‹ Histoire de la Gascogne (volume 4)Chapitre 4 sur 33 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Benurd àt Ste-Ghriit\e , M^ de Bijomw, ^itie à rareheTèdié i'hMà. -^Trmki le Lakur. — GaUoi , Tienite de Bétn , — Ses Matien , — ta expMb « Et^e.-'Mert de St-Bertraid, én^ de Geuiifet. — Miri de Benird m, eeite de Couii|es . — Benird IV , ui (ils , penide teit le enté. — taUe , eoite de Biferre. — NoBTeaoi eipleits de Gutei de B&n, ^ Si lert. — Frinehise^ di Vm et de li Giseo{ie , inl^rienret m friiehiseï da rate de U

Le ciel lui destinait un successeur digne de lui dans Tévéque de Rayonne, Remard de Ste-Christie (1). Ber^ nard appartenait à la maison d^Astarac, dont quelque rameau ayait eu dans son héritage une des trais terres qui portent ce nom dans notre département , et Payait transmise au prélat. Dans sa jeunesse il ayait dit adieu au monde, et pour mieux se soustraire aux dignités que sa haute naissance eût pu lui attirer dans son pays, il abandonna la Gascogne et alla demander Thabit de St^Renoltà Fabbaye d^Aleth en Provence, érigée depuis en évéché. Mais souvent, plus nous cherchons à nous dérober aux hommes , plus le ciel se plaît à nous montrer à leurs regards. Le prédécesseur de Raymond, Guillaume de Montant, n'avait pas vu sans regret s'éloigner de son diocèse un jeune seigneur qui promettait

(1) Gallia Chriiîiana, Dom Brugellcs , M. d'Aignan.

d'en être un des ornements. Il se hâta de rappeler le fervent religieux et de le fixer près de lui en qualité de vicaire-gënëral. Cest la première fois que nos chroniques se servent de ce nom. Sans oublier les vertus du cloître, Bernard sut y joindre cette douceur et cette indulgence qui les font aimer, et qu'inspira presque toujours aux belles âmes la connaissance des hommes. Chez lui, elles étaient soutenues et rehaussées par une science bien rare à cette époque , car après les ténèbres des invasions Normandes les premières lueurs de Taurore commençaient â peine à se répandre. Lexii* siècle traînait encore vers sa fin:

Tant de mérites ne pouvaient pas demeurer toujours dans un rang secondaire. L^église de Bayonne était veuve d'un Guillaume qui avait succédé à Raymondle- Jeune , et dont un prêtre estimable (1) qui nous a généreusement livré le fruit de ses travaux, a retrouvé la place et le nom. Des maux sans nombre avaient pesé sur elle , et malgré leur zèle actif, deux prélats, durant une administration assez longue, n'avaient point fermé toutes ses plaies. Ce bonheur était réservé à Bernard. Ârsius Racca, le prédécesseur de Raymond, avait fait un dénombrement (2) qui fixait les limites du diocèse. Bernard fit ratifier cette délimiution par le pape Paschal II, en 1 106. La vallée de Thèse jusqu'à la Croix de Charlemagne , la vallée de Baygorry,la vallée d'Arbevue , la vallée d'Urdache , la vallée de Bastan jusqu'au milieu du passage de Belat , la vallée de Lerin , Emani et St-Sébastien de Pusique jusqu'à Ste-Marie d'Acost et Ste-Friane, formaient le diocèse

(1) L*abbé Henjoulet. — (2) Manuscrit de Ba jonne.

Mo HisToiaE

sous Arsius. Paschal II y ajoutait Téglise de Ste-Maiie-

de-Maye dans le Guipuscoa.

Durant Tépiscopat de Bernard , sa cathédrale reçnt de Fortunio Sanclie (1), vicomte de Labour, la moitié de la ville, depuis la porte du midi jusqu'à celle qui conduit dans le port. Ce même vicomte et Sans-Carsie, son gendre , y ajoutèrent plus tard la dime du port et de tout le péage , revenu dont le chapitre de Bayonoe a joui jusqu à ces derniers temps, et que lui avaient conGrmé, en 1694 et 1698, deux arrêts du conseil d'éut.

La maison vicomtale de Labour n a guère laissé que son nom dans Thistoire. Fortunio Sanche (2) , le premier que nous connaissions et que nous retrouvons id devait être alors dans un âge très avancé. Il n'avait eu que deux enfants. Ramire, son fils, entra dans Téglise. Reine Torte(reg^//2afo/ta, reine boiteuse), sa fille, devenue ainsi son héritière, épousa Sans-Garsie et en eut un fils nommé Garsie qui succéda à sa mère d ans la vicomte, et ne laissa d'Urraque sa femme qu'un fils Bertrand, un peu plus connu que ses prédécesseurs.

Bernard gouvernait le diocèse de Bayonne depuis près de 38 ans, lorsque les vœux unanimes de ses concitoyens le rappelèrent à Auch et le placèrent sur le siège métropolitain. Un si long épiscopat n'avait épuisé ni son zèle , ni ses forces, et pour Taccomplisseraent de ses devoirs il sut retrouver l'activité de ses jeunes années. Le déplorable procès entre le chapitre et les moines de St-Orens se traînait encore , et , il faut Fa vouer,

(1) Manuscrit de Bayonne et Gallia Christiana, instrutnenta. -(2}0i!iénarl, page 5H.

