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dure de Marquerie et six causeries (*). Il renonçt aa reste , et pour que sa renonciation fût plus assurée, il donna poor cautions, Âner Sans des Angles et BUspar d^Âsté. Cet arrangement ne satisfit pas le vicomte de Lavedan. H s^en prit au comte de Bigorre qu^il accusait d^avoir favorisé son ennemi. Pierre étant venu peu après en Lavedan, Raymond Garsie se porta en armes fxmtre lui et chercha à le tuer ou du moins à se sainr de sa personne. Le comte, échappé de ce danger, se mit à la tète de ses troupes et courut assiéger le vassal félon, dans son château de Barbasan, et pressa rattaqueavec toute Fardeur d^un suzeralh hautement outragé. Mais les seigneurs du pays s^étant mis à la traverse, le comte s^apaisa moyennant la promesse que lui fit Raymond Garsie de lui remettre tous ses châtedux trois fois Tannée avec ou sans forfait, avec ou sans colère.
La proximité du Béam et du Bigorre occasionnaient de fréquents désordres dans ces temps où les suzerains eux-mêmes manquaient sonveqjt de forces pour réprimer des excès qui retombaient toujours sur leur peuple. Pierre de Marsan, sensible aux maux de ses sujets, permit aux habitants de Vio-Bigorre (4) de bâtir un château auprès de leur bourg, afin de réprimer les courses des Béarnais, et accorda plusieurs privilèges à ceux qui viendraient Thabiter. Il les exempta de payer aucun leude dans tout le comté de Bigorre, s^engagea a les nourrir lorsqu'ils iraient (aire des corvées dans ses
(*) L'endomenjadare et la caverie , indommicatura ef eawikna étaient deux fiefs nobles; le second l'emportait sur le premier, soit par le rang qu'il donnait, soit par le service qu'il imposait
(1) Arch. de Vie, Manuscrit du Séminaire.
DE LA CASCOCK£« 187
cbamps €t dans ses vigoes, et promit de ne pas les coït* tranidre à lui vendre des draps on du vin si ce n'e^i de çrë à gré* En méinfi tcinpâ pour mieuic punir le Yot, il voulut cjue celui qui eu serait convaincu fut puni de vingt sols d'amende, ou qu'il eût Voreille coupée. Sou5 ces faveurs, Vic-Bigorre s'agrandit el devint bientôt une des villes oonsidéraLles de la contrée .
Con»îlie de Barbasan, aïeule de la vicomtesse de Laved^Df avait une grande dévotion pour St-Savin (1). EU le donna au monastère de ce nom^ la moitié de labbaye de Téglise d'Agos (*)» eu présence de Cnll^ latime de St-Pastou et de plusieurs autres personnes de condition, L autre moitié de Tabbaye de la même église était entre les mains d'Arnaud de Tors, Ce seigneur n'avait que deux enfanta, Vun et Tautre sourds et muets; il les offrit à Dieu et à St^Savin, et s'offrit ensuite lui-même avec sa femme et tout ce qu il possédai U
Amaud-Cuillaume de Barbasan (2), <^ponx de Cornéiic, lui sunccm. Se trouvant près de mourir, il demanda aux religieuse de St^Savin rbabit de religion
(i] CarluUir« de Si-SAvio.
(*) L'dbba je d'AgoB , doai il est que^ltoo t n'e^t nullemetit un mootsière , mais une «bbaje bite ou plutôt de» biens ccclésUstiquefi. Pre«quc loules les dîmes en n^rn étaient hréoti^lies. Las Seigneurs laiquei» ffui Ie# poAs^daîont, 9C nnni m aient abbés ^ les terres et les domaines qui composaient Jeurs fiefs & oppelnienl icrres abbatiales^ et ce» fiefa eoi-Di^niCB abbayes. Ce« abbés percevaient les dîmes de 1^ paroJfse, à l'eiceplion du quart , revenant de droit au cur6 comme portion congrue. lU joui^^ient des honneurs de L\^gljse et préMn laienl au bL^néficen Le nombre de as .ibhéi nVbit point tlié ; dans lertafnc^ paroisses H j en avait ju!ir|U^i tjuatr^',
(2)lfatiuacrii du Séminaire*
et leur abandonna ce qu'il possédait encore dans Agos. La comtesse de Bigorre, Guillaume Raymond de Baseillac, Raymond Arnaud de Lacase et plusieurs autres familiers de Bëatrix assistèrent à cet acte suprême; La vicomtesse de Lavedan^ de Taveu de son mari , ratifia toutes ces donations dès qu^elle se vit maîtresse paisible de la plus grande partie des biens de sa maison.
L^Ordre des Templiers, né sous le ciel de TOrient > quoique récent encore , s^étendait dans toute la chrétienté* Pierre de Marsan voulut l'établir dans son comté de Bigorre. 11 lui abandonna tout son domaine de Bordères (1j sans aucune réserve, et y ajouta les fiefs et les maisons qu^il possédait à Saragosse; Pierre de Rosera, Maître de la milice et Frère Arnaud de Villenetive, reçurent cette libéralité au nom de TOrdre. L'acte en fut passé au château de Lourdes, le 7 février \ 148, en présence de Bernard, abbé de TEscale-Dieu. Le comte k revêtit de son sceau sous les yeux de Béatrix, sa femmes et de Centule, son fils , qui s'associèrent i sa bienfaisance. Greffier des Angles, Arnaud Guillaume d^Angut, Pierre d'Astugues, Raymond de GuMimate, Raymond Garsie de Lavedan et Dodon de Benac , le scellèrent après leur suzerain.
