CHAPITRE IL
ÉTèqaetdeTirkes, — deLeteir, — de Du,-^d'OIerM, —de Baut, — di BtjeuM , — d'Aire , — de Leeteve. — FeidiUei du iMUitire de Benllu. — Gnlliue d'ABdoiille passe di siège de Uetove k ranhetèdié d'AïA.
L'ëvéque Guillaume, qui avait provoque la rëdaction des coutumes du Bigorre, avait succédé sur le si^de Tarbes, à Pons II (1). Pons avait eu besoin de toute sa sagesse pour rétablir la régularité et la paix , sa compagne inséparable, dans le prieuré de Madiran , que Bonpar avait laissé à sa mort à Guillaume Par son fils. Celui-ci (2) , après quelques années d^une administration brillante et prospère , se laissa aller à Torgueil et aux vices que Torgueil amène. Le scandale fut si public, que Tévêque Pons et Centule I*', Tépoux de B1&trix, le chassèrent du prieuré et mirent à sa place un religieux, tiré d'une maison étrangère. Ce religieux ne vécut pas longtemps. A sa mort, et avant que Télection nouvelle fût terminée , Pons et le sénéchal du comte survinrent et firent reconnaître les droits de Tabbaye de Marcillac. La maison fut renouvelée et confiée au prieur Boson qui, par son zèle, sa prudence et son habileté, parvint à guérir les plaies faites à la discipline et à ramener les vertus dans un sanctuaire d^où les exemples de son ancien supérieur les avaient bannies.
(1) Gallia Chrùtiana,^ (2) Cflrlulairc de Ifadiran , Hanufcril du SémiDaira d'Auch.
DK LÀ GASOOGIIK. 133
Guillaume eut à soutenir une lutte contre Tévéque de Lescar.
Guy de Loth, on plutôt de Loos, ainsi se nommait le dernier prëlat, était né dans le Béam (1) d^Amaud- Guillemde Loos, seigneur de ce village, et de Sancliéa Vacca (Sanchie la Vache), sa femme. Son père le fit admettre dans le chapitre de Lescar , sous Fépiscopat de Sanche, et lui donna pour son entretien une dime et qnelcpies domaines. Le nouveau chanoine s^appelait Galbert; il prit à son sacre le nom de Guy. Un de ses premiers soins fut d^assurer au chapitre qui lavait élu les donations que lui avait faites son père, et qu'il augmenta , quand la mort de Cajard de Loos son frère , eut accru ses richesses. On dirait qu'il consacra savie entière à agrandir les revenus de son église, soit en provoquant dé nouvelles libéralités, soit surtout en faisant restituer celles qui étaient usurpées ou détenues. Trois frères, sousTévéque Sanche, avaient donné à Lescar la moitié de Téglise de Tèse; mais bientôt ib avaient eux-mêmes fait naître au sujet de ce don des difficultés que le chapitre leva , en leur comptant cent sols Morlas. Alors leur neveu réveilla Tinatance , et pour acheter son désistement, Guy se chargea de son . entretien. Raymond de Bizanos remit à Févéque, en vertu du tesument de son père, le quart de Téglise d'Abos; mais après la mort de Raymond, son fils voulut reprendre la dlme de vive force. Toutefois^ il ne Urda pas à se repentir de ses violences , et confirma la donation en présence de la vicomtesse Talèse. A cette occasion^ il reçut de Guy cent-cinquante sols Morlas, et ses
(1) GolUa Ckristianay llarca,]îv. ((,tb. 30.
trois pleigesott cautions en reçurent quarante. La raison de cette libéralité s^expliquera sans peine , si Ton se rappelle que, diaprés la coutume de Bëaru, les camûons payaient les infractions garanties.
Raymond de Sévignac, chanoine de Lescar , peu
après la mort de sa soeur , et selon son désir, donna la
moitié de Téglise de Sévignac. Arnaud et Guillemat ,
ses neveux, et Sans-Garsie, leur père , y consentirent,
mais Odon de Sévignac s^y opposa et interdit à ses tenan*
eiers Feutrée et la sortie de Téglise par sa terre. Mais
enfin, s'étant trouvé présent à la consécration de Téglise
de Serigos, il abandonna ses prétentions entre les mains
de Guy, leva les défenses faites à ses hommes et accorda
à jamais la libre entrée et sortie de Téglise. Il vint en-^
suite à Lescar, entra dans ta salle capitalaire, fut reçu
en société de bonnes œuvres et confirma* sur Tautelson
désistement L^évéque lui délivra en même temps cent-*
trente sols et en délivra vingt à Jourdain de St-'Leser,
frère d^Odon, et quarante & trois pleiges, dix à Guillem«>
Arnaud de Montaner, dix à Pierre de Semacourbe et
vingt à Bernard Garsie de Cadelon. Les témoins sont
Cérébrun de Cadelon, Arnaud d^Ëspouey, Brun de
Bidos, Odon de StrJean-Poutge avec son fils Arnaud-^
Garsie, Ramond de Girrère et G. de Lanafranoon.
Nous avons déjà vu que les seigneurs savaient rendre nul le don des églises fait au clergé quand ce don leur déplaisait. Maîtres du village entier, et par là des terres qui environnaient Téglise, ils interceptaient le passage, et ainsi Texercice des cérémonies religieuses devenait impossible. Le clergé transigeait alors presque toujours et levait l'obstacle à prix d'argent. La viede Guy nous en offre un exemple. Comme le prélat se rendail
Dt LA CASCOGHE. 135
à Str^ë de Générez, Aramond-Garsie de Mont, accompagné de Gornélie, sa femme, lui donna les deux tiers de Tëglise de ce lieu , en présence de Pierre des Angles et d'Esdon-Guiraud de Juranson , et en reçut deux cent cinquante sols Morlas. Quelque temps après , Ra* mond de Clarac, parent du donateur, et qui possédait la seigneurie du village de Mont et de l'entrée et de la sortie de Téglise, gui liabebat dominium uillœ (T Esmont et super introïtum et exitum ecclesiœ , céda tous les droits héréditaires qui lui appartenaient sur Téglise et en assura les voies à perpétuité.
