CHAPITRE IV
Mtfl de Contmee , Ticonlesie de Béan. — GonTeit de Bayriei. — Giyttfiti de CnloB de Béan. — Proeédire eontn lii. — Ainîei , iNheHqM d'Aidi. — ten eo NaTvre. — Goerre di eonte d*Anl|iae aiee le léiéclai de Teileoi , ^É canle de Beix aree lei Toisiis. — Reilititiai de rAfaan. — Dôièléi èei haki. tuls de Geidei aTee lev akbé. — Gettuet de la SameUt.— Panaii de tedoD. — Treibles à Bayeue, — à Baxas. — DmI de CharUi, ni de Sicfle, aw le roi d^Ara|oi. — Gmm eeitre ee priiee.— Ibrt d'IbfûTat , ceate de B^. —Sa neeestien est dlipitée. — BHfoet de Leeteire , — d*Aire. — Uni, eoBle d*Anafiie.
Gaston venait de perdre Mathe, sa femme, dont le testament nous a été conservé (1). EUle y institue Constance héritière de la vicomte de Marsan, du pays de Rivière-Basse et de ses prétentiona sur le comté de Bigorre. Elle lègue à Mathe, comtesse d'Armagnac, ss fille , dix mille sols Morks qu'elle assigne sur la terre de Rivière. Elle donne à Marguerite de Foix la ville de St-Gaudens, le château de Mira mont et la seigneorie d'Aure et de Nebousan. Enfin, elle lègue à Goillemette toutes les rentes qu'elle possède dans la ville de Saragosse. Elle dispose aussi de quarante marcs d'ai^nt placés sur les lieux de Moneins et de Pontac en Béani, sur lesquels elle assigne dix mille sols Morlas aux Cordeliers de Mont-de-Marsan, que son mari et elleavaient appelés cette année même dans cette ville, et une somme plus forte aux Clairistes de Bayries, dont les deux
(i) Marca, liv. 7, ch. 16. Inventaire des pièces du château de Pau.
époux avaient fondé la maison en 4255 , et parmi lesquelles elle choisit sa sépulture. Elle réserve le reste pour servir de dot à de pauvres filles du diocèse d^ Aire. Cet acte porte la date de 1270. Mathe ajouu à ses derniers moments un codicile, dans lequel elle léguait quatre mtUe sols Morlas pour défrayer deux hommes d^armes. Elle voulut qu^ils fussent envoyés dans la Terre-Sainte k la première Croisade, pour y gagner en faveur de son àme Tindulgenoe accordée aux pèlerins d^<mtie-mer. Elle nommait pour exécuteurs testamentaires Géraud de Montlezun, évéque de Lectoure, Pierre^ évéque d^Aire, Tabbé de la Castelle et trois chevaliers.
Le couvent de Bayries comptait déjà quelques années d^existence. Le vicomte et la vicomtesse en avaient jeté les fondements en 4253. Mais divers obstacles avaient arrêté les premiers travaux (1), et la maison ne fut régulièrement instituée que le 20 juillet 4270, le jour peut-être du testament. Gaston et Mathe la dotèrent de biens très considérables, dont ils se dépouillèrent entre les mains de Tévéque d^Aire. En 4273, Constance, Marguerite et Mathe d'Armagnac confirmèrent ces donations lorsqu'elles vinrent déposer aux pieds des autels les eendres de leur mère. Constance et Marguerite s'intérenèrent vivement au sort des religieuses. Les guerres désolaient la province, et le nouvel établissement s'élevait isolé et sans défense au milieu des champs. Pierre, évéque d^Aire, k la sollicitation des deux jeunes comte«es, se transporta le 24 août 4275 à Mont-de-Marsan. Il y avait alors dans cette ville, près de la porte
(l)]ftBiiKritd*Aire, Pièces de la mairie de Mont-de-Manan. //. 26.
de Roquefort, un hôpital de St-Jaoques. tJn prêtre eo était le directeur ; il portait une croix rouge sur ses habits, et les manches de sa soutane étaient aussi rehaussées de rouge. Quelques femmes distinguées par les mêmes marques vivaient sous sa discipline et prenaient le nom de Sœurs. Kévêque leur demanda si elles appartenaient à quelque Ordre reconnu par Téglise, ou si du moins elles avaient une règle approuvée par le pape ou par quelqu'un de ses prédécesseurs ; et sur leur réponse négative, il leur défendit de porter Thabit qui les distinguait. En même temps il ordonna aux femmes de prendre celui de Ste-Qaire , si les religieuses vou* laient les recevoir. Le directeur et son faible troupeau n'osèrent pas réclamer. L'évêque introduisit sur-lechamp, de son autorité et du consentement de son diapître , Navarre d'Ordan ou d^Ourdan , abbesse de Bayiies, dans Thôpiul, et lui permit de venir Thabiter avec sa communauté. On abandonna alors Bayries , dont on garda cependant le nom et les revenus, et on vint se fixer à St-Jacques, qu'on dut quitter en 4377 pour entrer dans la ville. Ce dernier emplacement des Qairistes est aujourd'hui occupé par la préfecture. L'année qui précéda le premier changement (15 janvier 1274), Pierre assista avec l'évêque de Q>userans au sacre de Guillaume de Blaye, élu évéque d'Ângouléme. La cérémonie se fit dans l'église de G)ndom et fut présidée par Arnaud, évêque d'Agen.
Gaston désirait trop vivement un héritier direct pour rester longtemps dans le veuvage. Il contracta un nouvel hymen {\) avec Béatrix, fille de Pierre , comte de
(i) Msrca, liv. 7, cb. 22, VÀrt de vérifier les dates, tom. 2.
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Savoie et veave du dauphin de Vienne. L'acte passé le dimanche des Rameaux 1273 , fut scellé du sceau de Guillaume, évéque de Bazas et de Simon de Joinville, onde de Béatrix ; mais cette fois encore les vœux de Gastod furent trompés. Sa nouvelle épouse ne lui donna point d'enfants.
Le retour subit d'Edouard qui avait succédé à Henri III durant son voyage dans la Palestine, ne lui permit point de s'endormir longtemps dans les bras de sa nouvelle épouse. Le prince Anglais après avoir fait hommage à Philippe pour toutes les terres dépendantes de la couronne de France , s'achemina en toute hâte vers la Gascogne pour y apaiser les troubles que le vicomte de Béam y avait excités contre son autorité (1).
Nous ignorons le motif ou le prétexte de cette non- Telle levée de boucliers. Peut-être Gaston se plaignit-il que l'Angleterre ne l'indemnisait pas de la perte du diâteaude Cognac qui avait appartenu à son beau-père, etdont Mathe lui avait apporté les droits à son mariage. Toujours est-il qu'il s'abandonna à des violences qui le firent assigner à la oour de St-Sever devant le sénéchal de Gascogne, mais il ne daigna pas s'y présenter. Sur oe refus le sénéchal ordonna la saisie de toutes les terres du vicomte; mais quand il fallut faire exécuter la sentence, Gaston résista à main armée. La justice dut se taire devant la force. Edouard se détermina alors à venir soutenir de sa présence l'autorité des tribunaux. Comptant que son autprité serait moins méconnue que otlle de son sénéchal, il envoya le chevalier du Lau (2) (de Lauro) à Orthez, avec le titre de son commissaire.
