‹ Histoire de la Gaule (volume 2)Chapitre 222 sur 415 · Ce ([ui eût été le cas, si on n'avait plus replanté · texte numérisé non relu

Ce ([ui eût été le cas, si on n'avait plus replanté

3. Outre les intérêts matériels, les intérêts religieux, puisque l'usage se répandait d'installer prés des mausolées un arpent de vignes, dont les produits servaient aux libations funéraires : je ne pense pas que l'édit ait rien changé à cet égard (C. /. L., XII. 1G37, Die chez les Voconces; 3637, Nîmes; XIII, 2403 et 2494, Briord et (iélignieux dans le pays de Belley).

4. Il est possible que certaines cilcs, comme peut-être les Trévires (p. 186, n. 3), les Lingons (p. 183, n. 2), les Allobroges (p. 184, n. 6), aient été privilégiées à cet égard, d'autres, au contraire, sacritiées, comme peut-être celle de Bordeaux (p. 186, n. I). Le texte si difficile des Pan. Lat., Y11I[V], 0, sur les vignes du paijiis Arcbrignus dans la cité d'Autun (cf. p. 183, n. 2), peut s'expliquer par le fait que ce pagiis avait conservé le droit d'avoir des vignobles in iiiio loco [in uno dissimule peut-être un nom de lieu, Belino, Beaune?] : en tout cas les vignes dont il est ici (|uestion sont décrites comme extraordinairement vieilles, hien antérieures à Probus. — 11 est encore possible qu'on ait autorisé un arpent de vigne par concession funéraire (cf. ici, n. 3) : car je crois que le vîn destiné aux libations funéraires ne pouvait être que du vin pur et authentique (le vin tenant lieu de sang; cf. Kircher, Die sakrale Bedeutumj des Weincs, Giessen, 1910, p. 86), et que ces' plantations de vignes près des tombes étaient faites à cette intention. Peut-être, également à cet effet, out-on des vignes de serre jusqu'en Belgique.

France des centaines de milliers d'hommes '. Et si la mention du vin et de ses marchands reste si constante dans nos inscriptions, rien ne nous dit qu'il ne s'aijàsse pas de vins importés -.

La mesure prise par Domitien et observée par ses successeurs ne détruisit donc pas le vignoble gaulois : mais elle eut en tout cas sur lui des effets désastreux \ On vit en revanche le blé revenir à sa place traditionnelle, et les champs de la Gaule reprirent l'aspect un peu monotone que donne une culture dominante.

Les malheurs du pays au troisième siècle provoquèrent une politique plus libérale. Afin de réparer les maux causés par l'invasion germanique, l'empereur Probus abrogea l'édit de Domitien, et les vins de Trêves, de Paris et de Bordeaux commencèrent de nouvelles destinées \

Les vignerons gaulois retrouvèrent d'ailleurs sans peine le souvenir des excellentes leçons que leur avaient données leurs maîtres d'Italie. Car rien n'était laissé au hasard dans cette culture delà vigne, qui exige parfois les mêmes soins minutieux, la même application savante et attentive que la production d'une œuvre d'art. On reconnut ou on créa une grande variété de plants ou de cépages, les uns pour terres froides, les autres pour sol humide, d'autres pour terrains secs^; on propagea de préférence

1. Les figurations les plus iinporlantes sont les bas-reliefs funéraires représentant des transports de tonneaux chez les Lingons (p. 18.5, n. 2) et chez les Trévires (p. 186, n. 3), les mosaïques représentant des scènes de vinification à Saint- Romain-en-Gal dans le voisinage des fameux crus des Allobroges (cf. p. 184, n. G). A Bordeaux, les inscriptions et représentations relatives au vin sont au contraire très rares.

3. 11 faut d'ailleurs bien l'admettre, puisqu'on fit à Probus un mérite de l'avoir abrogé (t. IV, p. 609).