L'évéque de Tarbes , Lobat de Montesquiou , qui avait succédé à Guillaume, mort à la fin de 1143, luttait alors (2) pour Féglise de Rive-Haute {ripa alla), devenue plus tard Plaisance, comme nous le verrons. Raymond de Sarrante (Lasserrade), donna la moitié de celte église à Forton de Vie, le même qui fonda FEs-
(1) Manuscrit du Séminaire. —(2) Carlulaire delà Case-Dieu, G allia Christianay Histoire manuscrite des abbés de la Cate-Dieu.
cale-Dieo , et donna k la Gisc-Dicu FliApital de Vic- Feiensac. L'autre moitié était disputée par les moines de Sc-Pë de Générez, auxquels leur ancien abbé Odon de Benac, oncle de Raymond de Sarraute, Payait léguée. Guillaume, archevêque d'Auch, apaisa cette dispute, et les moines de St-Pé la relâchèrent à Forton et k ses compagnons. Ceux-ci en firent un don à la Case- Dieu, et alors naquit un nouveau difTérend entre les abbés de ce monastère d'un côté et les évéques de Tarbes et les archidiacres de Rivière-Basse de Fautre. Les archidiacres réclamaient sept sols Morlas pour letur quart de dlme. On leur en accorda deux, et Lobat de Montesquieu retira ses prétentions, mais elles ne moururent pa%Bvec lui. Larchevéque d'Auch s'était mêlé aussi à oe difTérend et avait soutenu vivement les moines.
Pierre , vicomte de Béam, a laissé moins de traces dans rhistoire que le comte de Bigorre. Raymond de Crème disputait à Tabbé de St-Pé (1) un casai ou fief. Le difTérend fut remis au jugement du jeune vicomte et de Guiscardesa mère, qui condamnèrent Tabbé à payer cinquante sols Morlas , et Raymond de Crème à abandonner le casai et à donner pour caution Arnaud d'Artix et Bernard de St-Jean d'Abos. Parvenu à sa majorité, Pierre gouverna seul et tint en personne , en 1 147 , sa cour majour à Morlas. Il y confirma Taccord passé entre les frères hospitaliers de Gabas et le prieur de Ste-Christie. Raymond, évéque de Lescar, et Arnaud, évéque dX)leron, conflrmèrent avec lui cet accord. Le premier avait remplacé Gui de Loos, et le second Roger de Saintes (2).
(1) Marca, liv. 5, ch. 29. — (2) Gallia Christiana.
190 BISTOIRE
Le cartulaire de Dax api a attequé ce dernier prë* lai durant sa vie , le poursuit jusques dans la tombe. Suivant lui , Roger fut enlevé durant le Concile de Nogaro, par TefTet d'une potion violente qu'ion lui administra , et mourut sans testament et sans confession. L'arclievéque d'Auch, après avoir présidé à ses obsèques, apprit ces circonstances de la boucbe des chanoines. A ce récit, poussant plus loinses questions, il aj^t encore qu'entr'autres méfaits, le prélat avait interpolé une bulle accordée à une église et en avait fait écrire une seconde. Un témoin déclara Tavoir vu transcrire sous ses yeux, ^archevêque s'étonna que Roger sefdt oublié à ce point; néanmoins, par respect pour sa mémoire, il ordonna le silence et se contenta de livreepix flammes le document falsifié. Quoiqu'il en soitdeMte anecdote, dont la source nous parait très suspecte, Arnaud I*', successeur de Roger, ne survécut pas longtemps à l'assemblée de Morlas. Il fut remplacé par un second Arnaud , surnommé Dizeste. Celui-ci avait embrassé dans sa jeunesse l'institut de Quny ; il devint successivement prieur de Morlas et abbé de Sordes, où il réforma divers abus. On le tira de son abbaye pour le placer sur le siège d'Oleron (1). Son nom ^t mentionné dans la fondation de l'hôpital d'Urdos, provoquée par Arnaud Guillaume de Sort, évéque de Dax.
Arnaud Guillaume était fils de Guillaume Arnaud, seigneur de Sort et de Jeanne de Rostain. U succéda à Guillaume de Falgar, en 1 1 44, et s'établit le défenseur des biens de son église. U frappa sans pitié d'excommunication ceux qui les retenaient j et en obtint
(l)Marca,Uv. 5, ch. 29. Gaïlia Ckrùtiana,
DB U GASCOCHC.
ainsi U resUtutton. Bernard de Falgar, le parenl de soa prédécesseur ^ s'était repenti sans doute du pacte con< du, et au mépris d'une vente œnsomtiiëe, il avaitrepris 'a terre dont il portail le nom- Malgré les liens qui runissaient à Guillaume , il ne fuL pas traité avec plus de douceur, et comme le$ autres il céda h la cramte. Mais Arnaud Cuillaum e ne sut pas sarrdter; il se crut maître absolu de ce qui appartenait a Vcglise dans son diootse^ il toucha aux biens du chapitre, et étonne de la résistance qu'opposait le corps, il voulut déployer une rigiteur nouvelle. Les chanoines crièrent a Tarbi- Lraire et à Tavarice, et se coTisti tuèrent ses ennemis* Leur haine et leurs intrigues ne lui Greot néanmoins rien perdre de son crédit auprès de ses ouailles. La fondation du nouvel hôpital en est la preuve (1)*
Trois Normands de haute naissance se rendant en pèlerinage à St-Jacques de Compostelle, furent égorgés dans la for^l d'Urdos par quelque s brig^ds qui jetèrent leurs corps dans un lac voisin. Mais Dieu qui a totujours les yeux ouverts snrle crime ne laissa pas celui-ci impuni* Les brigands^arrétésplus tard, périrent souslescoupsde U justice du seigneur du lieu* D'un autre côté, la bonté divine qui ne faillit à personne , révéla le meurtre par le ministère de TArchange Gabriel à un saint prcUre, nommé Raymond Porchet de Scendos, et lui ordonna de retirer les pèlerins du lac et de les ensevelir à Tendroit même où il avaient été massacrés, Porchet obéit avecjoie àccttc injonction. Mais bienti)t le mètneenvoyé céleste vint Va ver tir par trois fois d avoir k bâtir eu V honneur de Dieu une maison sur la tombe des pèlerins.
(1) ai«n», Liv* 0, ch, 28. Galtia Chntttaua.