(l)NaDgto. ^(2) Uarca, liv. 7, ch. 17, 18, 19 et suiv.
Ce titre ne rempécha pas d'être arrête prisonnier par les habitants secrètement soulevés sans doute par leur seigneur. Edouard dut encore dévorer cette insulte, et an lieu de la punir sur-le-champ, il s^avança jusqua Ste-Quitterie , au diocèse d'Âuch, que les archevêqno et les vicomtes de Béam possédaient en paréagé. Cétait vraisemblablement Rive-Haute que nous allons voir se transformer en la ville de Plaisance. 11 y manda Gaston qui n osa résister plus longtemps, vint Vj saluer et cSbii de répondre à la cour sur les griefs qu'on lui imputait Cette offre ne satisfit pas Eldouard, qui violant à son tour le droit des gens, fit arrêter Gaston au bourg de Sault et Vj fit retenir prisonnier.
Le vicomte ne put recouvrer sa liberté qu'eu jurant de se soumettre au jugement porté par la cour de St- Sever et de remettre à l'entière disposition du roi le cliateau, la ville et tous les hommes d'Orthes, et en par» ticulier ceux qui avaient porté une maiu coupable sur le chevalier du Lau. Ces conditions, il dut les subirai présence de Géraud , évêque de Lectoure, et de Guillaume, abbé de Figeac Mais comme cette promesK était trop suspecte, à peine fut-il libre, qu'avant de loi permettre de s'éloigner, on en exigea une seconde plus explicite que la première, et dont se rendirent garants Arnaud-Seguin d'Estang, Arnaud de Montégut et Arnaud de Gavaston. U s'engageait à ne point quitter la cour sans l'expresse permission du prince, et s'il s'ékngnait il consentait à être arrêté ^de nouveau et à voir tous ses domaines confisqués. Aucun privilège , aucune coutume ne pourraient le protéger. Les évêques de Lectoure, d'Aire et d'Oleron étaient chargés de juger l'infraction du serment et devaient la punir d'excommunication.
DE LA GASCOGHE. 405
Malgré toutes ces précautions, Gaston ne se crut pas lié. Il s'échappa dès qu'il put se soustraire à la vigilance qui Tentoarait et courut se renfermer dans le château d'Orthez, gardé pendant sa détention par une garnison qu'il prit le soin de doubler. Edouard indigna de cette érasion, fit citer Gaston h, comparaître devant la cour de Gascogne, siégeant à St-Sever. La veille du jour assigné (18 octobre 1273), le vicomte en voya Compain, évéque d^'Oleroo, Bernard, abbé de Luc, et maître Guillaume- Raymond pour présenter ses excuses devant le sénéchal et toute la cour de Gascogne, et comme les excuses n'étaient point reçues, les commissaires en appelèrent au roi de France.
Avant de recourir aux armes, Edouard voulut donner aujugement une forme plus authentique. Il assem- Ua à St-Sever la cour générale de Gascogne, composée des cours particulières de Bordeaux, de Bazas et de St-Sever, et l'assemblée ayant trouvé la première pro- ' oédure illégale , il fit citer de nouveau le vicomte de Béaro. L'abbé de St-Sever se transporta dans la ville d'Orthes, accompagné d' Arnaud-Seguin d'Estang , de Guillaume de St-Aubin et d'Arnaud de Marsan, députés de la oour de St-Sever, d'Aner-Sans de Caumont , de Guillaume-Raymond de Pins, d'Arnaud de Marmande, députés de la cour de Bazas , de Sencbrun , seigneur de Lesparre, d'Elie de Castillon et de Gaillard de Sertor , députés de la cour de Bordeaux , et des maires de S^EJni]ion , de St-Macaire et de Dax. Il fit la sommation voulue par la législation d'alors , mais il n'obtint qu'un refus que tout faisait prévoir. Gaston se retrancha sur l'emprisonnement déjà subi, sur les dangers qu'il y aurait pour lui à se mettre entre les mains
d'un roi irrité, et enfin sur Tappel qu'il avait déjà interjeté à la cour de France. .
EÀlouard n'eut pas plutôt appris cette réponse , qu'il entra sur les terres du vicomte à la tête d'une armée, et le poussant devant lui sans peine, il le força i se réfugier dans un château fort dont le nom n^est point désigné , où il courut l'assiéger. Gaston se voyant pressé, en appela de nouveau au roi Philippe (1). Le monarque anglais respecta cet appel contre l'avis delà plupart de ses courtisans. Il leva le siège et se contenta de faire poursuivre la cause à la cour de France. Ses troupes s'étaient à peine éloignées que le nonce du pape se présenta à Orthez. Après quelque résistance, le prélat plus heureux que la cour de Gascogne obtint du vicomte une lettre de désaveu qu'il jugeait propre k apaiser le monarque anglais, mais Eklouard ne s^en tint point satisfait, et il fit faire des dégâts sur les terres de Gaston.
La cause fut alors portée devant le parlement, ak Gaston se présenta en personne, appelant le roi d'Angleterre traître, faux et injuste juge, et s'ofTrant à le combattre en personne. Aymard de la Rochechouard , Guillaume de Valence et quelques autres barons attachés à l'Angleterre , voulurent accepter le défi en lear nom et défendre l'honneur de la majesté royale; mais le vicomte refusa leur gage de bataille et ne vonlot combattre qu'avec le roi lui-même. Malgré des procédés aussi violents TafTaire s'apaisa. Le roi Philippe ne voulut pas la laisser juger. Il ménagea un accord dont les conditions sont inconnues , mais qui rétablit une
(i) Thomas Walsingham, anno 1274. Nangis.
DB lA GÀSGOGKE. 407
parfaite et solide harmonie entre le monarque anglais et le vicomte à qui le sénéchal de Gascogne, Jean de Grailli, rendit les châteaux de Roquefort en Marsan, de Capsius et d^Urgon que le monarque anglais avait fait saisir.
S'il fallait en croire Thomas Walsingham (1 ) , Gaston fut condamné par le roi de France à se soumettre à la discrétion d'Eldouard, et le vicomte obéissant à la sentence, passa en Angleterre en 1275. Là il fut conduit la corde au col , aux pieds du monarque anglab, qui lui fit grâce de la vie, mais le fit enfermer pendant qudques années dans un château. Il le relâcha enfin et le renvoya dans son pays. Cette sévérité guérit Tinoonstance de Gaston qui servit désormais TAngleterre avec une fidélité qu'aucun événement ne put ébranler. Ce récit plus que suspect dans son ensemble est évidemment erroné sur la durée de la prison prétendue du vicomte. Ce qui est certain,'c'est que Gaston voulut se montrer reconnaissant envers le ciel de sa délivrance ^surtout de la réconciliation inespérée qui avait mis fin à de si longues luttes. Dans ce dessein il donnaà Amanieo, archevêque d'Auch, le château de Manciet (2).
