CHAPITRE III
Gni&urde» im deCeitale, Tieoate de BJini, ueeède i m frère.— Caotile, mkk Bi{orre» lê liisse qn'ove lllle ■triée u Tieoote ie Kirsu.— Mtrt k Benarélll, eoate d'Amiiiie. — Adilur » eoitesse de Faente , li reiTe , MDi lui postérité. — Gériod , eeite d'Arnifue » s'empire di Fezeisie. — Haim de MoBtes^ion. — Fondilien des abbayes de Berdones et de Giioat. — Ceatesd*Astarae.— Fondation de la Case-DieD.— Contes de Pardiae. — Goales de Cmniiges. — Coites de Foii. — Zèle de rarcketifie d'Aieh. — lieeidie de II Tille de &iierre.
Centule, vicomte de Béam, ne laissa point d'enfants; avec lui finissait la descendance masculine des premiers vicomtes. La maison de Béam ne comptait plus qu'une fille, Guiscarde, née, comme Centule, de Gaston et de Talèse, et veuve de Pierre II, vicomte de Gavaixet, dont elle n'avait eu qu un fils encore en bas âge. La mère et le fils (1) furent appelés à recueillir la succession. Plusieurs actes «de ce temps, dit M. Faget de Ikure (2), présentent les noms réunis de Talèse, de Guiscarde et du jeune vicomte Pierre. La vicomtesse Guiscarde conserva la seigneurie de Notre-Dame-du* Pilier; mais la ricombrie de Saragosse sortit de sa maison. C'était une dignité personnelle qui ne se transmettait point encore aux héritiers. Talèse avait part au gou* vernement, et peut-être exerçait-elle une juridiction indépendante dans le pays conquis par Gaston. On eu
(1) L'Art de yérifîer les dates. Marca, liv. 5, ch. 28. — (2) Essais historiques sur le Béarn.
DK LA GASœCKE. 159
roit un exemple dans le bailliage de Mixe. Espagnol le Labour, partant pour le siège de Saragosse, vendit i Tabbé de Sordes la moitié de Tëglise St-Félix-deîarris. Arnaud de la Guingue allant à Jérusalem engagea à Tàbbé l'autre moitié de la dlme, et la lui vendit 1 80VI retour pour quatre cents sols Morlas, cinq marcs Targent, une mule et un mulet Muni de cet argent, il «partit et alla se faire tuer à Campodoliente. La fille mique de la Guingue attaqua cette vente ; Tinstance ut portée à la cour de Talèse. Les juges qui la compoaient étaient Sault, Domy, Beaumont et Cassabé.
S^il fallait en croire un cartulaire (1), Centule de Bipne aurait été alors en lutte avec la dame de Mira- Bond et Garsie Arnaud de Navailles , au sujet de [odqaes terres, et Guiscarde se serait engagée à garanir aononde de tout trouble, et lui aurait même donné les otages pour sûreté de son engagement Mais le fait !St supposé, ou plutôt les dates sont fausses» Il s'agit Mm de ce Centule , mais d'un autre Centule son petitila. Le grand-père mourut avant 1128, ne laissant TAmable, sa femme, qu'une fille nommée Béatrix (2), naiiée à Pierre, vicomte de Marsan, fils de Loup Aner [ne nous avons mentionné, et dont la famille, comme oate»ces maisons vicomtales, ne remontait qu'aux preoiers jours du xf siècle. Le comte de Bigorre, à l'exemile de Bernard, son frère , s'appliqua à faire fleurir la uslioe dans son comté. C'est lui qui donna aux villes de Tarbes et de Lourdes les premières coutumes que nous enr connaissons. Les trois fils de Centule de Béam furent ainsi les législateurs de leurs peuples.
(1) CartuUire de Bigorre. Manuscrit du Séminaire d*Auch. — 1) Même maDUScrit, Harca, TArt de yérifier les dates.
L'archev<kjue d' Auch, longtemps avant la journée de Fraga, avait envoyé des secours au roi d'Aragon. Ce prince, pour lui témoigner sa reconnaissance, dota le chapitre d'Aucli de l'église d'Alagon (i)etde quelques biens situés dans le diocèse de Saragosse. Notre métropole ne jouit pas longtemps de cette libéralité. A la mort d'Alphonse, l'évéque de Saragosse réclama Alagon et les terres données. La contestation fut portée à Rome; mais quoique Eugène III et Anastase IV, son successeur, eussent jugé en faveur de notre église, Tévcque Espagnol garda ce qu'il avait envahi en donnant à l'archevêque d'Auch une faible indemnité.
Guillaume fut plus heureux avec Adalmur, veuve du comte d'Armagnac; Bernard III était mort sans qu'on puisse assigner l'année. Il avait laissé de sa première femme deux fils (2) : Géraud, qui lui succéda dans le comté d'Armagnac, et Othon dont on ignore le sort, et qui eut pour apanage la vicomte de Magnoac, c'est-àdire la ville de Mauléoji et quelques terres voisines. Le reste du Magnoac était partagé entre la maison d'Astarac et celles d'Aure et de Labarthe. Ces divers partages ne jettent pas peu d'obscurité sur l'histoire des seigneurs de Magnoac. D'Adalmur, Bernard n'eut qu'une fille, Béatrix, que les uns (3) marient au vicomte de Béarn, et d'autres, sans nul fondement, à un seigneur d'Armagnac ou peut-être même à Géraud , mais qui vraisemblablement mourut sans avoir contracté d'alliance.