DE LA GASCOGNE. i\i

les variations de Rome ne pouvaient que Talimen ter. Celase II jugea en faveur des moines le 8 décembre 1<<8; et le <5 avril 4220 Calixte II, successeur de Celase, à la demande de Bernard, laissait pleine et entière liberté au chapitre d'ériger son cimetière. Fort de cette décision qu il avait provoquée , Tarchevêque s^empressa de bénir de nouveau le lieu choisi, et convoqua pour l'assister Guillaume de Tarbes, Bertrand deG)nvennes, Jourdain de Couserans et Guillaume de Lectoure ; mais pendant la cérémonie (1), voilà que les moines dépouillent leur froc, prennent le casque et le hautbert, et suivis d'une troupe de cavaliers et de fantassins, ils s'introduisent précipitamment dans la ville, pénétrent dans les maisons voisines de la métropole et y pillent ou y enlèvent tout ce qui tombe sous leurs mains.

Enflanunés par ce facile succès , les étranges fils de St-Benoit se précipitent sur l'église et font pleuvoir une grêle de traits dont un va derrière l'autel atteindre mortellement, sous l'aisselle gauche, le page du vicomte de Latour, dont un autre expire aux pieds de Tévéque de Tarbes qui chantait la messe , et dont un troisième lancé d'une main plus sacrilège, perce le corporal sur l'autel même. On s'empresse aussitôt de toutes parts et on force à la retraite ces furieux qui, en s'éloignant, tentent d'incendier l'éghse, alors construite en bois. Une cause défendue par tant de violences était à jamais perdue. Calixte, peu de jours après, assembla à Toulouse un Concile qu'il présida en personne et où assistèrent l'archevêque et ses sufTragants. On produisit le corporal

(1) CarluUire d'Auch, Dom Bruxelles, M. d'Aignan.

et la (lèche accusatrice. Il nVn fallait pas autant poar faire condamner les moines et assurer à la métropole une sentence favorable. Ainsi finit^ au milieu des plus déplorables excès, une lutte de 80 ans, la plus longue et la {Jus triste dont les annales de notre métropole aient gardé le souvenir.

ti'année qui suivit ce triomphe , Bernard réunit i Âuch le clergé de son diocèse, et convoqua avec lui les évéques, les abbés et les principaux seigneurs de la province. Il voulait consacrer devant eux Téglise même bâtie par Austinde, avec une pompe qui fit oublier les dernières scènes. Pour donner plus d'éclat à la sotennité, on y porta des lieux où ils recevaient les hommages des fidèles, les corps de St-Cerat , de St-Julien, de Ste-Dode , de St-Maur , de St-Justin, de St-Frix, de St-Luper, de St-Austregisilde et de St-Sauvy (<). Le concours fut immense. On se pressait de tous côtés sur les pas des saintes reliques , et, au rapport des témoins oculaires, de nombreux miracles signalèrent ces translations. Jamais sans dpute cérémonie plus imposante n'avait frappé les regards des Auscitains. Elle eut heu le 12 février H2<.

Ces soins pieux ne remphssaient pas tous les moments de Bernard de Ste-Christie. Sur le siège de Bayonne il avait vu de près les dangers dont les Musulmans d'Espagne mei;iaçaientr Aragon et la Navarre. Evéque, plus d'une fois il avait prêté secours à Alphonse-le- Batailleur contre les Infidèle^. Devenu métropolitain et par là plus puissant , il lui prêta une assistance plus grande (2). Il parait même qu'il conduisit en personne

(1) Cartulaire d'Auch. Dom Brugclles, Preuves, page 30. M. d*Aignan. — (2) Les marnes.

ses renfisrts dans la Péninsule, et que peu content de braver ses &tîgues, il ne craignit pas d'exposer ses jours aux hasards des combats.

Mais nul ne servit la cause du prince Elspagnol comme Gaston de Bëam. Depuis le serment de Djosse la lai^ et rude ^>ee du héros de Jérusalem s'était abattue sur Navarre (1), vicomte de Dax, fils et héritier de Raymond Arnaud. Navarre, d'un caractère violent et emporté, avait trempé ses mains dans le sang de Garsias-Marre, son cousin, qui, aussi violent que son meurtrier avait lui-même tué en duel un de ses proches. Les deux meurtres reçurent leur expiation selon les mceurs du temps. Navarre donna à la cathédrale de Dax, Banoles, et son cousin la moitié de la dime de St^Vincent-de-Salies. Mais cette expiation ne protégea pas^us le vicomte de Dax qu'elle n'avait protégé sa victime. La justice divine qui avait conduit Garsias sous ses oonps^ préparait à celui-ci un vengeur dans Gaston ; Navarre alluma lui-même cette vengeance.

Toujours remuant, il se pritde querelle avec Arnaud, archidiacre de Dax ; il Tattaqua à force ouverte, le fit prisonnier et le contraignit à lui payer une rançon d'environ 5,000 sols. L'archidiacre tenait d'assez près au vicomte de Béarn qui s*empressa de venger l'injure fiiite a son parent. Il arma ses vassaux et alla à son tour attaquer le vicomte de Dax.. Navarre se défendit avec courage, la lutte s'échauffa et agita bientôt toute la Gascogne. Mais enfin le sort des armes fut favorable à Gaston. Dans un dernier combat il défit son ennemi et le tua de, sa main ; il conquit même un instant la

(1) Oihénart, l'Art de vérifier les dates, Uarca, page 400. Il, 8.

vicomte, qui toutefois ne tarda pas à retourner aux enfants de Navarre. Le pap seul de Mixte et d^QstalMit resta entre ses mains (1 ). Du moins c e n^esl qae deoecte époqu^ que nous le trouvons réuni au Béara; et pour le contenir, il fit élever le fort de Montgiscard, souvenir vraisemblablement de la Fouille quHl avait travenée et du célèbre Robert Guiscar. En même temps,. pour y faire aimer sa domination, il y établissait les forts de Morlas. Après cette victoire , les aimales du Béam se taisent sur les exploits de Gaston , mais ce silence est largement réparé par les chroniques Espagnoles. Noos abrégerons leurs longs récits.