Le prélat avait déjà reçu plusieurs libéralités semblables* Bernard de Gelas (3), chevalier, seigneur de Bonas, lui restitua les dimes qu'il possédait à St-Paul-de-Baïse et dans quelques paroisses voisines, par un acte daté du château de Bonas, le 3 1 mars 1275. Dame Alemane deSariac(4) se démit en sa faveur de celles qu'elle avait dans l'archidiaconé de Magnoac. Quelques années auparavant il avait transigé avec l'abbé de Galan. Emeric
(1) Anno 127». —(2) CarluUirc d'Auch. — (3; Idem. — {\) Idem.
d'Averon, abbé de Tasque, choisi pool ailiitref avait prononcé son jugement à Nogaro, le 22 septembre Ï267 , en présence de Géraud , comte d^Amiagnac et de Bernard de Salis. Les pouvoirs s'organisaient; diverses autres transactions fixèrent les droits de la métropole et des monastères de TEÎsoale-Dieu, de Gimont, de Condom et de St-<Mont
. Le chapitre de Vic-Fezenzac attira surtout Tatteiition d'Amanieu. A son origine (1), il avait été composé de chanoines nomades qu'envoyait et retirait à son gré le chapitre métropolitain. La donation de Pierre de Vie fit cesser cet ordre de choses ; les chanoines embrassèrent la règle de St-Augustin et y forent établis à demeure stable et permanente. En i \ 22, ils n'étaientqne cinq, Odon de Ferrabouc, Géraud et Bernard de Labarthe, Bernard Dufreche, Dominique de Castillon et Pierre du Brouil, chapelain, ou vicaire perpétod. Il se fit alors un dénombrement des biens du chapitre. Noos y trouvons que Bernard de Lartigue donna T^ise de Broquens pour laquelle il reçut quinze sols Moilas. Mais Pierre , son fîts , s'opposa à cette générosité. Odon de Pardeillan et Guillaume de Podenas s'entremirent, et grâce à leur intervention, Pierre se désista en recevant toutefois du chapitre vingt autres sols. Raymond de Lalane et son frère pour expier leurs égarements abandonnèrent aussi au chapitre l'église de ce lieo. Le frère et la sœur des deux bienfaiteurs ratifièrent le don en posant le missel sur le grand autel. En 1 271 , les choses avaient empiré ; les biens et le personnel du chapitre étaient en souffrance.
M ) Doni Brupclles. M. d'Aignan, Pièces jusliÛcalivcs.
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Amanieu y rétablit Tordre et fixa à douze le nombre des chanoines. Kannée suivante , le pape Grégoire X lui octroya (1 ) le pouvoir de nommer un chanoine dans les ^lises de Dax , de Bazas et de Bayonne. En 12769 Raymond Sanche, grand-maltre de TOrdre de la Foi , échangea une légère part du château de Blanquet en Lomagne, qui revenait à son institut, contre une portion de terre située à Valence , et due à la libéralité d^Odon de Preissac. Par cet échange, le seignetu' s'obligeait à tenir le château de Blanquet en vasselage de Farchevéque. Il devait à ce ûtre lui prêter foi et hommage à chaque mutation de prélats , et lui offrir une épée de la valeur de trois sols Morlas.
Des troubles s*étant élevés en Navarre, après la mort du roi Henri, Philippe-le-Hardi qui avait fait épouser à son second fils la princesse Jeanne , fille unique et héritière du roi décédé, envoya pour les apaiser, Robert, comte d'Artois , et le chargea de prendre aide et conseil auprès de deux puissants seigneurs voisins des Pjrrénéesj Gaston de Béant et Roger-Bemard de Foix (2). Sur Tavis des deux comtes, il rassembla une armée de vingt mille combattants, et s'arrêta quelque temps à Morlas avant de pénétrer en Navarre , où le vicomte de Béarn et le vicomte de Foix raccompagnèrent à la tète de leurs vassaux. Us arrivèrent sous les mtirs de Pampelune le 6 septembre 1 276. Après quelques jours de tranchée , les habitants demandèrent à capituler; mais pendant qu'on discutait les conditions,
(1) Pour ceci et tout ce qui précède, voir Dom Bnigellcs , M. d'Aignaa et le GalUa ChrUtiana. — (2) Nangis, Marca, dom Vaii sette , tom. 4.
Gaston et Roger-Bernard donnèrent Tassaut et entrèrent dans la ville cp'ils livrèrent an pillage.
Le roi Philippe s'avançait lui-même à la tète d'une armëe formidable. Il allait demander au roi de Casdlle compte d'une perfidie qui privait de la couronne 10 neveux. Arrivé près des Pyrénées, il s'arrêta quekpie temps à Sauveterre (1). Là , ses projets s'évanouirent; l'imprudence ou la trahison avaient négligé les approvisionnements, et la famine menaçait ses troupes avant même qu'elles eussent touché le sol ennemi. Il fat toutefois sensible au zèle qu'avait déployé pour sa cause le comte de Foix.
La réconciliation était si complète entre la maison de Béam et le roi d'Angleterre, que ce prince ayant un différend avec Pierre de Tartas, fils de Raymond Arnaud, vicomie de Tartas, et de Navarre, vicomtesse de Dax, et successeur de son père et de sa mère dans ces deux vicomtes, il le soumit à l'arbitrage de son cher et yjSa/ cousin le vicomte Gaston (2). Celui-ci prononça son jugement en octobre 1279. Il condamna le vicomie à payer au monarque anglais six mille sols Morlas, mais à ce prix il demeurait déchargé ainsi que ses vassaux de tous les arrérages, et il rentrait en possession de tous les biens que le différend avait fait saisir. Edouard lai donna une nouvelle preuve de sa confiance en le choisissant pour commander cent hommes d^armes qu'il envoyait pour défendre Alphonse de Castille contre l'infant Sanche, ce fils préféré aux jeunes orphelins neveux de Philippe, qui reconnut l'aveugle et injuste prédilection de son père en clierchant à le détrôner.
(1) Nangis, Marca , dom Vaisselle, lom. \. — (2)Marca , lir. 7. th. 23.
DE Lk GÂSCOGJHE. 4 H
Le sort du comte de Foix et le danger qu il avait couru lui-même ne rendit pas le comte d'Armagnac plus prudent II eut (1), en 1279, avec Eustache de Beaumarchez, sënëchal de Toulouse, une nouvelle querelle qu'il soutint avec plus de résolution que la première, mais aussi qui lui fut plus fatale. Non content d^avoir pris les armes pour défendre ses prétentions , il fit fortifier la ville d'Auch et attendit sous ses murs le sënéchaL Celui-ci ayant assemblé les troupes de son ressort, alla chercher Géraud et lui présenta la bataille. Le comte d'Armagnac l'accepta malgré l'infériorité du nombre, mais la fortune trahit son courage. Battu et fait prisonnier, il fut conduit en France et enfermé deux ans au ch&teau de Péronne.
