‹ Histoire de la Gaule (volume 2)Chapitre 221 sur 415 · Pour l'olivier, cf. n. 3, p · texte numérisé non relu

Pour l'olivier, cf. n. 3, p

8. Cf. t. IV, p. 292. On trouverait d'ailleurs d'autres traces, dans les cultures de l'Empire, de contrôle d'État (pour le papyrus, p. 300).

phiné ' ; et coninic elle y réussissait fort bien et que les (jaulois ne pouvaient se passer de vin-, ce fut l'espoir de fortunes nouvelles pour les cultivateurs de Narbonnaise, indigènes ou colons. iVlais ce qu'ils gagnaient, les marchands et les vignerons d'Italie le perdirent. Ceux-ci se plaignirent, et un décret du sénat interdit aux Transalpins de constituer des vignobles ^ César ou Auguste abrogèrent ou laissèrent péricliter le décret*. Alors, la vigne conquit la Gaule entière.

Dans le Midi elle s'étala sans mesure sur la plaine du Languedoc, et aussitôt elle y prit Béziers pour capitale ^ En même temps, elle remontait le Rhône sur ses deux rives, mieux accueillie d'ailleurs par les côtes « rôties » du bord occidental, et elle s'installa pour l'éternité sur les lianes des coteaux dauphinois '"'

1. Il est d'ailleurs fort possible que les Marseillais aient fini par la propager aux abords de leurs colonies. Ils l'avaient plantée, disait-on, près d'Aix, Plutarque, Marins, 21. Cf. t. II, p. 27(», n. 4. — J'ai eu peut-être tort (t. II, p. 270) d'insister sur le peu d'étendue des vignobles marseillais. Jusque dans le cours du xix° siècle le vin du pays était une fortune pour le terroir de Marseille : « les environs de cette ville contiennent de nombreux vignobles » et presque tous les villages de son territoire actuel produisaient leurs vins, vins rouges ou blancs, dont on expédiait à Paris, même en Allemagne, en Hollande, en Russie (A. Jullien, Topographie, p. 251-3). Et les statuts municipaux montrent qu'il en a été ainsi durant tout le Moyen Age. Pour Marseille comme pour Paris, les choses ont changé depuis un siècle, par suite du développement de la vie industrielle, des bâtisses urbaines, des propriétés d'agrément. — Outre les vignobles des terroirs de Marseille et d'Aix, on doit citer, comme datant peut-être de la colonisation marseillaise, ceux des Alpes Maritimes, dont le cépage, appelé dans le pays la vigne « réliiiue », Rœtica, donnait de très mauvais vin, mais de l'excellent raisin de table (Pline, XIV, 41).

3. II est possible que l'interdiction ne visât que les indigènes; t. III, p. 99.

4. Cela résulte de l'abondance de textes que le premier siècle nous a laissés sur les vins de la Gaule.

5. Bctorrarum iiiter Gallias consislil auctoritas, Pline, XIV, 68 [il y a inter et non intra, Pline parie peut-être de la réputation de Beziers hors de Gaule aussi bien q.u'en Gaule; cf. p. 2.54, n. 1]. Aujourd'hui encore Béziers est le marché régulateur des vins. — Nous ignorons les cépages qui furent utilisés à l'origine dans cette région. Ils sont arrivés peut-être par la colonie grecque d'Agde. — Cépage postérieur, p. 183, n. 1.

6. Le cépage dit <• atlobrogique » élait à grains noirs et convenait aux terres froides, Allobrogica frujidis gela maiaresceiis (Pline, XIV, 26 et IS), et il devait se rencontrer en Dauphiné, rive gauche. Mais je crois que ce n'était pas exactement celui qu'on avait fini par cultiver sur les « cotes du Uhùne », rive droite. Il rendait beaucoup, copiain prœslant. Le cépage allobrogique, sans doute de première catégorie, ne réussissait pas au dehors (Columelle, lll, 2, 16; Pline, XIV, 26). — Les

et sur les terrasses du Vivarais*. La Bourgogne fut envahie à son tour, et là aussi la vigne préféra les terres du couchant, la Côte d'Or désormais fameuse -. De Béziers à Dijon, un monde nouveau s'agita sur la grande route de l'Est : vignerons, vendangeurs, courtiers, amphores et barriques donnèrent au vieux chemin une- ph^^sionomie imprévue.

