‹ Histoire de la Gascogne (volume 4)Chapitre 17 sur 33 · DE LA CA9CX>GI«E · texte numérisé non relu

DE LA CA9CX>GI«E

leâ tenir t lui et ses hoirs, de nous et de nos successeurs iperpirluiti?, et que du consentement exprès de Tévéque et cliapiire du Puy , ci-de^^ant seigneurs directs du dit Esquivât et de ses prédécesseurs , comtes de Bigorre , cjuL ont cédé à nous et à nos hoirs la seigneurie qu^ils avaient sur ledit comté \ le dit Elsqutvat nous ait fait hommage-lige d^îcelui pour soi et ses hoirs; nous promettons de bonne foi, octroyons ci protestons perces présentes que nous, ni nos successeurs, n exigerons du dit Ksquivatni de ses hoirs, aulre^ï coutumes ni services que ceux que les comtes de Bigorre avaient accoutumé de rendre à V église du Puy , sauf toutefois à nous et à nos héritiers fhommage dudit Esquivât et de ses hoirs pour raison dudilcomté; et lui promettons de lui faire tous les devoirs que Téglise du Puy faLsait aux comtes de Bigorre, et assisterons et défendrons le dit Esquivât? comte de Bigorre, et ses hoirs, comme notre hommelige* En témoignage de quoi nous avons fait expédier ces lettres-patentes, témoin moi-même. A Si-Macaire , le 45 juin. Tannée 38"* de notre règne, «

L'appui du roi d'Angleterre n arrcta point Gaston ; il se présenta en armes et s'empara de Castelnau-de- Rivit^re-Basse. La noblesse navait pas attendu son approche polur se partager (1). Raymond d'Antin, Bernard de Bazillac, Auger des Angles et Bernard de Cujçurol s'étaient déclarés pour lui. Raymond Garsie de Lavedan, Arnaud Guillaume de Barbazan, les villes de Tarbes et de Maubourguet, le château de Mauveziu et la plupart des places étaient demeures fidèles à son t^ncurreut* Cependant le vicomte de Béarn, maître de

rirManuscrit de H. r^bbé Dcclo.

348 HISTOIRB

la campagne, semait les chégâts dans la plaine de Tarbes et se préparait à attaquer la capitale du Bigorre. Esquivât offrit en vain de lui faire raison devant les coars réunies de Bigorre et de Béarn; en vain même il voulut soumettre ses droits à la décision des rois de Franœ on d^ Angleterre, ou du comte de Toulouse : Gaston, sourd à toutes les propositions , serrait tous les joun de plus près son ennemi. Dans cette extrémité, rinfiartuoé comte, Jourdain son frère, Tévéque et les bourgeois de Tarbes, et la cour de Bigorre implorèrent le secours du comte Leicester. Esquivât alla plus loin ; il lui écrivit peu de jours après que se sentant trop faiUe pour défendre le Bigorre contre les violences du vicomte de Béarn, il lui en fait donation (1). Un acte aussi impolitique ne saurait être justifié que par les heiis Aïoits qui unissaient Montfort à E^uivatet qui faisaient croire au petit fils de Pé trouille que le comté lui sérail rendu dès que la possession en serait possible. Nous verroDS bientôt s'il avait jugé sainement de son oncle. Cependant le secours de celui^i ne fut pas nécessaire.

Alphonse , fils aîné du roi d'Aragon, descendait les Pyrénées, appelé par Gaston. Son approche , redoutée des partisans d'Esquivat, était un gage de paix. Lbin d'envenimer les hostilités , il s'entremit entre les deux parents et les amena à soumettre leurs contesutions i la décision de Roger, comte de Foix (2). Nul choix ne pouvait être moins suspect aux parties. Les intérêts de Gaston étaient chers à Roger, parce que son fils aîné avait été fiancé à Marguerite, seconde fille du vioomte, et ceux d'Elsquivat ne lui étaient pas indifférents , car

(1) Manuscrit de M. l'abbé Decio, Marca. — (2) Les mème^.

DE L4 gasooghe. 349

il était prêt à lui donner en mariage sa propre fille, Agnès. Seulement il fallait prévenir les difficultés que les deux compétiteurs pourraient opposer à Texécution delà sentence. Dans ce dessein, on dressa un compromis par lequel Gaston et E^uivat s'engageaient, sous peine de mille marcs d'argent, à tenir pour agréable ce qui serait ordonné par le comte de Foix; et pour plus grande sûreté de leur parole, Gaston donna pour otages Garsie- Amaud de Nayailles, Bernard de Goarrase, Raymond de Domi, Raymond- Arnaud de Gerderest et Raymond de Miossens, arec les villes de Vie et de Castelnau-Rivière-Basse. Esquivât livra de son côté Raymond Garsie de Lavedan, Arnaud-Guillaume deBarbazan, Raymond de Barèges, Jean Delort et les châteaux de Mauvezin el de Maubourguet avec leurs dépendances. Ces préliminaires furent jurés solennellement en présence d^ Alphonse, d'Amaud-Raymond , évéque de Tarbes, de Géraud , comte d'Armagnac , d'Arnaud de Montagut y de Pierre de Pouey et de plusieurs autres seigneurs. Six jours après , le comte de Foix prononça son jugement arbitral.

1^ Le comte Esquivât cédera à sa sœur et à son beaufrère la vicomte de Marsan avec la ville de Maubourguet et tout le territoire qu'on appela depuis le pays de Rivière-Basse.