Guy savait, quand il le fallait, recourir aux formes judiciaires. Bernard de G)rbères retenant le casai de Luc, que Galinde, son frère, chanoine de Lescar, avait légué an chapitre, Tévéque en appela au vicomte Gaston, qui en ordonna la restitution, moyennant seize sols Morlas. Raymond de Bisanos ne voulait point rendre le quart de Téglise de ce nom, sous le prétexte que son père avait donné un cheval à Bernard de Bas , un des prédécesseurs de Guy, et en avait reçu cette dlme en paiement. Guy Fattaqua devant la cour majour et obtint quW en viendrait au jugement du fer chaud. Le chevalier n'osa pas tenter Tépreuve , il rendit la dîme el prit dix sols pour la valeur du cheval. Guillaume de Lanafranoon retenait la dime de Pau, alors encore simple château , à peine entouré de quelques champs en culture au milieu d'une immense lande (1). Sur la plainte déTévéque, le duel fut ordonné et Guillaume oéda. Guillaume, évéque de Dax, disputait à Lescar le fief ou honneur de Sault. Le combat judiciaire eut
(I) Marca, page 4M. Gartulaire de Lescar.
436 MiStOIRÊ
lieu, mais comme le succès était égal entre les dcfbï champions , les prud'hommes accordèrent les parties et les obligèrent à partager les revenus du fief. La sentence fut placée sous la sauve-garde du vicomte de Sault.
Dans les combats judiciaires, la victoire terminait Icf procès, le ciel avait prononcé lui-même ; mais il y avait transaction quand le succès se balançait. Les hahitants de Lescar réclamaient Fumage d'un bois des héritiers de la maison d'Arrigaloube. Gaston, âaisi de la plainte^ ordonna le duel qui dura huit jours sans avantage pour aucune des parties. Elles s'accordèrent en présence du vicomte et de ForUner d'Ek^ot, d'Arnaud de Lescuresi d'Odon de Gadelon^ de îlamond Garsias, de Gaston, de Cuillemod d'Endouins, d'Arnaud de Mieussens et d'Espagnol deMonens.
Quand la justice des hommes était impuissante ou menteuse , Guy en appelait aux foudres spirituelles que la religion avait déposées dans ses mains. Un jugement rendu au nom de Gaston par Forton de Pau, viguier héréditaire du vicomte, lui avait ôté l'église de Lar, près de Morlas, donnée au chapitre par Guillaume Gassie de Laf et 1 avait transportée à Garsias, abbé laïc de Romas. L'évéque frappa Garsias d'excommunication et mit Téglise sous l'interdit ; le vicomte s'interposa en qualité de bon baron. Garsias garda l'église durant sa vie, mais promit de la rendre à sa mort , ce qui fut exécuté par ses héritiers , qui y ajoutèrent les droits qu'ils avaient sur Romas.
Des libéralités volontaires vinrent en grand nombre enrichir la cathédrale sous son épiscopat. Arnaud de Coarrase , pour le prix de cent sols Morlas, donna la
DE LA GASCOGIIE. 137
dlme de onze maisons situées dans son lieu du Bas , depuis incotporée k Coarrase. Talèse et son fils Centule assistaient à cette donation. Le clianoine de Gaubios lui lëgua la moitié de Tëglise d'Osse arec deux dlmiers (desmerSj decimarii) dans Monens. Arnaud de Gardères, par Ta^is de Gaston et d^Auger de Miramont, donna la moitié de Féglise deGizenave et reçut de Guy GÎnijuante sols Morlas et un cheval de prix , que son père Aremon-Amaud avait légué au chapitre. Guisle d^Andouins, veuve d^Aner-Loup d'Andouins, fut encore plus généreuse. De concert avec son fils Bertrand| elle abandonna à Téglise de Lescar la propriété des abbayes laïques d'Arthez et d^Occures , et plus tard .elle y ajouta en société avec Guillaume Odon et Gassie, ses deux autres fils, deux paysans dans Arthez^ On sait que les d^Andouins finirent à la célèbre Corisandrequi porta les biens de cette opulente maison dan^ la famille de GramonL Parmi les bienfaiteurs, le cartulaire de Lescar cite encore Arnaud-Garsias d^Arbeis, Fortaner de Lagor, Guillem-Fuertson fils, Bernard de Livron , Garsias-Sans de Gelos, Bernard d^Abon, Odon d^Ar* zac, Pierre de Luc, Sans-Aner de Bomort, Bertrand de Lanuce, et plusieurs autres dont il serait trop long de recueillir les noms.
Guy ne fut pas aussi heureux contre Févéque de Tarbcs et le prieur de Ste-Foy qu'il Tavait été contre les seigneurs de Béam. Le premier garda la supréma-* tie sur St-Pé de Générez, malgré une longue procédure qui parut un instant donner gain de cause à son advei^re, et le second les dlmiers de Ste-Foy, en payant toutefois àTévéque de Lescar vingt conques de grain. Guy[se consola de ce noble échec en allant combat
as HISTOIRE
tre les InGdèles ( 1 ); il s'arma du casque, prit la oouduite d^un corps d'armée et parut au siège de Samgosse / à côté de Gastou et de Centule. Blanca, qui nous a conservé ce fait , nous le montre ensuite confirmant Tin* dulgence accordée à tous ceux qui aideraient de leurs deniers la reconstruction de Téglise de Notre-Dame del Pilar, qu'on a appelée ainsi parce qu'on y montre le pilier sur lequel la Ste-Yierge apparut à Tapôtre St-Jacques, patron de TElspagne. Lui-même, à son retour, fit paver en mosaïque le chœur de son église. Il vécut longtemps encore et ne termina qu'en 1141 une carrière que ses contemporains approuvèrent et bénirent, mais qui parait pour le moins très-étrange à no« mœurs. Il fut enterré dans le chœur qu'il avait orné; mais sous Montgomméry , sa tombe fut profimée et ses cendres jetées au vent. Cinquante ans après, M^ de Salettes, un de ses successeurs, recueillit la pierre tumulaire et y grava une inscription qui nous apprend que le corps fut trouvé entier.
