CHAPITRE m
DitMitNDS dus rEgliM. — Piimuce de Gutoi , lieiitê de Réin. ^ Mtriige de CettUiee u file ttnée. — Brèpet d'Aire, » de Tarbes, — de Leeteve , — de Du. — Treublei i Dtx. — Bvèqiei de Bi7eue , » de Ceuenn , — de GeniB|es , — de Bazu. — Greiude de St-Leiis. — Ilirt de ee priiee. -*- Heortre d'Henri de Lueulre, ntri de CensUitt de Béiro. — Philippe , icir de Yttiu , TieiBte de Lomifie, éUblie héritière de Jeine, emtesse deTeiieise , «t éf iieée pir la Fraiee. — Lotte des eeites d'Amagnae et de Feix eoitre Philippele-Hardi. — Leir i
Les dissensions passaient alors trop souvent du siècle dans rÉglise. Le chapitre d^Âuch et les moines de St- Orens étaient divisés (1) à l'occasion des dîmes à percevoir dans le diocèse. Les deux parties choisirent pour arbitres Jean de Besnes , abbé de Faget et chanoine d'Auch^ et Guillaume, prieur de Montaut , moine de St-Orens, qui ramenèrent la concorde (*).
(i) Cartul. d'Auch et de Sl-Orjns, Manuscrit du Séminaire.
(*) L*abbé de Faget et le prieur de Montaut réglèrent que l'archevêque et le chapitre auraient le quart de toutes les dîmes , ciccplé dans St.-Orens , Juillac , Samazan , Lamazèrc , Labéjan , Montaut et Peynisse qui demeurèrent entièrement au monastère; que le prieur et son couvent auraient la libre présentation aux cures de Sl-Orcns , St Cric, Duran, Peyrussettc, Montant» Moucban et Peyrusse-Grande, lesquelles devraient à Tarchevèque deux sols Morlas. Lamazère, Samazan et Juillac en devraient autant pour le droit cathédralique ou de procuration. Les autres églises dépendantes du monastère ne paieraient que douze deniers par an. Enfin, le prieur et les moines ne pourraient recevoir aucune donation sans Fautorisation du prélat, qui prendrait le tiers de tous les le;;s fails à Tabbaye comme portion canonique. A ce prix , Amaniou reconnaît aux Orientains les
372 HISTOXHE
L'Ordre de la Paix avait déchu rapidement Un statut (i) permettait d^ recevoir des hommes mariés qui ne renonceraieat pas à leur titre d^époux, et autorisait même ceux-ci à faire élever dans les maisons de rOrdre, leurs fils jusqu'à 14 ans et leurs filles )usqn^à 1 2, âge où les enfants pouvaient opter entre Tétat monastique et le siècle.. Celait allier la paternité avec le cloitre. Il y avait là une occasion continuelle d^affiiiblissement et de désordre^ nulle constitution n^y eût résisté. Aussi TOrdre était tovfsbé profondément. Amanieu essaya de le relever et obtint ujne nouvelle confirmation du pape Clément. Grâce à ses soins , FOrdre put encore se traîner quelque siècle. La même année 1268i le prélat accepta les dîmes de StrEHix que donna à Ste.-Aliai:ie, Bernard de Labarthe, son olBcial, et tzan* sigea avec l'abbé de I^a Case-Dieu pour les dîmes âje St-Jean-Poulge.
La querelle assoupie entre Gaston et le faiUe Henri III s'était ravivée. Nul seigneur de nos contrées n'^égalait le vicomte de Béam en puissance pas plus qu'en habileté et en courage. Il commandait depuis Maubour-
monastères de St-Orens, de Montaut, de Peyrusse- Grande, Uoucbez et le droit de denier dans une foule d'églises (**^. Cet acte fut passé dans le clottre de Ste-Marie, le 26 février 1264.
(**) SaTolr, CD ne nomnuint qne les principales; dans l'archidiaconé de SaTanes , Labéjan , Daran , Castinon-Hassas , Ceaan'; dans l'archidiaconé da St-Pnj, qvativ églises; dans rarchidtaoooé de Yk, Marambai, Ântras, Jastian » Larroqve; âmê l'archidiaconé de PardeiUan , Mouchan , Mascrottes; dans rarchidiaconé d'Araagnac« Thermes, Laffitte, Hausser, Gaïax, Fusteronau; dans l'archidiaconé d'Anglàs, Pnjos , Peyrasse-Grande, St-Laorent ; dans l'archidiaconé de Pardiac, St-Laorentda-Pin ; dans l'archidiaconé de Corrensagnet, Leboulin, Lussan, Marsan, Hirepriix, Crastes et Aubiet.
(i) Cartulaire d'Auch et de St-Orcns. Manuscrit du Scminairc.
DE LÀ GASGOGIIE. )73
guet jusqu'au {>ied des Pyrënëes et aux portes de Bajontie, Tille presque libre, mais qui reconnaissait la souveraineté nominale de TAngleterre. De Bayonne se repliant vers la Garoube, il donnait des lois à Mont-de- Blarsan et à Aire. Ëatize et Gavarret le reconnaissaient pour maître; et par delà Goudotîi, sou autorité s'étendait jn^n'à Layrâc et aus environs d'Agen. Uti seul bien manquait à sa félicité domestique. Mathe de Bigoirre, oiitre quatre filles, Hé lui avait donné qu'un fils, et ce fik lui fut eilleVé dans son adolescence. Cette tnort |itoiiiettàit à Cotistance, Tatnée de ses filles, la plus grandepart de l'héritage paternel. Aussi plusieurs princes se disputèrent sd main. Alphonse , fils atné de Jaymes I*, roi d'Aragon , qui fut préféré à ses rivaux , ne jouit ptfs longtemps de cette préférence. Il moiirut peu de mois après sans laisser de postérité.
La jeune veuvé fut alors recherchée (i ) par le neveu du roi de Cdstilleet par Henri, frère, et plus tard successeur du roi de Navarre. Celu^ci fut agréé et les fiançailles célébrées. Gaston constitua h sa (ille la vicomte de GaTsarret et le Bruillois avec le pays de Rivière-Basse et ta pMtiè qtl^il possédait au château de Roquefort en Marsan. Mais ee mariage n'eut point lieu. Constmice fut riors accordée (2) à Henri, fils atné de Richard, comte de Gomouailles, que le pape avait voulu opposer à Frédéric Barberousse , et qfu'il avait déclaré roi des HoHUdos; Les articles du manage furent arrêtés à LouAres, le 10 février 1267. Le vicomte ajonu k la dot promise au frère du roi de Navarre mille livres de rente assises sur le Béam et le Marsan , dans le cas où
(1) M&rca, liv. 7, ch. 2i.— (2) Le même, l'Aride vérifier les d.ile>.
il mourrait laissant un dis de Mathe; mais si, ce fils lui vendit d^une autre femme que la vioomtesse actuelle du Béam, alors Constance aurait à la place des mille livres la vicomte de Marsan. S'il n'avait pas de fils légitime , Constance succéderait à la vicomte de Béam,. de Marsan et de Gavardan ; mais Gaston disposerait à son gré de toutes les autres terres. Enfiu , si Constance venait à décéder sans enfants , les trois vicomtes reviendraient à ses plus proches héritiers, et elle ne pourrait disposer que de la valeur de mille livres tournois. Henri, de son c6té, donnait à Constance un douaire de mille livres sterling de rente , et il s'engageait avec sa femme à ne jamais transmettre qu'à leurs héritiers légitimes, le Béam, le Marsan, le Gavardan et le Bmillois, et surtout à ne jamais séparer le Marsan du Béarn.
