V. — FRUITS, LÉGUMES ET FLEURS
Au prix de ces grandes cultures d'intérêt vital, les autres n'étaient que des hors-d'œuvre dans la vie générale du pa3^s. Pourtant, elles n'étaient point à dédaigner, elles apportaient leur part à la richesse de la terre et au bien-être des hommes ^ Fruits de dessert, légumes de table, fleurs de parure, tout cela avait sa valeur humaine, donnait de bons profits au travailleur, mettait plus de variété et de gaieté dans les heures du jour.
Les pommes^ et les noisettes^ étaient, depuis les temps les pluslointains, les fruits les plus aimés de la Gaule. Elles ledemeurèrent, et, malgré cent découvertes nouvelles, le peuple vit toujours en elles son dessert préféré. Aucun verger ne pouvait se
1. Je dis dès les temps anciens : « il n'est guère de conselL d'enseignement donnés par les agronomes latins qu'on ne puisse répéter aujourd'hui » ; Curtel, p. 77. — E[ ce caractère de la viticullure se continuera dans la vinification (p. 2.%, n. 2). — 11 est un autre caractère de la viticulture et de la vinification qu'on ne retrouve, du moins au même degré, pour aucun des produits agricoles ou industriels de la Gaule, c'est le caractère municipal (qu'on reverra nu Moyen Age), je veux dire par là que les cités mettaient leur amour-propre et leur gloire dans l'excellence de leur vin : de là, les noms municipaux qu'on donnait aux cépages (p. 184. n. 6. p. 185, n. 1. p. 18G, n. 1); de là, les réclames que les habitants faisaient aux prix marchands de leurs vins (p. 187, n. 1); de là, peut-être, une législation spéciale pour les vignobles des diiïérenles cités (p. 188, n. 4); cf. Ausone, Urb., 129, insigiiem Daccho (Bordeaux).
2. La variété des productions de la Gaule est reconnue sous l'Empire (t. I, p. 109, n. 4), et n'apparaît pas dans les textes contemporains de la conquête (Mêla, III, 16, source ancienne; t. Il, p. 271, n. 3).
3. Pline en parle très peu pour la Gaule (cf. t. II, 271, n. 3), mais les bas reliefs prouvent surabondamment l'importance de la pomme dans la vie de ce temps : Esp., n" 6i6, marchand de pommes [on a supposé, à tort ce me semble, des grenades cf. p. 343, n. 6] à Narbonne, avec l'inscription main, mulicr^s meœ: n"' 19 (dans une sculpture funéraire, la mère tient une pomme, la fille des épis), 197, 2185, etc.; n° 360 (motif de décoration monumentale). Espèces mentionnées par Charlemague (p. 192, n. 7) : Malorum nomina : go:marinçja, geroldinga, crevedella, spirauca. dulcia, acriores, omnia servatoria; el subito coniessura; priiniliva.
4. On a trouvé des noisettes dans les lombes, par exemple aux fouilles de Martres-de-Veyre. — Amandes? Ksp., n" 2341).
passer Je pominiers, et, dutis tous les taillis qui avoisinaient les villages, des noisetiers abaissaient leurs fruits à la portée des enfants '.
J.a conquête romaine ajouta d'abord la cerise, qui devint tout de suite aussi populaire, on peut presque dire aussi familière et aussi fiimilialo que ses deux devancières, la joie des petits, la compagne des beaux jours du printemps'. Puis on eut la pêche, à la culture plus délicate, aux allures plus aristocratiques '\ La poire multiplia ses variétés orgueilleuses et savantes \ pendant que figuiers^ et châtaigniers ^ les arbres plébéiens de ritalie primitive, s'installaient sur les sols à la suite des colons et des soldats du Midi^
1. Toul cela, d'apri's ce (|u'oii a toujours constaté en France; cf. p. lUl, n. 4. — Noix el noisettes, E^p., n° 5154. — On peut ajouter les prunelles, itnmcUa, pruna niijella (Forlunat, Carin., XI, 18).
2. D'après Pline, XV, 103-4, et les monuments. Pline : In Behjicd [la Belf,'i(iue de Pline peut aller j,usqu'au Rhin] (principatm) Lusilanis [plants importés du Portugal], in ripis eliani Rheni ternis [à trois couleurs? texte très corrompu] : Us colos c nigro ac rabcnli vlrldiquc similis maturesc^nlibiis sempcr [merises ou cerises à kirsch d'Alsace?]; on les faisait souvent sécher ou confire : septentrione frigidisque çiaudet, siccatur etiain conditurqiie ut oliva cadis. Ceresarios diversi generii, dit Charlemngne.
3. Pline, XV, 3'J : Persicorum palina duracinis. Natiomim habent cognonien Gallica et Asiatica. Les duracina de Gaule sont les pèches alberges, aux noyaux adhérents; Olivier de Serres (éd. de IGIG, p. G18) semble les identifier avec les « alberges si prisées, à teinte jaune dorée ». Je crois qu'on en faisait dès lors des conserves (XIII, lUOOS, 50, persica, sur un vase trouvé à Saintes).
4. Hypothétique : d'après ce que dit Pline dans l'ensemble {in piris superbiœ, XV, 53 et s.), et la présence de poires dans les représentations figurées (Rsp., n°' 2349, 5154). J'imagine qu'on devait connaitre dès lors les espèces citées par Gharlemagne : Perariciis seruatoria trium et quartuin genus['?], dulciores et cocciores et serotina. Mais je ne vois dans les textes anciens aucune variété qui puisse s'appliquer à la Gaule.
5. Strabon (IV, 1, 2) fait encore finir le figuier aux Gévennes : mais il écrit d'après une source antérieure à Auguste; Julien (Mis., p. 341, Sp.) signale la culture du figuier à Paris, les arbres étant enveloppés de paille pendant l'hiver.
■ — Cf. l'article Feige dans la Real-Enc. (Olck).
6. Hypothétique; mais la châtaigne étant un fruit cher au populaire italien, je doute que l'arbre ne se soit pas très vite acclimaté en Gaule, où il trouve des terrains si propices. En outre, il semble que la tonnellerie gauloise ntilisàt le bois de châtaignier (p. 232).
7. On trouvera, je crois, un tableau des fruits essentiels de la Gaule dans le capitulaire de villis de Gharlemagne (§ 70, p. 90, Boretius) : car je ne suppose pas qu'une acclimatation de nouvelles espèces se soit produite après la chute de l'Empire. Ce tableau correspond à peu près complètement à l'état actuel.