En 1114, Âlphonse-le-Batailleur voulant assi^er Saragosse , fit un appel aux seigneurs Gascons. Gaston de Béam, le comte de Comminges, Centule, comte de Bigorre, Pierre, vicomte de Gavarret, TévéquedeLescar, Âuger de Miramont, Arnaud, vicomte de Lavedan qui épousa au delà des Pyrénées Dona Oria, comtesse de Paillas , accoururent à sa voix (2). Rotrou , comte du Perche, y mena de nombreuses bandes fimnçaises. Malgré des forces aussi considérables, cette première expédition se borna à la prise de Tudèle , des dissentions intestines ayant forcé Alphonse à ajourner son entreprise. En 1 1 18 , il appela de nouveau Gaston (3) qui rassembla autour de lui une armée considérable composée de ses vassaux et des seigneurs voisins et passa avec elle les Pyrénées. 11 alla camper vers le 1 5 mai, près d'Ayerbe, et prit d'assaut la ville d'Almodevar, quoique bien fortifiée et défendue par une nombreuse garnison qu'il fit toute entière passer au fil de Tépée.

(1) Marca , liv. 5, ch. i5. —(2) Surila, llv. 1 , ch. 41. Marca, lir. 5, ch. 18. — (3) Surit<i, liv. 1, Annales, ch. 44. Marca.

liE LA GASCOCifE. 11 S

Ce succès et la sévérité? cpii Vavait suivi opouvautèrem tellement ceux qui jadis avaient temi ferme daiw les places voisines^ qu'ibi les abandonnèrent et les laîs^ séreoi sans d^fen^^ Gaston^ aprè«s'en être renda mai* tre, passa VEbre sans obstacle et alla assiéger Saragosse^ qu'il pressa de toutes paris- Après liuit jours de trancbëc il emporta (1 ) les tau])ourgs et tous les dehors jusqu'aux murs de la viUe^ Alphonse, averti de ce progrès , Accourut en toute hâte et donna une nouvelle activité au siège. Une armée Maure essaya de secourir la place, mais voyant la sagesse des dispositions qui prorogeaient les assiégeants elle n'osa rien entreprendre et se retira de nuÏL Le 10 octobre suivant, une seconde amitOe accourue avec des forces considérables, ayant attaqué les ligues cli rétien nés , fut complètement défaite et laissa sut le champ de batuitle le fils du Miramoliu avec U plus grande partie dc ses soldats. Huit joui^ aptes cette défaite, les assiégés ouvrirent leurs portes au vainqueur,

Alphonse^ pour récompenser le vicomte de BéarD, lui donna le titre de premier ricorabre ou pair d'Aragon avec la seigneurie de Sara gosse {2). Cette seigneurie ne comprenait toutefois que le q lartier occupé par les chrétiens et se bornait presqu'à la paroisse de l'an^ cienue et célèbre église de Notre-Dame Del Pilar. Encouragé par CCS bienfaits^ Gaston s attacha de plus ea plus à Alphonse et le suivit dans ses expéditions. Tarra^ goue^ Catalayut (ranciennc BitbtUs) et Darroca tombé' cent successivement sf>us leurs coups* Celte dernière

(I) 8iiril«. ïdarai pi»j?c 410. — ;i; Los iaèm<^.

place ne se rendit qu^après une bataille sanglante où le vicomte de Bëarn se couvrit d'une nouvelle gloire (1).

Quand Theure du repos fut venue, le roi de Castille traversa les monts, non comme le prétend Surita pour poursuivre le cours de ses triomphes ou faire valoir des prétentions, mais pour visiter Gaston et le pajs d^où tant de bras s'étaient armés pour sa défense. Il vint (mai 1122) dans la ville de Morlas (2) où résidaient alors les vicomtes de Béarn. Centule II , comte de Biçorre, le frère utérin de Gaston et son compagnon d'armes, y parut aussi et y prêta hommage à Alphonse. Il reconnut tenir de lui le comté de Bigarre et ce qvLÛ pourrait acquérir dans la suite (3). Â ce prix, il obtint du roi d'Elspagne la ville de Rhodes près du Xalon, la moitié de la ville de Tarragone avec ses dépendances et une pension de 2,000 sols Jacques. On lui promit aussi la cité d'Albarasin lorsqu'elle serait conquise sur les Maures et quelques autres avantages.

Dès que le printemps s'ouvrit, la guerre se réveilla en Elspagne. Gaston y prit une part active; mais avant de s'éloigner de Morlas , connaissant les dangers qui l'attendaient , il voulut se rendre le ciel favorable. U restitua (4) au prieuré de Ste-Foy la terre du bouig de St-Nicolas avec la rue qu'il y avait bâtie et le cens que lui payaient les habitants. Plus tranquille alors, il rejoignit Alphonse et combattit à ses côtés dans les royaumes d e Valence et de Grenade, et dans l'Andalousie. Enfin, ils allèrent attaquer ensemble G)rdoue, le boulevard des Musulmans. Dix de leurs rois avaient

(1) Surita, Marca, Briz Martincz, Ordine Vital. — (2) Surita, Marca, p. 417. — (3) Surita, ch. 46, Marca, Manuscrit du SémiDaire d*Auch. — (4) Charte de Morlas, Marca.