En concluant ce mariage , Gaston abjurait son passé et se jetait dans les bras d'une puissance qu'il avait combattue toute sa vie. Aussi éprouva-t-il quelque hésitation. Il en négocia un autre avec Emmanuel, frère d'Alphonse, roi de Castille. Emmanuel était veuf aussi etavait un fils qui fut fiancé avec Guillemette, dernière sœur de Constance. L'abbé deTEscale-Dieu ménageait cette double alliance ; mais il fallait une dispense à cause de quelque degré de parenté, et le pape dévoué au roi des Romains la refusa. On se retourna alors vers l'Angleterre. Henri somma son futur beau-père d'émanciper sa fille. Gaston s'y détermina. L'acte en fut passé à Mont-de-Marsan (i ), en présence et sous l'autorité de la cour de Béarn vers la mi-novembre i268. On y vit
(l)Marca, liv. 7,ch. 12.
Varcbevètjuc d'AucU , les évéques d'Aire j de Tarbes , de Lecloace et d'Oleron; les oomles de Bif^orre et d'Armagnac, Pierre , vicomte de Tartas , Je-m de Grailli , Garsic-Arnaud de Navailles, Bernard de Cuarase et une foule de cWvaliers. Gaston s'obligea en même temps à conduire sa Clle, dans le mois de février suivant, soit en France, soit eu Angleterre, a&o que le mariage pût se célébrer, età obtenir des comtes de Foix et d Armagnac^ ses deux autres gendres, une renonciation formelle a tous les biens donn^ à Constance. Nous ignorons si les deux gendres souscrivirent aux de leur l>€An-p4^re, mais du moins celui-ci trad^^'lroit avec sa fille ei Gjnsiance i-pousa (1) enfin le prince anglais. Ce mariage senxblait devoir livrer la Gascogne a TAngleterre, déjà maîtresse de VAcpiitainp T mais le ciel en disposa autrement. Cons^ tance u>ut point d enfants, et son nouveau mari, plus malbeureux encore que Tinfant d'Aragon, ne tarda pas ù périr sous les coups d'une lâche et atroce vengeance.
L'arclicveque d'Auch avait assisté à rémaucipation de Constance, a la tète de plusieurs de ses suffragants. Les monuments c[ui nous ont conservé leurs souvenirs et celui de leurs com provinciaux sont rares et courts. Jjt temps n^'esi plus oii Téglise remplissait toutes les chroniques; sa part devient chaque jour plus mince. IdA atmalisLes sont assez occupés a raconter les luttes des mgneurs. Avant d'en reprendre le récit, arrtïtoii^ non$ un instant pour jeter un coup-d'<eil sur la succefi^ sien des prélats.
LVv^uc d'Aire n^occupait ce siège que depuis deuii
(l) Mirui, liv. 7f ch 11 L'Art iIp v^nlin W tlalfE».
Ik
i76 HISTOIRE
ans. II avait succédé k flaymoncl de St-Martia dont rhumilité H) s'efFaroucha longtemps des hcmncnis de Tépiscopat, et ne çMa qu^aux ordras formels et rëitéià* du souverain-pontife. Soi^ zélé ne pouvait pactiser avec les abus. Il les attaqua avec force, et quand il vit que ses ouailles ne secondaient pas à son grë ses pieux desseins, il déposa la houlette et se retira dans le monastère de La Castelle. Il y vécut quelques années en simple religieux et y mourut dans la pratique dfi toutes lo vertus. Il avait peur théologal Martin de Lahejrie, archiprétre de Mont-dé- Afarsan, dont le testament noua a été conservé. Martin léguait au successeur de Raypiond miUe sols , outre cent trente que le prélat loi devait. Il dotait largement un hôpital qui devait s'oii-' vrir pour les pauvres de aa viUe et pour les passants, et en destinait radoûoistration au vicomte et au maire de la ville. Enfin, il donnait une terre au chapitre d'Aire, à condition qu'on ferait célâ)rer tous les purs une messe avant laquelle le prêtre dirait aux fidÀles : Pliez Dieu pour les âmes de Raymond, autrefois évéque d'Aire, et de Martin de Labeyrie,. jadis son officiai.
L'évéquede Tarbes qui parut ausâi à Vassembléede Mont-de-Marsan , se nommait Rajrmond-Âmaud de G>arase (2). Il venait de remplacer sur ce siège Arnaud de Miossens,, successeur d'Arnaud Raymond, mort avant 4264. En 1260, un Arnaud, évéque de Tarbes, adjugeait à son chapitre les dihnes de Baudéan que loi disputait le vicomte d'Asté. Les auteurs de la Gaule Qirétienne n'osent pas décider si c'est Arnaud de Mior sens ou son prédécesseur.
(1) Gallia Chrisiiana^ Manuscrit d'Aire.^2) Go/Jta CAm^iona.
T>£ LA GÀiCOClVE*
Plusieurs prel^ils s'étaient succédtîï .nssez rnptdcm^'nt sur lo sicge d'Olern» (1), Pierre roccuiiait en <240;
OCCU[U
fu
des xéu
de^ Ai
faitPA
pofiitions
pur la comtesse PctrontUe, eu faveur de MuLlie et de CftstûD de Béirn, Il vivait encore en i 25 4, et fut renipincé par un prélat dont on ne conuaU quo Tinitiale 0. et qui est vratsemblablemeut un Guillnunie, tnoinc de St-Sever . mort vers cette épocjue (?véque dOlemn. A celui-ci succéda Roger, suivant Oiliénart, et Raymond suivant Marca, mais certainement le m^ine que nous avons vu en 1256, près du comte de Foiit, quand il termina les différends qui divisaient EIsquivat et Gaston. Cotnpainj qui vint apri^s Roger ou Raymond, est plus connu que SCS prédécesseurs. Nous Vavonsdéj.i rencon^ tré d'abord à o<it« de Leicesier et d'Esqnivat, et puis i ramtoblée de M oui -de* Marsan, Nous le trouverons plusieurs fois encore,
LVWéque de Lectoure (2), Géraud de }Ionlle7-i\n^ appartenait a la maison de Pardiac. 11 était fils dX^ger 11 et frère d'Arnaud-Guillem P', Ses prédécesseurs sont à p^ne connus. Gaillard de lânsbec, qui occupait son siège eu i2i0^ était frère de Pierre de Lansbec, seigneur de Brancsdans le Hûxadois. Géraud P*^, en 1256, contestait quelques dîmes à T/ibbaye d(* Moi^nac, Raymond deCaumont, curé d'Auvillars, choisi pour arbitre, termina leurs contesLitions. Guillaume II, successeur deCéraud^qu^Oiliénartetles frères de Sle-Martbe placent avant lui, tandis qu'il lui suce cd a, transi f;*'â tmrtJre en 1257 avec la même abbaye* C^est Guillaume qui remplaça Géraud de Montlezuu.