Le comte de Foix ne le soutint point dans cette seconde lutte, soit qu'il n'osât plus se commettre avec la France, soit plutAt qu'il fût occupé ailleurs, car il n^avait presque jamais déposé les armes depuis qu'il était rentré dans ses étata. Il s'était (2) d'abord ligué avec quelques seigneurs de la dtalogne et avait fait la guerre à Pierre, roi d'Aragon. Mais* la réconciliation avait suivi de près les premières agressions , et pour mieux les cimenter, Pierre et Roger unirent leurs enfants. Le roi d'Aragon donna à son fils les tx>mtés de Ribagorce et de Paillas, et le comte de Foix la vicomte de Gistelbon à sa fille, et lui assura ses autres domaines dans le cas où il mourrait sans enfants mâles.
Roger-Bernard, à peine réconcilié avec l' Aragon, déclara la guerre à l'évéque d'Urgel auquel il disputait le
(1) L'Art de vérifier^les dates , (oui. 2. Dom Vaissette, tom. 4.^ (3) Dom YaUsette, tom. 4.
412 HISTOI&B
pays d^Âadorre (1). Des arbitres communs ramenèrent entr^euK une paix qu'ils léguèrent à leurs successeurs et qui ne fut jamais plus troublée. Il en fut autrement de la paix avec TAragon, malgré Talliance intime qni devait la cimenter. Roger-Bernard avait renoué ses intrigues avec les comtes d'Urgel et de Paillas, et les vicomtes de Cardonne et de Yillemur qui se plaignaient de ce que Pierre avait violé les immunité de la pro* vince. Pierre se hâta d'arrêter leurs entreprises. Il se rendit lui-même dans la Catalogne, attaqua le oomte (2) de Foix et le força à se renfermer avec ses confédérés dans le château de Balaguer au comté d** Urgel. U courut Yj attaquer et pressa vivement la place. La résistance fut opiniâtre. Les confédérés comprenaient tout ce qu'ils avaient à redouter d'un suzerain irrité, mais malgré leur r&istance, ils durent se rendre à discrétion. Pierre envoya le comte de Foix dans une forteresse où il le fit garder à vue comnie le plus puissant et le plus dangereux de ses ennemis , et dispersa les autres dans divers châteaux de la Catalogne.
Les fers du cotaite d'Armagnac venaient alors d'être brisés. Roger-Bernard comprenant que sa captivité serait longue, le chargea (le 2 février 1282) de gérer ses domaines de concert avec Marguerite , sa femme. Cet acte de confiance et d'intimité fut le dernier acte qui raj^rocha les maisons de Foix et d'Armagnac. Leurs rivalités et leurs haines transmises de générations en générations vont désormais ensanglanter le Midi pendant près d'un siècle. Le roi craignant que le roi
(1) Uom VaisselU» , lom. 4. — (2) Dom Vaisselle, l'Art de vérifier les datcK.
DE LA GASOOGIfE. 413
d^Âragon ne profitât de la captivité de Roger-Bernard pour s^emparer des places fortes du pays de Foix, manda la comtesse à sa cour et arrêta avec elle une convention qui mettait le comté à Tahri des armes espagnoles.
Le traité de paix oondu entre St-Louis et Henri III, assurait le comté d^Agen à la couronne d'Angleterre , dans le cas où la comtesse de Toulouse mourrait sans enfants. Plusieurs années s'étaient écoulées et TAgenais était encore entre les mains du roi de France ; mais enfin, en 1279, Philii^ chargea Guillaume de Neuville, archidiacre de Blois et le maréchal d'Estrade de le remettre à Guillaume de Valence (4 ), onde d'Eklouard, désigné pour le recevoir. Les deux commissaires convoquèrent devant Tévéque d'Agen le dergé, les nobles et les communautés qui devaient hommage à la France et à Tévéque. On vit paraître à cette assemblée les abbés de Qairac et de St Maurin, le prieur du Mas, Galtier et Amanieu du Fossat, Othon de Lomagne , Foruner de Cazenove , Guillaume-Raymond de Pins , Jourdain deTIsle, Bemadet d' Albret , Bertrand de Caumont, Raimfroi de Montpezat, Bernard de Ravignan et les oonsols de Gmdom, de Penne, de Marmandeetde quelques autres lieux. Guillaume de Neuville et le maréchal leur déclarèrent que le roi les déliait du sermentqu^ils lui avaient prêté, et leur ordonnait de transporter leur fidélité au roi d'Angleterre. En même temps Jean de Lavalette, sénéchal du comté pour la France, en livrait les villes à Guillaume de Valence.
EÀIouard était alors à Abbeville dans la Picardie. Il nomma un nouveau sénéchal d'Ageuais , et le commit*
(1) Rymer, (om. 1.
pour prêter ensonnomàrévâque d^Âgenrhoiiuiiage(l) que lui prêtaient les comtes d'Agenais, et pour le recevoir ensuite de tous les vassaux. Ce double serment se fit avec ëdat le 6 août de cette année dans le dottredes Dominicains, en présence de Géraud , évêque de Leetoure, de Géraud, comte d'Armagnac, d'Elsquivat, comte de Bigorre, de Jean de Grailly, sénéchal de Gascogne, de Pierre de Galard, de Bertrand, abbé de Moissac, d'Elie de Noailles, d^ Arnaud de Caulet, de Pierre Dupuy , de Bertrand de Goth et de quelques autres seigneurs. Edouard se plaignit bientôt qu'entre les mains des comtes de Toulouse ou des rois de France, les domaines du comté avaient été usurpés et ses revenus afTaiblis. Il ordonna aussitôt une enquête sévère et fit tout rétablir sur Tancien pied (2). Vital de Giupeoe sMtait dévoué à sa cause. Il récompensa son zèle en lai abandonnant ce qu'il possédait dans la vallée d'Aure et dans les paroisses de Laléougue et de Lagarde.
Les habitants de Condom portaient impatiemment Tautorité de Fabbé de St-Pierre. Née à Tombre du doltre , leur ville avait grandi sous sa sauve-garde , mais Tère de Témancipation avait sonné. Ce n'était plus assez des libertés octroyées ou reconnues. Aux poitrines des citoyens il fallait plusM'air, à leurs actes plus de franchises; de là des commotions toujours apaisées mais jamais satisfaites. Les premières plaintes s'étaient fait jour sous Pérégrin de Fourcès au commencement de ce siècle. L'archevêque de Bordeaux et l'évêque d'Agen firent agréer une transaction passée à Pamiers le 30 no- Ci) Rymer. — (2) Le même.