^ volé à sa défense el joint leurs étendards aux l>aniitères dtiroide Girdoue. Us offrirent la bntaille aux chr^tienâ qui laccepierent «vec joie et remporièrem sur eux uue Lntaille plus complète que les préc<5deiites< Après cette journée, ûÙ il soutint sa haute réputation deTaillaiice(l), le vicomte de Béaru ^virait avoir résidé quelques années en Espagne, soit dans sa HcomLrerte de Saragosse^ soit à la cour d' Alphonse. Nous le voyons durant ce temps paraître au conseil du roi ou signer les actes de sn munîGcence,

Il n^était point rentré dans ses états^ lorsqueTarchevêque d'Aucli^ Bernard de Ste-Christie, termina sa longue carrière. Il mourut en H 26 en odeur de sainteté et fut enteiTé dans Téglise de Ste-Marie, près de Tautel quWaient héni ses mains vénérables^ S^il faut en croire le cartulaire d'Aucli (2), plus d'un miracle ojwîrésur sa tombe vint attester que sa mémoire n était pas moins précieuse devant Dieu que devant les hommes,

La religion venait alors de perdre parmi nous une autre de ses gloires. St- Bertrand gouvernait le Comminges depuis près de 40 ans» Durant uue visite pastorale, il fut atteint d'une fièvre violente qui le força de rentrer au plus vite dans sa ville ëpisoopale. Sou mal s aggrava et ne laissa bientôt aucun espoir. Mais plus il approchait de ses derniers moments , plus s'acm»isfiaient sa ferveur, sa piété et surtout sa confiance en Marie. Il se fit porter par les chanoines aux pieds de lautel de la Vierge , patronne de sa cathédrale (3), et y mourut entre leurs bras après avoir donné à son

(Dâuritâ^cb. 47. — (â)Voir Dom Bru^lles et &I. d'Atonal!. — (3) Yk muuKritc do Si-Bi^mand ^ Dlbliothèque du fiémîtuilrc*

clergé, avec sa dernière bënëdiction, depieiucetsalutai^ i*es avis. Cétait le 16 octobre 1 1 !^ ou 1 124. Lesmin-' clés qui avaient signalé sa vie , continuèrent après ai mort. Us ont été recueillis par un auteur contemporain^ né dans le Gomminges et habitant le diocèse d^AucL Nous ne citerons que ceux qui se rattachent aux moems de Tépoque.

Un homme qui avait été connu particulièrement du saint fut jeté par un chevalier au fond d^une tour oA plusieurs chaînes rattachaient à une pièce de bcHSr Bientôt il se sentit dévorer par la vennina Dans son délaissement et ses souffrances il se recommanda & la protection de St-Bertrand qu'il croyait au nombre des bienheureux. La vermine disparut aussitôt et, quelques jours après, le saint lui ayant apparu le délivra de la prison. Un homme nommé Arnaud , enfermé dans le château de Campan, et trois pauvres enfants, qu^un chevalier avait plongés dans un cachot, furent délivrés de la même manière. Un chevalier nommé Pierre, mit un homme en prison et le chargea de chaînes. Ajoutant Tinsulte à la cruauté , il disait k son prisonnier que St-Bertrand était tout-puissant pour rompre ses fers, quHl pouvait s'adresser à lui avec confiance. Le malheureux captif Payant fait, le saint vint briser ses chaînes et le conduisit lui-même hors de la prison. Transporté de reconnaissance, cet homme vola au tombeau de son libérateur et publia partout le miracle.

Une vieille tradition (1) raconte encore le fait suivant, que nous sommes loin de garantir. Bertrand était revêtu du caractère de nonce apostolique , lorsque les

(1) Vie mmmcdiê, Manuscrit sur le Bigorre, Harca.

DE LA CÀSCOG^t^ 119

Tiabîtants de la vallée d'Azun maltrailéreni quc^uesuna de leurs voisins. A cette nouyelle, le saint se transporta chez les ng^esseiirs et les exhortn A réparer les dommages. Non setdement sa voik fut méconnue, mais tandis qu'il prt^chait, les habîtantâ de la paroisse d^Azun portèrent la brutiilité jusquà couperla queueà lamide qui lui servait de monture, Bertrand^ forcé de sortir de la vallée, la frappa d'interdit. Aussitôt les arbres perdirent leurs deurs et leurs fruits, la terre ne porta plus de semences T les femmes et les femelles des bestiaux deriurent stériles. Le fléau dura cinq ans. Domptés par leur malheur» les coupables vinrent demander pardon. a St* Bertrand et s'obligt^rem a donner annuellement à r^fîlise de Corominges le beurre qu'on ferait dans la vallée durant la semaine de TAscension. Quoiqu'il en soit de ce fait, la redevance fut payée jusqu'en 1 790*

Le souvenir de Bertrand remplit lu vallée de Bârousse On y montre le rocber qui, détaché de sa base^ obstruait la route , et que la voix du saint fil rectder |)OUr laisser le passage libre aux voyag;eurs. Dans la nef de la cathédrale on voit appcndu le squelette d'un lézard OU crocodile, dont on assure que le saint délivra le poys. Ce monstre dont les cris ressemblaient aux Viigissenicuts d^un enfant, avait^ diton, choisi sa retraite datis le quartier appelé de La bat, et dévorait ceux que la pitié ou la curiosité attirait près de son antre, St-Bertrand le mena comme un a^ieau stu: la place de la Cité où il expira. Dans la sacristie on garde la corne du saint, son anneau pastoral , ses gants , ses sandales et sa chappe, magnifique brocart d on