(1) Gattia ChrisUana^ M«suKrii d'Qkri^A. —(^ tiotiia Chrit
378 BISTOIRE
Après Fortanier de Mauléon que nous avons vu comblé de largesses par Alphonse, roi d'Aragon, le siège de Dax(1) avait été occupé en 121 5 par Gaillard d'Orthe. Deux ans après , le prélat consacra Féglise de La Cagnotte, restaurée aux frais de Raymond Arnaud, vicomte d'Orthe , son parent Sous son éjHSOopat et à son impulsion trois bourgeois de Dax, Brun d'Ardre, Pierre d'Ardre et Bernard de La Torte ou de La Tonr, fondèrent Thôpital du St-Esprit près des murs de la ville. En \ 220, il transigea avec les gérants de Iliospioe des pauvres placé à la tête du pont de Dax. Il sanctionna , en 1227 , la donation que Pierre Arnaud, seigneur de Luze, fit à Tabbaye de Lahonce du prieuré de Bekun. Ce prieuré était alors habité par des personnes pieuses de Tun et de l'autre sexe qui n'étaient Uées que par leur dévotion, et n'appartenaient à aucun Ordre religieux. Le seigneur de Luze donna avec le prieuré la moitié d'une terre et le droit de dépaissance sur toute la seigneurie. Il s'engagea en outre à défendre le nouveau prieuré comme il défendrait son propre château. La donation fut faite dans l'église de St-Pierre , la maia placée sur l'autel, en jetant en l'air un brin d'herbe et une petite branche d'arbre (*), en présence de Raymond, prieur d'Usiat et archiprétre, de Févêque et d'une foule de témoins. Gaillard d'Orthe parait avoir vécu jusqu'en 1233. Néanmoins, Guillaume de Salies, d'autres disent de Salinis, est placé sur le siège de Dax vers cette époque. Peut-être est-il le même que Gaillard ou Gratien qui suivra , et dont le nom désigné
(1) GalUa Christiana.
(*) Per ramwn et cespitem.
comme il arrivait presque toujours par Tinitiale G , aura été mal interprété par un copiste ignorant.
Gratien, appelé d'Âmou dans un 'ancien catalogue, est mis après le suivant par les MM. de Ste-Martke. Nous marchons en aveugle ; aucune date positive ne vient nous fixer. Nous savons seulement que Gratien obligea le vicomte de Marennesàlui restituer plusieurs dîmes; nous savons encore que ce prélat attaqua Fabbé de Divielle qui donnait la sépulture aux habitants de Dax, au préjudice de son église. L archevêque d^Auch, pris pour arbitre , adjugea le quart des émoluments funéraires à Févéque et à son chapitre. Arnaud-Raymond de Tartas, de Tillustre maison des vicomtes de ce nom, fut élu, dit-on, en 1234, ou plutôt en 1235. Il alla visiter Rome avant son sacre, du moins est-il appelé élu dans la charte où son nom est mentionné. U n^a encore que ce titre Tannée suivante, ce qui ferait penser qu'il ne reçut jamais Tonction sainte. U partagea avy son chapitre la dime de St-Vincent. Sous son épiscopat, Fortaner de Sault donna à la cathédrale la terre de ce nom.
Navarre de Mieussens (de Mille Sanctis) dont on ne place communément le pontificat qu'en 1243, gouvernait déjà Féglise de Dax en 1239. Il reçut alors une donation de Raymond Arnaud, vicomte de Tartas, devenu aussi vicomte de Dax par son mariage avec Navarre, héritière de cette dernière vicomte. Le prélat admit le noble bienfaiteur en participation de toutes les bonnes œuvres du chapitre en présence des abbés de La Gignotte et de Divielle. Cest cet évéque de Dax que nous avons vu assister au jugement porté par le comte de Foix. Son épiscopat devait être orageux. Eu 1242
il eut des démêlés avec les consuls et la cominnuautë de Dax. Henri d^Ângleterre pris pour juge condamna les habitants. En 12S9, Navarre statua du consentement de son archidiacre et de son chapitre, que le nombre des chanoines n^excëderait pas dix^ parce que les t^erénos actuels ne permettaient pas de dépasser ce nombre. Il assista à la Tente du château de Sault, qa^Edouard^ as aine du roi d'Angleterre, acheta le 3 novembre 4261. Il eut besoin peu après du secours de ce prince pour apaiser les troubles qui agitèrent la cité de Dax« Gk troubles avaient été provoqués par le sénéchal de 6a^ cogne, qui sous prétexte de dîmes aecoirdéeB park Saint-Père, imposait de nouveaux tributs ailx peuplei. On s^en prit (\) à Tévéque et k son cha|ûtre que Tott accusait d'un excessif dévouement à la conronne d'Âiigleterre. Dominique de Vie, ami du prélat, fm massacré dans Tenceinte même de Fégliseï Les maisons de plusieurs chanoines furent pillée» et démolies.
Au bruit de ce soûlérvement , le roi d'Anglefofre accourut en personne , ei étant entré dans la liUe i la tête de forces considérables, il punit les plus mutins, imposa aux autres de fortes amendes et rétablit ainsi la paix. Mais comme s'il n'était pas assez de ces troubles , la discorde vint souffler son venin sur le clergé. Les curés des paroisses disputèrent au chapitre les nomles ou prémices. Les esprits s'échaufTafient ; on en appela de part et d'antre au saint-siége. L'évéque de P^oipelune, nommé commissaire parle pape, prononça en faveur du chapitre. Navarre de Mieussens ne monntt
(1) Gallia Christiana.
DE LA QÂSCOGKÊ, 381
que le 11 novembre 1272 (*}. OnTeiUerA dans U calhédrale, près de lautel de la Vierge. Après lui le si^e vaqua i^osieurs aouées, on ne sait trc^pour quel moûf ; oiais en 1278 nous le trouvons occupé par Arnaud Deville.
