‹ Histoire de la Gaule (volume 2)Chapitre 118 sur 415 · T. III. p · texte numérisé non relu

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4. Une question assez importante est celle des communications rapides de Mayence et Trêves avec Boulogne et la Bretagne : il semble qu'il y ail eu deux ou trois routes : 1° par Trêves, Arlon, Moyen (route de Reims déjà citée ici. n. 1), puis .Mézières, Vervins, Saint-Quentin et la chaussée, si visible encore, de Saint- Quenlin, Vermand, Amiens; 2° de Trêves à Bavai à travers les Ardennes, par Baslogne et le passage de la Meuse à Dinant; 3° entre les deux, peut-être de Trêves à Thérouanne et Boulopne par Mézières, Hirson, Le Gâteau, Cambrai, Arras.

5. Point terminal au nord, Leyde ou Lugdunum, caput Germaniaruin (It., p. 368). — Deux routes menaient ensuite de Leyde à Nimègue, l'une par le sud du Wahal (cf. t. IV, p. 216, n. 8), l'autre par le nord (G. /. L., XIII, p. 619). — De Nimègue à Mayence, roule unique (milliaire de Claude, XIII, 9145). — De Mayence à la région deBàle,deux roules parallèles (voir la carte de Schumacher op. Koepp, 1912, p. 137) : l'une près du fleuve, et celle-là, œuvre sans doute des Romains; l'autre, plus ancienne et réunissant les vieilles localités de l'Alsace, suivant le bas de la côle (Landau, ^^'issembourg, Brumalh ou Brocomagus, Argentovaria (ou Ilorhourg près de Colmar); l'une et l'autre, réunies maintes fois par des chaussées transversales, par exemple de la région de Belfort vers Kembs d'une part et vers le passage de Brisach de l'autre (p. 88, n. 2). Peut-être le système devenait-il un instant unique entre Seltz et Brumalh. — De la région de Bàle au lac, voie unique, par Augst et Windisch. — Les principaux points d'accès, sur celle roule, des. voies de l'inlérieur sont : Nimègue et Xanten. venant de

Danube. De tous les chemins de la Gaule, celui-ci c^arda seul jusqu'au bout son rôle et son aspect militaires. Aucun n'était plus utile à la défense de l'Empire, à la sauvegarde du monde. A dire vrai, c'était moins une route d'échange qu'un immense chemin de ronde, un talus fortifié courant face à l'ennemi, bordé par le Rhin comme par un fossé.

5° Enfin, et ceci nous aidera encore à comprendre l'œuvre routière des Anciens', de longs chemins de montagnes coupaient du nord au sud toutes les Alpes françaises, en bordure de la chaîne principale, utilisant les cols transversaux pour franchir les contre-forts, et ne reculant devant aucun efTort afin de tracer une ligne droite et continue, le long de la frontière de la Gaule, depuis le lac de Genève jusqu'aux rives de la Méditerranée. — La plus basse et la plus large de ces routes, accessible même à de grandes armées, partait de Genève pour Grenoble le long du lac d'Annecy, de l'Isère et du Grésivaudan-, puis montait de Greùoble pour Sisteron par-dessus le col de La Croix- Haute, de Sisteron pour Riez à la faveur de la Durance, de Riez pour Fréjus au travers des dernières Alpes ^ — Les autres, plus près des hauts sommets, s'élevant souvent à plus de deux mille

Tongres ou de Bavai (p. 97, n. 5); Neuss (p. 88, n. 5), Cologne et Bonn, venant de Trêves et de Lyon (p. 88); Cologne, venant de Tongres et de Bretagne (p. 97, n. 6): Goblenlz, voie fluviale venant de Trêves par la Moselle; Bingen, voie de Trêves sur Mayence (p. 99, n. 2); Strasbourg, voie de Reims (p. 98); le passage de Brisach d'un côté et Kembs de l'autre, voie de Besançon (p. 88, n. 2); Augst d'un côté et Windiscli de l'antre, voies de Lyon et d'Italie (p. 86, n. 5, p. 87, n. 5). — Deux routes importantes se greffaient sur cette voie frontière, destinées aux terres romaines de la rive droite : de l'ouest à l'est, partant de Strasbourg vers la Souabe et la vallée du Danube, construite par Vespasien (t. IV, p. iGI, n. 6); du nord au sud, partant de Windisch dans la même direction, et commencée peut-être par Drusus (t. IV, p. 133, n. 4).