On croit que le ppe Alexandre III , élevé sui la chaire de St-Pierrc en 1 1 59 , lui déféra les honneurs

i20 HISTOIRE

publics de la sainteté. Le nécrologe de la ûtse-IKeil porte expressément que Guillaume d'Andofielle, ardie^ véque d^Auch son neveu , le fit canoniser , eumjecà canonisari. Clément, à qui Ton attribue généralement cette canonisation, ne fit que relever de terre le oorfM. On le garde dans une châsse d^argent, achetée en h 748 par les libéralités du clergé de Gomminges. La téie, garnie de presque toutes ses dents, est dans un basie d'aïqgem , ornée de la croix pastorale de Mc^ Barthélémy Douadieu, mort en odeur de sainteté au commencement du XVII* siècle. Ce buste est promené dans la ville dans certaines processions générales^ La châsse ne parait qu'à l'ouverture et a la clôture du jubilé périodique de St-Bertrand. Un bénéficier de Comminges ayant arraché quelques dents du chef, le chapitre ne lui pardonna point une dévotion aussi outrée, et le fit condamner à être fustigé par le viguier autour du cloître (1); ce qui fut exécuté sans miséricoïda Nul nom dans nos Pyrénées n^est aussi populaire que celui de St-Bertrand \ et toutefois, le fait est assez étrange pour que nous en fassions ici la remarque, aucune ^lîse ne lui est dédiée non seulement dans le diocèse dont il fut longtemps la gloire , mais peut-être même dans toute la Gascogne.

Bernard III, comte de Comminges, avait précédé dans la tombe son premier pasteur. Il était mort vers Tan 1 1 20 et avait laissé plusieurs enfants sous la tutelle de Fortaner, son frère. Bernard IV (2), l'un d'eux, ne

(1) Vie manuscrite de St-Bertrand; elle était destinée à voir le jour. — (2) La Généalogie des comtes de Comminges est pleine d'obscurités. Les Grands Officiers de la couronne, TArt de vérifier les dates et dora Vaîsscttc ne s'accordent ni sur le nom , ni sur le rang

DE LA GASOOGVe. 12 {

tarda pas à rëunir entre ses mains les parties depuis si longtemps éparses d'un pays assez borné; preuve manifieste qae Fortaner et tous ses autres neveux étaient Biorts sans enfants. Il possédait seul le comté en 1 1 30. La haine qui divisait sa famille et la maison de Bigorre s^était réveillée plus ardente que jamais sous un de ses parents, et vraisemblablement sous son père. A son instigation, Sans Garsiè d'Aure refusait à Centule, comte de Bigorre, Thommage qu^Odon , père de Carsie, avait rendu au père du comte. Centule recourut à la force et obligea son vassal à reconnaître ses lois. Arnaud Laudic (1), parent du rebelle et le comte de G)mminges, qui avaient épousé sa querelle avec chaleur , furent si piqués de cette soumission , qu'ils armèrent leurs vassaux et provoquèrent Carsie à un combat. Mais Centule étant accouru à son secours, ils n'osèrent point se mettre en campagne, ni se rendre au lieu assigné. Laudic offrit d^ester à droit par devant le comte de Bigorre, et le duel fut ordonné par la cour du comte entre Sans Garsie et Laudic Celui-ci, au mépris de ses ofires, dédina la sentence, abandonna à la discrétion dtt comte les otages qu'il avait donnés et n'en poursuivit pas moins vivement son ennemi qu'il chassa de la l^lPée de Larboust Centule, pour dédommager Garsie, À bâtir le château de Laubespin et le lui donna ; mais malgré ce don, Garsie ne tarda pas à se réconcilier avec son cousin. Le comte, à qui ce projet avait été caché ,

de cet fdgnean. Nous avons adopté le sentiment de Dom Vaitsette. L'historien do Languedoc est plus explicite et parait avoir mieux débrouillé ce cahos que ses doctes confrères.

(1) ManuKrit du Séminaire d'Aucli, Marca, p. 816.

demanda qu^on lui remit son château. Le seigneur d^Aure, sans se presser d^obëir , se rendit en RgcMrre avec Raymond d^Aspect, prêta de nouveau serment de fidélité et obtint que le château resterait entre ses mains, après toutefois avoir donné douze otages et promis de le rendre à la première réquisition du comte, en colère ou non, irato vel non irato.

Garsie, comme la plupart des seigneurs de son époque , était inconstant et léger. Peu de jours apris , il s^accommoda avec le comte de Gomminges, ennemi déclaré de Gentule, et se retira sur ses terres. LeccMnte de Bigorre requit Févéque et le comte de Gomminges d^obliger Garsie de lui rendre son château. Kévéqne ne voulut pas employer les foudres de Féglise et le comte protégea hautement le coupable. La querdie s^envenima et on arma de part et diantre. Gaston de Béam, rentré alors d^Espagne, embrassa la cause de son frère et lui envoya des secours sous les ordres de Sans Parra d^Oltia, chevalier de la vallée d^Âspe. Cet officier ravagea le pays de Gomminges (1) , et s^étant approché de la cité, it enleva des bestiaux appartenant à Tévêque. St-Bertrand, car c'éuit lui-même, alla en personne les réclamer, mais Parra répondit que n^ajant fait que cequilui était permis parle droitde lagneffie, il n'était tenu de les relâcher qu'autant qu'on lui en paierait la juste valeur. Le saint insista et assura le général de la part de Dieu qu'il serait récompensé de sa générosité avant sa mort. L'auréole de sainteté qui environnait le prélat donnait du poids à ses paroles ; Parra se laissa gagner et rendit les bestiaux.

(1) Vie manuscrite de St-BertraDd.