Pendant que l'évéque de Lescar dispuuit à Tarbes l'abbaye de St-Pé, Tévéque de Dax revendiquait la Soûle et le pays d'Agarenx. Bernard de Mugron (2), qui les avait vainement réclamés, était mort vers la fin du xi' siècle, après avoir vécu soixante-quinze ans et en avoir siégé vingt-quatre ou vingt-cinq. Il n^avait pas mieux réussi contre l'abbé de la Reoule que contre l'évéque d'Oleron. Il revendiquai t sur celui-ci le prieuré de Puntous , qui dans l'origine avait appartenu au monastère de Florac. Otger , un des moines de cette maison , étant devenu prieur de la Reoule, ses anciens
(1) Marca, page 451 et guiv. — (2) Gallia Chri$tiana , Marca.
DE LÀ CASGOCIIE. 439
confrères lui cédèrent Puntous, et Tabbë de Florac soutint la cession faite par sa communauté. Cette cession fut maintenue après de longs débats. Bernard, vaincu ici comme il Tavait été dans la Soûle , mourut peu après. Le chapitre élut à sa place Raymond Arnaud, le même vraisemblablement qui avait défendu avec ardeur les prétentions de Téglise de Dax, et qui avait mérité ainsi de s^asseoir sur le siège dont il avait voulu augmenter la splendeur.
Néanmoins, le catalogue des évéques de Dax donne k Bernard, pour successeur, Arnaud de Seucrai, qui ajHrès avoir été blessé dangereusement en combattant contre les Maures d'Espagne, s'était voué à la vie religieuse dans Tabbaye de Divielle. D'un autre côté , un acte de la cathédrale prouve que le suocessenr immé^ diat de Bernard , s'appelait Raymond de Saintes. Ce» trois nom» désignent^^ils un même prélat ? M. l'abbé Dutems (1) n^ose pas le déciderr Nous imiterons s» réserve. Moins encore oserons-nous affirmer que Ray^ mond de Saintes fut le frère de Roger de Saintes, qui avait remplacé sur le siège d^Oleron Odon de Benac (2)r Le nom semble indiquer une parenté, mais la vivacité des débats qui s'élevèrent entr'eux au sujet de la Soûle et du pays d' Agarenx , n^annonce rien moins que de» sentiments fraternels. Etienne, évêque de Bazas , sur^ nommé aussi de Saintes, et que quelques-uns disent aussi leur frère, attaqua en même temps Raymond de Dax et envahit quelque recoin de son diocèse. Il était assez triste de voir des prélats lutter pour agrandir leurs diocèses comme les seigneurs luttaient pour éten-^
(1) Le Clergé de France, tom. 1. —(2) Gallia Çhristiana. Manuscrit des évèquet d'Oleron.
dre leurs fiefs, sans que nous soyons forces d'ajouter que ces prélats oubliaient dans cette lutte les Uens da sang qui les unissaient.
Raymond recourut à Rome pour se défendre oootre Etienne de Bazas, et fit confirmer par le pape Pascal les limites de son diocèse. Il en obtint encore un rescriti adressé à Raymond de Pardiac , archevêque d'Auck, pour qu'il assignat devant lui non seulement Févéque de Bazas, mais encore celui d'Oleron. Néanmoins le métropolitain ne parait s'être occupé que de la première affaire. Elle dura sept ans. Mais enfin, après bien des efforts et des dépenses, Raymond de Saintes gagna sa cause et recouvra ce qu'Etienne lui avait enlevé. Encouragé par ce jugement , Raymond retourna a Rome, en rapporta un nouveau bref qui chargeait Gérard, évêque d'Angoulême, légat du saint-siége , de vider son différend avec Tévêque d'Oleron. Roger n'était plus (^) et son siège était occupé par Arnaud I'',
(*) Oq arait conservé jusqu'eo 1790, dans la cathédrale d'Oleron, an tabernacle en forme de tour carrée , couvert de lames d'argent artistement travaillées, autour duquel on lisait les vers suivants qui attestent la foi de notre province touchant le mystère de TEocharisUt.
Sur le devant :
Jie$ sup$r impotitcu commutât tpiritus almiM, Fit de pane earo, sanguis iubstantia vini, Swnpta valent animœ pro corporit atque êoHute.
Sur le derrière:
Don fur in hae men$a ianguis earo potui et eeea. rerba refert cœnœ tuper hœe oblata tacerdoe , ^tmara tanetifieat , et paseio commemoratur. Au-dessus :
Hanc Morlanensis Baynaldtu condidit aram ou arcamt PrœnH Rogenue Oloreneis ju$$it ut e$$em.
DE LA GASGOGKE. iH
"qui sut défendre Tceuvre de ses prédécesseurs; du moins cette querelle s'éteignit alors pour toujours, et Arnaud garda le pays contesté (1).
Raymond de Saintes, rendu enfin au repos après ces longues contestations , se livra tout entier à Tadmiiiistration de son diocèse qu'il partagea en quatre archi- •diaoonés. Il siégea près de dix-huit ans , et il vivait encore en 1107, puisqu'il reçut alors de Gaston de Béam et d'Olivier son byon , l'église qu'ils avaient fondée dans le bourg de Gastelle , non loin de Mont* giscar. Ce fut sous son pontificat que fut établi le Saintou (2). On appelait ainsi une rente de froment qoe les diocésains s'engagèrent à payer à leur évéque, comme une offrande qu'ils faisaient à Dieu. Ce nom lui vint sans doute de ce prélatXe nécrologe marque sa mort au 28 mars sans assigner l'année.
Guillaume de Falgars, Fulgarsou Furgars, Falgarfensis , qui lui succéda , est nommé dans les lettres où Guillaume , duc d'Aquitaine, confirma tout ce que son père avait donné au monastère de Sordes, placé au confluent du Gave de Pau avec le Gave d'Oleron. L'abbaye de la Cagnote existait depuis la fin du ix* siècle. Othier, évéque de Dax, lui avait fait à cette époque qudques donations, mais elle avait parUgé le sort des autres abbayes et était tombée comme elles sous la hache des Normands. E^e ne s'était point encore com* plètement relevée, lorsque Raymond, vicomte d'Orthe (3), dont la famille s'est depuis longtemps fondue
(l)Poiir toutes ces contestations, Toi r Marca, (ir. 5.— (2) Dutems, le Clergé de France*, tom. 1. — (3) GalUa Chrittiana^ lom. 1, page 1065.