2* Gaston et Mathe renonceront pour eux et leurs suocesseurs, en faveur d'Esquivat et des siens, à tout le oomté de Bigorre, ainsi qu aux châteaux de Qiabannes et de Confolans, qu'ils Jui disputaient sous quelqu autre prétexte.

3" ELsquivat tiendra quittes les seigneurs d'Antin, de Bazillac , des Angles et de Cugurol , et tous leurs

partisans, de tous les dégâts qu^ils avaient fait durant la guerre , et il leur rendra les terres et châteaux dont il s'est emparé sur eux.

Le comte de Foix se réserva de faire droit aux parties sur les prétentions quelles avaient au comté de G)mminges , lorsqu'elles voudraient en faire la poursuite devant lui. Ce jugement fut rendu le samedi après TExaltation de la Ste-Croix, 1256, dans le châtean noble d'Orthès, en présence de Bertrand, évéque de Lescar, Raymond, évéque d'Oleron, Navarre, évéque de Dax, Guillaume d'Ândouin, Bernard de G)arrase, Raymond-Garsie de Lavedan , Arnaud-Guillaume de Barbazan.

Après cette pacification , le comte de Foix unit sa fille à f^uivat comme il se Tétait déjà proposé, et lui constitua du consentement de Brunisinde , sa femme , vingt-cinq mille solsMorlas de dou Esquivât y en ajouta vingt mille de douaire, et assigna les uns et les autres sur le château de Mauvezin, dont la jouissance appartiendrait à sa veuve. Esquivât déclarait solennellement que les enfants qui naîtraient de ce mariage lui succéderaient dans le comté de Bigorre. Le mariage (1) fut célébré le 4 octobre , en présence de Géraud , comte d'Armagnac et de Fezensac. Sur la fin de la même année , ou plutôt selon notre style actuel , le 3 février de Tannée suivante. Esquivât voulant peupler le lieu de Bidalos, affranchit de tout droit ceux qui viendraient Thabiter, à la charge par eux de payer à la fête de Noël deux sols Morlas par feu. Il fît cette concession dans le château de Lourdes où il résidait avec le comte de

(1) Marca, l'Art de viirifior les dales.

DB LA GASGOGICB. 351

Foix et Tëvéque de Tarbes. Celui-ci fut aussi témoin d'une autre concession faite peu de jours après, et scellée de son sceau et des sceaux du comte et d'Agnès, sa femme.

L'année suivante 1257, Elsquivat répara la perte que lui avait causée le démembrement de son comté en ajoutant à ses terres la vicomte de Couserans (1) qui lui advint par le décès de Roger, comte de Paillas. Il s'en mit en possession, mais il ne put se faire reconnaître dans le château de G>rdes que lui retint le comte de G>mminges. Esquivât, au lieu de demander justice les armes à la main, aima mieux en appeler à l'arbitrage du comte de Foix.

Celui-ci possédait au delà des Pyrénées plusieurs domaines dont quelques-uns relevaient de la couronne d'Aragon. Cette vassalité amena une guerre , mais la lutte était trop inégale. Roger défait fut réduit à demander la paix et à payer au roi Jacques dix mille sols pour les frais de son armement. Il fut plus betureux «xmtre Alvarès (2) , comte d'Urgel , et son irère , qui n'obtinrent la paix qu'en cédant une partie du comté d'Urgel (1256). A la fin de Tannée suivante, le comte de Bigorre confia la garde de la ville de St-Girons et de tout le Nébouzan, à Roger , jusqu'à ce qu'Arnaud d*Espagne , fils de Roger de Comminges et de Raymonde d'Aspet, son vassal, à qui ce pays appartenait, eût atteint vingt-cinq ans. Gaston, vicomte de Béam , avait des prétentions sur le même pays, du chef de Matbe , sa femme. Il engagea le Nébouzan et la ville de St- Gaudens à Roger pour la somme de six mille sols, et le

(l}lfarca, FÀn de Térifier les dates.— ,'2) Dom Vaissette, Marca.

comte de Foix ajouta plus tard deux autres mille sds à cette somme. L'acte en fut passé à Nogaro le mardi après le dimanche des Rameaux (1258).

Roger augmenta les domaines de sa maison (1 ). U eut de longs et vifs démêlés avec les inquisiteurs de la Foi; mais il s'était réconcilié avec eux lorsque la mort vint Tenlever à Tamour de ses peuples. Il tomba malade dans son château de Mazères. Sentant son état s'aggraver, il se fit transporter dans Tabbaye de Bolbonne. Il y mourut dans la chambre de Tabbé après avoir reçu avec édification les derniers sacrements , et s'être fail revêtir de l'habit de Citeaux, en présence des abbés de Cadours, du Mas-d'Âzil et de Lezat, et de toute la communauté. Il fut inhumé le lendemain, 25 février 1265, dans l'église du monastère qu'il avait fait construire sous l'invocation de St-Jacques et de St-Philif^, etoù il avait transféré les tombeaux de ses ancêtres. L'archevêque d'Auch et les évêques de Toulouse et de Comminges assistèrent à ses obsèques, et joignirent leurs regrets aux larmes sincères que les reHgieux et les laïques accourus de toutes parts donnèrent à sa mort.