Adalmur, sa mère , en perdant son mari, rentrait
(1) Cartulaire d'Auch. — (2) Grands Officiers de la couronne, r\rl de vérifier les dates. — ;3) Oihénarl.
maîtresse du comté de Fezensac. Les chanoiaes de Ste-Marie avaient été dépouillés injustement des moulins de Chélère. L'archevêque revendiquait encore l'église de Ste-Marie d'Eauze que le pape venait dans sa bulle de relater parmi les possessions archiépiscopales. Les moulins avaient été engagés au comte de Fezensac pour la somme de cent sols. Le chapitre rendit le prise de rengagement et recouvra ses moulins. Âdalmur restitua (1) aussi la moitié de Téglise réclamée et garda Tautre. Elle traînait une vie languissante lorsqu'elle souscrivit à cette restitution. Elle ne tarda pas à descendre dans la tombe, et sa mort fut suivie de près de celle de sa fille. Avec celle-ci finissait la descendance d'Astanove et peut-être de la maison de Fezensac.
Le cartulaire d'Auch (2) lui donne pour ligne collatérale les barons de Montesquiou; les termes sont formels : a Moi, Arsius de Montesquiou, fils de Raymond Aymeric, frère du comte Guillaume Astanove. » Raymond Aymeric est désigné dans un acte comme un des grands seigneurs du comté de Fezensac. Son fils Arsius possédait des droits sur plusieurs églises aux environs d'Audi, et ces droits il les tenait de son père {expaternd successione). Il avait un territoire aux portes de la ville par droit héréditaire des comtes de Fezensac (jure herediiario cansuhmi). Enfin , le domaine de Montesquiou, sans être très large, n'était pas sans importance. Fourcés donné jadis à un autre puiné et la jiariie de Magnoac qui vient d'écheoir à Othon ne le valaient peut-être pas. Ajoutons que la filiation légitime a été
(1) CartuUirc d*Aueh. — (2) Ch. 37. Dom Brugellcs, Pièces justitcalitaf , p. 24 et suiv. M. d'Aigoan, aussi Pièces jiisiificativcs.
adoptée par les ouvrages les plus justement estimés, ks grands Officiers de la couronne^ tArt de i^ér^r les dates^ Moreri et Marca, et proclamée par dom Merle, dom Qément, dom Poirier, Bretigni, Gamier , BejoC et Dacier.
Certes, ce n^est pas nous qui attaquerons ce qui a pour sm toutes les autorités que la science vénère et renomme. Cependant Timpartialité de Thistoire veut que nous ]e remarquions : si cette descendance est adume, les barons de Montesquiou avaient des droits pour le moins aussi naturels que qui que ce soit au comté de Fesensac; et toutefois, non seulement ils ne sVn mirent pas en possession, mais aucun monumentconnu n'atteste qu'ils aient fait le moindre effort pour le revendiquer. Tout, au contraire, semUe prouver que Géraud III, chef de la branche cadette, recueillit paisiblement l'héritage de sa sceur consanguine. Vmci ce que nous lisons dans la seule charte (1) qui non» parle de cette saccesàon. Après la mort de la eomtesse Adalmur et de sa fille, le comte Géraud désirant avoir le comté de Fesensac, eut soin de confirmer ainsi que Bertrand son fils la restitution faite par la comtesse; et au milieu d'un immense concours de peuple, ]a main étendue sur Fantel de la bienheureuse Marie , le père et le fils jurèrent qu'ib renonçaientà jamais pour eux et leur postérité i toute prétention sur les moulins. Cest alors sans doute que Géraud et son fils renouvelèrent Thommage voué à Ste-Marie par le comte Bernard III. Seulement la redevance établie en nature, ils la changèrent en dôme
(i) Cartulaire d'Auch , ch. 99. Dom Bragelles et M. d'Aigoaa, Pièces justificatives.
9oi$ Morlas qui devaient se prélever aux foires de Nogaro sur les péages des deux portes de lancien bourg. Ces événements eurent lieu vers Tau iHO. Depuis cette époque les deux comtés ne furent plus sépares. Géraud et ses successeurs écartelèrent leurs armes de Tun et de Tautre. Dans les titres et les actes T Armagnac eut le paSt mais dans les états du pays le Fezensac garda sa prééminence. De la quiétude avec laquelle les barons de Montesquiou acceptèrent ce. fait , plusieurs ont auguré, ou que le cartulaire postérieur à Tévcneœent a été induit en erreur, ce qui certes n'est pas sans exemple, ou que la filiation venait de la main gauche. La barooie de Montesquiou leur parait d^ailleurs trop petite pour un puiné de Fezensac, les apanages étant €0a)oai9 pn^rtionnés à la grandeur de la famille. Enfin, disentrils, si les Montesquiou eussent appartenu a la branche aînée, ils auraient même après avoir été évincés, conservé une place à part au dessus de la noblesse jde Fesensac, et toutefois ils ne paraissent jamais les premie», mais toujours les seconds <^).
(*) Oa caaaalt le proverlie qui fiiait le rang de nos qaalrc dcraîers grands barons.
Parh Montaout : Àrrespond MonUiquûm.
Esùomto PardeiUan ; Que dise$ tu, LahiUo?
Parle, Montant, et réponds Montesqukra.
tcoole Pardeillan; toi, Tlslc, que dis-tu ? Nous aurions cru faillir aux devoirs sacrés defhistoirc, si nous n'avions mis sons les yeux de nos lecteurs les pièces d'un procès qui «rêta à la fin du dernier siècle les regards de la France entière. Que chacun prononce; mais quel que soit le jugement, la place est belle pour les barons de Montesquiou. Nulle famille de la province n'a eu plus d'illusCcations. Ni la pourpre romaine , ni le bdlon de auréclialy ni les ambassades , ai le ministère, ni la pairie, rien ne lenr a manqué.