\ 42 HISTOIEE
dans celle d'Aspremont , entreprit de la restaurer. Il donna à cet effet à Tabbé Guillaume de Borets et à ses religieux, enfants de St-Bcnoit, toute Tétendue de terre qu'ils voudraient dans la forêt de la Cagnbte ; et pour que sa libéralité fût moins contestée, il la fit entre les mains de Bernard de Ste-Christie , archeTéque d'Auch, et de Guillaume de Fulgars, évéque de Dax, et en présence de tout son clergé qui faisait la procession accoutumée dans le cintre, le jour de la Pentecôte, 14 mai 1 122. Gidllaume fut lui-même très généreux envers les églises. Il donna à sa cathédrale la terre de son nom qu'il acheta de Bernard de Fulgars , son pa> rent^ sous la réserve pour celui-ci et pour sa femme d être enterrés dans le cloître de Féglise. Ce prélat fut aussi humble que libéral. Entraîné par la dévotion de son temps, il fit le pèlerinage de Rome. A son retour il tomba malade dans la ville d'Aquapendentc. Sentant son mal s'aggraver, il se fit porter à l'hôpital ( 1 ) et voulut mourir parmi les pauvres de J.-C. Sa mort arriva au plutôt dans les derniers jours de septembre 1 i 42, sui* vaut la charte de la fondation de TEIscale^Dieu, et plus vraisemblablement deux ans plus tard.
Etienne de Saintes, évoque de Bazas, se distingua aussi par sa générosité envers les maisons religieuses du pays (2). En 1087, il donna au monastère de la Sauve- Majeuiie Téglise de Branens avec ses revenus , en pré* fronce de Garini, doyen de sa cathédrale, de Garsias <rAguiron, son archidiacre, et de Garsias de Benquet, sacristain. Il y ajouta plus tard, avec le consentement
( l) Gallia Cfaristiana , Diilems. — (2) GalUa ChriiU'anê. r.ihbé OreilY.
DE LA GÀSGOGME. 143
du chapitre, la rente d'un tonneau de vin. Cette rente avait étë servie par Raymond-Ie-Jeune ; Etienne la rendit perpétuelle. En 1098, il confirma en faveur de la Reole le quart de la dime de Cajac {Gothgiacnm^ terre des Golhs) que Guillaume de Lartigue avait faite à cette abbaye. D'après M. Tabbé Oreily, sous son pontificat on retrouva la conque d argent qui renfermait la relique de St-Jéan-le-Précurseur, objet de la dévotion particulière de Téglise de Bazas. Un prêtre Tavait cachée pour la soustraire à la profanation des Nornuinds. La cathédrale venait alors d'être rebâtie à neuf. Etienne pria le pape Urbain II de vouloir la consacrer de ses mains. Le souverain pontife , après le Concile de Clermont, se rendit à ses prières, et la consécration terminée, il vérifia la relique et en permit l'exposition. S'il fallait en croire la chronique Bazadoise, Urbain aurait vainement sollicité une partie de cette relique et n'aurait obtenu que la conque ou le r eliquaire qui la renfermait.
Quoiqu'il en soit de ces faits, Etienne vivait encore en 1 103; mais en 1 108 il était remplacé par Bertrand de Baslade , qui marchant sur les traces de son prédécesseur, donna à la Sauve-Majeure les églises de Ruchx, de Castels, de Ciourac etde Blagnac, et confirma toutes les donations faites déjà à ce monastère par les évéques de Bazas. Les moines de la Réole reçurent de lui l'église de St-Eparch, vulgairement St-Cibard de Meilhan, avec des droits paroissiaux assez mal définis, pour une chapelle nouvellement construite dans leur cloître. A son exemple, Amanieu III d'Albret et son frère Bertrand, fils du héros de la croisade mort Tan HOO, et d^Arsinde de Narbonne sa femme, donnèrent la dîme
entière de la paroisse de la Coulade. Ce don et aa autre fait à Fabbaye deCondom sont les seuls actes que nous sachions d^Amanieu III , qui prenait le titre de sire d'Albret, et eut pour fils Bernard I*^ , qualifie de sire comme son père , dans un titre de Fabbaye de Souche en Bordelais. Bernard vivait en i HO.
Bertrand de Baslade eut à se plaindre des empiétements de Tëvéque d^Agen qui voulait reculer les limites de son diocèse aux dépens de celui de Bazas. Le pape Pascal chargeaFévéque d^Angouléme, son légat, d^arranger ce difTérend ; mais le légat s'étant prononcé en faveur de Févéque d'Agen , Bernard en appela au pape Gilixte II , successeur de Pascal, qui lui fit restituer la ville de Gistel-Jaloux {Castrum Gelosuni , château sur la Célise) avec ses dépendances déjà adjugées à son compétiteur. Cependant Févéque d'Agen ne pouvait oublier d'avoir été repoussé du Bazadois; son ressentiment était si public , que quelques personnes crurent lui plaire en mettant le feu à la ville. L'incendie se manifesta d*abord avec une effrayante intensité, dans Féglise de St-Martin qui fut entièrement consumée (<); à peine si Fon put retirer le corps du saint évéque Alain, que Fon retrouva frais et entier comme le jour où il s'endormit dans le Seigneur, et que Fon transporta dans la cathédrale. Ainsi le raconte le grave et estimable auteur de Fessai sur la ville de Bazas ; mais nous ignorons sur quel document il étaye son récit.
L'église de Bayonne, si longtemps troublée dans ses possessions, jouissait d'une paix que ne connaissaient pas ses sœurs de Tarbes, de Lescar , de Bazas et de Dax.
(1) L*abbé Orcily, Essai sur les Bazadois.
