, et sans chercher à justifier sa conduite passée, il demanda grâce et merci et se reconnut vassal pour la vicomte de Lomagne et toutes les terres dépendantes de TAgenais. Au prix de cette soumission il obtint la restitution de la vicomte d'Auvillars et des autres Ineos saisis. Les fers de Géraud étaient alors brisés, car Tacte de pardon (1) (4 juin 1250) eut pour témoins le comte d"" Armagnac, Robert de St-Clar, Arnaud de Montpezat, Nompar de Caumont et Raymond de Pins, seigneur de Taillebourg. Ces seigneurs accompagnèrent leur suzerain à Penne en Agenais , où par un nouvel acte Arnaud se reconnut débiteur à Fégard d'Alphonse de cinq mille sols Morlas, prêtés jadis au vicomte par le dernier comte de Toulouse.

(1) Dom Vaisselte, tom. 3, Preuves, p. 488.

La présence du comte d'Annagiuc à ces deux actes nous ferait croire quHl dut 6a liberté k son ancien ri?al qui chercha à acheter ainsi sa grâce et à se concilier Alphonse; mais du moins cette délivrance n amena qu^un rapprochement momentané. La guerre ne tarda pas à renaître. Esquivât ne pouvait prêter qu^un faible secours à son beau-père. Pétronille venait en6n de terminer sa longup carrière (fin de Tannée 1254). A son lit de mort elle fit un nouveau testament (1) dans lequel elle instituait Elsquivat pour héritier et lui. substituait Jourdain , son frère , dans le cas où il mourrait sans enfants; et si Jourdain ne laissait pas lui-même de postérité, elle appelait au comté de Bigorre sa fille Mathe. Elle élisait sa sépulture au monastère de TEscale-Dieu, auquel elle léguait ses vases d^or et d^argent, ses reliquaires , ses anneaux, ses pierres précieuses, ses habits et tout ce qui tenait au service de son corps et de fia chapelle. Elle ordonnait ensuite des aumônes, et «afin elle choisissait pour ses exécuteurs testamentaires, Arnaud-Raymond de Coarrase, évéque de Tarbes, Arnaud-Roger de G>mminges, évéque de St-Bertrand, Vital d'Ourleix, commandeur de Bordères, Peregrin de Lavedan^ et Guillaume Filho, bourgeois de Bagnères.

Pétronille, pour mieux assurer le Bigorre à E^uivat, avait remis (2) ce comté au comte de Leicester, ne se réservant qu une pension annuelle de sept mille sob Morlas. Malheavail eu pour dot la vicomte de Sfarsan et la seigneurie de Notre-Dame del Pilar de Saragosse. Pétronille y avait ajouté , Tannée qui précéda sa mort, tout ce qu'elle prétendait sur le comté de G)mminge$,

(1) L'An de vêrifior les dale5, Marca, p. 827. — (2) i

^et Timpatient Gaston s'était empressé de fairq valoir ses nouveaux droits les armes k la main. Bernard IV, pris au dépourvu , fut contraint d'implorer la protection d'Alphonse. On en vint alors k un accommodement. Le Toi de France s'intéressa à cette affaire, et sa médiation amena une paix dont nous ignorons les conditions. Cette augmentation ne satisfit ni MatKe , ni son mari. A peine Pétronîlle eut-elle fermé les yeux , qu^ils réclamèrent le Bigorre , prétendant que son mariage avec Guy de Montfort était nul comme ayant été contracté du vivant de son second mari, et qu'ainsi toute cette descendance, fruit de l'adultère, était inhabile à succéder. Esquivât eut ainsi à défendre ses propres droits aussi bien que ceux de sa femme. Mais heureusement pour lui, Gaston ne pouvait lui opposer qu une faible partie de ses forces. Une nouvelle ligue dont Gaston de Béarn était eno6re l'âme et le chef ( \ ) s'était fermée entre les seigneurs Gascons. La Réole , St-Emilion et plusieurs châteaux tombèrent entre leurs mains. Enflés de ces succès, les confédérés annonçaient le projet de soustraire la province entière au joug de l'Angleterre; mais l'or de leur ennemi semé avec profusion dans leurs rangs mit la division parmi eux. Gaston sans se déconcerter s'approeha de Bordeaux et le serra de prc'S. Henri alors en Angleterre vola à son secours avec une flotte de plus de trois cents voiles, et à peine débarqué, il courut assiéger La Réole. En même temps il obtint du pape un bref pour faire excommunier ses ennemis sous le spécieux prétexte qu'il avait pris la croix, et qu'ainsi il ne pouvait êlre attaqué. Le doyen du chapitre de Bordeaux