Guillaume de Donzac (1) s'était assis sur celui de Bajonne, en 1213, après Bernard de Lacarre ou Arsius de Navailles. On ïavait tiré de la Sauve-Majeure où il exerçait les fonctions de pitander. U possédait en même temps un prieuré dépendant de ce monastère; du moins il en était investi en 1 224, car il racheta alors en qualité de supérieur, en présence d'Amanieu de Tarbes et de Grimoal de Comminges, une rente que devait son prieuré. Arrivé à Bayonne, le nouvel évéque s^'occupa de sa cathédrale dont les fondements avaient été )elés vers Tan 1141. Suivant un ancien document » les travaux de Téglise, cenx du pont sur TAdour et d'un moulia appelé aujourd'hui de BoUchon , avaient été commencés le même jour ; mais l'œuvre de la cathédrale avait avancé lentement. Guillaume de Donzac la poussa avec ardeur. En même temps il renouvela les liens de confraternité qui unissaient son siège et son chapitre au si^e et au chapitre de Dax , et établit entr'eux une communauté de prières. Nous avons déjà vu quelques actes d'ime semblable dévotion. Le zèle du prélat attira s, mais ces largesses lui fournirent l'occasion
(*) Sous TépÎMopat de Navarre, Nicolas d'Ast, chapelain de Téglbe de liax, fit le pèlerinage de Jérusalem , et en apporta une foule de Miotes rdi<iiies, et en particulier un morceau de la vraie croii dont il enrichit la cathédrale; ce qui engagea le prélat à y ériger un nouyean titre de chapelain qu'il dota à ses frais.
(1) GaUia Christiana, Uanuscrit de Bayonne.
de faire éclater son désintéressement. En 1 233 il abandonna au chapitre la pari qu'on lui avait léguée dam les dîmes d'Ustarits, d'Azaures et d'Arranets. Le diapitre acquit aussi cette année la dime de St-Pierre d'Evarren que lui engagea Pierre Arnaud de Sanlt pour soixante-deux livres. Il fallut bientôt ajouter a cette somme neuf livres que devait la mère d'Arnaud, mais qu'elle ne pouvait payer, ce qui l'avait fait excommunier, selon les mœurs ou plutôt l'abus de ce temps, ajoute avec raison le pieux et estimable auteur du manuscrit qus nous suivons.
Deux ans plus tard, Guillaume défendit les habitants de Basserssarry contre les prétentions du sénéchal de Gascogne qui voulait en exiger un souper. On en appela au témoignage et à la justice, et la redevance ne fat point admise. LesCordeliers s'étaient établis à Etajonne sansqu'on puisse trop assigner l'année. En 1242, l'évéque et le chapitre leur abandonnèrent une chapelle on oratoire dont les murs subsistent encore sur les bords de la Nive pour y faire les fonctions curiales. Le ministère des nouveaux religieux y fructifia. L'Cur maison s'agrandit , et leur nombre s'accrut considérablement Il devint bientôt le couvent le plus riche de la ville. Sous François P' , quand les règles de l'étroite observance y furent adoptées, les moines y furent moins nombreux , et néanmoins on en compta presque toujoun encore vingt-deux ou vingt-trois (*). Oihénart place la
(*) En 1247 , Pierre Arnaud de Sault donna la dlme de toute U maison de Sault et de toute la paroisse de Hesperrenc pour 600 Morlas qu'il reçut du Chapitre. Arnaud . fils de Pierre , emprunta aussi aux chanoines 6 livres moins 5 sols Morlas. Arnaud mourut peu après à Dayonnc dans la maison de Si-Nicolas , Traiseroblable-
mort de CuiUaamede Donzac en 1250. Unévédement longuement décrit dans le livre d^or de Rayonne prouve qu il faut le reculer de quelques années. Carsias d'Armendarist, curé ou chapelain, comme on Tappelait alors, 1^^ en mourant à Téglise de Rayonne le quart des trois portions de la dlme de cette paroisse; Vautre quart appartenait depuis longtemps au chapitre. L'alné des neveux de Garsias s'opposa à Texécution de ses volontés , et garda la part de Téglise malgré une excommunication dont on le frappa. Après lui son frère la retint aussi en dépit de nouvelles foudres ecclésiastiques. Néanmoins, se voyant très-gravement malade, il mande près de lui Tévéque Raymond de Donzac et quelques membres du chapitre, reconnaît sa faute, renonce à la dime en présence et du consentement de Guillaume son premier né et de ses autres enfants, et est absous. Malgré ce désistement, Guillaume marchant sur les traces de son oncle et de son père , retint à son tour la dime et usurpa le quart appartenant à Féglise. De là une nouvelle excommunication; celle-ci termina la querelle. Moins obstiné que ses prédécesseurs, Guillaume se reconnut et jura de n'user jamais plus de
ment dans l'hôpital de ce nom. Sa mère emprunta encore 12 livres 5 lois poor lui procurer les honneurs d'une sépulture digne de son rang dint Tabbaye de Lahoncc. Plus tard , des créanciers réclamant 600 sob Horlas , le chapitre les prêta , et alors sa créance sur la maison de Saolt s'éleva à 1600 sols. Quatre ans après le chapitre acheta pour 10 lois Vorljs une part de la dlme de Jacson. Il avait eu l'autre pour 60. Le chapitre acquit encore les dîmes d'Urdaix pour 100 livres e^ pour 40oel1e deSarrus, mais il en donna ensuite 10 au fils de Tancien possesseur de la dernière. L'évi^que et le chapitre acquirent enfln d'an Lissague et de ses frères une autre dlme pour le prii de 4000 soif Morlas moins 6 livres.
yioLeuce* Le char^drè dcfsoii eôté povat assMi' um paii solide Itti donna ioîxâ(nte-dix stAs , cft lui êbutàoaBâ quâtt« livrer dont Guillaunie était redevable sansdéitle poutf les fruits usurpés. Lé lendémaiiï de cef aèooid nat cluinôine se transporta à Ustarits arec Guinanne pour y recevoir des cautions y et un mois «prè» le dianoiné et le seigneur se rendirent ensemble à AnlKtaH daritspour la cérémeme de Finvestiture qui eut lien le9 octobre 1256.
Quatre ans ahiperavant, un! pifavincîal de Frands* cains d^Aquitanle nonaimé fiertraûd (1) et sumomméle Bide de Bayonne {Strabo Bajomkje) parce qo^il état louche, (mssa em ItaKeL Ses sopérieiirs' Fy «ppdaseat peur y combattre Guillaume de Sl^Ameér, le fongueux ennen» des moines qu'avaient déjà réfiaté St-Tbomis et St-Bonaventure. La dispute eut Heu en présence dn pape' et du sacré ooH^e< Bertrand j parla avec tant d'éclat^.de forée et de charte^ que son rival qnr ignorait le non» du jouteur que kiî opposaient les ordres nkeah diants, mais qui connaissait le nom et la acîencé dé Bertrand, ne put s^empécber de lui dire : td es ttnr an^ du ciel', ou un diable d'enfer, où le Bide de Bayonne. Ce langage trahissait sa défaite; la victoire ne fut pas douteuse , le pape condamna St-Amour .