Garsias avait ctë placé à sa tête , quand Bernard de Ste-Christie fut appelé sur le siège métropolitain eu 4 1 19 (1). Il donna à sa cathédrale plusieurs terres qu'il avait achetées dans le Bastan, son pays natal , ou qu il tenait de sa famille, et fut remplacé par un Guillaume qui, avec Guy de Lescar, fut témoin lorsque Guillaume, dac d'Aquitaine, confirma une donation faite par sou père à Tabbaye de Sordes. Raymond de Martres est plus connu. Sous lui , le duc d'Aquitaine donna à la cathédrale la moitié de la ville de Rayonne, ou plutôt en sa qualité de suzerain il en ratifia la donation. Mais il y ajouta de son chef le pa doua n, le droit de mouture, et celui de pèche dans la mer et dans les eaux douces. Uacte en fut dressé à St-Sever, d'où Raymond de Martres avait été tiré pour être promu à l'épiscopat. Afin de le rendre plus solide, le duc toucha l'évéque de son gant (2)^guanto nieo suprà memoratum episcopum coufirmo^ en présence d'Etienne de Caumont, de Geoffroi de Roquefort, d'Aimar d'Archiac, de Bardon de Caunac, de Gaston de Béarn, de R.-G. de Gensac, de Robert , vicomte de Tartas , de Pierre de Mugron , de Loup, vicomte de Marennes, de Guillaume de St-Martiii et de B. de Bayonne. Malgré cette formalité, Raymond de Martres le fit encore confirmer pr rarchevcquc de Bordeaux, le vicaire-général de l'archevêque d'Auch et les évéques de Lescar, d'Oleron , de Dax , d'Aire et de Bazas, qui apposèrent chacun leur sceau à sept cordes , oonune on le voit encore dans l'original.
La fin de son épiscopat fut marquée par la fondalion de l'abbaye de Font-(iuillem (3), près de Flaujaqnes
(i) GaUia Christiana, Manuscrit de lîayonnc. — (2) IManuscril déjà cité. — (3) Gailia Chrûtiann , mstmmentaf page 1i)0. If. iO.
146 BISTOIRE
(Grignols) , (ille de celle de G>ndom, et due à Pierre^ vicomte de Castillon ou Castels. Le fondateur et toute sa famille furent reçus en participation de tous les biens spirituels et temporels de la nouvelle communanlé. Bonnefîlle, épouse du vicomte, Giraude et Ganias Guillaume, ses enfants, Cënébrun de Masseille et Garsias Guillaume, ses neveux, Arnaud -Bernard deSauviac et plusieurs autres seigneurs approuvèrent cet acte de religion. On le jura entre les mains de Tëvéque qui fit bâtir lui-même la maison et la bëniu Parmi les témoÎDS nous trouvons Ekienne de Lebret ou Albret, arcbidîacre de Bazas , qui avait été honoré de FépiscopaL Quelques-uns soupçonnent que c'est le même qu^tiennt de Saintes. Avec le haut rang qu'occupait cette maison, on conçoit que trois de ses membres se soient à la fob assis sur trois sièges voisins; mais pourquoi Etienne aurait-il abdiqué Tépiscopat pour se réduire a un simple archidiaconé ? Gomment surtout aurait-il prolongé de plus de vingt ans une carrière déjà avancée ? Non» n essayerons point de le dire, car rien ne Tindique. L'année suivante Bertrand chanta la première messe dans une église de' Navarre et bénit le cimetière à la prière d'Alphonse V Empereur^ roi d'Aragon. II mourut peu après le 1 7 septembre \ 1 26.
Les voix unanimes du chapitre s'arrêtèrent anssilAc sur GeofTroi (1), abbé de la Sauve-Majeure, dont les talents et les vertus jetaient un vif édat Le nouveau prélat n'oublia pas le monastère qu'il abandonnait. H lui céda l'église de Langon {de Lingonio)^ & condition que les moines la rebâtiraient. Quatre ans plus tard, il se rendit médiateur entre les religieux et les enfants
(I) Gallia Chrittiana.
DE LA GkSCOGVE. 147
de Raymond de Lagardère qui se disputaient quelques biens. Il approuva aussi et confirma la donation qu^a- Tait faite Guiraude , fille du vicomte de Castillon, en faveur de Font-Guillem , et aida à la construction de Téglise de pierre que ces religieux substituèrent à la chapdle de bois bâtie par le premier abbë, et encouragea les libéralités de ses ouailles par une indulgence de quarante jours. On nous a conservé la lettre qu'il écrivit à ce sujet aux fidèles du diocèse. Pour éviter toute contestation avec les moines de la Réole, il leur délaissa, en 1130, Téglise de Gironde (girus undœi tournoiement des eaux), sans se réserver d'autres privilèges que la nomination du chapelain et les contributions qu^dle payait ordinairement à l'occasion de la visite du pape.
Le duc Guillaume affectionnait Rayonne; il lui octroya des coutumes (1) et commença à agrandir son enceinte en y ajoutant ce qu'on appela depuis le Bourg- Neuf avec qudqu'autre quartier. Quand l'ouvrage fut terminé, le nom de Labour disparut insensiblement et fut remplacé par celui de Rayonne. Les évéques et les vicomtes n'en prirent pas d'autre. Rertrand, fils 8e Garsie Sancbe, possédait alors la vicomte. Il s'associa à Raymond de Martres, et convoqua avec lui les barons et les nobles du Labourdan, et du pap voisin. Dans cette assemblée on établit une confrérie pour bâtir la cathédrale, mais la mort ayant frappé bientôt le prélat, les fondements n'en furent jetés que sous Arnaud-Loup de Rassabat , né de lancieune maison de Bassabat au diocèse d'Agen.
(I) Manuscrit de H. Compaigne.
