‹ Histoire de la Gaule (volume 2)Chapitre 119 sur 415 · T. IV, p · texte numérisé non relu

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6. La grande route a pour symbole le milliaire au nom du prince; C. Th. {ici, p. 82, n. 1); Sidoine, Cann., 24. 5-8.

104 LES GIIANDBS ROUTES.

Le reste des chemins dépendait des cités ou des particuliers : sentiers communaux, qui réunissaient le chef-lieu aux bourgades de son territoire et celles-ci entre elles ' ; sentiers privés, qui assuraient aux villas un débouché sur la voie publique -.

m. — DE L'ORIGINALITE DES ROUTES ROMAINES

Tel fut le réseau des routes romaines. Avec son nœud central, ses rayons, les arcs de ses circonférences, les étoiles de ses secteurs, il nous apparaît comme un ensemble géométrique d'une absolue symétrie; et toutefois, il était si habilement tracé, conformant ses lignes aux directions des voies naturelles, qu'il conciliait à la fois les intérêts militaires de l'Empire et les besoins économiques des grandes cités.

Aussi devait-il survivre, pendant plus d'un millénaire, aux Césars eux-mêmes. De toutes les matières pétries par eux dans les Gaules, c'est celle des routes qui a servi le plus longtemps, qui a rendu le plus de bons offices. Leurs chemins ont suscité sur leurs parcours des milliers de bâtisses, de cultes et de légendes.

1. Viœvicinaîes {Dig., XLIII, 7, 3) : XIII, 5166 (traversée du Jura à Pierre-Perluis, de Bienne vers Porrentruy et l'Alsace, via diicta par un magistrat d'Avenches); XII, 4190 (aux frais de la municipalité, chemin de réservoir ou de lavoir); 1188 (aux frais d'un particulier, chemin de fontaine); 2555, 1524 (aux frais d'un particulier); XIll, 7252 (chemin de temple formant servitude sur un domaine); XIII, 45i9, inscription du Donon : D{eo) Mer(curio), L. Fatini. Fel. niiliaria a vko Saravo l{eugis) XII c{onstUui)j(ussit}, v. s. L m. (cf. t. VI, ch. VI) : c'est une des 1res rares mentions de milliaires sur des routes non militaires (il s'agit ici d'une roule de pèlerinage vers un sanctuaire; cf. Bechstein, Les Antiquités du Donon, trad. Balden sperger, Bull, de la Soc. philom. Vosgienne, XVI 11, 18&2-3, p. 348-:Jo4). Etc. — Je crois (|u'on peut diviser ces roules vicinales en deux groupes, celles qui étaient assimilées aux publias, et celles qui servaient uniquement à des usages ruraux. — Les vise vicinales étaient administrées par les chefs des pagi (t. IV, p. 353), sans doule sous l'autorité supérieure des chefs de cités; Gromat., p. 146. — Les vise lignarise sont les chemins de servitude forestière. — Toutes ces voies vicinales et privées étaient, non pas slratœ (p. 108, n. 2), mais tcrrcnœ {Digeste, XLIII, 11, !)•

2. Chemin marqué par l'inscription iter privalum, suivi sans doule parfois du nom du propriétaire. Il y en avait de sortes différentes, suivant qu'ils appartenaient à un seul propriétaire ou à plusieurs.

DE l'originalité DES ROUTES ROMAINES. 105

Ainsi qu'autrefois le mythe d'Hercule sur les sentiers du commerce grec \ les légendes des saints chrétiens'^ et des preux de Charlemagne ^ se sont développées le long des vieilles routes romaines, propagées par les marchands et les pèlerins, s'épanouissant en floraisons plus drues aux gîtes d'étapes où ils s'arrêtaient. La colonie impériale elle-même n'a pas produit plus de faits, n'a pas apporté plus d'intensité dans la vie humaine que les chemins tracés par Agrippa. Et tous ceux qui ont réfléchi ou enseigné sur le passé de notre pays, depuis le clerc du Moyen Age jusqu'à nos maîtres d'écoles, ont vu dans la route romaine le chef-d'œuvre gaulois du régime impérial.

J'hésite aujourd'hui à les suivre dans leurs élans d'enthousiasme. Non pas que ce réseau de routes n'ait été une admirable chose, la création matérielle la plus bienfaisante de notre histoire antique : mais je ne crois plus qu'il faille en tirer de la gloire pour Rome seulement.

D'abord, presque partout, c'était la nature elle-même qui en avait indiqué les lignes, marqué les carrefours et les étapes : le seuil de Bavai ou de Sambre-et-Meuse \ le cours de la Moselle ^ le couloir où se rapprochent Aude et Garonne'', ne forçaient-ils pas les grandes routes à passer exactement où nous les avons trouvées? Si leur réseau est un chef-d'œuvre de symétrie, c'est parce que la Gaule l'était ', et qu'il s'est conformé à la structure de ce corps de nation.

2. Grégoire de Tours, In gloria confessoruin, 5 (saint Martin, sur la route romaine de Néris à Clermonl). Voyez le transport des reliques de saint Germain à Auxerre, sur la route d'Autun (p. 90) : (virgines) in itinere diviniius evocata;... in publico aggere nobilem accepere sepulturam ecclcsiis superstriictis; Iléric, Miracula s Germani, § 33, dans les Acla, 31 juillet, VII, p. 272. Il y a mille autres exemples,

3. Jullian, Romania, XX, iS'JO, p. 161 et s.; cf., dans le même sens, Bédier, Les Légendes épiques, IV, 1913, p. 403 et s.

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