1. Je dis des Anciens, car toutes ces routes sont antérieures aux Romains.

2. Ce sont des secteurs de voies partant du Petit Saint-Bernard pour aller sur le Rhône (p. 86, n. 4 et 7).

3. C'est la voie de Munalius (t. IV, p. 51), si complètement oubliée dans l'étude de la viabilité gallo-romaine. — De Sisteron, une route, je crois, desservait les petite» capitales alpestres, par Digne, Senez, Castellane, Vence et Cimiez (c'est cette route que les éditeurs du Corpus, XII, p. 632-4, après bien d'autres, font partir, tout à fait à tort, de Riez).

mètres, étaient des pistes de mulets plutôt que des voies charretières. Mais rien n'en interrompait la ligne imperturbable, depuis l'horizon du Grand Saint-Bernard jusqu'à celui de Monaco '.

Nous n'avons énuméré ici que les grands chemins, ceux, étroits ou larges, qui s'allongeaient d'un bout à l'autre de la Gaule, et dont la surface continue desservait plusieurs provinces et de nombreuses cités. D'autres, qui les croisaient en divers sens, unissaient entre elles les villes voisines. Car on peut admettre comme un principe de la voirie romaine, que chaque métropole de peuple, si petite fùt-elle, devait être mise en relations directes avec toutes les métropoles environnantes et, par elles, de proche en proche, avec tout l'Empire. La route, je le répète, fut surtout faite pour la ville. Bavai, chef-lieu des Nerviens, n'était qu'une bourgade, centre officiel d'un peuple obscur : sept grandes routes, cependant, partaient de son forum pour mener aux sept villes du voisinage', et, au

1. Voici la ligne, à peu près certaine, de la piste muletière qui suivait la direction de la chaîne frontière. En partant de Martigny sur le Uhùne dans le Valais (débouché du Grand Saint-Bernard) : 1° col de Balme, par où l'on sortait des Alpes Pennines pour entrer dans les Alpes Grées chez les Ceutroncs (cf. l'inscription de La Forclaz, C. /. L., XII, 113), puis vallée deChamonix, vallée deMontjoie; 2° col du Bonhomme, débouché dans la Tarentaise à Bourg-Saint-Maurice (C. /. L., XII, 107), au pied du Petit Saint-Bernard; 3° de là, vallée et col d'Iseran et passage en Maurienne; 4° de la Maurienne à la Durance, on devait emprunter le mont Cenis d'abord et le mont Genèvre ensuite (ce à quoi fait peut-être allusion .\mmien Marcellin, XV, 10, 4-7); 5° de la Durance au Queyrns par le cul d'Izoard (inscription des Escoyères, C. /. L., XII, 80); 6° par le col de Vars dans la vallée de Barcelonnette; T par le col de La Cayolle dans la vallée du Var; 8° passage à Glandève, col du Buis, Briançonnet, et, au delà, route de Sisteron à Cimiez (p. 100, n. 3); 9° on pouvait rejoindre cette même route à Caslellane par le col de La Foux et la vallée du Verdon. — Celte roule, par laquelle com-muniquaient toutes les provinces alpestres, pourrait être appelée la roule des intendants impériaux, préfets ou procurateurs, chargés spécialement de la police des Alpes; cf. t. IV, p. 559-63.