4. T. IV, p. 60y. Il est certain que l'édit de Probus a eu de fortes consé(iuences pour le commerce des vins". C'est après son règne que se placent, dit-on, les vases à inscriptions bachiques si nombreux dans le Nord-Est (C. /. L., Xlll, III, p. 532 et s.; ici, p. 187, n. 4). Mais je ne sais si laflirmation peut être absolue.

0. Voyez les trois principales catégories de cépages gaulois, 1' « allobrogique • dans la première classe des cépages connus (p. 184, n. 6), le • biturige » eu tète de la seconde p. 186, n. 1), le cépage d'Aps ou carbunica dans la seconde (p. 183,

ceux dont la floraison s'achève très vite, ce qui est une garantie contre la coulure et pour des grains plus stables' ; on essaya en Gaule des plants d'Italie - et en Italie des plants de Gaule \ Dans certaines localités on laissait grossir le bois de la vigne jusqu'à pouvoir y tailler une coupe *. Ailleurs, on permettait aux sarments de ramper sur le sol pour sabriter contre le vent ^ Un travail incessant d'observations et d'expériences s'imposait aux viticulteurs. Souvent, la maladie menaçait ces corps -d'arbustes, délicats comme des êtres humains. Il fallait alors les surveiller d'instant en instant ^ Le vignoble faisait de son maître un véri-

n. 1), r " helvennaque • ordinaire dans la troisième (p. 185, n. 1), bien hiérarchisées. Ce besoin de hiérarchie dans les choses de la vigne et du vin existait donc dès l'Antiquité. — L'existence de ces cépajres, bien délinis et bien classés dés les premiers temps de i'Kmpire, soulève un problème très difficile à résoudre : co;nnient se sont-ils constitués? est-ce par importation de plants grecs ou de plants italiens'.' et ensuite par influence graduelle du sol? est-ce par greiïage ou travail sur plants sauvages indigènes?

2. Pline. XIV, 39 t Trans Alpes vero Picenam : il s'agit de plants venus des bords de TAdriatique et en particulier des environs d'Ancone (Pline, XI V, 37, 63; édit de Dioclétien, 2. 1). Je crois cependant possible que la viticulture et la vinification bordelaises et bourguignonnes, cépages et vins, soient d'origine ou d'imitation, non pas adriatique, mais campanienne ou aminéenne.

3. Pline, XIV, 39 : In Italia Gallicam placera : je n'hésite pas à croire que, des trois principaux cépages gaulois (p. 189, n. 5), ce fut le • biturige » qu'on planta le plus en Italie : cela résulte de tous les renseignements que les agronomes ont fournis sur lui, et de ce qu'on essaya vainement d'y acclimater P « helvennaque -, nuUa viliuin minus Italiani amat (XIV, 33) et I" « allobrogique » (p. 184, n. 6).

4. On montrait à Marseille une paiera faite d'un bois de vigne (Pline, XIV, 9) : mais s'agissait-il d'une vigne du pays?

5. Col., V, o, 16-17; etc. C'est ce qu'on appelle une « conduite uilra-basse », (Curtel, p. 51 : Billiard, p. 357), • peu recommandable et n'est guère admissible que dans les climats chauds et secs • (Curtel). — Une variété de vigne ainsi rampante était celle (cépages de VHelvennaca, p. 185, n. 1) dont les sarments étaient d'abord enterrés, et ensuite redressés le long de roseaux : ces sortes de sarments étaient appelés, d'un mot celtique, candosocci (= « ?» - . souches? •) ; Col., V, 5, 16. Lors(iue Pline parle de plants helvennaques dont lessarments étaient soutenus par des fourches (Pline, XIV. 32), il doit faire allusion aux candosocci. — II n'est question, à propos de la Gaule, que de vignes rampantes ou courantes. Mais il est bien probable que l'on connaissait toutes les autres espèces de conduites et de tailles, car précisément ces façons rampantes ne conviennent guère aux climats humides.

6. Paulin de Pella, parlant de la maladie et de la réfection de ses vignes bordelaises au début du \° siècle {Eucliar., vers 195 et s.) : Protinus et culluram agris adhibere refectis et fessis celerem properavi impendere curam vinelis, comperta mihi ratione novandis.

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