Il laissait un fils (2) , Roger-Bernard III , qu'il établit son héritier , et quatre filles. Il légua à Sibile, Talnée , mariée à Aymeric , fils d' Amalric , vicomte de Narbonne, outre sa dot, cent livres de rente. Agnès, femme d'Ksquivat,la seconde, eut sept mille sols Morlas, outre lesA'ingt-cinq mille qui lui avaient été constitua. Pliilippe, la troisième , épousa cet Arnaud d'Elspagne à qui appartenait le Nébouzan. Le contrat fut passé le 7 juin 1262, en présence de Gaston, vicomte de Béam,

(i; Dom Vaissott', Msrca.— ^'2) Marca, TAride vérifier les datos.

DE LA GASGOGNE. 353

de Céraud, comte d'Armagnac y de Raymond, vicomte de Cardonne, d' Arnaud-Roger, comte de Paillas, et de plosieurs autres seigneurs. Mais comme la jeune fiancée n était pas encore nubile, le mariage ne fut célébré que le 1 5 janvier 1264. Arnaud d'Espagne étant parent de Philippe, dut obtenir du pape une dispense qu'il paya mille sols Morlas. Sa femme eut à la mort de Roger cinq mille sols Morlas outre sa dot. Elsclarmonde, la dernière fille, était encore fort jeune. Son père ordonna qu elle fût élevée dans le château jusqu à Tàge de 1 5 ans. 11 lui substitua tous ses domaines au cas que Roger son fils mourût sans enfants mâles , et lui assigna pour dot quarante mille sols Melgoriens. Esclarmonde fut unie plus tard à Jacques, fils puiné d'Aragon, qui devint roi de Majorque. Enfin , le comte de Foix laissa Tadminisiration de ses biens à Brunissinde de Girdonne, sa femme, et choisit pour exécuteurs testamentaires, Amanieud^ Armagnac, archevêque d'Auch, Gaston de Béarn, Raymond de Cardonne et les abbés de Bol bonne et du Mas-d'Azil.

Roger-Bernard III n avait pas encore atteint sa ma. jorité lorsqu^il succéda à son père. Il avait été promis dès le mois d'octobre 1252 à Marguerite, seconde fille de Gaston , qui lui porterait en dot deux mille marcs d'argent; mais Tàge tendre des deux futurs époux fit différer de cinq ans la célébration du mariage. Le nouveau comte se rendit à Pamiers (1 ) le lendemain de la sépulture de son père, et remit à l'abbé et aux religieux deSi-Antonin le château et tous les droits que son père avait possédés dans la ville. Le 8 mars suivant, il fit

(1) Marca, dom Vaisseltc, toni. 3.

serment en présence de rarchevéque d^Auch et d*Arnaud-Garsias, abbë du Mas-d^Azil, ses tuteurs, de garder les libertés du cbàteau de Saverdun. Il alla bientôt aprè» à Paris où, par le conseil de Tarcbevéque d'Auch et en présence de Céraud , comte d^ Armagnac , il assigna le i 5 avril à Brunissinde, sa mère, sept mille sols de rente pour son douaire. Enfin, le 29 août il rendit hommage à Jacques , roi d'Aragon , pour tout ce qu]il possédait dans la Cerdagne et le GonfolanU

L'archevêque d'Auch, Amanieu (1), avait suooédé à Hispan vers la fin de 1261. Il était le troisième fils de Roger, vicomte de Fezensaguet, et le frère deGéraudV, comte d'Armagnac. Voué à l'église dès son bas âge, il avait pris l'habit religieux dans le chapitre de StrEtienne de Toulouse. Il édifiait cette communauté par ses mœun graves et austères, lorsqu'il fut appelé sur le si^ d'Auch. L'épiscopat de son prédécesseur avait été signalé par quelques événements que nous n'avons pu encore raconter.

En 1246, GuiUaume de Pardaillan se repentant de plusieurs injustices dont il s'était rendu coupable à l'égard de l'église d'Auch , lui donna les dîmes de Cézan et de Pellefigue dans l'archidiaconé de Savanes, et la moitié de celles d'Arpentian et de Foumès dans l'archidiaconé de Pardaillan. L'acte fut passé à Eauze, en présence de noble Odon de Cazaubon. Peu après^ Guillaume de Lagraulet (2), son neveu, se transporta à Auch. La, dans le sein du chapitre, devant l'archevêque et le prieur, il confirma la donation de son oncle et jura de

(1) Gallia Christiana, Dom Urugollcs, M. d*Aignan. — (2^^artulairc d'Auch.

kl défendre même s'il en était besoin. Le chapitre, pour obtenir cette ratification, lui donna cent cinquante sols Morlas, et en compta trente à Guillaume d^Arcamont et a on autre seigneur à qui Guillaume de Pardaillan avait déjà engagé les dîmes. Cette dernière transaction eut pour témoins Maurin de Biran, qui devint bientôt •près curé de Barran. Deux ans plus tard, Arnaud de Puysegur, sa femme, ses fils et ses filles, donnèrent au chapitre les dîmes d^Orsan et une pièce de terre située dans la ville d^Auch, près du château du comte, en présence de Jean de Bézues, d'Arnaud de Peyrusse et de Martin du Longard.