Le prêtre n'osant pas résister k celni h qm toiit obëit, se hâta de se présenter à Arnaud Guillaume 'de Sort et de lui raconter la mission quHl avait reçue. Le prélat l'exhorta à la remplir au plutôt. Cest pourcjuoi Porchet demanda à Pierre, viœmte de Gavarrei et de Béam, qu'il lui donnât Urdos afin d'y bâtir une maison pour les pauvres qui entreprenaient le pèlerinage de St-Jacques, transformant ainsi un ancien repaire de brigands en un refuge d'indigents et une demeure de pèlerins. Pierre acquiesça volontiers à sa demande , et donna avec joie la terre d'Urdos avec tous leS droits qu'il y possédait, en présence de toute sa cour, et en particulier d'Arnaud Bornio, abbé de Sordes, de Vivien de Gramond, de Pierre de Luxe, d'Arnaud Aramon de Garris et de Fortaner d'Escot.
Pierre passa bientôt en Espagne et alla prendre possession de la dy^ité et des terres qui lui appartenaient; mais la seigneurie de Saragossc ayant été enlevée à Centule V , son oncle , il reçut en échange celle de Huesca. Comme ses ancêtres, il combattit contre les Infidèles dans les rangs Espagnols. Surita le nomme a la tête des Ricombres d'Aragon , qui emportèrent le 24 octobre ii49 la ville de Fraga. Pierre mourut au retour de cette expédition , vers i 1 50 , laissant de sa femme dont le nom est resté inconnu, mais qu'on croit avoir été parente du roi d'Aragon, deux enfants en bas âge, Gaston et Marie. Guiscarde, sa mère, vivait encore. Elle reprit l'administration du Béam jusqu'aux premiers jours de i <54 où se termina sa loQgue vie. Peu après cet événement, Odon de Gadeillan ayant épouse Armesinde de Benac, qui lui porta en dot la seigneurie du village de Serres, s'empara de Téglisc que le cliapi-
tre dé I^escar possédait .ça paix depuis longuet années. L*épé({iie et les jchuno^nes ne pouvant s'en plaindre à leur seic^euTi car ils n'aidaient pour vicomte. que Gas- <€)^eiiQçv<!e€av/^, eAappe}èrentàrarchevé({u^ qui eiœoDWunia Tusurpateur (1) ; mais ses foudres furent n^iéprisées. D'autres fiûts semblablesfirent sentir le besoin d'un dief pour protéger les droits et punir les violences.
Les prélats et les barons jetèrent les y«ix sur RaymondvComte de Barœlonne. Arnaud, évéque d*CHeron, Raymond, éièque de Lescar, Raymond, abbé de St-Sever Gip de 6ascogne, Fortaner d^Eschot, Raymond Ganie de Gavaston , Raymond Arnaud de Gerderest , Garsia^Amaud de Domi, Gajard de Mcurlane, Raymond Gaisias d'Espalunque, Raymond Guillaume de Larre, Ch^on.de Gistillon , Rajm^ond de Vielle, à la Céte d'un grand nombre de Béarnais , de Morlanais, d'Aspaix et d*Qssalais , se rendirent au lieu de Gunp- Frane en Aragon, et là agissant pour eux et pour les absents, ils firent hommage à Raymond , lui prêtèrent sermen^ de fidélité, et Félurent pour leur seigneur et gouverneur, sons la réserve expresse de la fidélité due aux enfants de Pierre , vicomte de Béam (2). L'acte daté du mois.d'avril 1 154, fut passé sous les yeux de Pierre, comte de Bigorre.
Le jeune Gaston grandit sous cette tutelle, et obtint du roi d'Aragon la Ricombrerie de Fraga, au lieu de celle de Huesca. Mais lorsqu'il fut parvenu à sa majorité, le comte de Barcelonne déposa son autorité entre ses
(1) Mâica, Ut. 5, ch. 34. —(2) Le même et TArt de vériGer les dates.
i94 HISTOIRE
mains et lui rendit fidèlement son vaste patriiftoine. Gaston paratt Tavoir administre avec sagesse, qaoi^^on ne connaisse avec détail aucun fait spécial de son administration. On sait seulement qu^il termina sa vie en 1 1 70 ( 1 ). Il avait épousé en premières noces'Béatrix, héritière de Fezensac,si toutefois ce mariage rapporté par Oihénart n^est pas supposé, et çn secondes , Léofas, on plutôt Sancie, fille de Garsias-Ramire, roi de Navarre, et il n'eut point d'enfants de ses deux femmes.
Un ancien raconte (2) que Sancie était enceinte à la mort de son mari, et qu'elle accoucha dW avorton, ce qui répandit la consternation parmi les grands et le peuple. Déjà on croyait voir plusieurs prétendants se disputer le pays et le livrer au meurtre et au pillage. On s'en prit à la vicomtesse qu'on accusa d'être l'auteur de son avortement , comme si elle n'avait pas douhiement à le déplorer comme mère et comme future gouvernante d'une vaste contrée. Le roi de Navarre, Sanche lY, son frère , au tribunal duqud on la déféra , la jugea avec son conseil. On était au siècle des épreuves. Sanche condamna sa soeur à être précipitée pieds et poings liés du haut du pont de Sauveterre dans le Gave qui coule au dessous; mais Sancie^ dit l'écrivain que nous abrégeons, après l'Art de vérifier let dates, ayant appelé la bienheureuse Vierge au secours de son ' innocence, fut portée sur les eaux à la distance de trois jets d'arc et s'arrêta sur le sable. Ce prodige lui rendit son honneur^ et pour réparer d'injustes soupçons on la reconduisit en triomphe dans son palais.
Pierre, comte de Bigorre, qui consacra de sa présence
(1) Marca , Oibénard. — (2) L'Art de vérifier les dates.
le sennent prêté à Camp-Franc, avait précède Caston dans la tombe. Les derniers traits de sa vie, parvenus jusqu'à nous, sont des hommages que lui rendirent Guillaume Arnaud de Canet pour Cahusac et Cane t ( 1 ), et Arnaud d'Aragon pour les châteaux d'Ourbeville , Pouyferré et Beaucens. Il mourut en 1 i63, ne laissant qu'un fils de son mariage avec Béatrix. Cette union n'avait pas toujours été heureuse. Une charte nous apprend qu'ils vivaient séparés et en mauvaise intelligence, en 1151. Pierre échangea alors avec l'abbé de la Reoule le village de Luerry contre celui de Peyrel , et s'oUigea k faire ratifier cet échange par Centule, son fik et par sa fenuiie, dès que la paix et la concorde seraient rétablies dans sa maison. Après cet acte , nous retrouvons encore quelque temps le nom de Béatrix, mais nous ignorons l'époque précise de sa mort.