plus célèbres plantations devaient être sur la rive droite, à la Cote Holie (Biiliard, p. 82), laquelle dépendait du territoire de Vienne. C'est sans doute de ces vignobles qu'il est question chez Pline (XIV, 18) : Viennensem agrum nobililans Taburno [var. Aburno], Solanoque et Ellinco generibus non pridem liœc illuslrata [les corrections Arverno, Sequano, Uelvico, semblent contraires à l'ensemble du texte, il s'agit de crus ou de localités chez les Viennois, cf. p. 185, n. 1]. — C'est le plant qui donnait, sur place, le « vin de Vienne », vintim picaluni; Pline, XIV, 18 et 26; Martial, XIII, 107; Plutarque, Qu. conv., V, 3, 1; Columelle, III, 2, 10; XII, 23; ui, p. 254.

— A ce plant devaient se rattacher les vignobles des Voconces dans la Drôme (Pline, XIV, 83) et du Lyonnais (vignobles célèbres du vicus ou pogus Anionius Sidoine, Carm., 17, 17-8; ici, t. IV, p. 52, n. 7).

1. L'attribution d'un cépage distinct et de vignobles importants aux Ilelviens du Vivarais résulte, sans certitude absolue, de mentions chez Pline : 1° d'un cépage, sans doute de seconde catégorie, découvert, il y avait sept ans (sous Néron), Alba llelvia [les manuscrits ont Albo Olvia ou Oliva, Olivia] (XIV, 43), c'esl-à-dire à Aps, cépage à floraison très rapide, uno die dejlorescens, ob id tulissima, et qu'on répandit pour cela dans toute la Narbonnaise et ailleurs; on l'appelait (vilis) carbunica; 2° d'un vin (jui avait naturellement goût de poix et qui portait à la tête, fabriqué Helvenc[o] in pago (XXIil, 47); mais il peut s'agir ici de VEllinco du terroir viennois mentiorné XIV, 18 (p. 184, n. 6); 3° il est vrai que dans ce dernier passage il peut s'agir de cépages helviens cultivés en Viennois; 4" de l'existence d'un cépage de troisième catégorie, appelé Helvennaica, Helvcnnaca, Helvenacia (Pline, XIV, 32-3; Columelle, 111, 2, 25 et 20, d'après Celsus; V, 5, 16); on en citait trois variétés (appelées, l'une en celtique marcum ou marcus, emarcum, une autre longa ou cava), cépage convenant aux sols maigres, aux terroirs maritimes, donnant du vin très abondant, médiocre et ne se gardant pas; 5° de l'inscription (texte très douteux) Helvior. sur une amphore à Vechten (XIII, 100(14, 8); 6° de l'importance de la tonnellerie sur les bords du Rhône, à Rochemaure (t. IV, p. 387 n. 2). — C'est du reste aux abords du fleu ve que devaient se trouver ces vignobles.

— Le cépage helvien ■< était sans doute quelques-unes des espèces cultivées aujourd'hui dans nos provinces centrales » (Cartel, p. 77) : mais j'imagine ([ue les Ilelviens avaient du implanter sur leurs terres des bords du Rhône le bon cépage allobrogique (p. 184, n. 6). — J'ai à peine besoin de rappeler les vins célèbres du Vivarais, Cornas, Mauves, Limony, Saint-Péray (vins blancs); mais il serait possible que dans l'Antiquité celte région ait dépendu de Valence.