2. Les 7 chemins me paraissent les suivants : 1° Cambrai, vers Amiens, Rouen, la Normandie et l'Armorique (p. 90, n. 2); 2° Le Gâteau, vers Vermand, Paris et l'Espagne (p. 97, n. 5); 3° Pont-sur-Sambre, vers Vervins, Reims et ritalio (p. 90, n. 1); 4" Maubeuge, vers Dinant, Trêves, le Rhin et le Danube (p. 99, n. 4); 5" Binche, vers Cologne (p. 97, n. 5); 6" Mons, vers Bois-Ie-Duc, et de là vers Nimègue, Utrecht ou Vechten, passages du Rhin vers la mer du Nord (p. 13S, n. 2); 7" Tournai, vers Gassel. Boulogne et le Pas de Calais (cf. p. 90. n. 1); et aussi, je crois, un vieux chemin de port (p. 103, n. 2), de Tournai vers Ouden-

delà, à toutes les provinces et à toutes les mers' de l'I^nipire romain et du monde :

Les mers feront la fin des sept chaussées Brunetiaull-.

Autour de chacune des cités de la Gaule, nous retrouverons de même les rayons de l'étoile des routes, et, chose étrange! presque toujours reparaît le chiffre de sept', comme si on avait

bourg et Ostende (cf. p. 138, n. 3); il devait y avoir un 8' chemin, se détachant de celui de Cambrai près de Bavai, allant vers Valenciennes', ce qui indi(iue Thérouanne et Boulogne comme direction recliligne. — L'exemple de Bavai montre bien que toute ville chef-lieu était rattachée à tous les chefs-lieux voisins et à toutes « les mers ». Voyez, sur ces chemins de Belgique, quelques détails utiles au milieu de données hétéroclites, chez Gauchez, Topoijr. des voies romaines de la Gaule-Belgique {Ann. de rAc. d'Arch., XXXYIII, 1882).

1. Viœ militares exilum ad mare... habent, définit le Digeste, XLIII, 7, 3.

2. Inscription du monument élevé sur la place de Bavai (Desjardins, Géogr., IV, p. 27). — La tradition des sept chemins de Brunchaut à Bavai remonte au moins au xni* siècle, puisqu'elle se trouverait chez Nicolas Rucler, qu'on peut supposer de ce temps : mais la manière dont il en parlerait semble indiquer qu'elle existait déjà, et aussi une inscription la mentionnant : il attribue d'ailleurs les chemins à Bavo, troyen, roi des Belges; après lui, Lucius de Tongres et d'autres les attribuaient à Brunehaldus ou Briineluildis, « l'archidruide ■>, petit-fils ou descendant de Dauo; voyez toutes ces histoires chez l'extravagant Jacques de Guyse [mort en 1398\ éd. Fortia d'Urban, 1, 1826. p. 238, 338, 364. Le nom de la reine Brunehaut, comme auteur de voie romaine, apparaît pour la première fois, à ma connaissance, dans la Chronique de Saint-Bertin (xiv" siècle, Jean Le Longd'Yprcs, apud Pevlz, Scriptores, XXV, p. 759-700), appliqué uniquement à la chaussée deCambrai à Arras et Sangatle [et non Wissant, comme le dit par erreur la Chronique]; mais la Chronique en parie comme d'un fait déjà connu. Je n'arrive donc pas à démêler à coup sûr si c'est la reine Brunehaut ou le roi mytliique des Belges dont je nom est à l'origine de cette appellation; mais j'incline de plus en plus à croire qu'on a songé d'abord à la reine, vu que, dès les derniers temps de l'époque carolingienne, son nom commençait déjà à être appliqué par les érudits aux ruines de l'Antiquité (Aimoin dès l'an lOQlJ. Hist. Franc. IV, 1). — De toutes rnanières, l'appellation de • chaussée Brunehaut » est une fantaisie d'érudit, de poète ou d'écolàtre, postérieure à la renaissance carolingienne, et sans le moindre rapport avec la réalité, la reine franque n'ayant jamais rien fait pour les routes (cela a été très bien vu par Bergier, p. 104).