Centule, que quelques-uns nomment Pierre Centule, ou même simplement Pierre, succéda (2) à son père dans le Marsan et à sa mère dans le Bigorre , et posséda en outre un quartier de Saragosse. Il épousa Matille , parente du roi d'Aragon qui donna aux deux époux en faveur de cette alliance et aussi pour reconnaître les services que Centule avait rendus et rendait tous les jours à sa couronne, la vallée d'Aran et la seigneurie de Bordères ; mais il y avait pour condition que le comte et ses successeurs se reconnaîtraient à jamais vassaux de TAragon.
Pendant que les rois d'Aragpn s'efforçaient d'afiermir et d'étendre leur suzeraineté sur le Bigorre, un
(1) Ifanofcrit du Séminaire. Harca , lir. 9, cb. 8.— (2) Le même, r Art de rérifler kt dates.
196 HiSTOiaE
autre roi bien autrement puissant commençait à fiedce sentir la sienne à Tautre extrémité des Pyrénées. Losîsle- Jeune, se souvenant di^ement sans ^kmte du mari outragé, mais oubliant trop le roi de France, avait répudié Tliéritière du dernier duc d^Aquiuine , et la \olage Eléonore avait presqu'^aussitôt (1 142) donné sa main à Henri Plantagenet , duc d^ Anjou , qui ne tarda pas à monter sur le trône d'Angleterre. Avec sa main elle apportait à son nouvel époux TAquitaine, le Poitou, le Limousin, le Périgord, la Saintonge, rAnniset TAngoumois.
L'ancien Labour avait toujours dépendu de TAquttaine. Fortaner (1), successeur d'Arnaud Ferraatel, occupait alors le siège de Bayonne. Sous son épîsoc^t, Bertrand , vicomte de Labour, arrêta par le conseil, l'assentiment et la volonté des barons du pays ei de tout le peuple , que cdui qui aurait deuic montures en laisserait à sa mort une à Tévéque ; €f$e cdui qui n^en aurait qu'une et quatre bœufs , laisserait la monture ou le meiHeur bœuf; que celui qui n'aurait que quatre bœufs de travail laisserait aussi le meilleur ; que cdui qui n'aurait que deux bœu& de labour et dix autres têtes de bétail laisserait, à son choix, une vache pleine ou son veau; enfin, que celui qui avec deux bceufs de travail n'aurait pas dix têtes de bétail , mais des porcs et des brebis, laisserait cinq sols. Au prix de cette rede vance, Févêque devait une messe au défunt ; il était même obligé de la porter dans la paroisse où gisait le corps , si les parents ou les amis le désiraient H fî)t encore arrêté que les dîmes des juments, des vaches,
(1) GaUia Christianay Manuscrit de Bayonne.
ias porcs el des breLis seraient exactement pojées , el que s'il y avâil plainte de fraude par levéquc ou son itiépiéi ) "bah i uni tilmc jurerait avec deu& notables de a» pomisse avoir agi loyalement Ainsi statuèrent en présence de Fort aner et de tout son chapitre, Bertrand, vicomte de Bayonne, G, de Bayonne, P< de Bonionet ses fïlsf B. d'tJrtubie, Arnaud de IVauhies, Antoine de Sault, A* d'Arluce^a et Brasc de Sance,
Fortaner enrichit eucore son ^gliso de la dline de Binritâ, et lui assura les quarts décimauiL du Bastan que lui disputait le vicomte* Sept chanoines jurèrent que la cathédrale de Bayonnc avait de tout temps joui de cette rente. Leur serment termina la contestait ion. Le j>rc]at négieait eneore en 1166, lorsque fut fondée lahhaye de St-Bcmard (4) placée aux portes de Bayonne vers les o6les de la mer. Bâtie pour des religieux, elle porta d^abord le nom de St-Etienne de Rive-Adour, de la rivière qui la baignait. Bient<!)t, et au moins d*^ 1245, changeant de destination et de nom, die fut occnp<je par des religieuses, et s'appela tantAt abbaye de Betbexu ou Beïbèdé {helio mu), a cause d^ son vaste et riche horizon, tantôt de Notre - Dame ou même de Steyron, maLs le pins souvent de St^Bcrnard.
La lin delVpiscopat de Fortaner fui troublée parut! long Cl vif procès qu'il cnt à s^iutenlr œntre les bour-geois de Bayonne, et qu'il légua à son succcjîsenr, Pierre Bertrand d'Espelette, dont la famille s'éteignit sous Louis XIV qui accorda la baronnie au duc de Craniond. Nous ferons plus lard nueux connaître le pn)cès*
La ^ille dWuch prit vers cette épo<ioe un nouveau
fl) MaauKrit do llAjonne.
<98 HlfflOIttE
dcveloppement. Les archevêques avaient plusiears dm cherché à accroître son étendue , mais ils trouvaient toujours des obstacles dans la rivalité. des comtes de Fezensac qui faisaient tous leurs efforts pour amener Téglise à les admettre en paréage. Quand le FezensK fut entré dans la maison d'Armagnac , ces efTcnrta redoublèrent La reconnaissance toutefois et la haute piété dont ils faisaient professsion forcèrent Beniaid III et son fils Géraud à des ménagements; maiseelui-ci mourut au plus tard en t160 ,sans laisser de aes deiEZ épouses, Sancre dont on ignore la &mil)e, et Anizette de Lomagne , que Bernard IV qtii lui succéda (ly. Jeune et impétueux , ou plutôt violent et emporté, Bernard ne pouvait s'accommoder d'une lutte sourdes L^archevéque avait son marché , le seul que possédait la Tille. Le comte en établit de son chef un second à lot propre. Cest vraisemblablement là Torigine du mardié de Latreille: Une enceinte de mun commençait à s'élever au nom du prélat. Les travailleursfurent insultés et les ouvrages détruits par les soldats de Bernard.