2. Chez les Éduens : Paneg., VI [V], 6 : vignobles sans doute sur les coteaux [la correction infimo loco est absurde] du pagus A rebrig nus (pays de Beaune et de Nuits, p. 188, n. 4; cf. le dieu au tonneau de Cussy-le-Chàtel, Esp., n" 2025). Chez les Lingons, à Dijon : Grégoire de Tours, //. Fr., III, l'J : Occidenlcs montes sunt ubcrrinii viniisque repleti, qui tam nobile incolis Falernum porregunt; cf. Espérandieu, n°^ 3253 (Langres), 3469 (Dijon), .3608 (Thil-Chàtel), avec celte réserve qu'il peut s'agir, dans ces ligures, de vins importés (j'en doute fort cependant); le dieu au tonneau de Mùlain (n" 3o68).

Mais la vigne, en quelque sorte appelée par la terre de Gaule, ne se contenta pas du versant méditerranéen.

Par delà les montagnes centrales, elle descendit dans toutes les vallées de l'Océan. Trois d'entre elles lui furent surtout favorables : celle de la Garonne, où elle aiïectionna à la fin les graves blanches ou dorées du bas pays, Médoc et Bordelais'; celle de la Seine, où elle recouvrit les revers ensoleillés des plateaux parisiens, à Suresnes, Argenteuil ou Chanteloup-; plus au nord, celle de la Moselle, sur les coteaux des deux rives, réchauffés du soleil et abrités contre la brise ^ Trois cités, chacune dans sa vallée, allaient devenir des reines de vins, Trêves, Paris et Bordeaux. L'orge et la bière reculèrent devant Bacchus, ainsi que chantera plus tard le César Julien, qui fut empereur à Paris et en célébra les vignobles*.

De nombreuses causes décidaient partout les propriétaires à substituer la vigne au blé traditionnel. Ses produits apportaient des gains plus considérables : denrée de luxe et d'exportation, le

1. Outre les textes d'Ausonc (cf. t. IV, p. 609, n. o) et de Paulin de Pclia (ici, p. l'JO, n. 6), on peut, je ne dis pas on doit, rapporter au Bordelais le fameux cépage, recherché de très bonne heure, que les Italiens appelaient (vitis) Bititrica, Biturigiaca, Bituriaca, car il parait bien difficile de l'attribuer aux Bituriges de Bourges. C'était un excellent cépage, et peut-être le meilleur de seconde catégorie, dont les qualités dominantes étaient : grains moins serrés, fleurs non sujettes à couler, précocité, résistance à la pluie et au vent, convenance aux terrains froids et humides, un grand rendement, vin se conservant longtemps; Pline, XIV, 27-8; Isidore, Orig., XVII, 5, 22; Columelle, III, 2, 19 et 28; 7, 1; 9, I et 3; 21, 3. Tonnelier à Bordeaux (Esp., n° 1112). — Vignes en Limagne (Sidoine Apollinaire, Ep., IV, 21,5); dieu au tonneau à Gannat (Esp., n° 1620), à Vichy (n" 2750) : remarquez que ce dieu se rencontre surtout dans les pays à vignobles. — Tonneliers à Nantes (C. I. L., Xlll, 3104) : on peut douter ici qu'il s'agisse de vins, à moins qu'on ne pense aux vins blancs communs du pays ou à ceux d'Anjou et de Touraine.

2. Pline n'en parlant pas, l'introduction du vin dans la vallée de la Seine fut peut-être postérieure; cf. t. IV, p. 609, n. 6. — Jusqu'à nouvel ordre, aucun document des temps romains pour le vin de Champagne, mais il y en a de l'époque mérovingienne, je ne parle pas d'ailleurs du vin mousseux, qui est très récent.

3. Ausone, Mos., 21. Pline, qui a été dans le pays, n'en parle pas, mais les monuments funéraires (Neumagen; Esp.. n"" 3184, 5193. 519S) représentent souvent, bien avant Probus, des transports de barriques : il est vrai que ce peut être (j'en doute cependant) du vin importé. Découverte de serpettes de vignerons et d'essettes de tonneliers dans une nécropole en amont de Coblentz, du n' siècle? (Weise, Beitràge, Hambourg, 1901, p. 31 et s.).

