ÉVÈQUES DE LESCAR
Jean de Saiettes , né d'une ancienne famille de Béarn et chanoine d'Evreux , dût son élévation au cardinal Dupcrron , dont il possédait la confiance et l'amitié. L'illustre cardinal, connaissant ses lumières et son érudition, l'avait employé dans sa fameuse conférence avec Duplessis-Mornal, et il avoua depuis que son secours lui avait été très utile. Jean de Salettes s'était ainsi fait connaître à Henri IV, qui le nomma au siège de Lescar en 1609, immédiatement après la mort de Jean-Pierre d'Abadic. Il s'employa aussitôt, de concert avec Arnaud de Maytie, évèque d'OIeron, au rétablissement du catholicisme dans le Béarn, et il eut le bonheur de le voir accompli avant sa mort. Jean composa un excellent catéchisme qu'il dédia au cardinal Duperron. 11 s'était fait donner pour coadjuteur Jean-Henri de Salettes, son neveu, qui fut sacré à Lescar le'4 octobre 1032. Henri se montra digne de son oncle par son zèle et par sa science. Il composa contre les Calvinistes plusieurs petits ouvrages dont voici les titres : ^ppendix des Calviniites; Démonstration contre les Sept Articles delà Confession Calviniste; Réfntation delà Réponse à cette Démonstration; Examen des Raisons contenues dans la Réponse; Dispute Familière entre un Catholique et un Calviniste au sujet de l'admirable Transnbstantlatton dans le Sacrement d'Eucharistie; De l'Accord de l'Eglise Romaine avec l'Eglise des Temps Apostoliques. Ces dissertations amenèrent de nombreuses conversions, non seulement parmi les laïques, mais encore parmi les ministres. Les États du Béarn députèrent ce prélat à la cour, en 1034, pour défendre auprès de Richelieu les anciennes coutumes de la province. Il Ht a cette occasion un discours dont on admira l'érudition
ot i*élo<|ucnce, mais qui ne prévint pus le malheurqull voulait éloigner. Les rranchiscs étaienl coodamDées d'avance; la royauté s*cnnuyait de (oui conlrôle. Henri de Saloties ne put rien obtenir. En 1043, les Étkls lui donnèrent encore la Oatteusc mission d'aller complimenter Louis XIV à son avènement au trône. Nous ne savons plus rien de sa vie, qui se termina en 1038. »
Jean du Uaut-de-Salies, abbé de La Honce, frère du procureurgénéral du" parlement de Pau, lui succéda. Ses bulles ne se Tirent pas attendre. II fut sacré par Nicolas de Sevin, évéque de Sarlat, assisté de François Faure, évéque d'Amiens, et de Jean de Montpezat, évèque de Saint-Papoul. Il mourut le 15 avril 1081, à l'Âge de quatre- vingtsept ans. Humble et pieux, il défendit qu'on gravât aucun éloge sur sa tombe -. on obéit à ses désirs et on se contenta d'y inscrire son nom, son titre, son â^e et le jour de sa mort. Dominique Desclaoi de Mesplex, ancien conseiller au parlement de Pau, occupa ensuite ce siège. Il avait été longtemps marié ; mais ayant perdu sa femme dont il avait eu plusieurs enfants, il embrassa l'état ecclési;istique et fut nommée l'évécbé de Lescar, le 31 mai 1081. Il mourut en 1719, dans un âge très-avancé. Juscpj'à lui tous ksévèquesde Lescar étaient nés dans le Béarn ou la Navarre. Martin de Lacassagne, qui vint après, était vraisemblablement originaire de la Gascogne, où Ion compta longtemps deux ou trois familles de ce nom. Il fut d'abord curé dans le pays des Basques, ensuite prieur de Morlas, et entinchanoinedeLescaretabbé de La Réole. Quoique déjà presque octogénaire lorsqu'il monta sur le siège, il l'occupa dix ans, et mourut le 13 janvier 1729. Ilardouin de Cbâlons, né dans le diocèse de Bazas, d'une noble et ancienne famille, et vicaire-général de Sens, lui succéda. H prit en main dans la force et la vigueur de l'âge la houlette pastorale, depuis longtemps déposée dans des mains affaiblies par la vieillesse, visita plusieurs fois le diocèse et corrigea les abus qui s'étaient glissés sous les administrations précédentes. Ses travaux usèrent sa constitution naturellement robuste. Il mourut h Bazas, le 28 octobre 1702, à l'âge de soixante-sept ans.