Pendant que la branche alnëe se mourait, la branche d'Astarac poussait de nombreux rameaux. Bernard I*, chef de cette branche, fut marie (i) deux fois. De sa première femme, morte jeune, il eut Sa nche et Bernard, et de Longue-Brune la seconde, Bibelmont, Béamond ou Boëmond. Ces trois frères su ccédèrent ensemble k leur père. Chacun d'eux prit le titre de comte d'AsUrac, ce qui prouve qu^ils gouvernaient par indivis. Sanche II, appelé quelquefois Asnaire^anche, avaitëcé associé au gouvernement vers le commencement du siècle. En 1 134 , il fonda avec son père, sous la juridiction et entre les mains de Walter , abbé de Morimont, et de l'agrément de Guillaume d'Andoufielle, archevêque d'Auch, Tabbaye de Berdoues près de Mirande (de Bardonis^ terre des Bardes). Les deux comtes donnèrent la terre de Berdoues avec ses dépendances, les bois de Violes et quelques autres possessions. Les seigneurs de Sariac, de Barbazan, d'Orbessan, de Mauléon et une foule d'autres s'empressèrent d'y ajouter leurs libéralités. Parmi cette noblesse, ceux qui ne purent pas confirmer leurs dons par leur signature l'attestaient en jetant en l'air de légères branches d'arbres, et tous disaient : Je donne (2).
Le nouveau monastère, achevé en 1438, devint bientôt un des plus riches de la contrée, et eutpresqu'à sa naissance deux filiations : Eunes dans le diocèse de Toulouse et Gimont dans le diocèse d'Auch^ Géraud du Brouil, seijgneur du Brouil, de Castelnau, de Mar-
(1 ) L'Art de vérifier les dates , Manuscrit de M. d'Aîgoan. — (2) Principes et priores milite* Àstaraci qui ititim donum non potuerunt ipsà manu firmare iltud affirmabant jaetu ramorvm , singuli clamantes : ego dono.
DE Là GASCOGNE. 165
niont ouMiramontet dcFlorensac, Gaulseos, sa femme, Guillaume, Raymond et Géraud, leurs fib, elMathilde, épouse de Guillaume, donnèrent à Albert, abbé de Berdoues, établi par Walter, toute la terre de Caiiusac, d^Ar- Ugues et de Planseuve avec Téglise rurale de Gahusac, bâtie par leurs ancêtres en rhonneur de la Ste-Vierge. Cette libéralité fut pour condition qu'on bâtirait dans la forêt de Planseuve ou de Laplagne une abbaye qui prendrait le nom de Gimont (^), de la Gimone qui baignait la forêt, et lui assurèrent une entière immunité, ne ràervant que Thommage et le serment de fidélité an comte d^ Armagnac ou Fezensac. L'acte fut passé au eh&teau de Miremont près d'Aubiet , le 7 avril 4 1 42 , en présence de Tarcbevêque Guillaume qui approuva el ratifia la donation, et devant Anez, chapelain de Miremont, Bernard Aner d'Aubiet, Pierre de Larroque, dianoine d^Auch, Thibaud de M aravat, Sanche d'Arcamont, Garsie de Pessoulens, Guillaume d'Ame et Assinde St-Guiraud, presque tous chevaliers. Les fondements en furent jetés le 47 octobre 1 H5, et les travaux avancèrent si rapidement, qu a la fin de Tannée suivante la maison fut habitée. Sa prospérité s'accrut sous Arnaud de St-Justin, son premier abbé et ses successeurs; et plus féconde que Berdoues, sa mère, elle compta bientôt quatre filles, Sauvelade dans le diocèse de Lescar, Roter, Buxère et Junquère en Espagne.
Après la ihort de Bernard I*', arrivée peu après la fondation de Berdoues, Longue-Brune, sa veuve, se sentit pressée de quitter le monde. Sanche et Tarchevéque
(*) Charte de la fondation de Gimont , Gallia Christiana , I»a9e 1028.
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d'Auch lui bâtirent (1) le monastère de Bonheu(de bono îocoj d'où nous avons fait Boulau) sous la r^Ie iê Fontevrauld, et Ten établirent prieure. Deuic ans après, Sanche dontia à la prieure et à ses religieuses une forêt considérable dans le voisinage avec quelques terres adjacentes, en pr&ence d'Odon de Semerâes^, de Pierre Desbarats , de Vesian de Marrast et de Sanche Forint son paysan {Stmcicus Forto uiUîcus contitù). Sa yie aé prolongea jusqu'en 1 1 67. On ignore s'il liit marié, mak on est assuré qu'il ne laissa point d'enfants. Behiard IIj son frère germain, ne fut pas moins généreux que loi pour l'église. Toutefois, sa piété ne lui fit pas oublier les soins du gouvemeufent. Il fit bâtir (2) de oonceft avec Gkiillaume Arnaud Desbarats {de F'alkuis)^ k ville et le château de Castelnau-Barbarens. he^ deux fondateurs donnèrent (3) ensemble à la nouvelle irille des coutumes que nous verrons renouveler plus tard. Bernard dut précéder son frère dans la tombequoiqu'en dise l'Art de vérifier les dates, qui le fait vivre jusqu'en 1 204, le confondant ainsi évidemment avec Bernard III son fils. Bernard ne parait que jusqu'en 1 ^ 48. H laissa deux fils, Sanche et Bernard; kr second seul nous est connu. Quelques-uns attribuent à ce Bernard et à Sanche son fils , la fondation de Berdoues que d'autres donnent â son frère et à son père. La simiUtude des noms et des titres a fait naître cette confusion et ne permet goère de la débrouiller avec assurance^
Boémond, frère consanguin de Sanche II et de Ber^ nard II, et co-seigneur (4) avec eux de l'Astarac , fil
(1) Dom Bruxelles, M. d'Aignan.— (2) L'art de vérifier les dates. (3) Manuscrit de M. d'Aignan. -— (4) L'Art de vérifier les dates.
DE LA GASœCNE. 167
planeurs donations au monastère de Boulau, gouverne par Longue-Brune , sa mère. Rouge {Rubea) sa femme et ses trois filles, Marie, Marquèse et Béatrix s^associèrent à ses générosités.