^ DE LA GASCOCIIC. 12}

Nous ignorons , €l nos lecteurs ne s'en étonneront ]>oi n t, les au ttes événemen ta d e ce t tP ffuerre. N ous sa vous seulement que les deux comtes étant allés à la cour d^Âiagou, y trouvèrent Laudic qui s'était rendu vassal du roî^ et Sans Garsie, qni a leur vue implora la protection du prince contre Ce n tu le. Alplionse, sur les plaintes de ce dernier^ ordonna un duel ^ et statua que siceduel était contraire à Gande,soncorps5eraityb{/iïft, Ê^est'A-dire que sa vie et son honneur seraient à la discrétïou du suzerain irrita. Le seigneur d'Aure n'osa pu en courir les ristjues. Il atma mieux se soumettre» remit le château, prêta encore hommage et don na des otages pour assurance qu'il servtfïttX^entule contre tou^ les hommes du monde. Cette nouvelle promesse ne fut pas mieux gardée que les précédentes* Centule ayant été f»ii prisonnier, on ne sait en quelle guerre ni en ipielle occasion , Garsie ne vint pas à son secours j mais en revanche, quand le comte eut recouvré sa lihcrté, il réitéra ses protestations en présence ({) d'Arnaud de LAvedaUf d*Auger des Angles, d'Odon de Denac, de Fortauer d'Asté, deRamond d'Elvilar, ou plutôt de Viéla* Odou d'Aure , fib de Garsie^ rendît en même temps hommage pour toutes ses terres.

I Le frère de Centule de Bigorre , Gaston de Béaru , npiâlait son retour d'Espagne par des fondations pieuses. Le 6 avril ^^^7t de concert avec TaU-^e sa ft^mme etCeutule son CIs^ il bâtit le monastère de Saubalade (2) dans le diocèse de Lescar, et le donna aux Cisterciens. 11 le dota du territoire de Sa u balade, alors

(!) Miuu5crit du Séminaire d'Aucb, ~- (2) Cl];irlcs> Silv« Lau*

vaste forêt comme son nom Findique (de sjrU^d kUdj^ et y ajouta cent sols de rente, trente gourbillons, c'està-dire cent cinquante conques de sel à prendre au lien de Salies et soixante barri ques de ddrequ'il aasignasdr toutes ses terres. Guy de Lot , évéque de Lescar, Fortaner d'Escot, Garsias de Monens et une foule d'autres seigneurs signèrent cette donation avec le yicomie. Malgré Tadhésion de son évéque, le chapitre de Lescar y mit quelque opposition, mais il se désista quand le noor veau monastère eut promis le tribut d'une livre d'encens & la cathédrale et une snbjection spéciale au prélat.

Gaston reprit peu de jours après le chemin de fat Péninsule, laissant le gouvernement de ses états à Geotule son (ils, et conduisant (1) sous ses bannières une foule de guerriers nés dans les provinces "^oisines des Pyrénées. La prise de Molina est le seul fait d'armes qui nous soit resté de cette campagne. En 1130, Alphonse, on ne sait trop pourquoi, vint assi^er Bayonne. Martinès (2) nous montre près de lui les comtes de Béam et de Bigorre, mais il est peu vndsemblable que le premier ait paru dans les rangs de l'armée Elspagnole. Nous préféronsl'autorité de Ferreras. Celui-ci prétend que tandis qu'Alphonse assi^eait Bayonne, Gaston et Tévéque de Huesca défendaient ses états contre les Sarrasins de Lérida, de Tortose et de Valence qui voulaient profiter de l'absence du prince pour y pénétrer. A la vue des ennemis, les deux généraux n'écoutèrent que leur courage, et malgré l'ia^lité des forces, ils acceptèrent une bataille rangée, où ils périrent après des prodiges de valeur; on croit même

(1) Surita, Garibay. — (2) Liv. 5.

DB LA GASC04ÏV£. I2i>

f|uc 1a trahison ou la ruse aitU au triomplit; des Infidèles {{}. Ainsi mourut le héros de Jcrusalem coiumc sans doute il désirait mourir^du moins comme il a toujours été beau de mourir, mnis surtout au xii* siècle, en combattant les ennemis de la foi* Transporté à Saragosse, son corps fut dépose dans IVglisc de ^otre- Dame del Pilar, et Ton dit cpiele trésor de cette église mfintre encore avec orgueil les rperons cl le cor de guerre du valeureux chevalier.

n mourut en H 30 ; une charte de son fîls constate Tannée. Il eut de Talcse, fille unique et héritière du vicomte de Montauer, cinq fdsdontle dernier, Ccntule, Itii survécut seul avec une fille nommée GutÂCarde* Sa piété égala son courage. Les fondations que lui doit Vé* glise sont sans nombre. Ou lui attribue communément U gloire d'avoir bâti le monastère de SieChrisUne (2) sur le point culminant de la montagne qui sépare la France de T Aragon , vratsemhlahlement parce qu'il Favait restauré. Ce fut longtemps le St-Bemard des Pyrénées, destiné à donner asile aux pèlerins, aux marchands, aux laboureurs, aux pauvres cpii s'égaraient souvent parmi les neiges ou les orages* S'il faut en croire l'ancienne légende trop gracieuse pour que nous ne la recueillions point, les bâtiments ne s'élèvent pas k Tendroit on Ion avait d abord résolu de les construire. Un ramier (3) portant une croix en son bec ^ s'alla percher ua matin sur un buis. Les ouvriers accoururent pour le cx>utenipler ^ mais il s'envola à une légère distance, et de vol en vol, il les entraîna aiufii jusqu'au lieu oiiil