3. Bergier (qui était de Reims) compte sept chaussées autour de la ville (p. 518). Il est possible d'en retrouver sept autour de Paris (Chartres, Orléans, Sens rive gauche, Sens rive droite, Reims, Senlis et Rouen; d'autres combinaisons sont possibles); de même, autour de Sens, de Troyes, etc., même de localités moindres, Blain, etc. Les sept roules partant de Cassel sont bien visibles. Mais il faut reconnaître que ce sont là surtout jeux d'érudits. facilités par le fait que. toute métropole de cité étant unie aux métropoles voisines, la chose entraînait nécessairement de six à huit grandes routes. — Pourtant, il est possible que les Romains aient cherché à réaliser ce chiffre de sept : le monument de Tongres (XIII, 9158) est à

voulu retrouver sur la terre les routes marquées par les sept planètes du ciel '.

Tout chemin qui unissait deux capitales de cités appartenait, je crois, à la voirie dEtat". L'Empire en revendiquait l'administration et la surveillance, et, le cas échéant, l'entretien ' ; et les bornes milliaires qui les jalonnaient portaient les noms et titres des princes, ce qui était le signe de la suzeraineté des Césars sur les grands chemins de la terre '\ De même que les colonies et les villes neuves % ils étaient marqués à l'empreinte impériale ^

huit côlés, dont sept devaient porter des itinéraires. Et peut-être, surtout en Belgique, ont-ils subi en cela l'influence des cultes planétaires (cf. t. YI, ch. 1).

1. Note précédente. C'était l'idée de Jacques de Guyse, I, p. 238, 338.

2. En outre, c'était par des voies militaires que ces capitales communiquaient avec leurs ports (p. 102, n. 1) : de là, la présence en Gaule de tant de voies romaines menant aux rivages (p. 101, n. 2, p. 102, n. 2, p. 92, n. 2 et 4, p. 91, n. 3 et 5), et la présence de milliaires impériaux par exemple sur les routes de Carliaix à Castel Ac'h (9016), de Corseul à Erquy (8991 et s.), de Carhaix à Erquy (9013).

3. Sauf exceptions. Cf. t. III, p. 36. t. IV. p. 313, t. V, p. 82, n. 1 ; G. I.L., XII, 107 et 365 (où il s'agit peut-être aussi de chemins autres que la grande route, réparés par une générosité exceptionnelle du prince); etc. Dans les Alpes Coltiennes, Auguste laissa les frais et le soin des routes au roi Cottius, sans doute à la fois comme attribut de son autorité royale et obligation de sa vassalité (Ammien, XV, 10, 2; t. IV, p. 62). — Le gouverneur représentait l'empereur en cette circonstance (cf. p. 122, n. 6). — 11 n'y a aucune distinction à faire, en ce qui concerne les routes, entre provinces du sénat et provinces de César (t. IV, p. 232-3) : la route, où qu'elle soit, est. comme le soldat, l'alTaire de l'empereur (p. 82, n. 1, p. 12S-9). — Par exception, la voie du Somport, entre Gaule et Espagne, qui ne pouvait pas ne pas appartenir à la grande voirie impériale, est dite refaite, sans mention de Vauctorilas impériale, par un duumvir d'Oloron (XllI. 407). — On a supposé que la présence du nom de l'empereur au nominatif, avec ou sans restitua, indique son intervention directe; s'il est au datif (très rare avant Trajan : XIII, 9055, Claude), avec nom de la ciintas au nominatif, cela signifierait l'initiative des municipalités. J'en doute; je crois que ce sont surtout des variantes de rédaction, locales ou temporaipes : voyez par exemple, en Gaule, les bornes au nom de Maximin, où les deux formes se rencontrent sur les mêmes routes, et à la même date (XIII, 8801-4, 8800-7, 8874, 8887), le nominatif chez les Vellaves, le dalif chez les Ségusiaves). — En ce qui concerne les frais de la route, je persiste à croire à l'intervention du fisc impérial, et, si elle n'est pas mentionnée directement, c'est qu'elle allait de soi. Cela n'exclut pas, cela va sans dire, contributions, prestations ou dons spontanés des communes et des particuliers (cf. t. IV, p. 313, u. 2, t. V, p. 82, n. 1). Il devait y avoir en cette matière des espèces infinies suivant les circonstances et les lieux (Siculus Flaccus, Groin, vet., p. 140K

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