TRACÉS ET ŒUVRES UART
tèrent à de si fortes résistances, à tant crobjcctions saugrenues, qu'ils durent longtemps battre en retraite'. Il est possible que les ingénieurs de Rome aient rencontré de pareils ennuis.
Ils ont été plus hardis ou moins tracassés en ce qui concerne les travaux sur les marécages. En ces lieux, en effet, ils rendaient service à tous, ils ne lésaient aucun corps de métier; au surplus, le marais ne laissait le choix qu'entre deux solutions, le traverser ou l'éviter. Les Romains, dans leur désir d'aller vite et droit, préférèrent volontiers la première-. On bâtissait sur le marécage un haut remblai avec plate-forme, tantôt en charpente, avec pilotis et tablier de bois de chêne ^ tantôt en remplissage de pierres et de terre ^ : et par-dessus on étendait le
1. Pour TarascoD, Rev. des El. anc, 1907, p. 21 et s.; pour Bordeaux, Arch. départ, de la Gironde, C, •'3715 [Inventaire sommaire, p. 140], 42Go [p. 105] (communications de P. Courleault).
2. Toutefois, on a remar(iué (Quantin et Boucheron, p. 39) certains détours faits par les routes pour contourner des marécages. — Il est d'ailleurs possible que bien de ces routes sur marais aient déjà été tracées et bâties sur pilotis par les Gaulois; cf. César, Vil, 57, 4 (sur la route de Sens à Paris, aux marais de l'Essonne : les Gaulois ont dû, pour arrêter les Romains, couper la route à cet endroit).
3. Chemin de la Vie [via] dans les marais de Monferrand entre Garonne et Dordogne : « sur un banc très épais de tourbe, qui forme le sol du marais, les Romains avaient enfoncé, de distance en distance, des pilotis de chône sur lesquels ils avaient couché, perpendiculairement à la voie, des troncs de chêne brut de moyenne grosseur (15 à 20 cenlimètres de diamètre); sur celte espèce do plancher, ils avaient étendu une couche de gravier, épaisse au milieu d'un mètre environ » (Drouyn, Arch. hisl. de la Gironde, 111, p. 477). Remarquez que, malgré ce sous-sol en charpente, le corps de la route conserve encore un mètre de hauteur. — Sur la route de Sens à Meaux, entre Jaulnes et Peugny, au delà de la Seine, les prairies marécageuses sont traversées par une chaussée de 3 à 4 m. de hauteur (Quantin et Boucheron, p. 31).
4. Dans le marais de Barenton, entre Chambry et Ghéry (route de Reims à Saint-Quealin), on a jelé des quartiers énormes de grès, qu'on retrouve aujourd'hui sous 30 à 50 centimètres de tourbe (Lemaistre, Mém. de la Soc. des Ant., IV. 1823. p. 44). Autres exemples de chaussées à travers des étangs. Ducourtieux, Les Voies romaines en Limousin, p. 87, 103. Etc. Il est probable que ce terrain rapporté était soutenu par des charpentes ou des boisages, les murs de soutènement étant un principe constant dans la construction des routes romaines et de tout édihce; cf. Vilruve, VII, I, 1 et s. ; ici. p. 111, p. 120, n. 3. C'est par endroits, je crois, le cas des chaussées de Rrunehaut, que l'on voit se dresser comme des levées à travers champs : ces champs ont dû remplacer d'anciens marécages; tf. Bovillus'Charles de Rovellcs], De hallucinatione Gallicanorum verborum, 1533, p. 100 : Hse vix... sublimiores surit vicinis utrinque agris.
corps môme de la route '. Cela faisait des espèces de digues, de levées, que les Romains appelaient des « longs ponts », et qui s'allongeaient parfois sur des distances de plusieurs milles ^ La route de Bordeaux à Saintes traversait de celte manière les marais d'entre Garonne et l)ordogne^ ce qui lui faisait éviter le détour par les collines de l'intérieur : elle gagnait par là beaucoup de temps, qu'elle perdait du reste en s'arrètant devant le cours des deux. fleuves \