Guillaume protesta d'abord contre ces violences, mais voyant que ses protestations étaient méconnues, pacifique comme il était, il céda et admit le comte au paréage , non seulement de son marché et des impôts qu'on y prélevait , mais encore de la cité elle-même; ou plutôt le paréage de la cité ne fut pas d'abord cornplet. Guillaume n'abandonna au comte qu'une partie du terrain de la ville, et encore à la double condition qu il la dorait de murs et qu'il la peuplerait d'habitants; il se réserva spécialement toute la paroisse. Mal- Ci) Chroniques d*Auch, Carlulaire d'Auch, M. d'Aignan.
B Î>E LA ClSCOGtiC, 199
^Baé cette ri^rve, la puissance des comtes sut bieat<^t I^HbLlir roquillbrect m<îuie faire penclier la balance de leur GÔt^.
t Bernard , aprtfe avoir arraclie la première concessioti , s'empressa de remplir les conditions exigées. Il éleva des remparts dont ou retrouve quelques légers vestiges,
■ et attira dnns leur enceinte les habitants de quelques
■ hameaux voisins. Les moines de Si-Orcus, toujours peu bienveillants pour la métropole^l aidèrent dans son en*
H trepriâe^ et pour prix de leur secours ils réclamèrent une part dans la cite. S'il fallait eu croire un ancien document (1).^ leur réclamation aurait été accueillie^ et
■ AU lieu d'un seigneur, Auch en aurait compté trou : r«rrhevêque^ le comte d'Armagnac et les moines de Sl-Orens. Mais les droits de ceux-ci, s ils en eurent
(quelqu'un, se perdirent bientôt, ou pluiùi rien n atteste qu ib aient jamais été reconnus.
Peu content d'avoir accordé à Bernard d'Armagnac ce qu avaient vainement recherché jusqucs-là et ce fsonite et ses prédécesseurs ^ Guillaume s attacha à lui, le soutint contre quelques seigneurs voisins et prO' dij^ua pour lui son argent et ses vassaux. Ces bien-
■ faits amollirent cette âme de bronze, et tant que vécut f^uillaume, Berrtard respecta son caractère sacré et les propriétés de sou église*
Iji missiou d'homme de modération et de paix qui «ed si bien aux pasteurs des âmes, personne ne la com* prenait mieux que larchev^kjue d'Auch. Sa voix, nous disent les vieilles chroniques, se mêlait aux ditlérends qui divisttienL ses ouailles, et elle arrêtait les contes-
(î) Itaouicrtl de Si-Orew.
200 nmoïKE
talions , rappitx^faait lès cœurs, rameiiâit h cotksorder Quelquefois elle se faisait écouter an loin. Le cha^Âtié de St-£tienne de Toulouse se plaignait que soo évéqtte eut disposé arbitrairement de T^lise de h Dbmde j el il était prêt à en porter ses plaintes on Cbnèilede Clermont pr^d^ ^r le pape Innocent III eu penovuafr Guillaume, que les cKanoines consuhèrëilt| les en détourna, et ils suivirent son ans.
Cependant mié affaire préoccnpdit vÎTCtoeftli noifé prélat Neveu de St-Bertrand (1), et Jâeté sdus M jeux, il avait vu de trop près tes vert» de son Mde pour ne pas d&irer de les trannnettre à h pdstérité. H intéressa à son pieux, dessein le cardinal Hyaciotlié, ei à la prière de ce cardinal, Vital qtd avait vtt le foordans la province ecd&iastkjiie d'Attdi, et que son mérite 0t sa science avaient conduit & la cour Romaine, d& il remplissait les fonctions de notaire apostolique, éèiriVit la vie du célèbre évéque de Gommiiigés. L& ne s^dirréta pas le zèle de Farcbevéque d^Âuch : il liiit touoles yisilx des souverains pentifëâ qui se Moèédërènt assez rapidement les preuves de sainteté qù'ofihdt une vie A belle, et avant de descendre dans là tombe il eut le bonheur de voir ses effcfris dOtirohnés du sttCicès. La bulle de canonisation fut ^ubltée par Atfexandtie Ut , vers 1 an \ 460, et non par Clément V, comme le porte par une erreur inexplicable le bréviaire d^Auck. Cest une des premières canonisations faites tolennéllement par les papes. Innocent II, en 4134, en canonisant St-Hugues, évéqué de Grenoble, avait réservé au saintsiége un jugement et une appréciation qui intétiessedl
(1) GcUlia ChrUtiam , Dréfiaire d'Auch.
nï LA OAftCOCBEi
' h reîi
Ml Josques là
tout eiiU^rennalssaït pubJh|ticiï]ent pour saiui celui dont le tombeati était honoré par des miracles; et alors , sans autr« formalité, on retirait le corps sacré du sépulcre pour lepiflcermr les auielsel lui rendre un culle pieux* T:inl de soins devaient, ce semble^ épuiser ions les momenu de Guillaume, Néanmoins Sur la fin de 5€$ jours on le vit se charger (Je radrainislralion du diocfee dr Baïas, dumnt le [>^lerinage de la Terre^ainte en- Mpris par Gttrsias du Benqfuet (l), rjui Tenait de monter sur ce siège, Godefroi était mort depuis longtemps et avait été remplace, au plus tard, en i 138 ^ par Fort OMini, un des arcUidiacres de la cathédrale Garsie donaa alors à son <!hapitre Té^lise de $t-C5me; il y ajouta deux ansaprt*s la moitié de la justice de Bazois, I] ne se montra pas moin s généreux envers Fontgiiilhem, <|ui r**çui dfelui Téglise de Massctlle^ et envers la Réolc qui eut St-Vibien, Il approuva encore en faveur de ce monastère la donation quavait faite Amanieu de Bu* glon , du quart de sa terre du MiraJh II mourut eti 1143 ^ et eut pour successeur Raymond III (2) , omis par les auteurs de ta Gaule chrétienne. Sous lui, révéquc d'Ageii renouvcU ses anciennes prétentions et chei*cha A envahir quelques paroisse* limitrophes de son diocèse. Raymond s'en plaignit au pape Luc i us II ; mais voyant que ^es plaintes u'éLiient pas assez tût accueillies, il se transporta à Rome et obtint d'Eugène III, successeur de Lucius, que V archevêque de Bordeaux serait cliargé de tracer dcGnitivemeut les bornes qui sépareraient désormaw Apeu et Bazas.