Pierre d'Aire , le prélat le plus zélé de la province > et que nous avons trouvé à toutes les assemblées ecclésiastiques de son époque, n'était plus depuis longtemps. Le nécrologe de St-Sever place sa mort au < 5 juillet 1092, tandis quOihénard la recule jusqu'en 4095. Avant de descendre dans la tombe, il vit fonder le prieuré de Gavarret (i). Pierre I'', vicomte du Gavardan , qui l'établit en l'honneur du St-Sépulcre, le mit sous la discipline de St-Guiraud , premier abbé de la Sauve-Majeure , et en fit confirmer les franchises par Guillaume, archevêque d'Auch, par Pierre, évéque d'Aire, et par Guillaume, duc d'Aquitaine. A Pierre succéda Guillaume, moine de Ste-Croix de Bordeaux. Celui-ci fut, dit-on, sacré par Pascal II ; mais si cette assertion est vraie , le siège vaqua assez longtemps, car Pascal ne ceignit la tiare qu'en 1099. On prétend qu'il existait au trésor de Pau une charte d'après laquelle Guillaume consentit à ce que Gavarret et le pays environnant, alors dépendant du diocèse d'Aire, passassent sous la houlette de l'archevêque d'Auch. Cette charte porterait pour date l'an 1 104. Ce qui est incontestable, c'est que la réunion s'opéra dans ce siècle. Le nécrologe de St-Sever fait mourir Guillaume le 2 1 novembre i 1 1 5 , et donne après lui Vital de St-Hermet ou Hermette, dont l'existence est assez problématique, et d6nt au moins le pontificat ne se prolongea guère; car, dès 1120, un monument authentique montre sur le siège d'Aire l'évéque Bonhomme , dont nous parlerons souvent.
Guillaume I*' et Jourdain I" qui avaient remplace successivement sur le siège de Couserans (2) Raymond
(1) Dom Brugelles, M. d'Aignan , Marca , Manuscrit d'AIrc. — (2) GcUlia Chriitiana.
Pelet, mon vers Tan \ 078, n'ont pas laissé plus de traces dans les souvenirs publics que Guillaume et Vital d'Aire. Jourdain gouvernait le diocèse en \\M, et trois ans après il avait pour successeur Pierre I*' dont l'administration d'abord calme et paisible devait rencontrer de nombreux et violents obstacles.
Le restaurateur du siège de Lectoure, Raymond Ebbon, après avoir triomphé de ceux qu'il avait trouves souis ses pas, fournit une longue carrière (1). En <09<, il conGrma la donation que Vivien , vicomte de Lomagne, vraisemblablement fils d'Odon I", et Bëatrix sa femme , firent à l'abbaye d' Uzerche en Limousin , de la terre et de Téglise de Gaudonville. Parmi les témoins, nous nommerons Raymond-Arnaud de Faudouas, le premier seigneur de cette illustre maison qui nous soit parfaitement connu. En 1075 , il assista à la consécration de l'église de Brioude en Auvergne, et en 4097 , il reçut un bref d'Urbain II qui le chargeait de travailler à faire restituer à l'abbaye de Moissac quelques églises de son diocèse détenues par les laïques. Cette année fut la dernière de son épiscopat et sans doute aussi de sa vie. L'année suivante, nous trouvons son siège occupé par Pierre P' qui parut en 1103 à une nouvelle donation faite par le vicomte Vivien aux religieux de Moissac. Après cet acte , Tévéque et le vicomte disparaissent; ils sont remplacés, Vivien par Odon II , vraisemblablement son fils, mais très-certainement petit-fils d'Odon I" (2) , et Pierre par Garsias. Celui-ci n'a laissé que son nom dans l'église de Lectoure.
(1) Gallia Chrùtiana. ^ (2) L'Art de vérifier les dates, Manuscrit de M. d'Aîgnan.
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Après lui vint Guillaume, fils du seigneur d^Andc^ zille ou Andoufielle, selon les uns , frère , et sdon les autres avec plus de vraisemblance, beau -frère de St-*Bertrand de G>mniinges^ mais diaprés tous issu de» seigneurs de Montant. On raconte que sa mère, qui avait déjà eu plusieurs enfants et les avait tous perdus en bas âge, se plaignit de son malheiur à Ginllaume- Bernard de Montant, archevêque d^Auch , son parent Le prélat lui conseilla de consacra i Dieu le premier fruit qu'elle concevrait et de le voiter à Téglise ùa an doltre. Guillaume d'Andozille, qui naquit bientôt après, fut d'abord élevé sous les yeux de St-Bertranddanssa ville épisGopale (*). On l'envoya ensuite dans le monastère de St-Paul de Verdun, doÀ il passa a Toulouse pour y être admis dans le chapitre de St-Etienne où vivait encore le souvenir des vertus de son onde. Cest là que les vœux du clergé de Lectoure vinrent le chercher pour le placer à la tête du diocèse. A une haute naissance , Guillaume joignait toutes lés qualités qui font les grands prélats : piété sincère, connaissance profonde des sdences divines et humaines, sens profond, prudence consommée, sage fermeté, constance inébranlable dans Tes projets ; nous nous laissons aller au plaisir de traduire les vieux cartulaires (i).
Peu après ^n sacre , en 1122^ nous le trouvons à la donation de Bragayrae (2). Ce monastère, situé dans
(*) Dom Bniflrelles fait élever Guillaume dans le Chaf^tre de St- Ëliennc avant la promotion de son oncle à Tépiscopat. Il loidomie ainsi bien plus de 100 ans de vie, puisqu'il mourut en 1177, et que St-Bertrand monta sur le siège de Comminges vers- Fan 1073.
(1) Cartulaire d*Auch. Dom Yaissette.— (2) Histoire du Luigatdoc , toni. % page 392,
DB Ul GASGOGMB. Mi
randen diocèse de Lombez, aux limites de notre députement, avait été fondé pour une communauté de filles et dépendait, au milieu du xir" siècle, dePabbaye de Moîssftc U fut détruit dans la suite et rétabli pour des hommes. Aymeric, qui en était prieur, le donna en 4 1 22 à PétroniUe, abbesse de Fontevraud, et lui promit obéissance de Fagrément d'Amélius, évéque de Toulouse, et en présence de Guillaume, évéque de Lectoure, et de Béatrix, vicomtesse de Lomagne.
E<n 1125^ Guillaume, de concert avec Fortanier, prieur de St-G^ni, engagea Ardouin de Bouillas à fonder un monastère en l^onneur de la Ste-Vierge. L'Ordre de Citeaux venait d'être institué par St-Robert de Molesme. Le nouvel Ordre aimait lesUeuxsolitaires, et dans les possessions d' Ardouin de Bouillas, aux portes de Lectoure, s'étendait une vaste forêt nonunée Porte- Glands. Arnaud en abandonna une portion à Bernard, «bbé de G>ndom. Bonne, sa sœur, et Raymond de Castelar (peut^tre Castarède), époux de Bonne, Guillaume et Garsias del-Perul y ajoutèrent quelques possessions voisines (1).