Guillaume de DonzaC fut reihplacé • paf Sans de Haitse , que les MM. de Ste^Marthe , tPOiiipës satte doute par Tiniiiale de son nom , font précéder (fun Simon de Haitse qui n exista jamais. Us placent son épiseopat en 4256. Oihénartret Compaigne partagàrt son opinion; maison 1256 et 1257, Sans était encore
(1) Manuscrit de E.:yonnc.
DE L4 GASGOGNB. 385
sacristain de la cathédrale, comme Fatteste le livre d'or de Bayonne (*), il ne fut élu qu'en 1259 (**). Avant de fixer le choix du chapitre, il avait acheté (1257) et donné à la cathédrale la terre de Harrcoilague. Sous son pontificat, Guillaume de Pouillon, du consente» ment de sa femme et de son fils, ratifia et confirma le don que Guillaume de LavieUe, son père , avait fait à Dieu et à Ste.-Marie de Bayonne, en lui abandonnant la dime de toutes les baleines et haïemats (\) qu'il de- ^ait avoir au port de Biarrits. Uacte du fils est de 4 262 ; diverses sentences judiciaires du xvi* et xvii* siècle maintinrent le chapitre dans le droit de cette singulière dime. Sans reçut quelques autres dîmes et donna un asile aux Pères Girmes , qui vinrent s'établir en 1264 dans un des faubourgs de Bayonne. U mourut non en 1275, comme Tavancent les Sainte-Marthe et Oihénart, mais en 1277. Avec lui finit le récit du livre d''or sur les évéques de Bayonne.
Képiscopat de Nicolas, évéque de Coùserans, fut encore plus long (2). Elevé sur ce siège en 1246, il l'occupait encore en 1270. Dans cet intervalle, nous ne saurions signaler qu'un hommage explicite rendu à Alphonse, comte de Toulouse, par lequel il fut stipulé que dans toutes les bastides ou villes nouvelles qui s'élèveraient dans le diocèse, il y aurait paréage entre le comte et l'évéque , et que dans ces villes les biens confisqués seraient partagés entre les deux seigneurs
(*) SimoD de H«itse, tacrittan de Bayotme, armo dommi 1256. On Ut les mêmes mots k Tannée suivante.
(**) La même autorité Tatteste aussi, emno domini 1209, régnante iV'amlrû; (seigneur Henri) Bey d*y1ngUterre et S, de //axe éliit.
(1) Mianscrit de Bayonne. — (2) GàlUa Christiana.
paréagistes , mais que dans toutes les autres ils appartiendraient à Tévéque et à son chapitre. Nicolas avait été précédé par Cerebrun et Raymond, qui n^ont guère laissé que leur nom dans les dyptiques de la province. Ârnaud-Roger , évéque de Comminges , est plus connu (1). Il était fils du comte Bernard et avait d'abord embrassé Tétat religieux dans Tabbaye de Bonnefond. Elu en 'l 24f , son sacre fut retardé plus d^un an , mais il avait reçu Tonction sainte en 'l 243.
En 1245, il fit quelque bien à deux ou trois monastères, et il donna à son chapitre la terre de St-Frajou quUl avait eue pour sa part dans l'héritage paternel En 1248, Bernard, comte de 0>inminges , son neveu, lui abandonna tout ce que possédait dans Samatan Péregrin de Malvin ou Mauvezin {Malapicini). Vital de risle lui vendit tous les droits qu'il avaità Cahuzac, jK)ur deux cent cinquante-deux sols Morlas, et Géraud d^Orbessanlui céda les églises de St-Julien et de St-Panl de Maurillac. En 1260 il fonda les prébendes du bas chœur dans l'église de St-Gaudens. L'acte en est signé par les frères Amaud-Garsie et Bernard, moines de Bonnefond et commensaux de l'évéque. Il mourut en \ 260, ou plutôt il se démit alors de son évéché. Toujours il était remplacé le 6 décembre de cette année par Géraud d'Andiran. Bernard d'Orbessan vendit à celui-ci le lieu où fut bâti le palais épiscopal de St-Frajou, da consentement de sa femme , et la même année il lui vendit encore tous ses domaines, par un acte où Arnaud- Roger est appelé ancien évéque de Comminges. Enfin, en 1265, Géraud acquit du même Bernard d'Orbessan
(1) Gallia Christiana.
tout ce quHl possédait entre la Save et le Touge ; il y prend le titre dVvéque, quoique depuis deux ans il fut remplacé par Bertrand de Miremont , ce qui a fait révoquer en doute par plusieurs son épiscopat Mais ils se trompent. Le nécrologe porte expressément, le 1 3 juin, mort de Géraud d^Andiran , évéque de Comminges , qui repose dans Véglise de Ste. -Catherine. La famille d'Andiran habitait le G)ndomois; Févéque s'était sans doute retiré chez les siens après son abdication.
Les évéques de Bazas ont été peu mêlés à notre histoire dans la période que nous venons de parcourir. Après la mort de Gaillard de Lamothe, on avait élu le 29 janvier Arnaud de Pins (f), qui toutefois ne fut sacré que le jour de Toussaint ('1221}. Il jeta les fondements de la cathédrale et en poursuivit avec ardeur la construction. Il confia la direction des travaux à Seguin, son archidiacre, qui remplit avec intelligence sa mission , du moins si comme il est vraisemblable , c^est à lui que Téglise de Bazas doit son poruil, sans contredit le plus curieux et peut-être le plus beau de tonte la Gascogne. Arnaud de Tantalon, qui était alors sénéchal du Bazadois , posa la première pierre et fit présent à Téglise de cinq cents sols Morlas. Un autre de ses archi(]Uacres signala sa fermeté. Amanieu d'Albret, après avoir prélevé sur le pays des taxes vexatoires , se présentait à la sainte table , dans la cathédrale. Guillaume, ainsi se nommait Tarchidiacre, lui refusa hautement la communion jusqu à ce qu'il eût réparé ses injustices. L^évêque mourut le 26 novembre 1242, et fut remplacé le 2 mars suivant par Raymond de Castillon,
(1) GaUia CkriUiana, l'Abbé Oreilly.
qui avait exercé les fonctions d'aumônier et de péniiencier de Tarclievéque de Bordeaux. Raymond possédait la conûance et Testime d'Henri, roi d'Angleterre , qui le choisit pour arbitre dans un démêlé violent qui s'était élevé entre son sénéchal de Gascogne et le prieur de La Réole. Le prélat donna «gain de cause au prieur. En 1 261 , il réconcilia l'abbé et les moines de la Sauve- Majeure avec les habitants de Bourg, et dix ans après il unit à la mense épiscopale, l'église d'Uzestte. Guillaume de Pins lui avait succédé en \ 266.