Guillaume de Pardiac, chef de la branche puinée d^Aatarac, entraîné parles passions et suivant des exemples encore assez fréquents dans ce siècle , répudia (1 ) sa femme et épousa Constance. Bientôt, toudié de remords et cédant à la voix de BAjtnond , archevêque d^Âuchi il donna à Ste-Marie, en expiation de son divorce, la terra qu^il possédait à Âuch avec les paysans {cum rusticia) qui la travaillaient. Il j ajouta ensuite en son nom et au nom de tous ses parents les rentes et la piopriété dont il jouissait à Ste-Qiristie. Pour mieux expier sa faute il contribua puissamment, en 1 1 35, avec Bomard, comte d^ Armagnac, à la fondation de Tabbaye de la Case- Dieu (2). Chrétien, maître d'une chapelle dédiée à la Ste-Vierge, Tabandonna à Guillaume d'Andonfielle. Uarchevéqueeut recours à Gautier, abbé de St-Martin de Laon, qui mena dans le Pardiac une colonie de ses religieux. Bernard de Troncens, seigneur de Peymsse, de Tourdun et de Juillac, donna le local pour bâtir le monastère qui appartenait à Tordre de Prémontré. Cet ordre était récent dansFéglise : S^Norbert son fondateur était mort Tannée précédente sur le si^ de Magdebourg.
Les nouveaux religieux furent à peine connus dans le pays, qu'ils reçurent des dons de toutes parts. Pierre, comte de Bigorre et vicomte de Marsan, les introduisit
(1) Le P. Montgafllard , Manuscrit de M. d'Aigoon. — (2) Ma- •usent de la Caae-Dieu.
i6S HISTOIRE
dans Tabbaye de la Castelle occupée par des chanoioetf réguliers de St-Âugustin dont la vie n^était pas très édifiante. Pierre, évéque de G)userans, ^t Arnaud^ comte de Pailhas , s'unirent pour établir une abbaye dans une vallée nommée Combelongue. Ils obtinrent de Bernard I",abbé de la Case-Dieu, des religieux pour la peupler. L'hôpital de Notre-Dame de Vic-Fezensac fut donné par uu prêtre nommé Forton. Vital oonna par le nécrologe de la Case-Dieu fonda Tabbaye de Lacapelle^ diocèse de Toulouse. Kabbé Bernard, charge de pourvoira quelques autres établissements, ne put pas en prendre possession sur-le-champ. Néanmoins il en fit confirmer, en 1 1 43, la fondation par Bernard, comte de L'Isle- Jourdain , fils de Jourdain I". Celui-ci ( 4 ) éti^it né sans doute dans l'expédition d'ôutre-mer, où son père se signala et avait été baptisé dans le Jourdain^ Cest de lui et de ses descendants que la ville de Flsle a pris son suniom , ou plutôt sur les ruines du château de Sillio, Jourdain en bâtit un second que Ton appda bientôt du nom de son fondateur. Comme son père, il s'attacha aux comtes de Toulouse, et ne laissa d'Alver de Muret, fille de Geoffroi , seigneur de Muret , que Bernard. C'est ce Bernard qui venait de succéder à son père quand il donna son assentiment à la fondation de I^acapelle.
L'abbaye de la Case-Dieu fut encore mère de celle de Divielle dans le diocèse de Dax, de la Honce dans celui de Bayonne, de Font-Caud dans celui de St-Pons. Elle enfanta aussi le prieuré de Labarthe et les abbayes (le Betpouy , de Rctorte , de Lidan et d'Ourdache en Kspagne. Ces développements lui méritèrent longtemps
(1 ) Grands Ofûcicrs de k couronne, tom, 2, Dora YaisscUc, tom. 2,
DB IJL GASGOGIIE. 169
Thonneur d^oecuper le premier, rang parmi les monastères de jfordre de Prcmontré dans la province de Guienne.
La religion ne tarda pas à triompher dans le cœur du comte de Pardiac , si déjà le triomphe n'était pas consommé en 4 1 35. Du moins, en 1 H2, Marie, sa première fenmie , avait reconquis ses droits et sa place* Elle accompagna son mari à Auch, et durant ce voyage, Guillaume transigea avec le vicomte de Gavarret sur certains fonds qu'ils se disputaient. Un échange accepté des deux seigneurs ramena la paix entre leurs maisons. Cet acte est le dernier trait connu de la vie de Guillaume (1). Il mourut le quatre avril selon le nécrologe de St-Mont qui ne iixepas Tannée. Les auteurs se divisent sur son successeur. Dom Clément (2), dans TArt de véri6er les dates, le fait remplacer par Boémond son fils qu'il conduit jusqu'en 1 1 82, et à qui il ne donne de sa femme Rouge que deux filles, Marie et Marquesie, et à Boémond il fait succéder Otger son parent et peutêtre son gendre. Il s'appuie de l'autorité d'Oihénart qui nouune Boémond après Guillaume et le soupçonne d*étre le même que Boémond d'Astarac. Alors s'expliquent le nom de Rouge donné à sa femme , et les noms de Marie et de Marquesie donnés à ses filles. Mais ce soupçon est peu vraisemblable. Aussi Oihénart est-il loin d'affirmer comme dom Clément. Dom Brugelles (3) fdace après Guillaume, Bernard Licier, un des bien&iteurs du couvent du Brouil dont nous parlerons plus tard, Odet de Biran, et enfin Otger II ou Auger
(1) L'Art de vérifier les dates. — (2) Ouvrage précité, tom. 2, page 280. — (3) Chroniques d*Aucb.
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quHl croit avoir épousé Thérilière du Pardiac Le Père Anselme (1) est plus explicite. Â Guillaomii^ il âonne deux fils, Boémond, et Bernard dont il faitralaé et qu^il dit avoir été présent à rechange fait entre son père et le vicomte de Gavarret Ce Bernard aurait possédé le comté en 1 174 et vécu jusqu^en 1 182, épocjue oà ilfil une donation du consentement d^ Amélie sa femme et de ses six enfants dont Otger était Tatné. Enfin, M. Fabbé d^Aignan (2) dont le travail nous a été si utilci est plus prudent dans ses assertions. Il s^arréte après Boémond et prétend qu^il n'y a cpi'incértitude pendant près -de cinquante ans; mais lui aussi, comme tou3 le& autres, se rattache à Otger. Après une pareille divei^enoe, et quand im nouveau titre ne saurait être produit, à qum bon hasarder des conjectures ? Mieux vaut adopter Otger de prime abord.