(1) GdAfo Chriâtkina. — {%} Hcnlioni]!: dans le travail sur I nKkdrssctnmt de Baza», pnr Tabbc Orcilly.
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Raymond recueillit à peine les fruits de son voyage, car il mourut Tannée suivante. Guillaume-Arnaud de Tonsalon (i), qui vint après, est plus connu. En 4154, il approuva la fête qu'Adon, prieur de la Rëole, avait ëtablie(*) dans son monastère, en faveur de rimmaculée G)noeption de Marie. Le pieux abbé de la Réole observa à cette occasion que cette solennité se célébrait très-dévotement par le peuple cbrétien dans toute la Gaule. Il était digne d'une province dont presque toutes les cathédrales sont dédiées à Marie, de prodamer la première le culte qui parait plaire le plus à son cœur maternel.
Peu de temps après, Amanieu IV d^Albret , filt ^ successeur de Bernard I*' , mort vers Tan 1 1 40, se jeta sur les paroisses situées à Textrémité méridionale du diocèse, en enleva iin large butin , et ne trouvant point ' de résistance, il continua ses déprédations jusques sous les murs de Bazas. Enhardi par ses succès, il osa même attaquer la ville. L'évéque était alo^ absent. Les chanoines alarmés appelèrent à eux tout cequ^ilspurentde de défenseurs, et tombant à Timproviste sur ces hardis maraudeurs, ils les battirent complètement et leur enlevèrent leur butin. Amanieu n^éqhappa à la vengeance du peuple qu'en prêtant le serment solennel de ne jamais plus molester les Bazadois. Cet événement, Tapprobation donnée àl'abbé de la Réole et quelques libé-
( I) GalUa Chriitiana^ tom. 1.
(*) A ToccasioD de la nouvelle solennité, les moines deTaient à la grand-messe revèlir leurs chappes ou l'habit de grande cérémonie, à moins que le temps ne fût pluvieux ; et au réfectoire , le syndic on cellerîer devait servir un premier repas meilleur que le repas ordinaire. Le prieur s'obligeait à en ajouter un second à ses frais.
ralitës distcibuées à diverses commuiiautës religieusesi sont les seuls traits connus de son ëpiscopat , qui se ^rmina en 4 4 65 ou 1 1 66. Garsias du Benquet le rem. plaça (i ). Il avait été chanoine sous Fort Carsie et avait fait le voyage de Rome pour y défendre les droits de son église. Il composa un ouvrage intitulé (2) : le Baptiste du Sam^ur (c^est-à-dire le ministre de son baptême , Baptista Salvatoris)^ sorte de chronique religieuse de Bazas, s^arrétant au prélat qui Tadmet dans son chapitre. Après avoir vu Rome , il voulut visiter la Terre- Sainte, et durant son absence il confia son troupeau à son métrc^litain. Son absence ne fut pas longue; nous le retrouverons à Bazas en 1 4 70.
Karchevèque d'Aucb, en acceptant Tadministration du diocèse de Bazas, n'avait consulté que son zèle. Il ne résista pas longtemps à ce nouveau travail, et mûr pou r le ciel, il allase reposer dans le sein de Dieu, en \ 470. 11 portait pour armes, au premier et au quatrième, de gueule» au sautoir d'or, et au deuxième et au troisième, édiiqueté d'or et d'azur. Dom Brugelles, s'étayant d'une charte du couvent de Boulau , le fait vivre jusqu'en 4 4 77, et veut qu'en 4 470, épuisé par l'âge et accablé sous le poids des travaux désormais supérieurs à ses forceSy il ait résigné son siège entre les mains de son successeur, tout en se réservant l'administration, comme s'il eût fallu des forces pour siéger et non pas pour administrer. Un autre acte puisé aussi dans les archives de rOrdre de Fontevrauld, nous parle, sous l'épisoopat de GuiUaume, d'un Sànche de Fenogret ; mais s'il n'y a pas erreur dans le nom , ce n'était là qu'un évéque in
(1) GoUia Chrùtiana. — (2) Labbé Oreilly.
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partibus^ faisant les fonctions de vicaire^néral. Des monuments noitd>reai: et irrécusables attestent que Guillaume d'Ândozille gouverna sans interruption la tnëtropole, depuis Tan \\26 jusqu^en h \ 70.
 sa mort, Bernard , comte d'Armagnac , Toolut lui donner pour successeur un de ses nombreux enfants, tuais ses brigues furent inutiles. Toutes les voix se rëa* nirent aussitôt sur Céraud de Labarthe (\)^ cet' onde de Raymond Âymeric de Montesquiou que nous avons vu prendre les fers de son neveu. Géraud appartenait i Tancienne famille des comtes d'Aure, qui posséda si longtemps les quatre vallées, et dont plusietirs rameaux subsistent vraisemblablement (^ encore dans le pays. n était fils d'Arnaud Esparc de Labarthe et de Gondonne d'Aure, son épouse. Il embrassa d'abord la vie canoniale à Aucb; puis il passa à Toulouse, dont Tévéque le fit son archidiacre. Guillaume d'AndoEille îavait vu s'éloigner avec regret II se Uta de le rappeler auprès de lui et de lui confier le même emploi qn*il exerçait à Toulouse. Sa courte administration laissa des souvenirs dans cette dernière ville, et quand la mort
(1) GaUia ChriMtiana^ Dom Bnigelles, M. d'Aigaan.
(*) Nos lecteurs Youdrontbien comprendre, et aussi, nous Fespérons, opprouyer notre excessive réserve touchant les préCentloBS i^us ou moins fondées des familles qui babitent ou ont iiabité U Gascogne. Nous ne pouvons ni ne devons étaler ou inflrmer aucune généalogie. Nous disons, sans en taire aucun, les noms que nous trouvons devant nous. Là finit la mission de Tbistoire. A chacun à reconnaître et à proclamer ses ancêtres. Seulement, nous toomes Intimement convaincu quMl y a dans nos quatre départements bien plus de familles anciennes qu*oh ne le croit communément. A cet égards comme sous beaucoup d'autres rapports^ la GaKOgne a peu de chose à envier aux autres provinces.