Après la mort d' Ardouin survenue sur ces entrefaites, Abrin son frère , Bonne et Gistelar firent de nouvelles donations, et les fondements du monastère furent jetés; mais Guillaume ayant été transféré ailleurs, son absence se fit sentir. Les travaux avancèrent lentement et l'édifice demeura inachevé durant quelques années D^;oùté de ces lenteurs, l'abbé de O>ndom abandonna la maison et l'affilia à l'abbaye de l'Escale-Dieu en Bi-
(1) Gallia ChmtioHa y page 1021 , (om. 1. Dom BrugcUci». AI. iTAignaD.
gorre. Carsan ou Galin, le premier abbë, reçut des biens considérables d'Airard de Saussède , en M 4 44 . Le couvent était alors terminé. Il s'appelait Porte* Glands comme la forêt au milieu de laquelle il avait été bâti; mais ayant été consumé deux fois par les flammes, il perdit ce premier nom et ne s'appela plus que Bouillas, du nom de son bienfaiteur. Nous ne saurions assigner Tépoque de ce changement. Cest la première maison que la congrégation de Citeaux ait comptée dans le diocèse. L'année qui suivit cette fondation, Tévéque de Lectoure fut appelé selon la volonté et le choix de Dien, Deo uolente et eligente (^ ) , à remplacer Bernard de Ste-Christie sur le siège métropolitain d'Auch.
Guillaume d'Andozille écrivit aussitôt au pape pour lui demander le pallium. Honoré II était alors assis sur la chaire de St-Pierre. Il répondit à Guillaume par une bulle du mois de mars, dans laquelle il conârmàit non seulement la sentence portée par son prédécesseur en faveur du cimetière de Ste-Marie, mais encore toutes les possesions dont jouissait cette église (^). Cette balle
(1) Carta fundationii Portaglonii vulgo Bouillas.
(*) C'était l'église de Nogaro avec sa paroisse, Véglise de Sos avec 1 îs paroisses gui en dépendaient, réglisc de St-Pierre de Vie afcc toutes ses dépendances. Hors de la ville d'Auch, les églises de St- Marlin, de 8t-Picrre et de St-Laursnt (chapelle de Twclievèché) avec les dîmes des terres qui y étaient attachées. Dans le Pardiac, l'église de St-Christaud et de Marseillan; dans l'Astarac, l'église de Ste-Auronce avec la ville entière ; dans le Comminges, l'église de Sl-Ferréol; dans le Magnoac, l'église de St-Mamet; dans l'Ëusan, l'église de Ramousens ; dans le Savanez , l'église de St-Giles de Peyrusse avec ses dépendances, loula la ville de Ste-Christie avec ses terres, se» vignes et ses vilains (habitants), l'église de St-Jean d'Espax, l'église de St-Martin de Goyne, l'église de St-Jean de Berdale (maintenant Aubiet) avec ses dépendances, ses terres et ses dîmes, enfin l'église de Ste-Marie d Eauzc, l'ancienne Cioutat.
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fat snivic d'une seconde par laquelle le pape rétablissait son l^t dans la Gasco^cet la Navarre. Ses quatre suocesseurs(l) Thonorèrcnt de la même confiance et lui oontinoèrent sa légation : Innocent II en 1 130, Cèlestia II en 1 1 43 , Léon II en 1 1 44 , et enfin Adrien IV en 1145.
L'Elglise , nous avons besoin de le répéter souvent, était, durant ces trois ou quatre siècles, la seule sauvegairde du faible et du malheureux. L'Europe entière semblait vivre sous les armes. Au haut de Téchelle, le monarque attaquait le monarque; sur les d^és, le seîgnemr luttait contre le seigneur, et au bas, le village se ruait sur le village, le hameau sur le hameau. Troubles, périls, larmes et sang partout, paix et surtout sécurité nulle part Après s'en être pris aux hommes, on s'en prenait aux bois, aux vignes, aux champs, aux maisons, aux animaux utiles. Le feu achevait de dévorer ce que le fer n'avait pu détruire. A une religion d'onion et de charité il appartenait d'atténuer d'abord le mai et de le guérir ensuite. Trop prudente pour Tattaquer sur-le-champ de front, elle commença bientôt k ordonner une paix momentanée ; on l'appela du nom si juste de Paix ou de Trêve de Dieu. A ces fiers barons, i ces indomptables chevaliers, il ny avait que Dieu qui pAt commander. Surtout il n'y avait que lui qui pût s'en faire obéir. D ailleurs la trêve était venue du ciel- Un ange l'avait dictée à un évêque d'Aquitaine. Diverses révélations avaient confirmé les paroles de Tange. Nul ne douta ni des révélations, ni de la vision angélique. Comment ne pas croire que Dieu ne prit en
(1) Dom Brugelle5,M. d'Aignan.
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pitié la détresse du genre humain. Le vicaire de J.-C donna le signal; la trêve fut solenndleipMnt piomnl* guée au G>ncile de Germont. Mais la voix du aouve* rain-pontife, d'abord couverte d^applaudissemenls, te perdit bientôt dans le lointain. On n^arréta jamais tout-à-coup les débordements d^un siècle; il iautdu temps aux passion» pour se calmer. Aussi, presque tous les G>nciles renouvelèrent la prescription. Guillaume profita du double droit que lui donnait son titre de légat et de métropolitain. Il fit Tordonnance suivante que nous transcrivons toute entière. Mieux que nos paroles, elle nous peindra et le mal et les mœurs de l'époque.
c( Guillaume (1), par la grâce de Dieu, archevêque d'Auch et légat dusaint-siége, à ses très-chers frères en J.-C., les vénérables évéques et les autres prélats des églises, à ses chers fils les comtes, vicomtes et barons, à toutle clergé et les peuples de la province ecclésiastique d'Auch , salut et bénédiction. Tenu par le devoir de notre charge de pourvoir au bien des fid èles commis à nos soins, et pressé par les ordres du souverain-pontife à qui il appartient de veiller à l'avantage de toute la chrétienté, nous devons nous occuper plus spécialement de la paix et trêve de Dieu. Ainsi, d'après les statuts du Concile général récemment tenu à Rome , nous ordonnons de la part de Dieu, du seigneur pape et de k nôtre qu'elle soit inviolablement observée de tous; en voici la forme. Il y aura trêve depuis le mercredi après le coucher du soleil jusqu'au lundi après son lever; depuis le dimanche de l'Aven t jusqu'après l'octave de
(1) Cartulaire de Lescar, Marca, page 397.