Celui-ci était-il étranger à Tancienne famille de Pardiac, parvint-il au comté par son mariage avec l'héritière du dernier comte; était-il surtout petit-fils de Guillaume ? nous n oserions rien décider. La donation qu'indique le Père Anselme dissiperait bien des doutes, mais nous n'avons pu la vérifier; nous savotis seulement que les grands comtés ne passèrent jamais en des mains étrangères sans que ce changement ne làt enregistré dans l'histoire. Les comtes de Pardiac eurent d^aiUeurs toujours rang parmi les hauts et puisants seigneurs dn pays. Ils prirent le titre de comte par la grâce de Dieu. Enfin, ils se placèrent constamment à c6té des comtes d'Astarac et des vicomtes de Fezensaguet. Toutes ces
(1) Grands OfGciers de la couronne , tom. 2, p. 627. — (2) Manuscrit d'Auch.
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preuves démontrent irrcfragablement, ce nous semble» qn'Otger appartenait à la grande souche de Mitarra et tenait à la famille qu il devait perpétuer.
Les longues hésitations de Thistoire sur les comtes de Qmuninges s'étaient^ comme nousTavons vu, fixées a Bernard II qui possédait seul le comté en 1 1 30. Il s^en*^ tremit (1) avec le comte de Toulouse etavec Roger III, fils etsaocesseur de Roger II, comte de Foix, pour rétablir la paix entre Ramire, rm d'Aragon, et Alphonsci roi de Outille qui le combla de libéralités. Il assista ensuite avec eux au couronnement d'Alphonse en qualité d'empereur de toutes les Espagnes. Une origine vraisemblablement commune, ou du moins des liens de parenté qui unissaient les principaux seigneurs de TAquilaine aux souverains delà Gistille, expliquent assez dans cette occasion leur présence au delà des Pyrénées, sans qu'il soit nécessaire de recourir à deshoaunages ou à un vasselage que révent les auteurs Espagnols, et dont on ne trouve nulle part un acte authentique. En 4438, Bernard fut témoin (2) d'un désistement assez étrange. Jusqu'alors les comtes de Toulouse avaient joui du droit de se saisir de la dépouille de leur évéque après sa mort Alphonse renonça solennellement à ce droit en présence de fout le peuple de Toulouse, assem-blé un dimanche dans l'église de Sl^Etienne. Roger de Foîx et Gautier, vicomte de Tarride, le premier seigneur de oe nom qui nous soit connu , assistèrent aussi a œtte cérémonie. La vicomte de Tarride s'étendait dans le Gimois, ainsi nommé de la Gimone qui l'arrose^ vers le confluent de cette rivière avec la Garonne. Se»
(1) Dom Tateelte, tom. % — (â) Le même.
172 HISTOIKB
maîtres prenaient indifTëremmeut le nom de viœmie de Gimont ou de Tarride, château qui était le chef-lien de leur domaine.
Roger III venait de fonder (<), en ^i 36, de concert avec la comtesse Ximène sa femme, la commanderie de ViUe-Dieu, la première que les Chevaliers du Temple créés à Jérusalem en 1 120 aient possédée dans nos contrées. Trois ans plus tard, Tabbé de Lesat assembla les nobles du pays, et à leur tête les comtes de Foix et de Comminges, et leur exposa le triste état où les courses des gens de guerre avaient réduit son monastère. Pour le mettre à Tabri de toute attaque, on Tentoura de murs ainsi que le bourg, et on y ajouta un château fortifié. Ainsi naquit la ville d^esaL Le comte de Foix renonça k cette occasion à tous les droits qu^il avait sur Tabbaye. Le comte de Comminges et les autres seigneurs imitèrent cet exemple et tous promirent de ne jamais se fiadre la guerre dans les limites de Tabbaye et de ses dépendances. Au nombre de ces dernières se trouvait le prieuré de St-Béat où Ton possédait alors les reliques du saint Roger de Nur , successeur de St-Bertrand , en iivait fait la translation en i\ 32. Cet évéque était frère de Bernard de Montant qui se joignit à lui pour donner Téglise de Nur à Raymond, évéque de Toulouse et à son chapitre. Il s'employa, en 1 1 36, à la fondation de la plus riche abbaye du Comminges. Flandrine de Montpezatet ses trois fils, Bernard, Fortaner et Guillaume, donnèrent à Tabbé Walter , que nous avons vu recevoir Berdoues, la terre de Bonnefond (2). L'abbé de Morimont y envoya des religieux qui y vécurent quel-
(1) Dom VaiMctte, lom 2. — (2) GaUia Chriêtiana.
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que temps de racines, d'herbes et de feuilles d'arbres, et purent à peine y élever quelques murs à demi couverts de broussailles et de pampres de vigne sauvage. Encore furent-ils troublés dans leur possession, ce qui les obligea de s'éloigner; mais Tévéque, affligé de ce départ, leur envoya divers messagers, et parvint à force d'instances à les faire rentrer dans Bonnefond où se fit une nouvelle assemblée plus nombreuse que la première. On y confirma les libéralités précédentes et on y en ajouta de nouvelles.
Roger , qui s'était montré si actif pour Bonnefond, fonda encore le prieuré de St-Laurent de l'ordre de Fontevrauld, et le donna à Longue-Brune, prieure de Boulao* L'acte en fut passé en 111 1 , en présence de rarchevéque d'Âuch et des comtes de Toulouse et de Gumninges. L'évéque mourut l'année suivante.