(f ) mtta, lit. S, ch. 23. '(2) ïlarca , ch, 2i. — (%) Charte ùfr 0*ba*, U«rci, 428ct20.

laissa tomber la croix, et qu'ils crurent dësiguë du ciel pour y bâtir Téglise. Ils y transportèrent les matériaux et gravèrent sur Tautel un ramier blanc avec la croix en son bec. Ce furent depuis les armes du monastère. Gaston éleva encore dans le passage des Pyrénées lli6pital de Gabas, dans la vallée d'Ossau, à trob lieues de Ste-Cbristine. Guillaume, prieur de ce dernier monastère et évéque de Pampelune, né luimême dans le Béam, y conduisit les clercs qu'il pritdans sa communauté, et Gaston fournit les rentes et octroya les immunités nécessaires. L'évéque d'Oleron, Arnaud de Bas , consentit qu'on érigeit à Gabas une clul^ielle, en bénit Tautel et permit k ceux qui babitaient la maison d'y établir un cimetière» Peu de temps après, les clercs de Ste-Cbristine achetèrent de Brun et d'Auger de Bidouse et de Bernard de Nay, une grande étendue de terre, appelée à Nay, au milieu de laquelle s'élevait jadis un bourg alors complètement ruiné et démoli. Ils firent cet achat pour trois cents sols et un cbeyaL Bernard de Nay voulant ensuite retenir par ruse un paysan, ils ajoutèrent trois cents sols Morlas. A cette querelle en succéda une autre plus vive avec le chapitre de Lescar pour le territoire de la Pause, donné successivement et au chapitre et à leur monastère. La transaction qui survint leur permit de bâtir une église à Nay (i)\ c'est la première origine de la ville qui porte ce nom et qui ne prit son développement que sous la comtesse Marguerite, alors veuve de Roger Bernard, comte de Foix. La transaction se fit sous les auspices de Gaston entouré de sa cour majour, où figuraient Odon de Gide- Ci) Marca,liv. 5, cb. 2^*.

DE LA GASCOGHZ. {27

Ion, R> Garsïas de Cavasion, Assieu de Navailles, Carsias de Mieussens, G, OdoQ d'Andouinâ, R.-A. de Gerderez , Bernard de Coarase , Bernard et Fortaner d'Espouey, Gautier de Meillon, Odon d*Enguy,Si* card d'Assat et Raymond de Bidanos.

Gaston^ durant sa. longue et brillante carrière^ avait aggraudi les états de Beara , des vicomtes de Montauer ei de Soulc. Tali^se, sa femme, lui avait porté la première. Ses armes avaient conquiâ la seconde, sans quVn puisse assigner ni 1 epoc|iie, ni les causes^ ni les éy^nements de cette conquête. Chrétien pieux, preux chcvaber , un dernier rayon manquait à sa cx>uronne , et pour que sa gloire fût complète , Gaston sut Ij ajouter, 11 oclroja les franchises de Morlas et celles d'Olerou, les plus anciennes qui nous soient connues* Dans les premiers jours de son administration , il avait con- Grmé le&Jbrs ou coutumes de Bëam dont la compilatio& était antérieure, et dont Torigme se perd , dit-on , dans la nuit des temps. La cour m a jour assemblée en 4240, déclara que les diverses peuplades du Béaru s'étaient réunies dans le principe sous les auspices du for général,

A part ritalie , noLre Gascogne devança le reste de rEuropc dans la carrière de la liberté* Elle n oublia peut-être jamais complètement les formes du gouvernement Romain, ou du moins ce souvenir se réveilla bientAu Atissi, longtemps avant que les provinces du nord i secouant enfin les chaînes pesantes sous lesquelles les avait comprimées la hache des Barbares, 6j5seut entendre le noble cri d'émancipation, le Béa m, le Bigorre et sans doute aussi nos autres grandes seignetxries étaient émancipés. Le Bigorre surtout avait

128 HISTOI&E

son droit écrit. Â peine Bernard III, le frère poinëde Gaston eutril succédé à sa mère Béatrix, queGtiiUaiuiie, évéque de Tarbes (<), Grégoire, abbé de St-Pé, Pierro^ abbé deSt-Savin, Guillaume, prieur de St-Lisicr, Arnaud, vicomte de Lavedan et toute la cour de Bîgorre lui demandèrent de faire rédiger les coutumes dupap, comme elles avaient été ordonnées parBei^ nard II , son aïeul {*). Le jeune seigneur fit assembler ceux qui avaient vécu sous le vieux comte; le nom de ces vieillards nous a été conservé : c'étaient Raymond- Guillaume de Seméac, Raymond -Guillaume d^Âsereich, Garsias-Donat d'Orbeac et Arnaud -Aner de Montaner. Sur leur rapport, Bernard III fil ooUiger quarante-trois articles. La noblesse, le clergé, le tierê^t même concoururent à cette rédaction qui s^est conservée jusqu'à nous, et où Ton trouve des détails précieux. N'osant point la donner toute entière, à cause de sa longueur, on nous permettra d'en analyser rapidement les principales dispositions. Nous empruntons ce travail à M. Faget de Bore (2) ; nous ne saurions choisir un meilleur maître lorsqu'il s'agit de législation Gasconne

Art. <•'. Après le serment du comte, tous les ftievaliers doivent lui prêter serment de fidélité et lui donner caution , s'il l'exige. Tous les habitants des vallées, soit chevalier, soit fantassin ou roturier, doivent faire le même serment en personne ou par procureur.