DE Lk GASCOGUB. ii'5
Tembrc <2<2 {\). Lesf^efs éuient oubliés départ ci d^auirc. Les linbitnnts pouvaient bitir une église (ju'ib entretiendraient à leurs frais, et augtnenterle cimetière placé pr^ de la grande porte du monastère; mais ils ne pouvaient établir aucun four banal sans la permission de Tabbé, et leurs consuls ne pouvaient prononcer mr aucun procès fians ^ pârtid potion. Enfin, la direc* tien de Vbôpital fondé prèâ de la porte du Ptadaa appartenait exclusivement à labbaye.
Cet accord dura peu» Les esprits s'aigrirent de nouveau* Le pape commit révcqnc d'Albi , son légal en Aquitaine, et le chargea de ramener la paix. Sous ses auspices fut signé un nouvel accord qui donnait gain de cause à Tabbé prévue sur tous les points* On lui adjugea le droit d'avoir les clefs de la ville, d'instituer des viguiers , de faire les consuls , d'établir et de promulguer les ordonnances, de concert avec les consuls, d'impo&er des amendes aux coupables et de les percevoir à son proÛL On lui reconnaissait encore le droit de lots et ventes à chaque cbangement de maître, lom vctéme que les biens passeraient à un parent , le droit de péage aux ponts et aux portes de la ville* On réglait encore qu*il ne scraitpoint imposé des tailles, établi des fttatnls ou coutumes, créé des maires sans son assenli-" tnent. Cette transaction fut acceptée en 1 228 par Tabbé, au nom de labbaye, et \^r Géraud-Sad, Raymond de Poliguac, Jean de Gissagne et Gérûud-5ad-le-Jeune, au nom delà ville dont ils avaient les pouvoirs*
Pérégrin apprtenail à la noble et ancienne fumille d e Fourcès qu*on dirait une branche de la maisoTi corn*
(l)ManuKritilf U« Je taj^uUre. t>orn Martcant^, tonr t.
416 HISTOI&E
taie d'Armagnac. Elle poruit du moins comme noi comtes, au 1^ et au 4* tVOr au Uon de Gueules^ mais elle écartelait au 2" et au 3' d* Argent à une cameilk de sable qui est sans doute Comeillan (*),
On ignore répo({uede la mort de cet abbë, maii te sait qu'il fut remplacé par Montassin de Goalard on Galard dont Tadministration fut paisible et respectée. 11 n'en fut pas ainsi de celle d^Auger d'Andiran qui succéda à Montassin. Il était à peine élu depuis un an, lorsque le 5 mai 1271 , il donna, de concert avec En Garsie ou plutôt Géraud de Cazaubon, des coutumes à Lassauvetat, en présence de Pierre de Bordes et de Guillaume de Galard, consuls de Condom et de Sans- Garsie d'Ayguetinte.
Géraud était seigneur de Sompuy et de quelques lieux voisins, et avait quelques droits à Lassauvetat Qnq ans après il abandonna à Fabbaye de Condom cent concades de terres labourables et de bois k Martissens. Cette libéralité lui gagna Tabbé qui cédant aux avis de Pierre de Saubole, prieur de Nérac, et d^Othon de Lomagne, seigneur de Fimaroon, l'admit dans l'entier paréage du lieu qu'il venait de doter de nouvelles franchises. Géraud de Cazaubon ne voulant pas se laisser vaincre en générosité, abandonna à Tabbé un péage qu il possédait à Condom. Auger transigea deux ans après avec Philippe*-le-Hardi. Il cherchait sans doute auprès de lui un appui contre les habitants de Condom, qui n avaient pas tardé à se repentir de la transaction jurée en 1228. Il en fallut, en 1243, une autre plus
(*) Vers 1191, nous voyons Pérégrin de Foarcès recevoir une multitude de donations où paraissent comme témoins des Larroqueik des Bastards , des Monfauconds, des Descatalens, des St-Simons.
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large passée sous les auspices d^Edouard et qui s'étendit à la ville de Mézin insurgée aussi contre son prieur. Mais les esprits étaient impatients de tout joug ; les troubles se réveillèrent avec plus de force qu^auparavanL Jamais les désordres n^avaient été aussi grands. L'autorité de Fabbé était ouvertement méconnue , les divers cens ne lui étaient point payés. La justice elle-même désarmée entre ses mains devait se taire en (ace des délits et des crimes.
Edouard, qui venait de recouvrer TAqniuine, sembla d'abord se plaire à aggraver les abus en se déclarant pour les citoyens. S*il cherchait à se rendre nécessaire, le monarque anglais parvint à son but. Auger rappela en paréage de la ville (1 ). Edouard établit à son tour Tabbé paréagiste dans toute la banlieue de Condom et au château de Galard ; il n'excepta que les lieux nobles ou tenus noblement par les seigneurs. Ce paréage comprenait €ondom et le château de Larressingle. Jean de Grailli qui le signa au nom de son maître en conclut un second avec le prieur de Mézin au sujet de sa ville. L'original du premier a été perdu , nous n'en possédons qu'une reconnaissance faite en 4329 par Phi lippe-de-Valois (*). Ce paréage suspendit les troubles. On craignit la majesté royale, et sous cet abri Auger trouva respect et soumission. L'année même oà le paréage fut conclu (1286) , il fiit rédigé à Mont-
(1) MaaoMrit de M. dt Lagmére, dera Iftirtenne, tom. 2.
(*) MXU eitécfHe dans le lirre dê§ eoutuaief conserfées à Flidtelde-TtUe et sur urne grande peau de parchemin assez eodommagée. Le paréage fut confirmé , en 1325 , par Charles*le-Be] ; en 1329, par Philippe de Valois ; en 1360 , par le roi Jean ; un peu plus tard, par le duc d'Anjou ton fils, et enfin par Charles IV, en 1414.
flanquin une grande pancarte qui établissait que les maisons de Pouyparden, de Cannes, de Galard, de 6eraut et de Plieux étaient nobles. Auger d'Ândiran mourut peu après avoir recouvré la paix, et eut pour successeur Ârnaud-Otbon de Gizenove qu^on accusa d'être dévoué à TÂngleterre, mais qu'on laissa jouir paisiblement de sa dignité.
Les évéques de Rayonne n'étaient guère plus respectés que les abbés de Gondom. Là comme partout il y avait effort pour briser les langes de la féodalité ; la révolte y fut complète. Maynaut d'Akis ayant voulu prendre la défense de Tévêque, fut traîné devant l'assemblée et condamné par le jugement des cent jurats à avoir la main coupée et à être banni de la ville. Arnaud de Pauline et Jean de Casteljaloux protestèrent seuls contre cette violence , mais leur voix fut étouffée et U sentence mise à exécution. L'évêque, à son tour, lança une excommunication contre la ville. Après d'autres excès, on en appela de part et d'autre à Edouard et on se soumit à son arbitrage. L'évéque, le maire et quelques jurats passèrent la mer et se transportèrent à Londres.