Le comte de G>mminges avait épousé (1) vers l'an H 36, Dias (*), fille et héritière de Godefroi, seigneur du château de Muret II en eut quatre fils, Bernard, Roger , Odon surnommé de Samatan parce qu'il ent vraisemblablement cette chàtellenie pour apanage, et Fortanier. H en eut aussi une fille nommée Bernarde qu'il maria presqu'au berceau avec Roger, vicomte de Carcassonne. Il la dota des châteaux del'Isle et de Caselas dans le Comminges. Son beau-père y ajouta le diâteau de Muret; mais ce mariage ayant été stérile, tous ces châteaux rentrèrent dans la maison de Gomminges. Bernarde survécut à son mari et retourna auprès de son père, qui mourut en 1 1 40 , assassiné dans
(1) Grands Officiers de la couronne.
(*) Voir la note 10 à la fin du folumo.
une embuscade près de St-Gaudens. Bernard IV atait eu de longs et vifs démêlés avec Pierre, ëvéqoe de Gonserans, auquel il voulait arracher le paréagede St-Lizier. Apnt trouvé le moyen de s'introduire par ruse dans la ville (1), il la pilla , la livra aux flammes et en amena les habitants prisonniers à St-Girons. St-Li« zier demeura sept ans désert, parce qu'il ne voulut jamais permettre qu'on en réparât les murs si on ne lui en donnait une portion.
Las de ne pouvoir rien obtenir , il attaqua Tévéqoe lui-même quoiqu'il lui fût lié par les liens de Taffinité, le prit et le retint captif sous une garde étroite, jusqu'à ce quUl lui eût arraché un traité qui lui abandonnait la moitié de la ville. Cet accord trouva de noiBliieiix contradicteurs dans tout ce que le chapitre oomplait de plus honorable; mais bientôt l'auteur de ces violences apnt été blessé à mort dans une embuscade près de St-Gaudei», fit appeler près de lui les évêqnes de Ton* louse, de Comminges et de Gonserans, et les abbés de TEscale-Dieu et de Bonnefond, et entre leurs mains il rendit à Pierre et à ses successeurs les deux parties de la ville qu'il avait extorquées et lui légua même vingt chevaux en réparation de ses injustices. Il fut enterré dans l'abbaye de Bonnefond où il avait chmsi sa sépulture, et fut remplacé par Bernard Odon ou Dodon son fils aine. Ses deux frères se contentèrent de titres seigneuriaux et laissèrent à la branche atnée la quahté de comtes de Gomminges. Dodon gouverna le ocMoté trente-un ans et mourut danslabbaye des Feuillants, où il avait pris l'habit de Gistercien (2) et où il fut inhumé.
(1) L'Art de vérifier les dates. Gcdlia ChriiUana, — (2) L'Art de vérifier les dates. Grands Ofticiers de la couronne.
Roger, comte de Foix, a^ait prëcëdé son cousin dans la toflAe. Avant sa mort, il consacra la restitution que son père avait faite en faveur de Tabbë et des moines de St-Ântonin, du village de Frédelas avec le château et ({uelques hameaux voisins. Il s'engagea en outre à payer aux moines une rente annuelle d'un demi-muid de frmnent, d*un demi-muid de bon vin, d'une vache grasse, de quatre cochons et de quatre sols. L'abbé, de son c5të, pour empêcher le comte et ses successeurs d'envahir les biens de l'abbaye , leur donna la garde du château et du village de Frédelas et des terres adjacentes avec la mcntié des droits féodaux et de la justice. Sous ce paréage (1) le nombre des habitants s'accrut, et du village et des hameaux voisins il se forma une ville ifa^oa appela Pamiers, en souvenir vraisemblablement delavilled'Apaméeen Syrie, où s'était signalé Roger II. Bernard Roger, fils et successeur de Roger III, fit un traité d^alliance avec Raymond Trincavel, vicomte de Bââert, et épousa Cécile sa fille, le 12 juillet 1 154. Ce mariage fut brillant. Cécile lui apportait en dot dix mille B(ÂB Melgoriens , savoir : cinq mille en deniers et cinq mille en sols, les deux châteaux de Ste-Cabelle et de Montant, et quelques autres terres. En 1 167 , Raymond, comte de Toulouse, irrité de ce que Roger, fils de Raymond Trincavel avait, quoique son vassal, rendu hommage au roi d'Aragon, le dépouilla du Carcasses ci de tous ses domaines, et en investit Bernard Roger, son beau-frère; mais Roger ne tarda pas à se réconcilier avec le comte de Toulouse , et l'investiture demeura sans effet. Durant cette querelle, le comte de Foix fut
(1) Dom Vaissette, tom. 2.
appelé en paréage de la ville de Fois par Tabbë de St-Volusien, et lui-même accorda à Tabbë quelques avantages. Ces deux événements sont à peu près les seuls que nous ait transmis Thistoire sur sa longue administration.
Plus heureux que plusieurs de ses suffragants, Tarr chevéque d'Auch ne recueillit durant sa longue carrière que des témoignages d'une sympathie que rien n^altéra. Sous son épiscopat , Pierre , abbé du Mas-d'Aire et sa communauté s'obligèrent à faire à la métropole une rente de dix livres de cire pour un cierge pascal, et obtinrent ainsi d'être admis par le chapitre en participation de bonnes œuvres, ou en confraternité, comme on disait alors. Le chapitre (1 ) s'enrichit vers la même époque de plusieurs autres dons considérables. Deux frères, dont l'un voulait être reçu chanoine, lui donnèrent Antissan et ses dépendances avec la moitié des dîmes qu'ils tenaient de. leurs ancêtres; ilsy ëlaient autorisa par Bernard de Bassoues etses frères qui étaient seigneurs de l'église et des dîmes. Milacon de Lamazère offrit aussi aux chanoines Téglise du lieu dont il portait le nom , à condition qu'ils instruiraient son fils Bertrand dans les belles lettres et l'admettraient dans leur sein. Les conditions agréées, le jeune Bertrand fut conduit dans le cloître; mais, après la mort de son père, il se dégoûta des lettres et de la vie claustrale, il embrassa la carrière des armes et signala sa valeur sur plus d'un champ de bataille. Cependant, au milieu des combats et surtout dans ses nuits solitaires, l'image de son père irrité , les vœux de la religion qui l'attendaient}
(1) Cartulairc d*Aacb) Dom Brugolles, M. d'Aignao. .