Un incendie détruisit en 1251 (1) le couvent de Pessan avec Téglise et le château qid la défendait. Hispan en appela à la cliarité des fidèles pour aider Tabbé et les moines à reconstruire leur monastère. Il permit même d'employer à cette œuvre les aumônes destinées aux pauvres. Enfin il accorda pendant deux ans quarante jours d'indulgences à tous ceux qui y auraient contribué. L'appel fut entendu. Les dons furent abondants et surtout si prompts, que le prélat put consacrer l'église peu de mois après. Hispan donnait l'exemple de la libéralité. En 1256, il abandonna aux Templiers les terres de StrMartin dans l'archidiaconé d'Angles, et vraisemblablement dans la paroisse de Montcsquiou. Il réserva seulement pour lui et ses successeurs les prémices et les dîmes.

Le couvent du Brouil disputait (2) alors au chapitre d'Auch un bien appelé Le Rieutort, et situé dans la

(1) Dom Brugelles. M. d'Aignan, Preuves. — (2) Manuscrit de M. d'Aignan.

commune actuelle de Mirannes. On prit pour arbitres le sacristain d'Auch et le cellérier du monastère , qui s'adjoignirent Raymond-Guillaume d'Areich, archidiacre d^Eauze. On s'obligea à tenir le compromis sous peine de deux cents sols Morlas. Odon d'Orbessan, seigneur de Tlsle, et le chapelain de cette paroisse furent les garants de rengagement. La sentence fat portée le jour de St-André , dans la salle du Palado, en présence de la prieure Biveme , de Guillaomette d'Avéron, de N. d'Auxion, de Vital, prieur du Brouil, et de quelques-uns de ses religieux parmi lesquels nous trouvons Vital de Lamezan et Pierre de Galard. Les témoins sont les chapelains de Tlsle, frère Forton, hospitalier de Montesquiou, frère Guillaume-Arnaud, sacristain de Salegrand (dans Barran), et frère Guillaume, hospitalier de Tlsle. Elle fut acceptée et ratifiée publiquement à Thôpital de TIsle-de-Noë le jour de Ste-Candide (<" décembre), en présence d'Odon d'Orbessan, seigneur de Tlsle, d^Amaud-Guillaume, chevalier, de Pierre d^Auriabat, de Guillaume de Respaillès et des frères qui desservaient Thôpital. Nous voyons ici que le couvent du Brouil, comme presque tous ceux de Fontevrauld, se composait d'une double communauté de religieuses et de religieux. Cet usage subsista longtemps. C'était la prieure qui commandait à la double communauté et recevait les religieux. Robert d'Arbrissclles, le fondateur de l'Ordre, avait voulu honorer par cette prérogative, Marie, commandant au disciple bienaimé.

Hispan avait ménagé cette transaction. Sa prudence termina lieureusement une affaire plus délicate (1).

(i) MaDiiscrildL' M. d*Aignan , doui VaissoUe.

L^archevéque de Narboane et Févéque d'Albi se plaignaient avec raison des officiers royaux qui sous prétexte que leurs maîtres avaient Tavouerie ou protection des églises , saisissaient leurs biens , s'emparaient de leurs châteaux et se permettaient de nombreuses vexations. Innocent écrivit aux prélats du Midi et les exhorta à s^employer auprès des dépositaires de Tautorité royale pour les engager à mieux ménager les intérêts de Téglise; et sur de nouvelles plaintes, il enjoignit à Tarchevéque d'Auchde frapper les coupables des censures ecclésiastiques. Hispan n'eut pas besoin des foudres qu'on mettait dans ses mains ; sa sagesse sut s^ faire écouter et les vexations cessèrent.

Sur la fin de ses jours , Guillaume de Sedillac ou plutôt Serillac, comme nous prononçons maintenant, et Raymond de Serillac, son frère, donnèrent au chapitre les dîmes de St- Félix, dans la paroisse de Roquelaure, et une autre dime près de Lavardens (1). Ils firent ratifier cette donation par leurs neveux et la firent confirmer par Ârsius de Montes([uiou , abbé d'Ydrac, et Pierre d'filsparsac, abbé de FageL Guillaume , pour donner plus de poids à cet acte , pria les consuls d'Auch dy apposer le sceau de la ville; cent sok Morlas payèrent cette libéralité , qui eut pour témoins Philippe de Bonas , chapelain ou curé de Castelnau-Barbarens , et Frix de Gistain, chapelain de Lavardens et archidiacre de Savanes.

S'il fallait en croire un rescrit du parlement de Paris, rappelé par un ancien légiste (*), Hispan aurait réclamé

(1) Carlulairc du Chapitre. Dom Bruxelles. M. d'Aignaa. (*) René Chopin. Monast. , liv. 2.

pour sa métropole la protection dé St-Louis oomme seigneur temporel. Le prélat s'étayait, dit-il^ auprèsda monarque français de ce que son siège avait été établi et doté par Clovis; mais Tacte qu^on lui prête est sans doute aussi peu fondé que les assertions qu\m mit dans sa bouche sont fausses. Ce qui parait pins certain, c^est que Hispan reçut Thommage du comte d^Ârmagnac L^archevéque et son clergé s^étaient rangés da côté de Céraud durant sa lutte avec le vicomte do Lomagne. Cet hommage, s'il est réel, fut vraisemblablement le prfx ou la récompense de cette protection.