(1) Marca, liv. 3, ch. 6.

charge des pouvoirs du saint sîëge, fit avertir les chefs de la faction, Gaston de Bëam, les vicomtes de Fronsae et de Castillon , le prieur du Mas et le maire et les jurats de La Réole, de déposer les armes; et sur leur refus il publia Texcommunication dans les diocèses de Bordeaux et de Bazas, et ordonna à Tévéque d^Âire de la faire publier dans son diocèse.

Gaston méprisant ses foudress^adressa(l) à Alphonse, roi de Castille, et lui offrit le haut domaine de la province ; mais comme le prince espagnol faisait trop attendre son secours, La Réole fut obligée de se rendre toutefois à des conditions avantageuses. Les autres confédérés furent traités avec plus de rigueur. Henri arrachait leurs vignes, ravageait leurs moissons , brûlait et rasait leurs maisons, et se signalait par des excès plus dignes d'une vieille femme que d'un guerrier , comme le disaient dans leur désespoir ses ennemis. L^or adieva ce qu'avait commencé la terreur, et aux fêtes de Noël 1255 qu'il célébra à Bazas, plusieurs seigneurs que n'avaient pu soumettre ses armes, vinrent prendre part à ses libéralités. Les Gascons , dit Matthieu Paris , qui nous a transmis ces dissensions, sont amis de fortune.

Leur défection n'ébranla point le vicomte de Béam. Peu de jours après il osa assiéger Bayonne ; c^était la seconde ville de la province. Son port la rendait importante; elle était riche en vaisseaux, en hommes de guerre et en marchands ; son principal commerce était celui des vins. Ses bourgeois exposés fréquemment aux exactions des Anglais haïssaient leur domination et favorisaient le projet du vicomte de Béam ; mais le bas

(1) Marca, ch. 7 et suivants. L'Art de vérifier les dates.

DE Ul gasoognb. 339

peaple était dévoué à T Angleterre. Il arrêta les soldats de Gaston dont quelques-uns s'étaient déjà introduits dans la place, et la conserva a ses anciens maîtres.

Gaston avait compté sur Tappui d'Alphonse. Henri gagna le monarque espagnol en lui demandant la main de sa sœur pour Edouard, son fils aîné. Alphonse Tacoorda et abandonna à son beau-frère tous ses droits sur la Gascogne. Cette alliance amena la paix. Gaston fut compris dans le traité. Par une des clauses Henri s'engageait à indemniser les seigneurs Gascons de toutes les pertes qu'il leur avait fait essuyer. Cette querelle coûta à l'Angleterre deux millions sept cents livres sterlings. Il n'^en eût pas fallu autant, disaient les ennemis du roi , pour acheter toute la Gascogne. Le jeune Edouard alla épouser k Burgos l'infante Aliénor et y fut armé chevalier par le roi Alphonse. Le puissant toron dom Gaston de Béam partagea cet honneiur ainsi que différents princes dont quelques-uns sont désignés. Dans la liste d'honneur de cette réception , l'histoire (1) a observé que Gaston est nommé avant Rodolphe de Habsbourg, le chef de la maison d'Autriche , le futur César qui devait bientôt ceindre la couronne de Charlemagne. Alphonse le releva en même temps de tous les serments que ce vicomte ou ses prédécesseurs avaient prêtés à la couronne de Castille, à raison de la terre de Gascogne. Cétait déclarer solennellement le Béam franc de toute vassalité à l'égard de PEspagne.