DE LA GASCOGNE. Ml
la bénédiction du prélat descendue sur son jeune front se présentaient à son esprit et pesaient sur son cœur. Il ne put tenir à ces reproches ; il revint se jeter aux pieds du chapitre assemblé, demanda et (^tint d'être reçu de nouveau. On lui permit même de disposer de Téglise et de ses revenus, et de distribuer de ses mains deux scis aux pauvres chaque Jeudi-Saint. Uarchevêque , entre les mains duquel il remit son église , la confia aussitôt à un chanoine qui , trouvant Tédifice bâti en boiS) rabattit et jeta les fondements d'une église eu pierre, la même qui subsiste encore.
Chaque siècle a ses travers et ses faiblesses. Voues à la rdigion presque dès leurs berceaux par des parents qui ne consultaient le plus souvent que leur piété ou les intérêts de leur famille, de malheureux enfants sentaient plus tard naître daos leur cœur des inclinations pea religieuses. D'autres fois, jetées dans le dottre par le malheur, par une passion trompée, par une ferveur peu réfléchie , par le besmn d^expier ui^ vie coupable , des âmes ardentes oubliaient quelque temps leurs maux dans le calme de la retraite ; mais bientôt le dégoût et le repentir venaient saisir ces tristes victimes. La plupart luttaient contre elles-mêmes et finissaient sans doute par trouver le repos. Le fleuve le plus impétueux eu battant toujours les mêmes rives parvient à se creuser un lit qui emprisonne ses ondes et calme leur fureur. Et d'ailleurs, au sortir du cloUre, que leur eût donné le monde, surtout à cette époque ? D'autres, plus faibles ou plus passionnés rejetaient le froc, mais il était prèsqu'inoui qu'après quelques années d'une vie orageuse, ils ne retournassent (vis mourir près des niitcls ([iii
178 RisiroiBB
avaient re§U lears premiers serments. Héfiscopéi de
Gaillaume nous en offre encore un exemple.
Raymond-Guillaume des barons de Salbi|zan on Sabazan (1), poursuivi par Tesprit malin, dit la chronique, et ne trouvant nul remède ailleurs, se jeta aitre les bras de la religion et en revêtit les livrées dans le chapitre d^Auch. Néanmoins, la reconnaissance ne Teiichaina pas longtemps dans le doltre. Le noviciat commencé sous de si heureux auspices ne fut point achevé, et le château de ses ancêtres revit bientôt le jeune seigneur plus brillant et plus dissipé que jamais. Là aussi, continue le chroniqueur, Tattendait Tesprit malin pour le tourmenter avec une nouvelle force. Ramené par ses souffrances , Raymond-Guillaume rentra dans le cloître, recouvra de nouveau sa santé, et dans Texcès de sa gratitude, il abandonna tous ses biens au ooqps qui Tavait adopté. Le cartulaire d^Âuch raconte seul^ ment que Raymond-Guillaume, atteint d^nn mal trèsgrave, vint à Auch où il demeura longtemps alité, et que son état s^aggravant, il confessa tous ses pédiés, reçut la pénitence et fit son testament; etconune il avait commis de nombreux excès, il donna à Ste->Marie pour le remède de son âme la moitié de la dlme de Montesquiou que ses ancêtres avaient partagée entre lui et son frère Centule. Ce don fait entre les mains de Tarchevéque fut consenti par Gausion, mère du malade, par E de Marestan, son frère, et par Guillaume Garsias d^Qrbessan, et eut pour témoins Bertrand de Lisle, Bernard de Biran, Guillaume Fuert de Biensan Cellerier, Guillaume de Montant, Fortaner de Labadens, Pierre
(1) Cartulaire d'Aucb, Dom Brugclles , M. d'Aignan, Prearet.
^HP^ DB Ul OASCDGIIE. 179
■ dTAntiâsnoâ, Vicitis de Lasser re, cliânoineSf et Raymond de Merens ou Marrens {de Marenis) , ^cuyer de Raymond-CuilLiutnede Salbajan, Le malade survécut peu k ce dernier acte de ses volont^^, et le chapitre dans sa reconoaUsance lui fit faire des obsèques magnifiques.
La seigneurie de Montesquiou était alors et fut longtemps encore divisée* L'antique famille qui porte ce Dom avait pour chef Raymond Aymeric, fils de Bertrand I" et arrière petit-fils de Raymond Aymeric V\ Raymond |:;^ijerroyaitaveG Céraud d'OrLessan, le parent sans doate de ce Guillaume Garsias dont nous venons de parler* si toutefois il n est pas le uiéme. La lutte
Ifut longue et les chances diverses; mais enfin trahi par U fortune (1)f le baron de Montesquiou tomba au pouvoir de son ennemi, qui le chargea defers et le confina d&nslechateaudeLavardens> Bernard de Montesquiou, ëvéque de Tarbes , onde paternel du prisonnier^ cl
PC^raud de Labarthe, archidiacre d'Auch^ son oncle maternel, s*employèrentaussit6t pour le rendre a la li-
■ berié^ mais le vainqueur fut sourd à toutes les sollici-
■ utmns. Il exigea sept cents sols Morlas, somme bien I forte |>our un simple seigneiu". Ke pouvant autrement
■ briser les fers de sou neveu , Tarchi diacre d'Aueh se décida à les prendre a sa place et se constitua captif au
I chiUïau de Lavardens* Sorti de sa prison, Raymond visita successivement $es parents et ses amis, et implora leur assistance; mais tous les coffres étaient vides ou il$
I se fermèrent à sa prière. Dans sa détresse il se retourna vers rart:hcvéqued'Aurh et son chapitre, et les conjuia avec les plus vives instances de lui prêter le prix exigé
ft)CirtQlaircd*AQch. GatUa ChrUiiam. M, d'Aîpan, Preuves.
pour sa rançon en «icceptant en gage tonte la terre de Berdalc aujourd'hui Aubiet avec les droits qui y étaient attachés. L'offre fut acceptée, et pour preuve qu'acné fut faite de bonne foi/Pinfortuné seigneur se consacra Iniméme à Ste-Marie et demanda à être reçu chanoine sans néanmoins en prendre ThabiL Dès ce jour, en effet, et tant qu'il vécut, il reçut sa part comme les autres membres du chapitre. Cest sans doute à cette occasion que les barons de Montesquiou devinrent chanoines laïques de notre métropole.