Géraud ne crut pas en avoir fait assez. Heureux d'avoir triomphé de ses ennemis et de se voir enfin paisible possesseur du riche et vaste héritage que poursuivaient ses efforts , il voulut en témoigner sa reconnaissance au ciel d'une manière éclatante. Dans le moyen âge , nul acte pieux ne valait la fondation d\ui couvent. François d'Assise venait d'opposer au sensualisme et à Torgueil du monde le dénùment et Thumilité de son institut. Le comte appela (1) l'Ordre naissant et l'introduisit dans ses domaines. Il l'établit d'abord i Nogaro , et bientôt après à Auct, où il lui donna remplacement qu'occupa depuis le couvent. Il y ajouta ensuite quelques terres voisines , se réservant toutefins qu'il pourrait les transformer en fossé en temps de guerre, mais s'engageant à les rendre à leur première destination aussitôt après la paix. Cette donation fut faite entre les mains de Raymond DubemardouDubernet, gardien du couvent des cordeb'ers de Nogaro, ei frère Arsène de St-Justin, lecteur de cette maison.

(\j Bom Brug elles et M. d'Aignan.

L'acte en fut passé à Lobaner, près d'Elspas , le 2 octobre 1255.

La ville, par Torgane de ses consuls, ajouta quelque terrain a celui qu'avait donné le comte. L'un et Tautre étaient sur les confins des domaines a^mrtenant aux moines de StOrens qui se prétendirent lésés. On en appda à l'arbitrage des consuls d^Auch: c'étaient André Dacos, Guiraud d'Enroques, Guiraud de Laforgue, Pey (Pierre) de Biran, Pey de Lasportes , Pey d'Enpîcoté, Dominique Mouliés et Raymond Sans Mouliés. Us décidèrent que les frères mineurs posséderaient désormais en paix le local contesté ; qu'ils pourraient ensevelir dans leur cimetière non seulement les membres de leur communauté, mais encore toutes les personnes affiliées à leur Ordre, et même toutes celles qui y éliraient leur sépulture; mais en même temps ils statuèrent que nul désormais ne pourrait aliéner aucune partie du terroir de cette paroisse sans la permission du prieur de S(-Orens. Deux ans auparavant , le pape Alexandre IV avait confirmé et placé sous le patronage du saint-siége toutes les donations faites k cet Ordre. Peu après, le cardinal de Ste-Cécile ayant été chargé de prêcher la croisade en France commit à sa place, dans le Midi, le gardien du nouveau couvent et lui permit de s'adjoindre les religieux de son Ordre qui lui conviendraient. Il l'autorisa même à accorder au nom du saint-siége cent jours d'indulgences à tous ceux qui assisteraient au sermon de la croisade.

Pendant que les enfants de St-François s'introduisaient dans le diocèse d'Auch , le chapitre de la métropole était aux prises avec les fils de St-Benoît (i).

(1) M d'Aignan, Preuves.

L'abbé et les religieux de Flaran renouvelant une ancienne querelle réclamaient les dîmes de Cézan et de Ste-Gemme. Garsias, officiai de Ste-Marie et frère Jacques de CastelnSiu-d'Arbieu , moine de Berdoaes7 pris pour arbitres, confirmèrent une première sentence portée en i 220 par l'archevêque Garsias-Delort. L'abbé et les siens vaincus cette fois encore abandonnèrent la contestation. Ils payèrent même au chapitre cinquante sols Morlas pour les dîmes deFlaranet, sur le territoiie duquel s'élevait leur monastère.

Hispan mourut vraisemblablement le 1^ mai 1261 y quoique le nécrologe de La Case-Dieu renvoie sa mort au 8 juin suivant. Par son testament il fonda dans sa cathédrale huit prébendes (1) qu'on appela prébendes du St-Esprit. Des obstacles s'opposèrent quelque temps à l'exécution de ses dernières volontés. La fondation ne fut réalisée qu'en 1342 par Guillaume de Flavaoonrt, un de ses successeurs.

Le vicomte de Lomagne l'avait précédé dans la tombe. Il mourut en 1 1 56 (2) , laissant de sa seconde femme, Marie de Sauve, un fils et une fille, Vesian et Philij^. I^ fils à peine échappé au berceau lui succéda sous la tutelle du seigneur Je Blaziert, nommé Vesian comme lui, et fils de Géraud P', seigneur de Blaziert. Celui-ci était le dernier enfant d'Olhon de Lomagne qui vivait Tan 1195, et qui fonda, dit-on, la commanderie d'Abrin. On fait remonter (3) à cet Othon la souche des Lomagne. Fimarcon, dont la seigneurie comprenait seize villages, et s'étendait dans les diocèses d'Auch , de Condom et

(1) M. d'Aignan, dom Brugelles, Gallia Christiana.— (2) L*Art de vérifier les dates. Grands Officiers de la couronne , tom. 2. — (3) Grands Officiers de la couronne.

de Lectoure, sur une circonférence de douze lieues. Elle avait pour limites, à Torient, la vicomte de Loma- ^e, à l'occident le Gondomois, au midi le co;mté de Gaure, et au nord la vicomte du Bruillois. Tenue en toute justice haute, moyenne et basse, elle fut érigée en marquisat en 1 503 , et placée dans le ressort du parlement de Bordeaux et la sénéchaussée de Gascogne. Les Fimarcons portaient le nom et les armes des vicomtes de Lomagne, ce qui a fait augurer avec raison qu^ils appartenaient à la même famille. Vesian voulut reconnaître les services qu'Auger de Lomagne, son onde, avait rendus h son père dans la longue lutte que celui-ci avait eu à soutenir contre Géraud d'Armagnac. Il lui donna les terres de St-Kemi et de Garsianer dépendantes de la vicomte de Lomagne, et lui abandonna en outre ce qu'il possédait au château de Caumont (4 août 4274).