Edouard donna sa décision (1) le 3 juin 1281. II condamna le maire et les jurats à aller le jour de la Nativité de la Vierge, fête patronale de Bayonne, de l'Hôtel-de- Ville à la cathédrale , en tunique, mais sans souliers ni ceinturons. Ils devaient porter à la main un cierge d'une livre au moins et le présenter à l'autel pendant que le prélat exposerait au peuple la cause de cette condamnation. Non seulement Maynaut d'Akis
(1) Rymer, tom. 1, pars secunday p. 192.
était rappelé, mais le maire, les jurats et tous ceux qui avaient trempé dans sa condamnation lui feraient une pension de deux cents livres Bordelaises et payeraient à Tévéque une amende de cinq cents livres sterling. A ce prix Tévéque devait révoquer les censures et absoudre les coupables. Ce jugement tout sévère quUl était fut accepté. L'évéque et les jurats promirent, le 5 juin, avant de s'éloigner de Londres , de s'y conformer. Cet évéque était Dominique de Mans ou de Mangs , successeur (1 ) de Sanche de Haitse et né à St-Sébastien en Espagne.
La protection d'Edouard s'étendit aussi sur les Juifs (2 ) que des vexations continuelles et d'énormes exactions forçaient d'abandonner la Gascogne et d'aller porter ailleurs leurs richesses et leur industrie. Le monarque les soumettait au jugement des légistes chrétiens, mais il défendit de les molester.
Quelques mois après, les habitants de Lectoure recoururent (3) à son patronage contre le sénéchal de Toulouse. A la suite de quelques démêlés au sujet de la forêt du Ramier {la ramar^ du Gascon ramo^ branche), le sénéchal les avait cités devant le parlement de Toulouse, et les Lectourois craignaient la puissance de leur adversaire. Ils en écrivirent au roi de France , et le prince anglais joignit sa prière à leur supplique. C'est tout ce que nous savons de cette aiîaire.
Eklouard cherchait surtout à gagner le clergé. Il donna (4) à l'abbesse et aux religieuses de Prouilhan dont la maison venait de s'élever aux portes de Con-
(1) GaUia Christiana. — (2) Rymer.— (3) Idem. — (4) Idem, et Bfâiraicrit dcM. de Lagutère.
dom vingt livres de rentes assises sur le port de Marmande, et en assigna soixante autres sur THôtel-de- Yille de Bordeaux pour les Dominicains de G>ndom. Il leva aussi les obstacles que trouvaient autour d'eux les Cordeliers de Lecloure (1), et leur permit de bâtir leur couvent sur la place de la ville. En même temps il transigeait avec Tarchevéque d' Auch sur les appels iqterjetés à sa couronne au sujet de la temporalité de Tarchevéque.
La Gascogne occidentale était alors euGore pins agitée que le reste de la province. Guillaume de Vins, évéque de Bazas, était mort en se plaignant que le roi d'Angleterre lui enlevait la justice dans la ville de Bazas. Les envabissements augmentèrent sous Hugues de Blanquefort , son successeur (2). Amaniea', aickevéque d'Aucb , en sa qualité de métropolitain, essaji de rétablir la concorde et de ménager un compromis; mais le sénéchal de Gascogne se porta à de nouveaux excès. Il fallut assem))ler un Concile provincial qui se tint à Aucb (3). Les évéques de Lectoure, d^Olenm, de Bazas, de Dax, d'Aire et de Gouserans s y trouvèrent en personne. Par respect pour la majesté royale, ils ne lancèrent pas contre les coupables la sentence d'excommunication dont les Canons frappaient les envahissements des droits et des biens ecclésiastiques. Mais avant de se séparer, ils écrivirent (4 février 1280) une lettre collective pour conjurer Edouard de réprioier ses officiers et de donner des ordres afin que Féglise de Baxas ne fût plus molestée. Cette lettre suspendit les perse-
(1) Rymer. -^ (2) GcUlia Christiana. — (3) Dont Brunies , Manuscrit de M. d'Aignan.
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cutions , mais les prétentions du monarque et de ses agents se réveillèrent bientôt. Edouard les soumit à Tarbitrage du roi de France ; et pour acheter la paix , Hugues se décida (1 ) en 4283 à admettre le monarque anglais en paréage de la ville, qui jusque là avait dépendu exclusivement des évèques. On prétend qu^Edouard, par reconnaissance, excepta Tévéché de Bazas du droit de régale.
Les regards de l'Europe entière étaient alors fixés sncJes Bordelais. Pierre d^Âragon avait enlevé la Sicile (4283) k Qiarles d'Anjou , et après quelques combats il chercba à endormir son cou rage et son activité, et lui proposa de vider leur querelle en champ clos. Charles, à Fâme chevaleresque, donna dans le piège malgré les représentations du souverain pontife. An 1*' juin, les deux champions devaient se rendre aux landes de Bordeaux avec cent chevaliers chacun , élus entre les plus hardis et les plus vaillants. Au jour fixé, Charles, accompagné du roi de France, son neveu, était sur les landes, et à la tête de ses braves se faisait remarquer Jourdain de Tlsle. Le sénéchal de Gascogne tenait sa cour (2); mais le roi d'Aragon ne parut point. Durant la nuit, dit le chroniqueur , il était venu au sénéchal avec deux chevaliers et il lui avait dit quMl venait acquitter son serment mais qu^il n'oserait plus demeurer pour la doubtance du roi de France\ et sous le prétexte de cette frayeur simulée , il avait regagné l' Aragon à marches forcées.
Néanmoins, Charles l'attendit huit jours encore, et
(i) GoXtia Chriitiana. — (2) Grandes chroniques citées par U. Laarenlie.
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le roi de France irrité de la tromperie se prépara à lattaquer lui-même. Le pape se joignit à lui, et déclara Pierre déchu de la couronne d^ Aragon , et la déféra à Charles, second fils de Philippe. Une croisade fut préchée. La plus grande partie de la noblesse de France voulut y prendre part. Elle avait à cœur de venger Toutrage fait à la chevalerie dans les landes de Bordeaux. Bientôt le roi de France s'avança vers le Roussillon avec une armée de quatre vingt mille hommes et de vingt mille chevaux. Au bruit de sa marche, Pierre brisa les fers du comte de Foix (1) et des autres seigneurs confédérés. Il crut les gagner à sa cause, mais le comte de Foix courut se ranger sous les bannières de la France. Les comtes d'Armagnac , de Bigorre, d'Astarac et de Tlsle-Jourdain s'y étaient montrés avant loL Enlisant attentivement un acte de Rymer (2), on dirait que le vicomte de Béarn, à la sollicitation du roi d'Angleterre, se prononça au contraire pour TE^spagnolet lui envoya des secours. Cependant la ville d'EUne avait été emportée d'assaut. On franchit les Pyrénées parle col delà Mancana. Le roi d'Aragon l'ayant jugé impraticable ne l'avait fait garder que par cinquante chevaliers. Le comto d'Armagnac (3) et Elustacbe de Beanmarchez , conduits par quelques religieux, gravirent la montagne à la tête de leurs milices, et en cliassèrent la garnison ennemie qui tomba tout entière sous leurs coups.