Des dissensions bien autrement déplorables que ces écarts individuels attristèrent Tarchevéque Guillaume, gr^nd zélateur de la paix de TE^lise et de la discipline ecclésiastique. Les chanoines de la métropole ne vivaient pas en bonne harmonie avec les moines de St-Martin. Les bornes des deux paroisses assez mal fixées jusques là servaient de prétexte à ces tcoubles. Guillaume les éteignit (\) dans le G)ncile provincial quMl a.«Ki>fnKla à Auch, en H 37 • Ce jugement fut signé de Guillaume de Tarbes, Guy de Lescar, Arnaud d'Oleron, Guillaume de Dax, Bonhomme d'Aire, Vivien de Lectoure, Roger de G>mminges et Pierre de Gouserans. Mais là n'était pas le procès le phis difficile. Les moines de St-Oreos ne pouvaient oublier leur condamnation, et dans leur dépit ils se plaignaient que la paroisse de Ste-Marie envahissait leurs droits. Leur prieur Garsias Eis fit en personne le voyage de Rome pour porter ses plaintes jusqu'aux pieds du saint-Père. L'archevêque députa de son côté deux de ses archidiacres pour exposer ses raisons et combattre les prétentions des Orientains. Eugène,
(1) Cartuldirc d'Auch, Dom Brugellcs.
qui gouvernait alors Téglise, après avoir entendu les deux parties, ne voulut point prononcer et renvoya lafTaire devant Tarchevêque de Bordeaux, les évéques d'Agen et de Tarbes, et Tabbë de Faget. Guillaume accepta volontiers ces juges et les pressa par écrit et de vive voix de venir prononcer leur setitence. Ils le proluipiil tous, mais au jour fixé Tarchevéque de Bordeaux fut retenu par une maladie qui le conduisit peu de temps après au tombeau* Uévéque d'Âgen et Tabbé de Faget ne voyant point paraître celui qui devait préâder Tâflaernblée se désistèrent. Seul Tévéque de Tarbes se rendit sur les lieux et| assisté de quelques abbés et de quelques personnes prudentes, il fit agréer a rarckevéque et au prieur de St-Orens deux arbitres qui établirent une démarcation que les cartulaires nous ont conservée, mais que nous chercherions vainement an* jourdliui (*).
(*) Ces deox afTalres termfnéiM), Guillaume fit quelques règlements particiiliars i sa métropole, et Toici à quelle oecasion. Près des murs de Ste-Marie l'éleTaft la chapelle de St-Laurent sur les ruines de laquelle a été bfttle depuis la chapelle de TarcheYéchè. Le sacrisuln de la métropole y prétendait exercer sa charge, tandis que le celle lier, cnratent du Chapitre , en réclamait toute l'administration. Le Afléread fut vidé [nr les deux archidiacres, YiUl de Camasses et Antoine de Logorsan,d'un côté, et Arnaud do Jegun et Raymond de Pony de Tautre. Les prétentions du cellerier furent condamnées et les droits du sacristain maintenus. La part de celui-ci fut alors réglée comme il suit : chaque année il devait , durant cinq jours, recevoir du pain k l'église pour acheter le jonc dont était parsemé le pavé du doltre le dimanche des Rameaux et les dimanches qui précèdent TAscension, la Pentecété, la Toussaint et la Purification de la Vierge. Au sacristain appartenait aussi la dtmedu pain, du blé et de tous les légumes qui se percevaient aux fêtes do l'Assomption el de la Nativité. A lui encore revenaient les cierges dc^|K)sés sur raulel de St-Etknnc, et tout ce qui était placé ces jours-là sur Tautcl de St-Jean.
182 BISTOIRB
Pendant que le prëla t ramenai t la paix dans le doltre, un incendie, fléau ci conunun alors, menaça le monastère de Simorre. La villeentière fut détruite. Elle s^élevait sur une petite éminence qu^on appelle maintenant St-Nicolas, du nom d*nne chapelle qui y fut bâtie plus tard et que les Calvinistes détruisirent en 1 573. Après Tincendie on la transporta plus bas dans Tenclo^dii couvent et on rentoura d^un nrar de terre et d^une palissade. Ce changement fut arrêté dans uneas8eiid)lée(4) où Bernard, comte d^Astarac, parut entouré de seff deux fils Sancbe et Bernard. On y arrêta des coutumes que le comte et ses fils jurèrcnl, et que jurèrent après em tous le» bourgeois.
Bnfin, le cellerier devait lof payer deux sob pour acheter les eacdei des cloches. A la mort d*an chanoine, tous les membres da Chapitre dcTaiént, pour le repos de Tàme da défont, s'ils éuient pcétres^ dire dix messes dans le mois; s'ils étaient diacres, sons-diacres on simples clercs, lire cinq psautiers ; mais si quelque dMnoioe ne savail pas lire, il n'éuit obligé qu'à des psaumes ou à des Pat$r jusqu'à la oonenrrence de trois psautiers. Onr devait encore admettre pendant ai an un pauvre à la table claustrale et lui servir une livre de pain, une obe de vin et une portion suffisante de viande et des autres mets. Au bout de Tan on devait chanter le grand office des morts et «w messe solennelle , mais surtout on ne devait pas oublier , ce jour , le pauvre au réfectoire.
(1) Dom Brugelles, Preuves, p. 14.