Centule II , comte d'Astarac, un autre compétiteur de Géraud III, et vraisemblablement neveu d'Arnaud de Lomagne , était mort avant ce dernier. Une expédition heureuse parait avoir hâté sa fin (1). Il fit la guerre à Arnaud-Guillaume de Labarthe, le battit et le fit prisonnier avec plusieurs chevaliers et un plus grand nombre d'archers, et tout ce qui marchait à sa suite. La victoire avait été vivement disputée , le champ de bataille resta jonché de cadavres. Il est vraisemblable que Centule y fut blessé ; du moins peu de jours après il tomba dangereusement malade à Simorrc. Bientôt, désespérant de sa vie, il demanda l'habit de St-Benoit à l'abbé Bertrand de Lasséran, et il expira peu d'instants

(i) Cartalaire de Simorre, Manuscrit de M d'Aignan.

362 HISTOIEB

après Tavoir reçu. Les religieux Tensevelireat d'abord dans le doltre; mais quelques années après ils lui élevèrent un mausolée à l'entrée du chœur et y déposèrent son corps. Ses cendres y reposent, tandis que son âme, dit le chroniqueur que nous transcrivons | habite lecid.

Cet événement airiva le 24 août 1249 sous le règne de St-Louis et le pontificat d'Hispan« Il eut pour témoins Bernard d'Ësparsac, abbé de Faget, Arnaud, archidiacre d'Âstarac, R. G. d'Espax, chanoine de Faget, B. d'Âubiet, prêtre, frère G. de Mont^^ut, Arnaud de Bilan, Avasseur de St Arroman, Centule^ Lagm:san et plusieurs autres seigneurs. Avant 1 793 , le portrait de Centule ornait la niche placée au-dessus de Fautel de St-Cérat dans la nef de T^lise de Simorre.

Cecomteétaitencore jeune lorsque la mort le frappa. Durant sa courte administration quelques difficultés s^élev^r^it entre lui et les consuls de Castelnau-Barbarens. On prit pour arbitres le comte de Foix et le vicomte de Béam qui ramenèrent la paix; et Centule, pour gage de sa réconciliation confirma ou renouvela les coutumes données aux habitants par Bernard son aïeul et Guillaume Desbarats. Il n^eut point d^enfants de Peronne que l'on donne quelquefois pour femme à Centule son père, et qui était fille de Bernard, comte de Comminges, et de Marie de Montpellier. Bernard son firère (i ), cet enfant né après le testament de son père, lui succéda dans le comté d' Astaraa A peine eut-il reçu rhommage de ses vassaux , qu^il voulut récompenser

(1) L'Art de vériiier les dates. Grands Officiers de la couronne.

DE LA GASOOGNE. 363

rattachement personnel de Basian de Marast^ seigneur de St-Arailles, et lui accorda quelques droits.

La branche puînée d^Astarac, les M onleaun-Pardiac s'effaçaient tous les jours davantage. Retira dans leurs domaines , ils n'avaient pris parti dans aucune des grandes luttes qui venaient d'agiter les comtés voînns. Aussi paraissent-ils presque oubliés de Thistoire ; a peine si nous pouvons saisir leur filiation (1 ). Otger II était mort au commencement du xiif siècle. Sa fenune dont on ign<Mre et le nom et la famille lui donna trois ou peulêtre quatre enfants, Amaud-Guillem qui succéda, à son père, Bernard ou Bemadet de Monletun , dont le Pèfe Anselme et après lui dom Clément font descendre Tancienne famille de Montastruc, Géraud que nous verrons occuper le siège deLectoure, et pénètre un autre At^ naud-Guillaume, presqu'au berceau à la mort de son^ père.

Amapd-Guillem Tatné remplaça Otger, au plus tard, «1 1204. Sa vie se prolongea jusqu'en <225, suivant les documients du Brouil, ou même 1229, selon le Père Montgaillard ; et durant cette longue période notis nV Tons pu découvrir que quelques donations aux monastères de la province. Amaud-Guillem II , son frère, ou plus vraisemblablement son fils qui recueillit son héritage , parcourut une carrière plus longue, mais prèsqu^aussi stérile en événements dignes d'être rappelés* Le mardi avant la Pentecôte, 1255, nous le trouvons confirmant toutes les concessions faites par sa famille ou ses vassaux, à l'abbaye de La dse-Dieu. Il mourut

(1) L*Art de vériGcr les dates, Grands OflicieBS de la couronne, dom Bnigelles, M. d'Aignan.

peu de mois ou peut-être peu de jours après, et vraisemblablement cet acte religieux lui fut-il inspiré par rapproche de ses derniers moments. Il laissait, outre Amaud-Guillem III, son successeur, Marie, qui épousa vers Tan 1270 G)mtebon, baron d^Antin (*).