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vÎDt, €B 4 46é , frapper Vévêqjae Beraaf d Bonhomme , le chapitre de St-&ienae élut à sa place son ancien avchidiacK. A o6té des puissants comtes de Toulouse et des seignem^s, presque tous riches, du Languedoc, ce chapitre plus qu'aucun aat|re avait souffert des malheurs du temps. Ses hiens avaient été en partie aliénés ou envahis. Céraud (1 ) dégagea les uns et obtint la restitttiion des aiitre$.H fit plus, il se dépouilla liû-];néme et ajouta à ce qu'il avait fait rentrer le cens annuel que les Juift de Toulouse payaient à Tévéque. Qnq ans s'étaient écoulés à peine, et dé)à sa sagesse avait changé son diocèse ; mais la province qui lui avait donné le jour et où il s'était Ibnaé aux vertus ecdésiastiquies., devait le voir à sfit jléte. Guillauioe venais de descendre dans la tombm^ pendant qu^ le terrible Bernard IVmanifeslaitses désirs et les appuyait de ^ puissance, les q^a-» noines se dérobant à ses obsessions, et sans doute aussi bravant ses menaces, nommèrent l'évéque de Toulouse. Géisaud était beau-frère du comte, qui Rivait <^usé Etiennette de Labarthe, sa sœiir;. Une parenté aussi étroite ne permettait pas à Bernard de faire éclater son ressentimeniavec quelque honneur. Aussi dissimula-t-il quelque temps ; rien du moins ne prouve qu'il ait d'abord troublé i'archevéque dans re:^ercice de son minis. tère. Eln 1 4 74, nous trouvons Géraud transigeant paisi- Uement avec l'abbé de Berdoues , et réduisant la redevanœ promise pour l'abandon des dîmes d'Artigues. Celte même année il fut nommé ji^at du saiBirsiége par le pape Alexandre III. Il en prend le titre dans l'achat qu'il fit des terces de Lamagiière et d'Arcagnac (2).
(1) AI. d'Aignan. — (2) Cartniaire d*Auch. Dom Brugellet , Preuves, page 38. M. d'Ai^an.
Les guerres et les folles passions appauvrissaient soavent les seigneurs. Kéglise pacifique et économe savait mieux administrer ses revenus. Tout d^aillears lai faisait un devoir de ménager des biens qui appartenaient aux pauvres et à la religion. De là cet excédant que les châteaux enviaient et auquel ils étaient forcés de recourir quelquefois.
Guillaume de Lamaguère et Arnaud , sumoiliiiié Magur, son frère, vendirent leur héritage pour le prix de six cents sols, dont trois cents sols leur furent comptés, et dont le reste fut donné à leurs créanciers. La vente comprenait avec les biens les hommes qui les travaillaient Elle fut consentie par Boémond y comte d'^Âstarac, en sa qualité de haut seigneur, par Rose Blanche ,' sa femme , et par Marie et Marquiàe , leurs filles. Le comte et tous les siens abandonnèrent enleor nom et au nom de leurs successeurs tous les droits qu'ils pouvaient prétendre sur les terres achetées. L'acte fut passé à Montcassin, dans la maison d'Arnaud de Lapalu (mars 1174), et signé des abbés Guillaume de Simorre, Pierre de Pessan, Arsius de Saramon, Pierre de Faget, Bertrand de St-Dode, et Pierre de Sère. Parmi les seigneurs on comptait Guillaume ou Guiraud d'Orbessan et Guillaume Garsi^s, son frère, celui-là même qui avait retenu prisonnier larchevéque avant sa promotion, Bernard de Panassac, Guillaume-Bernard de Lamazère , Arnaud Desbarats , Guillaume-Arnaud de Labarthe, Jourdain de St-Romain, Sauce d'Aguin, Guillaume de Marrast , et parmi les chanoines d^Auch, Bertrand de Biran et Guillaume de Rouede.
Béatrix , la dernière fille de Boémond , n'est poiot nommée dans l'acte. Elle avait pris le voile dans le mo-
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tiaslère de Boulau, que gouvernait encore Longue- ^ Brone, sa grand-mère. Rose Blanche, sa mère, ne tarda pas à Vj suivre, etBoëmond (1) lui-même, imitant leur exemjde, abandonna à son tour le siècle, et alla revêtir rhabit religieux dans Tabba je de Berdoues ; ce qui ne dut arriver qu'après 1 i 83, car, à cette année, on datait encore de son administration. Avant d'être admis parmi les religieux, il renonça en leur faveur à tous les droits qu'il pouvait prétendre sur les biens possédés par Tabbaye, et leur donna dans tout le comté le droit de chasse et de pacage. On ignore ce que devinrent ses deux filles. On sait seulement qu'elles n'eurent point de part à l'héritage paternel , ou plutôt nous croirions volontiers quelles communiquèrent leurs prétentions aux divers seigneurs que l'on vit prendre à la fois le titre de comtes d'Astarac. Bernard III , qui partageait alors ce comté avec Boémond , mourut vers la même époqme que son onde , après avoir fait comme lui des donations à Berdoues. Il laissa deux fils ^ Amanieu et Ontnle. Nous verrons le premier prendre une part brillante à la Croisade de Philippe-Auguste.
Après l'achat de Lamaguère, Géraud alla présidera Bordeaux un G)ncile où assistèrent les évêques d'Agen, de Saintes, deBazas et de Dax, et où il termina quelques différends ecclésiastiques. Il partit bientôt après pour Rome , où il allait rendre compte de sa légation et chercher le pallium.
Bernard profita de son absence pour donner cours à toute la violence de sa haine (2). A peine l'archevêque
(1) L'Art de Térifler les dates, tom. 2. Grands Officiers de la courome.— (S) Cartoltire d*Auch. Dom Brugclles, Preuves, p. 40. M. d'Aignan.