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rEpiphanie, et depuis la Septuagésime jusqu^après Toclave de Pâques. Si quelqu'un la viole, que son suzerain et Tévéque avec le peuple le forcent à réparer le dommage selon le jugement de Tévéque, du su zerain et des autres barons. Si le suzerain, les barons ou le peuple ne s^en mettent point en peine, que les suzerains et les barons ment excommuniés, et toute leur terre soumise à Tinterdit, nonobstant tout privilège contraire. Durant ce temps, durant toutes les fêtes de la Vierge, ainsi que le jour qui les précède et les suit , les fêtes de St-Jean- Baptiste, de St-Pierre et de St<Paul, et de la Toussaint, et durant Toctave de la Pentecôte, que tous ayent paix et sécurité. Que les chanoines, les moines, les prêtres et les clercs, toutes les personnes vouées à la religion, les pèlerins, les marchands, les paysans allant et venant et se livrant à Tagriculture, les anima ux dont ils labourent et avec lesquels ils portent leurs semences aux champs, en jouissent en tout temps , aussi bien que les dames avec ceux de leur suite, pourvu qu'ils soient sans armes, et toutes les femmes et toutes les propriétés du deigé, et des religieux et les mouUns. Toutefois , nous n^entendons point aller contre les droits et les coutumes des suzerains et des seigneurs des terres. Que les ^Uses aient une franchise ou sauveté de trente pas de droonférence, et les monastères une de soixante. Pour que ces injonctions soient mieux observées, nous ordonnons que depuis Tâge de sept ans, les comtes, les vicomtes, les barons et le clergé prêtent entre les mains de Tévêque, etle peuple entre les mains des prêtres le serment 4^ob8erver la paix et la trêve de Dieu selon la teneur prescrite, d'en poursuivre les violateurs et de n^acheter sciemment aucune de leurs rapines. Si quel-
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qu'un attente contre ce décret, soit en ne prêtant pas le serment , soit en ne })oursuivant pas les violateurs , soit en les prenant à leurs gages, soit en les favorisant ^ soit en leur donnant asile , soit en achetant les choses volées par eux , que le suzerain du coupable et toute sa terre, s'ils n'en tirent pas une juste vengeance, soient soumis à l'interdit et à Texcommunication, nonobstant tout privilège contraire. Que les excommuniés ne soient point salués, qu'on ne coupe point les cheveux de leurs têtes, qu'on ne leur offre point l'eau pour se laver, qu'ils ne mangent point sur une nappe , qu^on ne les reçoive pointa la communion chrétienne, excepté pour le baptême des enfants et pour leur donner la pénitence à leurs derniers moments. Que le seigneur et les fidèles qui auraient aidé à la paix, de leurs bras ou de leurs conseils et combattu contre ces violateurs, s'ils meurent dans une vraie pénitence, occupés au service de Dieu, ne doutent point d'avoir, par l'autorité de Dieu, du seigneur pape et de toute l'Eglise , l'indulgence de tous leurs péchés et les récompenses étemelles; aux autres qui auront pris les armes et combattu contre eux, nous accordons deux ans d'indulgences et donnonsà leur évéque le pouvoir d'en octroyer une plus longue s'ils le jugent convenable. Nous ordonnons que tous ceux qui refuseront d'obéir aux évêques à cet égard soient privés de la communion; enGn, que les évêques ou les prêtres qui ne s'opposeraient pas fortement à ces violations, soient privés de leurs charges jusqu'à ce qu'ils aient obtenu le pardon du siège apostolique. )>
L'Eglise, en arrêtant les combats journaliers, voulait non seulement protéger le sang de ses enfants , mais encore mullipli^er les soldats de la croix. Les hostilités
avaient recommencé en Espagne. Centule ne pouvait longtemps rester oisif dans le Béarn. A l'exemple de SCS pères, il s'empressa d'aller se ranger sous les drapeaux d'Alphonse. Il prit part à toutes ses expéditions et périt aveclui le 17 juillet H 34 à la journée de Fraga, si fatale aux armes chrétiennes (1).
Sans-Parra , (jui avait suivi le vicomte, fut fait prisonnier ainsi qu'un grand nombre de ses compatriotes, et comme eux il allait être transporté en Afrique d'où étaient venus une partie des vainqueurs. La nuit qui précéda le départ , St- Bertrand (2), mort alors depuis dix ans, apparut environné de lumière dans l'affreux cachot où il gémissait, et lui dit qu'il venait acquitter la promesse qu'il lui avait faite au nom du ciel. En même temps il lui ordonna de le suivre. Les chaînes tombent aussitôt d'elles-mêmes, les portes de la prison s'entrouvrent et ils se mettent en marche. Parra crut d'abord être le jouet d'un de ces rêves flatteurs qui viennent quelquefois caresser l'infortuné sur la couche de sa douleur. Mais quelle ne fut pas son agréable surprise, lorsqu'au jour naissant il se trouva à Esquitto dans la vallée d'Aspe. Le saint lui recommanda alors d'aller rendre grâces à Dieu sur son tombeau, et dispaniL L'ancien captif prit à peine le temps de se faire reconnaître de ses parents et de ses amis, et s'achemina vers le Comminges, dont l'église célébra depuis celte délivrance par une fête particulière.
(l)SanU, liv. 1, ch. 52. Orderic Vital , liv. i3. Blarca, liv. 5, ch. 27. — (2) Vie manuscrite de St-Bcrirand. Bréviaire du diocèse de Convennes.
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