Bien différente de la maison de Pardiac, celle de risle-Jourdain croissait tous les jours ; Jourdain IV en était le chef. Un de ses parents étant mort sans enfants après avoit légué son bien à Odon de Terride, fils de sa sœur, Jourdain invoqua la clause de Jourdain III qui excluait les femmes , et s'empara de la succession. Izam-Jourdain, cousin germain du comte de Flsle, réclama sa part au même titre. Bernard d'Astafort , père d'Odon de Terride, se présenta aussi. La querelle se prolongea trois ans; mais enfin Bernard, le fils posthume (1) de Bernard Jourdain, jeté dans le dottre par mjonction paternelle, s'interposa entre les membres de sa famille. Après sa profession il était devenu prévôt de StrEtienne, lorsque se trouvant à Paris il adjugea la seigneurie contestée à son frère Jourdain ; mais il réserva pour Izarn et pour Bernard sept cents sols Morlas de rente assis sur les biens en litige. Othon, quoique

(*) Le 22 septembre de cette année, Arnaud -Guillem confirma par ses lettres patentes un don fait aui moines de La Case-Dieu. Dodoin de Sariac, damoiseau, et ses frères, pour rédimer les moines des maux dont le monastère avait eu à souffrir de leur part , leur abandonnaient le droit de dépaissance sur toutes leurs terres. Deux ans plus tard , Raymond Aymeric de Montesquiou transigeait avec les mêmes religieux en se réservant la loi du sang , les épervîers , les pièces de gibier et un logement pour ses mules. Enfin , en 1280 , le même Raymond Aymeric donna le droit de pacage sur toutes ses terres avec la permission de mettre 490 cochons au glandage.

(1) Dom Vaissette, tom. 3.

oublié dans ce jugement, dut acquiescer à la sentence, csiT peu de mois après il achetait avec son père, des mains de Jourdain IV, le quart du château de St-Jean dans le Cimois (*).

Jourdain se préparait à une expédition lointaine. Charles d'Anjou, frère de St -Louis, à qui le ppe Martin IV avait donné la couronne de Sicile, appelait à lui Télite des guerriers français pour aller combattre Mainfroi et conquérir ses états. Des aiTaires retardèrent le départ du comte de Flsle. Il ne put se mettre en route qu'aux premiers jours de janvier ^ 265. Arrivé à Pérouse dans la Fouille, il y fit son testament (1) dans lequel il laissait l'administration de son comté au prévAt de St-Etienne, son frère, et le chargeait de désigner son héritier. Plus tranquille désormais, il combattit avec plus de valeur et se signala tellement que Charles le nomma , à ce qu'on croit, vice-roi de Sicile.

Esquivât de Chabannes montrait moins de courage. La paix régnait autour de lui depuis le dernier traité. Néanmoins il craignait toujours que Gaston ne fît revivre ses anciennes prétentions. Ces craintes le portèrent dans un voyage qu'il fit à Paris, à confirmer la donati<m simulée que les circonstances lui avaient arrachée en

(*) Le parent dont la famille de Tlsle se disputait Théritage se nommait Raymond Jourdain. Il avait choisi sa sépulture dans le cimetière de Grandselve , et lui laissa en aumône son cheval , son rouBsin et une armure complète comme devait l'avoir un chevalier. I! lui laissa encore un lit complet fait des meilleures étoffes du chAteau. Il voulut que ses cochons fusent vendus et que sur le prii on employât 100 sols Morlas à payer un (donzel chargé de faire pour lui le pèlerinage de St-Jacques qu'il avait voué. Enfin , il laissa ses bottines de fer à deui de ses proches.

(1) Dom Vaisselte, lom. 3.

faveur de Simon de I^ioester, soa grand oncle. H en ajouta une seconde et s'engagea en outre à lui remettre (1) les châteaux de Lourdes et de Mauvezin. La prudence la plus vulgaire condamnait cette dëmarche, et les précautions qu'il prenait pour conserver aes états ne tendaient qu'à l'en dépouiller plus sûrement.

Leicester, trompant son attente, écrivit aussitôt aux états de Bigorre qu'il venait d'être établi leur seigneur, et qu'il envoyait Philippe, son oousin, pour prendre l'administration du comté et le régir en son nom. En même temps joignant l'effet aux paroles , il s'emparait des châteaux de Lourdes et de Mauvezin qui lui étaient promis. En voyant son protecteur devenir son ennemi déclaré. Esquivât comprit, mais trop tard, la grandeur de sa faute. Sans perdre un instant, il essaya de la réparer et appela près de lui ses barons. L'usurpation était évidente; néanmoins la province se partagea. Pierre d'Antin et quelques autres seigneurs gagnés sans doute par For de l'Angleterre, qui se cachait derrière les prétentions dcLeicester, sedédarèrent pour l'onde. Mais le plus grand nombre se prononcèrent pour le neveu. La ville de Tarbes garda d'abord la neutralité. On guerroya quelque temps , et lorsque tout faisait craindre une lutte longue et désastreuse , parce que les forces étaient à peu près égales, et que les haines domestiques s'ajoutaient à l'entraînement des combats, Guillaume , évêque de Lectoure , G)mpains , évêque d'Oleron , Godefroi de Luzignan , Guillaume de Valence et le sénéchal de Gascogne ménagèrent une trêve qui donna le temps de préparer une paix solide.

(1) Marca, M. l'abbé Duco.

Gaston de Bëam lui-même si suspect à Esquivât, se joignit aux médiateurs. Pendant les préliminaires , la \ille de Tarbes se déclara pour Esquivât Leioester, désespérant alors du succès de son entreprise, abandonna la lutte sans renoncer à ses prétentions, et se contenta dé garder le château de Lourdes. NéanmcMus, deux ans après, il faisait déposer sur Tautel de Notre- Dame-du-Puy la rente de soixante sols Morlas que le comté de Bigorre devait à cette église; quand son ambition eut trouvé un tombeau à la journée Desveshan , Simon de Montfort, son fils aîné et son héritier, céda de concert avec sa mère tous ses prétendus droits sur les états d'Esquivat, à Thibaut II, roi de Navarre, et loi remit le château de Lourdes que les troupes de son père avaient constamment défendu.