Art. 2. Nul ne peut élever un fort sans l'aveu du comte. Si le fort existe, nul ne peut le reconstruire en

(1) Marca,]iv. 9, ch. 6. Manuscrit da Sémiiuiire d'Auch. -* (2) Histoire du Béarn.

(•} Voir la note 0 à la fin du volume.

DE LA GASGOGIIE. 129

pierre sans la permission du comte. En cas de contra- Tention , le fort sera dëmoli ou remis au comte. Les forts bâtis avec son consentement seront livrés une fois chaque année au seigneur apaisé ou courroucé; mais le seigneur ne pourra les retenir au mépris de la loi territoriale.

Art 3. Les domaines aliénés pendant la minorité du comte, ou pour subvenir aux dépenses d*une guerre, seront restitués au comte à la première réquisition.

Art 4. Si quelqu*un prétend avoir reçu quelque tort du comte, au préjudice de la loi , il s'adressera d'abord an cointe par le canal de ses secrétaires familiers. S'il n^obtientpas justice, il aura recours aux gentilshommes du pays qui semondront le comte deux fois. Si ce moyen est employé sans succès, il portera sa plainte à la cour du pays, fera ses preuves et laissera s'écouler quarante jours. Après ce délai, s'il n'obtient aucune satisfaction, il pourra se retirer hors du pays. S'il revient dans la «oite après avoir fait sa paix,' le comte lui pardonnera les dommages qu'il aura causés pour se venger du déni de justice, et tous ses biens lui seront rendus*

Art 5. Les franchises , les exemptions , les sauvegardes et la paix seront conservées aux monastères, ainsi qu'aux églises paroissiales dans les limites fixées. Les voleurs publics seront arrêtés, malgré le droit d'asile. Les monastères, s'ils acquièrent des alleux, seront obligés de fournir un homme d'armes de service. La paix sera gardée en tout temps aux clercs , aux moines, aux voyageurs, aux dames et à leur suite. Si quelqu'un se réfugie auprès d'une dame, il aura sûreté de <a personne en réparant le dommage.

Art 6. Que la paix soit toujours avec le rustique ^ //. 9.

i 30 BisTOiaE

que ses bœiifs et ses instruments aratoires ne puissent j amais être saisis. S'il est caution de son seigneur, qu'il ne soit jamais contraint de payer au delà de ce qu'il doit lui-même à son seigneur.

Art. 7. Le comte aura droit d'exiger des gens libres trois corvées par an, un repas , une poule à Noël, un agneau à Pâques. Les rustiques assujettis au cens, ainsi que les gens libres , ne seront tenus de suivre le comte à la guerre que dans le cas d'une invasion et pour la défense du pays ; les habitants des vallées seront tenus de suivre le comte dans les expéditions légitimes.

Art. 8. Si les personnes libres reçoivent quelque tort de leur seigneur particulier, elles lui demanderont justice; et vingt jours après le déni, elles pourront, sous U protection du comte , choisir le seigneur qu'elles voudront. Si quelque homme libre , à la mort de son seigneur, quitte la seigneurie, il sera tenu de choisir ub seigneur dans le délai de trois semaines. S'il n'a pas fait un choix après le terme, un chevalier, quel qu'il soit, mettra sur lui le plaid du comte et le dénoncera. Le comte attribuera Fhomme libre à l'un de ses chevaliers, qui deviendra le seigneur légitime de cet homme, et le dénond^eur recevra cinq sols. Il est défendu d'acquérir un alleu dont la franchise est ignorée. Toute recherche tendant à faire revivre cette franchise est interdite. En cas de contravention, l'acquéreur sera assujetti au service envers le comte.

Art. 9. Si quelqu'un trouble la paix et refuse une composition amiable, on s'adressera d'abord an seigneur du délinquant, et si l'on n obtient pas justice, le recours au comte est ouvert. On ne recevra dans le Bigorre aucun champion rtranger. Si quelque Rigordan possède

DE Lk GASCOGNE. 131

un fief hors du comté, que les Bigordans le tiennent eu paix.

Art. 10. Défense à tous de pécher, de chasser , avoir autour, etc. eta , et tenir taverne , sauf aux monastères et aux chevaliers allant à Tarmée, et gardant plaids et cour. Ce qui est écrit des chevaliers s'entend seulement de ceux qui suivent par état Tarmée, la cour et les plaids.

Art. 1 1. Le comte a seul le droit d'armée et de chevauchée. Les amendes au dessus de cinq sols lui appartiennenty et lui seul exerce la haute justice, même dans les terres de ses barons. La confiscation des biens n'a point lieu, etc. etc.

Telle est Tancienne coutume du Bigorre; la plupart de ces articles sont répéiés dans le for du Béam , et les idroits du souverain y sont stipulés à peu près de la même inanière. Une disposition propre à celle du Bigorre, est Tobligation imposée aux personnes libres de choisir un seigneur et la prescription des alleux. Elle nous Apprend par quel moyen les seigneurs parvinrent à ^classer les biens et les personnes dans le système féodal.

Une disposition non moins remarquable est celle qui met sous la sauve^garde publique le laboureur, le voyageur, Teoclésiastique et les femmes. On y recon- «lait avec plaisir la voix de Thumanité qui protège les faibles. Un sentiment [Jus délicat encore a dicté cette loi qui permet au coupable de se réfugier auprès d'une femme, et qui donne à cette espèce d'asile le privilège* des temples. Les Germains croyaient sentir dans les femmes la présence de la divinité. Est-ce à ce respect religieux qu'il faut rapporter l'usage adopté par le Bigorre, ou faut-il l'attribuer à l'esprit de la chevalerie ?

132 HUTOIIE

Page 1