Blarc-Ântoine de Noé , qui le remplaça , devait clore la liste des évéques de Lescar. H était itis de Louis, vicomte de Noé, et de Madeleine de Coborn de Lapalu, et appartenait à la branche aînée de Noé, l'une des quatre familles baroniales du Fezensac. 11 naquit en 1724, au château de Grimaudière, près de La Rochelle. Amené jeune à Paris, il se lia avec le savant abbé Auge, qu'il attira depuis près de lui. Au sortir de sa licence, il devint grand- vicaire d'Albi. Il passa ensuite avec le mèm? litre à Rouen, et obtint, en 1750, Tabbaye de Simorre. La province l'ayant élu député à l'assemblée du clergé de 1702, il y fît admirer ses connaissances et son esprit conciliant. Le roi
• DE LA GASCOG^E. 547
Je nomma presqu'aussildt à révèché de Lescar. Il fut sacré le 23 juin 1763. Des manières nobles et engageantes, une figure heureuse, un caractère aimable , un cœur bon et sensible , une élocution brillante et facile, des talents supérieurs soutenus par un travail journalier, tout contribua à lui gagner promptement le cœur de ses ouailles; il les gouveriia mdinsen maître qu'en père. Aussi, à l'époque de la révolution, fut-il député aux Étals généraux ; mais il n'y siégea pas. 11 protesta contre la réunion des trois Ordres, et, fidèle à son mandat, il se relira dans son diocèse. En 1790, Tévéché de Lescar fut supprimé, et Ton créa pour tout le déparlemenl des Basses-Pyrénées un seul siège, qui fut placé à Oleron et donné au Père Sanadon , religieux bénédictin, professeur de rhétorique à Pau. Mr**. de Noé protesta, dans un mandement, contre ces innovation^, et se retira en Espagne.
c( L'églisedc Lescar estsous Tin vocationde la Slc-Vicrge, dont elle célèbre la fêle le 15 août. Le chapitre avait été sous la règle de St- Auguslio jusqu'en 1537; ilétaitcomposé de seize chanoines sansdignitaires ni personnats. Le plus ancien présidait en l'ubsence de l'évéque, qui était le premier des seize chanoines; huit prébendes formaient le bas chœur. Le chapitre s'est toujours cru exempt des expectatives , du brevet de serment de fidélité, et de celui de joyeux avéncmenl, ainsi que de Tindult du parlement de Paris. Pour être habile à posséder un canonicat dans l'église de Lescar, il fiillait être noble ou gradué; le roi avait la nomination d'un canonicat, en vertu d'une bulle de 1552. La théologale était à la nomination de l'évéque et du chapitre en corps indiviiim. Les autres canonicats étaient à la nomination allernative de l'évéque et du chanoine en semaine. Le premier nommait deux tours de suite. La nomination, faite en mois de grade par l'évéque ou par le chanoine hcbdomadier , n'était pas comptée ; en sorte que l'un et l'autre n'étaient censés avoir exercé leur droit que dans les mois libres. Le prélat nommait encore à quatre des prébendes, dont deux étaient affectées aux vicaires perpétuels de la cathédrale et de St-Julien ; les quatre autres étaient à la présentation du chanoine hebdomadier. Les revenus des prébendes consistaient en quelques distributions manuelles. Les Barnabites avaient la direction du collège, et les Lazaristes celle du séminaire de Pau. Le diocèse contenait deux cents paroisses environ , sans compter les annexes. L'évéque était seigneur de la ville, président des États de Béarn, conseiller d'honneur né au parlement de Pau , et premier baron de la Province. Il jouissait de 35,000 livres de revenu. »
518 IIISTUIRF