Aucun de ces prélats ne prit part à la dernière Croisade qui devait conduire les bannières chrétiennes non pas en Asie, mais sur les côtes de l'Afrique; et cependant autour de Su-Louis étaient venus se ranger le jeune Edouard, duc d'Aquitaine, et Alphonse, comte de Toulouse. Celui-ci n'avait jamais oublié les lieux saints , et en les quittant pour rentrer en France en 1222 , il y avait laissé des archers pour combattre à sa place. Parmi les chevaliers et les sergents enrôlés k son service, nous trouvons (1) Bernard de Montant, Guillaume-Raymond du Lac, Arnaud de Villeneuve, Vital de Ferragut^ Bernard Descamps et Bernard de Lagarde. Jeanne , femme d'Alphonse, qui avait partagé les fatigues et les périls de la première expédition wulut s'associer à la seconde. Les deux époux s'embarquèrent à Ayguesmortes, dans le mois de juillet 1270, mais cette entreprise fut encore plus funeste que les précédentes. Après avoir fait briller un instant sur les ruines de Girthage cet éclat de bravoure que nul n'égalait, le pieux roi s'étendait sur sa couche de mort , d'où son
(1) Charte parliculière. '
cœur de père et son âme de roi très chrétien dictèrent pour son fils les plus nobles enseignements que Thistoîre ait recueillis d'une bouche mourante. St-Louis, une de nos gloires nationales les plus pures, appartient à toutes les provinces de la France. Nos lecteurs nous permettront de leur retracer cette fin sublime; nous rempruntons à uu de nos compatriotes (1 ).
Dès que le bon roi se sentit frappe , il pensa à Dieu et il pensa à la France. Ce fut la double sollicitude de ses derniers jours. D^abord il appela auprès de son lit ses enfants désolés, et quand ils furent devant lui , dit Joinville, il adressa sa parole à son aisné fils et lui donna des enseignements qu'il lui commanda garder comme par son testament et comme son hoir principal.
Et aussitôt qu'il eut ainsi endoctriné monseigneur Phelippes , son fils , sa maladie devint plus grave et plus menaçante , et le bon roi se retourna tout entier Ters lé del. Si la terre Toccupait encore, c'était dans une pensée de prosélytisme chrétien. Il voulait que l'on flt un dernier effort pour amener le roi de Tunis au culte de la croix. Il s'entretenait avec les envoyés de Fempereur Paléologue, de l'union de l'église grecque et de l'église de Rome. La religion absorbait toute son âme. Enfin il demanda et reçut les derniers sacrements de la sainte église, répondant aux prières du prêtre, et mêlant sa voix à la voix des fidèles serviteurs qui répétaient les versets des psaumes. Il semblait sourire à la mort à mesure qu'elle s'approchait Entre les saints à qui il demandait des forces pour supporter la dernière épreuve, on l'entendit invoquer monseigneur St-Jac-
(I) M. LaureDtif , Histoire de France, tom. 2.
390 HrSTOlRE
ques et monseigneur St-Denis de France , et madame Ste. -Geneviève réclamait-il aussi. Et ainsi affermi par le secours des saints, il se fit déposer sur un lit couvert de cendres, et mit ses mains sur sa poitrine. En cet état, attendant doucement la fin de sa vie, il ne laissait échapper que des paroles de prière et d^espà^nœ. Quelques moments il parut s^endormir, puis ouvrant les yeux, il dit ces mots de l'Écriture : J'emrerai dans Totre maison, j'adorerai dans votre saint temple , a et oncques plus il ne parla. » Mais, ajoute Joinville, en regardant vers le ciel, rendit Pâme à son créateur à teDe même heure que Notre5eigneur-Jésus-Qirist rendit Tesprit en Varbre de la croix pour le salut de son peuple. Sa mort fut douce, son visage resta aussi beau et aussi vermeil comme il estait en sa pleine santé, et semblait à moult de gen^ qu'il vossit rire.
Ici l'histoire est tentée de s'arrêter, soit pour déplorer cette mort, soit pour reprendre une vie qui s'éteignait de la sorte et pour l'étudier sous un autre aspect. On avait vu le roi chrétien, le pacificateur, le réformateur, te grand homme politique; ici le saint vient d'apparattre, mais c'est au moment où il quitte la terre. Ce serait un magnifique spectacle à contempler que celui de l'héroïsme de la sainteté, en regard de cet autre héroïsme de la gloire qui éblouit les yeux vulgaires.
Philippe, surnommé le Hardi à^ause de sa vaillance dans les combats d'Afrique, ne tarda pas à abandonner une terre de désolation. Il aborda en Sicile le 22 novembre avec le comte et la comtesse de Toulouse, déjà atteints de la maladie qui les précipita dans la tombe. Après avoir visité Rome , il s'arrêta quelques jours à Yiterlie, où les cardinaux assemblés faisaient attendre
depuis deuK ans Tëlectioa du pape. Dans ce rapide passage, il eut le temps dWister à un crime atroce (1).
Henri, gendre de Gaston, avait accompagné sous les murs de Tunis le jeune Edouard ; mais quand après la mort de St-Louis, son cousin fit voile vers la Palestine, il obtint de reprendre le chemin de sa patrie. Son cœur s^ennuyait de ces lointaines pérégrinations et redemandait la jeune épouse qu^il avait laissée dans le Béam. Avant de la revoir , il vint à Viterbe réclamer le titre de roi des Romains qu^avait porté Richard son père. Guy de Montfort, fils du comte de Leicester, s'y trouvait aussi; il ne pouvait pardonner la mort de son père tué de la main d'Edouard, à Tinstigation, disait-il, d'Henri ou de ses proches. Il avait d'ailleurs quelqu'intérét à combattre les prétentions du prince anglais, car il avait épousé la fille du comte de Toscane. H lui fallait son sang, et voyant qu il le demanderait vainement à la force ouverte, il descendit aux embûches. Il se logea près de l'église de St-Laurent , où Henri s'était renfermé , le surprit pendant la célébration des saints mystères, et ne pouvant l'arracher du milieu des siens, il le frappa de son poignard. Puis il le traîna tout sanglant à la porte de l'église et l'acheva de plusieurs ooups, comme eût fait un sicaire exercé au meurtre et a la férocité.
La fin d'Alphonse et de Jeanne fut moins tragique. ' Us avaient repris la mer après le départ de Philippe, leur neveu; mais à peine eurent-ils touché l'Italie qu'ils furent saisis d'une maladie violente qui frappa également la plupart des gens de leur suite. Ils n'eurent que
(1) Matthieu Paris, Guillaume de Nangis, Thomas de WalsiDgham.
CÏ92 HISTOIRE
le temps de se faire transporter à Savone, où ils expirèrent, Alphonse le vendredi 2i aoât 1274, et Jeanne le mardi suivant. Ainsi le raconte un auteur contemporain (1). Un historien Génois (2) qui vivait alors et qui pouvait avoir été témoin oculaire , veut qu^Alphoose, déjà à ses derniers moments , soit allé débarquer près de Gènes , et qu'il y ait rendu le dernier soupir. Il ajoute que sa femme décéda le jour suivant de mort subite, ensorte que plusieurs soupçonnaient lepoîsoo.