4. Julien, Epigr., 1, p. 6H, Hertlein; cL t. IV, p. 009, n. 6.

vin atteignait des prix qui étaient interdits au blé '. La conquête de la Bretagne, de bonnes relations avec la Germanie, assuraient de nouveaux débouchés. Il fallait du vin pour la grande armée installée à la frontière, officiers et soldats. Les gourmets de Rome demandaient aux crus gaulois de leur révéler des sensations inconnues-. On ne sépara plus l'usage du vin d'un certain confort dans la vie : il n'avait été jadis accessible qu'aux plus riches, chacun maintenant put avoir son vin à sa table, sa vigne dans son champ, les morts eux-mêmes voulurent leur vignoble à côté de leurs tombes, et les libations de vin à leurs anniversaires ^ Des tavernes s'ouvrirent partout, dans les villes et sur les routes, et le populaire s'y empressa, demandant à grand cri du « béziers » ou du « vienne » * à l'hôtelier affairé.

Il arriva donc à notre pays ce qui lui est advenu à toutes les époques où de grands marchés se sont ouverts dans le monde, où les progrès du bien-être ont fait désirer à tous la boisson joyeuse : ce fut une fureur de planter des vignes, comparable à celle du temps de Louis XV ou du lendemain du Second Empire. Mais il en résulta aussi un double inconvénient: l'un, qui n'intéressait pas la Gaule, de léser les importateurs d'Italie et d'Orient; l'autre, de réduire la culture du blé, indispensable tout à la fois à la nourriture du pays^ et à l'approvisionnement de Rome''.

1. Voyez les remarques de Pline ^XIV, 46 et s.). Pline (XIV, 57) rappelle que les Viennois ont vendu « entre eux, par amour-propre national », amore proprio (cf. p. 191, n. 1). leurs vins à plus de mille sesterces l'amphore (210 francs les 26 litres), ce qui met le tonneau [4 barriques de 228 litres] à plus de 7000 francs, prix des premiers grands crus bordelais des très bonnes années.

2. Pour le vin de Vienne. Martial, XllI, 107: Pline, XIV, 18, 26, 37-, pour celui de Marseille, Pline, XIV, GS, et t. II, p. 270. Dans l'ensemble, ici, p. 252 et s.

4. Voyez les inscriptions citées p. 2oo. n. 3, p. 253, n. 4; G. /. L., Xlll, lOlUS, 135 : Parce picatum, du Amineum : ce buveur ne veut pas du vin du Midi gaulois, mais de l'italien supérieur, du falerne; il est d'ailleurs probable, puisque la Gaule importait des cépages dltalie, qu'on fabriquait, par exemple dans le Bordelais ou plutôt en Bourgogne, du faux aminéen. — Mais beaucoup de ces inscriptions dites bachiques peuvent être postérieures à Probus.

3. Stace (à propos de l'édit de Domitien), IV, 3, 1 1-2 ; cf. S. Reinach, Cuites, II, p. 364, 6. P. 180. n. 7.

IjGS ernpereui's Unirent par s'inquiéter, et, coninie les intendants de Louis XV, prirent une mesure énergique. On remit en vigueur lancien décret : défense fut faite aux Gaulois, sous Domitien, de planter de nouvelles vignes, et ordre fut donné d'arracher une partie des anciens vignobles '.

Jusqu'à quel point ce redoutable cdit fut-il appliqué, nous ne le savons pas. D'un côté, j'ai peine à croire que les empereurs aient privé la Gaule de tousses vignobles ' : trop d'intérêts étaient désormais liés à la vigne pour qu'une proscription absolue fût possible % et les mesures les plus despotiques, dans cet Empire très vaste et difficile à surveiller, comportaient toujours mille tolérances* et des négligences plus nombreuses encore. D'autre part, cependant, en regardant les innombrables basreliefs où les Gaulois ont sculpté les détails de leur vie populaire, je suis frappé d'en voir un si petit nombre consacrés aux besoins de la vi^ne et du vin : vendanges, pressurages, écoulages, mises en fût, tonnellerie ou dégustation, j'aperçois rarement l'image d'un de ces actes, dont vivent aujourd'hui en

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