Philippe arriva enfin avec son armée sous les murs de Peyralade , capitale du Lampourdan qu'il assiégea.
(1) Dom Vaisselle, tom. 4. —(2) Tom. 1, pars secunda , page 225. —(3) Dom Vaisselle, tom. 4, page 45.
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Suivant le récit d'un auteur espagool (f), duraot ce si^e, Alphonse, fils du roi d'Ara^n, vint escarmoucher à la tête de cinq cents chevaux contre les gardes avancées du camp , composées de mille cavaUers. Il en tua six cents, et aucun n'eût échappé à ses coups, si les comtes de Foix et d'Astarac, le sénéchal de Mirepoix, Jourdain de Tlsle et Roger de G)mminges ne fussent accourus à la tête de toute la cavalerie du Languedoc. Pejralade et Figuières ne tardèrent pas à ouvrir leurs portes. Gironneoù commandait le vicomte de Girdonne, brave et habile capitaine, se défendit plus longtemps; mais après deux mois de tranchées ouvertes, les comtes de Foix et de Paillas, parents du vicomte, le déterminèrent à accepter une capitulation que le manque de vivres rendait indispensable. Le roi, pour récompenser lesservices du comte de Foix, lui abandonna le parcage de la ville de Pamiers. Ce prince avait été atteint de Tépidémie qu avaient engendrée les chaleurs sous les murs de Gironne, et qui désolait Tarmée. Il se traîna malade et affaibli jusqu'à Perpignan, et y mourut le 5 octobre <285 , après avoir reçu en grande dév^otion le sacrement de sainte église (2).
Le dunat de TKspagne fut encore fatal à Elsquivat, comte de Bigorre. Il tomba malade dans la petite ville d^Olithe en Navarre, où le service de la France le retenait. Il y fit (3) son tesument le 48 août 1282 , et y mourut trois jours après. Son frère Jourdain lavait précédé dans la tombe sans laisser de postérité. N'ayant pas lui-même d'enfants, il institua pour héritière sa
(i^Murtar, ch. 123. —(2) Grandes Chroniques de France. — (3) Marca, liv. 9, cb. 12.
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^oeur Laure qui épousa peu de mois après le vicomte de Turenne. En même temps il ordonnait que son corps iîit transporté à Fabbaye de FEscale-Dieu pour y reposer à côté des comtes de Bigorre, ses prédécesseurs.
A la première nouveUe de cet événement, GasUm, vicomte de Béam, accxmrut à Tarbes, accompagné de sa fille Constance , et y rassembla les états du pays. Il leur exposa les droits que les dispositions formelles de la comtesse Pétionille donnaient à sa femme, et par eUe à sa fille aînée. Jjes étals, après un mur examen, admirent (1) ses prétentions et cassèrent la clause du testament d^EIsquivat qui adjugeait le Bigorre à sa sçeur, comme contraire à une substitution ouverte; mais ils respectèrent toutes les autres. Ils laissaient ainsi à Laure la vicomte de G>userans et les terres de Chabannes et de Confolans. Ils exigèrent encore que Gaston et Constance jurassent l'observation de leurs fors ou privilèges, et qu^ils s'obligeassent à répondre devant qui de droit à ceux qui élèveraient des prétentions sur le comté. Ces préliminaires remplis, les barons prêtèrent foi et hommage à Constance le l'' septembre 1283 , en présence de Raymond- Arnaud de Coarrase , évéque de Tarbes, de Pierre, évéque d'Aire, et de Compain, évéque d'Oleron. Les communautés de Tarbes, de Bagnères, de Vie et d'Ibos hésitèrent. Leurs députés consultèrent les trois prélats y labbé de St-Pé, Arnaud-Guillaume de Benac et le commandeur de Bordères, GuillaumeGarsie de Tusaguet, et sur leur assurance, ils prêtèrent le même serment que la noblesse.
Les droits de la fille de Gaston avaient été ainsi so-
(1) Marca, liv. 9, ch. 13. Charles du Séminaire.
leimdleiiient ragunnus. La justice était en sa faveur, les sympathies publiques lui étaient acquises. Les forces des deux maisons de Béam et de Foix défendaient sa cause. Tout semblait devoir la rassurer sur Ta venir, et néanmoins toutes ces assurances étaient mensongères. Laure ne pouvait pas voir paisiblement une aussi riche sooœssionlui échapper, et prévoyant que ses tentatives seraient inutiles en Bigorre, elle s'adressa à Jean de Grailli, sénéchal de Gascogne pour le roi d'Angleterre^ fit sa protestation et demanda que durant le litige le prince anglais mit le comté sous sa main comme le voulaient les lois de la féodalité. Le sénéchal trouva Faffaire trop épineuse pour la décider lui-même ; il en référa sur-le-champ à Eklouard. Constance craignant qn^oo ne prévint ce prince contce ses intérêts , se hâta de passer la mer. Ce voyage la perdit. EUle ne croyait trouver de Tautre côté du détroit qu'un juge; die y trouva un compétiteur bien autrement redoutable que la vicomtesse de Turenne.
Edouard s'étayait de la cession faite à son père par Téglise du Puy. Seide et à la merci d'un puissant sou- ^vendn, la lutte était impossible. La fille de Gaston crut désarmer son adversaire en cédant de bonne grâce. ^e consentit ainsi à ce que le Bigorre fût placé sous la main de TÂngleterre. Le roi ordonna à Jean de Grailli de s'en saisir, et lui associa dans cette mission Géraud, évéque d'Aire. Le vicomte de Béam (<)le précéda k Tarbes. Il assembla de nouveau les états et leur ordonna du consentement de Péregrin de Lavedan, sénéchal de Bigorre pour Constance et de Pierre de
(1) Marca, Cbirtesdu Séminaire.
Bègole , son procureur spécial , d'dbéir désormais à r Angleterre. Il protesta en même temps qu'il réservait tout entiers les droits de sa fille. Le sénéchal, sans trop accueillir sa réserve, déclara qu'il venait simplement recevoir Thommage de la cour et la délivrance du comté. Les états y consentirent à condition que leun privilèges seraient conservés. Le sénéchal le leur promit en présence d'Âmanieu, archevêque d'Auch, de Pierre de Ferière, évéque de Lectoure , de Géraud , évéque d'Aire, de Raymond-Arnaud de Goarrase, évéque de Tarbes, de Caubin, abbé de St-Maurin, de Bonnel, abbé de TE^le-Dieu, de Géraud, comte d'Armagnac, et d'une foule de seigneurs.