Avant de quitter la France , Jeanne avait fait le 23 ]uin 1 270 (3) son testament à Aymargues en Provence. Après une foule de legs particuliers, elle instituait pour son héritière universelle, Philippe, sceur de Vésîan, vicomte de Lomagne, et née comme lui de Marie de Sauve , nièce du dernier Raymond. Elle lui donnait tous les biens et tous les droits qu^elle possédait dans les évéchés d^Agen, de Gahors et de Rhodez, et la dotait de tout ce qui avait été acquis par elle et par son père, non seulement dans ces évéchés, mais encore dans tous ses autres domaines. Enfin, elle lui léguait sonécrin, c'est-à-dire ses anneaux, ses colliers, ses diadèmes et so pierres précieuses. Tous ceux qui entouraient la jeune Philippe eurent part à ses largesses. Jeanne ordonnait en même temps à ses exécuteurs testamentaires de prendre soin de son héritière, et voulait qu'ils lui choisissent un époux digne de son nouveau rang.
Cette libéralité plaçait bien haut la sœur du vicomte de Lomagne. Elle était alors sous la tuteUe de Guy, comte de St-Paul, qui s'empressa de demander au nom
(1) Guillaume de Puylaurens. — (2) Gaffari , dom Vaisscttc,. tom. 3. — (3) l'Art de vériflcr les dates , Grands Officiers de la cobronne.
de sa pupille foi et hommage pour les terres qui lui étaient léguées. Mais la part était trop large. Philippele»Hardi, à la première nouvelle de la mort d'Alphonse et de Jeanne, s'empressa de faire mettre sous sa main les immenses domaines qu'ils laissaient. G)hardon, sénéchal de Gircassonne qu'il chargea de ce soin, n'avait pas attendu cet ordre. Il réunit à Toulouse, dans le cloître des Dominicains, les principaux vassaux des anciens Raymond (1). Bernard, comte de Q>mminges, Bernard, comte d'Astarac, Jourdain et Izam-Jourdain deFIdeJourdainse montraient à leur tête. On reconnut d^abord le roi pour seigneur immédiat , et quelques heures après on lui jura obéissance et fidélité, en réservant toutefois les libertés et les privilèges de la province* Le lendemain, plus de quatre cents seigneurs prêtaient leur serment. Le roi profitait de la faiblesse de Philippe pour garder toutes les terres. Le co mte de St-Paul en aj^pela à la justice, mais le parlement de Paris, gagné pur la cour, rendit en 1 274 un arrêt qui cassa le testament de Jeanne et anéantit les prétentions de son àéridère.
Géraud, comte d'Armagnac ,* n'avait point paru au dolire des Dominicains , quoique sa mère eût jadis en ton nom reconnu la suzeraineté d'Alphonse, du moins pour le Fezensaguet. Nous avons vu qu'il avait depuis transporté son hommage à la couronne d'Angleterre. Cette absence dut être remarquée à la cour de France. Un acte imprudent et téméraire acheva d'irriter le monarque français.
Presqu'aux portes d'Auch , se trouvait le comte de
(1) Lafaille, Preuves. Dom Vaissette.
Gaure, petit pays qui ne se composait que du St-Pay , Lassauvetat, Pauillac, Pouy-Petît , Réjaumont etSt- Lary, dans lequel on venait de bâtir la ville de Flearance, destinée non seulement à en être la capitale, mais encore à prendre rang parmi les villes les plus importantes du département du Gers. Là , au berceau de notre histoire, habitaient les GariteSj mentionnés par César. Après Tinvasiondes Barbares, ce pays avait^l eu son seigneur particulier dans Fredelon, dont quelques-uns font, comme nous Tavons dit, le frère du premier comte de Fezensac et d^ Armagnac? nous n^oserions Fassurer. La part du puîné eût été évidemment trop faible, à moins qu'à l'exemple du Père Montgaillard, on n'y ajoute le Pardiac plus vaste alors qu'il ne le fut depuis. Quoiqu'il en soit de cette conjecture, les successeurs de Fredelon nous sont inconnus jusqu'à Gérard de Cazaubon {Casali boni).
Sous lui , Géraud d'Armagnac prétendit (1 ) , on ne sait trop sur quel fondement, que le comté de Gaure on du moins le château du St-Puy {summum podium, très-grande hauteur), relevait de l'Armagnac, et en conséquence il exigea impérieusement le serment de vasselage. Gérard de Cazaubon soutint, de son cAté, rt vraisemblablement avec plus de fondement, que sa seigneurie dépendait du comté de Toulouse, et qu'ainsi il nen devait l'hommage qu'au roi de France, héritier d'Alphonse et de Jeanne. Ce refus fut suivi de provocations mutuelles. Ainsi des deux côtés on courut aux armes. On ne connaissait guère encore alors d'autre
(1) Dom VaisscUc, Guillaume de Nangis, Manuscrit de H. d'Aignan , l'Art de vérifler les dates.
justice. Le comte d^ Armagnac entre le premier en campagne, et suivi de ses vassaux, il marche sur le château de Sompuy qu^il essaie d'emporter d'assaut. Gizaubon s^était préparé à Tattaque. Il résiste avec courage et contraint son agresseur à se retirer. Changeant alors de rôle, il tombe à son tour sur Tarrière-garde et la culbute. A cette vue , Arnaud-Bernard , frère du comte d'Armagnac, accourt pour la protéger. Gizaubon vole à lui, retend sans vie d'un coup de hache, et abat sur son corps sanglant plusieurs chevaliers qui s'empressaient pour défendre leur jeune maître. Dès-lors , le succès ne fut plus disputé ; tous se dispersent , et le superbe Géraud lui-même est forcé de fuir devant Tennemi qu'il était venu braver jusques sous ses murailles.
Irrité de cette défaite, et surtout de la mort de son frère, il jura d'en tirer une vengeance éclatante, et appela à lui ses proches et ses amis. Ils accoururent à sa voix, mais nul ne se montra aussi empressé que le comte de Foix , son beau-frère. Cazaubon, vojrant une ligue formidable prête à l'écraser, prit le seul parti que lui commandait sa faiblesse. Il se plaça sous la protection de la France, livra le Sompuy et tous ses domaines au sénéchal de Toulouse et aux officiers royaux , et se constitua prisonnier dans le château Narbonnais avec sa femme et ses enfants. Il y attendit le jugement du roi touchant la mort d'Arnaud -Bernard d'Armagnac. Le sénéchal prit possession au nom de la couronne du château qu'on lui abandonnait , y arbora la bannière des lys , proclama la sauve-garde dont son maître couvrait son vassal, et défendit au nom de la France à tout venant de l'assaillir. Devant une défense pareille,
la politique la plus vulgaire conseillait de s'arrêter. Mais à celte époque, le plus souvent on suivait impétueusement ses passions sans en calculer les suites. On battait ou Ton était battu. La prison ou Tamende faisait raison du vaincu et tout rentrait en paix. Il n^était pas même rare de voir les ennemis de la veille se réunir pour accabler leur voisin devenu Tennemi du jour. Cest Thistoire des peuples dans leur enfance.