En se réconciliant avec l'Angleterre, Gaston s'était obligé à remettre le château de Sault entre les mains

(1) Geaufroi, archidiacre de Tolède.

da jeune Edouard à qui son père venait d'abandonner la Guyenne. Le cbàteau appartenait à Garsie-Amaud deNavailles, mais il relevait delà vicomte de Béam^ el à ce titre Gaston pouvait en disposer. La domination anglaise n'était point aimée. Les halntants poussés sans doute par le seigneur de Navailles^ se révoltèrent et fer> mèrent leurs portes. Gaston était à Bazas avec le comte d'Armagnac. Il regarda ce refus comme un outrage fait à son autorité plus qu'à la couronne d'Angleterre, et résolut de le punir. II somma (1) aussitôt Amanieii d'Albret de lui remettre le cbâteau de Gasenave situé à trois lieues de Langon , et fit signer la sommation par une foule de seigneurs , parmi lesquels nous tronvons En Doat de Pins , maire de Bazas. Le château de Gasenave et celui de Bazas dépendaient de la vicomte de Gavardan , et Gaston en avait investi le sire d'Albret qui était devenu ainsi son cai^er et son homme. Cet hommage est le premier lien qui ait rapproché les sires d'Albret, du Béam , où leur postérité devait jeter tant d'éclat. Nous ignorons ce que fit Gaston pour réduire les habitants de Sault. Nous savons seulement que cette forteresse était au pouvoir des Anglais çn 4264. Garsinde, mère de Gaston, vivait encore alors et administrait les domaines que la maison de Béarn possédait dans la Catalogne. Elle dut mourir bientôt après. L'histoire du moins ne prononce plus son nom.

Le sire d'Albret mourut avant elle. Il avait été élevé à la cour de dom Jaymes , roi d'Aragon , sous lequel il fil ses premières armes. Deux événements tragiques empoisonnèrent sa vie (2). Dans un tournoi, noble et

(i) Marca, llv. 7, ch. 10. — (2) L'Art de vérifier les dates.

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brillant exercice si répandu depuis , et dont la mode commençait ii se répandre, il blessa à mort par mégarde le sire de Monlberon, un de ses voisins et sans doute aon ami. Guillaume de Lasserre , son ancien gouverneup, prescpi^aussi malheureux que lui , s^ébattant à la cbasse avec quelques chevaliers anglais, tua par inadirertance un ehambrier d^Henri III. Le roi, inconsolable de cette perte, fit arrêter Finnocent auteur de cette mort involontaire, et lui fit impitoyablement trancher la tête. Le sire d^Albret aimait tendrement Guillaume. A la douleur que lui causa Fatroce sévérité du monar^ que anglais vinrent s^ajonter presqu'aussitôt la perte d^Assalide , son épouse , fille du vicomte de Tartas et celle de son fils aîné. La Gascogne n*était pour le sire .d^Albrel qu^une terre de désolation. Il s^empressa de repasser les Pyrénées et de rejoindre le monarque près duquel s^étaient écoulées ses premières et ses plus douces années. Il chercha à oublier ses malheurs au sein des combats et signala sa valeur contre les Maures; mais des coups trop poignants avaient altéré cette organisation tendre et sensible , si peu commune chez les barons du moyen âge. Il mourut dans un âge assez peu avancé sans laisser d'enfants d'Isabelle, proche parente du roi dom Jaymes que ce prince lui avait fait épouser peu après son retour. Assalide lui avait donné , outré Tenfant mort peu après elle, deux autres fils, Amanieu et Bernard. Le premier lui succéda sous le nom d'Amanîeu VI.

Le repos pesait à Tâme belliqueuse de Gaston ; mais dans ses entreprises on ne trouvait pas toujours cette fleur de courtoisie et de délicatesse que les lois de la chevalerie mettaient alors en honneur partout le monde

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chrëtien. Il se trouvait un jour, en 1 266, avec quelcpes soldats armes sur les confins de la Lomagne, près d'un château qu habitait la jeune vicomtesse de ce pajs. Alléché par Toccasion (1), il part avant le jour, attaque le château , s- en empare et amène prisonnière la jeune châtelaine. Le vieil Othon-Amaud, trop faible pour obtenir par lui-même réparation de Tinjure faite à sa belle-fiUe , en demanda justice à Alphonse, comte de Toulouse. Celui-ci chargea le sénéchal d^Agenais de sonuner le vicomte de rBéam d'amender ses farfaks^ et Taffaire fut apaisée. Cette répression n^empécha pas Gaston d'enlever vers le même temps la fiUe unique (2) du sire de Montaigne-sur-Gironde avec lequel il était en guerre. Alphonse dut encore intervenir , mais nous ignorons quel fut le résultat de cette médiation.

(1) Hatca, page 018. — (2) Le même.

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