Pierre de Ferière venait de monter sur le siège de Lectoure (i). Il était doyen du Puy en Vêlai et chancelier du roi de Sicile, lorsqu'il fut appelé à succéder i Géraud de Montlezun. Celui-ci avait admis le roi d'Angleterre au paréage(2) de Lectoure, et ne s'était réservé que la foire du lundi vraisemblablement ducamaval oa du carême. Le roi à son tour s'engagea à faire à l'église de Lectoure une rente annuelle de cent livres qu'il devait dans le délai de quatre ans asseoir dans le diocèse de Lectoure ou tout au plus dans la partie Au diocèse d'Agen, situé en deçà de la Garonne. Il s'obligeait encore à défendre et protéger les dîmes et les libertés de l'église de Lectoure. L'acte en fut passé dans la saUe capitulaire, le 5 mars <273, en présence de Thomas de Clare, d'Othon de Pardeillan, d'Othon de Lomagne, de Fortaner de Cazenove, chevaliers, de Pierre de Pommier, archidiacre de Lomagne, de Jourdain, archi-
(1) Gallia ChrisUana. —(2) GaUia Christiana, Inttrumenta. page 178.
diacre de Lectoure et des autres chanoines. Le cartulaire de Gimont mentionne Géraud de Montlezun en 1277. La même année nous le trouvons conférant, sur la présentation de labbé deMoissac, la cure de St-Nicolas-de-la-Grave à Hugues de la Yeychère. Deux ans plus tard il assista au G)ncile provincial d'Âuch dont nous avons parlé. Il fit bâtir la grande voûte et le choeur de la cathédrale, la grande salle du palais épiscopalet les maisons de plaisance de Ste-Mère, deSt-Clar et de Pessoulens. Malgré tant de travaux , il laissa à son église une grande quantité d'or et d'argent Le nécrologe de Lectoure place sa mort au 30 mars sans assigner de date plus précise.
Son successeur siégea encore plus longtemps que lui^ mais il résida peu dans son diocèse. Il habita presque toujours la cour de Naples. En 1 300 , nous le voyons établir Guillaume Mesquini , son vicaire-général, et le charger de distribuer les sommes laissées par son prédécesseur. Il transigea la même année avec Guillaume, abbé de Moissac, au sujet des dîmes et des prémices de la paroisse de Motet dans son diocèse; mais quelques difficultés s'étant élevées, Pierre de Ferière n'en vit pas la fin. Raymond II qui le remplaça ratifia la transaction. Quoiqu aucun titre particulier ne parle plus de Raymond, on croit qu'il prolongea son épiscopat jusqu'en 1307.
Géraud ( 1 ), évéque d'Aire, avait reçu l'onction sacrée presqu'en même temps que Pierre de Ferière. Il était chapelain du roi d'Angleterre; et soit que la faveur d'Edouard l'ait porté sur un siège plus élevé, soit que
Ci) Gallia Chrùtiana, loni. 1. Manuscrit d'Aire.
la mort Fait frappe peu après son sacre , toit enfin cpie son autorité imposée par T Angleterre n'ait été reconnue que momentanément, il fut remplacé Tannée suivante par un second Pierre que quelques-uns confondent avec le précédent , en refeunt Tépiscopat de Géraud. L'existence du dernier Pierre ne saurait être mise en doute. Le comte d'Ârmaguac le fit un de ses exécuteurs testamentaires.
Ce comte avait dans sa jeunesse prêté à Arnaud* Cuillem, comte de Pardiac, six mille florins d'or et avait reçu en engagement la sixième partie du P^rdiac. Plus tard, Amaud-Guillem avait voulu se libérer, mais Géraud ne voulut entendre à aucune proposition, et prétendit garder le comté. On en appela k la justice, et comme sa décision était trop lente, on courut aux armes. Entre seigneurs et surtout entre comtes presque souverains, c'éuit quelquefois le premior et presque toujours le dernier ressort Après des excès rëdproqnes, les comtes de Gmiminges et d'Astarac s'interposèrent, et sousleurs auspices 3*fut réglé en 1281 (1) que Géraud rendrait le comté, excepté ce qu'il y aurait acquis personnellement, et que néanmoins et lui et ses successeurs pourraient prendre le titre de comtes de Pardiac, mais qu'aussi Amaud-Guillem au lieu de six mille florins ne lui en compterait que mille. La transaction fat acceptée en présence de deux arbitres et de Raymond de M ontesquiou, seigneur de ce lieu, et de Bernard de Marrenx, seigneur de Montgaillard.
Bernard de Baulat s'était montré parmi les chenliers les plus dévoués au comte d'Armagnac , et l'avait
(1) Manuscrit du Séminaire.
suÎTi dans presque toatesses exp^itions» Gëraud pour Tëoompenser ses services, lui donna la terre de Boulouch dans Peyrusse- Vieille, et Tagrandit de quelques biens ùtués aux environs de Mareiac. Il y ajouta la justice haute, moyenne et basse, et ne réserva que le haut domaine. L'acte en fut dressé le 6 mai 1278 (1), en présence deRamond de Montesquiou, baron d'Ânglès, de Pierre de Baulat, bayle de Vie, et de Bernard, bourgeois, sénéchal d'Ârmagnac. Deux siècles plus tard, Bernard, le second fils du connétable d'Ârmag:nac, du consentement de Jean, son frère aîné, confirma cette donation, celle de Montagut et du Gouloumé, en faveur du seigneur de Montaigut. Il payait ainsi les services que ce seigneur et ses aïeux avaient rendus aux comtes d'Armagnac et de Pardiac Cette confirmation fut octroyée au château de Peyrusse -Grande, le 8 mai 1 424 (2). Elle eut pour témoins Jean de Bascoles, Jean de Montlezun, seigneur de Sé^illes, Diodat d'Héral, chevalier de St-Jean-de Jérusalem, et Odoart de FerraguL Géraud avait pour écuyer et pour damoiseau^ Arnaud de Béon , qui eut part à ses libéralités. Le comte lui donna la terre de Castets dans Tarchidiaconé des Affites. L'acte en fut dressé au château de Vic- Fezensac , le 28 avril 1284, en présence de Raymond de Montesquiou , d'Arnaud de Marrenx et de Pierre d'Antin.
Quelques mois avant la donation de Boulouch, (27 février 1277), les Templiers d'Ayguetinte et l'abbé de La Case-Dieu se disputaient Lézian. Après quelques débats, ils laissèrent le jugement a Raymond de Les-
(1) Charle imprimée. — (2) Charlc» du Séminaire.
cout, bayle de Jegun. Celui-ci partagea Lezian entre les parties belligérantes, et condamna Bernard d'Qssun, supérieur, prœceptor^ de la maison d^Ayguetin te, à payer à La Case-Dieu cent quatre-vingt sols Morlas. Bernard d^Qssun avait sous sa discipline trois frères du Temple. Sa maison dépendait de la commanderie d^Argenten, dans le diocèse d'Agen. Pierre de Sombrun qui la possédait ratifia la transaction.