La vengeance criait trop haut ; les deux beaux-frères ne purent consentir à voir leur ennemi édiapper i leur fureur. Ils s'avancèrent à la tête de leur troupe, attaquèrent le château au méprisée laproîection rqjrak et s'en rendirent maîtres après une défense désespérée. Gérard que poursuivait leur fureur trouva néanmoins moyen de s'évader, mais sa femme et ses enfants mdns heureux tombèrent entre les mains des vainqueurs, qui pourtant respectèrent leurs jours. Tout lé reste fut massacré, et quand les bras furent fatigués de carnage, on pilla le château et on le livra aux flammes* Da Sompuy j les confédérés se répandirent dans tout le comté de Gaure , et y portèrent la dévastation et la mort (1).
Philippe n'eut pas plutôt appris l'insulte faite à sa bannière, qu'il résolut de la punir sévèrement. Dans celte vue il fit publier le ban et l'arrière-ban, convoquant ainsi tout ce qui était tenu au service militaire. Certes, il n'en fallait pas autant pour accabler deux &ibles seigneurs; mais Philippe voulut au début de son règne faire craindre sa puissance afin de mieux contenir ses
(1) Suivant un manuscrit qui nous a été communiqué , Caiaobon aurait péri sous les ruines de son château avec sa femme et Anne sa fiUe, jeune enfant à peine âgée de 16 ans.
DE LA GASOOGKE. 397
vassaux. Pendant que ses troupes se réunissaient, il fii dter les deux coupables à sa cour pour y rendre compte de leur conduite. Le comte d^Armagnac se sentant trop faible, demanda merci et l'obtint (1), non sans avoir versé au trésor royal quinze mille livres tournois d^amende.
Le comte de Foix plus hardi , osa braver Forage et se mit en état de défense (2). Il comptait que Taspérité des lieux et la force de ses châteaux placés presque tous sur des hauteurs à peu près inaccessibles le mettraient à Fabri des armes françaises. TeUe était sa confiance , qu'il ne craignit pas même de braver son ennemi. Eustache de Beaumarchez traversait paisiblement le comté de Foix. Roger-Bernard tomba sur lui à Timproviste, le força de fuir en laissant entre ses mains quelques prisonniers et une partie de ses bagages. Cette insulte ne resta pas longtemps sans vengeance. Eustache assembla les milices de la sénéchaussée, soumit le pays de Foix jusqu'au pas de La Barre, et eût poussé plus loin ses conquêtes s'il n eût cédé aux avis de ses officiers qui lui persuadèrent d'attendre l'arrivée du roi. Ce prince fit le 25 mai 1 272 son entrée à Toulouse, où il avait fixé le rendez- vous de ses troupes , et où le duc de Bretagne et les comtes de Flandres, de Dreux, de Ponthieu et de Rhodez , ne tardèrent pas k le joindre avec leurs vassaux. Philippe se vit bientôt à la tête d'un ost (armée) si grand qu'il diU toute tetre faire frémir (3). Le comte de Foix comprit alors toute la témérité de sa résistance, et n'espérant point fléchir par
(1) Dom Vaisselle , TArl de vérifier Ias dates. — (2) Les mêmes Larroque, Traité du ban. — (3) GraiiJes Chroniques de St- Denis' d*après M. Laurentie.
lui-même le monarque français, il implora la médiation de Jacques , roi d^ Aragon, dont il se reconnaissait vassal pour le haut pays de Foix. Jacques passa les Pyrénées et vint trouver Philippe à Tabbaye de Bolbone^ Gaston de Béarn accompagnait ses pas et joignit ses prières aux efforts du roi d'Aragon. Philippe se laissa vaincre et pardonna , mais en imposant des conditions que Roger- Bernard refusa d'accepter. Le roi de France fit alors avancer ses troupes pour assiéger le château de Foix où Roger-Bernard s'était enfermé.
L'entreprise était difficile , mais le monarque fit serment de ne s'éloigner qu'il n'eût tresbuclié et mis par terre ce château ou du moins qu'il ne l'eût à discrétion. Des mineurs furent alors attachés aux pieds de la montagne. On travailla avec tant d'ardeur qu'en peu de joturs les rochers furent percés et les approches de la place rendus libres. Le comte de Foix s'épouvanta de cette manière hardie de s*attaquer aux montagnes, et le 5 juin il envoya, de l'avis du roi d'Aragon et du vicomte de Béarn, demander grâce, et offrit de remettre à discrétion et sa personne et ses domaines entre les mains de Philippe. On le vit bientôt descendre luimême de son formidable château et venir implorer sa grâce à genoux. Non seulement le monarque irrité la refusa , mais il le fit charger de chaînes et conduire à Gircassonne, où il fut enfermé dans une tour. Philippe se saisit aussitôt du château de Foix , et nomma sénéchal du pays conquis le chevalier Pierre de Villars , établit partout des officiers royaux et reprit le chemin de sa cour. Il amenait avec lui Marguerite de Moucadc, femme du prisonnier, mais il tâcha de lui faire oublier les malheurs de son époux par tous les égards qui prouvent le respect et restime.
SHl fallait en croire un historien du temps (1) cet acte de rigueur porta aussitôt ses fruits. Le vicomte de Béam ayant appris que Philippe le soupçonnait dWoir engagé son gendre à prendre les armes, craignit le courroux du prince. Il s'empressa de se rendre auprès de lui, et tombant à ses genoux, il le supplia, les mains jointes, de ne pas lui imputer ce crime. Il offrait de se purger avec le bouclier et la lance , ou de toute autre manière, et d'en laisser la décision aux officiers du palais. Le roi cette fois se montra plus trai table. Il octroya, mais non pas sans prières, la grâce demandée. Il s'apaisa aussi à l'égard du gendre et brisa ses fers vers la fin de 4273. Roger-Bernard se rendit à la cour, où il trouva un accueil plus favorable qu'il ne l'espérait Philippe, par un de ces changements dont l'histoire du moyen âge nous offre de fréquents exemples, le logea dans son palais, lui rendit ses bonnes grâces, l'arma chevalier et lui donna des maîtres pour le former à tous les exercices militaires. Il lui fit restituer enfin, d'abord le bas pays de Foix, et peu de jours après le haut, et le renvoya dans ses domaines, comblé d'honneurs et de prévenances. Il fit ensuite rebâtir (2) la ville du St-Puy, et pour rédimer les habitants de tout ce que leur avaient dit essuyer les comtes de Foix et d'Armagnac, il leur accorda de larges franchises et leur abandonna une vaste forêt (higués) dont jouit encore la commune actuelle. Il se réserva seulement les tètes et les quartiers de devant des bidies , des cerfs et des sangliers qui y seraient pris, et qui lui seraient remis dans le château rebâti en même temps que la ville.
{l)NaDgis, Dom VaisscUc. — .'2} M<iiiuscril tiré des archives du
Sl-PUT.