Esquivât était un seigneur faible , mais bon. Il apprécia comme il le devait la générosité de Gaston", et pour lui témoigner sa reconnaissance, il lui promit (1) en présence de Garsie-Ârnand , vicomte d^Âsté, de ne vendre ni de n'engager de cinq ans le Bigorre sans le consentement du comte de Foix.

Une imprudence de Géraud attira aussi le poids de la guerre sur TArmagnac (2). Alphonse, comte de Toulouse, avaitd'abord paru v<»r d'un œil indifférent Thom- Hiage prêté par ce seigneur à TÂngleterre ; mais cinq ans après, on ne sait trop sous quel prétexte, il se mon. Ira <^ensé , et somma impérieusement Géraud de faire auprès de lui acte de vasselage. Fidèle à son nouveau serment et comptant sur Taj^ui du suzerain qu il s'était donné, le comte d'Armagnac refusa ouvertement

(1) Marca. — (2) Dom Vaissetlc.

368 HISTOIHE

d^obtempérer à la sommation. Ce refus augmenta le ressentiment d^Alphonse, qui ordonna à Pierre de Landerville, son sénéclial, de porter la guerre dans les domaines de son ancien vassaL Le sénéchal prit aussitôt les armes , entra dans le Fezensac , y sema le ravage et fit plusieurs prisonniers. Géraud ne crut pas devoir résister plus longtemps. Il demanda la paix et donna des otages. Alphonse, satisfait de sa soumission, manda à Landerville qu'après avoir reçu les assurances du comte et de Pincelle , sa mère , comme ils se présenteraient devant sa cour et feraient toutes les satisfactions convenables , il lui rendit les otages et les domaines saisis. En exécutant ces ordres , le sénéchal condamna Céraud à payer quinze cents livres tournois pour les frais de la guerre. Mais par un accord qu'il passa ensuite avec lui à Toulouse , à la fin de septembre 1261, il se contenta de quatre cents livres Morlas.

Malgré cette attende , Céraud osa encore se commettre avec son formidable voisin. Il ne pardonnait pas aux habitants de Condom d'avoir prêté appui au vicomte de Lomagne (1). Aussi saisit-il quelque léger sujet de plainte pour se jeter sur leurs terres et les piller impitoyablement. Condom faisait partie de FAgenais^ alors soumis au comte de Toulouse. Les habitants se contentèrent d'abord de porter leurs plaintes à leur seigneur et d'implorer sa justice; mais comme elle se faisait trop attendre au gré de leur impatience, ils armèrent à leur tour et portèrent le ravage sur les domaines de leur aggresseur. La querelle s'échauflait, lorsqu'un ordre d'Alphonse vint suspendre les hostilités. Il en-

f1)Calcl. Dom VaisseUc.

icngiuât imx deiii plirtis dé rendre à la Kbettë les prisonniers tombes dahs lèui^ mains, dé resttttier les objets enlevés et de cotarpen^ les dëgâts. Lé dénéthfS de Toiilonse et d'Alby éuit charge de faire exécuter 6et ordre,et le chevahe^ Sicart d'AIaman devait prômmcèt sur \ek ccmiei^ lions.

Une injonction aussi juste mécôt^tenta lés tSondomois , qu'elle semblait plus particulièrement protéger; et dans leur mécontentement ils éù a][>pél^réht à ta force, réunirent plus de quatre mille hommes sous les armes, se ruèrent de nouveau sur les terres du comte d'Armagnac, dévastèrent et livrèrent aux flammes quelquesuns de ses châteaux, prirent et pillèrent plusieurs petites villes et égorgèrent un grand nombre de ses vassaux. Géraud, surpris un moment, s'empressa de rassembler tontes ses forces, opposa la violence à la violence, et se vengea des excès de ses ennemis par des excès plus grands. Alphonse eût pu plutôt arrêter ces dévastations, mais peut-être ne fut-il pas fâché de voir ces dissensions se prolonger, car elles profitaient à son trésor. Le vassal qui {>renait les armes sans Tautorisation de son suzerain lui devait une amende. Mais quand il vit partout le carnage et le vol, il commanda avec plus d'autorité. Il fallut obéir à sa voix et se soumettre au jugement du chevalier Sicart, qui avant tout réclama Famende due a son maître (1268).

Cette paix fut suivie d'une autre. La lutte qui avait donné naissance à cette guerre avait cessé depuis longtemps. Il restait à en effacer les dernières traces. Le roi d'Angleterre fît conclure au corat ^ d'Armagnac et au vicomte de Lomagne une ircve do trois mois, fiéraud donna pouvoir aucomlc de Comminges de la pro-

roger en son nom. Enfin, Gaston de Beam, beau-père de Gëraud et ami de la famille de Lomagne y pour laquelle il s'était engagé personnellement, acheva ce qu'avait commencé le monarque anglais (1 ). Sous ses auspices les deux maisons se réconcilièrent, et pour que rien désormais ne vint troubler Tharmonie, elles réglèrent ensemble les limites de leurs seigneuries.

(1) i;Art de vérifier les dates.

DE LA GASCOGNE. Mi

Page 1