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.eiU-U traversé les mcmts, qu'il attaqua à maia armée Téglise métropolitaiae, en détruisit une partie, ipMDqageii la maison canoniale , abattit les trois touirs qui défendaient les doUres des cbs^noiues et se jeta sur le palais ardiiépsoopal qu'il démolit après ravoir pillé. Un vieux cartulaire {*) lui reproche d'avoir eqlevé en pfirticulier du grenier d,e $te-Marie trois cents conques de millet et de maiture. Il les vendit, et de leur prix il fit ))âtir la tour de Jegun ; e( avec le» débris de TarcKev^bé, dju doitre et de TégUie méux>ppUtaùie, il fit construii^ les murs de la ville. Cependant Génuid , après avoir reçu à Rome Taccueil que lui assuraient son mérite (et le caractère dont il était revêtu, et visité les himx chers à la piété chrétienne , réprit le chonin de la Gascogne. Sur sa route il apprit les excèsaoxquek s^était abandonné son beav-firère. Il n'en hâta pas moiBs ^n retour, et sans se laisser effrayer des violences passées, il se présenta, accompagné d'une partie de iessuffrçigants et suivi d'uue multitude de fidèles, «evaot l'église métropolitaine , pour y célébrer avec.poffnpe le saint sacrifice sur le xnaitre-autel , comme le pnescrivaient les lois ecclésiastiques après un long p^erioage. Malgré son titre d'archevêque, les portes se iermèrest
(*) Le Girtulaire lui reproche encore d'avoir enlevé du dprtoirdn clotlre 24 lits ; de la cuisine , des chaudières, un grand pendant de feu en fer, un chenet aussi en fer; enfln, une longue chaîne de paiU; et de rarchevèehé, d'avoir enlevé des chaudières et des pendants de feu, deux conques ou mesures d'airain, des armoires où Tob gardait les livres et les habits de l'archevêque , une table ronde sur laquelle mangeait le prélat , en un mot , tous les ustensiles que renfermaient le cloître et l'archevêché. Qu'on juge par ce rqiroche da luxe da 12'* siècle.
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devant loi , et il dut aller pontifier dans Téglise de St-Martin , moins maltraitée que Ste-Marie. Mais là aussi le poursuivit la haine aveugle du comte d^Armagnac. Le sacrifice s^achevait à peine lorsque ses gens forcent Fenceinte sacrée, culbutent et dispersent les fidèles, et s^élançant à Tautel, y enlèvent le pain de Toffrande destiné an clergé.
A cette audace sacrilège Farchevéque n'eût dû opposer que la modération et tout au plus les armes spirituelles , les seules que la religion eût déposées dans ses mains. Mais il se laissa entraîner par les perfides oonaeîls de Raymond Aymeric, son neveu, et il résolut de défendre ses droits par la forôe. Il lève quelques troupes, et jugeant la résistance plus difficile dans une vaste cité, il court se renfermer dans Téglise de Marsan qu'il fortifie à la hâte, et sur le sommet de laquelle il fiiit construire une tour. Son ennemi ne lui laisse pas le temps de l'achever; il se présente bientôt à la tête d'un corps nombreux de cavalerie et d'infanterie. Devant des forces si supérieures toute lutte était impossible. Géraud eut à peine le temps de s'échapper. L'église prise et pillée fut détruite de fond en comble ainsi que la lour qui la dominait. Le reste du clergé n'était pas mieux traité que le premier pasteur. L'habit sacerdotal ne trouvait partout qu'outrages et violences. Deux ans entiers l'archevêque et les chanoines errèrent d'asile en asile dans la province. Enfin, des amis communs s^înterposèrent et parurent avoir amené une espèce de réconciliation.
L'archevêque retourna à son siège et travailla à réparer I9 brèches faites à sa métropole et à son palais; mais kcœiir de son ennemi était trop ulcéré pour lui laisser //. U,
goûter longtemps les douceurs de la paix. Sans aucun prétexte plausible il fit arrêter et jeter dans un cachot le secrétairjs (scriptorem) de Tarchevéque, et lorsque celui-ci voulut se plaindre, il leva toutà-faitle masqua Cëraud, son fils aîné, entra dans son ressentiment et le fit partager à Raymond, comte de Toulouse. Raymond ne pardonnait pas à Tarchevéque d^avoir retire de ses mains, de grë ou de force, les biens du chapitre. Aussi n'eut-il pas de peine à prêter ses troupes au fils du comte d'Armagnac, tandis qu'il irait attendre à Leetoure l'issue de cet événement. Le jeune Géraud ne perdit pas un instant et courut assiéger le doitre même de Téglise métropolitaine. S'en étant rendu maître sans grands efforts, il mit le feu aux maiaons des chanoines, brûla ensuite le palais archiépiscopal, démolit une partie de l'église et s'en appropria les meubles les jdus précieux. Le sacristain ayant voulu opposer quelque résistance, fut fait prisonnier et condamné à payer cent vingt sols pour sa rançon.
Ivres de ce facile succès, les soldats se jetèrent sur l'église de St-Martin qui disparut dans les flammes avec son monastère. Leur rage n'épargna pas même les vignes qui s'élevaient sur les. coteaux voisins. De là ils se répandirent dans les domaines de l'archevêque, et partout ils commirent les mêmes violences. Castin^ Jegun , Vie surtout éprouvèrent leur fureur. Le prélat contraint de fuir de nouveau, s'était renfermé dans le château de Lamaguère avec une poignée de soldats. Le bayle du comte, Forton de Labatut, osa l'y assi^er; et ne pouvant l'y forcer, il mit le feu au château et à la tour où s'était réfugié l'archevêque avec un de ses affidés, et d'où il ne s'échappa que par une protection spé-
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ciale du ciel. Furieux d'avoir manque sa proie, Forton s^achama sur le château, pilla tout ce qu'il renfermait, amena les chevaux du pontife et ne laissa après lui qu un monceau de ruines. Ces vexations durèrent encore deux années. Il parait qu'on en vint ensuite à un nouvel accommodement , car nous ne voyons pas que Bernard ait continué ses violences , au moins avec la même fureur, pendant le reste du pontificat de Géraud.
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